Février 2013. Libéré contre un premier versement de 50 000 euros sur 6 millions demandés, dans l'affaire Abbas Youssef
Septembre 2012. Le Floch-Prigent interpellé à Abidjan
Juillet 2008. Un téléfilm hostile de Canal+ : Les prédateurs

Loïk Le Floch-Prigent, le breton "confiant"

Vers "affaires Elf"

Ingénieur INP de Grenoble. Socialiste mitterrandien. Président de Rhône-Poulenc de 1982 à 1986. (1986-1988 : Cohabitation, Premier ministre Jacques Chirac, Ministre des Finances Edouard Balladur).
En 1988-1989 chargé de mission auprès du ministre de l'Industrie Roger Fauroux dans le gouvernement de Michel Rocard.
Pdg d'Elf-Aquitaine de 1989 à 1993 (1993 : Premier ministre Edouard Balladur).
Pdg de Gaz de France en 1993-1995.
Pdg de la SNCF en 1995 (Président de la République : Jacques Chirac).
Mis en examen et incarcéré par la juge d'Instruction Eva Joly le 4 juillet 1996.
Condamné à 5 ans de prison ferme le 12 novembre 2003. Retour en prison en juin 2007.

Auteur, notamment, de Affaire Elf, affaire d'Etat, Entretiens avec Eric Decouty, Le Cherche midi, Gallimard Folio documents n°5, Paris, 2001 ; Une incarcération ordinaire, Le Cherche midi, Paris, 2006 ; Le Mouton noir, 40 ans dans les coulisses de la République, Mémoires, Pygmalion, Paris 2014.

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Affaire Elf, affaire d'Etat
1
- Vous semblez donc dire, comme Roland Dumas, que les juges n'ont pas voulu enquêter sur la véritable affaire Elf ?

- Jamais! Ils n'ont jamais cherché la réalité.
Prenez le premier dossier, l'affaire Bidermann. Il apparaît clairement que Jacques Chirac est un ami de Maurice Bidermann et que Chirac a soutenu Bidermann. A-t-on interrogé M. Chirac? Non!
Toujours dans ce dossier, figurent deux lettres de Dominique Strauss-Kahn, la première me demandant de soutenir Bidermann, la deuxième demandant la même chose à Michel Sapin, le ministre de l'Économie. DSK et Michel Sapin ont-ils été entendus? Jamais!

- On évoquera plus loin et plus longuement l'affaire Bidermann. Néanmoins, lorsque vous êtes mis en examen et écroué en juillet 1996, le dossier concerne essentiellement vos relations avec cet industriel. À la lumière de ce que vous venez de dire, en avez-vous parlé à Jacques Chirac avant d'aller voir le juge ?
- Jamais.
Affaire Elf, affaire d'Etat, La justice en procès, Folio documents n°5, 2001, p. 31

2
- Quels sont, selon vous, les dysfonctionnements de la justice qui sont apparus dans l'affaire Dumas/Deviers-joncour ?

- Je pensais, comme d'ailleurs les autres acteurs de l'affaire, que le tribunal s'apercevrait que l'instruction n'avait pas été véritablement faite et que, dans ces conditions, la manifestation de la vérité était difficile. Car, lors du procès, on a pu constater immédiatement qu'il manquait deux éléments essentiels à sa bonne conduite.
En premier lieu: les personnes qui avaient effectué les virements au bénéfice de Mme Christine Deviers-Joncour et de M. Gilbert Miara, c'est-à-dire les gens qui avaient exécuté l'acte permettant à tous les deux de s'enrichir, n'avaient pas été interrogées. La société suisse chargée de réaliser ces virements, Rivunion, n'avait fait l'objet d'aucune investigation.
En second lieu: tous les acteurs de cette affaire, y compris les juges d'instruction eux-mêmes, le répétaient: « Ce dossier est lié à la vente des frégates de Thomson à Taiwan (1) et, par conséquent, c'est par là qu'il faut commencer à l'instruire.»
Résultat, le dossier d'instruction présenté au tribunal était tronqué et ne pouvait aboutir qu'à une justice tronquée.
Ibidem,, p. 36-37

3
- Cette opération aurait donné lieu au versement de faramineuses commissions ...

