L'incompétence manifeste de Royal (Février 2007)

Alain Finkielkraut

Finkielkraut contre "Route 181" (Mai 2006)
"Je présente des excuses" (Novembre 2005)
Le MRAP porte plainte pour "incitation à la haine raciale" (Novembre 2005)
"Ce pays mérite notre haine" (Novembre 2005)

Finkielkraut ou la peur de l’Autre
Denis Sieffert, Politis, JEUDI 2 OCTOBRE 2003, Idées/Essais
Avec ces « réflexions sur l’antisémitisme qui vient », le philosophe témoigne de son propre enfermement.

Comment vaincre une hantise ? Comment se détourner d’une obsession ? En nous livrant ses « réflexions sur l’antisémitisme qui vient », Alain Finkielkraut nous en dit plus sur son propre tourment que sur la société qu’il croit observer.

Alain Finkielkraut vit en 2003 dans une France de pogroms. Paris aujourd’hui, c’est Berlin 1938. Des hordes de jeunes Arabes, soutenus par des intellectuels rongés par le remords colonial, embrasent les synagogues et lynchent des juifs coiffés de kippas. « Il faut du courage, dit-il, pour porter une kippa dans ces lieux féroces qu’on appelle cités sensibles et dans le métro parisien [...]. L’enseignement de la Shoah se révèle impossible [...]. » « Les juifs ont peur », s’écrie-t-il finalement. « La France a peur », lançait autrefois un présentateur du journal télévisé au soir d’un infanticide.

Brisons là, car l’abus des mots est tel qu’il pourrait hélas faire sourire. Le même sourire triste de cet ami israélien qui me rapportait récemment les recommandations qu’on lui avait faites avant son départ : « Comment ? Tu vas à Paris ! Et tu n’as pas peur ! » Car cette Nuit de cristal sans fin que vit Alain Finkielkraut n’inspire ni la moquerie, ni l’esprit de polémique. Il y a là trop de souffrance. Et, au demeurant, la réalité serait-elle mille fois moins tragique que ce que l’auteur décrit, qu’elle serait encore insupportable.
Mais on pressent rapidement que ce petit texte dense va rater sa cible, car le sujet n’en est jamais l’antisémitisme réel, c’est l’exagération de l’auteur. Le discours devient le sujet du discours. Loin de cerner la réalité, il la dilate. Il ne témoigne pas d’une peur légitime, mais diffuse une frayeur collective sur laquelle personne n’a plus prise. Et ce livre, qui aurait pu être beau, devient un acte politique finalement assez inquiétant.
Car il n’y a pas ici que les ombres virevoltantes du cauchemar, il y a aussi une thèse. Une thèse extraordinairement paradoxale qui se résume aisément : la bête immonde n’est plus dans les rangs de l’extrême droite, elle est blottie parmi ceux qui la combattent.

Le 1er mai 2002, Alain Finkielkraut est « soulagé », et il « savoure le triomphe des gens sympas sur les gens obtus ». Mais « sans toutefois entrer dans la danse car ce sont les danseurs qui font aujourd’hui la vie dure aux juifs ». « L’avenir de la haine, dit-il, est dans leur camp et non dans celui des fidèles de Vichy. » La haine est du côté de la « société métissée » et non du côté de la « nation ethnique ».
Car, ce dont les juifs auraient à répondre désormais, ce ne serait plus de « la corruption de l’identité française », mais du « martyre qu’ils infligent, ou laissent infliger en leur nom, à l’altérité palestinienne ». Le paradoxe est bien là : le raciste, c’est l’antiraciste. On a beau vouloir compatir à la douleur de Finkielkraut, il y a ici un tour de passe-passe que la dialectique ne parvient pas à rendre convaincant.

