Mai 2011 : Démission et Justice demandée
Décembre 2010 : Espionnage ; défense ferme et vigoureuse; refus de démissionner après vote de défiance, Sarkozy en recours ?
Août 2010 : Des millions de déficit à France 24
Loué soit le Vatican !
03 décembre 2009. La "Reine" chez les Maitres du Monde (Bilderbergers), L'Express, Ockrent-Kouchner, Argent et Pouvoir, n°3048, p. 48
20 février 2008. Directeure générale de France Monde : Une remarquable promotion (à 315.000 euros)
16 janvier 2008. Une "Reine" très bien payée ...

Christine Ockrent

Journaliste, chroniqueuse, écrivaine. Epouse du "french doctor" Bernard Kouchner.
Auteure notamment de Dans le secret des princes, Stock, Paris, 1986 et de La double vie d'Hillary Clinton, Robert Laffont, Paris, 2001. La "Reine Christine" fait dans Françoise Giroud, une ambition française, Fayard, Paris, 2003, une remarquable chronique sociologique de certains milieux de la diaspora juive libérale et sociale-démocrate.
Dirigé par Christine Ockrent, Le livre noir de la condition des femmes, XO Editions, Paris, 2006.

1
Les jours précédant le bouclage, en reine des abeilles, elle sera allée de l'un à l'autre, faisant son miel des idées, des analyses, des anecdotes, des potins que tous lui rapportent, empressés à lui plaire, trop heureux de la servir.
Elle les aura écoutés, tout sourire, de ce sourire qui les capte et qu'elle prodigue à tout va, sûre de son effet. De sa voix de velours elle aura relancé la conversation, posé les questions, insisté avec une candeur apparente sur son ignorance de tel ou tel point, jusqu'à ce que, flatté de lui en apprendre, l'informateur s'en retrouve vidé de sa substance.
Alors, enveloppée de son parfum, Giroud s'isole, ayant choisi son sujet, mûri l'angle d'attaque de son papier, et les secrétaires filent doux, refusant coups de téléphone et rendez-vous jusqu'à ce que la porte s'ouvre à nouveau.

Parfois, brusquement, un bruit de fenêtre: Françoise aura reconnu dans la rue le grondement de la voiture de Jean-Jacques Servan-Schreiber, qui arrive tard. Ce claquement de portière, elle l'aura guetté depuis si longtemps. Puis elle reprend.

À huit heures du soir, la Patronne apparaît dans la salle à manger. Le rituel peut commencer. Le soir du bouclage, qui va durer tard dans la nuit, le buffet aligne toujours les mêmes plats: saumon froid, cœurs de palmier, crudités, eau minérale. Très peu de vin.
Giroud se love sur un canapé, se fait apporter une assiette où elle picore: trois radis, deux grains de maïs. Personne n'aurait l'idée de se précipiter sur la nourriture, encore moins de parler fort.
La Patronne fait son choix: qui ce soir aura l'honneur d'une apostrophe, d'une invitation à la rejoindre, à s'agglutiner autour d'elle pour faire la conversation? Chacun a sa tactique, tournant près du canapé, faussement intéressé par le propos du confrère qui, lui aussi, fait la roue.
Quelques personnages étrangers au journal mais en vue dans Paris sont, insigne honneur, de la partie. Les plus jeunes, les moins gradés de la rédaction s'en savent exclus, mais, au passage, ils guettent un regard, le signe que peut-être elle les aura reconnus et aura distingué leur papier au milieu de tous les autres.

De toutes les façons, Jacques Duquesne est là qui, à l'américaine, réécrit l'ensemble quand la Patronne ne s'y livre pas elle-même, histoire de donner au journal, d'un bout à l'autre, son ton homogène et sa patte distinctive.
Georges Suffert, lui, ne souffre pas la correction; les déformant parfois à sa convenance, il aura pourtant digéré les notes de jeunes et ravissantes reporters, telles Catherine Nay et Michèle Cotta, qui travaillent au corps les milieux politiques, et il aura dicté à son assistante, d'un jet, le nombre de feuillets requis.
Sur le canapé de la Patronne, Claude Imbert a sa place attitrée, brillant, d'humeur égale, toujours prêt à partager saillies et bons mots.
Jacques Boetsch aussi, le plus fidèle appui de Giroud, celui qui régit les reportages et les informations générales.
Marc Ullmann déploie sa fausse nonchalance.
Jacques Derogy passe rapidement, volubile, enthousiaste, rougissant, qui forme à l'enquête le pétulant Jean-François Kahn.

Ivan Levaï n'est jamais loin: il couvre le secteur de l'éducation et observe, yeux écarquillés, les mœurs de la Cour:
«Il faut plaire à la Reine et chacun s'y emploie. On est à Versailles.

Jean-Jacques règne en monarque absolu, changeant de favorite, mais la patronne du journal, c'est elle.
Elle exerce sur nous tous une forme de fascination, et nous la respectons triplement: comme femme, comme journaliste, comme patronne. La Reine des abeilles...
Ce que nous fabriquons, c'est de la gelée royale, nous sommes dans le saint des saints du journalisme français. Plus jeune, j'en rêvais... J'ai d'abord acheté le journal par passion pour Mendès France, et il y avait cette photo de Giroud, divine, la main sur une tête de panthère...
Je me serais privé de sommeil, de salaire pour y travailler! Vous n'imaginez pas le pouvoir de L'Express en ce temps-là: on pouvait rentrer partout, dans tous les milieux.
En plus, nous avions les moyens: pas de problèmes de notes de frais! Jean-Jacques estimait que nous devions être à l'égal des puissants: il ne lésinait pas. »

«On n'a pas idée aujourd'hui de ce qu'en ce temps-là représentait L'Express, se rappelle Michèle Cotta. Les journaux vous apportaient la compréhension du monde, et d'abord celui-là, qui jouissait d'un pouvoir extraordinaire.
C'était avant la télévision. Quand je rentrais chez moi, à Nice, les gens, ceux qui lisaient, me récitaient pratiquement nos papiers! Et Françoise était la patronne de ce journal-là. »
Françoise Giroud, une ambition française, Fayard, Paris, 2003, La patronne, pp. 20-24

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Mains carrées et ongles faits, Françoise est toujours impeccable, toujours coiffée, toujours bien habillée.
La petite robe noire est de rigueur. Giroud se veut élégante, et se fournit volontiers chez Saint Laurent Couture. «J'ai les épaules trop larges pour le prêt-à-porter! » souriait-elle, comme pour s'excuser, avant de donner ses vieux vêtements à sa secrétaire.
«C'était un peu choquant, raconte Catherine Nay, des mois durant on avait admiré son ciré noir à col de tricot, et le voir porté par quelqu'un d'autre, ça faisait tout drôle. »
Ibidem, p. 27

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Au fil des années, Françoise fonctionne toujours entourée de jeunes femmes.
«Un incroyable gynécée! s'exclame Levaï dont les yeux en brillent encore. « Toutes ravissantes... On ne savait plus où donner de la tête: Irène Allier, la fille de l'éditorialiste de Franc-Tireur, Danièle Granet, Michèle Cotta et Catherine Nay, qui se tiraient la bourre, Liliane Sichler, Michèle Manceaux, Claudie de Surmont, Alice Morgaine et tout le bataillon de filles de Madame Express...
On vivait tous ensemble, on draguait comme des fous, l'ambiance était très "sexe", très en avance pour l'époque. Tout le monde couchait... La vie sentimentale était agitée, à L'Express.
Mais, sur la Patronne, pas un mot ni un murmure. Le journal c'était elle, et le journal c'était sacré. »

« On lui prêtait à l'époque beaucoup d'amants, raconte néanmoins Michèle Cotta. Le masque de l'austérité a été plaqué plus tard. »
Les filles les plus jolies sont affectées au service politique. Pourquoi? Pour faire parler ces messieurs.
« Qui eut l'idée d'envoyer des minettes astucieuses à la sortie des Conseils des ministres? s'interroge Levaï. Était-ce Jean Ferniot, vieux briscard de la IVe République, qui régna quelque temps sur le secteur, était-ce Jean-Jacques ou bien fut-ce Françoise? Les souvenirs convergent:

« Moi, c'est Jean-Jacques, raconte Catherine Nay, il disait: il faut des femmes, il me convoque et me jauge du regard: trop grande, pense-t-il de toute évidence.
« - Vous connaissez la politique?
« - Non, dis-je.
« - Très bien, vous vous occuperez des gaullistes. À droite, il n'y a que deux types intéressants : Giscard et Chalandon. Allez-y !
C'est ainsi que la vie de Catherine trouva son cours.

