L'ivresse du pouvoir, le film de Claude Chabrol, Paris 2006

Avril 2012 : Vengeance primaire d'une parvenue par mariage bourgeois ? La Juge d'Instruction Honoraire accuse sans preuves (?) le président Sarkozy ; Eva fait le Cirque : "Nous sommes chez nous. Nous les nègres, bougnoules, youpins (...)"
Février 2012 : Echec à TF1 ; l'ancienne magistrate dit "merde" à l'avocate ... ;

Décembre 2011 : Eva la Rouge s'attaque à l'Etat xénophobe et veut créer un million d'emplois verts
Août 2011 : Tonton Hulot hulule, c'est chouette ; et tatie Gro Eva fait du chantage au nucléaire
Juillet 2011 : Déculotte le Hulot ferme ; veut supprimer le défilé militaire le 14 juillet ; fait traiter Fillon de xénophobe
Juin 2011 : Versus l'Hulot centriste

Mars 2011 : Attaquée en diffamation par POM, le concubin notoire de MAM

Août 2010 : Candidate à la candidature pour la présidentielle de 2012

Juin 2010 : Possible diffamation contre l'épouse, qui devrait abandonner la gestion de la fortune Bettencourt, du ministre Eric Woerth, dont elle demande la démission

Avril 2009 : Sur les paradis fiscaux "Eva Joly (avec Maria Malagardis, journaliste indépendante), Des héros ordinaires, éditions Les Arènes, Paris, 2009".

Gro Eva Farseth, épouse puis veuve Joly


Juge d'Instruction (jusqu'en 2002) qui considère que la Vème République française étant théoriquement un Etat de droit, sa Justice doit traiter à égalité les dirigeants et les dirigés et donc condamner les politiques et/ou affairistes qui violent la légalité républicaine, un point de vue qui choquent nombre de politiciens... et même certains "juristes" ... qui pensent que la doctrine de l'Etat de droit n'a pas d'autre but que de faire croire aux dirigés que l'égalité de droits est une réalité et non le paravent démocratique derrière lequel se cachent les privilégiés.
Eva Joly est notamment l'auteure, avec la collaboration de Laurent Beccaria, de Notre affaire à tous, Editions les arènes, Paris 2000, et de Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ?, Les arènes, Paris, 2003.

Une bio

1
La galerie financière de Paris coulait des jours heureux, loin de l'agitation du reste du Palais. Lors de mon premier entretien avec la présidente du tribunal [en 1993], j'ai été prévenue de l'indifférence générale à l'égard des affaires financières. Avec franchise elle m'a dit :"J'avoue n'avoir jamais rien compris à ces immenses dossiers qui ne sortent jamais, Je ne vois pas le but du jeu." ... A la fin de notre entretien, elle m'a glissé, songeuse : "En fait, je crois que vous avez choisi l'instruction financière parce que vous êtes norvégienne et protestante."
Eva Joly, une juge contre les "crimes d'argent", Le Monde, 3 juin 2000, p. 14.

2
Sur un plan matériel, la situation était presque comique. Le moindre gérant d'un magasin de chaussures possédait déjà un ordinateur pour sa comptabilité et son courrier administratif. Les PME utilisaient des ordinateurs de traitement de texte avec imprimante, acheté 10 000 francs pièce toutes taxes comprises, en vente dans les hypermarchés. Les marchés financiers fonctionnaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre, reliés par satellites.
Et je découvrais un cabinet d'instruction financière sans télécopie, sans Minitel, avec des téléphones antiques et une machine à écrire Olivetti qui avait coûté 12 000 francs à l'administration et qui comportait seulement quatre cent signes de mémoire, faisait un bruit infernal et mobilisait du carbone et un tube de blanc pour corriger les fautes de frappe ! Notre travail n'intéressait personne.
Ibidem.

3
A l'époque, le dossier Pechiney était à l'instruction. Les difficultés du Crédit lyonnais étaient connues : un rapport parlementaire de 1994 avait dénoncé "les graves défaillances de gestion et les pratiques délictueuses" dans certaines filiales, "l'amateurisme" de la gestion, laissant apparaître des craintes de malversations très importantes. Et personne ne s'est dit :"On ne peut pas instruire des affaires comme celles-là, qui se sont déroulées dans l'univers ultra-sophistiqué des grandes banques internationales, portant sur des montants à dix zéros en donnant simplement l'affaire à un juge, avec 18 mètres carrés de bureau, des stylos à bille, du papier carbone et un exemplaire du code pénal. Il faut affecter des moyens à ces enquêtes, à la hauteur des sommes détournées." Cela prouvait, sinon leur volonté d'étouffer l'affaire en amont, du moins leur aveuglement devant la réalité du terrain.
Ibidem.

4
Aujourd'hui, je me rends compte du tabou que j'ai brisé. J'avais quitté les rivages ordinaires de la justice. Lorsque j'étais substitut du procureur et que je poursuivais des dealers, c'était une situation acceptée par tout le monde. Mais tout ce qui était admis pour les trafiquants de drogue devenait soudain scandaleux appliqué aux corrupteurs et aux corrompus.
Ibidem.

5
En tant que magistrat, j'avais l'habitude de rencontrer des criminels qui reconnaissaient leurs actes. Un délinquant financier, lui, n'avoue jamais, même si nous arrivons à lui glisser devant les yeux la preuve du versement illicite de plusieurs millions sur son compte bancaire. Il trouvera toujours une nouvelle fable, sans exclure l'existence d'une machination destinée à l'enrichir à son insu ! Combien d'interrogatoires où j'entendais des protestations véhémentes :"Madame, je ne peux rien vous dire, mais je suis un catholique pratiquant, je jure sur la tête de mes enfants et sur tout ce que j'ai de précieux que ce que je vous dis est vrai." Et au fil de l'enquête, nous remontions la trace de plusieurs millions de francs détournés sur des comptes personnels en Suisse. Je devais sans cesse revenir aux faits pour m'assurer que je ne fantasmais pas. Comme un prévenu me l'a glissé avec dédain, à la fin d'un interrogatoire :"Il n'y a vraiment que les magistrats pour ignorer que le capitalisme français s'est construit à coups de délits d'initiés !".
Ibidem.

6
Vingt ans après la première affaire de fausses factures politiques, la justice française garde toujours son lampadaire braqué sur le même morceau de trottoir. Les pouvoirs publics n'ont jamais encouragé les enquêtes. Nos gardes des sceaux successifs ont même déployé des trésors d'invention pour contenir le flot des "affaires", du plus visible (envoyer un hélicoptère au-dessus de l'Himalaya à la recherche d'un procureur en vacances, mais présumé obéissant, pour empêcher l'ouverture d'une information judiciaire) au plus subtil (les jeux de mutations policières ou judiciaires, les supplétifs refusés, l'engorgement des cabinets d'instruction récalcitrants).
Ibidem.

7
Je ne me lasserai jamais de le répéter : pour mener à bien le dossier Elf, le bon sens suggérerait de mobiliser une dizaine de policiers et des moyens d'investigation de grande ampleur, de proposer la collaboration des services publics (services de renseignement, direction générale des impôts, etc.) et de faire pression de tout le poids de la République sur les pays étrangers qui refusent nos demandes d'entraide judiciaire.
L'Etat accepte pourtant de s'être fait voler sans réagir. Nous devons traiter ce dossier comme un dépôt de bilan ordinaire. Laurence Vichnievshy et moi-même sommes chargées chacune, en plus de ce dossier, de soixante autres instructions. Et nous n'avons droit qu'à un inspecteur et demi pour retrouver la trace des milliards envolés. Notre denuement est le symbole de la volonté française de garder les paupières closes. Ne rien voir, ne rien savoir.
Ibidem.

8
Dans les hivers sans soleil de Scandinavie, le froid peut tuer un être humain en moins de six heures. En norvégien, on dit de quelqu'un qu'il a «passé une nuit d'hiver dehors» pour dire qu'il a survécu à une épreuve redoutable.
J'ai vécu, à ma manière, une nuit d'hiver dehors. En faisant simplement mon métier, j'ai été menacée de mort. J'ai avancé sous la surveillance des officines et des services secrets, soumise à une pression que je n'aurais jamais imaginée possible: j'ai été vilipendée et accusée des pires méfaits. Comme si le danger était du côté de la justice. Se perdre dans les questions sans fond du pourquoi et du comment n'apporterait rien. A chaque fois qu'un magistrat s'approche du pouvoir, qu'il soit officiel ou occulte, il est pris dans un engrenage qui le dépasse. C'est sans doute l'ordre des choses.
Mais lorsque le cyclone s'abat sur vous, lorsque vous subissez cette suite de manipulations et d'intimidations, lorsque se lèvent contre vous des forces aussi puissantes, les mots n'ont plus tout à fait le même sens.
Car la cible, c'était moi.
Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ?, p. 16-17

9
EN PRETANT SERMENT COMME MAGISTRAT, je ne savais pas que certains soirs j'aurais peur en ouvrant ma porte. C'est pourtant ce que j'ai vécu pendant sept ans en instruisant l'affaire Elf.J'ai été surveillée, intimidée et menacée de mort. Des campagnes de presse ont été lancées pour me déstabiliser. Malgré tout, nous sommes allés jusqu'au bout.
Cette instruction dévoile un monde édifiant: caisses noires, prélèvements en tout genre, sociétés écrans, dépenses privées somptuaires... Une élite revendique l'impunité: une manière de vivre au-dessus des lois parce qu'on est plus fort que la loi.
Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre?
En écrivant ce livre, je veux rendre cette histoire à mes contemporains. Et tirer les leçons du scandale. Nous ne pouvons pas laisser la corruption se répandre au cœur du pouvoir. Des hommes et des femmes, à travers le monde, ont accepté de porter ce combat avec moi: c'est la Déclaration de Paris. Demain, si nous le voulons, il sera possible d'empêcher d'autres affaires Elf.
Aussi ce récit est-il un livre d'espoir.
Ibidem, 4ème de couverture

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L'Express du 23/10/2003, Eva Joly L'inflexible par Gilles Gaetner

La juge qui fit trembler les puissants est repartie en Norvège. Lassée? Oubliée? Le succès de son livre-manifeste contre la corruption prouve le contraire. Histoire d'une vie et d'une carrière menées comme un combat

On la porte aux nues ou on la déteste. Ses partisans louent son courage, ses détracteurs raillent sa mégalomanie. Pendant dix ans, elle a fait trembler le gotha de la finance, les politiques et les grands patrons. Pendant dix ans, elle n'a pas hésité à s'opposer à sa hiérarchie, à pourfendre ses collègues jugés trop timorés ou à se coltiner avec les avocats de ses mis en examen.