Mais il y a pire. Car ce ne sont pas les manifestants antiracistes du 1er mai qui énoncent la monstruosité d’une responsabilité juive dans la politique coloniale israélienne, c’est Finkielkraut lui-même. C’est lui qui dit l’indicible, et profère le stupide. Car pour l’immense majorité des « danseurs » du 1er mai 2002, c’est le gouvernement israélien, un gouvernement d’extrême droite (et cela, c’est de la politique), qui inflige un « martyre » (laissons à Finkielkraut le choix des mots) aux Palestiniens. Oui, aux Palestiniens, et non à l’« altérité palestinienne ».
Troublante, d’ailleurs, cette formule. Comme si le Palestinien, dans le vocabulaire du philosophe parisien, devait être réduit à l’état de concept ; comme s’il était condamné à n’être plus qu’une pure abstraction. Il serait l’archétype de l’Autre que le manifestant du 1er mai, défenseur incorrigible des sans-papiers, des sans-logis, et sensible à toute la misère du monde, adore comme une icône. Et cette adoration, nous dit Finkielkraut, se métamorphose en haine de soi, de la nation, de la France, de cet Occident dont Israël est l’ambassadeur au Proche-Orient. Elle entretient l’éternelle pénitence de l’homme blanc.
Soit. Admettons provisoirement que celui-là souffre d’un trop-plein compassionnel. Ce qui est sûr en tout cas, c’est que Finkielkraut n’est pas guetté par ce mal. Il pâtit lui d’une redoutable carence de ce sentiment d’altérité. S’il n’en était pas à ce point dépourvu, il se pencherait sur le sort bien réel de Palestiniens bien réels. Il n’applaudirait pas aux propos ignoblement racistes d’Oriana Falacci. Il saurait surtout que l’antisémitisme, qui point en effet dans certains « lieux féroces », cohabite avec tant d’autres violences, avec une telle islamophobie, avec un tel sentiment anti-arabe, avec une telle misère culturelle, avec un tel chaos social, qu’il devrait être possible à un philosophe normalement constitué de quitter les oeillères de l’égocentrisme. Même nos peurs ont besoin d’un peu d’universel.

Au nom de l’Autre, Alain Finkielkraut, Gallimard, 35 p.

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(Novembre 2005) RACISME Finkielkraut, les "Noirs" et les "Arabes"

Interrogé dans le journal israélien Haaretz sur les violences urbaines en France, le philosophe s'en prend vivement aux "Noirs", aux "Arabes" et à l'islam. Il ajoute que l'équipe de nationale "black-black-black" de football est la risée de l'Europe.

Invité à s'exprimer sur les émeutes urbaines, l'écrivain et philosophe français Alain Finkielkraut a livré, samedi 19 novembre (2005), au journal israélien Haaretz, une interview pour le moins surprenante, digne, selon les journalistes, d'un dirigeant d'extrême droite, dans laquelle il s'en prend vivement aux "Noirs", aux "Arabes" et à l'islam. Ces propos pourtant "ne sortent pas de la bouche d'un membre du Front national de Jean-Marie Le Pen mais de l'un des plus éminents anciens porte-parole de la gauche française", tiennent à préciser les journalistes d'Haaretz en prélude à l'interview. Selon eux, Alain Finkielkraut aurait à plusieurs reprises précisé, lors de l'entrevue, qui s'est déroulée à Paris, qu'"il est impossible, peut-être même dangereux de dire ces choses aujourd'hui en France".

"Black-black-black" : Le philosophe s'en prend notamment, et vivement, aux jeunes musulmans des banlieues.

"En France, on a tendance à réduire ces émeutes à leur dimension sociale, de les voir comme une révolte des jeunes des banlieues contre leur situation (…)", affirme l'éditorialiste. "Le problème, c'est que la plupart de ces jeunes sont des Noirs ou des Arabes avec une identité musulmane." Selon lui, la preuve en est que, "en France, il y a également d'autres immigrants en situation difficile -Chinois, Vietnamiens, Portugais- et ils ne prennent pas part aux émeutes. Donc, il est clair qu'il s'agit d'une révolte avec un caractère ethnico-religieux". "Serait-ce la réponse des Arabes et des Noirs au racisme dont ils sont victimes ?", s'interroge-t-il tout de même, avant de se répondre : "Je ne le crois pas, parce que cette violence a eu des signes précurseurs très inquiétants". L'écrivain en veut pour preuve le match France-Algérie de football, en octobre 2001, au cours duquel des jeunes avaient sifflé La Marseillaise. "Les gens disent que l'équipe nationale française est admirée par tous parce qu'elle est "black-blanc-beur". En réalité, l'équipe nationale est aujourd'hui "black-black-black", ce qui en fait la risée de toute l'Europe."