Michèle Cotta, elle, « couvrait » la gauche. Elle se dépensait sans compter, débordant parfois sur la droite.
« Il y avait l'hôtel de la rue de Ponthieu, renchérit Levaï. Les hommes y avaient leurs quartiers. Au bouclage, Françoise regardait sa montre et, vers cinq heures, disait: bon, la sieste est finie... Plus tard, elle racontera avoir vu ainsi sortir de l'hôtel deux futurs présidents de la République...

«J'étais au service littéraire depuis trois ans, raconte Cotta. Je m'y trouvais bien. Arrive Catherine. Jean-Jacques a aussitôt l'idée d'un trio : la grande blonde pour la droite, Irène Allier pour le centre, et moi, la petite brune, pour la gauche. Cela m'allait très bien! » ajoute Michèle dans un de ses fréquents éclats de rire, brefs comme une politesse.
En 1965, aux côtés de Claude Estier, elle avait participé, petite main, à la campagne de François Mitterrand. «Au départ, Françoise était plutôt réticente au principe de ce commando de charme: par réaction féministe, ou parce que ce n'était pas son idée... En tout cas, ç'a très bien marché... »

De cette caricature indûment appuyée de « mère maquerelle» du journalisme, plus tard Giroud se défendra mollement: «Elles étaient ravissantes, elles le sont toujours..., me dira-t-elle avec son rire de gorge. Catherine et Michèle sont mes deux réussites », ajoutera-t-elle, blessant au passage toutes les autres qui connurent un parcours moins glorieux ou qui sont aujourd'hui moins pimpantes.
Ibidem, pp. 31-33

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Françoise est née pauvre dans un milieu bourgeois dont elle s'est sentie exclue. Toute jeune, elle a vu chez les autres ce que pouvaient être la richesse et le luxe.
Elle a su très tôt ce qu'était la déchéance sociale, ce que signifie la perte de son rang, les rapports de forces qu'impose alors la société.
« Il faut avoir été dans une position subalterne, avec toutes les petites humiliations que cela suppose, pour savoir que le monde se divise en dominants et en dominés, et que seuls les dominants respirent..., écrit-elle dans On ne peut pas être heureux tout le temps. Plus tard, beaucoup plus tard, j'ai fait partie des dominants, puisque j'ai dirigé deux journaux, mais je n'ai jamais oublié l'expérience de mon adolescence... »

Dans son œuvre autobiographique, c'est là-dessus que Giroud insiste le plus volontiers, ce sont ces confidences-là qu'elle distille en premier. Comme pour expliquer ou justifier la suite et le reste. Elle ne tolérera plus la pauvreté et le mépris. ...

France Gourdji naît à Genève en 1916. La Première Guerre mondiale a précipité ses parents en Suisse, mais ils n'y demanderont pas asile.
Elle est la seconde fille de Salih Gourdji et d'E1da Fragi, tous deux turcs et juifs sépharades.
Lui, né à Bagdad, journaliste, a créé à Constantinople l'Agence télégraphique ottomane. Fuyant son pays au début des hostilités pour cause d'idées libertaires et d'opposition à l'alliance avec l'Allemagne, il aurait ensuite mené diverses missions pour les services spéciaux alliés. Il avait fait des études de droit à Paris, où il avait gardé des amis, et participé au mouvement Jeune Turc. Il avait ensuite épousé une ravissante personne née à Salonique, fille d'un médecin-major, colonel dans l'armée turque.

«Mon grand-père maternel avait le titre de pacha, tient à souligner Françoise, un titre de noblesse non héréditaire. Mon père était bey. »
Car il importe de situer la famille dans ses vrais quartiers.
Comme je m'étonnais un jour auprès d'elle de ses réticences à l'égard de la partie turque de son histoire, Françoise, irritée, me lança, bien à sa façon:
« Mais j'ai tout écrit là-dessus! »
Je lui fis valoir que, sur ce sujet, son approche était toujours oblique, feutrée. Alors elle m'envoya une note rapidement tapée sur son ordinateur, avec quelques fautes d'orthographe, ce qui ne lui ressemblait pas. En ressort une noble et ancienne généalogie :
« Mon père, écrivait-elle, est probablement descendant d'une famille dite deumnès, c'est-à-dire l'une des cinq cents familles sépharades converties à l'islam au XVIIe siècle. Les deumnès, actifs et riches, ont été les premiers dans le monde proprement turc à s'ouvrir aux idées laïques, libérales et nationales (voir le livre d'Edgar Morin Vidal et ses frères).
Un généalogiste qui a fait des recherches sur ma famille a découvert que le membre le plus ancien dont il ait retrouvé la trace, au XVIIIe siècle, était drugman. En Orient, le drugman était l'interprète du Palais. "
Ibidem, La fille, pp. 40-42

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Ses filles, Elda veut en faire de parfaites petites Françaises. Elles seront donc baptisées, elles suivront le catéchisme, elles iront en pension au lycée Molière, puis Françoise, en uniforme bleu marine, ira au collège de Groslay - quitte à subir les humiliations infligées par une directrice payée avec retard.
Giroud écrira plus tard - mais personne n'est là pour le confirmer - que sa mère se serait secrètement convertie au catholicisme vers l'âge de trente ans.
Elle insistera sur son acharnement, pendant la guerre, à ne pas se sentir concernée, ni pour elle ni pour ses filles, par les lois antisémites de Vichy. L'étoile jaune n'était pas pour elles, ce n'était pas leur histoire, leur communauté ni même leur famille.
Quand Djénane, l'aînée, partira en camp de concentration, ce sera pour faits de Résistance - elle aura compté parmi les premiers Français entrés dans la lutte, dès 1941, à Clermont-Ferrand.
Françoise, arrêtée par la Gestapo en mars 1944, fera quelques mois de prison à Fresnes. Dans le réseau Dejussieu, chef de l'Armée secrète, elle n'exerçait pas des responsabilités aussi importantes que sa sœur: elle servait de boîte aux lettres, et son appartement de planque. Elle échappera néanmoins de peu à la déportation.
Ibidem, pp. 50-51

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De son enfance Giroud gardera toute sa vie la nostalgie et le goût du luxe - quitte à l'afficher de façon ostensible dès qu'elle y a accès. Voitures, chaussures et vêtements sur mesures, hôtels étoilés, le Trianon à Versailles ou Eden Roc au cap d'Antibes... elle a trop connu les privations pour bouder son plaisir.
Danièle Heymann le confirme: «Elle n'avait pas besoin d'argent, elle avait besoin de luxe. Un besoin inextinguible, qu'elle affichait sans fard. C'était la revanche sur son enfance.»
Jean Daniel raconte: «Françoise avait la passion de la réussite, et elle ne dédaignait pas d'en faire étalage. Ainsi, à L'Express, plusieurs fois par an, empilés sur son bureau, elle donnait en spectacle les cadeaux somptueux qu'elle recevait des maisons de couture. Comme si elle avait besoin d'exhiber son propre succès. »

Au journal, ces années-là, courait aussi une vilaine rumeur: on disait que la Patronne ne résistait pas à la tentation de chaparder de-ci, de-là, dans les boutiques qu'elle fréquentait, un parfum ou un foulard et qu'à son insu, un préposé de L'Express passait ensuite à la caisse, pour éviter tout incident... Ragots et médisance ?
Ibidem, pp. 53-54

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«Dans ces milieux du cinéma d'avant-guerre, me racontait-elle, on faisait comme on pouvait. Il fallait bien percer, passer d'un film à l'autre, obtenir un cachet...
On était soumis au bon vouloir des producteurs, des directeurs de production... Vous n'imaginez pas les mœurs.
À part les actrices, il n'y avait que des hommes, qui à tous les niveaux exerçaient leur droit de cuissage... On couche, on fait son chemin comme on peut, on serre les dents... »

«"Ça se prend pour qui ?"» raconte encore Giroud dans Arthur ou le bonheur de vivre. Combien de fois ai-je entendu cela... Mais c'est justement quand on n'est rien qu'il est intolérable de se faire pincer les fesses.
Qu'est-ce qu'une fille pauvre dans un milieu purement masculin? Un gibier, rien qu'un gibier, pourchassé quand il résiste, méprisé quand il cède. »

Pas de sentiments. il faut avancer. Françoise sera promue assistante metteur en scène, une prouesse pour une fille de l'époque.
Ibidem, L'apprentie, pp. 60-61

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Un personnage, qu'elle ne mentionne dans Leçons particulières qu'au détour d'une phrase, a selon toute vraisemblance été son véritable protecteur.
Il s'agit d'une femme. Elle s'appelle George Sinclair. Un peu plus âgée que Françoise, elle est la première femme à avoir été reçue à l'École normale supérieure (en même temps que Georges Pompidou), la première aussi à avoir été nommée chef des informations dans un journal.
«Belle, charmante, d'une intelligence fulgurante2», elle a été découverte par Jules Sauerwein, ténor du journalisme d'avant-guerre, et promue par Pierre Lazareff, tout-puissant et génial patron de Paris-Soir qui en fit le premier journal populaire du pays avant de fuir à New York la guerre et les Allemands.