Cette femme au caractère bien trempé, auteur d'un best-seller - Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre? - vendu en trois mois à plus de 175 000 exemplaires, se nomme, on l'a deviné, Eva Joly. Juge d'instruction à Paris de 1992 à 2002, elle est devenue, aux yeux de l'opinion publique, le symbole du combat des petits, des laissés-pour-compte contre les puissants. Une sorte d'icône vivante de la justice. Jusqu'à ce que, au début des années 2000, on découvre que ses procédures laissent à désirer. Que certains de ses mis en examen - Loïk Le Floch-Prigent en sait quelque chose - ont été rudoyés au cours de leurs interrogatoires. La «jolymania» s'estompe. Et commence le temps des méchantes rumeurs distillées par ses détracteurs. On laisse entendre qu'elle serait à la solde d'une puissance étrangère. On murmure qu'elle serait à la tête d'une internationale de juges, chargée d'abattre le capitalisme. Sa vie privée n'est pas épargnée. Elle aurait, dit-on, des tas d'amants...

Eva Joly encaisse. Sans broncher. Finalement, au début de 2002, elle se rend compte qu'il lui faut changer d'air. Alors, elle choisit de retourner vers la mère patrie: la Norvège, où elle est née il y a cinquante-neuf ans. Donc, Eva part pour Oslo, où elle vient d'être promue conseillère du gouvernement pour la lutte contre la corruption. Un poste sur mesure, fort bien rémunéré.

Pourtant, Eva n'oublie pas la France. En tout cas ni l'affaire Elf ni l'affaire Dumas, qui lui ont valu de si violentes attaques. Pour tout dire, ces deux dossiers l'obsèdent. Alors, en guise d'exorcisme, elle se met à écrire. L'objectif? Faire prendre conscience à l'opinion publique que la corruption mine les démocraties. Et prouver que son combat mené à Paris pendant dix ans était noble et juste. C'est ainsi qu'en 2000, un jeune éditeur, Laurent Beccaria - patron des éditions Les Arènes - publie son premier livre: Notre affaire à tous. Eva n'a sollicité qu'une faible avance: 30 000 francs, destinés à régler ses impôts. Le succès est énorme: l'ouvrage se vend à 150 000 exemplaires. Deux ans plus tard, elle récidive et se tourne à nouveau vers Les Arènes.

La sortie du livre est annoncée pour le 18 juin dernier. Son titre: Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre? Patatras! Le jour même, la Confédération nationale des avocats demande et obtient en référé la suspension de parution de l'ouvrage. On comprend pourquoi: ce dernier consacre de larges passages à l'affaire Elf, alors que se déroule le procès des protagonistes de ce scandale d'Etat. Voilà qui est sinon maladroit, tout du moins un tantinet provocateur. Du coup, le tribunal de Paris n'autorise la sortie du livre que le 8 juillet, une fois le procès Elf terminé.

Eva Joly, qui crie à la censure, ne baisse pas pour autant les bras. Le lendemain, elle lance dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne sa «Déclaration de Paris», qui figure en bonne place dans son livre. Ce texte propose toute une série de mesures pour lutter contre la corruption, «fléau qui mine les vieilles démocraties occidentales, entrave le développement des pays pauvres et leur liberté». Appel entendu, si l'on en juge par la présence de ses collègues magistrats - eux aussi emblématiques - venus du monde entier. Parmi eux, l'ancien procureur de Genève, Bernard Bertossa, le distingué Baltasar Garzon, combattant infatigable du terrorisme, le tenace Antonio Di Pietro, à l'origine de l'opération «Mani pulite», ou Juan Guzman, le juge chilien qui a inculpé Pinochet. Tous, pendant quarante-huit heures, résideront, comme il se doit, à l'hôtel des Grands Hommes, place du Panthéon, à deux pas de la Sorbonne. Coût de l'opération: 60 000 euros environ. Payés grâce aux avances sur les droits étrangers perçus par Les Arènes pour la publication du livre de Joly. Courant octobre, Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre? devait être mis en vente dans une quinzaine de pays, parmi lesquels l'Allemagne, l'Italie et ceux d'Amérique latine.

Cette existence précaire, rude parfois, Eva ne l'oubliera jamais

En France, l'ouvrage, depuis le 8 juillet, se vend comme des petits pains. A ce jour, 175 000 exemplaires ont trouvé preneur. Pour le seul mois d'août, Eva Joly a reçu plus de 2 000 lettres de soutien.

«Personne n'y croyait», raconte Laurent Beccaria. Il ajoute: «Que n'ai-je entendu sur Mme Joly de la part de mes confrères! Elle est has been, démonétisée. Rien n'est plus faux. Car si la société politico-médiatique a tourné la page Eva Joly, ce n'est pas le cas de l'opinion publique, qui est avide de comprendre et de connaître les dessous des affaires.» Cette fois, Les Arènes ne lui ont pas accordé un sou d'avance. Ses droits d'auteur s'établissent ainsi: 10% sur le prix de chaque livre jusqu'à 20 000 exemplaires vendus, 12% jusqu'à 50 000 et 14% au-delà. Rien que de très classique. Au bout du compte, Eva Joly devrait percevoir, en incluant les droits étrangers, environ 400 000 euros. Dont une partie devrait être redistribuée à Procureurs sans frontières, une association destinée à servir de support logistique aux magistrats chargés de lutter contre la délinquance en col blanc et autres mafias.

Une blessure jamais refermée

Aujourd'hui, Eva savoure son succès. Elle multiplie les interviews en Norvège, où elle n'a jamais cessé d'être une star. Une belle revanche. Revanche sur ses collègues qui l'ont «enterrée» un peu vite. Revanche aussi sur une existence pas toujours rose, sur le plan matériel. Qu'y a-t-il de commun, en effet, entre la jeune fille au pair des années 1960 et l'Eva Joly célèbre dans toute l'Europe, accueillie quasiment comme un chef d'Etat lorsqu'elle se déplace à l'étranger? Pas grand-chose. Si ce n'est la quête permanente de l'ascension. Sociale. Intellectuelle. Et matérielle.

Motzfelds Gate, un quartier pauvre d'Oslo. Nous sommes dans les années 1950 (1). C'est là que Gro Farseth - elle ne choisira son second prénom, Eva, qu'à l'occasion de son mariage, en 1967 - habite avec ses sœurs. La vie est dure. Le froid, omniprésent. Le père, Eyvind Farseth, employé dans une fabrique d'uniformes militaires, fait ce qu'il peut pour nourrir sa petite famille. Autant dire que chez les Farseth, on ne roule pas sur l'or.

Cette existence précaire, rude parfois, Eva ne l'oubliera jamais. Elle en porte l'empreinte sur son visage et même dans son regard, qui donne l'image d'une femme dépourvue d'affectivité ou de sentiment. Une façade, en réalité. Car Eva Joly aime séduire. Ne confie-t-elle pas, avec une coquetterie évidente, que, jeune, elle ressemblait à Liv Ullmann, l'une des actrices fétiches de Bergman? Ses amis confirment. Ajoutant que lorsqu'elle enroulait en chignon sa chevelure blonde, elle avait des faux airs de Brigitte Bardot. Un charme qui, assurément, n'avait rien d'usurpé. Il suffit de se remémorer ce mois de février 1964, quand la jeune Eva débarque d'Oslo, après trente-six heures de train, pour devenir fille au pair dans une famille bourgeoise du VIe arrondissement. D'emblée, le fils aîné, Pascal, s'entiche d'Eva. La réciproque est vraie. Le jeune homme, étudiant en médecine, vague ressemblance avec Alain Delon, ne manque pas de charme. On commence à parler mariage...

Une volonté farouche de traquer les princes de la finance, issus de cette bourgeoisie qu'elle exècre

Seulement voilà: les Joly n'apprécient guère la liaison de leur fils. Tant et si bien qu'un jour, Jean-Paul Joly, le père, ophtalmologiste réputé, écrit ce mot comminatoire à son fils: «Tu ne dois pas te marier avec Gro. Nous ne savons pas d'où elle vient. Nous ne savons pas qui est sa famille. De plus, elle n'est pas riche et elle n'a aucun espoir de le devenir. Pense à la rudesse de ses traits. Dans notre famille, nous avons toujours été beaux pendant des générations. Si tu te maries avec Gro, tes enfants auront des traits grossiers.»

Effondré, Pascal montre ce diktat à Eva. Le coup est terrible. De là naît, chez la future juge, une blessure jamais refermée. De là encore naît cette volonté farouche que mettra Eva Joly à traquer les princes de la finance, issus généralement de cette bourgeoisie. Cette bourgeoisie pleine de morgue qu'elle exècre. Finalement, en juillet 1967, malgré l'opposition de ses beaux-parents, Eva épouse, en grande pompe, à Oslo, le séduisant Pascal. A Paris, le couple, qui habite un studio, mène une existence spartiate. Tout en poursuivant ses études de droit, la nouvelle Mme Joly décroche son premier job en 1970, chez Eddie Barclay, le pape de la variété française. Déjà, elle montre son caractère, en créant une section CFDT dans l'entreprise... D'où, aujourd'hui, cette rumeur qui court, laissant entendre que la future juge aurait été une militante trotskiste. Ce que l'intéressée dément totalement.

Seule certitude, l'agit-prop de la camarade Joly se termine mal: elle est licenciée de chez Barclay. Que faire? Va pour la décoration d'intérieur. Pas pour longtemps. La voici désormais styliste de mode. Le 3 décembre 1971, c'est le grand jour: grâce à un ami qui a gentiment mis son appartement à sa disposition, Eva, secondée par Pascal, présente sa collection. C'est le succès. Les commandes affluent. Au bout de deux ans, Eva, qui aspire à une autre vie, cesse cette activité.

«Devenez juge, une profession dynamique»

Le jeune couple abandonne alors Paris pour s'établir dans une maison située en pleine campagne, dans le petit village de Bouray, à quelques encablures d'Etampes (Essonne). Désormais, Pascal exerce son activité de médecin. «Le médecin des paumés», se souvient leur fille, Caroline, aujourd'hui avocate. De fait, il soigne les toxicomanes, les SDF et les gens du voyage. Quant à Eva, qui ne travaille plus, elle supporte de plus en plus mal cette oisiveté. Jusqu'au jour où sa licence en droit, obtenue à force de sacrifices, lui ouvre les portes de l'hôpital psychiatrique d'Etampes. Conseillère juridique, elle va y rester six ans, côtoyant des malades mentaux, des dépressifs, parfois spoliés par leur famille. Six ans pendant lesquels Eva s'emploie, dans des conditions difficiles, à redonner dignité et courage de vivre à ces gens torturés par la vie et détruits par l'angoisse.