- Je sais, concernant les opérations d'armement, que les commissions sont de l'ordre de 25 % à hauteur du marché, contre 2,5 % dans le pétrole. C'est-à-dire qu'elles sont dix fois plus importantes dans l'armement que dans le pétrole.
En ce qui concerne Elf, l'ensemble des commissions sur une année a atteint au maximum huit cents millions de francs! Les commissions de l'ordre de deux milliards ou cinq milliards de françs comme celles évoquées dans l'affaire des frégates n'ont rien à voir. Quand le pétrole fait huit cents millions de commissions, l'armement en fait huit milliards.
C'est beaucoup plus intéressant. D'ailleurs, ça n'est pas passé inaperçu auprès des gens qui ont suivi la vente d'autres frégates, cette fois à l'Arabie Saoudite, le fameux contrat ("Sawari II", signé en 1994, en pleine cohabitation. Curieusement, c'est un autre dossier que la justice a du mal à mettre à jour. ...

- Vous pensez à Édouard Balladur, qui était à l'époque Premier ministre ?
- Les Saoudiens m'ont révélé qu'en effet une partie de l'argent des commissions liées à ce contrat avait permis de financer la campagne d'un candidat aux présidentielles françaises.
Pour autant, est-ce qu'il faut rendre publiques les conditions qui ont permis la conclusion d'un marché d'armement français? Je n'en sais rien !
Ibidem, p. 41, 42

4
- Donc, sur ordre de Mitterrand, le système Elf continue de fonctionner. N'avez-vous pas l'impression d'avoir été manipulé par le chef de l'État ?

- Je suis conscient d'avoir toujours été utilisé par Mitterrand, je ne suis pas naïf. C'était un grand manipulateur, tout le monde le sait.
Ses amitiés étaient souvent des chausse-trappes pour la compagnie pétrolière. Lors d'un entretien à l'Elysée sur la situation d'Elf, il me dit soudain: «Je vous félicite d'avoir acheté la maison du docteur Raillard! C'est une bonne décision!»
Or, à ce moment-là, j'ignore qu'Elf a racheté la bâtisse du vieil ami de François Mitterrand.

- Vous connaissiez cependant le docteur Raillard ...

- C'était un ami intime de François Mitterrand. Il jouait au golf avec lui, se rendait à Latche, venait lui rendre visite le soir dans son bureau; ils partaient ensemble en pique-nique ou se promenaient dans Paris à la recherche de petits bistros, de livres anciens, ou que sais-je encore. François Mitterrand me l'avait présenté lorsque j'étais président de Rhône-Poulenc. Il m'avait demandé de « l'aider» concernant des missions qu 'il lui confiait dans le domaine biomédical. Le docteur Raillard se rappela tout naturellement à mon bon souvenir lorsque je devins président d'Elf, dont la filiale « Sanofi» était la deuxième entreprise pharmaceutique de France. Il me parlait du Président, le Président me parlait de lui, à travers cette osmose, le message était clair. Ils me proposaient régulièrement de les rejoindre jouer au golf le lundi matin à Saint-Cloud, mais n'étant pas golfeur et n'ayant pas l'esprit courtisan, je n'y suis jamais allé. ....

- Que trouviez-vous choquant dans le rachat de cette maison ?
- C'était une opération immobilière très mal ficelée, montée dans la précipitation par mes collaborateurs sur l'ordre induit de François Mitterrand. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle ne nous était pas favorable. Pour la petite histoire, lorsque la presse s'est fait l'écho de la mise en examen du docteur Raillard, j'ai appris qu'il touchait aussi un salaire chez Elf. Au bout du compte, sa maison a été revendue une bouchée de pain, à une relation de chasse à courre de Mme Gomez (directeur à la présidence d'Elf auprès de Philippe Jaffré). Le monde est petit.
Ibidem, Mitterrand, p. 53, 56

5
- Vous avez été mitterrandien, mais d'abord socialiste. Vos relations avec Lionel Jospin n'ont pourtant jamais semblé très étroites. Il est cependant une évidence .. Lionel Jospin est un des rares hommes politiques dont le nom n'apparaît jamais dans le dossier Elf.

- C'est vrai, mais le système Elf était d'abord un système RPR, dont le PS bénéficiait a minima. À ma connaissance, Lionel Jospin n'a jamais pris un avion d'Elf. Mais, en revanche, nul n'ignorait rien du système Elf, de la même façon qu'il n'ignorait rien du système de financement du Parti socialiste. Il ne peut pas! lui non plus! se présenter comme l'homme politique le plus vertueux.

- C'est en tout cas l'image qu'il veut donner de lui.