Lazareff l'adore, au point de provoquer la jalousie de sa femme Hélène qui lui fait un jour, à propos de Sinclair, une scène épouvantable rapportée à Yves Courrière par Hervé Mille:
« Mais enfin, Hélène, protesta ce dernier, vous savez bien que George ne se cache pas de préférer les femmes aux hommes. Avec elle, vous ne craignez rien. Elle ne risque pas de vous enlever Pierre!
- Je ne suis pas jalouse d'elle dans son lit, mais dans son bureau! répliqua la flamboyante Hélène avec le zozotement qui ajoutait à son charme. »

George Sinclair aime en effet les femmes et affiche volontiers son inclination. À en croire Hervé Mille, c'est elle qui lui présente Giroud et la prend sous son aile. Sous le nom d'Holbane.
Ibidem, pp. 63-65

9
D'un livre à l'autre, Giroud leur rendra, à l'un et l'autre, l'hommage qui convient:
«Les Lazareff ont régné pendant plusieurs années sur Paris, et ils m'ont introduite dans une certaine société parisienne qui était alors brillante et stimulante ...»

Lui, avait été le tout-puissant patron de Paris-Soir puis fut celui de France-Soir et de France-Dimanche. Connaissant mieux que personne les ressorts de la grande presse populaire, il sut, au fil des générations, y attirer les meilleurs talents. Bientôt, avec Cinq Colonnes à la une, il allait donner à la télévision balbutiante ses premiers titres de gloire et d'influence.

Férue d'ethnologie, cultivée comme lui, passionnée de journalisme, comme lui d'origine juive russe, comme lui minuscule, frêle d'aspect mais douée d'une énergie débordante, Hélène abordait les gens et les choses avec une passion sans retenue.

À Louveciennes, dans leur propriété de campagne, le déjeuner du dimanche réunissait rituellement tous ceux qui brillaient à Paris - «grands patrons de la médecine, couturiers en vogue, romanciers couronnés, avocats en vue, peintres fêtés, belles comédiennes, politiques en devenir, etc. »
Là les carrières s'accéléraient ou se défaisaient, les amours aussi.

Françoise poursuit: «Plus important, les Lazareff m'ont transmis une partie de leur savoir, qui était grand; ils m'ont ouvert leur cœur, leur maison, leurs journaux; ils m'ont entourée de leur chaleur... Hélène vivait toutes les relations humaines sur le mode de l'amour, et c'est bien de l'amour qu'il y a eu entre nous... »
Ibidem, pp. 68-69

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Giroud utilise au mieux le système Lazareff, fondé sur le repérage des talents, les engouements, les rapports de force et un sens très précis de la géographie des pouvoirs.

« Hélène eut un temps pour amant Paul Auriol, le fils du président de la République de l'époque. Les Lazareff étaient à l'Élysée comme chez eux, raconte Daisy de Galard.
Ils avaient instauré leur rituel du dimanche et recevaient à déjeuner - à Villennes, en bord de Seine, puis à Louveciennes - tous ceux qui comptaient à Paris. C'était très organisé.
Les Lazareff étaient passés maîtres dans le jeu subtil et cruel des préséances, de la hiérarchie, des renversements de fortune. Moi, j'étais en bout de table et me trouvais bien godiche; Françoise n'était pas encore à proximité des plus gros poissons, mais elle faisait du charme...
Il fallait la voir manœuvrer pour obtenir le tête-à-tête qu'elle ambitionnait, souriant de partout, plissant les yeux à la manière d'Hélène... »

Françoise Giroud est alors en pleine ascension. Son talent s'épanouit. Sans abandonner le cinéma où elle collabore encore à quelques scénarios, elle écrit de plus en plus.
Hélène malade, son rôle à Elle devient prédominant. Elle fait aussi un papier par semaine dans Carrefour, un autre pour L'Intransigeant, puis, dans le France-Dimanche de Pierre Lazareff, un portrait de l'une des personnalités de ce Tout-Paris dans lequel elle fraie son chemin.
Ibidem, pp. 78-79

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Un jour, chez elle, Françoise s'est livrée à quelques confidences: «C'est Lucassevitch, un horrible bonhomme, un producteur de films, un vautour, qui me l'a présenté. À l'époque, je baignais dans ces milieux du cinéma, je commençais à me faire un nom comme scénariste. Les temps étaient rudes.
Tolia était beau, généreux, il avait le sens du luxe, il avait été élevé dans l'opulence. À Montparnasse, quand on allait au cabaret avec Joseph Kessel, il m'enlevait mes bottillons pour y boire du champagne... À la Libé- ration, il s'était arrangé, Dieu sait comment, pour faire réquisitionner un bel appartement avenue Raphaël. »

C'est un rez-de-jardin où, d'emblée, la jeune femme installe aussi sa mère.
Ce renversement de fortune frappe ceux qui avaient connu Françoise pendant la guerre, comme André Gillois :
«À mon retour de Londres, elle m'a invité à déjeuner avec toutes sortes de célébrités parisiennes dans un somptueux appartement près de la Muette, se souvient celui qui l'avait convaincue de changer de nom et qui s'était distingué depuis lors au service du général de Gaulle. Elle était très bien installée professionnellement et matériellement. Manifestement, elle avait de l'argent. »

Anatole Eliacheff - « Tolia» pour les amis - est producteur de cinéma. Né en Russie dans une famille juive qui avait fait fortune dans le pétrole à Bakou, il avait fui les Soviets d'abord à Vienne, puis à Paris.
Hélène Lazareff, issue du même milieu juif russe, et richissime, reçoit volontiers le couple à Louveciennes. Sa fille Michèle Rosier garde d'Eliacheff un souvenir peu flatteur:
« Il n'était pas beau, un peu mou, avec des yeux très doux... Il faisait très "producteur de films" comme au cinéma, intelligent sans doute... »
Tolia se disait en effet producteur. L'histoire du cinéma n'en a rien retenu. Sans doute participait-il de près ou de loin, comme cela se faisait à l'époque, à des montages financiers en cascade où il jouait les intermédiaires.

Au détour d'un récit sur ses débuts à Elle, Giroud se décrit alors comme « une jeune femme dure, tendue, marquée par la guerre ». Elle insiste sur le « pessimisme rageur» qui la submerge, sur son désir de revivre, et évoque ce mariage «avec un homme singulier... qui compensait par l'humour une façon d'être désespéré ». Elle ajoute sobrement! -~: «Je crois qu'il tenait à moi. il me faisait un cadeau tous les dimanches... »
Et de raconter, avec plus de tendresse pour le chien que pour l'époux, l'histoire de Tchik, le boxer qu 'il lui avait offert, mort de leur désamour : « Que dire encore de mon mari? il possédait le sens russe de la fête... il parlait toutes les langues. Mais ce n'était pas exactement un compagnon tonique, capable qu'il était de passer sa journée à relire Dostoïevski en russe. »
Et à courir les dames...
Avec la concision qui caractérise son propos comme son écriture, Françoise raconte: « il s'était entiché d'une petite comtesse avide qui avait beaucoup couché avec l'occupant et qui avait mêlé Tolia à des affaires louches de textile et de bons d'achat allemands. Elle voulait un saphir, il le lui a offert. Puis elle l'a dénoncé. »

Eliacheff est arrêté en 1947, condamné à cinq ans de prison et interné à Loos, près de Lille. Trois ans durant, chaque semaine, Françoise prendra le train le vendredi pour le voir.
«Et en plus je lui restais fidèle! » dit-elle en souriant dans un rare moment de confidence.

Rien n'est moins sûr. Michèle Cotta se souvient des confidences de Guy Schoeller, longtemps l'un des éditeurs les plus séduisants de Paris, racontant l'atmosphère libertine de la capitale dans les années d'après-guerre. Libérés de toutes les contraintes sociales ou morales, ayant encore en bouche le goût des souffrances et des privations récentes, ceux qui contribuent à faire renaître Paris s'en donnent à cœur joie et à corps perdu.
Françoise, journaliste en vue, rédactrice en chef d'Elle, chroniqueuse à France-Dimanche où elle croque le Tout-Paris, n'y aurait pas été insensible, ni étrangère.
Ibidem, L'amante, pp. 82-85

12
1951. Jean-Jacques Servan-Schreiber a vingt-sept ans. Il est beau, petit, vif-argent, péremptoire - il porte volontiers sur les gens et les choses un jugement définitif. Longtemps il s'efforcera de faire plus vieux que son âge.
Polytechnicien, il est aux yeux de ses parents, surtout de sa mère, le chef-d'œuvre de la troisième génération des Schreiber français - ces descendants de colporteurs de tissu juifs et prussiens qui ont fui l'antisémitisme allemand à la fin du XIXe siècle et qui, en France, ont fait fortune après la Grande Guerre en créant le premier journal consacré au commerce et comportant de la publicité : Les Échos.

