Manuel des Enfants de Marie Immaculée à l'usage des réunions dirigées par les Filles de la Charité.
Maison-Mère, rue du Bac, 140, Paris, Deuxième édition, Imprimatur 1906.

1
Nous avons dit que, pour la jeune fille obligée de vivre en contact avec 1e monde, c'est ce monde même qui l'environne et dont elle respire à tout instant l'atmosphère empoisonné, qu'elle a le plus à redouter ; c'est l'ennemi contre lequel elle doit constamment se tenir en garde, et qu'elle ne doit jamais se lasser de combattre. C'est pour l'aider dans cette lutte que nous allons lui faire connaître : 1° ce qu'est le monde dans la réalité, et non tel qu'il apparaît au début de la vie à une jeune imagination sans expérience ; 2° combien son esprit est opposé à celui de l'Évangile ; 3° quels sont ses dangers.
Manuel, p. 230

2
Jaloux de voir l'homme et sa postérité destinés à remplir dans le ciel les places laissées vides par lui et ses anges apostats, Lucifer, homicide dès le commencement (Joann., VII, 44), veut à tout prix empêcher cette substitution et perdre le genre humain. Comme un général d'armée qui cherche à prendre une ville d'assaut, c'est contre la partie la plus faible que d'abord il dirige l'attaque, sûr de devenir facilement ensuite maître du reste de la place. Ainsi c'est à Ève que le démon s'adresse tout d'abord, comme étant plus facile à séduire.
Manuel, p. 232

3
L'oisiveté dit la sainte Écriture (Eccl., XXXIII, 29), est une bien méchante conseillère) qui enseigne toute sorte de mal. Et saint Bernard ajoute que « c'est l'égout de toutes les mauvaises pensées, la mère des conversations dangereuses, la marâtre des vertus, le bourreau de l'àme, le tombeau des affections nobles et vertueuses, le réceptacle de tous les vices. ~ Faut-il s'en étonner? : L'eau qui demeure en repos ne tarde pas à se corrompre, et donne bientôt naissance à toute sorte de reptiles venimeux.
Manuel, p. 249

4
Et voilà pourquoi le travail, pour être vraiment salutaire, doit être non seulement réglé avec sagesse, mais encore sanctifié par la prière. Il faut prier avant de travailler, prier pendant que l'on travaille, prier encore quand on interrompt son ouvrage pour vaquer à d'autres occupations. Le travail, en effet, et le travail manuel en particulier, sans la prière, offre encore bien des dangers, surtout pour une jeune imagination : pendant que les mains sont occupées, l'esprit, qui n'est point soumis à une salutaire vigilance, franchit bientôt le cercle trop étroit des réalités qui l'environnent, pour se livrer à mille rêveries ; et dans ces rêveries, que de dangers ! De combien d'infidélités, de fautes graves, de crimes ne sont-elles pas le point de départ !
Ibidem, p. 253-254

5
L'amour de la lecture est une des passions qui, de nos jours surtout, tourmentent le plus le cœur de la jeune fille, et les lectures si dangereuses que lui offre le monde sont l'écueil qu'il lui est le plus difficile d'éviter, à cause du violent attrait qui l'y porte. Son esprit curieux espère trouver dans ces lectures la solution de certains problèmes qu'elle s'est souvent posés sans pouvoir les résoudre, et dont elle n'oserait demander l'explication à personne. Son imagination y cherche des tableaux qui l'intéresseront d'autant plus qu'ils s'écarteront davantage, dans leurs couleurs, des conditions ordinaires de la vie réelle. Tout son être aspire après cette pâture; elle a faim et soif de lcture. Cette tendance, si elle n'est énergiquement réprimée dans ce qu'elle a de mauvais, et, pour le reste, sagement dirigée, cette tendance est capable, en peu de temps, de précipiter une pauvre jeune fille dans les abîmes.
Ibidem, p. 255-256

6
Si le travail est imposé à l'homme, et conme besoin de sa nature, et comme châtiment de son péché, un repos réglé ne lui est pas moins nécessaire pour réparer ses forces épuisées. Le repos du corps, c'est la cessation du travail ; le repos de l'esprit, c'est le divertissement. La nature spirituelle est en effet bien différente de la nature corporelle ; et si celle-ci peut, pour un temps, interrompre l'exercice de son activité, l'autre ne peut cesser un seul instant de s'occuper, de s'appliquer à quelque objet. Aussi ne peut-on reposer son esprit que par le divertissement, c'est-à-dire en l'appliquant momentanément à un objet autre que celui qui l'occupe ordinairement. C'est ce que l'on fait par nla lecture, la conversation, les jeux, les promenades, les récréations.
Manuel, p. 279-270

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