Bio express
Big businessman

07 septembre 2005 : Lance veut "enmerder les Français", en gagant un huitième Tour de France
25 août 2005 : L'américain, ami de G.W. Bush, accuse les Français :"Je suis victime d'un complot" ; Lamour "à violé les règles de l'éthique" ...
24 août 2005 : C'est prouvé ... pour 1999 ; la police surveillait son équipe
24 juillet 2005 : Tour de France, record battu, 7 fois de suite
20 juillet 2005 : Encore un boy de l'américain qui gagne
17 juillet 2005 : Le texan fait gagner son fidèle lieutenant
14 juillet 2005 : L'américain laisse un brave français gagner "dignement" le jour de la fête nationale
12 juillet 2005 : Toujours aussi bien "préparé" l'américain domine pour la 7ème fois
Juin 2005 : Lance Amstrong déjà bien formaté pour le tour de France
Janvier 2005 : La justice enquête
Juillet 2004 : Triomphe du dopage légal : Lance Amstrong 6ème victoire consécutive, depuis 1999
Incroyable : c'est Lui qui le dit
Un protégé de G.W. Bush
Greg LeMond (triple vainqueur américain du Tour de France) sceptique ...
Un témoignage bien gênant (Cour d'appel de Paris, 02/07/2004)

Lance Armstrong : « Quelque chose d'absolument incroyable »

LANCE ARMSTRONG entrera aujourd'hui dans la légende du cyclisme et s'apprête à être accueilli sur les Champs-Elysées avec les honneurs. Dans la foulée d'une nouvelle victoire dans le contre-la-montre de Besançon, le Texan s'est confié. Heureux et soulagé.

Estimez-vous que votre domination est totale cette année ?
Lance Armstrong. Non, je ne dirais pas ça. Je n'ai pas vraiment attaqué lors de ce Tour. Dans les moments les plus durs, j'étais toujours dans un groupe de quelques coureurs. Mes victoires, je les ai remportées au sprint ou, comme aujourd'hui (hier), lors des contre-la-montre.

Vous avez aussi semblé très agacé pendant ce Tour, notamment par certaines décisions des organisateurs et par une partie du public...
Je n'ai jamais contesté les choix des organisateurs. Si on refait un contre-la-montre à l'Alpe-d'Huez, je crois qu'il serait préférable de mettre des barrières tout au long de la montée.
Mais je fais confiance à Jean-Marie (Leblanc) pour prendre les bonnes décisions.
Concernant les spectateurs, c'est vrai qu'une minorité a fait preuve d'une grande animosité. Si Anquetil était vivant, il vous raconterait qu'il était sans cesse chahuté. Merckx pourrait dire la même chose. Etre en telle compagnie me va très bien. Mais quel genre de coureurs veulent ces gens ? Est-ce qu'ils veulent un champion qui ne travaille pas dur, qui n'aime pas son sport ? Je voudrais leur dire : « Richard Virenque : Le dopé illégal (NDLR : Armstrong désigne, sans le nommer, Richard Virenque). » Pour moi, c'est rassurant de voir que les grands champions du passé n'étaient pas les chouchous du public. Si, pour être aimé, il faut être 2e , alors j'accepte d'être hué.

« Ce qui me préoccupe actuellement, c'est de terminer la course sans problème »

Que ressentez-vous de différent entre cette sixième victoire et votre premier succès en 1999 ? En 1999, ma victoire avait été un choc total, une vraie surprise. Maintenant, je sais ce que signifie un succès dans le Tour. Je connais le sentiment que l'on a en roulant avec le maillot jaune sur les Champs-Elysées. J'ai aussi conscience de tout ce que cela implique l'hiver, au moment où il faut se préparer pour le Tour d'après. En 1999, je ne me voyais pas gagner un 2e Tour, ni un 3e , ni un 6e . Détenir le record de victoires dans le Tour est quelque chose d'absolument incroyable qui fait partie de l'histoire du cyclisme.

Vous reverra-t-on sur le Tour en 2005 ?
Rien n'est décidé. Ce qui me préoccupe actuellement, c'est de terminer la course sans problème, de rentrer chez moi, de me détendre et de profiter de ma victoire. Je vais réfléchir à tout ça dans les deux mois qui viennent. Mais le Tour est la plus grande course du monde. C'est celle que j'aime le plus, où le public est le plus nombreux, où il y a le plus de passion. J'ai du mal à m'imaginer ne pas y être. Mais si je reviens, il faudra que ma condition physique soit parfaite, que je sois prêt pour gagner. La question c'est : « Est-ce que je vais continuer ou pas ? » J'ai encore envie de faire plein de choses : le Tour d'Italie, les Championnats du monde, une tentative contre le record de l'heure. Mais j'ai bientôt 33 ans, le temps passe.

Est-ce que votre situation personnelle vous donne envie de prendre du recul ?
C'est vrai, ma situation personnelle, moi en Europe et mes enfants au Texas, est ce qu'il y a de plus dur à vivre. Je n'ai pas vu mes enfants pendant deux mois au printemps. Là, cela fait trois mois que je suis absent. Je refuse de revivre ça. Mes filles ont trois ans, mon fils a cinq ans et, en trois mois, ils changent complètement. Mais je pense qu'un coureur peut modifier son programme, vivre sur deux continents, conserver une vie de famille et une vie sportive. Je dois essayer de faire ça. Bien mieux que je ne l'ai fait cette année. C'est trop important pour moi. Au bout d'un moment, cela me désespère qu'ils soient si loin.

SUR LA ROUTE DU TOUR, HIER. « Le Tour est la plus grande course du monde. C'est celle que j'aime le plus, où le public est le plus nombreux », confie Lance Armstrong, qui a remporté le dernier contre-la-montre.
Propos recueillis par Gabriel Richalot, Le Parisien, dimanche 25 juillet 2004, p. 3

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Le Texan a bien reçu des menaces

ARMSTRONG a reconnu à l'arrivée en haut de l'Alpe-d'Huez qu'il avait eu peur. On sait désormais que ses craintes étaient fondées.
Jean-Marie Leblanc, le directeur du Tour, a révélé hier que l'Américain avait reçu des menaces avant le contre-la-montre individuel entre Le Bourg-d'Oisans et l'Alpe-d'Huez, disputé devant plusieurs centaines de milliers de spectateurs mercredi.

Exceptionnellement, deux membres des services de sécurité ont été sollicités pour le protéger pendant la course : l'un à moto devant le coureur et l'autre à bord de la voiture suiveuse de l'équipe US Postal.
La protection du Texan sur le Tour est une préoccupation depuis plusieurs années, mais c'est la première fois qu'il est fait état de menaces réelles. Quatre personnes avaient cette année pour seule mission de surveiller Lance Armstrong.
Le Texan est venu en France avec les deux gardes du corps qui l'encadrent depuis 2002 : un policier belge et le sbire de George W. Bush à l'époque où il était gouverneur du Texas.
Le président des Etats-Unis et Armstrong sont des proches. Bush est intervenu en personne pour que le Maillot jaune bénéficie des services de son ancien garde du corps.
Les photographes, cameramen, journalistes et spectateurs un peu trop enthousiastes peuvent témoigner de l'efficacité de ces deux gros bras au départ et à l'arrivée de chaque étape.