Le journal est dirigé par deux frères dont les bureaux, pendant un demi-siècle, se feront face: Robert, qui a épousé une fille de sénateur de la République, la belle Suzanne Crémieux, égérie de la vie politique de son temps, et Émile, uni à Denise Brésard, ravissante, austère, qui n'est pas riche mais a pour atout d'être catholique.

Poursuivant l'ambition farouche de leur mère d'enraciner les Schreiber dans la société française, Robert et Émile ont pris soin de faire baptiser tous leurs enfants et de les déclarer en accolant à leur prénom celui de Servan, qu'ils ont l'un et l'autre utilisé pendant la guerre.
Contrairement à leur frère Georges, médecin, qui choisit de rester fidèle à ses origines, les deux directeurs des Échos décident en 1950 de faire officialiser par le Conseil d'État leur changement de patronyme: ils s'appelleront désormais Servan-Schreiber.

Ils ont des propriétés à Montfrin, dans le Gard, à Veulettes-sur-Mer, dans le pays de Caux, et à Megève, où on invente les sports d'hiver.
Comme le résument Sandrine Treiner et Alain Rustenholz dans leur ouvrage très complet sur cette extraordinaire famille : «Ils se sont installés sur les terres de leurs épouses françaises. Elles s'occupent d'œuvres sociales; eux sont maçons, laïcs, républicains, notables, proches du Parti radical, pivot de la IIIe Répùblique. »
Dès la deuxième génération, les Schreiber se sont intégrés dans la bourgeoisie française.
Ibidem, pp. 86-88

13
Premier fils d'Émile et de Denise - qui auront trois filles et un autre garçon -, Jean-Jacques est élevé dans le culte de l'effort et de l'excellence.
Dès le berceau, aucun membre de la famille ne doute qu'il soit promis aux plus hautes destinées.
Sa mère, jusqu'à sa mort en 1987, y veillera, le couvant d'une passion exclusive, admirative et exigeante.

Sorti de l'École polytechnique, lié à Simon Nora et Jacques Duhamel qui, eux, ont fait l'ENA où ils ont eu pour professeur Pierre Mendès France, Jean-Jacques, sur les conseils de son père, renonce à entrer aux Échos où travaillent déjà, par esprit de clan et souci de rentabilité, sœurs, cousins et conjoints.
Avec sa jeune femme Madeleine, née Chapsal, rencontrée à Megève, fille de Marcelle Chaumont, de la maison de haute couture du même nom, petite-fille d'un vice-président du Sénat, il part quelque temps pour le Brésil où il multiplie les activités sans choisir sa voie, puis revient à Paris, rêvant de gloire et d'action.

Ce qui intéresse Jean-Jacques Servan-Schreiber dans le journalisme, ce n'est pas le commerce, ce sont les grandes idées sur les affaires du monde. Pour les exprimer, Les Echos ne conviennent pas, il lui faut Le Monde.
À vingt-cinq ans, il réussit à séduire l'intraitable Hubert Beuve-Méry, alias Sirius, directeur du plus prestigieux des quotidiens français. Beuve prend Jean-Jacques au sérieux et lui permet de signer à la une ses premiers éditoriaux. Il s'y affirme favorable à l'Europe, que Robert Schuman vient de mettre sur les rails, à la fois ouvert et méfiant à l'égard des États-Unis, hostile envers l'Union soviétique.

Jean-Jacques a découvert sa voie: la politique et l'économie dont il pressent l'interaction, les affaires publiques, les relations internationales, autant de territoires qu'il conquiert avec appétit, soucieux de pédagogie, de vulgarisation et d'influence.
Ibidem, pp. 88-89

14
Elle a trente-cinq ans, il en a sept de moins. Le cinéma l'a sortie de la pauvreté; les Lazareff, de l'anonymat. Servan-Schreiber va lui apporter l'amour et le pouvoir - deux ivresses qui seront chez elle à jamais mêlées, jusqu'à se confondre.

Jean-Jacques va révéler à Françoise ce qu'est la passion - la passion pour un homme, ses idées, son combat, ses défauts, ses emportements comme ses fulgurances.
Elle se laissera transporter, enfin, mais elle ne sera jamais dupe, conservant, à ses dépens parfois, cette arme terrible que les épreuves ont forgée et affinée: la lucidité.

« Quand je l'ai connu, il n'avait pas trente ans, il était ardent et gai! d'une extrême délicatesse de sentiments et de manières dès lors qu'il vous portait intérêt, et il ne s'interdisait pas encore toutes les douceurs de la vie...
Beaucoup de ceux qui ont participé aux diverses entreprises de Jean-Jacques ne lui ont jamais pardonné ce qu'il leur avait, un temps, donné... il faut dire qu'il était tuant, entraînant dans son système tous ceux qui gravitaient autour de lui et qui se débattaient pour essayer de sauver leur vie personnelle au lieu de se sentir pris en permanence dans une cordée à l'assaut de l'Annapurna, le premier de cordée annonçant avec simplicité: "Chacun pour moi!" »

Plus loin, elle ajoute: «Un peu plus jeune que moi, il réunissait plusieurs des traits que je prêtais à mon père. C'était le même profil. Je ne pouvais pas y couper. Il fallait que ça m'arrive une fois. »

L'association, mieux la transposition du personnage de l'amant à ce père réinventé qu'elle n'avait pas connu, Giroud la justifiera jusqu'à la fin de sa vie, au nom d'une passion commune de la chose publique. La psychanalyse était passée par là.
Ibidem, pp. 94-95

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Florence Malraux, fille d'André et amie de Madeleine Chapsal, a reçu de JJSS un coup de fil comminatoire: « Venez servir la France, votre place est parmi nous!» À vingt-trois ans, elle remplace Léone Georges-Picot et devient l'assistante de Françoise, dont elle partage le bureau.
« Drôle d'époque..., se souvient-elle. Nous faisions un journal militant. Nous voulions peser sur le cours des événements, et d'abord, surtout, lutter contre le pouvoir colonialiste. On était là pour sauver la France!
Jean-Jacques le répétait sans arrêt, et nous n'étions pas loin de le penser. J'étais la benjamine d'une vingtaine de volontaires, tous remarquables, jeunes, enthousiastes, qui s'étaient mis au service de la France. »

Jean Daniel renchérit: «Pour Jean-Jacques, réussir son journal relevait du patriotisme. Il avait le don de transformer tout ce qu'il entreprenait en acte guerrier. Sa sœur Brigitte, héroïne de la Résistance, se prenait pour Jeanne d'Arc et traitait tout au premier degré. Françoise se sentait en phase, on travaillait "pour la patrie".
Moi qui avais vraiment fait la guerre, je les observais en souriant, ce qui agaçait Françoise. Elle représentait bien cette gauche investie de sa propre vertu. Elle justifiait par des souffrances familiales à peine esquissées une attitude faite de dureté (genre "je sais à quoi m'en tenir") et de candeur ("je n'en suis pas moins femme").
C'était aussi une femme debout, qui se voulait exemplaire de droiture physique et morale, grande bourgeoise, pétrie de bonne éducation et imbue de ses propres mérites. Elle reprenait en les amplifiant les leçons qu'aimait donner Jean-Jacques. Elle mélangeait avec ardeur et beaucoup d'endurance la réussite personnelle, la profession, l'engagement politique, la résistance et l'amour. »
Ibidem, La fondatrice, pp. 113-114

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Car L'Express est aussi une affaire de famille - des deux familles.
Giroud y a placé sa sœur aînée. «Elle est à ses pieds, aux ordres de Françoise qui, devant elle, fond de tendresse », se souvient Léone Georges-Picot.
Leur mère vient fréquemment au journal: «C'était une femme magnifique d'intelligence, de chaleur, de présence aussi, précise Danièle Heymann ; elle s'intéressait à la politique et exerçait sur Françoise une influence considérable. Elle avait de l'humour et du courage. Jean-Jacques l'aimait beaucoup. Il dînait volontiers avec elles deux avenue Raphaël, où elles habitaient ensemble. »

«Le vrai, écrit Françoise dans On ne peut pas être heureux tout le temps, est que ma mère aimait J.-J. C'était d'ailleurs réciproque et, pour moi, cette entente était douce. Il faut dire qu'elle raffolait de politique, dont elle avait été nourrie par son père, son mari, son frère. C'était pour elle le "noble art". »

Françoise ira même jusqu'à affirmer que sa mère avait contribué à obtenir la paix en Indochine: elle avait convaincu Jean-Jacques, avant qu'il n'aille voir Mendès, de la nécessité d'allonger le délai proposé au Viêt-minh pour y parvenir.