Un jour de 1980, passant devant le panneau d'affichage de la mairie de Bouray, elle lit ces lignes: «Devenez juge, une profession dynamique.» Juge? Elle n'y a jamais pensé. Le juge n'est-il pas le chien de garde de l'ordre établi? Certes. Mais c'est aussi un métier respecté, qui offre des perspectives de carrière. Avec, en prime, la stabilité de l'emploi. C'est décidé: Eva va passer le concours de la magistrature. Elle est reçue dans un rang honorable: 30e. Après un stage pratique à Sens, la voilà nommée substitut à Orléans, en novembre 1981. C'est la déception. Déjà, Eva porte un regard critique sur la justice, «institution compassée, peu sensible à la réalité extérieure». Elle s'insurge aussi contre le «phénomène de cour qui règne dans les tribunaux, où les magistrats se montrent trop révérencieux à l'égard de leurs supérieurs».

Va-t-elle démissionner? Non. Au bout de deux ans, elle sollicite une nouvelle affectation. Ce sera le tribunal d'Evry, toujours comme substitut. Et toujours les mêmes griefs: la justice est trop lente; elle dispose de peu de moyens. Au bout de six ans, Eva Joly décide à nouveau de changer d'air.

Cette fois, finies les juridictions! En 1989, elle intègre le saint des saints de la technocratie française, l'organisme qui compte les meilleurs cerveaux de la République. Son nom: le Ciri. Dépendant de la prestigieuse direction du Trésor, il est chargé d'accompagner la restructuration industrielle de notre pays. Eva est emballée par son travail. Elle découvre un univers où les maîtres mots sont rapidité et concision. Des mots qu'elle avait oubliés comme magistrate. Il est vrai qu'au Ciri, en six mois, le diagnostic - survie ou dépôt de bilan d'une entreprise - est établi, alors qu'un justiciable doit parfois patienter des années avant qu'une décision de justice ne soit rendue. Au bout de trois ans, Eva est promue secrétaire générale adjointe du Ciri. La première magistrate. La première à ne pas être sortie de l'ENA.

De cette expérience, Eva Joly écrira plus tard dans Notre affaire à tous: «En tant qu'immigrée norvégienne, ayant commencé au bas de l'échelle comme secrétaire, cette reconnaissance m'avait fait du bien. Je me sentais désormais plus sûre de moi.» Décidément, cette volonté d'ascension sociale taraude, obsède Eva Joly. Dès lors, tel Rastignac, elle peut lancer: «A nous deux Paris.» Ambition assouvie lorsqu'elle intègre le nec plus ultra, la galerie financière du palais de justice de Paris. Elle y sera juge d'instruction. En ces années-là, les affaires politico-financières occupent le devant de la scène médiatico-judiciaire.

Intraitable pendant les interrogatoires

Une nouvelle génération de juges apparaît: Edith Boizette, Thierry Jean-Pierre, Renaud Van Ruymbeke, Philippe Courroye. Eva Joly, qui les admire, veut suivre leurs traces. Et même aller plus loin. Ces magistrats travaillent souvent dans des conditions artisanales. Eva veut plus de moyens pour conduire ses enquêtes. Sitôt installée dans son cabinet d'instruction - le fameux 126 - elle achète, sur ses deniers personnels, un ordinateur et un fax. Cette façon de s'impliquer si totalement dans son travail est diversement appréciée. «Pour qui se prend-elle?» grommellent certains de ses collègues, tandis que d'autres apprécient son côté bulldozer. Cette battante - chacun le reconnaît - se taille très vite une autre réputation: celle d'une juge peu conciliante, voire intraitable lors de ses interrogatoires. Les avocats commencent à la redouter. Quant à leurs célèbres clients, c'est la peur au ventre qu'ils pénètrent dans le cabinet 126... Pierre Conso, ancien président des Ciments français, André Levy-Lang, ex-patron de Paribas, et Claude Pierre-Brossolette, ancien président du Lyonnais, notamment, se souviennent encore de leur rencontre avec Eva Joly.

Bernard Tapie n'est pas davantage épargné. La juge le fait cueillir, un jour de 1994, à l'heure du laitier, dans son hôtel particulier da la rue des Saints-Pères, non loin du boulevard Saint-Germain. L'ancien ministre de la Ville s'apprête à partir au Rwanda pour une mission humanitaire, soutient-il, laquelle lui aurait surtout évité d'être entendu par la magistrate... Il est vrai que les écoutes téléphoniques de Bernard Tapie montraient qu'il tenait des propos peu amènes à l'égard d'Eva Joly, la qualifiant d' «abrutie complète, connue comme telle, une malade».

Peu à peu, l'imprévisible et intraitable Eva semble s'écarter des impératifs de sa fonction

Furieuse sur le moment de ces qualificatifs, Eva n'en tiendra pas trop rigueur à Tapie. En effet, le caractère entier du personnage, ses coups de gueule répétés, son côté provocateur l'amusaient. Au fond, Eva éprouvait une certaine sympathie pour ce self-made-man, certes un peu filou, mais qui n'appartenait pas à cet establishment qu'elle haïssait tant.

Elle se transforme peu à peu en diva

Avec l'affaire Elf, la France entière découvre Eva Joly. Le 5 juillet 1996, pour la première fois de notre histoire judiciaire, la juge envoie en prison un grand patron français, Loïk Le Floch-Prigent, président en exercice de la SNCF, après avoir été celui d'Elf de 1989 à 1993. La popularité d'Eva est au zénith. On reste ébahi par sa détermination à mettre au jour les ahurissantes dérives du premier groupe industriel français. Les magazines emboîtent le pas, publiant la photo de cette femme studieuse, consultant ses dossiers le matin dans le train qui la mène d'Etampes à Paris. Les banlieusards se reconnaissent en Eva Joly, fonctionnaire modèle. On apprend aussi que cette juge est d'origine norvégienne. Qu'elle a travaillé dur pour réussir.

Deux ans plus tard, en 1998, la magistrate montre que rien ne l'arrête: cette fois, elle défie l'un des plus hauts personnages de la République, Roland Dumas, président du Conseil constitutionnel, en perquisitionnant à son bureau, quai de Bourbon, à Paris. Le 29 avril 1998, Eva, en compagnie de sa collègue Laurence Vichnievsky, se rend dans la propriété de Dumas, à Saint-Selve (Gironde), pour lui signifier sa mise en examen pour recel d'abus de biens sociaux. Résigné, Dumas finit par démissionner de la présidence du Conseil constitutionnel. Du jamais-vu dans l'histoire de la Ve République! La classe politique assiste à la triste fin de carrière de l'un des princes de la Mitterrandie. Elle s'interroge: jusqu'où ira cette juge? Chercherait-elle à déstabiliser la République?

Peu à peu, l'imprévisible et intraitable Eva semble s'écarter des impératifs de sa fonction, qui ont pour noms silence, devoir de réserve et discrétion. Elle fréquente les plateaux de télévision, donne des conférences. Cette célébrité soudaine la grise. Au restaurant, il lui arrive de ne pas décolérer si elle n'obtient pas la place désirée. Parfois encore, devant un cercle restreint d'amis, elle traite de «pétainiste» l'un de ses mis en examen. Petit à petit, l'austère Eva se transforme en diva, donneuse de leçons. Comme ce jour d'avril 1999 où, à l'occasion d'un déjeuner-débat devant la presse anglo-saxonne, elle accuse certains avocats d'être rémunérés par le blanchiment d'argent. Même son plus fidèle soutien, Laurence Vichnievsky, s'offusque de ce dérapage. Lequel provoque un tollé au barreau de Paris. Eva a beau faire amende honorable, expliquer que ses propos ont été mal interprétés, c'est trop tard: le fossé se creuse entre elle et les avocats. Et il n'est pas près de se combler, tant les prises de bec avec les conseils de Dumas et de Le Floch seront fréquentes. A telle enseigne que, à la fin de l'instruction de l'affaire Elf, l'ancien président de la compagnie pétrolière, lessivé, littéralement affaibli psychologiquement, refusera de répondre aux questions d'Eva Joly. Un climat exécrable qui cessera lorsque Renaud Van Ruymbeke prendra le relais à l'automne 2001, pour interroger Le Floch-Prigent avec courtoisie.

Une carrière politique? «Ce n'est pas son truc», soutient son éditeur

Cette affaire Elf a aussi laissé des traces chez la magistrate, qui n'a pas toujours eu la vie facile: pressions, menaces - vraies ou supposées - l'ont secouée. Eva Joly connaîtra également un drame personnel avec la mort de son mari, en 2001. Aussi songe-t-elle à quitter l'instruction. Elle postule au poste de procureur à Toulon. La chancellerie fait la sourde oreille. L'emblématique juge parisienne n'aura rien.

C'est l'époque où les mauvaises nouvelles s'accumulent: certaines de ses enquêtes sont désavouées. Ainsi, André Levy-Lang bénéficie d'une relaxe, tout comme Roland Dumas, en appel, le 29 janvier 2003. A cette occasion, l'arrêt de la cour taille en pièces l'instruction d'Eva Joly, estimant certes «blâmable» le comportement de l'ancien ministre des Affaires étrangères, mais pas «pénalement punissable». L'étoile de la juge pâlit. Mais notre icône, désabusée, s'en est déjà retournée dans sa terre natale, où elle séjourne depuis près d'un an. Tous les quinze jours, elle revient à Paris, pour voir quelques amis magistrats, parmi lesquels sa complice de toujours, Laurence Vichnievsky. Elle s'est aussi offert une maison en Bretagne, dans l'île de Groix, pour venir se reposer avec ses enfants, Caroline et Julien.

Quand elle retourne à Oslo, Eva commence, dit-on, à trouver le temps long. Envisagerait-elle - déjà - une nouvelle activité? Une carrière politique, par exemple? «Ce n'est pas son truc», soutient son éditeur, Laurent Beccaria. Alors, pourquoi pas un poste à l'ONU? Cela pourrait l'intéresser, disent ses proches. A moins qu'elle n'opte, susurrent les méchantes langues, pour une fonction de rêve, à la hauteur de son ambition, celle de procureur général de la planète Terre? Seulement voilà: elle n'existe pas...
(1) Voir le livre très documenté de Marie-France Etchegoin et Matthieu Aron, Eva ou La justice est un roman (Robert Laffont), qui a fort bien raconté, avec des anecdotes inédites, les années de jeunesse d'Eva Joly en Norvège, puis en France
L'Express du 23/10/2003, Eva Joly L'inflexible par Gilles Gaetner

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http://www.bakchich.info/Paradis-fiscaux-les-jolies,07244.htmlParadis fiscaux, les jolies colonies de vacances fiscales d’Eva Joly Bouquin | jeudi, 2 avril 2009 | par Louis Poirier

Dans un livre-réquisitoire, l’ex-magistrate dénonce la volonté des élites mondiales de se protéger du juge. Et s’insurge contre une délinquance offshore en pleine forme et une justice qui roupille.

Pour Eva Joly, la lutte contre les paradis fiscaux, c’est un nouveau Mur de Berlin qu’il nous faut abattre. L’heure est à la mobilisation en temps de crise. Les Bourses se sont écroulées, entraînant une cascade de faillites, plus spectaculaires les unes que les autres.

