Vladimir Volkoff (1933-2005)

Russe de nationalité française, orthodoxe, slave, souverainiste, ancien officier du renseignement, écrivain, spécialiste de la désinformation.
Auteur de nombreux ouvrages dont L'Agent triple, Juillard, Paris ; Le Retournement, Juillard, Paris ; Le Montage, Juillard, Paris ; La Désinformation, arme de guerre, Juillard, Paris ; Désinformation, flagrant délit, Editions du Rocher, Paris/Monaco 1999.
Ce défenseur des valeurs traditionnelles, un "réactionnaire" selon les sociaux-démocrates, décède en septembre 2005.

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Le monde germanique constitue l'autre mâchoire de la tenaille américaine qui tente de se refermer sur la Russie.
Au sud, ce sont les républiques islamiques d'Europe, la Turquie, l'Albanie, la Bosnie, un jour peut-être le Kosovo ; au nord, la Hongrie, la Pologne, ennemie traditionnelle, et les pays Baltes soutenus par l'Allemagne réunifiée. La Yougoslavie se trouve dans l'axe même de cette tenaille. Que bien des routes européennes se croisent en cette endroit ne saurait être négligé. Il n'est pas impossible non plus que les mines de bauxite et d'or de Trepca ne laissent pas le client américain indifférent.
... Car le problème est bien celui de l'Europe et de "ses deux poumons", pour citer Jean-Paul II, d'autant plus que, si une Europe fonctionnelle se fait jamais, il y a de fortes chances pour que ce ne soit ni de l'Atlantique à l'Oural, ce qui est absurde, mais de l'Atlantique au Pacifique, ce qui est inscrit dans les données géographiques et mécontenterait sûrement l'oncle Sam. Il n'y a donc rien d'étonnant que l'oncle Sam mette dès maintenant tous les bâtons possibles dans les roues de cette Europe oecuménique-là.
Désinformation, flagrant délit, p. 114, 115.

2
L'Otan ne se cache pas d'avoir renoncé à sa vocation défensive. Elle a maintenant une mission géopilitique et elle doit imposer à toute "la région euro-atlantique" certaines conceptions de "la sécurité, la prospérité et la démocratie" reposant sur des critères au sujet desquels ladite "région" n'aura pas été consultée. Des nations souveraines qui composent la "région", pas un mot. Et si elles voulaient pratiquer un autre régime que démocratique, comme l'on fait un certain nombre d'Etats honorablement connus - les dynasties égyptiennes, la monarchie juive, la Grèce aristocratique, l'empire romain - ce cas est prévu aussi : elles se mettraient alors au rang des "rogue states", des "Etats voyous" qui seraient traités par l'Otan démocratique avec toute la sévérité requise.
Ibidem, p. 118.

3
François Broche, dans son livre Au bon chic humanitaire, reproche à l'humanitaire de se nourrir de la faim, de s'appuyer sur le mensonge, de se fonder sur le chantage.
En effet, le point de départ d'une opération humanitaire est toujours le malheur humain, et son objectif apparent est de le soulager. Mais en réalité la "charité-spectacle" a souvent bien d'autre but, tenant aux intérêts pécuniaires ou politiques des producteurs, et, au besoin, s'il n'y a pas assez de malheur là où l'on veut aller "faire de l'humanitaire", on en inventera : Rony Brauman, président de Médecin sans frontières, donne l'exemple de Vukovar :"Cette ville n'avait strictement aucun besoin. On a créé un besoin humanitaire, de toutes pièces, et puis on y a répondu." Le chantage, lui, consiste à jeter le discrédit sur quiconque ne participe pas à l'opération.
Ibidem, p. 131-132.

4
Le principe d'ingérence, disons-le tout de suite, pourrait n'être pas choquant s'il se faisait au nom de la fraternité de tous les hommes, mais la fraternité suppose une paternité - Gabriel Marcel l'avait déjà vu - c'est-à-dire une foi en un Dieu personnel. Tel n'est pas le cas. Le droit d'ingérence s'exerce au nom des droits de l'homme, et, si l'ingérence se présente généralement comme une protection du plus faible, elle ne peut être pratiquée efficacement que par le plus fort, dont les critères, les mobiles et les méthodes seront toujours sujets à caution. Donner les brebis à garder au loup n'est pas en soi une solution satisfaisante.
Le principe de souveraineté avait l'avantage, même dans les tyrannies les plus horribles, de circonscrire le mal à l'intérieur d'un territoire et d'une nation. Le principe d'ingérence risque de communiquer la contagion au monde entier.
Ibidem, p. 134.