Mais la créature qui, au journal, en impose le plus, c'est Denise, la mère de Jean-Jacques. «Personne ne pouvait ignorer l'amour fou, exclusif, que se portaient ces deux êtres, raconte Danièle Heymann. Denise appelait son fils aîné son "édition de luxe" ; ses autres enfants n'étaient que des livres de poche! »
Les yeux perdus dans son souvenir, Madeleine Chapsal s'interroge encore sur cet amour filial si fort qu'il éclipsait tout autre lien entre Jean-Jacques et ses femmes:
« Rendez-vous compte, Denise a voulu mourir dans la chemise de nuit de coton blanc brodé qu'elle portait pour l'accouchement de Jean-Jacques! C'est lui qui, à sa mort, me l'a écrit, précisant qu'il en avait informé ses propres fils. J'ai gardé la lettre! » Et elle fouille dans son sac pour mieux me convaincre de la singularité de cette famille.

«Denise, on l'appelait Mamie, reprend Danièle Heymann. Émile, son mari, était un vieux journaliste épris de modernité, adorable, bon vivant, toujours prêt à arranger les choses. Elle, austère, cheveux tirés en chignon, conduisait elle-même sa 4L et arrivait toutes les semaines au journal depuis Veulettes, leur propriété de campagne, avec le plein de légumes et de provisions diverses. Elle apportait de quoi alimenter notre cantine...»

Les Servan-Schreiber sont partout: à la publicité, où s'affaire la cousine Marie-Claire qui va bientôt partager la vie de Pierre Mendès France; à la gestion, où il y a encore le mari de Christiane; à la rédaction, à laquelle collaborent Madeleine Chapsal, l'épouse, qui écrit sur les livres, la sœur aînée, Brigitte, qui fréquente beaucoup les milieux politiques, et Christiane, la cadette, promue à Madame Express. Après tout, le journal leur appartient.

« Les week-ends, raconte encore Danièle, on les passait à Veulettes où, comme par hasard, on cherchait à trouver des bicoques à la hauteur de nos petits moyens. Les Servan-Schreiber étaient gentils, un peu condescendants, ils nous traitaient comme des cousins pauvres, mais nous étions heureux: nous faisions partie de la tribu. »
Ibidem, pp. 118-120

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Quelques jours plus tard, Servan-Schreiber reçoit son ordre de mobilisation. Au journal, c'est la consternation.
Tout le monde, sa mère en tête était si sûr de son destin national! Ne le croyait-on pas, après Mendès, diriger le pays?

« Françoise, persuadée qu'il s'agit d'un complot: téléphone elle-même au ministre de la Défense, Bourgès-Maunoury, se souvient Jean Daniel.
Elle lui dit : "C'est simple. S'il lui arrive quoi que ce soit, je viens vous tuer, moi." Elle me rapporte la conversation en tremblant. C'est la première fois où je l'ai trouvée émouvante.»
Le directeur du Nouvel Observateur reste un moment silencieux et reprend: «Jean-Jacques nous réunit en conférence de rédaction et nous demande notre avis. Faut-il y aller ou pas? Non, répond la moitié de l'assistance. Oui, lui dis-je, votre témoignage n'en sera que plus fort. Jean-Jacques se lève: "Je pars !" »

Jean-Jacques se tourne alors vers Françoise et déclare: «J'ai confiance en vous. »
Elle va devenir la Patronne.
Ibidem, pp. 121-122

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« Un jour à L'Express, au printemps 1960, se souvient avec précision Danièle Heymann, Jean-Jacques convoque tout le monde. Nous restons debout. Il annonce: "Françoise va quitter le journal pour des raisons qui lui sont propres." Et il fond en larmes. Nous éclatons tous en pleurs. C'étaient les Adieux de Fontainebleau.»
Et elle ajoute avec amertume: «C'est le seul départ jamais enregistré pour motif d'infécondité. »

Des lettres anonymes sont parvenues à Sabine et à Jean-Jacques. Des lettres de menaces, tapées à la machine sur du papier grossier, puis des lettres manuscrites, d'abord en majuscules, avant que l'écriture ne se lâche.
Des lettres salaces, injurieuses, antisémites: «Juif S.S. [...] veut des enfants, comme s'il n'y avait pas assez de Juifs sur terre. Tu lui serviras à ça, puisque la Chapsal n'y arrive pas... Ton fiancé est plus amoureux que jamais de sa maîtresse. Pas de toi. L'autre. C'est la femme la plus bandante de Paris. Son fric, c'est elle qui l'aura... L'autre, il la paye mieux. C'est vrai qu'elle est plus bandante, sa belle maîtresse de velours noir... »

Jean-Jacques, inquiet, en parle à quelques intimes. Devant Madeleine, l'un d'eux, livide, est saisi d'un pressentiment: « C'est Françoise. »
Les lettres se multiplient. Le père de Sabine, les parents de Jean-Jacques en reçoivent à leur tour. Elles deviennent pornographiques, tournent au délire.

Jean-Jacques les rassemble, les compare avec des manuscrits de Françoise - notamment ce cri d'amour et de rage, daté d'avril 1960, où elle l'exhorte à leur rester fidèle, à elle et au journal, «après ces huit années de fusion où nous étions ensemble comme deux boules de feu », écrit-elle, faisant aussi allusion à une obscure querelle au sujet d'actions dans la société éditrice du journal.

Servan-Schreiber décide de faire expertiser l'ensemble par un graphologue - hors de France, pour plus de discrétion. Le lot est envoyé à l'expert Carels, 4, avenue Jeanne, à Bruxelles. Un premier rapport conclut à des ressemblances troublantes.
Pour en avoir le cœur net, Jean-Jacques s'adresse ensuite à Raymond Trillat, expert, membre du Conseil national de graphologie, place de la Bastille, à Paris. Ses conclusions sont formelles: « Les huit pièces soumises à expertise et comparaison présentent de nombreuses similitudes ne laissant aucun doute quant à la main qui a signé les documents et qui a signé Françoise. »

Madeleine Chapsal raconte:
«Jean-Jacques a convoqué chez lui le conseil d'administration de L'Express. Il y avait là Pierre Mendès France, Jean Riboud, l'industriel dont il était devenu proche, et Grumbach, le rédacteur en chef de l'époque. Il leur dit: "Je ne peux pas la garder au journal." Ils l'approuvent. Il demande alors à Françoise de venir chez lui: "Je sais que c'est vous. Vous devez quitter L'Express". »

Ce soir-là, Françoise Giroud rentre chez elle, avenue Raphaël, après avoir dîné avec le psychanalyste Jacques Lacan. Elle ne lui a rien dit. Elle veut mourir.
Ibidem, La répudiée, pp. 135-137

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Une fois par mois, Jean-Jacques tenait une réunion prophétique sur l'avenir de L'Express. Au premier rang, il y avait tout un gynécée: sa mère, sublime, toute raide avec son chignon à la Colomba, et ses sœurs en extase, il y avait Françoise qui souriait toujours, les maîtresses, celles du moment et les ex, et Sabine, l'épouse, chargée de marmots.

Françoise était exquise avec tout le monde, particulièrement avec Sabine. Derrière ses assauts de politesse, on sentait en elle une douleur rémanente et raisonnée. Un jour, J.J.S.S. lui soumet un article que lui avait demandé Le Monde, intitulé "L'égoïsme sacré, par Jean-Jacques Servan-Schreiber". Françoise le lui renvoie: c'était devenu "L'égoïsme sacré de JJSS" ! »

«Quand on les regardait côte à côte, on revoyait les amants mythiques d'hier, poursuit son amie Michèle Cotta.
Jean-Jacques continuait de sauter toutes les filles qui passaient.
Il n'était pas un amant exceptionnel, à ce qu'on disait.
Moi, j'avais trop peur de Françoise pour essayer! » Et Michèle de sourire en piquant un fard, ce qui est rare.
Ibidem, La ressuscitée, pp. 148-149

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La reine Christine pige à 120 000 euros
Pouvoir d’achat | mercredi, 16 janvier 2008 | par Vincent Nouzille Bakchich.info

Christine Ockrent est très bien payée pour assurer une chronique hebdomadaire de 3 minutes, en deux langues, sur France 24, chaîne sous tutelle de son compagnon le ministre Bernard Kouchner.

France 24, la chaîne française internationale d’informations aime battre des records. Selon le site du Point, Christine Ockrent gagne 120 000 euros par an pour faire chaque semaine une chronique de trois minutes à l’antenne (une version française, une version anglaise). Chapeau bas ! Bakchich a obtenu confirmation de ce montant astronomique auprès de plusieurs sources à France 24. La célèbre journaliste, qui officie notamment aux commandes de l’émission Duel sur la 3 (France 3), aurait obtenu ce contrat en or massif dès la création de la chaîne, fin 2006. « Partout où elle est passée, Christine a toujours eu le talent de négocier ses prestations au meilleur tarif ! », ironise un dirigeant de la chaîne.