1 658 policiers et 650 CRS et gendarmes mobilisés pour l'arrivée du Tour

Considéré comme citoyen américain à risque par le ministère français de l'Intérieur, Armstrong a également bénéficié de la protection de deux membres du GIPN, le groupement d'intervention de la police nationale.
Plus discrets que « les deux officiels » d'Armstrong, ils ont passé trois semaines collés à ses basques. Leur méthode d'intervention est tenue secrète. « Ce dispositif est amené à être renouvelé, explique l'un des responsables de la police sur le Tour. Si nous le dévoilions, il perdrait de son efficacité. »

L'arrivée du Tour dans la capitale fait également l'objet d'un vaste plan de sécurité. La préfecture de police a mobilisé 2 308 hommes (1 658 policiers et 650 CRS et gendarmes) pour l'occasion. « Les forces de police ont reçu des consignes de vigilance », indique la préfecture afin « d'assurer le bon déroulement » de l'arrivée du Tour.
Confrontés à un afflux massif de touristes, souvent nord-américains, les policiers jalonneront le parcours emprunté par les coureurs et, dans un vaste périmètre donnant accès aux Champs-Elysées, un dispositif de barriérage sera installé afin que les dizaines de milliers de spectateurs assistent à l'événement en toute sécurité.
Les premières dispositions ont été prises hier. Depuis samedi 7 heures, le stationnement est limité dans la capitale. Et à partir de 9 heures ce matin et jusqu'à 18 h 30 environ, la circulation est interdite aux abords des Champs-Elysées et de la place de la Concorde. Pour assister à l'ultime étape du Tour 2004, la préfecture de police conseille donc de rejoindre le site en transports en commun. Attention toutefois, les stations Concorde et Tuileries seront fermées dans le courant de la matinée et ne seront accessibles au public qu'en fin d'après-midi.
G.R. et Marianne Gairaud, Le Parisien, dimanche 25 juillet 2004, p. 3

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Richard Virenque : Le dopé illégal , éliminé en 1998.

Virenque, l'ange noir du Tour (1999)

Détesté ou adulé, le coureur accusé de dopage tient la vedette d'une 86e Grande Boucle qui se serait pourtant bien passée de sa présence

C'est un moment de folie ordinaire. Une scène comme il s'en passe des dizaines, quotidiennement, depuis que le Tour a pris la route, le 3 juillet, sous un ciel en deuil, dans une ambiance de corrida. Elle se déroule au kilomètre 103 de la première étape, à la sortie de Mouzeuil-Saint-Martin, un patelin vendéen que le peloton traversera bientôt à la vitesse d'un TGV.

Sur le bord de la chaussée, une foule survoltée par l'attente, le rosé et le vacarme de la caravane publicitaire. Soudain, à la vue d'une voiture maquillée aux couleurs de l'équipe Polti, c'est l'étincelle. Un type en short fluo lève le poing: «Virenque pourri!» Son voisin, un cyclotouriste en tenue d'apparat: «Répète ça pour voir...» Noms d'oiseaux. Bousculade. La routine.
Il aura donc suffi d'un homme, un seul, pour que cette 86e édition du Tour de France, présentée comme le laboratoire d'un nouveau cyclisme, plus propre, plus humain, bascule, comme la précédente, dans l'hystérie et la confusion.

Un an après le choc de l'affaire Festina, c'est un véritable coup de poignard que les dirigeants de l'Union cycliste internationale (UCI) ont assené aux organisateurs de l'épreuve, en exigeant, trois jours avant le prologue, la réintégration de Richard Virenque.

Le coureur qui, selon l'expression de Jean-Marie Leblanc, directeur du Tour, «cristallise le phénomène du dopage» a profité des méandres d'un règlement plus soucieux des délais d'inscription que de la santé du peloton pour narguer, une nouvelle fois, ses professeurs de vertu et s'inviter au départ d'une course où on l'avait jugé indésirable. A quoi joue l'impayable Hein Verbruggen, président de l'UCI, qui, l'été dernier, tandis que les descentes de police se succédaient sur la Grande Boucle et plongeaient son sport dans le scandale, coulait, quant à lui, des vacances paisibles en Inde? A quoi pensent les patrons de l'épreuve, qui s'emploient depuis un an à rassurer les sponsors, qui promettent la rédemption ou le chaos et qui, au final, oublient de verrouiller leur dossier? A quoi sert le Tour s'il n'est plus qu'un mythe rafistolé?

Crétinisé et vitriolé

Le 18 juillet 1998, Richard Virenque, en larmes, avait quitté la course par une porte dérobée, exclu comme tous ses équipiers. Mis en examen dans cette affaire, impliqué dans le dossier Sainz-Lavelot, où il est encore question de dopage, l'ex-meilleur grimpeur du Tour a toujours nié les accusations portées contre lui. Ce n'est pas un crime que de réfuter l'évidence, même si la plupart de ses compagnons de chambrée ont préféré lâcher le morceau. Mais cette obstination qui confine à l'autisme a fini par faire de Virenque le symbole d'un cyclisme dévoyé par la médecine de performance, le pisse-vinaigre attitré de l'opération «mollets propres» lancée à grand renfort de communication par les autorités du Tour et de la fédération.

Crétinisé, à longueur d'année, par Les Guignols de l'info, vitriolé dans les colonnes de L'Equipe, Virenque a choisi de jouer la montre et le retournement de l'opinion publique. La jurisprudence Jacquet lui laisse de l'espoir. Aussi loquace qu'un bloc de granit, drapé dans son impudence de résident suisse outragé, il compose, depuis près d'une semaine, un personnage de martyr qui exaspère le peloton mais divise la France en deux. En mal de héros, le public du Tour en a pourtant un vrai, un beau, juste à portée du cœur: l'Américain Lance Armstrong, rescapé d'un cancer et dès le premier jour maillot jaune du miracle. Mais il l'ignore presque, trop occupé à scruter les faits et gestes du dossard 69, prudemment camouflé dans les profondeurs du classement en attendant que la route s'élève.

L'ange noir du cyclisme français peut-il gagner le Tour? Sûrement, oui, et il s'agirait là d'un méchant bras d'honneur aux croisés de la lutte antidopage. En attendant, l'ordre a été donné aux employés de la Société du Tour d'effacer les kilomètres de slogans pro ou anti-Virenque et les centaines de seringues dessinées, à chaque étape, sur le bitume. Les forçats de la serpillière tiendront-ils jusqu'aux Champs-Elysées? Le Tour, cette année, s'annonce palpitant.
par Henri Haget, L'Express du 08/07/1999

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Lance Armstrong perd son procès en appel à la veille du Tour de France

Le champion cycliste américain a perdu, vendredi 2 juillet (2004), son procès en appel contre les auteurs et l'éditeur du livre "L.A. Confidentiel, les secrets de Lance Armstrong", Pierre Ballester, David Walsh, Editions La Martinière, Paris, 2004, qui l'accuse de dopage, à la veille du départ du Tour de France.
Le quintuple vainqueur de la compétition demandait l'insertion d'un encart niant ces accusations dans tous les exemplaires de l'ouvrage, mais il avait été débouté le 21 juin par le tribunal de grande instance de Paris.

L'ouvrage, écrit par deux journalistes sportifs français et irlandais, accuse notamment Lance Armstrong de tricherie et de dopage à l'EPO depuis son retour au cyclisme en 1996.

A l'ordonnance rendue en première instance, qui condamnait le champion à 1 euro de dommages-intérêts, la cour d'appel ajoute 1 500 euros à payer à l'éditeur et aux auteurs pour les frais de justice.

La cour a insisté sur la "bonne foi" des auteurs et souligne "que l'insertion forcée dans un livre d'un texte qui n'a pas été rédigé par les auteurs ou par l'éditeur porte atteinte à la liberté d'expression".

PROBABLE POURVOI EN CASSATION

L'avocat des éditeurs s'est félicité de la décision de la cour d'appel. "Je suis très heureux car la cour a parfaitement compris la manœuvre qu'a tentée M. Armstrong pour éviter de s'expliquer sur le fond des accusations de dopage, raison pour laquelle il n'a toujours pas attaqué le livre en diffamation", a souligné Me Thibault de Montbrial.

L'avocat de Lance Armstrong s'est, sans surprise, déclaré "très déçu" de la décision de la cour. Il a accusé la jurisprudence de "faire beaucoup plus de cas d'une liberté certes fondamentale, la liberté d'expression, que des droits de la personne". Me Christian Charrière-Bournazel a annoncé un probable pourvoi en cassation "pour le principe", afin de soumettre plus tard cette affaire à la Cour européenne des droits de l'homme de Strasbourg.