5
Maintenant, il est clair que la Macédoine, où les Américains font déjà la loi, à qui ils ont tout simplement interdit de fermer sa frontière, d'où partent et où rentrent leurs commandos, et dont les réfugiés albanais ont fait une espèce de Kosovo numéro deux, sera appelée à devenir l'une des têtes de pont turques en Europe et tant pis pour elle si elle manque d'enthousiasme.
Il semble que la Grèce aussi court des dangers, non seulement à cause de ses relations tendues avec la Turquie, que les Etats-Unis favoriseront toujours, mais parce qu'elle possède, avec Salonique, le plus grand port de la région, et que, étant orthodoxe et proserbe, il sera facile de lui chercher querelle. ...
Mais tout çà, c'est les Balkans, et le citoyen français ne s'y intéresse guère.
Ibidem, p. 146.

6
Georges se leva, fourra les mains dans les poches de son pantalon et se mit à marcher de long en large, tantôt s'approchant de la paroi vitrée qui bordait la loggia du côté du garage, tantôt allant à la fenêtre comme s'il avait pu distinguer quelque chose dans la nuit.
- Tu sais combien il y a de musulmans en tout ?
- Un milliard à peu près.
- Et des Arabes ?
- Je n'en ai pas la moindre idée.
- Je vais te dire moi. Des Arabes, il n'y en a presque plus. Une pauvre vingtaine de millions en Arabie saoudite, et puis divers mélanges en Afrique du Nord, en Jordanie, en Irak, et c'est tout, mon vieux, c'est tout. A la limite, je te dirai que les Arabes, avec leur nationalisme, ne sont pas de bons musulmans. Ils ont fait leur temps. L'islam, c'est l'oumma, c'est la collectivité de tous les croyants, idéalement de tous les hommes. Cela n'a rien à voir avec un peuple arriéré, qui n'a rien fait de grand depuis mille ans. L'islam, c'est l'avenir du monde, et en particulier de l'Europe qui, si elle ne se convertit pas, succombera au génocide culturel pratiqué par les Américains. Tu ne vois pas ce qui se passe autour de toi ? La drogue, l'alcoolisme, l'irrespect de l'âge, le terrorisme des parents copains, la criminalité, les prisons bourrées servant d'universités du Mal, la pornographie, la pédérastie, la pédophilie, ça te plaît, à toi ? C'est tout ce que la civilisation européenne est capable de produire maintenant, et ça s'appelle comment ? Cà s'appelle le matérialisme. Il y avait le matérialisme agressif des communistes qui s'est effondré, le matérialisme lénifiant des Amerloques n'est pas préférable. Vaut-il mieux mourir étranglé ou étouffé ? Pour moi, c'est pareil. Je ne vois vraiment qu'une chance pour l'Europe : c'est de reconnaître la seule vraie religion, et, par là, retrouver son indépendance, sa fonction, son destin. Non, dis-moi, 2K, tu n'es pas écoeuré par le monde tel qu'il est ?
L'Enlèvement, Le Rocher, 2000, p. 301-302.

7
Tu sais, l'islam a toujours accepté la présence de ce que nous appelons les dhimmi sur son territoire. Il y a une maison de la foi, il y a une maison de la guerre, mais il y a aussi une maison du compromis. je ne vais pas te demander de prononcer la chahada là, d'un seul coup, devant moi, mais je voudrais que tu comprennes que nous respectons aussi les autres religions du Livre, que nous avons la Bible en commun, et que, finalement, nos "valeurs", comme disent les crétins, sont les mêmes. Je voudrais simplement que tu me fasses confiance quand je te dis que 732 est la date la plus noire de l'histoire de France, que, si seulement, Charles Martel avait été battu à Poitiers, la France serait probablement la maîtresse de l'Europe à l'heure qu'il est, qu'elle aurait déjà construit mille mosquées plus belles que Cordoue, que c'est elle, plutôt que l'Italie, qui aurait inventé la Renaissance, et qu'aujourd'hui, gràce à la présence de l'immigration maghrébine, la France est enfin en train de rattraper un retard de treize cents ans. Tous les musulmans de France sont contre le désordre et contre le PACS ! Crée en France un Etat musulman et la criminalité y disparaîtra en quelques semaines. Comprends donc, 2K, qu'aujourd'hui, en France, ce sont les musulmans qui défendent tes "valeurs". Jai été frappé par ce que me disait un brave toubib français, probablement un peu réactionnaire. Il me disait : "J'en ai marre d'avorter des Françaises et d'accoucher des Maghrébines." Ne te fais pas d'illusions, 2K, nous avons gagné la seule bataille qui compte, la démographique.
Ibidem, p. 304.

