OÙ S'EN IRONT LES OISEAUX
Où s'en iront tous les oiseaux
Quand la forêt n'aura plus d'ailes
Quand le ruisseau n'aura plus d'eau
Où s'en iront les tourterelles
Où s'en iront les ortolans
La grive et la canepetière
Où dormiront les chats-huants
Quand sera morte la lumière
Où s'en iront les étourneaux
Les martinets et les vanneaux
Que deviendront les animaux
Quand l'arbre n'aura plus de feuilles
Quand seront morts les arbrisseaux
Que deviendront les écureuils
Que deviendront les sangliers
Les chevrillards dans les genièvres
Quand seront brûlés les halliers
Que feront les lapins les lièvres
Où se terreront les blaireaux
Les belettes les renardeaux
Où s'en iront tous les oiseaux
Quand la forêt n'aura plus d'ailes
Quand le marais n'aura plus d'eau
Où se baigneront les sarcelles
Où se baigneront les courlis
Les bouvreuils et les bécassines
Les moineaux feront-ils leurs nids
Quand seront nues les aubépines
Où se cacheront les pigeons
Les fauvettes et les pinsons
Où s'en iront tous les oiseaux
Quand la forêt n'aura plus d'ailes
Quand le ruisseau n'aura plus d'eau
Nous dormirons sages et beaux
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ARBRE DE LA CONNAISSANCE
Je voudrais te chanter
Le monde un peu partout coupe tes branches
Un peu partout arrache tes rejets
Arbre qui porte la colombe blanche
Le vent lui m'a dit que tu existais
Je voudrais te chanter...
Sur les ailes du temps va l'espérance
Sur les ailes du temps court le progrès
Arbre dont le nom s'écrit" résistance "
L'enfant de sa main dessine tes traits
Je voudrais te chanter...
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Le cri inéluctable de l'oiseau, p. 31, VIII
On va tous parler la même langue. On aura tous les mêmes idêes. On n'aura même plus besoin d'avoir d'idées. On n'aura même plus besoin d'avoir de cerveau.
On mangera tous les mêmes choses. On n'aura plus de goût. Un jour, on ne mangera plus du tout. On n'aura plus d'estomac. On ne boira plus d'eau. Ni de vin. On sera les rois de la pilule, de la têlê et des capteurs d'ondes.
On aura plus qu'un seul maître. On fera les mêmes gestes. En même temps. Les mêmes pas ensemble. On ne pleurera plus. On sera secs. On ne fera plus que rire. On sera heureux. On sera des clones.
Il n'y a que les autres qui vont souffrir, ceux qui sont différents et qui ne veulent pas. Ah ! bon. On ne pourra plus se cloner à deux?
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Ibidem, p. 219, LXVIII
La Lune? Justement, parlons-en. Elle n'arrive plus à rire. Même Pierrot avec ses pitreries ne la dêride pas. Colombine peut multiplier les petits pas, rien n'y fait. Elle fronce sans cesse les sourcils. Elle est mécontente. On se sert d'elle. On la mêle à des choses dont elle n'aime pas être spectatrice. Dont elle refuse catégoriquement la responsabilité.
Regardons de plus près. À la loupe. Le papillon de nuit s'est brûlé les ailes et a disparu. Pierrot ne voit pas que la farine sur son nez est toute noire. Colombine ne s'aperçoit pas que sa robe est déchirée et que ses ballerines sont crottées de boulettes de fuel.
L'oiseau de soleil ne chante plus. Il est enseveli sous une montagne de détritus. Elle ne sait plus rire, la Lune. Elle ne sait plus.