Cette décision de justice intervient la veille du prologue d'un Tour de France crucial pour Lance Armstrong, qui pourrait décrocher une sixème victoire.
lemonde.fr, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 02.07.04

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BIO EXPRESS

LANCE ARMSTRONG 32 ans, né le 18 septembre 1971 à Dallas (Etats-Unis). Divorcé de Kristin, avec laquelle il a eu trois enfants (Luke, Grace et Isabelle), il partage désormais la vie de la chanteuse Sheryl Crow.

1992 : débuts professionnels chez Motorola
1993 : à 21 ans, il devient le plus jeune champion du monde sur route de l'histoire du cyclisme à Oslo. Vainqueur d'une étape du Tour à Verdun
1995 : vainqueur d'une étape du Tour à Limoges
1996 : vainqueur de la Flèche wallonne. Il apprend qu'il souffre d'un cancer des testicules
1998 : retour à la compétition ; 4e du Tour d'Espagne
1999 : vainqueur du classement général et de quatre étapes du Tour de France
2000 : vainqueur du classement général et d'une étape du Tour de France. Médaille de bronze aux jeux Olympiques de Sydney
2001 : vainqueur du classement général et de quatre étapes du Tour de France
2002 : vainqueur du classement général et de quatre étapes du Tour de France ; 1er du Critérium du Dauphiné libéré
2003 : vainqueur du classement général et d'une étape du Tour de France ; 1er du Critérium du Dauphiné libéré
2004 : vainqueur du classement général et de cinq étapes du Tour. Premier sextuple vainqueur de la Grande Boucle.

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Un homme d'affaires avisé

LA PREMIÈRE PLACE au classement général du Tour de Lance Armstrong a rapporté 400 000 € supplémentaires à la formation US Postal, qui avait déjà constitué une jolie cagnotte depuis le début de l'épreuve.
Les cinq victoires d'étape d'Armstrong, le succès lors du contre-la-montre par équipes et les points marqués dans les classements annexes ont permis à l'US postal d'empocher par ailleurs 178 842 €.
Ces gains (qui s'élèvent donc à 578 842 €) sont partagés entre les huit coéquipiers et le staff.

Mais le boss ne va pas rester bredouille longtemps ! Ce sixième succès historique lui garantit de signer de juteux contrats. Ses revenus annuels sont estimés à 15 M€.
Armstrong a une technique bien rodée pour transformer en billets verts ses exploits sur les routes de France. L'homme chargé de cette mission est Bill Stapleton, son ami et agent.
De retour aux Etats-Unis, le Texan devrait, comme les années précédentes, participer aux plus grands shows télé. Les Américains ne se lassent pas de l'histoire de ce survivant.
Armstrong a aussi pris l'habitude de coucher sur papier le récit de ses performances. « Il n'y a pas que le vélo dans la vie » et « Chaque seconde compte », ses deux livres co-écrits avec Sally Jenkins, journaliste américaine, sont des best-sellers.
Armstrong vend aussi son image à la publicité. Nike, son équipementier, en a fait l'un de ses acteurs vedettes.
G.R., Le Parisien, lundi 26 juillet 2004, p. 3

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GREG LEMOND, triple vainqueur du Tour de France : « Lance Armstrong est prêt à faire n'importe quoi pour garder son secret »

TRIPLE VAINQUEUR du Tour de France (en 1986, 1989 et 1990), Greg LeMond est le premier Américain à avoir remporté la Grande Boucle. Il vit à Minneapolis. Depuis que L.A. Confidentiel - livre-enquête consacré à Lance Armstrong dans lequel il témoigne - a paru, il affirme être l'objet de pressions pour qu'il se taise. Sa société de cycles, Lemond Bikes, est distribuée par Trek, l'un des principaux sponsors de l'US Postal.

Votre épouse, Kathy, raconte dans L.A. Confidentiel qu'en juillet 2001 Lance Armstrong vous avait appelé pour vous accuser d'avoir pris de l'EPO au cours de votre carrière...

Son coup de téléphone a été un choc pour moi car il était violent et très menaçant. Lance disait que je n'avais pas pu gagner le Tour sans EPO [l'érythropoïétine, qui favorise la multiplication des globules rouges]. C'est complètement faux car il n'y avait pas encore d'EPO à l'époque.

Une semaine plus tôt, j'avais accordé une interview au Sunday Times dans laquelle j'avais exprimé mon opinion sur Michele Ferrari [le médecin italien qui prépare Lance Armstrong depuis 1997].
Lance a pensé que je voulais lui nuire alors que je voulais simplement le dissuader de rester avec un type comme Ferrari. Car j'étais convaincu que sa relation avec ce dernier était une catastrophe.

A cette époque, Ferrari était déjà au centre d'une enquête judiciaire en Italie [il est poursuivi pour fraude sportive depuis septembre 2001].

Que reprochez-vous à Michele Ferrari ?
Je l'ai rencontré un jour, en 1994, à San Diego, dans un magasin de cycles.
J'étais en train de me renseigner à propos d'un appareil qui permettait de mesurer la puissance développée et de surveiller les performances.
Il m'a demandé ce que c'était et à quoi ça pouvait servir. Il n'avait aucune connaissance en matière d'entraînement et de préparation physique. Son truc, c'était les sciences de l'hémoglobine. Pour moi, c'est lui qui a changé le cyclisme.

Comment ce changement s'est-il manifesté ?
En 1990, je gagne mon troisième Tour et notre équipe [Z] le classement par équipes. Un an plus tard, aucun d'entre nous ne pouvait suivre le rythme du peloton. Il y avait eu un changement radical.

Des coureurs qui n'arrivaient pas à faire de bonnes places se sont mis du jour au lendemain à battre tout le monde. En 1991, pourtant, j'étais mieux préparé qu'un an auparavant : au prologue, j'avais devancé Indurain de quelques secondes. Mais après deux semaines de courses, la vitesse était tellement élevée que ni moi ni mes coéquipiers n'arrivions à suivre.
Dans notre équipe, tout le monde savait qu'il y avait un problème avec l'EPO et d'autres substances.

Quel regard portez-vous aujourd'hui sur le cyclisme en général et le Tour de France en particulier ?
Je suis content de ne plus faire partie de ce milieu car, aujourd'hui, on n'a pas beaucoup de choix. Je suis également déçu de voir que les gens ne se posent pas plus de questions.
Avec toutes les histoires qu'il y a depuis quelques années, je suis moins excité par le Tour : je suis sceptique. Il y a toujours eu un problème avec le dopage dans notre sport mais, depuis dix ans, les produits sont tellement performants qu'ils peuvent changer un athlète physiologiquement.

On peut transformer une mule en un étalon !

Vous ne croyez pas au miracle du retour victorieux de Lance Armstrong après son cancer ?
Il n'y a pas de miracle dans le vélo. Il y a toujours une explication. Et d'abord le talent intrinsèque. Hinault et Merckx ont remporté le Tour dès leur première participation.
Moi, j'ai terminé troisième de mon premier Tour en 1984 et deuxième en 1985. Ma physiologie n'a pas changé comme ça. Après mon accident de chasse, en 1987, j'ai mis deux ans pour revenir mais je n'ai jamais réussi à retrouver le même niveau.

La seule façon d'aller plus vite dans le cyclisme, c'est d'augmenter sa capacité d'oxygénation. Quand je courais, ma VO2 Max [consommation maximale d'oxygène] était la meilleure du peloton (93 ml). Aujourd'hui, je ne serais même pas dans les cinquante premiers ! J'ai beaucoup étudié la physiologie et je peux dire qu'aucune charge d'entraînement ne peut transformer quelqu'un qui n'a pas une bonne VO2 Max en champion. Et les méthodes d'entraînement n'ont pas fondamentalement changé.

