Pierre Bergé (1930-)
Fondateur de Yves Saint Laurent en 1961. Ami du président François Mitterrand, qu'il soutient notamment par l'écrit (Globe). Président de l'Association des amis de l'Institut François-Mitterrand. Joyeux multi-millionnaire en euros, républicain "progressiste". Auteur notamment de Liberté j'écris ton nom, Grasset, Paris 1991 ; L'Affaire Clovis, Plon, Paris 1996 ; Inventaire Mitterrand, Stock, Paris 2001.
2007. Soutien de Ségolène Royal.
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Dans l'affaire de la francisque, le grand tord de François Mitterrand est d'avoir, pour des raisons liées au contexte politique de la Libération, un temps nié obstinément avoir reçu ce hochet avant de changer son fusil d'épaule et d'expliquer que, ce faisant, il avait agi sur ordre de la Résistance et qu'il n'avait pas assisté à la remise de la médaille parce qu'il se trouvait alors à Londres, ce qui est inéxact.
Le "mentir vrai" lui a joué un sale tour. S'il avait reconnu d'emblée le fait, nul n'aurait cherché à y déceler quelques motifs inavoués et inavouables. Après tout, Jean Pierre-Bloch, compagnon de la Libération, ancien député SFIO de l'Aisne, commissaire à l'Intérieur dans le gouvernement d'Alger, était le premier à recommander aux résistants de ne refuser aucune distinction de la part de Vichy afin de bénéficier de sésames pour leurs activités clandestines.
... S'il accepta la francisque, il ne prêta pas, lui, serment de fidélité au maréchal Pétain comme y furent obligés tous les membres de la haute fonction publique parmi lesquels Michel Debré (dont le père et la grand-mère étaient victimes du statut des Juifs du 3 octobre 1940), Maurice Couve de Murville ou Jacques Chaban-Delmas dont on ne saurait mettre en cause les qualités de résistants. Personne ne les qualifia de suppôts de Vichy et ne songea à leur reprocher ce serment, ce qui suscitait la colère teintée d'amertume de François Mitterrand.
Inventaire Mitterrand, p. 62-63, 64.
2
Qu'on le veuille ou non, la France de l'été 1940 était composée de quarante millions de pétainistes et d'une infime poignée de résistants dont certains ignoraient jusqu'au nom du chef de la France libre. Le basculement définitif de la majorité de l'opinion publique en faveur des Alliés - ce qui ne signifiait pas forcément un désaveu de Pétain - ne se produira qu'à la mi-1943, après la victoire de Stalingrad, la libération totale de l'Afrique du Nord, le débarquement en Sicile et la capitulation de l'Italie.
C'est à cette époque que François Mitterrand, déjà entré en dissidence, rompt définitivement tous les ponts avec Vichy et ses anciens protecteurs. De ce point de vue il est français, très français, trop français sans doute au goût de certains. Mais la réécriture de l'Histoire, si elle constitue un exercice intellectuel stimulant, ne permet pas d'abolir ou de modifier le passé.
Ibidem, p. 55.
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"Qui veut noyer son chien l'accuse d'avoir la rage", François Mitterrand, au soir de sa vie, a fait l'amère expérience de cet adage populaire. Cet ami du peuple juif et d'Israël fut l'objet d'une campagne insidieuse et malsaine visant à le présenter si ce n'est comme un antisémite, du moins comme comptant au nombre de ses proches de farouches judéophobes et, pis encore, des artisans de la "solution finale de la question juive".
La "révélation", médiatiquement orchestrée, et la dénonciation de ses liens d'amitié avec René Bousquet suffirent à jeter sur lui le voile de l'opprobre et à réduire les manifestations passées de son philosémitisme à une simple attitude dictée par l'opportunisme et non par une conviction solidement ancrée dans son coeur.
