Le Chant des Peuples du Monde (Texte de Pierre Champion et Musique de Stéphane Leach, in Voyages de vives voix, Les jeunes d'Alternance, 2009, ime-alternanceblr@orange.fr)

Pierre Champion

Poète forestier qui chante l'arbre et l'oiseau, l'eau et Dame Nature. CD Pierre Champion, "de l'Arbre à l'Oiseau", CPV-Musicavoz - 68 route de la Cave 45340 Nibelle
Auteur d'un recueil de nouvelles Le cri inéluctable de l'oiseau, Sans amarre Editions, Le Trial 30140 Tornac, 2007.

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OÙ S'EN IRONT LES OISEAUX

Où s'en iront tous les oiseaux
Quand la forêt n'aura plus d'ailes
Quand le ruisseau n'aura plus d'eau
Où s'en iront les tourterelles

Où s'en iront les ortolans
La grive et la canepetière
Où dormiront les chats-huants
Quand sera morte la lumière
Où s'en iront les étourneaux
Les martinets et les vanneaux

Que deviendront les animaux
Quand l'arbre n'aura plus de feuilles
Quand seront morts les arbrisseaux
Que deviendront les écureuils

Que deviendront les sangliers
Les chevrillards dans les genièvres
Quand seront brûlés les halliers
Que feront les lapins les lièvres
Où se terreront les blaireaux
Les belettes les renardeaux

Où s'en iront tous les oiseaux
Quand la forêt n'aura plus d'ailes
Quand le marais n'aura plus d'eau
Où se baigneront les sarcelles

Où se baigneront les courlis
Les bouvreuils et les bécassines
Les moineaux feront-ils leurs nids
Quand seront nues les aubépines
Où se cacheront les pigeons
Les fauvettes et les pinsons

Où s'en iront tous les oiseaux
Quand la forêt n'aura plus d'ailes
Quand le ruisseau n'aura plus d'eau
Nous dormirons sages et beaux

2

ARBRE DE LA CONNAISSANCE

Je voudrais te chanter
Arbre de la Connaissance
Arbre de la Vie
Arbre de la Vérité
Te chanter
Arbre de la Souvenance
Arbre de l'Amour
Arbre de la Liberté

Le monde un peu partout coupe tes branches
Un peu partout arrache tes rejets
Arbre qui porte la colombe blanche
Le vent lui m'a dit que tu existais
Je voudrais te chanter...

Sur les ailes du temps va l'espérance
Sur les ailes du temps court le progrès
Arbre dont le nom s'écrit" résistance "
L'enfant de sa main dessine tes traits

Je voudrais te chanter...

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Le cri inéluctable de l'oiseau, p. 31, VIII

On va tous parler la même langue. On aura tous les mêmes idêes. On n'aura même plus besoin d'avoir d'idées. On n'aura même plus besoin d'avoir de cerveau.
On mangera tous les mêmes choses. On n'aura plus de goût. Un jour, on ne mangera plus du tout. On n'aura plus d'estomac. On ne boira plus d'eau. Ni de vin. On sera les rois de la pilule, de la têlê et des capteurs d'ondes.
On aura plus qu'un seul maître. On fera les mêmes gestes. En même temps. Les mêmes pas ensemble. On ne pleurera plus. On sera secs. On ne fera plus que rire. On sera heureux. On sera des clones.
Il n'y a que les autres qui vont souffrir, ceux qui sont différents et qui ne veulent pas. Ah ! bon. On ne pourra plus se cloner à deux?

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Ibidem, p. 219, LXVIII

La Lune? Justement, parlons-en. Elle n'arrive plus à rire. Même Pierrot avec ses pitreries ne la dêride pas. Colombine peut multiplier les petits pas, rien n'y fait. Elle fronce sans cesse les sourcils. Elle est mécontente. On se sert d'elle. On la mêle à des choses dont elle n'aime pas être spectatrice. Dont elle refuse catégoriquement la responsabilité.

Regardons de plus près. À la loupe. Le papillon de nuit s'est brûlé les ailes et a disparu. Pierrot ne voit pas que la farine sur son nez est toute noire. Colombine ne s'aperçoit pas que sa robe est déchirée et que ses ballerines sont crottées de boulettes de fuel.

L'oiseau de soleil ne chante plus. Il est enseveli sous une montagne de détritus. Elle ne sait plus rire, la Lune. Elle ne sait plus.

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Le Chant des Peuples

C’est une chanson qui vient du fond des âges
Qui surgit de la nuit des siècles et du temps
C’est une chanson qui vient d’un long voyage
Qui sent la sueur la douleur et le sang
Homme de raison délivre tes fenêtres
Donne au soleil gîte et clé de ta maison
Ecris sur le ciel comme fleur vient de naître
Le mot « Paix » que l’oiseau dessine à ton front

C’est le chant des Peuples du Monde
Souvent massacrés
Massacrés si souvent
C’est le chant des Peuples du Monde
Que l’on entend

C’est une chanson qui sourd du fond de Terre
En odeur de diamant pétrole or et charbon
C’est une chanson que gémit toute mère
Quand guerres et feux soulèvent l’horizon
Femme de printemps de beauté de lumière
Porte ton espoir au-delà de ta peur
Brise tes chaînes ouvre de joie les frontières
Que ton rêve fou s’inscrive au fil des heures

C’est le chant des Peuples du Monde…

C’est une chanson qui crie comme famine
Comme enfant oiseau femme et ruisseaux saccagés
C’est une chanson qu’encore on assassine
Quand meurt aussi l’Arbre de la Liberté 
Enfant de sourire épanouis tes visages
Repeins les matins couleur fleurs et abeilles
Apporte à chacun l’amitié le partage
Que brille enfin pour tous un même soleil

C’est le chant des Peuples du Monde…

C’est une chanson qui vient du fond des âges

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