« Ces hedge funds qui sont à l’origine de la crise financière, ce sont des fonds d’investissement qui ne sont soumis à aucune réglementation, aucune surveillance, aucune transparence. Au 30 juin 2008, leurs encours représentaient 2000 milliards de dollars, ce n’est pas rien… » explique Daniel Lebègue, patron de la section française de l’ONG Transparency International auquel Eva Joly donne la (libre) parole. « Aujourd’hui, bien des épargnants français seraient surpris d’apprendre qu’une partie de leurs économies ont été placées dans des produits financiers, fabriqués par ces acteurs de l’ombre. Or les deux tiers des hedge funds sont logés dans les paradis fiscaux. Des zones de non-droit qui fonctionnent en dehors des règles communes et à l’abri de l’action des juges. C’est une boîte noire qui fait désormais peur à tout le monde »

C’est une belle histoire, un inventaire à la Prévert des paradis fiscaux. C’est le chemin d’un retour dans une double fidélité aux principes de la République et à ses origines professionnelles. C’est le chemin du retour d’Eva Joly, conseillère du gouvernement norvégien chargée de la lutte contre la corruption, Prix de l’Intégrité décerné par l’ONG Transparency International. L’auteur de "Des héros ordinaires" nous offre de beaux portraits qui sont aussi de formidables leçons de courage. Ces gens viennent de tous les horizons professionnels. Leurs noms sont inconnus. A Paris, Londres, Naples ou Sofia, parce qu’ils se sont opposés au pouvoir, leur vie est devenue un mauvais polar, un roman noir.

« On ne choisit pas de se mettre en danger, il faut du caractère et de l’obstination. Il faut surtout une grande confiance dans la nature humaine : une foi absolue dans l’idée qu’une société peut progresser si les règles sont les mêmes pour tous » écrit la magistrate qui, il y a presque vingt ans maintenant, ouvrît la boîte de Pandore des « affaires » financières.

Une corruption internationale florissante

Car l’essentiel de la nouvelle génération des « affaires » porte sur la corruption internationale. En clair : comment les grands groupes industriels versent des pots-de-vin pour obtenir des marchés internationaux.

En droit, le délit s’intitule « corruption d’agent public étranger » et il est entré à grand-peine dans notre droit pénal en 2000, alors que le texte original date de 1997, lorsque les pays membres de l’OCDE ont adopté une convention interdisant tout paiement de commission aux « agents publics étrangers ». Cette désignation englobe fonctionnaires et élus, mais aussi toute personne exerçant une fonction publique ou même une entreprise publique.

Auparavant, les sociétés avaient toute latitude pour verser des dessous-de-table (par exemple, les fameuses commissions de l’affaire Elf destinées à engraisser des dignitaires africains et à revenir dans des poches françaises). Légaux, ces pots-de-vin étaient baptisés pudiquement « frais commerciaux exceptionnels » (FCE), enregistrés au ministère du Budget à Bercy et aussitôt classés secret-défense. Les centaines de millions de dollars versés par Thompson et l’Etat français à l’occasion de la vente de frégates à Taïwan étaient, par exemple, des FCE…

Courageusement, la justice a enterré l’affaire des frégates de Taïwan© Nardo Il est aisé de comprendre pourquoi, entre 1997 et 2000, une extraordinaire entreprise de lobbying menée notamment par les groupes de BTP, les pétroliers et les marchands d’armes s’exerça sur les gouvernements successifs puis sur les parlementaires pour rendre cette convention juridiquement obsolète. En vain. Face à cette nouvelle réalité internationale, tous jurèrent alors qu’ils se soumettraient. Ainsi ont éclos un peu partout dans les tours de la Défense des comités d’éthique chargés du parfait suivi de la convention OCDE. La grande industrie française serait propre, promirent ensemble Total, Dassault, Thales et les autres.

Le chef d’oeuvre du montage financier de Total

Sept années plus tard, Christophe de Margerie, actuel PDG de Total, est mis en examen deux fois pour « corruption d’agent public étranger » dans l’affaire dite « pétrole contre nourriture » en Irak et pour l’obtention de marchés pétroliers en Iran. Dans les deux cas, Total aurait versé des pots-de-vin d’une part à des dignitaires du régime de Saddam Hussein, d’autre part au fils du président iranien Hachemi Rafsandjani.

Total, l’Iran et la Suisse

Thales est également visé pour une série de marchés internationaux qui auraient été conclus frauduleusement, tout comme Alcatel, qui aurait versé des centaines de millions d’euros pour remporter, au début des années 2000, plusieurs contrats de téléphonie au Costa Rica. Une quinzaine de procédures judiciaires de ce type sont actuellement ouvertes au pôle financier du tribunal de grande instance de Paris.

Deux enseignements peuvent être tirés de ces « nouvelles » affaires de corruption, selon Eva Joly. D’une part, il semble acquis, en dépit des déclarations, que les moeurs financières et commerciales n’ont pas changé. Une continuité partagée, semble-t-il, avec la majorité des grands groupes industriels mondiaux. A ce sujet, il est significatif de voir associées au groupe américain Halliburton une société française, une japonaise et une italienne, dans une considérable opération de corruption pour la construction d’un complexe gazier au Nigeria.

D’autre part, il semble tout aussi évident que la justice est parfaitement inopérante pour traquer les circuits financiers internationaux par lesquels passent les fonds de cette corruption. Les multiples et très sophistiqués maillons de cette chaîne bien huilée permettent aux bénéficiaires de tous ordres d’être à l’abri des tracas. Eva Joly et d’autres experts considèrent que les dossiers de ventes d’armes particulièrement « protégés » sont aujourd’hui indéchiffrables par la justice pénale.

Eva Joly, chauffée à blanc par l’évasion fiscale : « la corruption, c’est un océan infini »
Si l’avenir de notre République dépendit un temps du bon vouloir d’Alfred Sirven, elle est aujourd’hui beaucoup mieux protégée par d’inviolables secrets bancaires dans une myriade de paradis fiscaux.

Pourtant, la crise a ouvert les yeux du monde sur la nocivité de ces enclaves offshore. Reste à transformer cette prise de conscience planétaire en actions concrètes. Car cette image punitive de la mondialisation produit de nouvelles peurs : les gens n’acceptent plus les parachutes dorés, l’évasion fiscale. Les dirigeants économiques doivent comprendre qu’ils n’ont plus le choix : changer les règles ou prendre le risque que les peuples se révoltent et se replient sur eux-mêmes.

Les racines du mal sont connues : la cupidité qui dévore le monde. Comme celle des chefs d’Etat corrompus qui ruinent leur pays sans scrupules. Eva Joly descend dans l’arène, cible ses attaques et s’expose sur un terrain miné, celui des relations de la France avec l’Afrique, la fâcheuse Françafrique. Et vise trois présidents, soupçonnés d’avoir constitué d’immenses fortunes en France, au détriment de leurs populations respectives : le Gabonais Omar Bongo, le Congolais Denis Sassou Nguesso et le Guinéo-Equatorien Teodoro Obiang.

Les paradis fiscaux et judiciaires : un inventaire à la Prévert

Les paradis fiscaux et judiciaires, là où se déroulent les transferts massifs de fonds criminels, elle connaît aussi. Pour combattre la corruption efficacement, il faut l’attaquer au porte-monnaie. Accentuer la pression. Toute cette finance souterraine, clandestine, facilite la dissimulation et le recyclage de l’argent de la corruption. C’est en s’y intéressant qu’Eva Joly a été amenée à s’y engager, corps et âme. Aujourd’hui, le monde judiciaire réalise qu’il y a des failles énormes dans le système de contrôle de la finance mondiale. La crise a révélé cette menace, mais elle peut se reproduire si rien n’est fait. Il faut donc convaincre les dirigeants de la planète de l’urgence de changer les règles du jeu financier mondial.

Désormais, l’agenda d’Eva Joly est calé sur les grands rendez-vous de la planète. « Il faut faire pression, alterner lobbying discret et propositions de mesures concrètes ». Car elle ne se contente jamais d’un rôle de militante d’opposition. L’idée, c’est de faire avancer les choses, de proposer des solutions, des outils.

Devant ce tableau, la volonté de Nicolas Sarkozy de débarrasser la vie économique et financière des risques pénaux n’apparaît plus, au mieux, que comme un accompagnement de la réalité judiciaire, au pire, comme une insupportable provocation. Car, depuis des années, la justice spécialisée en ces matières s’est délitée, assoupie. Les fameux pôles financiers créés dans un tintamarre médiatique n’ont donné que des annexes ordinaires de tribunaux ordinaires, peuplés de magistrats ni préparés ni formés à une discipline spécifique. Le pouvoir politique a également repris le contrôle et les parquets, aux ordres de la Chancellerie, se montrent de plus en plus réticents à confier les dossiers d’instruction à des juges indépendants. Autant dire que des juges façon Renaud Van Ruymbeke ou des avocats version William Bourdon ne sont pas bien en cour…

Refuser cet « Aller toujours plus loin, au nom de l’appât du gain »

Eva Joly n’est pas une femme d’abstraction, ni de concepts. Aux mots, elle préfère le réel des paradis fiscaux. Elle aime les détails et les choses vues. « La corruption se lit d’abord sur les murs d’un appartement, subitement acquis, ornés de peintures sublimes. Elle se trouve dans des factures cachées dans des boîtes à chaussures. Elle se révèle dans de petites choses, comme ces coffres-forts installés dans les chambres de l’Hôtel Royal, le palace du Luxembourg : chacun peut contenir une valise… Au cours d’une enquête, j’ai constaté de mes yeux qu’un citoyen étranger pouvait facilement apporter 40 millions de francs suisses, en espèces, sur un compte au Liechtenstein sans que personne ne lui pose de questions. Parce que c’est normal, parce que c’est banal »

Heaven i’m in heaven

Le sublime paradoxe de cet itinéraire est qu’Eva Joly n’a échappé à l’anomie identitaire que dans un double geste de refus. Refus de la stigmatisation grandissante des « lanceurs d’alerte » réduits à la condition de portefaix de la cause anti-blanchiment ; mais refus dans un même élan du conservatisme institutionnel, de la fièvre corporatiste des magistrats associée à leur repli communautaire au sein des tribunaux.