A France 24, avec ses émoluments annuels de 120 000 euros, Christine Ockrent fait partie des 5 salaires les plus élevés de la rédaction. Pour 40 chroniques de 3 minutes par an, et même en deux langues, c’est royal ! Outre le montant exorbitant de la pige, le fait que France 24 soit sous la tutelle de son compagnon Bernard Kouchner, le ministre des affaires étrangères, en fait tousser plus d’un.

Nicolas Sarkozy a annoncé, le 8 janvier, qu’il souhaitait que France 24 ne diffuse que des programmes en français. Mais l’opposition de Bernard Kouchner à cette mesure n’a rien à voir, dit-on, avec le fait que sa compagne verrait ses émoluments diviser par deux. C’est le rayonnement de la France qui est en jeu !

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RTL.fr, 20/02/08 Alain de Pouzilhac et Christine Ockrent à la tête de "France Monde"
C'est maintenant officiel : Alain de Pouzillac a été chargé de préparer la holding "France-monde" qui réunira RFI - France 24 et TV5 Monde.
C'est donc lui qui devrait présider la nouvelle entité.
Mais c'est une autre nomination annoncée qui devrait faire polémique puisque la direction générale serait confiée à Christine Ockrent, la compagne du ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner.

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Audiovisuel Christine Ockrent : « Je vais quitter France 3 » Propos recueillis par Marc Pellerin jeudi 21 février 2008 | Le Parisien p. 41

NICOLAS SARKOZY a officialisé hier la création de la société holding France Monde qui regroupera l'audiovisuel extérieur, à savoir Radio France Internationale (RFI), TV5 Monde et France 24. La présidence en a été confiée à l'actuel patron de cette chaîne d'information continue, Alain de Pouzilhac. Christine Ockrent, journaliste et présentatrice du magazine « Duel sur la 3 », chaque dimanche soir sur France 3, en sera la directrice générale.

Quelle sera votre mission au sein de France Monde ?

Christine Ockrent.
Notre mission commune est de rassembler les différents outils de l'audiovisuel extérieur que sont France 24, RFI et TV5 Monde, qui excellent, chacune, à projeter efficacement une image de la France dans le monde, et de renforcer tous ces outils. Moi qui suis souvent sollicitée par CNN, la BBC, Al Jazeera, les chaînes japonaises ou australiennes, je peux vous dire qu'il est indispensable de donner plus d'efficacité encore à ces instruments. Nous écouterons prochainement les personnels.

Allez-vous poursuivre vos collaborations hebdomadaires sur France 3 et sur France 24 ?

Après plusieurs années de bons et loyaux services dans différentes fonctions, je vais évidemment quitter France 3 pour assumer pleinement mes nouvelles fonctions. L'émission « Duel sur la 3 » de dimanche prochain n'aura pas lieu en raison des vacances scolaires. La suite va s'organiser avec la directrice générale de la chaîne, Geneviève Giard, et le directeur de l'information, Paul Nahon, que je vais rencontrer. Quant à l'avenir de ma collaboration à France 24, j'y réfléchirai en tenant compte au mieux des intérêts de la chaîne.

Allez-vous poursuivre l'animation de débats en dehors de l'antenne, ce qu'on appelle communément des « ménages » ?

J'en anime de temps en temps seulement, par intérêt pour les sujets ! Tout cela est d'une grande hypocrisie : je ne suis pas une journaliste qui a monté une boîte de production pour se payer quatre fois sur la bête, à la différence d'autres que je ne nommerai pas ! Bien entendu, je vais me consacrer totalement à mes nouvelles activités à France Monde.

Comment pensez-vous assumer vos fonctions tout en partageant la vie du ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner ?

France 24 n'est pas sous la tutelle du Quai d'Orsay, c'est une société détenue à 50-50 par TF 1 et France Télévisions (NDLR : financée sur le budget du Premier ministre). La société France Monde ne sera pas sous la tutelle du Quai d'Orsay mais rattachée au Premier ministre. Ce serait faire injure aux 1 100 journalistes de RFI et aux 400 de France 24 de dire que leur métier consiste à raconter ce que fait le Quai d'Orsay ! Et qu'on arrête de me voir comme « la femme de ». J'ai toujours mené ma vie professionnelle de manière indépendante et j'aime à croire qu'on le reconnaît.

Nicolas Sarkozy préfère que France 24 privilégie la langue française, alors qu'Alain de Pouzilhac a toujours défendu la coexistence de canaux français et anglais. Quel est l'arbitrage ?

On vient d'être nommés il y a une heure, on n'a pas toutes les réponses... L'essentiel de nos efforts sera consacré à la francophonie. Mais il existe des technologies de toutes sortes qui permettent d'organiser des décrochages en anglais.

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La "Reine" chez les Maîtres du Monde in L'Express, Ockrent-Kouchner, Argent et Pouvoir, n°3048, p. 48

Entre eux, ils s'appellent les Bilderbergers.
Eux, ce sont les « maîtres du monde ». Chaque annee, dans un secret absolu, une centaine de membres de ce cercle euro-americain, cofonde en 1954 par David Rockefeller, se retrouvent pour cogiter, durant trois jours, sur l'avenir de la planete.
Industriels, gourous de la finance, conseillers de chefs d'Etats forment le noyau dur de ce cenacle baptise groupe Bilderberg, a cote duquel le Forum de Davos passerait presque pour une reunion du Rotary.

Curieusement si son ministre de compagnon n'a ete admis qu'une seule fois, en 2005, aux assemblees de ce gotha geostrategique, Christine Ockrent elle, y possede son rond de serviette.
Elle y a, en effet participe a trois reprises, la derniere fois en juin 2008, a I'hotel Westfields Marriot de Chantilly, dans l'Etat de Virginie (Etats­Unis), en compagnie, notamment, de Condoleezza Rice, Henry Kissinger et du president de la Banque centrale europeenne, Jean-Claude Trichet.

Un rendez-vous durant lequel, dit-on, Barack Obama et Hillary Clinton auraient scelle leur reconciliation au terme de l'investiture democrate. On dit il est vrai, beaucoup de choses sur ce club assimile par les sites conspirationnistes a un gouvernement mondial occulte, faisant et defaisant les presidents, planifiant les agendas du FMI, voire du G 8.

II arrive aussi aux « maitres du monde » d'inviter des esprits de gauche juges prometteurs. Ainsi Ie socialiste Manuel Valls etait-il du raout de Chantilly. « Je n'ai pas vraiment le droit d'en parler, admet-il. Pour que la liberte de parole soit totale lors de ces reunions, nous ne devons rien en divulguer. Disons qu'on s'y preoccupe essentiellement de la preeminence de l'Alliance atlantique ... »
Nous voila rassures : avec Bernard Kouchner, mais aussi Christine Ockrent la politique etrangere de la France est bien gardee .• H. H.

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Loué soit le Vatican ! in L'Express, Ockrent-Kouchner, Argent et Pouvoir, n°3048, p. 46

Il n'y a qu'en France qu'un ministre peut etre locataire d'un logement appartenant a un autre Etat sans que cela fasse polemique. Rue Guynemer, a Paris (Vie), Bernard Kouchner occupe avec Christine Ockrent un duplex emargeant au patrimoine immobilier du ... Vatican.

Revelee le 16 avril par Le Parisien, cette information n'a pas remue les foules, mais Catherine Kintzler, professeure emerite de philosophie a l'universite de Lille III, l'a reperee.
Sur son blog (www.mezetulle.net). cette apôtre de la laïicite a aussitôt fait le lien avec l'accord signe entre la France et le Vatican, en decembre 2008, sous l'egide du ministre des Affaires etrangeres.

Rebaptise « accord Kouchner-Vatican » par ses detracteurs, ce texte prevoit la reconnaissance par la France des diplômes delivres par les etablissements d'enseignement superieur catholiques agrees par le Saint-Siege. II s'agit donc d'une breche dans le monopole de l'Etat pour la delivrance des dipl6mes.
Cet accord, cantonne a l'origine aux disciplines canoniques, a ete elargi aux matieres profanes (communication, ingenierie ... ).

Selon le Collectif pour la promotion de la laïicite, qui rassemble des organisations allant du Grand Orient de France a l'Union des familles laïques, l'accord Kouchner-Vatican est egalement contestable sur la forme. Sa publication par decret est en effet contraire a l'article 53 de la Constitution, qui prevoit que tout traite international modifiant la loi française ne peut etre approuve que par voie parlementaire.
Un recours, pour exces de pouvoir, a ete depose devant le Conseil d'Etat par le Collectif.
Et sur le Net une petition contre l'accord Kouchner-Vatican a deja recueilli plus de 15 000 signatures.
Interroge par L'Express, le ministre des Affaires etrangeres tourne en derision ses supposes liens avec l'Etat bailleur, mais il admet qu'un nouveau texte de loi est en preparation, « l'ancien n'etant pas satisfaisant... ». H. H.

