Carl Schmitt (1888-1985)

Juriste et philosophe politique allemand, catholique, conservateur, disciple dissident du sociologue allemand libéral Max Weber (1864-1920).
Antisémite, mais admirateur du Premier ministre, juif, britannique, Disraeli, il adhère au nazisme en 1933. Il est exclu en 1936, les nazis lui reprochant d'avoir des amis juifs.
Inculpé, et incarcéré, en 1945 pour antisémitisme, il est acquitté par le tribunal de Nuremberg en 1946.

1
Est souverain celui qui décide de la situation exceptionnelle (qui décrète l'Etat d'exception).
Politische Theologie, 1922, Théologie politique, Gallimard 1988, p.15.

2
Tous les concepts prégnants (gros de conséquences) de la théorie moderne de l'Etat sont des concepts théologiques sécularisés... parce qu'ils ont été transférés de la théologie à la théorie de l'Etat - du fait, par exemple, que le Dieu tout-puissant est devenu le législateur omnipotent -... Chez Rousseau, la volonté générale est identifiée à la volonté du souverain ; mais, dans le même temps, l'idée du général acquiert dans son sujet une détermination quantitative : en d'autres mots, le peuple devient souverain. L'élément décisionniste et personnaliste de la notion de souveraineté en vigueur jusqu'alors se perd du fait même. La volonté du peuple est toujours bonne, "le peuple est toujours vertueux".
Ibidem, p.46 et 57.

3
La volonté du peuple est naturellement toujours identique à la volonté du peuple, que du oui et du non de millions de bulletins de vote déposés sorte une décision, qu'un homme unique ait la volonté du peuple sans vote, ou que le peuple procède d'une manière ou d'une autre par "acclamation". Tout dépend de la façon dont se forme la volonté. La dialectique vieille comme le monde présente dans la doctrine de la volonté du peuple n'a toujours pas trouvé de solution : la minorité peut être dépositaire de la volonté véritable du peuple ; le peuple peut être trompé ; on connaît en effet de longue date la technique de la propagande et de la manipulation de l'opinion publique.
Die geistesgeschichtliche Lage des heutigen Parlamentarismus (1923), Parlementarisme et Démocratie, Le Seuil 1988, p.33/34.

4
Au XIXème siècle, parlementarisme et démocratie étaient liés à tel point qu'on les a identifiés l'un à l'autre ... Il peut y avoir une démocratie sans ce que l'on nomme parlementarisme moderne et il peut y avoir un parlementarisme sans démocratie ; et la dictature n'est pas davantage l'opposition décisive à la démocratie que ne l'est la démocratie par rapport à la dictature.
Ibidem, p.39

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