Michèle Cotta

Journaliste politique. Introduite sous François Mitterrand par Françoise Giroud de L'Express dans le politic circus pour faire la connaissance des hommes politiques de gauche Madame Michèle Cotta fait une carrière brillante dans les medias (notamment, présidente de Radio-France, présidente de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle, directrice de l'Information à Tf1, directrice générale de France 2).
Auteure d'un certain nombre d'ouvrages dont La collaboration, Armand Colin, Paris, 1963 ; Carnets secrets de la présidentielle, mars 2001-mai 2002, Plon, Paris, 2002 ; Politic circus, 16 portraits vérité, l'Archipel, Paris, 2004.

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Jean-Louis Borloo
À cinquante-trois ans, voici l'ex-millionnaire, l'ex-play-boy, amateur de soirées arrosées et de plages à la mode, devenu la carte sociale de Chirac. Son "chouchou"? L'expression l'irrite. Il y voit une sorte de gadgétisation infantilisante, à la limite de l'insulte. La vérité est que, sous des dehors à la Columbo, le célèbre inspecteur à l'imperméable fripé, Jean-Louis Borloo est beaucoup plus ambitieux qu'il n'en a ['air. Au point d'être suffisamment habile pour éviter de confier à la France entière, lors d'une émission télévisée, qu'il pense à la présidentielle du matin au soir, depuis l'heure où il se rase jusqu'à celle où il se couche - ce qu'il fait le plus souvent fort tard.
Pourtant, à force de vouloir transcender la gauche et la droite, dépasser les clivages politiques de la France, plaire à l'opposition en appartenant à la majorité, le désir lui prend, parfois, de s'exercer à un autre ministère. Après tout, il a triomphé de bien des obstacles au ministère du Travail, s'entendant à la fois avec Ernest-Antoine Seillière et Bernard Thibault, avec Tapie, Lang et Kouchner, et bénéficiant lu soutien tactique du président de la République.
On voit mal pourquoi il serait le seul à ne pas envisager de monter plus haut. À Bercy, même si les Finances ne sont pas sa tasse de thé? Pourquoi pas, en imaginant que ces hauts fonctionnaires qu'il a en horreur lui fassent un jour la haie d'honneur. En attendant, il envisage la création d'un grand ministère qui "réconcilie l'économique et le social". À Matignon? Il repousse l'interrogation d'une pirouette. Mais il s'y ferait, à coup sûr, si Jacques Chirac le lui demandait. " Ne vous y fiez pas, il veut être président de la République!, disait déjà Bernard Tapie en 1989, lorsque Borloo faisait ses premiers pas à Valenciennes.

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Bertrand Delanoe
Ce n'était pas rien, en effet, que de "prendre" Paris, citadelle chiraquienne depuis vingt-quatre ans: la victoire de Delanoë, la façon dont il s'était révélé, non seulement à ses électeurs, mais aussi à ses camarades du PS, qui le croisaient sans le voir depuis des années, a fait l'effet d'un petit séisme. D'autant qu'elle s'inscrivait dans un contexte électoral incertain pour les socialistes.
Il est vrai qu'il fut aidé à la fois par la campagne brouillonne et irritée de Philippe Séguin, son principal rival côté RPR, et par la division provoquée dans le camp de la droite par l'ancien maire, Jean Tiberi. Il reste qu'à l'occasion de cette campagne, où il avait démarré presque sans faire de bruit, Delanoë a su aussi montrer qu'il était le capitaine de la manœuvre, bannissant de sa liste les uns, tels Jean-Christophe Cambadélis ou Jean-Marie Le Guen, parce qu'ils n'étaient pas encore sortis de leurs démêlés avec la justice, et les autres, tel Bernard Kouchner, parce qu'il ne leur décernait pas leur brevet de socialiste. Opportunément, il a su établir avec les Verts de la capitale un pacte d'action qui n'a jamais, depuis, été remis en cause. Paris, ce n'est pas seulement pour Bertrand Delanoë la satisfaction personnelle d'avoir remporté une victoire sur le RPR, d'avoir matériellement pris la place de Jacques Chirac, dans ses bureaux, et d'imposer sa loi, à l'Hôtel de Ville, à ceux qui furent longtemps ses affidés. Paris, c'est surtout une gigantesque machine, largement plus grande et plus complexe qu'un ministère: quarante-deux mille fonctionnaires, un budget de plus de 6 milliards d'euros, des moyens considérables donc, et une position stratégique, unique dans la configuration politique. On peut y faire beaucoup de choses, y prendre beaucoup d'initiatives, y livrer beaucoup de combats. ..
"J'y suis libre, confirme volontiers Delanoë. Je n'ai pas de patron ou, plus exactement, j'ai deux millions de patrons, les électeurs." Libre, Bertrand Delanoë l'est plus que dans aucun des postes qu'il a occupés précédemment, donnant la priorité dans la capitale à son action sociale et culturelle, avec, selon les sondages, l'assentiment de près des deux tiers des moins de trente-cinq ans, et de 54 % des électeurs plus âgés.
Ibidem, p. 77-78

