Jean-Yves Haberer, pdg du Lyonnais de septembre 1988 à novembre 1993

Janvier 2008 : Le Conseil d'Etat confirme la décision de la Cour de discipline de février 2006
Février 2006 : Cour de discipine budgétaire et financière, amende de 59 000 euros (En tout, l'addition réglée par les contribuables pour les pertes du Lyonnais s'élève à plus de 15 milliards d'euros)
23 février 2005 : 18 mois avec sursis et 1 euro de dommages-intérêt pour comptes frauduleux ...
6 janvier 2003 : Portrait express
16 juillet 2002 : Renvoi devant le Tribunal correctionnel

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Jean-Yves Haberer, (inspecteur des finances comme Jean-Marie Messier de Vivendi-Universal et Michel Bon de France-Telecom) un banquier trop brillant

Jean-Yves Haberer a toujours rêvé de grands desseins. Brillant, souvent cassant, il ne s'est jamais laissé brider.
En 1959, il sort de l'ENA major de sa promotion et se lance dans une carrière qui, de ses débuts à son dramatique épilogue, marquera profondément le paysage financier français.

En 1966, jeune conseiller technique (trente-trois ans) de Michel Debré, ministre de l'économie et des finances, il redessine le paysage financier français en organisant la fusion des établissements nationalisés, donnant naissance à la BNP, à l'UAP, aux AGF et au Gan. Directeur du Trésor en 1978, il participe à la mise en place du système monétaire européen. En 1981, après la victoire de François Mitterrand, il ne conteste pas la légitimité du nouveau pouvoir. Il y gagnera, en 1982, la présidence de Paribas, mais Edouard Balladur mettra fin à ses fonctions en 1986.

Qu'à cela ne tienne. Lorsque la gauche le remet en selle, en 1988, en le nommant président du Crédit lyonnais, il a des ambitions décuplées. Il multiplie les acquisitions bancaires, laisse à ses filiales la bride sur le cou, gonfle son portefeuille de participations industrielles, une stratégie obstinément offensive malgré une conjoncture économique difficile. Les mauvaises surprises apparaissent vite, avec les dossiers du financement de Bernard Tapie et de la société financière Sasea, par exemple, ou celui du rachat de la Metro Goldwin Mayer, et 1992 s'achève sur une perte.

En novembre 1993, M. Haberer est remercié et nommé président du Crédit national, où il ne restera pas. Le Lyonnais ne cessera plus de défrayer la chronique, absorbant quelque 15 milliards d'euros d'aides de l'Etat. Longtemps silencieux, Jean-Yves Haberer a publié, en 1999, un livre plaidoyer, Cinq ans de Crédit lyonnais (Ramsay). Les critiques qui lui sont adressées sont regroupées dans un chapitre intitulé : "Diabolisation du bouc émissaire".
Sophie Fay, LE MONDE | 01.06.02 | 11h42, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 02.06.02, p. 12

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Jean-Yves Haberer, l'ancien PDG amateur d'art

SON ADJOINT a dit de lui, sur procès-verbal, qu'il avait « une forme d'état d'esprit qui consistait à imaginer la réalité telle qu'il se la représentait et un désir de la présenter sous un jour favorable ».
Le portrait est cruel. Jean-Yves Haberer, 70 ans, a été PDG du Crédit lyonnais de septembre 1988 à novembre 1993, au moment des pires investissements. Aujourd'hui à la retraite, cet ancien grand commis de l'Etat va devoir défendre durant ce procès ses choix à la tête de la banque publique autrefois si prospère.
Nommé par Pierre Bérégovoy, Jean-Yves Haberer est soupçonné par le juge Courroye d'avoir maquillé les comptes en 1991 et 1992 dans le but de masquer les pertes. Pourquoi ? Le magistrat émet une série d'hypothèses. Parmi elles, le désir de « tenir sa promesse » du doublement du résultat de la banque en trois ans. Autre hypothèse : « Il ne voulait pas apparaître dans une situation affaiblie au moment où son mandat d'administrateur arrivait à échéance. »
Jean-Yves Haberer a ainsi été renouvelé en juin 1992. L'aurait-il été de la même façon si la banque avait affiché les pertes records fin 1991 ?

