Vers "Lionel Jospin"

LIONEL JOSPIN

Jospin trotskiste : Lambert parle
Moi, Boris Fraenkel, professeur de trotskisme de Lionel Jospin
Jospin trotskiste, selon Patrick Dierich

Lionel Jospin est né le 12 juillet 1937 à Meudon, dans la banlieue parisienne.
Son père, Robert, est enseigant, militant socialiste pacifiste et conférencier national ; sa famille est une famille protestante rigoriste, des laïques intransigeants particulièrement hostiles aux catholiques. Robert Jospin divorce en 1930 pour épouser la mère de Lionel. Robert Jospin adhère à la SFIO (Section française de l'internationale ouvrière) en 1924. Favorable en 1938 aux accords de Munich il sera nommé, sous Pétain, en mai 1944, conseiller municipal de Meudon, il est donc exclu de la SFIO en 1945. Réintégré quelques années plus tard il devient secrétaire de la fédération socialiste de Seine-et-Marne.
La mère de Lionel Jospin, Mireille Dandieu, née d'un père chaudronnier quincailler, est sage-femme libérale. Catholique converti au protestantisme par son mariage, le curé catholique exigeant la convertion de sa fiancée protestante, le père de Mireille Dandieu donne à sa fille une éducation protestante rigoureuse, l'une de ses filles aura des responsabilités importantes chez les Quakers, particulièrement rigides.

Enfant turbulent et bagarreur Lionel Jospin fait des études agitées. Pour la terminale, en 1954-1955, son père l'inscrit à Paris au Lycée bourgeois Janson-de-Sailly, l'un des meilleurs de France, sinon le meilleur. Son professeur de philosophie est un marxiste convaincu et donc prosélyte (membre du parti communiste jusqu'en 1956) qui donne des cours particuliers d'idéologie, au domicile d'un militant stalinien.
Lionel Jospin y assiste, notamment avec son ami Jacques Valier. Après une année d'hypokhâgne Lionel Jospin entre à Sciences-Po (Institut d'Etudes politiques de Paris). Inscrit à l'UNEF (Union nationale des étudiants de France) il manifeste contre la guerre d'Algérie. Vivement intéressé par le parti communiste, qui domine alors toute la gauche française, et "inspire" les intellectuels parisiens, Lionel Jospin serait devenu anti-communiste après l'invasion de la Hongrie et l'écrasement de la révolte nationale de Budapest en 1956 (in Gérard Leclerc et Florence Muracciole, Lionel Jospin, L'héritier rebelle, JC Lattès, Paris 1996, p. 28 - une hagiographie assez soporifique, mais révélatrice de ce que peuvent être, hélas, les jeux politiciens).

En 1958 le futur Premier ministre de la Vème République manifeste, avec M. Pierre Mendès-France et M. François Mitterrand, contre le retour au pouvoir du général de Gaulle. En 1961, lors du putsch des généraux favorables à l'Algérie française, il crée, avec son ami Claude Allègre, un comité antifasciste. En novembre 1961, après un premier échec, il est admis à l'ENA (Ecole nationale d'administration) et part faire son service militaire. Nommé sous-lieutenant il devient à Trèves chef de peloton d'instruction dans les blindés.
En juin 1965 Lionel Jospin sort de l'ENA en 23ème position, les grands corps lui sont donc fermés, il opte pour les affaires étrangères. Il entre à la direction économique dans le service de la coopération et de l'aide au développement, ce qui lui permet de voyager partout dans le monde.
En mai 1968, le haut fonctionnaire Lionel Jospin est de tout coeur avec les émeutiers, parmi lesquels son ami Jacques Valier, ce qui va l'amener à quitter le Quai d'Orsay pour devenir, en 1970, professeur associé d'économie et directeur du département "gestion des entreprises et de l'administration" à l'IUT (Institut universitaire de technologie) de Sceaux. Ce poste va lui permettre de se consacrer à la politique. Il épouse sa concubine Elisabeth, qui lui donnera deux enfants, Hugo et Eva.

En 1971, Pierre Joxe (protestant, fils du ministre du général De Gaulle Louis Joxe) le fait adhérer au PS (Parti socialiste), l'héritier de la SFIO, désormais contrôlé par François Mitterrand. Selon certains cette adhésion aurait été une pénétration taupière, celle d'un militant secret du trotskisme. Lionel Jospin aurait été un membre secret de l'OCI (Organisation communiste internationaliste) de Pierre Boussel, dit Pierre Lambert, notamment candidat à l'élection présidentielle de 1988 (Parti des travailleurs (PT), 115 356 voix) infiltré au Parti socialiste.
Ce point de vue est notamment exposé par M. Charles Stobnicer dit Jacques Kirsner, principal collaborateur de M. Pierre Boussel dans les années soixante-dix sous le nom de Charles Berg, qui affirme (Libération, 8 juin 1999) "avec Lionel Jospin, nous avons durant de très longues années milité, partagé les mêmes convictions, révolutionnaires, socialistes et démocratiques".
Ce point de vue est confirmé le 4 juillet 1999 par M. Patrick Dierich, Ingénieur de recherches à l'Observatoire de Meudon, qui fut membre de l'OCI de 1968 à 1987 :"J'ai rencontré Lionel Jospin au cours de l'année 1971, vraisemblablement vers l'automne, sur une période qui a été assez courte. Je venais d'être embauché dans la fonction publique, à l'Observatoire de Paris, j'ai donc été affecté à la cellule des "clandestins", où j'ai rencontré Lionel Jospin, plutôt le "camarade Michel". Il était, lui, à ce moment là, le responsable d'une structure, le "rayon", qui était au-dessus des cellules. Il était responsable d'une quinzaine de militants. On se voyait deux fois par semaine".