3
Philippe Douste-Blasy
Agrégé de médecine, fils de médecin, professeur de cardiologie à la faculté de Toulouse, Philippe Douste-Blazy n'était pas destiné à faire de la politique. Contrairement à tant d'autres, il ne rêvait pas, dans son adolescence, d'être président de la République. La fréquentation quotidienne de la maladie a été longtemps pour lui un engagement suffisant. Rien peut-être ne l'aurait jeté dans la politique si un jour de juillet 1988, un directeur de l'hôpital de Toulouse ne lui avait reproché en termes virulents d'avoir implanté un simulateur cardiaque à 35000 francs à un homme de quatre-vingt-un ans. [.....]

1993. Simone Veil est à peine nommée ministre des Affaires sociales et de la Santé dans le gouvernement Balladur que son téléphone sonne. C'est Douste-Blazy. Il vient d'être élu, au premier tour, député des Hautes-Pyrénées. " Prenez-moi avec vous au gouvernement, insiste-t-il: c'est un domaine que je connais, et je meurs d'envie de travailler à vos côtés. » Simone Veil commence par l~origéner pour n'avoir pas donné de ses nouvell~) depuis le retour de Mostar. Elle lui dit qu'il est trop tard, que le Premier ministre a un autre nom en tête, que le gouvernement est déjà fait, qu'il fallait s'y prendre avant. Mais elle est assez convaincue par cette conversation téléphonique avec Douste-Blazy pour demander un rendez-vous à Édouard Balladur, fraîchement installé à Matignon, et obtenir bientôt de lui la nomination dans son équipe, comme ministre délégué à la Santé, du député maire de Lourdes. Jean-François Mattéi, puisque c'est à lui que pensait le Premier ministre pour ce poste, restera à Marseille.

La scène est révélatrice de la personnalité de Douste-Blazy... Il est si peu gêné de l'insistance et du culot qu'il a eus ce jour-là, qu'il raconte bien volontiers, aujourd'hui encore, la conversation avec Simone Veil et le plaidoyer pro domo qui lui a permis de faire ainsi son entrée au gouvernement. Loin de considérer qu'il est préférable de cacher les moyens utilisés pour faire son chemin en politique, Philippe Douste-Blazy continuera, au fil du temps, à demander ouvertement ce qu'il veut très fort, à insister sans aucune gêne pour qu'on lui accorde ce dont il a envie, et à faire en sorte de se rendre sinon indispensable, du moins utile aux puissants qui, au sommet de la pyramide politique, sont en mesure de dispenser leurs faveurs. [......]

Les journalistes, en effet, aiment la fréquentation de Douste-Blazy, qui leur dispense avec un art consommé un cocktail de confidences faussement naïves, de bons mots sur le petit monde de la politique et d'informations sur une actualité où il tient le beau rôle. Certains chroniqueurs ironisent, tant est évidente derrière les propos de cet homme pressé la volonté d'aller vite et de monter haut. Tout ceci contribue à donner de Douste-Blazy l'image d'un homme habile, qui cache, sous son apparence bon chic bon genre, un tempérament follement ambitieux.[....]