"Un pogrom anti-républicain"

Alain Finkielkraut explique par ailleurs que, "sur ce sujet, il faut être clair". "On a tendance à avoir peur du langage de vérité, pour des raisons 'nobles'. On préfère dire 'les jeunes' que 'Noirs' ou 'Arabes'. Mais on ne peut sacrifier la vérité, quelles que soient les nobles raisons. Il faut bien entendu éviter les généralisations: Il ne s’agit pas de tous les Noirs et de tous les Arabes, mais d’une partie des Noirs et des Arabes." S'il précise ne pas avoir employé le terme "Intifada" pour désigner les violences urbaines, l'écrivain a "pourtant découvert qu’eux aussi envoyaient en première ligne de la lutte les plus jeunes, et vous en Israël vous connaissez ça, on envoie devant les plus jeunes parce qu’on ne peut pas les mettre en prison lorsqu’ils sont arrêtés. Quoiqu’il en soit, ici, il n’y a pas d’attentats et on se trouve à une autre étape: je pense qu’il s’agit de l’étape du pogrom antirépublicain. Il y a des gens en France qui haïssent la France comme République." La formule du "pogrom anti-républicain" était déjà apparue dans un entretien d'Alain Finkielkraut au Figaro le 15 novembre. "La violence actuelle n'est pas une réaction à l'injustice de la République, mais un gigantesque pogrom antirépublicain", disait-il alors.

"Ce pays mérite notre haine"

A propos du racisme dont pourraient être victimes les étrangers en France, Alain Finkielraut porte un regard singulier en commençant par rappeler son parcours personnel: "Je suis né à Paris, mais je suis fils d'immigrants polonais. Mon père a été déporté de France. Ses parents ont été déportés et assassinés à Auschwitz. Mon père est revenu d'Auschwitz en France. Ce pays mérite notre haine: ce qu'il a fait à mes parents était beaucoup plus violent que ce qu'il a fait aux Africains. Qu'a-t-il fait aux Africains? Il ne lui a fait que du bien."
"Le problème est qu’il faut qu’ils se considèrent eux-mêmes comme Français. Si les immigrants disent: "les Français" quand ils parlent des blancs, alors on est perdus. Ils disent: 'Je ne suis pas Français, je vis en France, et en plus ma situation économique est difficile'. Personne ne les retient de force ici, et c’est précisément là que se trouve le début du mensonge. Parce que, s’ils étaient victimes de l’exclusion et de la pauvreté, ils iraient ailleurs. Mais ils savent très bien que, partout ailleurs, et en particulier dans les pays d’où ils viennent, leur situation serait encore plus difficile pour tout ce qui concerne leurs droits et leurs chances".

L'antisémitisme des Noirs

Selon Alain Finkelkraut, il existerait également un antisémitisme des Noirs, incarné aux Etats-Unis par Luis Farrakhan, et en France par Dieudonné qui aujourd'hui aurait pris la place de Jean-Marie Le Pen en tant que "vrai patron de l'antisémitisme". "Mais en France, au lieu de combattre ce genre de propos, on fait exactement ce qu'ils demandent: on change l'enseignement de l'histoire de la colonisation et l'histoire de l'esclavage dans les écoles. Maintenant, l'enseignement de l'histoire coloniale est exclusivement négatif. Nous n'apprenons plus que le projet colonial a aussi apporté l'éducation, a apporté la civilisation aux sauvages".

L'écrivain s'en prend vivement à l'antiracisme en affirmant que "l’idée généreuse de guerre contre le racisme se transforme petit à petit monstrueusement en une idéologie mensongère. L’antiracisme sera au XXIe siècle ce qu’a été le communisme au XXe."
NOUVELOBS.COM | 24.11.05 | 13:54

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(Novembre 2005) Le Mrap porte plainte contre Finkielkraut pour incitation à la haine raciale

Le Mrap a décidé de porter plainte contre le philosophe Alain Finkielkraut pour incitation et provocation à la haine raciale après des propos sur la crise des banlieues publiés dans le quotidien israélien Haaretz, a déclaré mercredi son secrétaire général Mouloud Aounit.
"Nous allons saisir la justice pour incitation et provocation à la haine raciale et demander au Conseil supérieur de l'audiovisuel son retrait de France Culture, chaîne publique", a dit M. Aounit.

Selon le responsable du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples, l'entretien publié le 18 novembre (2005) par Haaretz est "un texte d'une violence raciste inouïe, qui se fait le porte-voix des clichés du Front national et participe à mettre sur le terrain ethnique et religieux cette insurrection sociale de Français qu'il nomme noirs ou arabes".
"C'est l'aboutissement d'une bascule idéologique", a ajouté M. Aounit, rappelant que M. Finkielkraut avait notamment participé à l'appel contre des "ratonnades anti-blancs" en mars après les violences en marge de manifestations lycéennes.