... Je ne peux m'empêcher de m'indigner devant certaines soi-disant révélations récentes qui voudraient se faire passer pour des confidences de François Mitterrand, qui ne le sont pas et qui donnent à croire qu'ils considérait les Juifs "comme des étrangers". Lui, dont le plus cher ami, Georges Dayan, était juif, qui fut entouré de Juifs toute sa vie et qui n'eut qu'un seul tord au soir de sa vie : donner sa confiance à qui en était indigne. Il fut trahi, et disons-le, tous ceux qui l'on connu, admiré et accompagné se sentent trahis également.
... Ce fut l'oeuvre - le mot est lâché - d'un certain lobby juif dont je ne comprends pas qu'on s'évertue à nier, contre l'évidence, l'existence (En 1981, le Renouveau juif, fondé par Henri Hajdenberg, futur président du Crif, appela au vote-sanction contre Valéry Giscard d'Estaing et ses dirigeants ne cachaient pas leur volonté de créer en France un lobby juif sur le modèle de celui fonctionnant aux Etats-Unis) - que lui-même revendique - et qui est aussi légitime ou illégitime que le lobby protestant, le lobby gay, le lobby paysan ou le lobby féministe.
C'est à ce lobby qu'on doit toute la campagne orchestrée autour de la personnalité de René Bousquet et les pressions exercées sur le chef de l'Etat pour que celui-ci, à l'occasion du cinquantième anniversaire de la rafle du Vél-d'Hiv, présente au nom de la République des excuses à la communauté juive pour le rôle joué par la France dans la mise en oeuvre de la solution finale, demande que les intéressés n'avaient pas osé formuler auprès de Charles de Gaulle, Georges Pompidou ou Valéry Giscard d'Estaing.
Et c'est parce que François Mitterrand s'était refusé à donner satisfaction à une requête qui aurait dérogé à l'attitude constante de tous les gouvernements de la IVè et de la Vè République que certains crurent déceler dans son refus la conséquence de la troublante amitié qu'il avait portée à René Bousquet.
... C'est d'ailleurs - je prends le risque de l'affirmer, persuadé de la véracité de la chose - parce que François Mitterrand avait des Juifs et de leur culture une très haute et très exigeante opinion que, conscient des dangers que représentait pour eux cette dérive potentielle du "devoir de mémoire", il se refusa d'une part à rouvrir le procès Bousquet, d'autre part à faire publiquement acte de repentance au nom de la France et de la République.
Il en fut bien mal récompensé par certains des intéressés qui l'accusèrent injustement de faire preuve d'une singulière indifférence envers la souffrance juive.
... Reste toutefois que, dans le long et passionné dialogue qu'il entretint toute sa vie avec le judaïsme ou, plus exactement, avec le "mystère juif", la Shoah tout comme l'existence de l'Etat d'Israël, à la sécurité duquel il veilla jalousement, ne jouaient qu'un rôle secondaire. Le président fraçais partageait sur ce point l'opinion de son vieil ami, Félix Houphouët-Boigny, catholique fervent :"Israël importe peu, ce qui compte, ce sont les Juifs."
... Ce qu'il aimait chez les Juifs, dans le judaïsme et dans l'histoire juive, ce n'était pas la vision saint-sulpicienne de celle-ci, version laïcisée du châtiment pesant sur le peuple déicide, c'était la capacité de questionnement, un humour corrosif, la soif de culture, l'appétit de vivre, le refus obstiné du malheur et de la prédestination, la faculté de surmonter les épreuves et de rebâtir sur les ruines encore fumantes la vie tout en demeurant fidèle à un héritage ancestral alors que cette fidélité pouvait être porteuse de drames et de tragédies.
Ibidem, p. 73, 74, 76-77, 91-92, 95.
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Mais ce qui pose surtout problème, c'est la signature apposée par François Mitterrand le 17 mars 1956 au bas d'un texte de loi relatif à "l'organisation, la compétence et le fonctionnement de la justice militaire en Algérie" qui autorise la saisie des juridictions militaires, même pendant les phases de l'instruction, pour tous les crimes commis sur le sol algérien après le 1er novembre 1954, et, surtout, autorise les perquisitions diurnes et nocturnes au domicile des suspects.