Le Premier ministre Lionel Jospin nie, tout d'abord, absolument, avoir été membre de l'OCI, et a fortiori d'avoir été une taupe trotkiste au sein du PS. Selon le Premier ministre on le confond avec son frère, Olivier Jospin, qui fut réellement trotkiste jusqu'en 1988. Mais fut également trotskiste l'ami intime de M. Lionel Jospin, M. Jacques Valier, membre pendant dix ans de la Ligue communiste révolutionnaire dirigée par M. Alain Krivine. Selon ce dernier M. Lionel Jospin fut un sympathisant mais non un militant ou un membre à part entière de l'OCI (Gérard Leclerc et Florence Muracciole, Lionel Jospin, L'héritier rebelle, JC Lattès, Paris 1996, p.47-48).
Mais selon M. Patrick Dierich il ne peut y avoir de confusion avec le frère du Premier ministre "car ils ne se ressemblent pas du tout". M. Olivier Jospin est plus grand de dix centimètres que son frère et surtout a un nez parfaitement repérable (""Camus" de son blaze"). Selon M. Dierich c'est :"Vraisemblablement fin 1979 ou au début des années 80, (qu')il a pensé qu'il valait mieux rejoindre le PS", c'est-à-dire abandonner les trotskistes.

En 1972, remarqué par François Mitterrand, et toujours recommandé par Pierre Joxe, Lionel Jospin devient, à la place de ce dernier, secrétaire national à la formation. Puis en 1974 secrétaire national au tiers monde, à la place de Didier Motchane, un des chefs du CERES avec Jean-Pierre Chevènement, le CERES étant rejeté dans la minorité du PS. En 1975 il fait partie de ceux qui sont admis au "saint des saints", les petits déjeuners de la rue de Bièvre, la maison du premier secrétaire François Mitterrand, en plein Paris, dans le Vème arrondissement. En 1977 il est élu conseiller de Paris dans le XVIIIème arrondissement, une circonscription sans risque que lui donne François Mitterrand. Mais aux législatives de 1978 le PS s'effondre et il est battu. Fidèle interprète de "la pensée Mitterrand" et défenseur acharné de celui-ci face à ses adversaires internes il n'est pas étonnant qu'il soit nommé premier secrétaire du PS après l'élection de Mitterrand à la présidence de la République, en 1981.

Selon certains (notamment Serge Raffy, Secrets de famille, Fayard, Paris 2001) Lionel Jospin, alors premier secrétaire du parti socialiste, rencontre à Washington le 14 avril 1982 les responsables du syndicat américain AFL-CIO afin de les rassurer sur la présence de ministres communistes dans le gouvernement Mauroy. Celui qui a organisé la réunion est un agent de la CIA, Irving Brown, celui qui a fait fonder et financer le syndicat français Force Ouvrière pour lutter contre la CGT communiste financée par la Russie soviétique. Le sieur Irving Brown serait également celui qui aurait constamment entretenu des liens entre les trotkistes, et notamment l'OCI, et FO.

Lionel Jospin, lorsqu'il accepte de jouer l'homme de paille de Mitterrand au PS, ce qui veut dire qu'il ne pourra pas être ministre, ne pensait pas que ce serait pour la durée du septennat ... Et que le favori du Président, Laurent Fabius, pourrait ainsi prendre sur lui quelque avance ... et tisser sa toile au parti ... Ce n'est donc qu'en 1988 qu'il devient ministre dans le gouvernement Rocard, ministre d'Etat, ministre de l'Education nationale. Et il le reste sous le gouvernement Cresson jusqu'en 1992. Pendant ces années il doit faire face à des manifestations étudiantes qui sont téléguidées par les trotskistes et anciens trotskistes, notamment par Julien Dray, fondateur de "SOS racisme", et qui sont encouragées par certains conseillers de François Mitterrand, sinon par lui-même ... Ancien membre de la Ligue communiste révolutionnaire Julien Dray voulait être ministre : Michel Rocard, qui constitue son gouvernement, lui téléphone pour lui dire qu'il sera secrétaire d'Etat à la Jeunesse et aux Sports, il fête l'évènement à "La Tour d'Argent", et le lendemain il n'est pas sur la liste ... On suspecte Lionel Jospin d'y être pour quelque chose ...