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Publié le 30/11/2010 à 23:15 - Modifié le 01/12/2010 à 12:23 Le Point.fr 75 EXCLUSIF - Cette affaire d'espionnage qui embarrasse Christine Ockrent

Une collaboratrice de la reine Christine est mise à pied pour une étrange intrusion informatique. Révélations. Par Emmanuel Berretta

Christine Ockrent est directrice générale déléguée de l'Audiovisuel extérieur de la France

"Cette affaire, c'est une bombe !" glisse un proche de l'enquête pour espionnage qui bouscule l'état-major de l'Audiovisuel extérieur de la France (AEF), le holding public qui contrôle à la fois RFI et France24. Vendredi 26 novembre, la plus proche collaboratrice de Christine Ockrent a été prise la main dans le sac. D'après l'expertise que Le Point s'est procurée, Candice Marchal a espionné, depuis son domicile, les ordinateurs des principaux dirigeants de l'AEF. Grâce à un complice, elle possédait les codes d'accès des serveurs.

Sur la foi d'une expertise informatique, Alain de Pouzilhac a aussitôt prononcé sa mise à pied. Après la plainte contre X déposée le 7 octobre, d'autres plaintes, cette fois nominales, vont être déposées en fin de semaine, tant la quantité de documents confidentiels retrouvés sur le disque dur de la collaboratrice d'Ockrent démontre l'ampleur de l'intrusion informatique. Le disque dur de la "responsable des coordinations" contenait, par exemple, les détails de la masse salariale de l'AEF, la copie scannée du passeport d'Alain de Pouzilhac (!), des notes, classées "confidentiel", de Frank Melloul, le directeur de la stratégie, adressées à Pouzilhac, le contrat de travail de Bruno Tézenas, le directeur des technologies de France 24... Au total, il s'agit de plus de 2,5 millions de fichiers, dont certains remontent au 19 novembre 2008...

Article dans le Canard

L'espionnage pourrait dater de la création de l'AEF. "C'est du pénal, je porte plainte", déclare Frank Melloul, choqué par le fait que ses déplacements à l'étranger étaient pistés par Candice Marchal... Alain de Pouzilhac ne se serait rendu compte de rien si la parution, fin septembre, d'un article du Canard enchaîné n'avait attiré son attention. La coupure de presse en question faisait état d'un courriel de Thierry Delphin, directeur financier de l'AEF, datant du 2 septembre, dans lequel celui-ci informait les deux contrôleurs d'État d'une "impasse budgétaire significative" pour 2011. Toutefois, l'article comportait suffisamment d'approximations pour brouiller les pistes et ménager Ockrent, dont la gestion très contestée de France24 a pourtant conduit à un déficit de 1,1 million d'euros cette année...

En reprenant les rênes l'été dernier, Pouzilhac avait découvert l'embauche non budgétée de 30 collaborateurs francophones. "Poupou" aurait bien voulu se séparer d'Ockrent, mais, début septembre, le pouvoir s'y est opposé. On ne licencie pas la compagne du ministre des Affaires étrangères. C'est donc Vincent Giret, le bras droit d'Ockrent, qui paiera les pots cassés avec un licenciement pour faute...

Trois disques durs écrasés

Le 6 octobre, rendu soupçonneux par le climat général et l'article du Canard, Pouzilhac demande à l'informatique de vérifier si quelqu'un s'est introduit dans les serveurs de l'AEF. Surprise : il découvre qu'un prestataire informatique, Thibault de Robert, chargé de la sécurité des réseaux, a stocké des données sur un espace virtuel extérieur à l'entreprise. C'est illégal. Pouzilhac avertit l'Élysée et Matignon de son intention de porter plainte contre X. Il obtient un feu vert, sans se douter que l'enquête va mener au coeur de son organisation...

La plainte est déposée le 7 octobre. L'enquête est confiée à la brigade d'enquête sur les fraudes aux technologies de l'information. L'AEF mandate, de son côté, le cabinet Forensic & Legal Services afin de procéder aux constatations. Premier enseignement : Candice Marchal a bénéficié de la complicité du prestataire informatique. Thibault de Robert lui a donné les codes des serveurs de l'AEF. Or, le recrutement de ce prestataire a été recommandé par... Christine Ockrent. Ses états de service ? Il a travaillé longtemps pour le compte de BK Conseil, la société de conseil de Bernard Kouchner. L'homme a mis plusieurs semaines à restituer le matériel informatique de l'AEF. En bon professionnel, il ne laisse rien au hasard. L'analyse de Forensic, authentifiée par un constat d'huissier, démontre que les données des trois disques durs ont été écrasées grâce à l'utilisation d'un programme spécifique, puis ceux-ci reformatés le 29 octobre. La dernière utilisation remonte au... 2 septembre à 19 h 07. Jour de l'interception du courriel de Thierry Delphin. À la police, maintenant, d'entendre les protagonistes. Sauf instruction contraire.

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Crise à France 24 lefigaro.fr Par Paule Gonzales 30/08/2010 | Mise à jour : 19:54

Christine Ockrent, directrice générale déléguée de France 24

Les personnels veulent se mettre en grève tandis que la chaîne enregistre un déficit de plusieurs millions d'euros.

La grogne et l'inquiétude montent à France 24, la chaîne d'information internationale. Les salariés sont conviés ce lundi à une Assemblée générale afin de voter le premier préavis de grève de cette jeune chaîne d'info en continu créée il y a à peine trois ans et faisant pourtant l'objet de toute l'attention des pouvoirs publics. C’est avant tout les questions de personnes qui ont monopolisé les salariés. Albert Ripamonti, le directeur général adjoint, a failli être écarté, mais il garde finalement son poste. En revanche un proche de Christine Ockrent, Vincent Giret, qui est aujourd’hui mis à pied à la demande d’Alain de Pouzilhac, le Pdg de la chaîne.

Mais les salariés de France 24 s'interrogent avant tout sur la santé économique et financière de leur entreprise. « Nous avons entendu des bruits persistants sur le fait que France 24 serait dans une situation financière difficile. Par ailleurs la chaîne aurait lors du premier semestre 2010 enregistré une baisse des chiffres d'audience et de notoriété. Si c'était le cas, cela signifierait que le développement de la chaîne serait compromis » explique Rodolphe Paccard délégué CDFT de France 24. Les syndicats estiment que ce déficit se monterait à « plusieurs millions d'euros » - compris entre 5 et 10 millions - pour un budget global de 90 millions d'euros. Cette somme conséquente allouée par l'Etat à la chaîne internationale avait notamment pour vocation d'aider France 24 à monter en 2010, son service arabophone 24 heures sur 24 et lui permettre d'accéder à une distribution mondiale. Et Rodolphe Paccard de redouter non seulement l'arrêt des investissements de la chaîne « mais aussi pourquoi pas, la mise en place d'un plan social ».

«Nous voulons savoir la vérité et qu'Alain de Pouzilhac qui est maintenant aux commandes de la chaîne depuis juillet remette de l'ordre. Si ces mauvaises nouvelles sont avérées, ceux qui ont été responsables de la gestion de France 24 ces deux dernières années doivent en tirer toutes les conséquences». En ligne de mire, l'emblématique Christine Ockrent qui était jusqu'au 21 juillet dernier a directrice générale de France 24 avec entre ses mains tout l'opérationnel de l'entreprise. La patronne de France 24 a évolué dans le contexte très particulier d'une chaîne d'info. «Par nature, le stress est très important dans une chaîne d'info en continu où l'on travaille de nuit comme de jour. Si cela se double de problèmes d'organisation et de management, l'effet en est décuplé», souligne Rodolphe Paccard.

L'année dernière lors de la sortie de TF1 du capital de France 24, une clause de cession avait été ouverte. Surprise pour une chaîne aussi jeune, pas moins d'une quarantaine de personnes ont demandé à en profiter. Enfin, les responsables syndicaux notent que depuis janvier dernier quatre des managers les plus importants de l'entreprise sont également partis : le directeur général délégué, la directrice des ressources humaines, le directeur financier ainsi que celui du multimédias.

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Espionnage : Ockrent indignée par sa mise en cause Mots clés : espionnage, Christine Ockrent, FRANCE 24, AEF Par Paule Gonzales 06/12/2010 | Mise à jour : 18:46 lefigaro.fr

INTERVIEW - La dirigeante de France 24 rappelle être solidaire de la plainte déposée par l'Audiovisuel extérieur de la France pour piratage informatique.