- Pure hypocrisie. En la matière, il est probablement celui qui vient juste derrière Balladur. Je ne l'oublierai jamais, et je pense beaucoup de militants socialistes avec moi, qu'il a laissé condamner Henri Emmanuelli dans l'affaire Urba en prétendant qu'il ignorait tout de la façon dont le PS était financé. Il a pourtant été chef du parti pendant dix ans.
Et puisque l'argent dans toutes ces affaires est le nerf de la guerre! Lionel Jospin doit lui aussi clarifier son rapport à l'argent.
Ibidem, Elf et les politiques, p. 272-273

6
Dans une interview au Nouvel Observateur, j'avais exprimé que j'avais été scandalisé par la banalisation des viols en prison, ce qui m'avait valu des commentaires énervés des syndicats pénitentiaires. Après, Véronique Vasseur a sorti son livre et je n'ai plus été seul à dénoncer les sodomies non désirées en milieu carcéral, du moins à la Santé, puisque c'était la seule réalité qu'il m'avait été donné de côtoyer. Mais la vraie image de la Santé restait pour moi une organisation réalisée autour des vrais locataires de la maison: les surveillants qui recevaient leurs invités temporaires et exigeaient d'eux la tranquillité. Après tout, savoir que l'on va rester vingt-cinq ans ou plus en prison n'est pas une sinécure et il était tout à fait compréhensible que des gens comme moi qui étaient là pour six mois soient considérés comme des emmerdeurs. La vie de la Santé ne faisait donc autour des corps des surveillants qui avaient leurs activités et qui souhaitaient que les invités se tiennent à carreau. Tout était arbitraire et dépendait de l'humeur et de la personnalité des surveillants, qui pouvaient décider des heures de douche ou d'infirmerie comme bon leur semblait.
Une incarcération ordinaire, p. 12-13

7
Obéir au portique, ne pas déranger le portique, respecter le portique, cela conduit à d'autres rites autour du portique. Par exemple, il faut marcher en file indienne, ainsi on rentre sous le portique et on en sort de manière individuelle, le portique est satisfait Par ailleurs, il ne faut pas parler, cela pourrait déranger le portique, ni siffler, le portique a horreur que l'on siffle, il n'aime pas le chant non plus, tout cela est formellement interdit A la sortie du portique, il ne faut pas faire de commentaires, se taire est essentiel sans cela on a droit à un aboiement de protection du portique, les gardiens du portique sont là, vigilants, à l'affût, prêts à foncer sur l'importun, celui qui a osé troubler la machine phare, celle qui est le centre de toutes les attentions.
Une fois que l'on a bien compris que Fresnes, c'est le portique, tout devient simple.
Ibidem, p. 19

8
Si individuellement et dans leur grande majorité les surveillants sont des fonctionnaires comme les autres, cherchant à éviter les emmerdements et à faire fonctionner leur système, collectivement ils sont proches des abus d'autorité, se surveillent les uns les autres, ne voulant pas montrer de faiblesses ou de préférences, affichant une brutalité inutile et provocante. Le surveillant d'étage, doux et tranquille, essayant d'arranger la vie des détenus, se transforme en aboyeur distant dès qu'il est associé à ses collègues dans les tâches du rez- de-chaussée, c'est-à-dire plus collectives. Comment et pourquoi s'effectue cette transformation? À mon avis par peur du chef et de la délation. Cet ensemble humain est dominé par la crainte de l'évasion et de l'échauffourée, de l'empoignade, de la rixe quand plusieurs détenus se trouvent ensemble au rez-de-chaussée. C'est la justification du sacro-saint portique, celui qui détecte les instruments de combat éventuel. En groupe, le surveillant craint la bagarre entre détenus. Il sait, en tant que surveillant d'ét~ge, que l'on a mis les gens sous pression, que tout cela tient grâce au Lexomil, au Théralène et autres drogues, et il pense à la violence.
Ibidem, les surveillants, p. 45

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Vient le problème le plus urgent et le plus grave de la vie carcérale, l'absence de vin. Je suis condamné régulièrement désormais à la privation de liberté et par la même occasion on me prive de vin rouge comme dans les pays à l'islam intégriste. C'est ma principale rébellion et ce dont je souffre le plus. Au-delà de la privation de liberté, c'est la négation de l'être. En prison, on a le droit de fumer, on commande des cigarettes et du tabac, mais on n'a pas droit au vin rouge. Cela a été interdit par petites touches et a fini en décret signé en 1998 par Élisabeth Guigou, dont ce n'est pas la seule bêtise. Autrefois, dans les prisons de grand-papa, on servait un quart de vin par jour, comme les choux de Bruxelles et les salsifis, cela correspondait au nécessaire du détenu. Cela calmait, c'était considéré comme un besoin ordinaire, quotidien, normal, quoi!
Ensuite, c'est devenu extraordinaire, c'est-à-dire qu'il fallait « cantiner ». Les ligues antialcooliques sont plus puissantes que les ligues antitabac, passe encore. Quand je suis venu en 1996 à la Santé, cela avait déjà disparu et il n'y avait plus que la bière sans alcool. Avec un peu d'astuce, comme pour le shit, on pouvait s'en procurer avec l'aide de quelques extérieurs qui prenaient un risque comme pour le foie gras, c'est-à-dire le risque d'une réprimande mineure.