En 1986, profitant d'une élection législative partielle en Haute-Garonne et sur le "conseil" du président Mitterrand, Lionel Jospin est "parachuté", se présente et est élu député. Il est réélu en 1988 et élu conseiller général de Cintegabelle (et non pas Sainte Gabelle), qui devient son "fief de la France profonde", malgré une élection de justesse aux régionales le 29 mars 1992, et un échec aux législatives de 1993. Il ne lui reste plus, alors, que Cintegabelle (et non pas Sainte Gabelle) et Sylviane.

Sylviane Agacinski, philosophe socialiste et féministe dogmatique, le rencontre pour la première fois en juillet 1983 lors du mariage de sa soeur avec le comédien Jean-Marc Thibault. Mais c'est en 1989 qu'ils concubinent, Elizabeth le quittant et le concubin de Sylviane, et père de son fils Daniel, "s'éloignant" également.
C'est politiquement sa traversée du désert, son adversaire principal, Laurent Fabius, est premier secrétaire du parti le 14 janvier 1992 ... Lionel Jospin épouse officiellement sa deuxième femme le 30 juin 1994, à la Mairie du XVIIIème arrondissement de Paris, la "fête" ayant lieu à l'Institut du Monde arabe, en présence de François Mitterrand lui-même ...

Henri Emmanuelli est premier secrétaire du parti socialiste lorsqu'à l'effarement général des dirigeants socialistes Lionel Jospin annonce sa candidature à la candidature socialiste pour l'élection présidentielle de 1995, le 4 janvier. Le maximum est fait pour l'écarter, Henri Emmanuelli étant persuadé d'être le meilleur candidat possible, et Laurent Fabius ...
A la présidentielle de 1995 Lionel Jospin arrive en tête au premier tour (23,30%) devant Jacques Chirac (20,84%), alors que pendant des mois le favori des sondages avait été Edouard Balladur (18,58%).

Mais le 21 avril 1997 c'est la divine surprise, sur les conseils de l'ancien conseiller du président Mitterrand, et de sa fille Claude, le président Chirac, élu au second tour de 1995 par 52,64% des voix, et qui dispose à l'Assemblée nationale d'une majorité massive de 484 sièges sur 577 (84%) procède à la dissolution ...
Le résultat des élections législatives, entre une gauche dite "plurielle", c'est-à-dire réaliste, et une droite divisée, est clair : le parti socialiste avec 34,51% des voix obtient 60,66% des sièges, Lionel Jospin est nommé Premier ministre et obtient un vote de confiance de l'Assemblée nationale par 297 contre 252...
Une fois de plus est confirmé le point de vue de M. Guy Mollet, l'ancien leader de la SFIO socialiste dans les années cinquante et soixante, à savoir que la France possède la droite la plus bête du monde.
Donc tous les espoirs sont permis pour Lionel Jospin ...

Pour la présidentielle de 2002 Lionel Jospin représenterait, selon certains (adversaires ?), la "Nouvelle France", celle des minorités "dynamiques" (protestants, juifs, blacks, beurs, roms, maçons, pacsés ...), la France "black, beur, blanc, rom".
Hélas, le dimanche 21 avril 2002, M. Lionel Jospin, avec 16,18% des suffrages exprimés, est battu pour la deuxième place à la présidentielle par le candidat de la droite nationale souverainiste, M. Jean-Marie Le Pen (16,86%), et ne peut donc se présenter au deuxième tour. Il déclare, courageusement, qu'il abandonne la carrière politique. Les trois candidats trotskistes, Mme Arlette Laguiller de Lutte ouvrière (5,72%), M. Olivier Besancenot de la Ligue communiste révolutionnaire (4,25%), M. Daniel Gluckstein du Parti des travailleurs (ancien parti de M. Jospin)(0,47%), totalisent 10,44% des suffrages exprimés ; et M. Jean-Pierre Chevènement (5,33%), socialiste national souverainiste, ainsi que Mme Christiane Taubira (2,32%), radicale de la gauche maçonnique, 7,65% des suffrages exprimés, les abstentions étant de plus de 28%. Au total les candidats dit de gauche, avec M. Robert Hue du parti communiste, qui n'obtient que 3,37% des suffrages exprimés, totalisent donc 40,57% des voix exprimées.

Gérard Leclerc et Florence Muracciole, Lionel Jospin, L'héritier rebelle, JC Lattès, Paris 1996
Philippe Campinchi, Les Lambertistes, un courant trotskiste français, Balland, Paris 2000
Gérard Leclerc et Florence Muracciole, Jospin, l'énigme du conquérant, JC Lattès, Paris 2001
Claude Askolovitch, Lionel, Grasset, Paris 2001
Serge Raffy, Jospin, Secrets de famille, Fayard, Paris 2001
Christophe Nock, Les Trotskistes, Fayard, Paris 2002
Lionel Jospin, Alain Duhamel, Le temps de répondre, Stock, Paris 2002

Retour première page

L'Internationale