Resté à Paris l'été 2004, mobilisé contre la canicule pendant l'un des mois d'août les plus froids du siècle, il a visité plus d'hôpitaux et participé à plus d'apparitions télévisées que Nicolas Sarkozy n'a serré de mains pendant le même laps de temps. Obtenant de son collègue des Finances, plutôt rapace cette année- là, les 113 millions d'euros nécessaires pour calmer la grogne des chirurgiens, il affirme avoir reçu sans l'avoir cherché - et sans qu'on puisse le vérifier - près de cinq mille lettres de soutien l'incitant à briguer la présidence de l'UMP.
Alors que Jean-Pierre Raffarin, plus offensif que jamais, est néanmoins à l'avant-dernier degré de l'essoufflement, ces bons résultats, joints à la bonne humeur toujours affichée par Philippe Douste-Blazy, alimentent à nouveau la rumeur de son arrivée possible à Matignon. Dès novembre (2004) après le départ du gouvernement de Nicolas Sarkozy? Plus tard? Ira-t-il directement rue de Varenne, ou fera-t-il un détour par le ministère des Finances comme on le murmure? Le seul conseil à lui donner est, dans cette attente, de ne pas vendre, comme il l'a si souvent fait, la peau de l'ours avant qu'il soit mort.
(notedt, De fait, lors du remaniement du 29 novembre 2004, c'est l'ultra-chiraquien Hervé Gaymard qui, après le départ de Nicolas Sarkosy, obtient les Finances. Mais Philippe Douste Blasy obtient un lot de "consolation", les "solidarités", en plus de son grand ministère de la Santé ...)
Ibidem, pages 84 à 97

4
Jack Lang
Une chose lui importe, trop peut-être, au point de ralentir son enthousiasme pour l'action politique: conserver intact son personnage, si souvent brocardé, raillé, ridiculisé même, dénaturé, mais qui, loin des cénacles parisiens auxquels il n'est pourtant pas étranger, loin des estrades et des feux de la notoriété, lui vaut sa popularité chez les jeunes et dans la rue, véritable socle de son éventuelle candidature. Ce personnage dans lequel il se retrouve sans doute, lorsqu'il décrit Laurent de Médicis dont il s'est fait le biographe: « La politique de Laurent de Médicis visait à l'impossible, C'est pourquoi il vit toujours (Laurent le magnifique, Perrin, Paris, 2002), »
Ibidem, p. 173

5
Ségolène Royale
D'un côté, l'existence même du couple François Hollande-Ségolène Royal (notedt, concubinage notoire) est un atout médiatique important pour l'un et l'autre. Il suffit de voir, à la une des magazines, le premier secrétaire et la belle Ségolène main dans la main, où chez eux, entourés de leurs quatre enfants, pour mesurer la popularité dont jouit à gauche, désormais, ce duo politique moderne.
Mais d'un autre côté, l'existence du couple, également engagé dans le combat politique, également médiatisé, oblige chacun des deux à tenir compte de la stratégie de l'autre. Ils ne peuvent envisager de viser ensemble le même objectif, l'Élysée. On les imagine encore moins se répartir les postes avant la bataille: " Toi, l'Élysée, moi Matignon. ..
L'un des deux, à moins que ce ne soient les deux, devra forcément laisser passer l'autre au premier plan. Le succès de l'un passe par la limitation des ambitions de l'autre.

Le cas est inédit en France. Certes, les femmes potiches, c'est terminé. Aujourd'hui, il arrive que des femmes de président affirment leurs idées, parfois en légère contradiction avec celles de leurs époux, comme le fit Danielle Mitterrand. On connaît aussi des premières dames de France disant tout haut ce que leurs maris ne peuvent pas dire, telle > faisant savoir à l'avance tout le bien qu'elle pense d'une troisième candidature de Jacques Chirac à la présidentielle, en 2007.
Ibidem, p. 202-203

