Françoise Sagan par Françoise Giroud

Françoise Sagan par sa secrétaire

Françoise Quoirez dite Françoise Sagan

Ecrivaine française issue de la meilleure bourgeoisie, son père est industriel, ayant eu dans les années cinquante un grand succès populaire pour des ouvrages faciles à lire et représentatif d'un milieu moralement corrompu et pervers, le sien : Bonjour tristesse, Julliard, Paris, 1954 (1 million d'exemplaires), Un certain sourire, Julliard, Paris, 1956 (550 000 exemplaires), Dans un mois dans un an, Julliard, Paris, 1957 (400 000 exemplaires), puis un succès beaucoup plus "parisien".
Selon certains commentateurs elle serait parfaitement représentative de la femme française "libérée", comme la fameuse Colette précédemment, de la deuxième moitié du vingtième siècle, un point de vue qui ne devrait pas déplaire aux islamistes ... même dits "modérés".
Car alcoolique, droguée, ayant menée "une vie de patachon" (bi-sexuelle) selon sa propre expression, mais également fraudeuse et magouilleuse, elle peut difficilement passer pour un exemple démocratique à suivre.

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Bio express

Morte d’avoir trop vécu.

Vie tapageuse pour tromper l’ennui, alcool, drogue et désenchantement, goût pour les voitures de sport et les fêtes de la Côte d'Azur : Françoise Sagan est morte vendredi (24 septembre 2004) à l'hôpital de Honfleur d'une embolie pulmonaire, à l'âge de 69 ans.
Elle puisait son inspiration dans le paradoxe de son existence, entre une hyper-activité créatrice, une vie mondaine mouvementée et aussi une grande solitude intérieure.

Mariée deux fois, brièvement, avec l'éditeur Guy Schoeller et le "cover-boy" Bob Westhoff, flambeuse et libre d'esprit, elle disait que ses livres parlaient essentiellement de la solitude et de la manière, si elle existe, de "s'en débarrasser".
A travers la cinquantaine d'ouvrages qu'elle laisse derrière elle, en grande majorité des romans, elle a régulièrement peint la vie sentimentale d'une bourgeoisie oisive, tout en sachant trouver la fameuse "petite musique", celle que tout écrivain cherche, faite de coups de griffes et de sensualité, de tendresse et d'élégance.

Les thèmes récurrents de l'ennui et de la fuite dans l'alcool

Née en 1935 à Carjac, dans le Lot, Françoise Quoirez emprunte son pseudonyme à un personnage de Marcel Proust, la princesse de Sagan, pour publier son premier roman, "Bonjour tristesse".
Cette histoire d'une jeune fille qui déteste la maîtresse de son père séduit d’emblée le public. La critique le juge "amoral" ; pourtant, ce qui apparaît comme une nouvelle "éducation sentimentale" reçoit le prix de la Critique, décerné par un jury composé de quelques grands noms de la littérature.
Françoise Sagan a dix-neuf ans et son livre fait un tabac : 1 million d'exemplaires vendus en quelques semaines.

Beaucoup de livres suivront et le succès ne se démentira pas. Sagan, très tôt, gagne beaucoup d'argent mais en dépense plus encore. Ce qu'elle fera toute sa vie.
Comme elle, ses personnages trompent leur ennui et s'enivrent pour trouver l'illusion du bien-être. Une constante que l’on retrouve dans ses romans suivants, comme "Un certain sourire", "Aimez-vous Brahms?" (adapté par Anatole Litvak en 1961), "Les Merveilleux nuages", "Le Garde du cœur", "La Chamade" et "La Femme fardée".
En 1957, un accident de voiture l'immobilise plusieurs semaines ; elle écrit alors un journal, "Toxiques". Françoise Sagan écrit également pour le théâtre : "Un Château en Suède", "Les Violons parfois", "Le Cheval évanoui", "Un piano dans l'herbe", autant de pièces où l'on retrouve les mêmes thèmes.

Les démêlés judiciaires

Mais outre ses talents littéraires, Françoise Sagan est aussi une adepte de la roulette et des cartes. "C'est une passion qui peut mener loin, un plaisir, un amusement fou. C'est physique, nerveux, tonifiant, extrêmement gai ! C'est la gratuité", dit-elle.
"J'aime gagner et je suis chanceuse. Le destin du joueur masochiste n'est pas le mien". Elle demandera pourtant son interdiction des casinos pour vaincre son addiction.