Désormais, à Fresnes, cela a pris des proportions énormes, c'est au niveau du téléphone portable, c'est formellement interdit et poursuivi. Lorsque ma fille vient avec ma petite-fille, les surveillants sentent le biberon pour savoir si ce liquide blanc que l'on appelle généralement lait ne serait pas un vin rouge. Mon ami le religieux qui voulait me faire boire un coup s'est vu interdire l'accès à la prison parce qu'il avait acheté un quart de vin à l'épicerie du coin. La chasse est lancée, un produit de base ancré dans la tradition française est ainsi banni des établissements avec une énergie sarkozyesque, la lutte est acharnée, elle est républicaine, le vin rouge ne uassera pas les mIles. vade retro satanas.
Ibidem, p. 91-92

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Pour ne pas devenir fou, pour conserver sa santé physique et mentale, il faut construire une vérité parallèle, une culpabilité qui va permettre de justifier votre présence entre quatre murs.
j'ai été mis en prison deux fois pour des délits que je n'ai pas commis (d'ailleurs aucune preuve n'a jamais pu être fournie).
Lors de ma deuxième incarcération, j'ai conscience encore une fois que je n'ai aucune raison d'être là où on m'a mis. Invivable. II est indispensable de se dire que l'on est coupable.
C'est ainsi que je prends le parti, pour le procès qui va suivre et que je vais vivre en prison en 2003, de me déclarer coupable et ainsi de justifier mon incarcél ration à mes propres yeux. Alors seulement la prison devient supportable.
J'ai choisi ma défense, j'ai choisi mon équilibre men- tal.Je sais que j'ai eu quelques écarts avec la vérité, qu'il a fallu que je dise que j'avais pensé des choses que je n'avais pas faites, que j'ai donc menti à mon détriment, mais c'est mon choix et je l'assume. C'est une libération psychologique extraordinaire. On va me condamner, on me condamne, on m'a condamné pour un truc que j'ai avoué. Par rapport au sentiment d'injustice avec lequel j'ai vécu pendant huit ans, c'est le jour et la nuit
Je peux ensuite discuter de la peine, de sa lourdeur, de son sens, de la prison, mais j'ai franchi une porte importante, celle de l'aveu de la culpabilité qui est une libération pour tout détenu.
Ibidem, la promenade, p. 102-103

11
Alors, comme je l'ai dit, j'ai emmené de la terre dans ma cellule pochon par pochon, jour après jour. J'ai préparé mes pots et j'y ai d'abord mis mes oignons, des petits oignons perdus parmi les gros que l'on commande à la cantine. Ils sont devenus verts sur le dessus aussi- tôt, ils ont poussé de cinquante centimètres et trois d'entre eux ont fait des fleurs. J'ai effectué ma récolte et j'ai désormais un bon goût d'oignon frais avec mes tomates. Quant aux fleurs, je les ai coupées et mises dans un verre. C'est mon bouquet qui accompagne mon travail quotidien. Ensuite, à ma grande surprise, la terre que j'avais prise contenait une graine d'érable sycomore. Il a maintenant dix feuilles, mesure vingt- cinq centimètres, et il va falloir que je le rempote cet automne. Enfin j'ai intrigué pour recevoir des graines. Le vaguemestre les jetait invariablement à la poubelle en ouvrant le courrier, car le courrier est « vidé» et lu à son arrivée comme à son départ. Je voyais le printemps arriver et pas de graines !J'ai donc demandé à chacun de faire marcher son imagination, sachant que le vaguemestre interdit les graines parce que je pourrais m'évader avec, c'est bien connu. Elles sont venues !Je ne vous dirai pas comment, car il faut que cela serve aux autres. Enfin j'ai eu du persil, de la salade et des radis. Mon jardin se développe bien, je mange du per- sil tous les jours avec mes tomates, c'est un paradis. Alors que j'écris le soir, j'ai pleine vue sur mon érable sycomore. Chacun ses victoires, la mienne est d'avoir un jardin. Je l'ai contre vents et marées, et certainement contre le règlement, comme me l'a fait remarquer une de mes surveillantes qui me menaçait d'un «rapport» sur la question.

