Histoire de la gauche caviar, Laurent Joffrin, Robert Laffont, Paris, 2006

Septembre 2011 : Victoire en Libye, et la Syrie ?, et l'Algérie ?
Mai 2011 : Le grand défenseur de Polanski prend fermement la défense de DSK
Mars 2011 : A la place de Juppé (?) et pour la guerre contre les Kadhafi ; triomphe à l'Onu, malgré l'Allemagne, la Chine, la Russie, l'Inde et le Brésil, notamment ; joie des socialistes français, Aubry, Fabius ...

Bio Express (2007)
Un portrait positif ? (2007)
Un portrait critique ? (2004)

Bernard-Henri Lévy, dit BHL (dit "petit con prétentieux" par Henri Guaino, plume et conseiller spécial de Nicolas Sarkozy)

Un héritier richissime, qui, après avoir défendus les Bosniaques, Kosovars et Tchétchènes, nous "vante" l'amérique, une amérique qui a "des leçons à nous donner" ... Une "imposture" selon ses détracteurs : Olivier Toscer et Nicolas Beau, Une imposture française, Les Arènes, Paris, 23/02/2006.

16 juillet 2010 : La Suisse lui donne Polanski, qui se Montreux librement
06 février 2010 : Le dandy le plus détesté de France
07 octobre 2010 : Pourquoi je défends Polanski

12 octobre 2009 : Contre la morale socialiste : Défense de Fréderic Mitterrand (tourisme sexuel asiatique) et de Léon Blum (éloge de l'adultère notamment)

10 février 2008 : BHL, SOS racisme, Rama Yade (N.S.), Fadela Amara (N.S.) et "Ni putes ni soumises", soutiennent l'ancienne députée néerlandaise d'origine somalienne, ayant obtenu un asile politique sur mensonges, réfugié aux USA, usaphile néo-conservatrice bushiste, Ayaan Hirsi Ali, dite menacée de mort pour avoir critiqué l'islam. Les Pays-Bas aujourd'hui laconiques ... après de vives réactions sur ses mensonges révélés en mai 2006.

07 décembre 2007 : Libye, visite officielle à Paris du colonel Kadhafi : Le "philosophe" donne des leçons à son ami Sarkozy
04 octobre 2007 : Ami de Sarkozy et conseiller de Royal, le néo-conservateur de la gauche caviar
23 mai 2007 : Législatives françaises. BHL soutient un ami de son ami Nicolas Sarkozy, Alain Carignon

1er février 2006 : Vertige américain ?

31 octobre 2003 : BHL contre Ramadan
04 mai 2003 : BHL a découvert "des choses terribles" ...

24 mai 2002 : Le bloc-notes de Bernard-Henri Lévy (intellectuel "parisien", grand défenseur officiel des musulmans bosniaques, kosovars et tchétchènes (et palestiniens ??)) ... - Oriana Fallaci : l'inacceptable provocation

Je connais Oriana Fallaci. Je l'ai rencontrée, il y a un peu plus de vingt ans, à New York, au temps où elle achevait « Un uomo », le roman d'amour et de passion politique dont je devais être l'éditeur en France.
J'ai admiré, avant cela, la correspondante de guerre qui, pour moi comme pour tous les correspondants de guerre du monde, a été un modèle de curiosité et d'audace. Je me souviens de la grande Italienne, adolescente à la fin du fascisme, élevée dans le culte de Carlo et Nello Rosselli, les deux frères assassinés par les cagoulards, en 1937, sur ordre de Mussolini - je me souviens de l'antifasciste résolue avec qui je pensais partager la même culture, les mêmes principes, les mêmes réflexes politiques et moraux.

Elle publie, aujourd'hui, un livre terrible. Elle donne, plus exactement, la traduction française d'un livre écrit au lendemain du 11 septembre, dans les heures qui suivirent l'attaque contre les tours de New York - elle donne la version française, donc corrigée, mûrie, de ce texte rédigé, alors, sous le coup de la colère et de l'urgence ; et je ne peux le lire, ce texte, sans stupeur, effroi, tristesse.

Comment une femme raisonnable peut-elle parler, par exemple, de la « prétendue » culture de l'islam ? Comment peut-elle écrire du Livre qui enseigne aussi miséricorde et charité à un milliard de fidèles dans le monde qu'il n'a jamais prêché - je cite - que « le mensonge, la calomnie, l'hypocrisie » ? Comment une journaliste de métier a-t-elle pu se laisser aller, comme le premier révisionniste venu, à des considérations oiseuses sur l'imposture séculaire qui reconnaît aux Arabes un rôle dans l'invention de la mathématique moderne ou dans la transmission vers l'Europe de la philosophie grecque ?
Comment ose-t-elle décrire les « fils d'Allah » - l'expression revient sans cesse, de façon obsessionnelle - comme des êtres abjects et ridicules qui « passent leur temps le derrière en l'air à prier cinq fois par jour » et « se multiplient comme des rats » ? Quand, dans un autre accès de haine et presque de folie, elle dépeint les immigrés musulmans (p. 144) comme des « hordes » de « sangliers » qui « transforment en casbah les villes glorieuses de Gênes et de Turin », quand elle décrit (p. 138) l'alignement de « sandales » et de « babouches » qui « souillent » la Piazza del Duomo de Florence, quand elle évoque (p. 139) « les miasmes nauséabonds des excréments déposés à l'entrée d'une exquise église romane » ou les « dégoûtantes traces d'urine qui profanent les marbres d'un baptistère », quand elle s'écrie (p. 138, encore) : « parbleu ! ils ont la giclée bien longue, les fils d'Allah », quand, dans une note spécialement rédigée pour l'édition française (p. 188), elle ose répondre à Tahar Ben Jelloun qu'« il y a quelque chose, dans les hommes arabes, qui dégoûte les femmes de bon goût », l'effroi, la stupeur, la tristesse le cèdent à la nausée.
Il y a du Céline dans cette Fallaci-là. Le pire Céline. Celui qui, dans « Bagatelles pour un massacre », utilisait le même lexique pour lancer son long cri de haine contre les fils, non d'Allah, mais de Moïse.

Faut-il discuter un pareil texte ? Doit-on débattre avec un auteur qui emploie, pour dire « l'invasion » de nos villes par les boucheries halal et les mosquées (p. 37) ou la façon qu'ont les Albanais d'inoculer aux Italiens la « syphilis » et le « sida » (p. 141), des mots à faire pâlir d'envie les plus enragés de nos lepénistes ? Sans doute pas.
A ceux (ils furent des dizaines de milliers, en Italie) qui seront néanmoins tentés de voir dans ces pages insupportables un salutaire « pavé dans la mare », à ceux (car il y en aura, on les entend déjà !) qui lui reconnaîtront le mérite de briser la loi du « politiquement correct » et, par-delà ses « outrances », de lever le soi-disant « tabou sur l'islam », je veux juste dire une chose. Je crois, moi aussi, que l'intégrisme est l'un des pires dangers qui menacent le monde depuis la chute du communisme. Je crois, moi aussi, qu'il faut combattre sans merci les hommes qui, d'Alger au World Trade Center, de Kaboul à Karachi et Jérusalem, égorgent, torturent, massacrent, au nom de Dieu.
Mais j'en sais assez, il me semble, sur le monde musulman d'aujourd'hui pour dire que la pire façon de mener ce combat serait de faire l'amalgame et de confondre dans le même torrent d'insultes et insanités Sadate et ses assassins, Massoud et les talibans, les musulmans éclairés de Sarajevo et les disciples de Ben Laden ; j'ai passé assez de temps en Bosnie, en Afghanistan, dans l'Algérie des égorgeurs du FIS et, bien avant cela, au Bangladesh où nous avons dû, Fallaci et moi, nous croiser il y a trente ans, pour savoir qu'il existe deux islams ; que la guerre qui s'annonce passera entre ces deux islams autant qu'entre l'Islam et l'Occident ; et que c'est un trop beau cadeau à faire, vraiment, aux fidèles de Ben Laden que d'accepter leur idée d'un Occident tout entier dressé contre un Islam indistinctement obscurci. Ceux qui procèdent ainsi sont des ignorants doublés d'irresponsables. Ce sont, eux aussi, des incendiaires des esprits.
Le bloc-notes de Bernard-Henri Lévy, Le Point 24/05/02 - N°1549 - Page 130 - 894 mots