Dans cet entretien, M. Finkielkraut avait estimé que la crise des banlieues était "une révolte à caractère ethnico-religieux"."En France, on voudrait bien réduire les émeutes à leur niveau social. Voir en elles une révolte de jeunes de banlieues contre leur situation, la discrimination dont ils souffrent et contre le chômage. Le problème est que la plupart de ces jeunes sont noirs ou arabes et s'identifient à l'islam", avait-il ajouté, soulignant qu'il y a d'autres" émigrants en situation difficile, chinois, vietnamiens, portugais, qui eux ne participent pas aux émeutes".
"On nous dit que l'équipe de France est adorée par tous parce qu'elle est +black blanc beur+, en fait aujourd'hui elle est +black, black, black+ ce qui fait ricaner toute l'Europe", avait-il encore dit."Un arabe qui incendie une école, c'est une révolte, un blanc c'est du fascisme", ajoutait-il. " Bien sûr qu'il y a une discrimination, et il y a certainement des Français racistes, des Français qui n'aiment pas les arabes et les noirs et ils les aimeront encore moins maintenant quand ils prendront conscience de la haine qu'ils leur vouent (...) L'idée généreuse de guerre contre le racisme se transforme petit à petit monstrueusement en une idéologie mensongère. L'antiracisme sera au 21ème siècle ce qu'a été le communisme au 20e".
AFP 23.11.05 | 21h15

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vendredi 25 novembre 2005, 10h11 Alain Finkielkraut: "je présente des excuses à ceux que ce personnage que je ne suis pas a blessés"

PARIS (AP) - Alain Finkielkraut a présenté des excuses vendredi (25 novembre 2005) pour des propos dont il affirme qu'on lui a prêtés, se disant victime d'un "immense malentendu" sur ses prises de position à propos des violences urbaines.

"Je présente des excuses à ceux que ce personnage a blessés. Je n'ai en moi aucun sentiment de mépris ou de haine à l'égard de quelque collectivité que ce soit et je me sens solidaire par vocation des nouveaux immigrés en France et notamment des immigrés de la deuxième ou troisième génération", a dit le philosophe sur Europe-1.

"Je recherche la vérité (...) et parfois pour trouver le vrai, je crois devoir déchirer le rideau des discours convenus. Je le fais au risque de me tromper; au risque aussi de susciter pour le peu de vérité que je découvre des haines inexpiables", a noté Finkielkraut avant toutefois d'ajouter:
"Mais là, il s'agit de tout autre chose: du puzzle de citations qu'il y a eu dans 'Le Monde', surgit un personnage odieux, antipathique, grotesque auquel je n'aurais pas envie de serrer la main. Et on me dit, là le cauchemar commence, que ce personnage c'est moi".
"Je n'ai aucun rapport avec le personnage que dessine ce puzzle. Ce personnage je le déteste comme tout le monde (...) Ce corps textuel, cette tunique de Nessus que je suis obligé d'habiter", a-t-il affirmé.

Alain Finkielkraut fait ainsi allusion à un article du "Monde" daté du 23 novembre à propos d'une interview accordée par Alain Finkielkraut au quotidien israélien "Haaretz" du 18 novembre.

Interrogé sur une de ses citations qualifiant la dernière flambée de violences dans les banlieues de "révolte à caractère ethnique et religieux", Alain Finkielkraut a répondu: "je l'ai dit mais tout le monde le pense (...) la réaction unanime à ces émeutes a été la dénonciation de la discrimination contre les minorités visibles.
S'il s'agissait d'une émeute sociale dans un quartier, on aurait parlé du chômage, on aurait parlé de la nécessité de rénover les banlieues, on n'aurait pas parlé de la lutte contre la discrimination à l'embauche et à l'emploi".

Mais, a-t-il souligné, "on ne doit faire aucun amalgame. "Si je reconnais, comme tout le monde, le caractère ethnique de ces révoltes, loin de moi l'idée de rassembler tous les Français d'origine africaine et nord-africaine dans un même opprobre. J'ajoute que d'ailleurs que les auteurs de ce grand saccage, je les plains plutôt que je ne les accuse", a encore dit le philosophe.