Donc ne le répétez pas, mais à Fresnes on peut avoir un jardin!
Ibidem, la vie en cellule, p. 126-127

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Mais ce que j'ai trouvé de plus révoltant, c'est l'atti tude des milieux professionnels à l'égard des épouses et enfants des détenus. On serait en droit d'attendre un peu d'humanité pour les familles, une compréhension de la situation particulière. Il n'en est rien, le nom fait peur, il est connoté prison et donc peut-être (?) contrôles de l'administration. Embaucher un enfant de détenu devient, dans notre pays, un exploit que peu de justes sont à même d'accomplir. L'enfant ne veut pas que l'on salisse son père, mais il accepte fort bien qu'on le traite comme un individu normal, à part entière. C'est le père que l'on a jugé, non la famille, et il doit pouvoir mener une vie professionnelle normale sans qu'on puisse s'autoriser à lui rappeler à tout moment ses ori gines soi-disant criminelles. À l'heure où l'on parle de discrimination de toutes sortes, je pense qu'il faudra se pencher un peu sur celles qui touchent les familles des détenus. La société n'a pas à punir la famille. Au contraire, elle doit la protéger pour que la réinsertion du condamné soit un jour possible. C'est aux pouvoirs publics d'agir en ce sens.
Ibidem, les parloirs, p. 152-153

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Que préconiser alors?
Traiter les quelque 6 000 personnes qui ont mis en danger la société de façon spécialisée, terroristes, grands criminels, grand banditisme, meurtriers, violeurs... Chacun devra sortir un jour, il faut qu'il puisse être accepté dans la société. Car même lorsque l'on est condamné à perpétuité, on sort un jour, et il faut savoir dans quel état.
Pour les autres 54 000, la maison d'arrêt actuelle n'est pas nécessaire. Il faut inventer autre chose de plus adapté à notre siècle, mêlant punition et réinsertion familiale et professionnelle.
Bracelets électroniques, assignations à résidence, travaux d'intérêt général, bénévolat, réparations, incar cération de week-end, apprentissages contrôlés. On peut imaginer beaucoup de solutions qui auront à la fois une meilleure efficacité sociale et une meilleure efficacité économique.
Car pour faire bien il n'est pas nécessaire de dépen ser plus d'argent. Ces peines alternatives sont toutes de la même veine, elles demandent de la discipline et conduisent à rendre service d'une manière ou d'une autre à la société. C'est le sens du progrès pour une col lectivité qui veut augmenter les possibilités de vivre ensemble. C'est le sens aussi de la bonne utilisation des deniers publics.
Ibidem, inutile, p. 200-201

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mardi 12 juin 2007, 19h29 Elf: Loïk Le Floch-Prigent renvoyé en prison

PARIS (AP) - Un juge d'application des peines (JAP) de Paris a ordonné mardi le retour en détention de l'ancien PDG d'Elf Loïk Le Floch-Prigent qui avait bénéficié en avril 2004 d'une suspension de peine pour raisons médicales, puis d'une libération conditionnelle en juin 2005, a-t-on appris de sources judiciaires.

Il appartient au parquet de Paris de faire exécuter cette décision. M. Le Floch-Prigent devrait donc retourner en détention dans les prochains jours. Il lui reste un an et 28 jours à purger.

Le JAP a révoqué la mesure de liberté conditionnelle car M. Le Floch-Prigent n'a respecté aucune des obligations de son contrôle judiciaire, selon les sources judiciaires. L'ancien patron du groupe pétrolier a été condamné trois fois dans les différents volets de l'affaire Elf.

Selon les mêmes sources, il a notamment dissimulé au JAP qu'il était gérant de société. La justice lui reproche également son activité de consultant pour des chefs d'Etat étrangers qui ne lui remboursent que les frais, alors que le contrôle judiciaire lui impose une activité professionnelle rémunérée pour payer ses amendes et dommages et intérêts. Enfin, il a quitté le territoire national sans autorisation en janvier 2007.

Le 12 novembre 2003, l'ex-PDG du groupe pétrolier a écopé de cinq ans d'emprisonnement ferme, notamment pour "abus de biens sociaux", dans le volet principal de l'affaire Elf. Il a également été condamné à une amende de 375.000 euros, dont il a payé moins de 40.000 euros, selon des sources judiciaires, et de lourds dommages et intérêts.

Il a également écopé en appel, en janvier 2003, de trente mois ferme dans le volet Dumas/Deviers-Joncour de l'affaire Elf. Alors qu'il avait déjà purgé cinq mois et demi de détention provisoire en 1996, il a été incarcéré suite à cet arrêt et a passé 14 mois derrière les barreaux avant d'être remis en liberté pour raisons de santé.