6
Dominique Strauss-Kahn
Toutes les fées - trop peut-être - se sont penchées sur son berceau. Jusqu'à la cinquantaine, sa vie n'a été qu'un long chemin tranquille. Vers les sommets.
L'enfance? Sans problème. Famille aimante, existence confortable dans un contexte aisé et bourgeois, au Maroc, puis à Monaco où le jeune Dominique apprend très tôt, de ses gouvernantes étrangères, le maniement de l'anglais et de l'allemand. De parfaites connaissances linguistiques qui lui serviront énormément par la suite.
Les études? Brillantes. Ce fils de conseiller juridique, petit-fils de négociant lorrain, choisit la meilleure des écoles de commerce, HEC, où il passe, dit-on, trois heures par jour à jouer aux échecs. Et enchaîne, après Sciences Po et une licence, sur la plus difficile des agrégations de droit (notedt, ?, d'économie politique ?), celle d'économie politique (notedt, ok).
L'engagement? Attiré un moment par les mouvements étudiants d'extrême gauche, en marge du mouvement de 1968, il fait alors ses premières apparitions, le cheveu très noir, la barbe mangeant le visage, lunettes fumées cachant les yeux. Puis il bifurque, en 1976, vers le PS tendance Jean-Pierre Chevènement pour se ranger, au moment du congrès de Metz en 1979, derrière François Mitterrand. Au parti socialiste, sa carrière sera facile, dès 1981: il n'appartient ni à la "Mitterrandi " ni à la Deuxième gauche, ne choisit aucune chapelle, n'endosse le dossard d'aucune écurie, préférant rester l'expert en économie du parti. Et refuse d'entrer dans les nombreux cabinets ministériels où on sollicite ses compétences. Pourquoi? l'interroge un jour un proche de Jean-Pierre Chevènement qui cherche à le débaucher. - Pour être secrétaire d'État au Budget dans un prochain gouvernement, pardi! - Tu n'y penses pas! JO, s'exclame, incrédule, le recruteur de Chevènement, qui trouve ce jeune homme bien présomptueux. [......]

C'est la cohabitation: Dominique Strauss-Kahn est ministre des Finances. DSK s'installe dans son personnage, avec la fausse nonchalance qu'il affiche depuis son entrée en politique. Sur son visage aimable, que les années arrondissent au point de l'alourdir pendant les mois où il ne s'impose pas de régime, bien des senti- ments s'affichent, sans qu'il prenne la peine de les cacher: l'irritation facile devant l'inculture économique de certains de ses interlocuteurs, hommes politiques ou journalistes, dont il attendrait a priori une meilleure compréhension de ces questions; l'ennui qui le saisit parfois lorsqu'un interlocuteur expose trop lentement un problème dont lui, DSK, a déjà fait le tour avant que son vis-à-vis ait fini de parler; le mépris pour les esprits qu'il juge médiocres; et aussi, la satisfaction devant ses propres performances.
Il faut avoir vu Dominique Strauss-Kahn au cours d'une conférence de presse au ministère des Finances exposer, comme si cela coulait de source, la réforme des caisses d'épargne ou l'adoption du budget, l'avoir entendu ficeler un projet de loi, résoudre des équations compliquées, s'exprimer en allemand avec son homologue allemand, en anglais avec le président du FMI ou de la FED, jongler avec les stock-options ou l'ouverture limitée du capital de France Télécom, pour comprendre la distance, invisible la plupart du temps, infranchissable le plus souvent, qu'il met entre lui et les autres.
Ibidem, p. 230-231

7
Dominique (Galouzeau) de Villepin
Il y a quelque chose de fascinant, de schizophrénique presque, dans la façon dont Villepin ausculte les multiples peurs françaises, analyse l'échec de tous les régimes politiques depuis l'Ancien Régime, formule sur les contradictions françaises un diagnostic sans faiblesse et, dans le même temps, s'efforce de chercher, parmi ce tohu-bohu, la petite flamme d'espérance. Car, à ses yeux, la décadence est là, tout proche, dans le "cher et vieux pays" du général de Gaulle, aujourd'hui écartelé entre des passions contraires, - aveuglé et marchant à tâtons JO, qui - résiste mal aux temps nouveaux JO, où - brûlent des parfums crépusculaires [où] perce l'angoisse qui épelle la fin d'une époque JO. La démocratie qu'il décrit est réduite aux acquis, dans l'affirmation de droits sans devoirs et dans la solitude d'un pouvoir sans citoyens. Quant au monde, celui de l'après-11 Septembre, que Villepin évoque dans un style enfiévré, un monde, - où planent à nouveau les terreurs d'autrefois, les guerres, les épidémies, l'Apocalypse, les rauques aboiements de Cerbère, le rugissement des furies que nul Orphée ne sait plus charmer JO, il n'est pas en meilleure santé.
D'où Villepin tire-t-il alors sa conviction que la France a gardé intacte la flamme d'une grande nation, ardente à défendre son rang? C'est que l'analyste sans indulgence se mue en homme de passion. Passion pour son pays, toujours au bord de l'abîme sans jamais y tomber. Passion pour un homme, Chirac, - un homme debout, quels que soient le fardeau et les flèches décochées, que je ne vis jamais gagné par la rancœur et l'amertume, [...] toujours guidé, dans la solitude comme dans la joie, par le souci de l'autre et la défense de l'intérêt général". Diable! L'hommage est de ceux que l'on n'oublie pas. Comme celui que l'auteur adresse à Alain Juppé, comparé, chemin faisant, à Turgot: l'Histoire, assure Villepin, saura reconnaître dans le premier Premier ministre de Jacques Chirac le courage politique et le sens de l'État. [.....]