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(04 mai 2003) « J'ai découvert des choses terribles... » Propos recueillis par Dominique de Montvalon, Le Parisien, dimanche 04 mai 2003, p. 4 BERNARD-HENRI LEVY

CHAQUE SEMAINE, « le Parisien Dimanche » donne la parole à une personnalité. Aujourd'hui : le philosophe Bernard-Henri Lévy, auteur d'une enquête sur l'assassinat, au Pakistan en janvier 2002, de l'envoyé spécial du « Wall Street Journal » : « Qui a tué Daniel Pearl ? » (Grasset).

Pourquoi Daniel Pearl a-t-il été tué ? Parce qu'il était américain, juif, occidental ? Ou parce qu'il risquait de mettre à nu des secrets explosifs sur Al-Qaïda ?

Bernard-Henri Lévy. Il a été kidnappé parce qu'il était juif et américain, dans un pays où être juif et américain n'est pas une identité mais un crime. Et il a été assassiné dès qu'on a compris qu'il en savait trop sur des sujets trop sensibles.

Ce que vous avez découvert est-il pire que ce que vous imaginiez ?

Toute l'idée de ce livre était de continuer de tirer les quelques fils que Pearl lui-même avait commencé de tirer. Et c'est vrai qu'en faisant cela, en m'avançant parmi ses meurtriers, en entrant dans ce paysage glauque des madrasas pakistanaises ou des banques de Dubaï, j'ai découvert des choses terribles : un Pakistan gangrené, un Al-Qaïda plus mobile, plus cancéreux, plus métastatique que je ne le pensais, une imbrication absolue entre certaines mosquées et la terreur, la puissance extrême (notamment financière) de ces réseaux dont les ramifications plongent jusqu'aux Etats-Unis. Une sorte d'archipel de la terreur. Et qui donne le vertige.

Pourquoi Pearl a-t-il été décapité ?
Pour faire un exemple. Pour nous montrer, à nous, démocrates, Occidentaux et non-Occidentaux, comment nous serons traités à l'avenir si nous continuons de mettre le nez dans les secrets de l'archipel.

Le Pakistan est pourtant l'allié officiel des Etats-Unis...

C'est vrai. Mais est-ce la première fois que les Etats-Unis et l'Occident en général se seront aveuglés sur la réalité de la menace ? Ils ont tardé à comprendre ce que représentait le nazisme. Ils se sont trompés sur le communisme. Eh bien, je crois qu'un mécanisme du même ordre est en train de se reproduire avec ce troisième totalitarisme. On lui trouve des excuses. On maquille la réalité. Quand c'était le terrorisme algérien, on disait que le GIA, ce n'était pas les islamistes, mais l'armée. Quand ce sont les kamikazes palestiniens, on dit que les massacres de civils sont une réaction de désespoir dictée par la politique criminelle de Sharon. Quand c'est Al-Qaïda, on dit : revanche des damnés de la terre contre l'arrogance américaine. Après ces séjours au Pakistan, je me sens, toutes proportions gardées, dans l'état d'esprit de ces premiers témoins qui, dans les années trente, rentraient d'Allemagne disant : « Ce que j'ai vu est terrible ; vous ne voulez pas en prendre la mesure, mais c'est terrible... »

L'aveuglement, ce serait aussi celui des Américains qui auraient conduit en Irak une guerre dépassée...

Peut-être y a-t-il des choses dans la stratégie américaine que nous ne comprenons pas. Peut-être un dessein secret qui nous échappe encore. J'ai l'impression d'une vraie erreur de cible. On cherche en Irak des liens avec Al-Qaïda et des armes de destruction massive. Alors que c'est à Karachi que vous avez et les uns et les autres. L'administration Bush donne le sentiment d'avoir vingt ans de retard et de travailler sur une définition des Etats voyous qui date de l'époque Carter : Libye-Iran-Irak. Je crois, moi, que la vraie triade d'aujourd'hui, où l'on voit concentrées une idéologie mortifère en expansion et des armes effrayantes, c'est : Yémen-Pakistan-Arabie saoudite. Attention à ne pas se tromper de siècle.

« Il faut être intraitable sur la laïcité »

Tout se joue, dites-vous, entre l'islam modéré et l'islam terroriste...

Oui. L'islam n'est pas monolithique. Il y a autant de lectures du Coran qu'il y a de lectures de la Bible ou des Evangiles. Et l'immense majorité des musulmans dans le monde sont des gens, je le sais, qui réprouvent le terrorisme, la violence, le fanatisme. J'ajoute que les principales cibles de la violence islamiste ce sont les musulmans eux-mêmes. Ils ont égorgé Daniel Pearl, mais combien de Daniel Pearl en Algérie ? Combien au Pakistan ? Combien de chiites assassinés, coulés dans la chaux vive, ces trois dernières années dans la seule ville de Karachi !... Le communisme était un bloc. Le nazisme était un bloc. Dans cette affaire-ci, il n'y a pas de bloc. Le monde musulman est bel et bien coupé en deux.

Comment doit réagir la France ?

Avec fermeté et modération. C'est ce que fait, aujourd'hui, Sarkozy. Intraitable sur la laïcité, et notamment sur le port du foulard, mais attaché, en même temps, à rendre justice à l'islam de France, à lui donner la place qui lui revient, à aider les musulmans de France à rejeter la loi de fer des ayatollahs. C'est enfin la bonne ligne. Idem pour mon ami Malek Boutih, le patron de SOS Racisme, qui tient, lui aussi, une parole de vérité. Il dit simultanément deux choses. D'un côté : « non à la criminalisation des communautés musulmanes ; non, les banlieues, ce n'est pas le far west ; non, les musulmans de France ne sont pas tous des délinquants ni des terroristes en puissance ». Mais de l'autre : « être intraitable sur l'essentiel et, notamment, sur l'antisémitisme ; refuser la logique de l'excuse, qui, face aux attentats contre les synagogues, aux insultes ou aux violences contre les élèves juifs dans les collèges, voudrait nous convaincre que ce sont des actes de voyous isolés, de la délinquance juvénile, du désespoir ». Que quelqu'un comme Malek Boutih dise aux jeunes musulmans antisémites : « Vous parlez comme Le Pen, vous agissez comme Le Pen, et vous n'avez aucune excuse », c'est si important ! C'est dans cette double parole - primo, pas de quartier pour les salauds ; secundo, les salauds sont une minorité - qu'est la juste réponse. La France est l'un des pays où est en train de se jouer - j'espère pour le meilleur - cet affrontement entre les deux islams.
Propos recueillis par Dominique de Montvalon, Le Parisien, dimanche 04 mai 2003, p. 4

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L'autre visage de Tariq Ramadan, par Bernard-Henri Lévy Bernard-Henri Lévy est écrivain. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 01.11.03, LE MONDE | 31.10.03 | 15h11

Je ne vais pas répondre à Tariq Ramadan ni, encore moins, débattre avec lui.