Et si Lance Armstrong devenait le premier coureur à remporter six Tours ?
Les gens vont dire que je suis jaloux parce que je suis le premier Américain à avoir gagné le Tour, mais même avec six victoires, ça n'aura rien à voir avec le passé. A cause de tout ce qui s'est passé depuis dix ans, ça n'a pas la même valeur que les cinq Tours d'Hinault, par exemple.

Lance dit que je suis le seul vainqueur du Tour à ne pas le soutenir. J'étais un grand supporteur de Lance la première année où il a gagné le Tour. Mais avec toutes ces histoires, c'est difficile de rester un supporteur.

Lance Armstrong répond à ceux qui doutent de son intégrité qu'il n'a jamais été contrôlé positif.
Tout le monde dit ça. Mais David Millar non plus n'a jamais été contrôlé positif. Or il a reconnu avoir pris de l'EPO. Chaque année, de nouveaux doutes s'ajoutent, au fur et à mesure que la police trouve des choses en Italie ou en France et que des coureurs comme Jesus Manzano disent la vérité, c'est-à-dire qu'ils se sont dopés. Le problème avec Lance, c'est qu'on ne peut pas discuter avec lui.

Pour lui, soit tu es un menteur comme Christophe Bassons ou Jesus Manzano, soit tu cherches à détruire le cyclisme. Moi, je dis seulement que je veux voir la vérité quand je regarde le Tour de France. Lance est prêt à faire n'importe quoi pour garder son secret. Mais je ne sais pas comment il pourra continuer à convaincre tout le monde de son innocence.
Propos recueillis par Stéphane Mandard, lemonde.fr, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 16.07.04

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(Janvier 2005) La justice enquête dans l'entourage d'Armstrong
LE PARQUET D'ANNECY vient d'ouvrir une enquête préliminaire visant l'entourage du coureur cycliste américain. Selon nos informations, cette enquête fait suite à de premières vérifications effectuées en toute discrétion, en juillet dernier, en plein Tour de France, par les policiers parisiens de la brigade des stupéfiants. Tout est parti de témoignages, et notamment celui d'Emma O'Reilly, ancienne masseuse de Lance Armstrong entre 1996 et 2000.

Dans un livre enquête (1), la fidèle soigneuse âgée de 34 ans affirme que l'Américain s'est dopé. Selon ses dires, elle aurait accompli des missions délicates comme, entre autres, se débarrasser de seringues usagées.
Lance Armstrong a aussitôt enclenché un procès en diffamation et réclame 2 millions d'euros. En attendant ce procès, prévu en juillet 2006, la justice française s'est saisie prudemment de l'affaire.

Des témoins cités dans un livre-brûlot

Le 10 juillet dernier, les policiers spécialisés dans les dossiers de dopage (2) ont discrètement entendu Emma O'Reilly, venue spécialement de Liverpool. Sur procès-verbal, dans les locaux de la brigade des stups, la masseuse anglaise a confirmé ses propos. Dans la foulée, d'autres personnes citées dans le livre enquête ont été entendues.
Certains de ces témoins ont évoqué les méthodes d'un entraîneur cycliste français, ostéopathe et nutritionniste, consulté régulièrement par Lance Armstrong. « Oui, j'ai travaillé avec Lance mais je suis tenu au secret médical. La seule chose que je peux dire, c'est que je n'ai jamais connu quelqu'un d'aussi professionnel que lui. Tout ce qu'il fait, il le fait infiniment mieux que ses adversaires », nous a indiqué hier l'intéressé, qui habite la région d'Annecy.

« Ils veulent me mettre la pression pour que je perde, et moi, je me dis que je ne craquerai pas »

Le parquet de Paris a transmis fin 2004 cette procédure et différents procès-verbaux au tribunal d'Annecy en raison de critères de compétence géographique. « Cette enquête préliminaire vient de débuter. Il serait prématuré d'en tirer des conclusions dans un sens comme dans un autre, tempère-t-on au parquet d'Annecy, nous allons effectuer des vérifications. »
Depuis la parution du livre-brûlot, policiers comme magistrats travaillent dans la discrétion. De son côté, Lance Armstrong conteste toutes les accusations portées contre lui. « Tous ces trucs trash à sensation, cela me fait avancer, estimait-il à la fin du dernier Tour de France. Ils veulent me mettre la pression pour que je perde, et moi, à l'intérieur, je me dis que je ne craquerai pas... Tout cela ne repose sur rien. » Depuis, il laisse planer un fort doute sur sa participation à la prochaine Grande Boucle.
(1) « L.A. Confidential, les secrets de Lance Armstrong » de Pierre Ballester et David Walsh, Edition de la Martinière. (2) Le groupe chargé de cette enquête, qui a également travaillé sur l'affaire Cofidis, a été en partie démantelé depuis.
François Vignolle, Karim Nedjari et Laurent Valdiguié, Le Parisien, jeudi 20 janvier 2005, p. 17

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(Juin 2005) Dauphiné Libéré: Armstrong mécontent mais au point

MONT VENTOUX (AP) - Lance Armstrong ne gagnera jamais au Mont Ventoux. Battu jeudi au sommet de la mythique montagne à l'issue de la quatrième étape du Dauphiné Libéré, le sextuple vainqueur du Tour de France s'est montré dur envers lui-même.

"J'ai laissé passé ma chance ici il y a quelques années et peut-être que la montagne ne me l'a jamais pardonné", a-t-il déclaré après s'être classé quatrième de l'étape, à 37 secondes du vainqueur, le Kazakh Alexandre Vinokourov (T-Mobile).
Spécialiste des arrivées en altitude, le Texan de 33 ans n'a jamais gagné au sommet du Mont Chauve. En 2000, sur le Tour de France, alors qu'il semblait largement capable d'y triompher, il avait préféré offrir la victoire d'étape à l'Italien Marco Pantani.
"Elle m'en veut", a ajouté Armstrong, qui prendra sa retraite cet été à l'issue du prochain Tour de France.

Interrogé sur sa performance du jour, le leader de l'équipe Discovery Channel, qui occupe tout de même la 2e place du classement général, à 21 secondes de son compatriote Levi Leipheimer (Gerolsteiner), a analysé sa journée sans complaisance.
"C'était une ascension difficile", a-t-il commenté, les traits tirés par l'effort. "J'ai essayé de monter à mon rythme, de rester dans mes limites et de suivre les mecs devant. C'était dur à la fin. Je ne dirai donc pas que c'était super. Je ne dirai même pas que ça s'est bien passé. Je n'étais pas assez bon aujourd'hui. J'ai beaucoup souffert, je suis un peu déçu. Mais vous savez, les jours difficiles n'arriveront que dans un mois, et nous sommes dans les temps."
Le "Boss", qui ne vise pas la victoire sur les routes du Dauphiné, où il se prépare pour l'ultime objectif de sa carrière -une septième victoire consécutive sur le Tour- estime qu'il n'est pas encore au point physiquement.
"Je dois dire que je suis un peu déçu par mes sensations", a-t-il souligné, avant d'aller embrasser sa compagne Sheryl Crow. "Peut-être que j'étais un peu trop lourd pour une montée comme ça. Un ou deux kilos en trop."
Troisième du contre-la-montre de Roanne disputé mercredi et quatrième au Ventoux, Armstrong évite tout triomphalisme, mais il a réussi ses deux objectifs de la semaine.
"Les deux tests ont été concluants", a déclaré son directeur sportif Johan Bruyneel. "Ces deux journées ont été satisfaisantes, il a approché son meilleur niveau. Si je devais lui donner une note, ce serait B+. Sa forme me satisfait davantage que celle de l'an passé à la même époque."