« Dépenses somptuaires »

Autre piste, le juge s'est penché sur « les dépenses somptuaires » du PDG.
Sous sa présidence, d'importants travaux de réfection du siège ont été entrepris, et 3,8 MF « de meubles anciens », d'objets d'art ont été achetés auprès d'antiquaires parisiens, « parfois même par Jean-Yves Haberer lui-même », note le juge.
« Ces dépenses somptuaires apparaissent totalement inopportunes au regard des difficultés rencontrées par la banque entre 1991 et 1993. Elles révèlent à cet égard une certaine mégalomanie », conclut le juge.
L'ancien banquier, qui espère une relaxe, va devoir donner de lui à l'audience une image plus flatteuse.
L.V., Le Parisien , lundi 06 janvier 2003, p. 17

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Crédit lyonnais
Peine allégée en appel pour l'ex-PDG

JEAN-YVES HABERER, ancien PDG du Crédit lyonnais, et François Gille, l'un de ses anciens directeurs généraux, ont été respectivement condamnés hier (23 février 2005) par la cour d'appel de Paris à dix-huit et neuf mois de prison avec sursis dans l'affaire des comptes frauduleux de la banque.
Ils devront également verser 1 € de dommages-intérêts au Crédit lyonnais.

En première instance, M. Haberer avait été condamné à dix-huit mois d'emprisonnement avec sursis et 50 000 € d'amende tandis que François Gille avait écopé de dix-huit mois avec sursis assortie d'une amende de 10 000 €.
Les deux hommes ont été reconnus coupables de présentation de comptes inexacts, de diffusion de fausses informations ou de nature trompeuse, ainsi que de distribution de dividendes fictifs, au cours des exercices 1991, 1992 et du premier semestre 1993 du Crédit lyonnais.
Le Parisien, jeudi 24 février 2005, p. 14

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Haberer condamné à payer une amende de 59 000 €
Le Parisien, 13 mars 2008, p. 11

RAPPEL DES FAITS. C'est l'homme du scandale du Crédit lyonnais.
Nommé président de la banque, alors nationalisée, en 1988, Jean-Yves Haberer se lance dans une politique d'acquisitions (dont la société de production américaine Metro-Goldwin-Meyer) et de financement (Bernard Tapie) dans une conjoncture économique difficile.
En 1992, la banque affiche une perte de 1,8 milliard de francs (274 millions d'euros). Haberer est remercié en 1993.

«Jean-Yves Haberer ? Mais il est mort! » s'exclame la personne interrogée chez l'éditeur Ramsay. A sa décharge, l'ouvrage « Cinq Ans au Crédit lyonnais », publié par l'ancien président du Crédit lyonnais, date de 1999.

S'il est bien vivant, Jean-Yves Haberer est en revanche devenu très discret. A 75 ans, l'homme qui a défrayé la chronique financière française coule une retraite paisible dans son château du XVIIIe, dans la Somme. « il est là tout le temps, enfin quand il n'est pas en vacances », précise l'employée de la mairie voisine.

IL dispose également d'un appartement parisien dans le XVIe. Cependant, l'ex-PDG, qui n'a jamais accepté d'être érigé en responsable des pertes retentissantes de la banque qu'il a dirigée pendant cinq ans, n'en a pas encore fini avec les suites judiciaires de l'afffaire.

En janvier (2008), le Conseil d'Etat l'a débouté de sa demande. Il contestait la décision de février 2006 de la Cour de discipline budgétaire et financière qui le condamnait à une amende de 59 000 € (au titre de sa présidence d'Altus Fmance), sa seule sanction pécuniaire.

S'il a bien été condamné, le 23 février 2005, par la cour d'appel de Paris pour présentation de comptes inexacts, diffusion de fausses informations ou de nature trompeuse, ainsi que de distribution de bénéfices fictifs (exercices 1991, 1992 et premier sémestre 1993) à dix-huit mois de prison avec sursis, l'ancien PDG n'avait écopé que de 1 € de dommages et intérêts à verser au Crédit lyonnais.

A la suite de la décision du Conseil d'Etat, Jean-Yves Haberer réfléchit avec son avocat à l'opportunité d'un demier recours devant la Cour européenne des droits de l'homme. Dans son livre, il avait choisi de répondre aux critiques sur sa gestion dans un chapitre intitulé « Diabolisation du bouc émissaire ».

En tout, l'addition réglée par les contribuables pour les pertes du Lyonnais s'élève à plus de 15 milliards d'euros.
BÉNÉDICTE ALANIOU

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