En acceptant de déléguer aux militaires des pouvoirs spéciaux dont on savait ce qu'ils en feraient, le gouvernement Mollet, par l'intermédiaire de son garde des Sceaux, se privait délibérément de tout moyen de freiner l'escalade de la répression en Algérie et de mettre au pas ceux, militaires ou civils, qui pratiquaient allégrement la torture et qui ont fait, mais tout récemment, d'étonnantes révélations sur l'ampleur de ce phénomène.
Ibidem, p. 114-115.
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Cette volonté de tranquille modernisation du pays me semble caractériser l'action de François Mitterrand dans bien des domaines. Celui-ci eut ainsi, à mes yeux, l'immense mérite de faire disparaître d'autres vestiges d'archaïsme, notamment en ce qui concerne les moeurs. Sur ce plan, pour des raisons éminemment personnelles, il sut indéniablement se libérer des préjugés de son milieu et de son époque ...
... Cette fameuse indifférence aux dogmes et aux conventions, dont nous avons déjà eu l'accasion de parler à propos de son attitude envers la question juive, explique sa volonté de faire disparaître de notre arsenal répressif certaines dispositions visant spécifiquement les homosexuels, en particulier l'article 331 du Code pénal, hérité d'une ordonnance de Vichy en date du 6 août 1942, qui interdisait aux homosexuels d'avoir des relations entre eux en dessous de dix-huit ans alors que l'âge de la "majorité sexuelle" était fixée à quinze ans.
Ibidem, p. 173-174.
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François Mitterrand s'était refusé à cette prudence qu'il jugeait indigne de lui et de la cause qu'il défendait. Il avait procédé de la même manière en ce qui concernait l'une des plus importantes, si ce n'est la plus importante réforme de son premier septennat, l'abolition de la peine de mort.
.... Il fut aidé en cela par un homme dont Edmond Maire a pu dire qu'il était à lui seul "l'honneur de la gauche", Robert Badinter.
Avocat de Bontemps, condamné à mort en 1973 en même rtemps que Buffet, il avait publié cette même année un livre terrible, L'Exécution, récit minutieux et insoutenable des derniers moments qu'il avait passés avec son client avant que le bourreau ne fasse sa sinistre besogne.
.... S'il est bien un moment de grâce du premier septennat qu'il faut retenir, c'est celui-là. Allant à l'encontre de l'opinion de la majorité, François Mitterrand se résolut à supprimer de notre Code pénal l'un des vestiges de la barbarie, considérant qu'en agissant de la sorte, il redonnait à la France son rang parmi les nations civilisées.
Ibidem, p. 176, 177, 180.
7
Force est d'ailleurs de constater que c'est sous ses deux septennats que notre pays prendra définitivement conscience de son caractère multiculturel.
... La fameuse "génération Mitterrand" est, elle, tout entière contenue dans cette remarque du chef de l'Etat ; "Nous sommes français, nos ancêtres les Gaulois, un peu romains, un peu germains, un peu juifs, un petit peu espagnols, de plus en plus portugais, peut-être, qui sait, polonais et je me demande si déjà nous ne sommes pas un peu arabes ?" et le fait qu'il ait réussi à faire partager à l'immense majorité de ses concitoyens cette conviction restera à son actif.
Ibidem, p. 209-210.
8
On assista en France à une véritable mobilisation des intellectuels en faveur de la Bosnie, certains allant même jusqu'à dénoncer un nouveau "Munich de l'esprit" et à fustiger la prudence de la diplomatie française alors qu'ils rêvaient de constituer de nouvelles "Brigades internationales" pour venir en aide à un pays considéré comme un modèle de coexistence entre les différents peuples qui la composaient.
Cette vision péchait par angélisme et par une singulmière propension qu'ont certains à se passionner pour ceux qu'ils parent de toutes les vertus et à diaboliser ceux qu'ils décrètent être leurs adversaires.