Après le Tour de France, Armstrong prendra sa retraite sans avoir pu dompter le Ventoux, ce "salaud" comme il l'appelle. Des regrets? "J'ai connu beaucoup de succès tout au long de ma carrière, je ne peux pas me plaindre de ce que le cyclisme m'a apporté", a dit le champion américain. "J'aurais aussi aimé gagner d'autres courses, mais ça ne s'est pas produit. Peut-être que je reviendrai ici l'année prochaine pour le plaisir et que je m'installerai au sommet pour boire du vin et manger de la tapenade!" AP
yahoo.fr, actualités, jeu 09 jui, 19h52

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(12 juillet 2005) "Armstrong trompe le public et le cyclisme"

Kristin Armstrong, l'ex-femme du sextuple vainqueur du Tour, l'appelait son "H2" ("husband n° 2" , "mari n° 2"). Mécanicien, entraîneur, confident, intendant, traducteur, jardinier, gardien, chauffeur... pendant deux ans, le Texan Mike Anderson, 33 ans, a été l'assistant personnel de Lance Armstrong.
Les anciens "amis" s'affrontent aujourd'hui devant un tribunal d'Austin (Texas). Le procès pourrait se tenir en décembre. Mike Anderson veut en profiter pour "convaincre les autorités du sport que Lance Armstrong est un tricheur" .

Comment avez-vous rencontré Lance Armstrong ?

Je l'ai rencontré alors que je travaillais dans un magasin de maintenance de cycles, à Austin. Lance y laissait ses vélos en dehors de la saison. Je me suis occupé de tous ses vélos pendant environ deux ans avant qu'il ne me propose, en novembre 2002, de travailler directement pour lui. Nous avons commencé à faire du VTT ensemble et sommes devenus amis.

Pourquoi s'est-il séparé de vos services deux ans plus tard ?

Il ne m'a jamais fourni d'explications. Pour moi, il m'a licencié pour la découverte que j'ai faite en février 2004. Alors que je rangeais les affaires de son ex-femme dans sa maison de Gerone (Espagne), avant son arrivée avec Sheryl Crow, j'ai trouvé une boîte portant le nom d'un stéroïde [androstenine] dans la salle de bains. Je n'en ai pas parlé à Armstrong mais, juste après, notre relation s'est brusquement détériorée. Il était évident pour moi que Lance s'était rendu compte de ma découverte. A partir de ce jour, il a cessé de me traiter comme un ami, voire un frère, et a commencé à nous traiter, ma femme Allison et moi, comme des domestiques.

Etes-vous sûr que le produit que vous avez trouvé dans la salle de bains était un stéroïde ?

Je n'en ai aucun doute. J'ai une connaissance de base de la médecine. Ma mère était infirmière. Mes sœurs et mes oncles travaillaient également dans le milieu médical. J'ai grandi dans cet entourage : je sais identifier un médicament. Et j'ai vérifié sur le site Internet de l'AMA [Agence mondiale antidopage] : c'était un androgène appartenant à la liste des substances interdites.

Dans votre plainte, vous mentionnez également un contrôle antidopage inopiné auquel se serait soustrait le coureur...

L'épisode s'est passé avant le Tour 2004, en avril ou mai, à Austin. Je reçois un appel d'un proche de Lance qui était en train d'essayer de le localiser : il m'explique que des représentants de l'Usada [Agence antidopage américaine] ou de l'AMA sont présents devant son ranch de Dripping Springs pour effectuer un contrôle inopiné. Lance me disait toujours où il se trouvait et il aurait dû être à son ranch. On m'a demandé d'aller m'assurer que les contrôleurs étaient repartis. Ce que j'ai fait.

Selon vous, Lance Armstrong a utilisé des substances dopantes pour remporter le Tour ?

Je n'ai aucun doute sur le fait qu'Armstrong a utilisé des produits interdits pour gagner le Tour de France. Avant de remporter le Tour 2004, Lance m'a tenu des propos qui sont pour moi un aveu. Nous parlions du coureur belge Johan Museeuw, qui avait été inquiété pour avoir utilisé des stéroïdes [il a depuis été suspendu quatre ans par sa fédération]. Armstrong m'a regardé droit dans les yeux et m'a dit : "Tout le monde fait ça !" Il attendait une approbation de ma part au fait que lui aussi, comme tout le monde, prenait des stéroïdes. Armstrong a réagi très froidement quand j'ai refusé de dire que je comprenais que tout le monde prenait des stéroïdes. Après cet échange, il y a eu plus de distance entre nous.

Quelles étaient les relations entre Armstrong et le médecin italien Michele Ferrari ?

Armstrong avait peur d'être aperçu avec lui. Il parlait de Ferrari comme du "Docteur Evil". Il ne voulait pas que la presse le voie : il me demandait toujours d'aller le chercher à l'aéroport quand il venait à Austin ou à Gerone. En décembre 2002, pendant un camp d'entraînement à Austin, l'équipe était dans un hôtel du centre mais Armstrong m'avait donné l'instruction d'aller récupérer Ferrari à l'aéroport pour l'emmener dans une chambre en dehors de la ville pour échapper aux médias. Armstrong rencontrait aussi Ferrari plusieurs fois par an à Gerone pour des tests, parfois avec Ekimov ou Hincapie. En juin 2004, juste avant le Tour, ma femme a reçu un e-mail dans lequel Armstrong écrivait : les "Tests sont bons (même Schumi est impressionné) et nous sommes prêts pour le 6e". Schumi était le nom de code de Michele Ferrari en référence au pilote de formule 1 Michael Schumacher.

Les avocats d'Armstrong vous accusent de vouloir lui extorquer de l'argent sous la menace de fausses accusations...

C'est comique que cela soit eux qui m'accusent de mensonges et d'extorsion ! Jamais je n'ai essayé d'"extorquer" de l'argent à Armstrong. J'ai seulement voulu le prendre au mot : qu'il tienne la promesse qu'il nous avait faite à moi et à ma femme de nous aider à ouvrir un magasin de cycles. Ma conduite envers Armstrong a toujours été loyale et correcte alors que lui m'a menacé et insulté. Il m'a publiquement diffamé et a sali ma réputation. C'est très dur pour moi, maintenant, à Austin, car il y a beaucoup de fans de Lance. Je suis devenu l'ennemi public numéro 1.

A-t-on fait pression sur vous pour que vous vous taisiez ?

Lance Armstrong m'a clairement fait comprendre que, si je ne renonçais pas à la promesse qu'il m'avait faite, ce serait "la troisième guerre mondiale" et que je ne retrouverais plus jamais de travail dans le vélo.

Après m'avoir licencié, lui et ses représentants [Luke David LLC] ont essayé de me forcer à signer un accord de confidentialité. Pour obtenir trois mois de salaire d'indemnités, je devais m'engager à ne divulguer aucune information concernant Armstrong sous peine de devoir payer un million de dollars de pénalités : ils me demandaient d'effacer deux ans de ma vie ! Armstrong m'a appelé plusieurs fois à la maison, y compris la nuit, pour me mettre la pression. Il me disait qu'il avait beaucoup d'argent et d'avocats pour me faire signer. Quand j'ai refusé, ils ont réalisé que je possédais des informations le concernant qui pouvaient être dangereuses pour eux et m'ont attaqué en justice en m'accusant d'extorsion.

Qu'attendez-vous du procès ?

Je suis déterminé à convaincre les autorités du sport que Lance Armstrong est un tricheur. Il ne m'a pas seulement trompé, il a trompé ma femme (avec la fausse promesse de nous aider à ouvrir une boutique de cycles) et le monde entier. En utilisant des produits interdits, il trompe le cyclisme et le public.
Et ce n'est pas seulement par rapport à sa carrière qu'il a menti, mais sur tous les aspects de sa vie. Personne ne réalise qui il est. Personne ne connaît son vrai visage. L'image diffusée par les sponsors et les personnes qui gèrent ses intérêts ne correspond pas à la réalité. Armstrong n'est pas un type bien. Et j'aurais préféré ne jamais le rencontrer.
LE MONDE | 12.07.05 | 13h11 • Mis à jour le 12.07.05 | 17h26 Propos recueillis par Stéphane Mandard Article paru dans l'édition du 13.07.05

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Comme un 14
L'honneur et la tradition sont saufs: un Français, David Moncoutié, s'impose en solitaire le 14 juillet.