Qu'il soit antisémite ou qu'il ait, plus exactement, commis un texte antisémite où des intellectuels supposés juifs se sont trouvés stigmatisés comme tels, qu'il fasse partie de ces gens pour qui, quand Kouchner parle de l'Irak, ou Glucksmann de la Tchétchénie, ou moi de Daniel Pearl, ce n'est pas notre tête mais notre origine qui parle en nous, qu'il se trompe au passage dans ses comptages et embarque dans sa rafle de papier des gens dont les dépêches d'agence sont sans cesse obligées de préciser, dans de douteuses incises ou parenthèses, qu'ils ne sont "pas juifs", bref qu'il ait une vision raciste du monde et nous entraîne tous, bon gré mal gré, dans son délire, ce n'est pas une accusation, c'est un fait, et je n'ai finalement pas envie de m'attarder sur ce fait.

Non. Le vrai problème, c'est le type d'islam que prône cet intellectuel rusé, champion toutes catégories du double langage, et qui va, de plateau en plateau de télévision, poser, main sur le cœur, au grand réformateur - le vrai problème, la vraie urgence, c'est de montrer aux altermondialistes qui, de bonne foi sans doute, l'invitent à participer aux travaux du Forum social européen, l'autre face du personnage.

S'il est vrai, par exemple, que le prédicateur genevois prône le respect de surface, par les musulmans de France, des lois de leur pays, il n'en est pas moins vrai qu'il se défie de l'idée de laïcité, "simple étape", dit-il, dans une "tradition française"qui vient elle-même d'une "histoire à laquelle les musulmans n'ont pas contribué".

S'il est vrai que nul, jamais, ne saurait être tenu pour responsable des fautes de ses pères, il reste que M. Ramadan, chaque fois que lui est posée la question de la façon dont il se situe par rapport à l'héritage de son grand-père, le fondateur des Frères musulmans, Hassan Al-Banna, fait toujours le même type de réponse, à la fois embarrassée, légèrement distanciée, exigeant par exemple que soit contextualisé le rigorisme meurtrier de l'inventeur du fondamentalisme moderne, mais réaffirmant, au total, une profonde fidélité de principe : entre mille exemples, disponible sur son site Internet, ce petit "lexique islamique" commandé, puis refusé, en septembre 1998, par Le Nouvel Observateur, où il commence par regretter qu'on ne connaisse ce grand homme, ce mystique, ce grand lecteur de Descartes et Aristote, qu'"à travers ce qu'en ont dit ses ennemis politiques", notamment "sionistes", et où il forme l'espoir que l'on "étudie la pensée et évalue l'action réelle du plus influent des réformistes musulmans de ce siècle".

S'il est vrai, encore, que M. Ramadan fait partie de ces leaders d'opinion musulmans qui ont condamné, dans les grands médias, les attentats-suicides du 11 septembre 2001, on ne peut que rester rêveur quand on lit, dans tel quotidien sud-fribourgeois (Lagruyère, 22 septembre 2001), qu'il reste à déterminer, selon lui, "à qui profite le crime" et que "la représentation diabolique que l'on se fait -de Ben Laden- sert peut-être d'autres desseins géostratégiques, économiques ou politiques" - ou quand on découvre, dans le même "lexique islamique", au mot "martyre", que "le martyre pour défendre sa conviction quand elle est opprimée -est- le vrai témoignage, ash-shahada, le signe de la sincérité et de la profondeur".

J'ajoute que, lorsque ce prétendu libéral évoque, dans le même lexique toujours, le cas du FIS algérien, il ne trouve à lui reprocher que de menues "maladresses" et "erreurs politiques" et continue, six ans et quelques dizaines de milliers de morts plus tard, à saluer les "voix constructives et raisonnables" de ses principaux dirigeants.

J'ajoute que, dans celui de ses livres, Les Musulmans dans la laïcité (Tawhik éditions), où il aborde la question concrète de ce qu'il faut dire à "nos enfants", cette "fangeuse deuxième génération" (sic) issue de l'immigration, lors de leur entrée à l'école républicaine, la réponse, notamment pour les jeunes filles, est une caricature de l'intégrisme le plus convenu : piscines séparées, port du voile, aménagements multiples à une mixité qui ne peut que menacer les "principes de la pudeur musulmane", cours de culture islamique supposés réparer les outrages que feront aux "convictions des jeunes filles"les cours de biologie.

J'ajoute encore, et c'est peut-être le pire, que lorsque Hani Ramadan, son frère, qui dirigeait le Centre islamique de Genève, est relevé de ses fonctions, en septembre 2002, après publication dans Le Monde d'un point de vue expliquant que c'est le "Dieu d'amour -qui a- ordonné la lapidation de l'homme et de la femme adultère", notre grand pourfendeur de tous les communautarismes adopte une attitude dont le moins que l'on puisse dire est qu'elle manque de clarté : cette interview notamment, publiée le 13 novembre à Genève dans Le Courrier, où il se contente de noter que son frère a une lecture du Coran "plus littérale", en effet, que la sienne, et où il ajoute surtout - et c'est bien en son nom, là, qu'il parle - que l'affaire est sérieuse, que "des savants" ont énoncé les "conditions très précises" pouvant "justifier" une lapidation, et qu'il propose, lui, pour le moment, un "moratoire" sur les "peines corporelles" laissant le temps de "déterminer strictement la nature des conditions requises".

Et je ne parle pas, enfin, des révélations faites par la presse suisse l'été dernier, et étrangement peu reprises dans les journaux français, sur les investigations du juge antiterroriste Balthazar Garzon chargé des enquêtes sur les réseaux de Ben Laden en Espagne : liens de Ramadan avec l'islamiste algérien, financier d'Al-Qaida, Ahmed Brahim ; contacts de Brahim avec la librairie Tahwid, base lyonnaise de Ramadan et éditrice de ses principaux livres ; confirmation, en fait, des soupçons formulés par le père Christian Delorme, ancien compagnon de route des jeunes musulmans lyonnais, expliquant (Le Monde du 11 février) que, là où l'UJM, l'organisation de Ramadan, est forte, "on constate un durcissement des identités religieuses".

Peut-être l'homme évoluera-t-il avec le temps.

Peut-être est-il déjà en chemin et son itinéraire sera-t-il, à l'arrivée, celui d'autres fondamentalistes que l'on a vu se convertir, au terme d'un long et douloureux travail sur soi, à cet islam de bienveillance et de douceur que prêche aussi le Coran.

Pour l'heure, nous n'en sommes pas là. Rien dans ce qu'il dit et écrit ne vient encore contredire la terrible prédiction d'Hassan El-Tourabi, le pape soudanais de l'intégrisme, annonçant, à Khartoum, au milieu des années 1990, que "l'avenir de l'islam, c'est Tariq Ramadan". Et c'est pourquoi j'estime, avec d'autres, beaucoup d'autres, responsables associatifs, politiques, simples citoyens, militants de base d'Attac, que les dirigeants altermondialistes qui s'obstineraient à vouloir l'accueillir commettraient une grave faute morale et politique.