La réalité, on s'en doute, était singulièrement différente. Le président Alija Izetbegovic était loin d'être un démocrate convaincu. Armé par l'Iran, militant intégriste musulman, il avait, sous Tito, prôné l'instauration d'une "république islamique" à Sarajevo et les seuls brigadistes internationaux qu'on vit affluer dans cette ville furent des "fous d'Allah" qui, après avoir écumé l'Afghanistan, considéraient que les Balkans devaient être le théâtre d'un nouvel affrontement entre la Croix et le Croissant.
Ibidem, p. 231-232.
9
La fantastique opération de désinformation à laquelle a donné lieu récemment la guerre du Kosovo montre d'ailleurs qu'on eût gagné à faire preuve de la plus grande prudence sur l'imbroglio yougoslave d'autant plus que les nouvelles autorités de Belgrade, dont l'arrivée au pouvoir a été saluée à juste titre par tous les démocrates, ne sont guère moins nationalistes que les partisans de Slobodan Milosevic, ce qui pour l'instant ne semble pas leur valoir l'opprobe ni la condamnation des âmes bien pensantes.
Ibidem, p. 232.
10
Par bien des aspect, François Mitterrand me fait penser à une autre figure de l'histoire de France dont on célébrera, l'année prochaine, le deux centième anniversaire de la naissance, Victor Hugo.
... Les deux hommes ont eu un parcours quasi identique. Ils ont commencé tous les deux leur carrière à droite et l'ont terminée à gauche.
... Converti sur le tard au socialisme, ce personnage dont la vie privée n'était pas moins tumultueuse que celle de notre Charentais, finit par se confondre avec la République, aimable figure tutélaire dont on connaissait par coeur les écrits et dont on écoutait cependant, parfois avec impatience mal déguisée, les oracles et les vaticinations ...
Entre Victor Hugo et François Mitterrand, les similitudes sont frappantes au même titre que le génie, l'un littéraire, l'autre politique. Tous deux furent surtout de grands penseurs. Le premier incarna la transition entre l'Ancien Régime, dans lequel il se reconnut, l'Empire qui baigna son enfance et la République. ...
... D'une certaine manière François Mitterrand fit mieux que lui. Il était, on l'a dit, un homme du XIXè siècle égaré dans le XXè siècle qu'il mit du temps à comprendre et à s'approprier. Homme de gauche par ses convictions, son éloquence et son amour de la justice, qui s'était substitué, chez lui, à la charité, il était à bien des égards un homme de droite par sa culture et par ses goûts. ... C'est pourtant cet homme, ce même homme, qui a accompagné, éclairé et, d'une certaine mesure, préparé et guidé la véritable révolution économique, sociale, morale, intellectuelle et politique qui s'opéra en France sous ses deux septennats et qui nous fit définitivement quitter non seulement le XIXè siècle, avec ses archaïsmes et sa morale étriquée, mais aussi le XXè siècle pour nous faire entrer de plain-pied dans le XXIè siècle, dont certains des grands travaux qu'il mit en chantier semblent un symbole éclatant. ...
... Et c'est peut-être Jacques Chirac qui a le mieux compris ce qui faisait sa singularité en prononçant un éloge funèbre qui avait l'intelligence et le courage, émanant d'un adversaire politique, d'être un message d'espoir qui s'inspirait des valeurs défendues contre lui.
Ibidem, p. 268, 269, 270-271-272.
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Pierre Bergé investit sur Ségolène Royal Le Point.fr 28/11/2007-17h39 - Rubrique coordonnée par Irène Inchauspé -
Pierre Bergé, qui finance déjà les nouveaux locaux de Ségolène Royal -150 m2 Bd Raspail-, veut réactiver Les Amis de Ségolène, l'association qui a soutenu l'ex-candidate durant la campagne présidentielle. Le patron de la Fondation Yves Saint Laurent souhaite organiser, dès le début 2008, des colloques de réflexion publics à l'École normale supérieure. Il y conviera, outre Ségolène Royal, des scientifiques, des chercheurs, des artistes et des intellectuels comme Bernard-Henri Lévy.