Hier, Lance Armstrong a soulevé le verre de la cloche à fromage contre laquelle les coureurs français se cognaient la tête depuis le départ du Tour. S'est alors échappé du garde-manger du champion texan, au km 73, un groupe de 13 baroudeurs, parmi lesquels on comptait trois Français : Halgand (Crédit agricole), Casar (FDJ) et Moncoutié (Cofidis). Et c'est David Moncoutié, parti seul dans l'ascension du col de Corobin, qui a résisté jusqu'au bout à ses poursuivants pour remporter l'étape 57 secondes devant Casar qui règle le sprint du groupe des six valeureux. Le vainqueur a dit sur la ligne : «Quand il y a la victoire au bout, on se force : maintenant faut y aller !» Le groupe Armstrong termine, lui, 10'33'' derrière.

Aquoiboniste. La France retrouve le sourire et le Tour sa bonne humeur. Dans la grande tradition, cette victoire redonne foi à un peloton tricolore assez aquoiboniste. Le pays se lamentait : pas moyen de mettre la main sur une victoire française. Le Tour avait même retourné ses poches. Rien : mis à part un trombone, une épingle de cravate et une clé de contact.

Depuis hier c'est chose faite et la presse martèlera à juste titre cette victoire comme l'artisan le pavillon en cuivre du clairon. Moncoutié est un grimpeur animé d'un robuste bon sens : «Il faut quand même relativiser : je n'ai pas gagné à Courchevel ! Souvent, la deuxième semaine, le peloton se relâche un peu et c'est une occasion qu'il faut saisir. Ça ne sert à rien de tenter sa chance dans une étape au cours de laquelle les gros vont s'expliquer...» a conclu très honnêtement le coureur de la Cofidis.

David est le coureur que le cyclisme français expose comme le symbole d'un cyclisme propre. Avec cette candeur réjouissante, Moncoutié a réagi aux soubresauts causés par l'affaire Frigo, accusé par son directeur sportif ­ le bon apôtre ­ d'être «une canaille». Ecoutons Moncoutié : «Je ne vais pas polémiquer car je n'ai pas de preuves, mais c'est vrai que les Français sont justes et qu'il commence à y avoir du découragement.» ...

On sait que le 14 Juillet le coureur français s'expose dans la vitrine du Tour. Virenque était insurpassable dans ce numéro. Le Tour ne déroge pas à ses habitudes, le matin de l'étape, il flatte le poil soyeux et lustré du Français. C'est le jour du Panthéon, des Invalides et de la grande permission. Moncoutié l'a saisie avec courage : «Je pensais à cette étape et ce col de Corobin (40'' d'avance) que j'avais reconnu dans le Dauphiné où j'arrivais à cibler les meilleurs mais là, je vois bien que je n'y arrive pas. Voilà, c'est tout. Mais là, je me suis dit que c'était une étape pour moi.» ...

Pour la petite histoire, l'ange du Tour était apparu au suiveur dans la nuit et lui avait dicté ses consignes. Dans sa robe tricolore, il a alors surpris le suiveur en pyjama plongé dans Anatole France en lui demandant, en ce 14 Juillet, de monter en motocyclette. Ce qu'il fit. Suivre un coureur propre était risqué. On peut déraper sur le goudron fondu, finir dans un tôlé Citroën transformé en poulailler. Ça s'est déjà vu. L'avantage du coureur propre c'est qu'il n'émet pas de fumée. Il est soucieux de préserver le paysage de Giono. Dès lors, la victoire lui était promise. Le suiveur, sur sa grosse moto, en a pleuré d'émotion et s'est mis au garde à vous.
Par Jean-Louis LE TOUZET, vendredi 15 juillet 2005 (Liberation - 06:00)

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(24 août 2005) Armstrong a fini par se faire piquer
Selon le quotidien sportif «l'Equipe», le septuple vainqueur du Tour était dopé lors de sa première victoire sur la Grande Boucle, en 1999.

Depuis son retour victorieux dans le Tour après son cancer, en 1999, Lance Armstrong a semblé adresser un énorme «Je vous emmerde» au milieu du cyclisme. En tant qu'Américain dans un sport traditionnellement européen. Parce qu'à ce titre, il a incarné le modernisme et l'hyperprofessionnalisme dans un monde au fonctionnement parfois féodal. Parce qu'il se souciait de sa réputation comme de son premier tricycle. Parce qu'il a remporté sept fois l'épreuve majuscule de son sport, mieux qu'Anquetil, Merckx, Hinault ou Indurain. Parce que, malgré les soupçons, l'homme qui s'est enorgueilli du titre de «sportif le plus contrôlé au monde», n'a jamais été testé positif (1).
Aujourd'hui, c'est l'emmerdeur emmerdé. Dans son édition d'hier, l'Equipe révèle que l'examen récent de six échantillons de son urine prélevés sur le Tour 1999 ­ baptisé par les organisateurs «Tour du renouveau» après le cataclysme de l'affaire Festina, en 1998 ­ prouve que l'Américain a pris de l'EPO, la drogue phare du peloton dans les années 1990.

Pourquoi l'affaire sort-elle seulement aujourd'hui ?

C'est dans le cadre d'un projet de recherche pour affiner la méthode de détection de l'EPO que le Laboratoire national de dépistage du dopage (LNDD), en relation avec l'Agence mondiale antidopage et le ministère des Sports, a travaillé depuis la fin 2004 sur des échantillons d'urine anonymes numérotés, prélevés sur le Tour 1999. Pas dans le but de coincer tel ou tel coureur.
L'Equipe a recoupé ces numéros avec ceux figurant sur les procès-verbaux des prélèvements ­ dont sont destinataires le ministère des Sports, les Fédérations française et internationale de cyclisme ­ qu'elle a réussi à se procurer. Et bingo ! Les numéros figurant sur le listing du laboratoire correspondent à ceux des PV : en 1999, si l'EPO avait été détectable, Armstrong aurait été contrôlé positif dès le 3 juillet, jour du prologue, qu'il avait remporté. Puis le lendemain. Puis les 13, 14, 16 et 18 juillet. Comme si l'Américain avait fait trois cures de ce produit qui augmente l'oxygénation du sang, donc l'endurance : avant le départ du Tour, avant les Alpes et pour passer les Pyrénées. Toujours selon l'Equipe, six autres échantillons du Tour 1999 révèlent la présence d'EPO. L'identité d'un à six coureurs qui ont pris de l'EPO sur le Tour 99 est donc susceptible d'être dévoilée.

Même si l'examen des échantillons s'est déroulé cinq ans après leur prélèvement, «il n'y a aucun doute sur la validité du résultat», assure Jacques de Ceaurriz, patron du LNDD qui a réalisé l'examen. «Dans un tel échantillon, soit l'EPO se dégrade et devient indétectable, soit la protéine reste en l'état.»

Qu'est-ce que l'EPO ?

Initialement destinée aux insuffisants rénaux et patients souffrant d'anémie, l'érythropoïétine (EPO) artificielle a vite trouvé sa place chez les sportifs. A la base, l'EPO est une hormone sécrétée naturellement, qui stimule la production de globules rouges et permet d'augmenter le volume d'oxygène dans le sang.
Détournée à des fins de dopage, l'EPO artificielle permet une meilleure oxygénation des muscles et un travail en endurance plus intensif. L'EPO est détectable dans l'urine depuis 2000, grâce à un test mis au point par le laboratoire national de dépistage du dopage de Châtenay-Malabry. Mais en matière de triche médicamenteusement assistée, c'est un produit totalement ringard, voire préhistorique.

Comment a réagi Armstrong ? Et que risque-t-il ?