Faute de volonté politique, de magistrats formés, performants et déterminés, la justice pénale ne représente plus un véritable « danger » pour les élites, les « puissants ». D’autant moins que les outils dont elle dispose sont totalement inadaptés aux moyens des délinquants en col blanc qu’elle est censée traquer. Certes, les coopérations internationales fonctionnent de mieux en mieux entre magistrats européens, bien sûr, mais aussi américains. Seulement, un peu partout les magistrats s’affrontent à des batteries d’avocats et des flux financiers impossibles à tracer qui peuvent circuler entre les banques du monde entier de façon quasi immédiate. Ils doivent encore se heurter au secret bancaire ou, comme en France, à l’infranchissable secret-défense. En réalité, une dépénalisation sournoise a été engagée depuis plusieurs années…

La délinquance des beaux quartiers se porte bien

Pourtant, n’en déplaise à Nicolas Sarkozy, la délinquance financière qui ne justifierait pas que les juges aillent faire un tour dans les beaux quartiers est un enjeu politique majeur. Une question de bonne santé de la démocratie. Au-delà des dimensions éthiques ou morales, la corruption est un outil d’appauvrissement des entreprises qui la pratiquent, mais également d’avilissement des pays qui la subissent. Les milliards de dollars versés par les compagnies occidentales au bénéfice des dirigeants des Etats, par exemple dans des pays africains tels que le Nigéria, l’Angola, la Côte-d’Ivoire et le Gabon, le sont fatalement au détriment des peuples. La pénalisation du droit des affaires n’est pas une erreur, comme le prétend le président de la République. En revanche, ce serait une faute d’y mettre un terme, comme il en a la tentation.

Ce livre n’est pas seulement un manifeste contre le monde caché de la corruption et des manipulations financières, mais un passeport pour une société progressiste assumée et émancipée. Quand elle prend la plume, l’ex-magistrate fait entendre un plaidoyer dont la portée est universelle. Une défense de l’irréductible singularité citoyenne contre toutes les assignations à résidence qui la guette aujourd’hui. Eva Joly oblige, en effet.

Au-delà de la manifestation de la vérité judiciaire

Et quand il s’agit de parler d’elle, elle évoque surtout des convictions. Des valeurs et des références clairement situées à gauche. Mais aussi un attachement à l’idéal du service de l’Etat, une vision très morale de l’action publique qui « doit servir l’intérêt général tout en protégeant les plus vulnérables ».

Vivre, c’est jouer des rôles successifs. Vivre, c’est habiter un autre. Eva Joly sait ce qu’elle sait sur son compte. Mais ce qu’elle sait est d’un autre ordre que la seule certitude judiciaire. Nous trouvons des êtres d’espèces bien différentes dans la vaste colonie de notre intimité, qui respirent, pensent et sentent diversement. Eva Joly ne se serait peut-être pas livrée à cette passion exclusive si son nom et son histoire ne l’avaient aidé à haïr partout ce qui enferme.

Elle nous rappelle ainsi combien la lutte contre la corruption, les détournements de fonds et les paradis fiscaux est à l’image de la truite de Levinas, qui s’apprivoise, qui se caresse mais qui s’esquive dès qu’on veut la saisir : « on ne pourra pas refonder le système financier mondial avec les paradis fiscaux. Et certains se trouvent en Europe : les plus nocifs sont le Liechtenstein, le Luxembourg, Gibraltar et Chypre, Jersey et Vaduz. Non seulement ils favorisent l’opacité des flux financiers, mais on sait aussi qu’ils participent au blanchiment de l’argent sale ».

Il vaut mieux partir du terrain quand le sommet a échoué. « Le combat reste difficile, on n’en verra pas la fin à l’échelle de ma génération » soupire-t-elle, avant de se reprendre : « Des décisions cruciales sont devant nous : ce n’est pas le moment d’avoir peur ». Finalement, Eva Joly nous rappelle que la vie d’une militante anti-corruption n’est pas très différente de celle d’un haut fonctionnaire : un dossier chasse l’autre.
Eva Joly (avec Maria Malagardis, journaliste indépendante), Des héros ordinaires, éditions Les Arènes, Paris, 2009

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Bettencourt - La démission d'Eric Woerth s'impose, dit Eva Joly dimanche 20 juin 2010 13h25

PARIS 20 juin (Reuters) - L'eurodéputée écologiste Eva Joly demande la démission du ministre du Travail Eric Woerth en raison de ses possibles interventions dans l'affaire Bettencourt et dénonce "une contradiction d'intérêts incroyable".

Sur le site Mediapart, l'ancien juge d'instruction réclame également dimanche l'éviction des procureurs de Paris et de Nanterre, Jean-Claude Marin et Philippe Courroye, qu'elle accuse de chercher à protéger l'Elysée.

"Dans une démocratie normale, la démission s'impose", affirme Eva Joly en évoquant le cas d'Eric Woerth, qui était ministre du Budget alors que son épouse faisait partie des conseillers de Liliane Bettencourt.

L'affaire a rebondi après la publication d'enregistrements pirates montrant que l'entourage de la milliardaire organisait des opérations d'évasion fiscale.

"Il n'est pas extraordinaire de demander à un ministre d'être irréprochable! Les fonctions de sa femme ne sont pas contestées, la validité des enregistrements non plus", estime Eva Joly.

"Ces enregistrements mettent en lumière la valeur des paroles et de la rhétorique d'Eric Woerth sur les paradis fiscaux. Il y a une contradiction d'intérêts incroyable, par rapport à sa prétendue lutte contre les paradis fiscaux", ajoute-t-elle.

Pour l'ancienne magistrate, qui pourrait devenir la candidate d'Europe Ecologie à la présidentille de 2012, les comportements dans cette affaire rejoignent ceux de l'exécutif dans le dossier Karachi.

"Si ce que disent les enregistrements est vrai, et personne ne conteste leur authenticité, c'est un énorme scandale. Car on y voit mises en scène les relations inappropriées entre l'exécutif, le président de la République au premier rang, et les procureurs. Ces enregistrements montrent bien cette connivence", dit-elle.

Eva Joly estime que Nicolas Sarkozy souhaitait supprimer les juges d'instruction en France en raison de ses craintes dans l'affaire de Karachi, liée aux mobiles d'un attentat antifrançais au Pakistan en 2002.

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Affaire Bettencourt: Mme Woerth va porter plainte contre Eva Joly Le Parisien 21.06.2010, 17h09

Le ministre du Travail Eric Woerth a annoncé mardi sur RMC et BFM-TV que son épouse Florence allait porter plainte contre Eva Joly (Europe Ecologie) après les accusations lancées par l'eurodéputée dans l'affaire Bettencourt.

"Elle portera plainte contre Eva Joly, parce que c'est des propos inacceptables. C'est vraiment des professionnels de la calomnie", a assuré M. Woerth. "C'est inacceptable de salir les gens comme cela, de faire tous les rapprochements", a-t-il ajouté.

L'eurodéputée Eva Joly, ancienne juge d'instruction spécialisée dans les affaires financières, avait estimé dimanche dans un entretien au site Mediapart que M. Woerth devrait démissionner du gouvernement après sa mise en cause dans l'affaire Liliane Bettencourt, soupçonnée d'évasion fiscale.

"Il y a une contradiction d'intérêts incroyable, par rapport à sa prétendue lutte contre les paradis fiscaux, alors même que sa femme a participé à l'évasion fiscale de la fortune Bettencourt", avait estimé Mme Joly, reprenant des accusations lancées samedi par Arnaud Montebourg (PS).

Dimanche, le ministre du Travail avait annoncé que son épouse, salariée de la société chargée de gérer la fortune de la milliardaire Liliane Bettencourt, allait porter plainte contre le député PS pour les mêmes raisons.

"Ce n'était pas le métier de Florence Woerth de s'occuper des fonds de la famille de Mme Bettencourt à titre privé. Elle s'occupe des dividendes de L'Oréal", a assuré mardi M. Woerth. "Si quelqu'un a des comptes par ailleurs personnels, elle ne peut pas le savoir, ce n'est pas dans le champ d'investigation de cette société. Ces comptes, s'ils existent, ont peut-être été ouverts il y a vingt ans, il y a trente ans, il y a quarante ans", a ajouté l'ancien ministre du Budget. M. Woerth, en butte à des accusations de "conflit d'intérêts" et des demandes de démission à gauche, a annoncé lundi le départ prochain de son épouse de la société où elle gère une partie de la fortune de Liliane Bettencourt.

L'avocat de trois personnes libérées après avoir été placées en garde à vue dans ce dossier a par ailleurs déploré mardi que la justice enquête "uniquement sur la nature" et non sur le contenu des enregistrements clandestins de conversations de Liliane Bettencourt.

"Je m'interroge sur l'attitude du parquet (de Nanterre, ndlr), qui se focalise uniquement sur la nature des enregistrements sans se soucier de leur contenu", a confié à l'AFP Me Antoine Gillot, avocat du maître d'hôtel, de la comptable et de l'informaticien, remis la semaine dernière en liberté après avoir été placés en garde à vue.

"On se focalise aujourd'hui sur le personnel. Tout cela permet d'occulter l'essentiel, à savoir les informations révélées par les enregistrements", a ajouté Me Gillot, pour qui "l'authenticité" des documents "ne fait pas de doute".

Le parquet de Nanterre a ouvert en début de semaine dernière une enquête préliminaire pour "atteinte à la vie privée" après la découverte de ces enregistrements, réalisés entre mai 2009 et mai 2010 par le maître d'hôtel de la milliardaire. Interrogé lundi sur le fait de savoir si le contenu des enregistrements allait également faire l'objet d'une enquête, le parquet s'est contenté d'indiquer que "les investigations se poursuivent".

Selon Me Gillot, les enregistrements effectués par l'ancien maître d'hôtel de la femme la plus riche de France ne sont pas le fruit d'un "complot" de ses ex-employés.

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Florence Woerth ne gérera plus la fortune de Bettencourt Par Marion Brunet Le Figaro.fr 22/06/2010 | Mise à jour : 09:57

En pleine tourmente, Eric Woerth a annoncé lui-même la démission de son épouse de la société où elle gère depuis 2007 une partie de la fortune de l'héritière de L'Oréal.

Nouveau rebondissement dans l'affaire Bettencourt. Accusé depuis plusieurs jours d'être au courant d'une possible fraude fiscale de l'héritière de L'Oréal, le ministre du Travail Eric Woerth a annoncé lundi que son épouse allait démissionner «dans les prochains jours» de la société où elle gère depuis 2007 une partie de la fortune de la milliardaire.

Le ministre a précisé que le départ de Florence Woerth devrait intervenir avant le début du procès qui opposera à partir du 1er juillet la fille de la milliardaire, Françoise Bettencourt-Meyers, à l'artiste François-Marie Banier. Ce dernier est accusé par la fille de Liliane Bettancourt d'avoir profité de l'affaiblissement de sa mère octogénaire pour obtenir près d'un milliard d'euros de dons.

Les documents audio divulgués la semaine dernière par le site Mediapart suggèrent de possibles fraudes fiscales dans la gestion de la fortune de Lilianne Bettencourt. Des révélations qui ont valu à Eric Woerth des accusations de «conflit d'intérêts» depuis plusieurs jours. Deux responsables de gauche le député socialiste Arnaud Montebourg et l'eurodéputée Eva Joly (Europe Ecologie) ont été jusqu'à exiger sa démission du gouvernement. Mardi, Eric Woerth a expliqué, sur RMC, que son épouse avait porté plainte contre Arnaud Montebourg et qu'elle allait le faire contre Eva Joly. «Il est profondément inacceptable de salir les gens comme ça» a-t-il fait valoir.