Efficace, Dominique de Villepin a montré qu'il savait l'être pour Chirac. De 1995 à 2002, c'est à lui qu'échoit la coordination de la défense du chef de l'État, face à la progression des instructions judiciaires sur le RPR et la mairie de Paris. Cassette Méry, convocation comme témoin envoyée par le juge Halphen, tout cela est géré en direct par Villepin. Qui ne dit pas tout à Chirac, autant pour le protéger que pour préparer avec davantage de sérénité les parades et contre-feux. C'était relativement facile, de 1995 à 1997, quand toutes les manettes du pouvoir étaient aux mains du Président et de son gouvernement. Ce l'était moins sous la cohabitation, où le pouvoir était partagé. Villepin a de bout en bout conduit la manœuvre, avec un Président passant de l'indifférence à la colère. De la simple résistance aux juges jusqu'à un arrêt opportunément rendu par le Conseil constitutionnel - alors présidé par Roland Dumas -, rendant le président de la République intouchable jusqu'à la fin de ses mandats, la mission de Villepin a été parfaitement menée.
Est-ce le secrétaire général de l'Élysée également qui a su orchestrer, en coulisses cette fois, l'exploitation d'un mensonge politique de Lionel Jospin, dont l'ancienne appartenance au trotskisme lambertiste est révélée l'année qui précède la présidentielle? Les témoignages de certains des anciens « camarades. de Jospin poussent à croire qu'ils ont su trouver le chemin du secrétariat général de l'Élysée pour dénoncer cette « omission dans la biographie officielle du Premier ministre et la dissimulation dont il avait fait preuve depuis ces années de jeunesse. « S'il veut la bagarre, il l'aura, avait prévenu Villepin dès le mois de juillet 2002...
Dans son propre camp, on ne lui reproche pas seulement quelques coups tordus. Il y a, au premier chef, la dissolution de 1997, dont il fut désigné le principal responsable. Lorsqu'on sait à quel point les parlementaires élus tiennent à le rester, et ce qu'ils sont prêts à faire pour être réélus le plus grand nombre de fois possible, on mesure la haine dont Villepin fut alors l'objet. Ils furent nombreux ceux qui, dès le lendemain de l'échec, ont demandé sa tête et espéré que Jacques Chirac la leur accorderait. On murmure même que Bernadette Chirac ne leur donnait pas tort. Le Président, lui, ne les a pas écoutés.
On ne lui arrachera pas un mot sur le destin qu'il croit avoir. D'ailleurs, pour l'honorer le mieux, devrait-on lui prédire le Goncourt ou Matignon, l'Académie française ou l'Élysée? Il n'a pas un appétit excessif pour le pouvoir, et préfère d'abord essayer de remplir aussi bien que Nicolas Sarkozy la fonction que Chirac lui a confiée, mais qui peut lui réserver bien des chausse-trapes.
Plus que jamais, écrit Dominique de Villepin dans son Éloge des voleurs de feu(Gallimard, Paris, 2003), une nouvelle incandescence est nécessaire. Et voici que, dans cet élan, s'impose la haute figure du poète qui, lancé à l'assaut des frontières et messager de la charité, dénoue le mystère, s'affirmant tout à la fois voleur de feu et porteur d'eau, mais d'une eau singulière, plus brûlante que le feu, riche d'une violence si noble qu'elle déborde la violence. "
Il n'est pas dit que cet autoportrait le prédispose à entrer à Matignon ou à conquérir l'Élysée dans la France d'aujourd'hui.
Ibidem, pages 249-250, 252-253, 257

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