Le débat sur les deux islams est, à coup sûr, le grand débat du moment. Le corps-à-corps, le combat, sur le double front de l'islamophobie d'un côté, du fondamentalisme de l'autre, sera, nous en sommes tous d'accord, la grande affaire du siècle qui commence. Ne l'abordons pas, ce combat, en nous trompant d'alliés. Ne prenons pas le risque, en confondant les héritiers de Massoud et ceux des Frères musulmans, d'affaiblir ceux qui, en France et ailleurs, luttent pour un islam des Lumières.

Il y a des femmes par exemple qui, en Algérie, en Iran, au Pakistan, risquent leur vie, chaque matin, pour, en montrant simplement leur visage, donner une autre image de leur foi : c'est elles, chers altermondialistes, que nous trahissons en offrant nos tribunes à ceux qui les humilient ; c'est elles que nous prenons le risque de désespérer, quand, par légèreté, inconscience ou, pire, entêtement, nous légitimons leurs ennemis.
Bernard-Henri Lévy est écrivain. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 01.11.03, LE MONDE | 31.10.03 | 15h11

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Un héritier devenu milliardaire F.V., Le Parisien, mercredi 27 octobre 2004, p. 17

Les faits.
Milliardaire en francs, propriétaire d'un immense appartement boulevard Saint-Germain, d'une somptueuse résidence à Marrakech rachetée à Alain Delon et d'une maison à Tanger, le philosophe a hérité à la mort de son père de la Becob, une société d'import-export de bois exotiques.
En 1997, la mère de Bernard-Henri Lévy cède ses parts au concurrent direct, le groupe Pinault-Printemps-la Redoute. Prix de la vente, 750 millions de francs.
« BHL pèse aujourd'hui 150 millions d'euros », reconnaît un de ses proches. Il est à la tête de six sociétés de gestion de patrimoine, immobilières et financières, ainsi qu'une société de production de cinéma, Les Films du lendemain.

L'accusation.
Alors qu'il dit ne pas s'intéresser au monde des affaires, mais à celui des lettres, BHL s'est révélé un redoutable homme d'affaires. « Je ne suis pas un professionnel de la Bourse », expliquait-il pourtant le 22 novembre 2000, alors qu'un rapport de la Commission des opérations de Bourse (COB) le soupçonnait de délit d'initié.
« Il est très difficile de savoir si ses activités génèrent d'importants bénéfices, décrypte un analyste financier, car ces sociétés civiles immobilières ne sont pas obligées de déclarer leurs résultats. »

Autre accusation, les renvois d'ascenseurs croisés. Par exemple, François Pinault, considéré comme son « père adoptif », n'a pas hésité à éponger la dette de SOS Racisme dont BHL est l'un des parrains.
En 1997, l'année où il acquiert la société Becob, Pinault coproduit le film de son ami philosophe, « le Jour et la Nuit », avec Alain Delon. Un énorme bide (78 000 entrées).

La défense.
Les proches de BHL affirment que le philosophe n'utilise jamais son carnet d'affaires pour son propre intérêt, mais davantage par sympathie et affinités pour ces capitaines d'industries. Sa fortune lui permettrait de ne rien leur demander et de prendre ses distances quand il le souhaite.
« Je fais des livres et non des affaires », confiait-il au « Parisien », le 22 novembre 2000. « Au coeur du fascisme français il y a la haine de l'argent », a-il écrit dans un de ses livres.
F.V., Le Parisien, mercredi 27 octobre 2004, p. 17

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Livre. BHL, le roi d'un système Par Philippe LANÇON, Libération, mardi 02 novembre 2004, p. 37
Le portrait critique d'un philosophe national, journaliste intermittent et archevêque du Bien, ami des puissants et au coeur d'un réseau efficace.
Le B.A.BA du BHL. Enquête sur le plus grand intellectuel français par Jade Lindgaard et Xavier de la Porte, La Découverte, 268 pp., 18,50 €.

Le premier réclamier (1) intellectuel de Paris est-il nu ou mieux vêtu que jamais ? On fourbit aujourd'hui plusieurs livres sur et contre ce Bernard-Henri Lévy qui, depuis son apparition en «nouveau philosophe» à Apostrophes en 1977, n'a cessé d'occuper le terrain public avec sa morale mise en Moi et ses diverses panoplies. Il lui arrive ce qui est arrivé au Monde, journal qui publie ses reportages : l'excès de pouvoir et de représentation finit par créer des réactions de toutes sortes et de toutes qualités.

La première, précise et réussie, vient de paraître aux éditions de La Découverte. Elle est signée par Jade Lindgaard, journaliste aux Inrockuptibles, et Xavier de la Porte, producteur à France Culture. Leur livre est né d'une question en écluses : pourquoi un ouvrage aussi critiquable que Qui a tué Daniel Pearl ? (2) fut-il à ce point célébré en France ? Que nous apprend ce défaut de travail critique sur la place ­ et la nature ­ d'un tel homme ? Que nous enseigne cet homme sur le système qui le fit roi ? Pour y répondre, les auteurs relisent sa geste avec une attention armée.

Sachant que des livres se préparaient sur lui, «BHL» publia l'an dernier une «compil» de dix années d'articles, Récidives (2) : une sorte d'autodéfense anticipée, à la fois brouillonne et enflée, de 990 pages. Dans la préface, il dénonçait une époque, la nôtre, «où ce que nous sommes et, pire, ce que nous cachons semblent importer davantage que ce que nous faisons». Les auteurs du B.A.BA du BHL l'ont pris au mot. Leur travail s'appuie sur une lecture exclusive du visible : ses livres, ses articles dans les revues, son «Bloc-notes» hebdomadaire du Point, ses entretiens dans toute sorte de presse (de Libération à Play Boy) et de médias (de France Culture à Tout le monde en parle), mais aussi les nombreux ­ et pour l'essentiel enthousiastes ­ articles qui lui sont consacrés et comme dévoués.

Pas de «face cachée de BHL», donc, mais uniquement la face ensoleillée d'un homme que Lindgaard et de la Porte n'ont d'ailleurs pas interrogé, estimant sans doute qu'il avait assez parlé comme ça. Les seules personnes rencontrées sont des spécialistes de domaines visités par «BHL» depuis trente ans : histoire des idées, Bosnie, Moyen-Orient, Asie. «BHL» n'a jamais séduit les vrais intellectuels : le livre rappelle qu'Aron, Castoriadis, Deleuze, Leys, Vidal-Naquet, entre autres, l'ont attaqué dans l'oeuf. Mais l'époque ne pouvait plus les entendre. «J'estimais avoir "tué" BHL, je ne l'ai pas "tué", dit aux auteurs Vidal-Naquet. [...] Pour moi, c'est une défaite.»

L'homme a souvent défendu de justes causes ­ celle, en particulier, de la Bosnie. Mais son travail laisse souvent à désirer : il est marqué par l'emphase, une frivolité de perception soigneusement ourlée, des erreurs et imprécisions. On ressort de ce livre à charge (mais la cible a suffisamment d'avocats bénévoles) avec l'idée que «BHL» est un péage à grand spectacle. En vulgarisant avec puissance et savoir-faire les idées et les professions des autres, il a fixé son prix : caricature et souci de soi. «BHL», c'est le kitsch romantique des idées simples par temps audiovisuel, doublé d'une formidable agence publicitaire de lui-même.