Pour autant, Alain Finkielkraut insiste sur le fait qu'"il faut prendre acte d'une haine extrêmement violente et ne pas répondre à cette haine en disant 'nous sommes haïssables'": "la grande difficulté d'aujourd'hui c'est intégrer des gens qui n'aiment pas la France dans une France qui ne s'aime pas même si l'intégration, bien sûr, doit rester notre but". AP
Yahoo.fr, actualités, vendredi 25 novembre 2005, 10h11

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(Mai 2006) Finkielkraut, un philosophe au tribunal
Il était jugé pour diffamation envers un cinéaste israélien.

Il trépigne sur son banc, se mord la main, lève les yeux au ciel. Alain Finkielkraut est au tribunal comme dans la vie: agité, tourmenté. Il veut répondre, contredire. Mais ce n'est pas une émission.
Le philosophe était poursuivi, hier devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris, par le cinéaste israélien Eyal Sivan. L'affaire remonte au 30 novembre 2003. Après la diffusion sur Arte de Route 181, le documentaire dont Sivan est coauteur avec le Palestinien Michel Khleifi, Finkielkraut lui reproche, sur Radio Communauté juive (RCJ), d'être «l'un des acteurs[...] de l'antisémitisme juif». «Il s'agit de les [les Juifs] tuer, de les liquider, de les faire disparaître», ajoute-t-il.

Sivan, qui a reçu à son domicile une balle accompagnée d'un bristol «la prochaine n'arrivera pas par la Poste», porte plainte.
Hier, Finkielkraut, qui a provoqué l'hilarité générale en expliquant qu'il était «propalestinien», a développé son argumentation: le film, tellement «insoutenable» qu'il ne l'a pas vu jusqu'au bout, établit une «analogie» entre les Palestiniens en 1947 et les Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette «nazification» d'Israël légitime les attentats suicides, la destruction d'Israël et donc des Juifs. CQFD. Il en veut pour preuve la scène où un barbier palestinien raconte le massacre de Lod en 1948, calquée sur celle du coiffeur de Treblinka dans Shoah de Claude Lanzmann.

Lanzmann, cité comme témoin, dit tout le mal qu'il pense de Route 181. «Je ne vois pas pourquoi cet homme s'indigne d'être traité d'antisémite, il l'est !» jette-t-il à la salle, médusée. L'ex-ambassadeur israélien à Paris, Elie Barnavi, témoigne aussi en faveur de Finkielkraut.
Eyal Sivan, lui, voit en Finkielkraut un «pompier pyromane», cherchant «à l'assassiner politiquement et intellectuellement». Il rappelle qu'Yitzhak Rabin a été tué après avoir été traité de «nazi» et d'«antisémite». Le cinéaste fait citer François Maspero et deux professeurs israéliens.
Il a été question de Hannah Arendt, Truffaut, Zola, Dickens, Buñuel, ou encore de Slobodan Milosevic... Pour le parquet, les propos de Finkielkraut se situent dans «le registre du débat intellectuel malgré leur caractère outrancier». Délibéré le 27 juin.
par Christophe AYAD, Libération, QUOTIDIEN : mercredi 24 mai 2006, p. 16

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Alain Finkielkraut, sans soutenir officiellement Sarkozy, explique pourquoi il s'en sent proche. «L'incompétence manifeste de Royal» Par Eric AESCHIMANN, Libération, QUOTIDIEN : jeudi 8 février 2007

Après le soutien apporté par André Glucksmann à Nicolas Sarkozy, l'essayiste Alain Finkielkraut entre à son tour dans la campagne présidentielle. S'il critique certains points du programme du candidat de l'UMP, il prend sa défense avec véhémence. Au point de dénoncer les «lapsus fascistes» du Parti socialiste.

Avez-vous l'intention d'annoncer votre soutien à Nicolas Sarkozy ?

Sans doute a-t-on déduit de mon prétendu conservatisme que j'étais sarkozyste. Mais le journalisme devrait résister à la déduction : toutes les nouvelles qui ont circulé à ce sujet sont fausses. Je n'ai reçu de proposition ni du Figaro pour une interview ni de l'entourage de Sarkozy pour une participation à son meeting du 11 février. Nicolas Sarkozy m'a invité à déjeuner en septembre 2005 en compagnie de son directeur de cabinet Claude Guéant, mais je ne l'ai pas revu depuis. J'enseigne à l'Ecole polytechnique, j'anime une émission hebdomadaire sur France Culture : j'ai des convictions, mais un ralliement, c'est une casquette, et le moins que je doive à mes élèves et à mes invités, c'est de les accueillir tête nue.