Le 25 mai dernier, Loïk Le Floch-Prigent a été condamné dans le dernier avatar de l'affaire Elf, celui des emplois présumés fictifs, à 15 mois avec sursis et 60.000 euros d'amende. Toutes ces peines ont été confondues. AP
Yahoo.fr, actualités, mardi 12 juin 2007, 19h29

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nouvelobs.com - 27 juil 2008 Canal+ - 20h50 Les prédateurs [Téléfilm dramatique] de Lucas Belvaux Origine : France Durée : 1 heure 50 minutes Stéréo
Avec : Aladin Reibel (Loïk Le Floch-Prigent), Philippe Nahon (Alfred Sirven), Nicole Garcia (Eva Joly), Claude Brasseur (André Tarallo), Nadia Kibout (Fatima Belaïd), Michel Voïta (Philippe Jaffré), Vincent Nemeth (Serge Rongère), Pascal N'Zonzi (Omar Bongo)
Dialogue : Anne-Louise Trividic , Jacques Maillot

Le sujet. La fin des années 80. Soutenu par François Mitterrand, Loïk Le Floch-Prigent devient le P-DG d'Elf : le début d'une aventure politico-financière rocambolesque.

En 1988. Soutenu par François Mitterrand, Loïk Le Floch-Prigent, puissant homme d'affaires, brigue la présidence d'Elf.
Son ami Alfred Sirven, par l'intermédiaire de Christine Deviers-Joncour, le présente au ministre Roland Dumas.
Un an plus tard, Le Floch-Prigent est nommé P-DG d'Elf Aquitaine. Afin de conserver le contrôle des gisements pétroliers, Elf rémunère directement les dirigeants des pays africains. Avec l'accord de François Mitterrand, Alfred Sirven est nommé directeur aux Affaires générales d'Elf. André Tarallo, le «monsieur Afrique» d'Elf, est maintenu dans ses fonctions. Le train de vie des trois dirigeants s'envole...

La critique

Deux hommes ricanent dans des fauteuils dorés. L'un est noir, l'autre, blanc. Tous deux sont riches, malhonnêtes, cyniques et puissants. Ils plaisantent : «Nous serons peut-être encore là dans trente ans», dit le Noir. Et le Blanc de rire, un sourire carnassier aux lèvres. La scène est forte, et osée. Car l'un de ces hommes est le dictateur du Gabon Omar Bongo, l'autre, taille élancée et calvitie grisonnante, l'ex-président français Jacques Chirac. Cette scène clôt le diptyque de Lucas Belvaux qui met en scène, sans en dissimuler aucune des sombres arcanes et en en citant tous les protagonistes, le plus gros scandale financier de ces dernières années : l'affaire Elf.

Faut-il la rappeler ? Peut-être. En 2003, un procès colossal se terminait par la condamnation des principaux accusés et mettait au jour la manière dont les dirigeants de la plus grosse entreprise française, la compagnie pétrolière Elf, avaient détourné à leur profit des sommes énormes amassées dans une caisse noire alimentée par des rétro-commissions. Plus grave : ce système occulte servait aussi à faire et à défaire les chefs d'Etat africains, dont la plupart puisaient allègrement à cette source. Les noms de Loïk Le Floch-Prigent, Alfred Sirven, André Tarallo (le «Monsieur Afrique» d'Elf) et celui de la juge Eva Joly devenaient les symboles d'un scandale énorme, que venaient alimenter, en «guest stars», ceux, encore plus fameux, de Roland Dumas et de François Mitterrand.

Le film attaque avec audace. «Nous avons eu quelques réunions juridiques avec des avocats et les auteurs, raconte Fabrice de la Patellière, responsable de la fiction française sur Canal+. Mais nous avons toujours voulu raconter sans cacher personne cette affaire hors norme.» C'est faire oeuvre à la fois de civisme et de pédagogie. Dans un temps qui forcément condense, rien n'est oublié de l'essentiel. Et si l'on peut trouver un peu pesante l'insistance du scénario sur les démêlés conjugaux de Le Floch-Prigent, on salue la volonté de ramener les aspects les plus médiatiques de l'affaire (le couple Roland Dumas/Christine Deviers-Joncour) au rang de l'anecdote pour mieux laisser transparaître tant la corruption des coupables que la trouble dureté d'Eva Joly s'acharnant sur un Le Floch-Prigent à terre.