Du gauchisme qu'il combat, il a conservé quelques vertus ­ réactivité, sens du placement politique, culot d'enfer et goût rhétorique de l'affrontement ­ mais aussi quelques vices ­ obsession du noir et blanc, mauvaise foi dans le débat, goût de la manipulation et du pouvoir comme miroir. Il y a ajouté ­ et comme inventé ­ quelque chose : la répétition et la déclinaison de lui-même comme «logo» des territoires qu'il investit. Tout cela est analysé en détail, territoire par territoire, quasiment livre à livre, depuis la rue d'Ulm, où il fut élève d'Althusser, jusqu'au boulevard Saint-Germain, où il habite.

«BHL» occupe à la fois ou successivement les cases «écrivain», «intellectuel», «militant», «journaliste», «people», «auteur dramatique», etc. : chacune est décryptée. Au bout du compte, le personnage rappelle la silhouette blanche du peintre Jérôme Messager, qui «revisitait» l'histoire de l'art en s'installant dans chaque chef-d'oeuvre (mal) reproduit.

Les chapitres évoquant les reportages en Algérie ou l'enquête sur l'assassinat à Karachi du journaliste Daniel Pearl sont cruels. «BHL» met toujours en scène, pour les besoins de la pause, le «Bien» et le «Mal». En Algérie, le «Bien», c'est les généraux, puisque le «Mal», ce sont les islamistes. Au Pakistan, le «Mal» (ou le «diable») est le pays lui-même (même si quelques pages, malines, nuancent le propos-massue). Dans les deux cas, le contexte politique et social, les jeux ambigus du pouvoir et la complexité des situations sont rabotés ou évacués, au profit d'une sorte d'homélie ego-journalistique.

Les auteurs soulignent comment le philosophe se met en scène dans ses aventures, réinvente, corrige ou imagine assez grossièrement, sous prétexte de «romanquête», la réalité de ce qu'il a pu voir. La maison où fut tué Daniel Pearl est, selon un spécialiste de la CIA interrogé, plantée dans un quartier imaginaire et entourée d'arbres qui n'ont jamais existé. En Afghanistan, Massoud devient rétrospectivement «un ami de vingt ans», alors même que «BHL» n'a pu le rencontrer en 1981 ou 82, comme il le dit par la suite, mais seulement bien plus tard : il retouche la photo pour y tenir la meilleure place, celle d'engagé physique de la première heure. Il a toujours de l'imagination, parfois du courage ; il a peu d'humilité.

L'analyse de ses réseaux ­ parfaitement visibles pour qui sait lire ­ est également pertinente. «BHL» n'est pas un intellectuel organique : il est l'organe lui-même. C'est cela, «l'intellectuel du troisième type» : un mutant actif, né dans l'estuaire contemporain des médias, de la réclame, du people, d'une ville (Paris) ­ et du fantasme intellectuel français. «BHL» s'intronise en effet héritier d'un trio de grands morts : Sartre, Malraux, Foucault.

A priori, quelle importance ?, diront ses amis. Après tout, il a défendu des causes et des peuples à défendre ; et, lorsqu'il parle de ses propres défauts ou des créateurs qu'il admire, il le fait souvent bien. Lindgaard et de la Porte surinterprètent certaines erreurs, certains tics. Ils rappellent trop peu la qualité de certains livres, dont celui sur Sartre (son meilleur ouvrage, celui qui s'est bien sûr le moins vendu). Ils sous-estiment enfin la part du jeu : «BHL» est un pessimiste qui aime flatter les clichés qu'il produit de lui-même.

Mais, au total, les auteurs n'ont pas tort de voir en leur antihéros «un pourvoyeur de scrupules, un prescripteur d'affects, un talentueux avocat qui, dans son souci d'alerte de cet abstrait interlocuteur qu'est l'opinion, fait appel à l'indignation du public avant de chercher à mobiliser ses capacités de raisonnement». Archevêque du bien, «BHL» est devenu peu à peu un agent conservateur des pouvoirs en place, ami des riches et des puissants, de gauche morale et jamais sociale, confondant ses valeurs, son personnage, ses images et ses intérêts ; en résumé, un grand homme moderne.
(1) Un réclamier est un homme qui rédige des réclames dans un journal (Balzac). Et par extension, un homme qui fait parler de soi. «Un personnage vaniteux et réclamier» (Journal amusant, 16 juillet 1892), cité par Le Robert. (2) Grasset, 2003.
Par Philippe LANÇON, Libération, mardi 02 novembre 2004, p. 37

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(mercredi 1 février 2006, 11h23 ) yahoo.fr, actualités, mercredi 1 février 2006, 11h23 Aux Etats-Unis, "American Vertigo" de BHL créé la controverse

WASHINGTON (AFP) - "American Vertigo" de l'écrivain français Bernard-Henri Lévy, un voyage sur les pas d'Alexis de Tocqueville en Amérique, suscite la controverse chez les critiques littéraires aux Etats-Unis, où il est sorti plusieurs semaines avant sa parution en France.
Fruit d'un voyage commencé en juillet 2004 et terminé en avril 2005, portrait de l'Amérique à travers des personnages connus et inconnus croisés par l'auteur, le livre était "risqué intellectuellement", a estimé dès le 20 janvier le "Los Angeles Times".
"C'est un livre sur les Etats-Unis, originellement écrit en français (...) mais qui s'adresse principalement à une audience américaine (...) et lire les impressions d'un étranger sur ses propres terres peut être irritant", a poursuivi pour ce journal l'écrivain Brendan Bernhard.
Paru le 24 janvier, avec plusieurs semaines d'avance sur la version française programmée en mars, il doit aussi supporter la comparaison avec Tocqueville, un mythe aux Etats-Unis pour son "De la démocratie en Amérique", paru dans les années 1830, a encore estimé ce journal.

La liste des entretiens proposés à BHL dans journaux, radios et télévisions n'a cessé de s'allonger, avec des entretiens planifiés ou réalisés avec une trentaine de médias, dont Fox News, CNN, la radio NPR, le New York Times, Vanity Fair ou encore l'édition américaine d'Elle.
Mais BHL n'a pas toujours convaincu: un deuxième article du Los Angeles Times, le 22 janvier, cette fois sous la plume de Marianne Wiggins, affirme qu'il a beau être enthousiaste sur le pays (il se présente comme un anti-anti-américains) il ne saisit pas pour autant sa "réalité quotidienne".
Dans le Wall Street Journal, Harvey Mansfield, traducteur de Tocqueville, écrit le 27 janvier qu'il manque de gratitude pour la démocratie en Amérique, et le livre du même nom.

Le prestigieux supplément littéraire du New York Times, va beaucoup plus loin.
"Sur plus de 300 pages, personne ne blague, personne ne semble travailler, personne ne se met à table et semble profiter du repas", y affirme Garrison Keillor, écrivain qui n'a pas apprécié les reportages peu représentatifs selon lui de son pays choisis par Bernard-Henri Lévy.
"Comme toujours pour les écrivains français, Lévy est court sur les faits et long sur les conclusions", a-t-il ajouté avant de dénoncer son amour "infantile" pour les paradoxes: l'Amérique est magnifique mais folle, avare mais modeste, ivre de matérialisme et religieuse, puritaine et scandaleuse.
La photo de BHL fait cependant la Une, sur une pleine page, du supplément, ce qui devrait lui apporter plus de publicité pour son livre initialement tiré à 75.000 exemplaires selon des sources proches de l'édition.