«Déontologiquement je suis très à l'aise»

Mais le ministre a une nouvelle fois démenti lundi toute implication dans cette affaire. «Je suis combatif. Je suis déterminé à ne pas me laisser entraîner dans un truc qui ne me regarde pas», a-t-il déclaré. «Son job (celui de Florence Woerth, ndlr) est clair, et mon absence d'intervention est claire aussi. Déontologiquement je suis très à l'aise, a ajouté celui qui a été ministre du Budget entre mai 2007 - mars 2010. Le rôle de ma femme c'est de proposer des placements dans le cadre de la loi. C'est ce qu'elle fait depuis 25 ans».

Liliane Bettencourt a par ailleurs annoncé lundi la régularisation fiscale de l'ensemble de ses avoirs «qui seraient encore aujourd'hui à l'étranger». «Il s'agit notamment du compte ancien que nous possédions en Suisse et (que) j'ai transféré sur un contrat d'assurance-vie au bénéfice de l'un de mes petits-fils», explique-t-elle dans un communiqué. Et la milliardaire de conclure: «Je suis ainsi l'une des premières contributrices privées à l'impôt sur le revenu. Sur les dix dernières années, mes collaborateurs ont établi, à ma demande, que j'avais versé 400 millions d'euros aux services de l'administration fiscale au titre de l'impôt sur le revenu, de l'impôt sur la fortune et de la CSG-CRDS».

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L'ex-juge anticorruption Eva Joly est prête pour la présidentielle De Fabrice RANDOUX (AFP) – 17 août 2010

PARIS — Tout juste entrée en politique, l'ex-juge anticorruption Eva Joly est en passe, à 66 ans, d'être adoubée par les Verts français pour être leur candidate à la présidentielle de 2012, où son discours "éthique" et son parcours atypique pourraient séduire au-delà des écologistes.

Interrogée sur son ambition dimanche dans le quotidien Sud-ouest, l'eurodéputée d'origine norvégienne, recrutée aux élections de juin 2009 par le chef de file des Verts au Parlement européen Daniel Cohn-Bendit, a répondu sans ambiguïté: "oui, l'élection présidentielle m'intéresse. C'est clair".

"Une élection de ce type n'est pas une partie de plaisir. Elle exige un engagement total. Je ne m'y consacrerai que si je me sens portée par le mouvement dans sa totalité", a-t-elle ajouté.

Cela semble bien parti. L'université d'été de son parti, qui s'ouvre jeudi à Nantes (ouest), devrait en témoigner. Rien n'y sera décidé officiellement, mais une image valant tous les discours, Eva Joly clôturera ces journées samedi à côté de la numéro un des Verts Cécile Duflot, de 30 ans sa cadette.

Présentée un temps comme une alternative, celle-ci a affirmé qu'elle "ne fera rien" contre sa "copine". Et le numéro 2 des Verts, Jean-Vincent Placé, qui préférait il y a quelques mois une "jeune dynamique" à une "vieille éthique", juge désormais la candidature d'Eva Joly "extrêmement consensuelle".

Car, derrière son faux air de novice en politique, l'ancienne juge d'instruction, rendue célèbre dans les années 90 pour avoir incarné l'image d'une justice qui s'attaque au pouvoir et au monde des affaires en France, a profité de l'été pour s'imposer médiatiquement.

Baignant dans son élément avec la succession d'affaires qui ont touché le gouvernement, elle a fait feu de tout bois, lançant d'une voix calme des flèches teintées de son accent norvégien.

Dénonçant des "scandales d'Etat", elle a été la première à réclamer la démission du ministre du Travail d'Eric Woerth, soupçonné de conflit d'intérêt et de financement illégal de parti politique dans l'affaire Bettencourt, jugeant que "dans une démocratie normale, la démission s'impose".

Après le durcissement sécuritaire de Nicolas Sarkozy fin juillet, qui lie immigration et délinquance, elle l'accuse de pratiquer "un racisme d'Etat", en estimant que "c'est très fasciste" de nommer des "boucs émissaires".

Un discours qui fait taire les critiques au sein de son parti lui reprochant un ego démesuré ou de ne pas avoir le profil classique de la militante de gauche environnementaliste.

De fait, Gro Eva Farseth, née dans un quartier ouvrier d'Oslo en 1943, n'a pas vraiment le cursus traditionnel des élites françaises.

Lorsqu'elle débarque comme jeune fille au pair dans une famille bourgeoise parisienne en 1964, elle s'éprend d'un des fils de la maison, Pascal Joly, qu'elle épouse en 1966 et avec qui elle aura deux enfants.

D'abord secrétaire puis juriste dans un établissement psychiatrique, elle passe le concours de la magistrature à 38 ans. Commence alors une carrière qui la mènera au coeur des affaires politico-financières les plus sensibles.

Elle se fera surtout connaître dans l'affaire de la compagnie pétrolière Elf, un vaste dossier de corruption, dans lequel elle poursuivra l'ancien ministre socialiste des Affaires étrangères Roland Dumas.

En 2002, elle retourne sept ans en Norvège pour conseiller le gouvernement dans sa lutte contre la corruption internationale et les paradis fiscaux.

Dans un de ses livres, "La force qui nous manque", publié en 2007, elle justifie ce "besoin de mouvement".

"J?ai toujours eu peur du moment où le réel vous assigne votre place: vous êtes la bonne, vous êtes l?épouse, vous êtes une mère, vous êtes une secrétaire, une juge mais docile s?il vous plaît. Vous avez l?âge de la retraite. Non, j?ai toujours bousculé cet ordre-là".

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Libye: Ollier porte plainte contre Eva Joly AFP lefigaro.fr 04/03/2011 | Mise à jour : 19:39

Le ministre des Relations avec le Parlement, Patrick Ollier, a annoncé aujourd'hui qu'il portait plainte pour diffamation contre l'eurodéputée Eva Joly (Europe Ecologie/Les Verts), qui l'a accusé hier à Marseille d'avoir fait des "voyages d'amitié" dans la Libye de Kadhafi.

"Le ministre des Relations avec le Parlement et ancien président du Groupe d'études à vocation internationale (GEVI) avec la Libye lorsqu'il était parlementaire, a décidé de porter plainte contre Mme Eva Joly, estimant que les propos tenus à son égard sont diffamatoires", a-t-il indiqué dans un communiqué.

Dans ce communiqué, Patrick Ollier accuse Eva Joly d'avoir déclaré la veille à Marseille à son sujet: "Il préside l'amitié franco-libyenne au Parlement en France" et "a effectué une vingtaine de voyages d'amitié avec le président Kadhafi et ces voyages ont été suivis de ventes d'armes. Des armes qui aujourd'hui tirent sur les foules".

Eva Joly a tenu ces propos lors d'une réunion publique hier soir à Marseille. Evoquant le "printemps arabe", l'eurodéputée a fustigé "la lâcheté" des gouvernements européens en stigmatisant les ventes d'armes françaises et de l'Union européenne à la Libye. Eva Joly a estimé aussi que le maintien au gouvernement de Patrick Ollier était "l'expression de cette lâcheté" gouvernementale.

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La gauche dénonce la xénophobie des attaques contre Eva Joly Créé le 16/07/2011 à 10h39 RTL.fr

En bref - L’essentiel de l’info

Le Premier ministre François Fillon a enflammé vendredi la polémique sur le défilé militaire du 14 juillet qu'Eva Joly a proposé de supprimer, en s'en prenant à la binationalité de la candidate écologiste.

Réaction remarquée : celle de Daniel Cohn-Bendit. Le fondateur d'Europe Ecologie-Les Verts, pourtant jamais très tendre avec Mme Joly, est venu à son secours en déclarant : M. Fillon "dit n'importe quoi", Eva "a raison".

Plus largement, de nombreux ténors de la gauche reproche au Premier ministre des propos teintés de xénophobie.

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Carnet de déroute du camp Hulot
Alors que l’ex-candidat prend ses distances avec Europe Ecologie-les Verts, «Libération» publie le journal de bord d’un de ses proches conseillers lors de sa campagne ratée. Par MATTHIEU ECOIFFIER liberation.fr 17 août 2011

Le communiqué à l’AFP est tombé hier comme un couperet. A la veille de l’ouverture des Journées d’été d’Europe Ecologie-les Verts (EE-LV), Nicolas Hulot claque la porte.

Après la gifle infligée en juillet par les sympathisants d’EE-LV lors de la primaire, consacrant à une large majorité Eva Joly, sa rivale, comme candidate à la présidentielle, l’ancien animateur d’Ushuaïa a donc «décidé de prendre une distance bienveillante avec EE-LV sans pour autant renoncer à (s)on engagement politique».

Nicolas Hulot n’ira donc pas au raout écologiste à Clermont-Ferrand. «La politique a besoin de cohérence et non d’union forcée», juge-t-il. Il n’y aura pas de photo des deux ex-rivaux consacrant l’unité retrouvée autour de Cécile Duflot et de Dany Cohn-Bendit, samedi lors de la plénière de clôture.

L’équipe de Joly a tenté de l’amadouer jusqu’au bout. «Eva et Nicolas se sont expliqués longuement au téléphone la semaine dernière. Il n’était pas hargneux», précise un proche de la candidate. «Il veut contribuer sur le fond», assure Yannick Jadot le porte-parole d’Eva Joly. Sa fin de non-recevoir est pourtant sans appel.

«Si nous avons des objectifs communs, j’observe que les modalités et l’esprit pour les atteindre divergent», tacle Nicolas Hulot, disant avoir «espéré une autre pratique de la politique». Certains mettront ce forfait sur le compte de l’orgueil blessé de star cathodique, ancien favori des sondages.

Le document exclusif que nous publions aujourd’hui en intégralité sur Libération.fr apporte un autre regard. En 50 pages, Matthieu Orphelin, numéro 3 de l’équipe de Hulot, fait la chronique des coulisses d’une campagne ratée. Vice-président de la région Pays-de-la-Loire, il croyait dur comme fer à la possibilité de faire de la politique autrement avec Nicolas Hulot.

Voici les principaux extraits d’un récit truffé d’anecdotes. De la ceinture électrique abdominale avec laquelle le candidat piégera Jean-Vincent Placé, le complice de Duflot, aux coups bas de l’équipe de Joly. Sans oublier les appels affectueux de Jacques Chirac et la mésaventure du fils d’Eva Joly qui votera nul en se trompant d’enveloppe.

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La sortie du nucléaire reste la pierre d'achoppement des négociations entre le Parti Socialiste et les Verts challenges.fr 21-08-11 à 18:31

La sortie du nucléaire reste la pierre d'achoppement des négociations électorales entre Europe Ecologie-Les Verts et le PS, comme l'a rappelé Eva Joly, candidate écologiste à la présidentielle.