Que cette fiction, sans doute la plus osée lancée par la chaîne, plus audacieuse que «le Rainbow Warrior», plus proche de nous que «93, rue Lauriston», plus historique que «Djihad !», puisse voir le jour la même année que le «Chirac» de Patrick Rotman sur une chaîne publique rivale prouve que quelque chose a changé. Bien sûr, Jacques Chirac, présent dans les deux films, est un homme fini; mais on a encore du mal à imaginer, sinon dans un téléfilm hagiographique comme «HB» (diffusé la semaine dernière sur France 2) sur la prise d'otages de l'école maternelle de Neuilly, l'actuel chef de l'Etat français tolérer pareille insolence. Néanmoins, une porte est ouverte et, semble-t-il, bien ouverte.

Une certaine conception de la démocratie peut y trouver son compte. Mais le cinéma a aussi son mot à dire dans l'affaire. Le scénario de Jacques Maillot (lire l'encadré ci-dessous) comme la mise en scène de Lucas Belvaux tirent subtilement le film vers la comédie de moeurs, faisant parfois penser à «l'Ivresse du pouvoir», l'oeuvre de Claude Chabrol lointainement inspirée de la même affaire.

«Mais Chabrol faisait du Chabrol, explique Belvaux. On s'écartait de l'affaire qui n'était plus qu'une toile de fond. Ici, nous devions raconter aussi précisément que possible ce qui s'était passé.» Ce détournement vers un comique grinçant est parfois évident (comme dans la scène où Tarallo fait engueuler Le Floch-Prigent par Omar Bongo après son licenciement, et celle où le PDG ridiculisé lui rend sa place), parfois subtil (le plan de la femme de ménage noire vaquant en coulisses pendant que Tarallo trafique avec Bongo). Les acteurs jubilent et Claude Brasseur, en particulier, compose un Tarallo lèche-bottes et profiteur, minable magouilleur un temps ébloui par un luxe de ??

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Affaire "Togolaise" Abbas Youssef

Le Floch-Prigent, extradé, sera entendu lundi par un juge togolais Mis en ligne le 16 septembre 2012 à 10h56, mis à jour le 16 septembre 2012 à 11h00 http://lci.tf1.fr/monde/afrique/le-floch-prigent-extrade-sera-entendu-lundi-par-un-juge-togolais-7527416.html

L'ex-PDG d'ElF, arrêté samedi à Abidjan dans le cadre d'un mandat d'arrêt international délivré par la justice togolaise dans une affaire d'escroquerie, est arrivé à Lomé samedi soir. Il devrait être présenté lundi à un juge.

Condamné en 2003 à 5 ans de prison dans l'affaire Elf, ce qui lui avait valu de passer environ deux ans derrière les barreaux pour des malversations financières, Loïk Le Floch-Prigent a de nouveau des soucis judiciaires. Non pas avec la justice française, mais, cette fois, avec la justice togolaise. Arrêté samedi à Abidjan, dans le cadre d'un mandat d'arrêt international, alors qu'il se trouvait sur un vol Air France, l'ancien patron du groupe Elf a été dans un premier temps entendu par la police ivoirienne.

Il a ensuite été extradé vers le Togo, où il est arrivé dans la soirée. Dès sa sortie de l'avion, Loïk Le Floch Prigent a été interpellé par les forces de sécurité, d'après RFI. Un diplomate en poste dans la capitale a affirmé qu'il avait ensuite été transféré dans les locaux de la police nationale. Selon une source gouvernementale togolaise, il devrait être présenté lundi à un juge.

La justice togolaise recherchait Loïk Le Floch-Prigent dans le cadre d'une enquête sur une affaire d'escroquerie. Une affaire à laquelle, selon les mots de son avocat français, Me Patrick Klugman, "il se sent parfaitement étranger et qui, ces derniers jours, a pris au Togo un caractère éminemment politique parce que d'autres personnes sont impliquées". Selon l'avocat, l'ancien patron d'Elf est devenu "l'otage d'enjeux internes au Togo qui le dépassent largement".

Ce qui est reproché à Loïk Le Floch-Prigent

Mais alors que Loïk Le Floch-Prigent est détenu au Togo, Me Patrick Klugman fait part de ses craintes : "Nous sommes très inquiets de son état de santé car il doit subir une intervention médicale importante à Paris la semaine prochaine, prévue de longue date. Nous pensons que la seule issue de ce dossier, c'est que M. Le Floch-Prigent puisse rentrer (en France) aussi vite que possible pour être soigné et qu'il puisse s'expliquer en France et ainsi bénéficier de toutes les garanties judiciaires et sanitaires".