Interrogé par l'AFP Bernard-Henri Lévy se félicite de ces critiques, y compris les plus dures, estimant qu'elles sont "le signe d'un malaise" et que son but était atteint.
"Cela a un vrai sens, cela veut bien dire que c'est un livre qui est fait pour avoir des effets dans le débat politique et intellectuel américain", a-t-il déclaré depuis Chicago (nord).
"C'est le livre d'un ami de l'Amérique, qui critique les Américains sans tourner le dos à la grande vocation démocratique de l'Amérique", a-t-il ajouté.

La controverse ne fait apparemment que commencer puisque dans un article à paraître jeudi l'hebdomadaire de gauche The New Republic prend passionnément la défense de l'auteur sous la plume de Martin Peretz, son rédacteur en chef, qui estime que BHL est "du bon côté de tous les débats fondamentaux auxquels font face les sociétés avancées".
yahoo.fr, actualités, mercredi 1 février 2006, 11h23

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(07 mars 2006) Bernard-Henri Lévy :"L'Amérique a des leçons à nous donner" Le Parisien , Paru le : 07/03/2006, Les spectacles, pp. 28-29

Livre. A près avoir sillonné l'Amérique, BHL la raconte dans son dernier ouvrage.
Rencontre avec l'écrivain-philosophe, qui défend le modèle américain, dénonce le retour de l'antisémitisme en France et en appelle aux femmes en politique.

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Conduit par un chauffeur au volant d'une grosse berline aux vitres teintées, Bernard-Henri Lévy, 57 ans, s'est présenté avec quelques minutes d'avance dans les locaux de notre journal. Vêtu d'un costume de velours noir et d'une chemise blanche au col ouvert, l'écrivain, qui publie aujourd'hui un nouvel ouvrage d'enquête, "American Vertigo" (Grasset), a répondu durant deux heures aux questions de plusieurs services de la rédaction. Au menu de ce "Grand Entretien", sa redécouverte d'une Amérique qui l'a fait rêver depuis son adolescence et où il retourne souvent depuis son tout premier séjour, en été 1968, mais aussi ses convictions sur l'antisémitisme, sur la vie politique française, sur l'islamisme ...

Pourquoi ce long voyage dans l'Amérique aujourd'hui ?

Bernard-Henri Lévy. C'est notre allié, un pays dont dépend le sort du monde, avec lequel nous avons des relations fraternelles et difficiles. Mais c'est une énigme. L'Amérique, on croit la connaître, et on ne la connaît pas. Moi-même, je pensais la connaître et je la découvrais.

Au moment où vous commencez ce livre, l'antiaméricanisme déferle...

Cela ne déferle pas seulement en France mais dans le monde entier. C'est devenu une sorte de nouvelle religion planétaire qui attire, aimante à peu près tout ce qu'il y a de pire : le nationalisme le plus chauvin, la vision complotiste de l'histoire, l'antisémitisme évidemment, les réflexes identitaires les plus étroits. Tout cela se regroupe sous l'étendard de l'antiaméricanisme. L'une des intentions de mon livre, c'est de répondre par des rafales de vérité à cet antiaméricanisme. Le meilleur antidote aux fantasmes, c'est la réalité.

Pourquoi cet antiaméricanisme est-il dangereux ?

Je viens de vous le dire : parce que, derrière la haine phobique de l'Amérique, il y a toujours autre chose. On n'a jamais raison de haïr un pays et encore moins un peuple. On peut haïr un gouvernement, on peut combattre George Bush, et c'est mon cas. Mais, quand on hait l'Amérique en tant que telle, le pire n'est jamais loin - et, notamment, la détestation de la démocratie.

«Le pays doute»

Les Etats-Unis ont-ils beaucoup changé depuis le 11 septembre ?

Oui, bien sûr. Le pays doute. Il est étrangement incertain. Et, de ce fait, il fait des bêtises. Raison de plus pour lui tendre ce miroir et montrer aux Américains ce qu'ils sont pour le meilleur et aussi pour le pire, c'est plus important que jamais. Dire aux Américains, par exemple, que leur système de prison est indigne d'une démocratie, je trouve cela encore plus important de le faire au moment où les images de leur système pénitentiaire font le tour de la planète à travers Guantanamo.

Quel est le principal enseignement que vous tirez de votre périple ?

L'impression dominante, c'est que les ressorts démocratiques sont quand même en bon état, que la démocratie est vivante. Malgré cette administration pitoyable, le modèle citoyen fonctionne.

Qu'est-ce qui vous a le plus surpris ?

La plupart des idées que nous avons sur l'Amérique sont fausses. Les Américains sont obèses ? Ce n'est pas vrai. Les Américains sont arrogants ? Leur nationalisme est étonnamment fragile. Les Américains n'ont pas de mémoire ? Au contraire, ils sont obsédés par la mémoire et font des musées de tout. L'expérience d'un voyage aux Etats-Unis, où l'on prend le temps, est très bizarre : on passe vraiment d'un sentiment à l'autre, de l'émerveillement à la nausée et presque au désespoir. Mon livre, c'est un livre d'amitié pour un pays que j'aime et pour un peuple envers lequel je me sens une dette.

Laquelle?

Je pense que je ne serais pas né si la France n'avait pas été libérée par les Américains. C'est en tout cas ce qu'on m'a souvent répété dans ma famille.

Mais vous écornez aussi beaucoup le modèle américain...

J'écorne le modèle américain, ça dépend... Le modèle de citoyenneté, non ! La manière dont ils gèrent l'immigration, leurs minorités ethniques, la façon dont ils sont justement en train de surmonter leur communautarisme et de rebâtir un modèle d'intégration nationale est quelque chose de formidable. J'aimerais qu'à Clichy, à Bagneux, à Saint-Denis on s'inspire de cette manière de se sentir pleinement patriote, fier de son drapeau, de sa Constitution, sans renier ses origines arabes. Il y a là une sorte d'équilibre assez miraculeux.

Dans votre livre, vous évoquez ces banlieues françaises où « on conchie le drapeau, on hue l'hymne national et où la haine du pays d'accueil n'a d'égal qu'un antisémitisme qui ne demande qu'à passer à l'acte... ».

Oui, eh bien ? C'est quoi, la mort tragique d'Ilan Halimi, sinon un passage à l'acte ? Cela dit, attention ! Quand je dis les banlieues, ce ne sont pas les banlieues dans leur totalité, mais c'est une forte minorité. Bien sûr qu'il y a une haine des valeurs démocratiques dans une fraction de cette population. Et là, oui, sur cette question de la « fabrication » d'un citoyen, c'est vrai que les Etats-Unis d'aujourd'hui ont des leçons à nous donner.

La mort d'Ilan Halimi marque donc, selon vous, une étape dans la résurgence de l'antisémitisme en France ?