A Clermont-Ferrand samedi, lors de l'université d'été de EELV, l'eurodéputée a prévenu qu'elle n'était "pas candidate au ratissage des voix écologistes pour le compte du Parti socialiste".

Et de lancer un avertissement sans surprise aux socialistes: "il n'y aura pas d'écologistes dans un gouvernement qui n'engagerait pas la sortie du nucléaire".

De tout temps, la question du nucléaire a été une pomme de discorde entre écologistes et socialistes. Mais la catastrophe de la centrale japonaise de Fukushima au printemps a ravivé le problème. Le PS et tous ses candidats à la primaire présidentielle ont atténué leurs propos.

Une situation qui amuse l'ex-Premier ministre UMP Jean-Pierre Raffarin. Dimanche, dans Le Parisien, il a considéré que "le parti écologiste était devenu un cannibale électoral pour le PS".

"Comment s'entendre avec une force qui sans cesse vous grignote?", a-t-il dit.

Le PS reste flou, évoquant sans date une sortie du nucléaire. Il préconise un audit sécurité des centrales les plus anciennes, une modification du mix énergétique au profit des énergies renouvelables, la mise en place de filières post nucléaires et la réorientation de la filière sur le démantèlement des centrales et l'enfouissement des déchets.

Martine Aubry, qui semble avoir davantage les faveurs de EELV que ses concurrents à la primaire, est "personnellement" pour une "sortie du nucléaire", mais se refuse à donner une date.

Ségolène Royal y est également favorable, mais quand les écologistes envisagent cette sortie dans 10 à 20 ans, elle évoque une quarantaine d'années, comme l'a redit samedi son porte-parole Guillaume Garot.

François Hollande propose de "s'émanciper du nucléaire" et s'est engagé à réduire "de 75% à 50% la production d'électricité d'origine nucléaire à l'horizon 2025".

Manuel Valls est le plus rétif sur ce sujet et Arnaud Montebourg reste discret.

Tous ont dépêché à Clermont-Ferrand des émissaires pour discuter avec EELV ce week-end, à l'exception de M. Valls.

Ces discussions doivent aboutir en octobre/novembre.

Si le PS a gelé une centaine de circonscriptions pour ses partenaires de gauche, selon les écologistes, la volonté de la direction d'EELV est d'obtenir, en cas de victoire de la gauche, une trentaine de députés à l'Assemblée (quatre actuellement) et une quinzaine si elle perd.

"Un seuil en dessous duquel ce ne sera pas possible", a prévenu vendredi la secrétaire nationale d'EELV Cécile Duflot alors que certains rêvent pour elle d'une circonscription à Paris que le PS n'entend pour l'instant pas lâcher.

Christophe Borgel, en charge des élections au PS et soutien de Mme Aubry, a prévenu samedi les écologistes qu'il ne fallait "pas raisonner dans des logiques d'oukaze en disant: s'il y a tel ou tel point (de divergences), le rassemblement est totalement impossible".

"Il est normal qu'un parti qui estime qu'il doit avoir un candidat et en l'occurrence une candidate, Eva Joly, affirme et affiche ses positions", a-t-il relevé. "Si nous avons au bout quelques divergences il faudra les assumer et elles seront tranchées dans le premier tour", mais elles "ne doivent pas obérer la possibilité d'un rassemblement sur l'essentiel des questions posées au pays".

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Publié le 17.12.2011, 16h27 | Mise à jour : 18.12.2011, 13h22 leparisien.fr

Eva Joly, candidate d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV) à la présidentielle, a détaillé samedi ses priorités pour 2012, jugeant que «l'économie verte» peut créer jusqu'à «un million d'emplois» et y voyant le «seul chemin pour sortir de la crise».

Eva Joly a réuni ses «copains» samedi dans une salle parisienne pour évoquer les grandes lignes de son programme pour 2012. Très offensive, avec sa mythique paire de lunettes rouges vissée sur le nez, la candidate écolo a sorti les gants de boxe, dénonçant «des pratiques claniques» à droite comme à gauche et taclant notamment «la toute puissance des marchés financiers» et ces «spéculateurs qui ne gagneront pas».

Si elle a repris les thèmes de campagne du moment comme le «acheter français», elle a surtout énoncé un catalogue de mesures qu'elle compte bien mettre au coeur des débats en 2012. Avec pour pierre angulaire de ce «contrat écologique pour la République»: la sortie du Nucléaire, «l'ADN» d'EELV.

«Je suis heureuse d'être parmi vous alors que vous êtes en train de décider du projet qui nous servira de boussole pour 2012», a-t-elle lancé en préambule d'un discours d'une quarantaine de minutes. La candidate se laisse la liberté d'adapter son programme, fruit d'un travail collectif, jusqu'au 11 février, date à laquelle elle présentera avec précision des mesures plus précises.

Un million d'emplois grâce à «l'économie verte»

La candidate veut tordre le cou à la morosité ambiante. Pour elle, la solution pour sortir de la crise passe par le développement de «l'économie verte». Elle ambitionne de créer un million d'emplois d'ici à 2020 pour soigner cette «France malade du chômage». La «seule règle d'or serait de ne laisser personne au bord du chemin», a-t-elle lancé avant de détailler ses «quatre priorités» pour le pays.

La conversion écologique est «le seul chemin pour sortir intelligemment et efficacement de la crise», a martelé Eva Joly. Elle a également donné son avis sur le «acheter français», un des thèmes de campagne qui a rythmé la semaine politique. Pas question pour elle de se laisser entraîner sur ce terrain protectionniste pour répondre à la crise de la zone Euro. La solution ? une «réindustrialisation» qui doit se faire par les PME innovantes et écologiques, mais «pas contre, ni dans le dos de l'Europe».

Un pacte de fraternité contre l'exclusion et la xénophobie

Très en forme, Eva Joly fustige le gouvernement et les «Hortefeux, Besson et Guéant qui n’ont eu de cesse de caresser le Front national dans le sens du poil, avec une expression bien de chez nous : expulsons français !»«La xénophobie d’Etat made in France, ça suffit comme ça !» a-t-elle scandé. Un slogan logique pour la candidate qui milite pour une Europe fédérale, qui, elle l'espère portée par ces Français qui «se refusent à une vision hexagonale et chauvine du monde»

«Dépenser moins pour vivre mieux»

L'ancienne juge d'instruction a évoqué alors un «temps d'urgence sociale et économique pour sortir de la récession», fustigeant «les logiques mortifères de l'austérité». Décidément prolixe en formules, elle a résumé sa pensée : «dépenser moins pour vivre mieux». L'eurodéputée a également proposé «une section au sein de la Cour pénale internationale chargée de poursuivre et réprimer sévèrement les crimes écologistes».

Une VIème République pour mettre fin «aux pratiques claniques et aux méthodes barbouzardes»

Sévère, elle n'a pas fait de hésité à ressortir pour un temps ses habits de magistrate qui a fait trembler les puissants. A droite comme à gauche, elle énumère les affaires qui embarrassent : «Takieddine, Karachi, Marseille, Liévin et Hénin-Beaumont». Pour la juriste toutes ces affaires relèvent des «mêmes processus délétères».

Une guerre fratricide à Paris pour les législatives

Le projet sera adopté dimanche au terme de deux jours de discussions au sein du conseil fédéral, qui devrait s'animer lors d'un débat sur les accords en vue des législatives. A Paris, le parachutage de Cécile Duflot dans la VIeme circonscription avait déjà suscité une levée de boucliers des socialistes du cru. Mais cette fois, c'est la Xeme circonscription qui sera au coeur d'une guerre fratricide, chez les verts. Quatre candidats sont en lice : deux ténors, Yves Contassot et Denis Baupin, et deux femmes : Nathalie Laville, une militante du XIIIe, et une cadre du parti, Eva Sas, proche de Jean-Vincent Placé, secrétaire national adjoint. Le conseil fédéral devra les départager.

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Bayrou et Joly font un bide d'audience sur TF1 Mis à jour le 21/02/2012 à 12:43 | publié le 21/02/2012 à 12:33 Par Enguérand Renault

L'émission politique de prime time «Parole de candidat» n'a rassemblé que 2,2 millions de téléspectateurs. Un score très faible pour TF1 largement devancé lundi soir par France 2 et M6.

La campagne présidentielle avait bien démarré sur TF1 avec l'annonce de la candidature de Nicolas Sarkozy en direct au JT de 20 heures mercredi dernier. À cette occasion, la chaîne avait réalisé un très beau score d'audience de 10,7 millions de téléspectateurs. Un score qui contraste avec le trou d'air enregistré lundi soir pour la première de la nouvelle émission politique de TF1 «Parole de candidat».

L'émission, présentée par Laurence Ferrari, recevait François Bayrou puis Eva Joly. Bilan, «Parole de candidat» n'a attiré que 2,2 millions de téléspectateurs et affiché une part d'audience de seulement 8,9%. Un «accident industriel» pour reprendre l'expression jadis utilisée par Patrick Le Lay, l'ancien PDG de TF1.

«Parole de candidat» a été très largement devancé par «Cold Case» sur France 2, qui a séduit 6,9 millions de téléspectateurs, et «Top Chef» de M6, qui s'est payé le luxe de faire une audience presque double de celle de TF1 (4,2 millions de téléspectateurs).

Même les chaînes de la TNT ont profité de la désaffection des traditionnelles ménagères de moins de 50 ans. Fait assez rare, quatre chaînes de la TNT dépassaient les 1,3 millions de téléspectateurs: France 5 avec un téléfilm (1,3 million), W9 avec un grand film, «Le Masque de Zorro», attirait 1,4 million de personnes, TMC avec un autre film faisait un score comparable, enfin NRJ 12 avec le long métrage pour adolescents «Eragon» culminait à 1,5 million de téléspectateurs.

François Hollande le 27 février

«Parole de candidat» peut encore retrouver des couleurs la semaine prochaine, le 27 février, avec un seul invité, François Hollande. Le candidat socialiste avait atteint 5,5 millions de téléspectateurs sur France 2 dans l'émission «Des paroles et des actes» diffusée le 26 janvier dernier. Le 5 mars, TF1 recevra Marine Le Pen, puis Jean-Luc Mélenchon.

Enfin, il reste à caler l'ultime date avec le président candidat, Nicolas Sarkozy. Les autres petits candidats n'auront pas de place dans une émission de prime time mais seront reçus par Laurence Ferrari et François Bachy dans «Parole directe».

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Le Point.fr - Publié le 23/02/2012 à 17:13 - Modifié le 23/02/2012 à 17:29 Actualité Politique Présidentielle 2012 RSS Joly à Lepage : "Je l'emmerde"

Eva Joly, interrogée par Canal+ sur Corinne Lepage, a lancé : "Je l'emmerde", ce à quoi l'ancienne ministre, également candidate écologiste à la présidentielle, a répondu en lui suggérant mercredi un "vrai débat" au lieu de "l'invective".
La forte expression a été lancée par la championne d'Europe Écologie-Les Verts dans Carnet présidentiel, petite séquence enregistrée de la Matinale de Canal où l'animateur Cyrille Eldin joue les Candide et les crampons, poursuivant sans relâche les politiques.