«Je répète simplement ce que j'ai toujours dit : je n'ai jamais pris de produits dopants», se défend le septuple vainqueur du Tour. Que risque-t-il ? A priori rien ou presque. Officiellement, Armstrong n'a pas été contrôlé positif à l'EPO. Le caractère purement expérimental des travaux effectués par le LNDD paraît interdire à la justice sportive de le sanctionner sur la base de ces analyses. L'Agence mondiale antidopage n'existait pas à l'époque. Son président, Dick Pound, se donne pourtant quelques jours ou semaines pour étudier le dossier et s'en remettre à l'Union cycliste internationale.
Selon Jean-François Lamour, ministre des Sports, «l'UCI ne va pas pouvoir appliquer son pouvoir disciplinaire, car elle est dans l'incapacité de faire une contre-expertise. Elle va dans le mur si elle s'empare de ce dossier». Et une suspension ne troublerait pas un Armstrong retraité depuis l'arrivée du Tour. Quant à la société du Tour, elle s'abrite derrière les poursuites qui pourraient être engagées par l'UCI et n'envisage pour l'instant pas un déclassement d'Armstrong.

«L'Equipe» veut-il solder les années Armstrong ?

Le seul quotidien sportif français est la propriété du groupe Amaury (avec le Parisien-Aujourd'hui en France), organisateur du Tour. Conflit d'intérêt ?
Le lendemain de la septième victoire d'Armstrong, le journal se fendait d'un éditorial dont le scepticisme sur les performances d'Armstrong tranchait avec l'angélisme des six succès précédents. Un mois après, le quotidien sort «l'affaire Armstrong». Comme pour se dédouaner d'années d'aveuglement imposé par des impératifs commerciaux ?
Patrick Le Roux, rédacteur en chef du quotidien (et ancien de Libération), responsable de la cellule antidopage, s'en défend : «Si nous avions pu faire tomber Armstrong avant, nous l'aurions fait. Nous n'avons pas obéi au groupe. Nous n'avons eu que lundi les dernières confirmations. Si nous avions eu les preuves il y a un mois, pendant le Tour, ou il y a six mois, nous aurions sorti l'affaire.»
Quant au changement de ton éditorial, le journaliste s'explique : «Au fil des ans, les raisons d'avoir des doutes sur ses performances ont été étayées par des affaires, des livres, des témoignages alors que le personnage perdait le peu de sympathie qu'il pouvait inspirer.»
Par Gilles DHERS, mercredi 24 août 2005 (Liberation - 06:00), p. 2-3

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Quand la police surveillait son équipe

CET EPISODE, jusque-là inconnu, révèle un des chassés-croisés entre Armstrong et la justice française. Le 18 juillet dernier (2005), des policiers de l'office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (OCRTIS) se rendent dans la plus grande discrétion à Pau.
Le Tour y fait étape pour une journée de repos. Selon nos sources, les enquêteurs de Nanterre surveillent pendant plusieurs heures l'équipe Discovery Channel d'Armstrong. Ils ont recueilli des éléments précis sur un homme connu dans le milieu sportif comme fournisseur présumé de produits dopants. Cet intermédiaire, dont l'identité n'a pas été révélée, aurait dû se trouver à Pau ce jour-là pour rencontrer des membres de l'équipe américaine.
Mauvais tuyau ou changement brutal des projets du mystérieux personnage ? En tout cas, il ne viendra jamais.

Des dénonciations, mais aucune preuve matérielle

Cette opération avait été supervisée en haut lieu. « Elle n'a pu se faire sans l'aval du ministère de la Justice. Le dossier est extrêmement sensible au regard de la notoriété et des relations du cycliste », observe une source au parquet de Paris.
Ce n'est pas la première fois que la justice s'intéresse à Armstrong. En 2004, à la suite de plusieurs auditions de l'ex-masseuse d'Armstrong accusant l'Américain de dopage, les policiers de la brigade des stups de Paris avaient envisagé un moment d'entendre le coureur après la remise de son maillot jaune sur les Champs-Elysées. Ils avaient finalement renoncé. Les stups disposaient de dénonciations mais d'aucune preuve matérielle (une saisie de produits dopants par exemple).
L'enquête a depuis été dépaysée à Annecy. Un ancien préparateur d'Armstrong, mis en cause dans cette procédure, réside en effet en Haute-Savoie. « Paris nous a habilement confié le dossier, ironise le parquet d'Annecy. Armstrong a voulu être entendu chez nous. Mais nous n'avions pas assez d'éléments pour le convoquer. »

Les ennuis judiciaires devraient commencer dès la fin de cette année. Le procès entre la compagnie d'assurances américaine (SCA Promotion) et Armstrong va tourner au grand déballage
François Vignolle (avec K.N.), leparisien.com, Paru le : 24/08/2005

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Pour sa défense, Lance Armstrong évoque un complot anti-américain

L'expert français Jacques de Ceaurriz, à l'origine des révélations sur le cycliste américain Lance Armstrong, a indiqué à un quotidien allemand que l'analyse d'échantillons prélevés lors du Tour de France 1998 avait révélé quarante cas de dopage à l'érythropoïétine (EPO).

Dans un entretien au Süddeutsche Zeitung à paraître vendredi 26 août (2005), Jacques de Ceaurriz, directeur du laboratoire français de dépistage du dopage (LNDD), a expliqué que son équipe a également analysé d'autres échantillons prélevés lors du Tour de France. Pour l'édition 1999 du Tour, a-t-il rappelé, "nous avons analysé environ 70 échantillons et 12 se sont révélés positifs" dont, selon le quotidien L'Equipe, celui de l'Américain Lance Armstrong, septuple vainqueur du Tour.

"En ce qui concerne le Tour 1998, 70 échantillons ont été analysés et 40 se sont révélés positifs, mais attention, cela ne veut pas dire que 40 coureurs différents se sont dopés", a souligné Jacques de Ceaurriz. "Cela ne peut concerner qu'une petite partie du peloton", a insisté le patron du LNDD.

NOUVELLE MÉTHODE DE DOPAGE

Jacques de Ceaurriz a par ailleurs indiqué que ces analyses ont été menées à la demande de l'Agence mondiale antidopage (AMA) qui voulait savoir si "les sportifs n'avaient pas changé leur façon de recourir au dopage lors des dernières années." "L'AMA avait l'impression que les coureurs prenaient de plus fortes doses de produits dopants pendant leur période d'entraînement et ne faisait plus que les 'rafraîchir' en course", a-t-il expliqué.

"Il nous fallait découvrir si ces petites doses prises pendant les courses étaient identifiables par nos tests. La question qui se pose derrière tout cela, est : 'ne faut-il pas revoir à la baisse les seuils à partir desquels on considère qu'un athlète est dopé ?'", a ajouté M. de Ceaurriz. L'expert de la lutte antidopage a également précisé qu'il ne redoutait pas une éventuelle procédure judiciaire à l'instigation d'Armstrong.

"Notre laboratoire a donné les conclusions de ses analyses aux autorités compétentes (l'AMA), nous ne les avons pas données à la presse directement et nous avons respecté l'anonymat des échantillons", a assuré Jacques de Ceaurriz.

VICTIME D'UN COMPLOT

Pour sa part, Lance Armstrong a lancé sa riposte des Etats-Unis, jeudi 25 août, face aux accusations de dopage invoquant dans la presse américaine un complot. L'Europe en général, et la France en particulier, lui en veut. Le Vieux Continent est jaloux du succès d'un "US Boy" dans l'un des sports dits "européens". Une ligne de défense très populaire outre-Atlantique.

Depuis son premier communiqué de presse, le coureur évoque une nouvelle "chasse aux sorcières". "Encore une fois, un journal européen rapporte que j'ai été contrôlé positif à des drogues favorisant la performance", dit-il. "Un gars dans un laboratoire parisien ouvre votre échantillon. Il le teste. Il n'y a personne pour l'observer, aucun protocole n'est suivi. Et ensuite vous recevez un appel d'un journal disant 'nous avons découvert que vous avez été six fois positif à l'EPO'. Depuis quand un journal gouverne-t-il le sport ?", a déclaré Armstrong lors de l'émission de CNN "Larry King Live".