Je le crains, oui, hélas. Et je crains aussi qu'il n'y ait quelque chose d'obscène dans tout le débat qui s'est développé, depuis, sur la question de savoir si ce meurtre est vraiment, ou non, un meurtre antisémite. On cible un homme parce qu'il est juif et parce qu'on pense que les juifs ont de l'argent. Qu'est-ce qu'il faut de plus à nos belles âmes ? Est-ce que ce n'est pas exactement ça, ni plus ni moins, un acte antisémite ? Et est-ce que le fait d'hésiter à nommer la chose, le fait de l'enrober dans toute cette mièvrerie savante et sociologisante n'est pas le plus sûr moyen de banaliser le crime ? Youssouf Fofana et ses complices sont aussi antisémites, ni plus ni moins, que le voyou SA de 1933.

« Fascislamisme »

Si vous deviez réécrire « la Barbarie à visage humain », par quoi remplaceriez-vous le communisme ?

Par l'islamisme. Car l'islamisme radical est, très clairement, le totalitarisme de notre temps. C'est un néofascisme qui, si vous regardez bien, emprunte d'ailleurs nombre de ses thèmes au fascisme stricto sensu. La voilà, la vraie guerre de civilisations. Pas entre nous et l'Islam naturellement. Mais à l'intérieur de l'Islam, au sein du monde musulman lui-même, la guerre entre ce « fascislamisme » et tous les modérés (ils sont nombreux !) qui se battent pour promouvoir une interprétation du Coran conforme à la démocratie et aux droits de l'homme.

Ne craignez-vous pas qu'aux Etats-Unis le lobby islamiste continue à monter en puissance et ébranle le statut de la communauté juive américaine ?

Oui, sans doute. Mais, à l'heure où je vous parle, le danger me semble plus menaçant ici, chez nous, qu'aux Etats-Unis. C'est quoi, exactement, le problème ? C'est ce que j'appellerais la « concurrence des victimes ». C'est cette idée bizarre, nouvelle, et que développent par exemple des gens comme Dieudonné, selon laquelle les larmes que l'on verse sur les uns sont autant de larmes que l'on ne versera pas sur les autres. L'idée est terrible. C'est même la source principale, de nos jours, du néo-antisémitisme. Et il faut lui opposer, avec force, cette contre-idée toute simple qu'est la solidarité absolue des victimes des barbaries. Moi, par exemple, je crois de toute mon âme que c'est ma sensibilité à l'antisémitisme qui me rend insupportable le racisme antiarabe ou antinoir, et vice versa. Et je revendique le droit de pleurer, ensemble, Ilan Halimi, Sohane Benziane, brûlée vive par le même genre de barbares il y a quatre ans, ou même Raphaël Clin, le gendarme de Saint-Martin.

Qu'avez-vous pensé de la réaction de la communauté musulmane de France aux caricatures de Mahomet ?

Digne. Responsable. Avec le sentiment, j'imagine, que ces caricatures étaient offensantes. Mais que la liberté d'expression est une liberté démocratique avec laquelle on ne peut pas transiger.

Le procès de Zacarias Moussaoui, qui s'ouvre en ce moment en Virginie, ne risque-t-il pas de ternir l'image de la France aux Etats-Unis?

Pourquoi l'image de la France ? On est au cœur, là, d'une affaire de terrorisme international énorme. Au centre de la nébuleuse Al-Qaïda En présence d'une politique assez achevée de jihadisme contemporain. Sur tout œla, et quoi qu'on en dise, nos deux pays sont sur la même longueur d'onde.

L'idée des Etats-Unis d'exporter la démocratie en Irak a-t-elle été un échec ?

Cest un beau principe qui a été appliqué de manière tragique par des gens qui ont fait de la mauvaise politique. Le vaii reproche que je fais aux néoconservateurs américains, c'est que ce sont des politiques pitoyables. Un néoconservateur, c'est quelqu'un qui a gardé de son gauchisme d'autrefois son pire noyau d'irrationalité: le messianisme.
Il croit que la démocratie est dans le sens de l'histoire. Qu'il suffit de la décréter pour qu'elle s'incarne. Et il ne doute donc pas un seul instant qu'elle puisse s'imposer à la seule force des baïonnettes. Moi; je crois que la démocratie, c'est un travail, que rien ne la prescrit, que rien ne la rend nécessaire.

"Si Ségolène Royal s'impose, quelle claque pour la beaufitude française!"

L'Amérique va-t-elle s'en sortir grâce à Hillary Clinton?

Elle a le talent, l'habileté, le charisme : elle fait partie de ce qu'il y a de mieux dans l'Amérique d'aujourd'hui. En tout cas, je l'espère très ardemment.

Et en France, est-on prêt à élire une femme?

Vous me posez la question en cette veille de la Journée de la femme ? J'espère bien que oui, évidemment.

... Ségolène Royal?

Ségolène Royal notamment Si c'est elle que les socialistes finissaient par désigner, je n'aurai aucun état d'âme à voter pour Ségolène Royal, croyez- moi. Cela dit, un mot quand même sur les socialistes. C'est bien gentil de se disputer sur leur candidat, sur les contrats emploi deVillepin, sur Sarkozy, etc. Mais ils ont, à l'heure où nous parlons, un problème et un seul. Et tant qu'ils n'auront pas réglé ce problème, tant qu'ils ne se seront pas clairement exprimés sur le sujet, rien de ce qu'ils ont à nous dire n'aura le moindre intérêt et ne sera même audible. Ce problème, c'est Georges Frêche. Cest ce caïd de Montpellier qui, avec un dérapage dligne de Le Pen (NDLR : il a qualifié des harkis de "sous-hommes"), s'est déshonoré et a déshonoré tous ceux qui font des contorcions verbales pour le soutenir. Le problème numéro un des socialistes aujourd'hui, c'est de dire que ce personnage n'a plus sa place parmi eux.

Pour quelles raisons pensez-vous que les Etats-Unis et la France devraient se doter d'une présidente?

Je ne dis pas« devraient ». Et, dans le cas de Ségolène, il faut encore voir ce que sont ses idées, son programme: pour 1'heure, en ce qui me concerne, c'est Strauss-Kahn qui me paraît encore le plus solide. Mais, enfin, imaginons qu'elle convainque et s'impose. Quelle claque pour la beaufitude frnnçaise ! Quelle leçon pour tous ces machos qui, au lieu de discuter sur le fond, ont commencé par se moquer d'elle dans le plus pur style sexiste et goujat! Et puis, la première des égalités étant l'égalité entre les hommes et les femmes, est-ce qu'il n'est pas quand même curieux que nous n'ayons jamais eu une femme candidate à la magistrature suprême? Est-ce que ce ne serait pas un bon moyen de faire sauter ce verrou dans nos têtes ? Mais, encore une fois, voyons les programmes. Et, je répète, voyons ce qu'on nous dit de l'impardonnable M. Frêche.

Est-ce que Lionel Jospin est toujours dans la course?

Oui, sans doute. Mais il faudra, avant toute chose, qu'il réponde à deux questions: pourquoi il est sorti de cette course et pourquoi il y revient.

Croyez-vous qu'aux Etats-Unis comme en France il faille défendre la vie privée des hommes politiques?

Il faut défendre, en tout cas, l'imprescriptibilité du droit au secret. Pour chacun. Donc aussi pour un homme politique.

Même s'il a mis en scène sa vie privée?

Le droit au secret est un droit de l'homme. Donc un principe. Et un principe ne se discute pas.

«Une petite entorse au droit au secret»

Pourquoi pensez-vous que les Américains ont fait appel à vous pour cette enquête au cœur des Etats-Unis?

le point de départ a sans doute été mon livre sur Daniel Pearl. Un écrivain fraançais prenant un an de sa vie pour enquêter sur la mort atroce de ce héros et martyr américain: la chose avait surpris et, je suppose, créé une petite curiosité...