L'arrestation de Loïk Le Floch-Prigent serait liée à celle d'un ancien ministre togolais de l'Administration territoriale, Pascal Bodjona, inculpé le 12 septembre dans le cadre d'une affaire "d'escroquerie internationale", qui oppose un homme d'affaires togolais, Bertin Sow Agba, à un homme d'affaires émirati, Abbas El Youssef. L'Emirati a porté plainte contre Bertin Sow Agba, l'accusant d'avoir organisé un réseau pour lui soutirer la somme de 48 millions de dollars.

Les membres de ce réseau lui auraient fait croire qu'ils avaient une fortune de feu le président ivoirien Robert Gueï, estimée à 275 millions de dollars, bloquée sur un compte en banque au Togo. "Selon Abbas El Youssef, M. Le Floch-Prigent était son conseiller personnel et c'est lui qui serait le chef d'orchestre dans cette affaire d'escroquerie", a précisé une source judiciaire togolaise.
Abbas El Youssef a accusé dans les médias togolais Agba, Bodjona et Le Floch-Prigent dans cette affaire, qui rappelle les arnaques dites "à la nigériane" qui circulent sur internet.

Après avoir dirigé le géant pétrolier Elf entre 1989 et 1993, Loïk Le Floch-Prigent est aujourd'hui consultant dans le pétrole. Il vient de publier un roman policier, rédigé en prison, dont l'action se déroule en Bretagne, sa région d'origine.

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Loïk Le Floch-Prigent a payé 50 000 euros pour sortir de prison au Togo Le Monde.fr avec AFP | 24.05.2013 à 21h47 • Mis à jour le 24.05.2013 à 21h47 http://www.lemonde.fr/afrique/article/2013/05/24/loik-le-floch-prigent-a-paye-50-000-euros-pour-sortir-de-prison-au-togo_3417274_3212.html

L'ancien patron d'Elf, Loïk Le Floch-Prigent, a dû verser 50 000 euros aux autorités togolaises avant sa remise en liberté provisoire en février après plus de cinq mois d'emprisonnement pour "complicité d'escroquerie", a-t-il affirmé vendredi.

"J'ai dû payer 50 000 euros, que j'ai empruntés", a assuré l'ancien grand patron, interrogé à l'occasion d'un "salon du polar" vendredi et samedi dans la périphérie de Brest, où il présentait "Granit rosse", sorti en 2012. La justice togolaise avait conditionné sa libération, pour raisons de santé, à une caution de neuf millions de dollars. M. Le Floch-Prigent a été arrêté en septembre 2012 à Abidjan puis transféré à Lomé, où il a été emprisonné pendant cinq mois et dix jours. Il a été libéré le 26 février et est rentré en France dès le lendemain. Il n'a jamais cessé de clamer son innocence.

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Extraits de Mouton noir

1
Ce nouvel avis, émis cette fois par un médecin togolais, est communiqué aux autorités judiciaires, lesquelles continueront de n'en tenir acun compte. Nous faisons appel du refus de remise en liberté, et nous attendons la décision de la cour d'appel. À partir de cette période là vont s'engager des negociations plus ou moins souterraines. L'ambassadeur de France joue sa partition et, à son tour, l'ambassadeur du Togo en France. Les uns et les autres s'en mêlent : les procureurs divers, certains Fançais bien introduits, dont le fameux Charles Debbasch, l'ex-doyen de l'université d'Aix-en-Provence devenu depuis trente ans, soit depuis sa reconversion comme conseiller, un familier des chefs d'État et ministres du Togo, ainsi que ses amis avocats et que les experts du Quai d'Orsay. Si bien que ma femme est bientôt assaillie d'avis et de recommandations péremptoires, et moi aussi.
Le Mouton noir, Lomé, pp.51-52

2
Il est clair oue je ne suis ni auteur ni complice. Qu'on ait eu l'idée de régler un problème de politique intérieure en vue des prochaines élections en éliminant un concurrent potentiel au providentiel prétexte que ce dernier aurait trempé dans l'escroquerie, chacun s'en doute. Par ailleurs tous les Togolais n'ont pas l'intention de venir au secours de mon ex-partenaire, Abbas Youssef, mais, bien au contraire, celle de lui soutirer encore et encore de l'argent. J'avais accepté de jouer le jeu jusqu'à présent. La vérité, c'est que je suis un otage politique, un otage plus averti que jamais qui ne pourra retrouver la liberté qu'au prix d'une action politique de son propre pays assortie d'un versement d'argent d'une manière ou d'une autre.
Ibidem, Le dénouement, p. 63

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