C'est surtout dans des affaires liées à la drogue qu'elle défraye la chronique. En mars 1990, elle est condamnée à six mois de prison avec sursis et une amende de 360.000 francs, dans un procès dans lequel comparaissent une quarantaine de prévenus. En 1995, elle est à nouveau condamnée à un an de prison avec sursis et 40.000 francs d'amende pour usage et cession de cocaïne, dans une affaire touchant plusieurs personnalités du show-biz. En février 2002, c'est une affaire de fraude fiscale en marge de l'affaire Elf qui lui vaut la même peine d'emprisonnement.
Françoise Sagan avouera avoir usé de son amitié avec le président Mitterrand en jouant aux intermédiaires pour le groupe pétrolier.

La fin de sa vie aura été difficile : malade depuis longtemps et ruinée, elle avait dû vendre sa maison normande. Elle s'était éloignée de nombre de ses anciens proches et était hébergée avenue Foch, chez des amis. Beaucoup d'autres étaient morts.

Jacques Chirac a salué vendredi soir en Françoise Sagan "une figure éminente de notre vie littéraire", Jean-Pierre Raffarin a rendu hommage à son "sourire mélancolique, énigmatique, distancié, et joyeux pourtant", et Renaud Donnedieu de Vabres à sa "personnalité flamboyante".

Les obsèques de la romancière auront lieu mardi (28 septembre 2004) à 14h30 dans le petit village de Seuzac (Lot), à quelques kilomètres de Cajarc, sa ville natale. L'inhumation aura lieu au cimetière de Seuzac où une prière sera prononcée, a précisé le fondé de pouvoir de l'actuelle propriétaire du manoir du Breuil, près de Honfleur. La dépouille de Françoise Sagan, de son vrai nom Quoirez, a été transférée du centre hospitalier de Honfleur à son ancienne demeure du Breuil, située entre Equemauville et Barneville-la-Bertran.
tf1.fr, news, Mis en ligne le 24 septembre 2004

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L'Express du 13/09/1965 Françoise vue par... Françoise Giroud

«Cette volonté obstinée d'enfance prolongée»

S’il n’y a ni pathétique, ni poids, ni humanité à l’intérieur des Rolls et sous les visons gris, à quoi bon en parler ? Et s’il y en a, d’où vient que Françoise Sagan ne sache rien en capter ?

Peut-être est-ce cette volonté obstinée d’enfance prolongée qui lui bouche la vue. Des autres, elle ne veut percevoir que la façade. Et encore. Lorsqu’elle s’y heurte. Et cette femme de 30 ans parle des femmes et des hommes de 45 ans comme si elle-même avait 12 ans et qu’elle décrivait Papa-Maman et leurs amis dans son journal intime.

C’est irritant. Non qu’elle ne parvienne pas à sortir d’elle-même. Un écrivain authentique – et Dieu sait qu’elle en est un – peut écrire 18 romans de 600 pages en procédant à sa seule et unique exploration. L’irritant est qu’elle ne prenne pas franchement le parti d’aller profond en elle. Et pas ailleurs, puisqu’elle est aveugle au monde. Ou du moins close.

Car dès lors qu’il s’agit de décrire les mouvements du cœur et des sens d’une jeune femme oisive, qui cultive l’irresponsabilité et l’indécision comme le dernier refuge de son enfance, Françoise Sagan retrouve la grâce.

Entre l’amour sans argent et l’argent sans amour, l’héroïne de La Chamade, Lucile, choisit l’argent. Pour n’avoir pas à y penser. [...]

Que deviendra Lucile ? Interrogée sur ce point, Françoise Sagan a répondu à Michèle Cotta : «Le mieux, pour elle, c’est qu’elle se tue, à 35 ans, dans un accident de voiture. C’est ça. Elle se tuera un soir de grande gaieté, parce qu’elle aura un peu trop bu et qu’elle conduira trop vite.
– Et comment vieillira Sagan ?
– Je n’y pense jamais.»

Allons donc. D’ailleurs, elle ajoute : «Comme vous, comme nous tous, je serai peut-être tuée dans un conflit thermo-nucléaire. Ou alors je serai au Brésil avec un gigolo. Ou bien je deviendrai une épouse et une mère exemplaire.
– Et vous écrirez?
– J’écrirai toute ma vie, je crois.»

Mais quand travaillera-t-elle ?

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