Il a toutefois balayé pour le moment l'hypothèse de lancer une procédure judiciaire qui "coûterait un million et demi de dollars et une année de ma vie". "J'ai de bien meilleures choses à faire avec un million et demi... et avec mon temps", a déclaré le jeune retraité américain, pour lequel les révélations arrivent un peu tard pour le troubler.
LEMONDE.FR : Article publié le 26.08.05

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Armstrong s'en prend à Lamour
Dopage. Le Texan accuse le ministre d'avoir «violé les règles de l'éthique».

«Ce truc pue.»
Invité jeudi soir de la célèbre émission «Larry King Live» sur la chaîne américaine CNN, Lance Armstrong a jugé «grotesques» et «choquantes» les accusations portées contre lui en France, n'hésitant pas à ridiculiser le laboratoire de Châtenay-Malabry qui a détecté des traces d'EPO dans six échantillons d'urine, prélevés en 1999, avant sa première victoire. «Un gus dans un laboratoire parisien ouvre vos échantillons, un Jean-François machin-chouette (1), et il les teste ­ personne n'est là pour observer, aucun protocole n'a été suivi ­, puis vous recevez un appel d'un journal qui vous dit : "on a trouvé que vous avez été positif à six reprises pour EPO." Bon, depuis quand les journaux dirigent-ils le sport ?» En ces temps de french bashing (campagne antifrançaise) persistant, le cycliste texan se dit victime de l'aggravation des tensions franco-américaines et du fait que «les Français n'aiment pas ceux qui gagnent».

Bassesses.
Côté médias, si le Boston Globe a donné du crédit à l'affaire, la plupart des journaux américains restent extrêmement prudents. C'est la parole d'Armstrong contre la parole d'accusateurs français, et, comme l'écrit Michael Wilbon, le chroniqueur sportif du Washington Post, «il est clair que la grande majorité des Américains ont envie de croire Armstrong». Les Français sont, entre autres bassesses, soupçonnés de mal supporter l'idée de voir un Américain remporter «leur» Tour à sept reprises. En position de force, Armstrong n'a donc pas hésité à mettre en cause l'Agence mondiale antidopage (AMA) et le ministre des Sports français qui ont «gravement violé les règles de l'éthique», selon lui.

Joint par Libération, Jean François Lamour, tout en refusant une polémique directe avec le cycliste, s'étonne qu'il «remette en cause un processus qui découle pourtant d'un protocole avec l'AMA». Le ministre des Sports rappelle un des aspects de la mission du laboratoire de Châtenay-Malabry : «la recherche des produits dopants dans les urines, devenue de plus en plus efficace grâce aux progrès considérables accomplis par ce laboratoire dans la détection de l'EPO. Ce travail relève d'une logique scientifique et non de contrôle antidopage, et il doit en être ainsi». Malgré les insinuations d'Armstrong, Jean-François Lamour se montre catégorique : «Les données analysées (les échantillons B) étaient évidemment parfaitement anonymes.»

Fuites.
Son entourage écarte toute implication du ministère dans les fuites ayant permis à l'Equipe de confondre le Texan : les procès-verbaux de contrôle du cycliste qui correspondent aux numéros d'échantillons positifs à l'EPO ont été détruits, assurent-ils, comme tous ceux envoyés au ministère avant 2001. Au-delà du cas Armstrong, Lamour considère toujours comme essentielle l'accentuation des contrôles inopinés et de la lutte contre le trafic des produits dopants.
(1) En version originale : «you know, Jean-François so and so», notation à gros relent xénophobe.
Par Alain LEAUTHIER et Pascal RICHE, samedi 27 août 2005 (Liberation - 06:00), p. 18

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Face à ses détracteurs, Lance Armstrong serait tenté par un huitième Tour

Lance Armstrong, septuple vainqueur du Tour de France, laisse entendre qu'il pourrait réenfourcher son vélo pour répondre aux suspicions de dopage entourant sa première victoire en 1999.

"J'y pense, a déclaré le champion, mardi 6 septembre, dans l'Austin American-Statesman. Je pense que c'est le meilleur moyen d'emmerder [les Français]." Le journal, annonce que le Texan, officiellement à la retraite après avoir enlevé son septième Tour consécutif en juillet, réfléchit à un possible retour depuis environ deux semaines. Une réflexion provoquée par le quotidien français L'Equipe, qui, le 23 août, affirmait que des traces d'érythropoïétine avaient été trouvées dans des prélèvements d'urine appartenant à Armstrong, datant de 1999 et analysés en 2004 dans le cadre de tests scientifiques. Le Texan, qui n'a jamais été contrôlé positif, a nié avec force avoir pris des substances interdites, et s'est défendu en mettant en doute la validité des analyses.

"Je m'entraîne tous les jours", affirme Armstrong, qui aura 34 ans le 18 septembre, quand le journal d'Austin lui demande à quel point il est sérieux.

"IL A REPRIS L'ENTRAÎNEMENT QUOTIDIEN"

Les responsables de l'équipe du cycliste, Discovery Channel, ont réagi positivement à ses déclarations. "Ce serait super", a ainsi affirmé son directeur sportif Johan Bruyneel. "Une décision pourrait tomber lors de ce fameux stage [en décembre aux Etats-Unis], qui sera déterminant, a confié ce proche d'Armstrong. Mais ne me faîtes pas dire que Lance a déjà décidé de poursuivre sa carrière." "Il a repris l'entraînement quotidien trois semaines après le Tour. Il suit les performances de l'équipe de très près, et c'est clair qu'il a faim de cyclisme", a raconté Bruyneel précisant qu'Armstrong rêve aussi "peut-être d'une revanche sportive." "Il y aura toujours une place pour lui dans l'équipe s'il décide de revenir et il est d'ailleurs encore sous contrat jusque fin 2006", a ajouté Bruyneel, qui affirme parler à Armstrong tous les jours.

Son adjoint Dirk Demol note que "Lance fait quand même du VTT à raison de trois heures par jour." "C'est beaucoup pour un retraité, qui participera de surcroît activement à notre stage début décembre à Austin. Qui sait ce qu'il décidera alors...", a conclu le vainqueur de Paris-Roubaix 1988. Son coéquipier espagnol Manuel Beltran se montre tout aussi enthousiaste : "Je trouverais ça génial s'il revenait sur le Tour. Je l'apprécie beaucoup et il faut le connaître personnellement pour se rendre compte de sa valeur humaine." Les Espagnols Roberto Heras et Manolo Saiz, respectivement coureur et manager général de Liberty, ont également salué l'idée d'un retour. Heras, actuellement deuxième du Tour d'Espagne, a dit comprendre "totalement son attitude, de vouloir défendre tout ce qu'il a obtenu avec tant de sacrifices. C'est une attitude très sportive." Pour Saiz, ce serait "une manière très sportive de faire face à une situation qu'on lui a imposé."

RÉACTIONS MITIGÉES

Dans le reste du monde du cyclisme, les réactions sont plutôt prudentes, à l'image de celle du patron du Tour, Jean-Marie Leblanc qui n'a pas souhaité faire de commentaires : "Je ne veux pas commenter cette sorte de 'on dit'. Je ne le ferais que s'il s'agissait d'un communiqué officiel." Eric Boyer, le manageur de l'équipe française Cofidis, n'est pas plus disert : "Je ne pense rien de cette information. Je ne veux pas réagir car nous rentrerions dans des polémiques stériles." Bernard Hinault, quintuple vainqueur du Tour, est encore plus vindicatif : "Je me fous éperdument de cet éventuel retour. On verra au départ... s'il y est. Ce n'est pas mon problème."

Armstrong ne défraie seulement la chronique sportive, mais aussi la presse people. Le champion et sa compagne, la chanteuse de country-rock Sheryl Crow, ont annoncé lundi leurs fiançailles, après 18 mois de vie commune. Les deux amoureux, en vacances à Sun Valley dans l'Idaho, n'auraient cependant pas encore fixé de date de mariage.
LEMONDE.FR | 07.09.05 | 09h16 • Mis à jour le 07.09.05 | 09h16

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