Vous sentez-vous proche du candidat de l'UMP ?

Il y a, en tout cas, une proximité de situation. Ma famille, comme celle de Sarkozy, n'est pas française de souche. Aussi ai-je été blessé comme s'il s'était agi de moi-même par la phrase d'un document du Parti socialiste définissant Nicolas Sarkozy comme un «néoconservateur américain avec un passeport français» (la phrase est du député PS Eric Besson, Libération du 9 janvier, ndlr). Imaginez un instant que le candidat de la droite se soit appelé Royal, celui de la gauche Sarkozy, et que les porte-parole du premier aient traité le second de «stalinien avec un passeport français» ­ voire d'Américain car il y a une droite souverainiste et une gauche atlantiste. On aurait défilé de Nation à République et certains auraient même arboré l'étoile jaune. Or, il ne s'est presque rien passé, et pourtant cette dénaturalisation est impardonnable.

Votre identification à Nicolas Sarkozy va-t-elle jusqu'à son programme ?

Non. Nous sommes aujourd'hui les témoins, les protagonistes et les victimes d'une avalanche de désastres : la catastrophe écologique, le désastre de l'école, le désastre de la lecture, le désastre de la civilité, le désastre de la langue. Ces désastres sont dissimulés par le voile de la bien-pensance. Il arrive à Sarkozy de déchirer ce voile, mais quand il veut en finir avec le repos dominical, il accompagne le désastre (même s'il a raison de préférer le travail à l'assistanat). Bientôt, il ne restera plus rien, dans notre civilisation, de la différence entre loisir et shopping. Or, cette différence, c'est la civilisation même. Et le désastre de la mondialisation nous condamne à la croissance pour la croissance.

C'est en général la gauche qui parle ainsi de la mondialisation. Et en tout cas pas le président de l'UMP...

Celui-ci a au moins le mérite d'envisager un certain protectionnisme à l'échelle européenne. Et je n'oublie pas que la gauche range au nombre de ses prouesses l'installation d'Eurodisney à Marne-la-Vallée. Quant à l'altermondialisation, elle a pour seul ennemi l'Amérique. Aussi Ségolène Royal, à Pékin, peut-elle faire, sans dommage de ce côté-là, l'éloge de l'économie et de la justice chinoises. Or, c'est la Chine hypercapitaliste et totalement indifférente à la question des droits de l'homme qui mène la danse infernale de la mondialisation en imposant les délocalisations par ses salaires extrêmement bas et en soutenant au nom de ses intérêts économiques le régime du Soudan comme celui du Zimbabwe.

Entre les altermondialistes et Ségolène Royal, ne faites-vous pas une confusion hâtive ?

La gauche de gouvernement est intimidée par l'extrême gauche comme elle l'était autrefois par le Parti communiste. Et puis elle ne sait réagir à l'incompétence manifeste de sa candidate qu'en exagérant, qu'en hyperbolisant l'opposition droite-gauche. Mais la réalité, c'est qu'aujourd'hui, la droite et le centre sont fiers de leurs candidats, tandis que la gauche est mal à l'aise avec sa candidate, et elle fuit cette gêne dans la haine. Je vous rappelle ce lapsus fasciste qui qualifie Nicolas Sarkozy «néoconservateur américain à passeport français».

C'est un lapsus fasciste ?

La gauche officielle est tellement convaincue d'incarner le parti du Bien face au parti de Pétain qu'elle profère des monstruosités en toute bonne conscience.

En somme, comme André Glucksmann, vos sympathies vous portent tout de même plus vers le candidat de l'UMP ?

Mon tempérament (ou ma lucidité) me porte à l'inquiétude. Mon inquiétude m'empêche de croire que demain tout reviendra possible. Mais, face à la haine que suscite son soutien à Nicolas Sarkozy, je me sens solidaire de Glucksmann. Ce ralliement qui n'est pas le mien n'est ni criminel ni déshonorant. Il y a dans ce pays indéfectiblement robespierriste la tentation toujours renouvelée de réduire les problèmes politiques à des affrontements binaires, et ceux qui pensent autrement à des scélérats bons pour la guillotine. C'est insupportable.
Libération, 8 février 2007, p. 17

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