"Et Corinne Lepage qui dit que vous désertez la promesse écologique, vous lui dites quoi à Corinne Lepage ?", demande-t-il à l'ex-juge d'instruction et eurodéputée, après l'avoir relancée à maintes reprises sur les sondages. Réponse d'Eva Joly : "Je l'emmerde." Invitée en direct de Canal +, Corinne Lepage a réagi en souriant : "C'est très élégant !" "Je ne commente pas les grossièretés." Pourquoi cette agressivité ? "Peut-être parce que je ne suis pas à 0,5 % dans les sondages mais plutôt à 1,5 et qu'elle n'arrête pas de descendre."

"Elle en est réduite à ces extrémités, a ajouté Corinne Lepage, je la renvoie à ce qu'elle est, elle ne donne pas une très bonne image de l'écologie, une fois de plus." Un peu plus tard, l'avocate et candidate de Cap 21 à la présidentielle a assuré "ne pas vouloir répondre à l'invective par l'invective. Je lui propose plutôt un vrai débat politique. À de nombreuses reprises, à des forums, lors de rencontres, je le lui ai proposé. Elle l'a toujours refusé." "Plutôt que mettre le débat politique au niveau du caniveau, c'est ce débat politique que je lui propose", a-t-elle insisté.

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Sarkozy est "cerné par les affaires", accuse Eva Joly - Publié le 11/04/2012 à 22:29 lepoint.fr

PARIS (Reuters) - Eva Joly a jugé anormal mercredi que Nicolas Sarkozy puisse solliciter un second mandat compte tenu des "présomptions concordantes et précises" pesant sur lui dans plusieurs dossiers judiciaires.

"Ce que je souligne, c'est l'anomalie de pouvoir solliciter un deuxième mandat lorsque vous êtes cerné par des affaires judiciaires et dans lesquelles vous ne vous expliquez-pas", a déclaré la candidate d'Europe Ecologie-Les Verts sur France 2.

Eva Joly s'est étonnée qu'autant d'informations sur les affaires Karachi, où des proches du chef de l'Etat sont mis en examen, où sur l'affaire Bettencourt, dans laquelle Nicolas Sarkozy est également cité, puissent être publiées "sans que rien ne se passe".

L'ancienne magistrate a souligné qu'une commission rogatoire luxembourgeoise dans l'affaire Karachi établissait que la création d'une société destinée à recevoir des fonds occultes s'était faite "avec l'accord de monsieur Sarkozy."

Interrogée sur la présomption d'innocence, Eva Joly a estimé qu'elle n'exonérait pas le président sortant de fournir "des explications".

"Je dis ce que tout le monde sait. L'affaire Bettencourt, ce n'est pas un secret aujourd'hui qu'il y a des comptes offshore, qu'il y a des comptes en Suisse", a-t-elle dit.

Elle a également cité des mouvements d'argent qui rentrent dans les comptes de proches de Nicolas Sarkozy

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Présidentielle. Au Cirque d'hiver, Eva Joly fend l'armure 20minutes.fr Créé le 18/04/2012 à 22h34 -- Mis à jour le 19/04/2012 à 10h07

POLITIQUE - La candidate a terminé sa campagne en beauté, offrant à ses militants un véritable moment d'émotion ce mercredi soir... De notre envoyée spéciale,

Il fallait voir Eva Joly, ce mercredi soir au Cirque d’hiver à Paris, les larmes aux yeux, entourée de son équipe de campagne, de Daniel Cohn-Bendit et Cécile Duflot, danser sur le podium à la fin de son meeting pour comprendre combien la campagne a dû être éprouvante pour elle. Cette fois, les écologistes sont vraiment rassemblés et fiers de leur candidate.
Les 2.000 militants sont débout et applaudissent à tout rompre, scandant «Eva, Eva» même après que la musique se soit tue.

Il fallait «finir dignement», avait prévenu Jean-Vincent Placé avant le meeting. Et l’événement s’est montré à la mesure de ses attentes. Si les chausse-trappes ont été nombreuses pendant la campagne, même de la part de ses amis, Eva Joly a reçu en échange beaucoup de chaleur des militants.
Dès le début de soirée, le public conquis du Cirque d’hiver l’a ovationnée. «Les écologistes, je vous demande de vous lever dans cette élection et d’aller chercher les voix», lance en chauffeur de salle survolté, son ex-porte-parole Yannick Jadot, qui fait entrer la candidate et son équipe pour une première acclamation.

«La surprise du 22 avril, ça peut être Eva»

Cohn-Bendit, l’un de ces «tontons flingueurs», la soutient enfin pleinement. «Je ne vous demande pas où vous étiez hier, je vous demande simplement d’aller voter avec beaucoup de gens pour Eva Joly dimanche», lance-t-il. «Il est évident ce soir que Sarkozy a perdu cette élection», ajoute-t-il très applaudi. Il faut voter Joly pour peser dans «la nouvelle majorité», argue-t-il, parlant de «la campagne d’après».
«Nous devons avoir l’intelligence de jouer non sur les rapports de force mais de jouer l’intelligence et la force de conviction», insiste-t-il, taclant en creux Mélenchon, et réclamant – déjà !- un référendum sur le nucléaire. «Voter pour Eva, c’est faire un pari sur un autre avenir, un autre monde, une autre République.»

Cécile Duflot, la chef de parti, prend la parole. Elle rappelle les glorieux souvenirs de la campagne de 2002 de Noël Mamère qui s’était achevée au Cirque d’hiver comme celle des régionales de 2008. «Rien n’est plié», conjure la patronne d’EELV, vantant sa «candidate différente» qui «dérange». Oui, le vote EELV, «c’est le vote secondaire, celui de la réflexion», assume-t-elle, mais «un vote qui va contribuer à changer les choses». C’est «un vote qui récompense la constance, le courage, la dignité et la loyauté», vante-t-elle, campant sa candidate comme la seule osant attaquer Sarkozy sur les affaires. «La surprise le 22 avril, ça peut être Eva Joly. Bougez-vous, faites changer les choses. Pour que le 6 mai, ce soit un vrai changement, un vote de cœur et de raison.»

Eva Joly, les larmes aux yeux

Evidemment, la salle chavire de bonheur. Cécile Duflot fait remonter Eva Joly et Cohn-Bendit sur l’estrade verte pour une nouvelle salve d’applaudissements. Le trio se rend dans une salle attenante pour parler aux militants qui n’ont pu rentrer dans l’hémicycle. «Rien n’est joué», répète Cécile Duflot.
Et Eva Joly se paie, en savourant, une deuxième entrée de star dans la salle. «La bataille fut rude pour nos idées. La campagne fut rude pour ma personne», commence-t-elle. «On t’aime!» lance un sympathisant, entraînant une salve d’applaudissements, faisant monter les larmes aux yeux de l’écologiste. «Je ne suis pas une oratrice, je m’en excuse. Si je m’adresse davantage au cortex qu’aux tripes, c’est que le monde est complexe. Je ne suis pas la candidate du baratin et du blabla mais la candidate de l’écologie, du possible et du nécessaire», développe-t-elle. «Merci!» crie encore la foule.

Elle aussi, pense déjà à l’après. François Hollande «veut-il rester dans l’histoire comme le syndic de la faillite de l’espoir de la gauche ou comme celui qui aura réussi à ouvrir une voie nouvelle basée sur l’écologie ?» demande-t-elle. Au tour du désormais habituel réquisitoire contre Nicolas Sarkozy: «Au final, le sarkozysme n’aura été qu’un abus de pouvoir basé sur un abus de faiblesse». Et enfin, elle savoure ses dernières phrases, appelant à voter pour elle, appelant les indécis à la choisir: «Votez pour la planète, votez pour l’écologie, votez pour Eva Joly», lance-t-elle.
Encore une fois, les 2.000 militants en fusion acclament à tout rompre leur candidate qu’ils auront mis du temps, parfois, à aimer, et qui a ce soir fendu l’armure devant des cadres au visage radieux, enfin au diapason. Dommage que ce soit à quatre jours du premier tour, deux mois après le très froid meeting de Roubaix, qui devait lancer sa campagne.

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Eva Joly : "Nous les nègres, bougnoules, youpins (...) sommes chez nous !" par (PIerreF) le 19/04/2012 10:13 | Dans l'actualité Infos melty.fr

Eva Joly tenait son dernier meeting hier au Cirque d'hiver à Paris. Visiblement émue, la candidate d'Europe-Ecologie-Les-Verts s'en est prise à Marine Le Pen, à Nicolas Sarkozy et sa "République irréprochable".

Pendant quelques heures hier, Eva Joly avait renfilé ses habits de juge spécialisée dans les affaires de corruptions, et a entrainé les journalistes dans un "Sarko-tour", à Neuilly, devant un ancien appartement de Nicolas Sarkozy dont des doutes subsistent sur son financement. Elle a dénoncé un président "cerné" par des affaires, des "indices concordants et précis" sur l'illégalité de certains de ses financements, et une présidence" illégitime".
Nathalie Kosciusko-Morizet, porte-parole du candidat UMP, a dénoncé un "happening pitoyable". Eva Joly, qui a dit regretter une seule "maladresse", celle d'avoir chuté dans les escaliers, s'en est également prise à Marine Le Pen, en reprenant à sa sauce un slogan de l'extrême droite :
"Nous sommes chez nous, nous les Français et les Françaises, métèques venus des quatre coins du monde pour faire la France, les Polaks, les Portos, les Ritals et les Espingouins, nous les Youpins, les Nègres, les Bougnoules, nous les Norvégiennes ménopausées ! ".

A ses côtés, Daniel Cohn-Bendit, qui avait pourtant à maintes reprises critiqué la campagne d'Eva Joly, a déclaré : "Nous sommes prêts à prendre des responsabilités dans la nouvelle majorité pour que la politique dans ce pays change". La candidate d'EELV avait en effet déclaré accepter le ministère de la Justice si François Hollande le lui proposait, en plus de l'accord entre les Verts et le PS, pour le partage des circonscriptions lors des élections législatives de juin.
Extrêmement émue à la fin du meeting, Eva Joly a déclaré : "Mon sens éthique est plus développé que mon sens tactique, je le concède. Mon esprit de révolte est plus vif que mon esprit de discipline, je le confesse. Ma pugnacité au combat est plus forte que ma capacité de soumission". La candidate d'EELV, créditée de 2 à 3% des intentions de vote, espère une bonne surprise dimanche 22 avril et passer notamment au-dessus de la barre des 5%. Que pensez-vous du discours d'Eva Joly ?

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