Christine Ockrent est directrice générale déléguée de l'Audiovisuel extérieur de la France (France 24, RFI et Monte Carlo Doualiya), présidé par Alain de Pouzilhac.

LE FIGARO.

- Vous êtes mise en cause dans l'affaire d'espionnage informatique qui touche l'Audiovisuel extérieur de la France (AEF). Comment réagissez-vous ?

Christine OCKRENT.

- J'ai quarante ans de métier et pas une ombre sur mon honneur. La mise en cause dont je suis l'objet est inqualifiable et c'est pour cela que je porte plainte pour diffamation contre l'hebdomadaire (Marianne, NDLR) qui ose m'impliquer dans toute cette affaire. Il s'agit là d'une cabale orchestrée autour de rapports d'experts distribués ici et là auxquels je n'ai pas eu accès. Et tout ce qui en découle est diffamatoire à mon encontre. J'attends, quant à moi, les conclusions de l'enquête de police qui est en cours. Enfin, au passage, je rappelle qu'en tant que numéro 2 de l'entreprise, je n'ai nul besoin d'user de piratage informatique pour avoir accès aux documents.

Trois plaintes ont été déposées, êtes-vous partie prenante à celle déposée par l'AEF ?

Absolument. En tant que dirigeante et mandataire sociale de cette entreprise, je suis solidaire de la plainte qui a été déposée il y a un mois et demi.

On prétend que les mails échangés avec Candice Marchal, qui a reconnu le piratage, témoignent d'un lien étroit entre vous…

Candice Marchal est de longue date une de mes collaboratrices, sans être la plus proche et la plus directe. S'il s'avère qu'elle a mal agi, je condamnerai avec la plus grande fermeté son action, car ce serait une trahison, autant vis-à-vis de l'entreprise que de moi-même, qui l'ai emmenée là, au même titre que d'autres collaborateurs de France 3. En aucun cas, je ne suis responsable de ses agissements. Au départ, il ne s'agissait que de ragots, nous en sommes maintenant à la campagne de diffamation. Cette affaire est inqualifiable et, je le répète, je n'y suis mêlée en rien.

Est-ce que cette affaire est le nouvel épisode du différend qui vous oppose à Alain de Pouzilhac ?

Je ne nourris pas la polémique. Nous avons reçu la même mission et nous travaillons avec le même objectif : développer toutes les sociétés de l'AEF, et c'est, encore une fois, la raison de ma présence en Inde.

Vous accompagnez le président de la République dans son voyage officiel en Inde. Avez-vous évoqué avec lui cette affaire ?

Vous pouvez imaginer que le programme du président de la République, comme celui du ministre de la Culture et de la Communication, est extrêmement chargé. Aussi n'ai-je pas eu de contact avec eux à ce sujet. Mais le simple fait que je fasse partie de ce voyage témoigne de la reconnaissance au plus haut niveau des efforts des équipes de France 24.
Après un an et demi de négociation, nous avons obtenu l'autorisation d'être distribué en Inde, c'est un grand pas pour nous. Faire que France 24 soit présente à l'échelle mondiale face à une concurrence croissante des autres pays et que cette chaîne porte notre langue, notre culture et notre vision de l'information, c'est mon combat, c'est ma tâche et ma responsabilité.

Votre tâche est aussi de définir la stratégie à long terme de France 24 et de l'AEF. Que pensez-vous du projet de fusion des rédactions de France 24 et RFI ?

Dès mon arrivée à France 24, j'ai mis en route des collaborations avec RFI et développé les sites Internet. Tout ceci n'a cessé de s'intensifier, qu'il s'agisse d'émissions ou de grandes interviews. S'il est dans la logique de la réforme de trouver des synergies entre les différentes entités de l'AEF, et que nous travaillons au développement de solutions en ce sens, je suis tout à fait hostile à une fusion des rédactions. Parce que je connais bien ces métiers de la télévision et de la radio, j'ai conscience que leur finalité, leur niveau d'expertise et leur rythme respectif de fonctionnement ne rend pas la fusion opportune.

Des économies ont été préconisées pour les entités de l'AEF. Est-ce louable ?

Les comptes sont à l'équilibre pour l'année 2010 et approuvés par les différents conseils d'administration du groupe. Nous travaillons dans la même perspective pour 2011.

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A France 24, le personnel attend maintenant l'arbitrage de l'Etat De Marie-Dominique FOLLAIN (AFP) – 18 décembre 2010 10.00

PARIS — Après une semaine riche en rebondissements à France 24, le gouvernement va devoir jouer les arbitres dans la guerre opposant à la tête de l'Audiovisuel extérieur de la France (AEF) Christine Ockrent, numéro deux de la société holding, à son patron Alain de Pouzilhac.

Jeudi, le personnel de la chaîne publique d'information internationale a massivement exprimé (à 85%) sa défiance envers Christine Ockrent, qui a aussitôt fait savoir qu'elle ne démissionnerait pas. Avec une motion de confiance accordée par 54% des votants, Alain de Pouzilhac n'a pas pour autant reçu un chèque en blanc.

Dans la foulée, l'intersyndicale a annoncé qu'elle adresserait une lettre aux autorités de tutelles de France 24, Matignon et le ministère de la Culture, "afin qu'elles prennent les mesures qui s'imposent".

Ce désaveu de "la reine Christine", ainsi qu'elle a été surnommée dans les années 1980, est l'aboutissement de diverses péripéties qui empoisonnent depuis plusieurs mois l'atmosphère de "la CNN à la française".

Le tandem Pouzilhac-Ockrent a été choisi par Nicolas Sarkozy au moment de la création, en 2007, de l'AEF qui chapeaute France 24, Radio France Internationale et une partie de TV5 Monde. Leur nomination avait fait des remous à l'époque, la journaliste étant aussi la compagne de Bernard Kouchner, alors ministre des Affaires étrangères. M. de Pouzilhac s'occupe de la gestion, Christine Ockrent des contenus et tous deux perçoivent un confortable salaire annuel de 315.000 euros.

A la rédaction de France 24, qui compte 280 journalistes, on reconnaît que les deux dirigeants ne se sont jamais vraiment appréciés. Mais c'est l'été dernier que la situation dérape.

Le directeur adjoint de la rédaction Albert Ripamonti, qui était à France 24 depuis le début, claque la porte pour rejoindre i-TELE. Vincent Giret, le directeur de la rédaction et proche de Christine Ockrent, est licencié pour "faute grave". Alain de Pouzilhac lui reprocherait d'avoir plombé les comptes de la chaîne en embauchant trop de journalistes.

Point d'orgue de la lutte que se livre le tandem, Alain de Pouzilhac a rétrogradé Christine Ockrent au poste de directrice générale déléguée, elle qui était jusqu'en juillet directrice générale.

Les événements s'accélèrent. En novembre, une proche collaboratrice de Christine Ockrent est impliqué dans une affaire d'espionnage informatique et mise à pied. Elle a été placée en garde à vue de mercredi à jeudi à Paris dans dans les locaux de la Brigade d'enquêtes sur les fraudes aux technologies de l'information.

Dernier épisode en date, l'Assemblée nationale a annoncé la création d'une mission d'information parlementaire portant en particulier sur les "dysfonctionnements" de l'AEF.

Depuis la révélation de l'affaire de piratage informatique, Christine Ockrent n'a cessé de réfuter des "allégations attentatoires" à son "honneur". Mais dans l'attente de la décision des tutelles de l'AEF, sa position apparaît de plus en plus délicate.

La chaîne, créée par Jacques Chirac pour porter la voix de la France dans le monde, est aujourd'hui fragilisée. D'autant que sa situation financière suscite des inquiétudes. Dotée d'un budget global de l'ordre de 90 millions d'euros, elle pourrait être en déficit de plusieurs millions d'euros en 2011, selon certaines prévisions.

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Christine Ockrent quitte France 24 lefigaro.fr Le 26/05/2011 à 09:36 par Marie-Catherine Spinassou (TVMag.com) La directrice déléguée de l'Audiovisuel extérieur de la France s'explique

A 67 ans, la journaliste Christine Ockrent quitte l'Audiovisuel extérieur de la France, dont elle était la directrice déléguée. Elle avait récemment portée plainte pour harcèlement moral, ce qui avait valu aux locaux d'être récemment perquisitionnés (lire notre article).

Après s'être confiée au figaro.fr (lire ici), elle s'exprimait, en direct, ce jeudi matin, sur France Inter. « Je ne démissionne pas. Je mets simplement fin à une situation insupportable de pourrissement sur pied totalement figée, due à de la passivité du PDG [Alain de Pouzilhac] de l'Audiovisuel extérieur de la France et de ses organes sociaux », a-t-elle déclaré à Pascale Clark.

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