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Vladimir Volkoff, écrivain d'origine russe aux convictions réactionnaires

L'écrivain français d'origine russe Vladimir Volkoff est mort à 72 ans, probablement d'un infarctus, dans la nuit du mardi 13 au mercredi 14 septembre, à son domicile de Bourdeilles (Dordogne).

Fils de Russes blancs ayant fui leur pays au début du XXe siècle, il était né à Paris le 7 novembre 1932. Arrière petit-neveu du compositeur Tchaïkovski, il avait consacré une biographie à l'auteur d'Eugène Onéguine (Julliard, 1983) et était resté nourri, sa vie durant, par l'histoire, la langue et la littérature russes. "Je me reconnais comme Russe et comme Français. J'aime me servir de la langue française alors que je peux écrire en russe ou en anglais", indiquait ce candidat malheureux à l'Académie française.

Après une licence de lettres classiques à la Sorbonne, Volkoff fait l'expérience de l'enseignement puis de la vie militaire pendant la guerre d'Algérie. Ses premiers romans, chez Julliard, L'Agent triple (1962), puis Métro pour l'enfer (prix Jules-Vernes 1963), lui valent un succès d'estime. Mais c'est Le Retournement (Julliard/L'Age d'homme) qui le révèle au grand public en 1979. Traduit dans douze langues, ce roman d'espionnage est dédié à Graham Greene. Sa dimension métaphysique et spirituelle ­ - Volkoff était un orthodoxe convaincu ­ - en font un objet littéraire singulier dans le sillage duquel s'inscrit Le Montage (Julliard/L'Age d'homme, 1982, Grand Prix de l'Académie française).

Entre-temps, quittant le terrain de l'espionnage, Volkoff signe, dans les années 1980, Les Humeurs de la mer (Julliard), fresque contemporaine en quatre volumes dont la construction rappelle celle du Quatuor d'Alexandrie - ­ Volkoff est un admirateur de Lawrence Durrell auquel il consacrera Lawrence le Magnifique ou Lawrence Durrell et le roman relativiste (Julliard/L'Age d'homme, 1984).

Viendront ensuite Le Trêtre, Le Professeur d'histoire, Nouvelles américaines, L'Interrogatoire et Les Hommes du Tsar, un roman historique sur la Russie du "temps des troubles" de la mort d'Ivan le Terrible à l'avènement des Romanov.

Traducteur d'anglais et de russe, Vladimir Volkoff était l'auteur d'essais où se lisent ses convictions réactionnaires telles que La Désinformation, arme de guerre (Julliard/L'Age d'homme, 1986), Du Roi (Julliard/L'Age d'homme, 1987), La Trinité du mal (De Fallois/L'Age d'homme, 1990), La Bête et le Venin (De Fallois/L'Age d'homme, 1992) ou Petite histoire de la désinformation (Le Rocher, 1999).

Marqué par Maurras, proche de son secrétaire Pierre Boutang, Vladimir Volkoff revendiquait son engagement à droite. "Il ne me semble pas que le monde ait jamais connu un "politiquement correct" aussi omniprésent, aussi insidieux, aussi triomphant que le nôtre", aimait dire cet homme qui qualifiait le communisme d'"épidémie mentale". "Il était resté profondément fidèle au roi et à l'idée monarchiste", commente un de ses éditeurs, Pierre-Guillaume de Roux, directeur littéraire des éditions du Rocher.

Au Rocher, sortira en 2006 le prochain roman de Vladimir Volkoff, Le Tortionnaire, l'histoire d'un jeune homme pris dans l'engrenage politique et militaire de la guerre d'Algérie, un âpre récit où reviennent en force ses thèmes de prédilection.
Florence Noiville, Article paru dans l'édition du 16.09.05, LE MONDE | 15.09.05 | 13h26 • Mis à jour le 15.09.05 | 13h26

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