Où voudriez-vous renouveler cette expérience?

En Chine!

Pourquoi les livres qui vous sont consacrés vous gênent-ils? Parce qu'ils traitent d'argent ?

Est-ce qu'ils me gênent tant que cela ? Je ne sais pas. Je crois juste qu'il y a des sujets d'enquête plus urgents. Et plus intéressants. Six livres sur la même personne! Et sur une personne qui n'est, que je sache, candidate à aucune fonction élective! Ça a l'air d'une blague... Et quand, de surcroît, on vient fouiner dans. ma vie privée, c'est en effet une petite entorse au droit au secret.

Vous êtes l'un des rares intellectuels people. Le regrettez-vous?

Ecoutez : je fais du mieux que je peux, depuis trente ans, pour mener des combats qui me pamissent nécessaires et justes. Pour le reste, je vis comme je vis. Et il faut me prendre comme je suis. Ce n'est pas aujourdlIui que je vais me conformer au regard des censeurs.
Le Parisien , Paru le : 07/03/2006, Les spectacles, pp. 28-29

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BHL soutient Alain Carignon, candidat "paradoxal, social" dans l'Isère LE MONDE | 23.05.07 | 15h09 Sophie Landrin, Le Monde, Article paru dans l'édition du 24.05.07. Elections 2007

Bernard Henry Lévy a décidé d'apporter publiquement son soutien au candidat UMP Alain Carignon, qui tente, neuf ans après ans sa sortie de prison (il avait été condamné en 1996 pour corruption), son retour dans la 1re circonscription de l'Isère, contre le député sortant, Richard Cazenave.

Dans une lettre diffusée par l'entourage d'Alain Carignon, le philosophe dénonce la façon dont se trouve "instrumentalisé son passé judiciaire". "Il a payé sa dette à la société", affirme le philosophe, qui ramène l'affaire Carignon à une simple histoire de financement des partis politiques, une sorte de "crime commun" qu'il aurait seul payé.

Pour BHL, qui écarte l'hypothèse d'un enrichissement personnel, M. Carignon serait un "ambitieux" pas "un escroc". Le philosophe conclut sa missive en expliquant qu'il est "étonnamment proche, en idées, du candidat Carignon." "Il a lu beaucoup. Il croit en un libéralisme qui n'est plus (...), il est européen, paradoxal, social."

En mars, les enquêteurs grenoblois ont décidé d'entendre M. Carignon, après les législatives, sur une nouvelle affaire concernant la légalité d'un marché de parking de stationnement passé par l'ancien maire de Grenoble avec une filiale de la Générale des eaux.
Sophie Landrin, Le Monde, Article paru dans l'édition du 24.05.07. Elections 2007

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Nº2239 SEMAINE DU JEUDI 04 Octobre 2007 À la Une : Le Nouvel Observateur Comment être encore de gauche

Exclusif : le dernier livre de Bernard-Henri Lévy
Comment être encore de gauche (c) Grasset «Ce grand cadavre à la renverse», par Bernard-Henri Lévy, Editions Grasset, 420 p., 18,50 euros.

Certains lui reprochent d'être trop médiatique et de côtoyer les riches et les puissants. Bernard-Henri Lévy aurait pu basculer chez M Sarkozy, comme certaines des personnalités les plus emblématiques de l'opposition. Et voilà qu'il sort un livre en forme de manifeste : oui, on peut être de gauche aujourd'hui... «Le Nouvel Obs» publie des extraits de «Ce grand cadavre à la renverse» (Grasset), confronte le philosophe avec Alain Finkielkraut et ouvre le débat avec des intellectuels et des politiques

Ce livre commence le 23 janvier 2007, à la suite d'une conversation téléphonique avec celui qui n'est encore que le possible futur président de la République française. Il est 3 heures de l'après-midi. Mon vieil ami André Glucksmann, complice de tous mes combats depuis trente ans, vient de publier, en première page du «Monde», un article où il annonce son ralliement au candidat de l'UMP. Le téléphone sonne. C'est le candidat^ au bout du fil - patelin, voix suave : [...]
«Alors, tu as vu «le Monde»... ? me demande-t-il, de cette voix de triomphe mal contenu que je lui connais bien. Tu as vu l'article de ton ami sur ton ami ?
- Oui je lui réponds. Evidemment que je l'ai vu. C'est bien. C'est courageux. [...]
- Le courage n'a rien à voir, reprend-il, piqué. Car il y en aura beaucoup, des gens de gauche, qui me rejoindront. Beaucoup, tu verras...
- Très bien, lui concédé-je. Pas courageux, d'accord. Disons, alors, audacieux. Prenant le risque défaire bouger les lignes. Et...»
Il me coupe - suave à nouveau, accommodant, toute la fanfaronnade partie comme par enchantement.
«Bon. Venons-en au fait. Et toi ? Tu me le fais quand, toi, ton petit article ? Hein, tu me le fais quand ? Parce que Glucksmann, c'est bien. Mais toi... C'est toi, après tout, mon ami. - On en a parlé cent fois. Et j'ai toujours été très clair. Les relations personnelles sont une chose. Les idées en sont une autre. Et j'ai beau avoir de l'estime pour toi, et de la sympathie, la gauche est ma famille et...
- Quoi ? réplique-t-il, la voix rauque tout à coup, presque en colère, mais une colère que je devine, elle aussi, jouée. M. Emmanuelli, ta famille ? M. Montebourg, ta famille ? Ces gens qui te pissent à la raie depuis trente ans, ta famille ?[...]
- Oui, bon, je te l'accorde... Mais c'est la vie... C'est ma vie... J'ai toujours voté à gauche et je sais que, cette fois encore, c'est à gauche que je voterai...
- Ecoute...»

Il fait comme s'il reprenait son souffle.
«Tu en connais beaucoup, toi, des responsables politiques qui parlent de la Tchétchénie comme j'en ai parlé l'autre dimanche ? Et des qui disent que le Darfour ne doit pas être traité comme un point de détail de l'histoire du XXIe siècle, tu en connais ? Allez. Arrête de pinailler. Sois courageux. Prends-toi par la main. Et on va y aller, tous les deuxjaire la révolution, tu verras... Tu ne vas pas te mettre contre moi, non, quand même ?»
[...] Sur quoi le futur président de la République raccroche et me laisse dans un état de vive perplexité - aux prises avec deux sentiments, aussi troublants l'un que l'autre car ayant, l'un comme l'autre, la force de l'évidence.
Le premier, c'est que je ne me rallierai pas à lui. Mais le second, c'est qu'il n'a pas tort, hélas, lorsqu'il me dit que, sur le Darfour, la Tchétchénie ainsi que sur quelques autres des sujets qui me tiennent, depuis toujours, à coeur, cette gauche à laquelle je reste fidèle se conduit bien étrangement.

Ce qui fonde mon appartenance

[...] Quels sont les événements que l'on a en tête lorsque l'on s'obstine, comme moi, à se réclamer de ce grand cadavre qu'était déjà la gauche du temps de Sartre et de Nizan et dont le moins que l'on puisse dire est qu'il n'a pas ressuscité depuis ?
Le premier, c'est Vichy, ce sinistre cauchemar dont il est clair, là encore, que la France peine à se réveiller. Dès le lendemain de l'événement, il s'est élevé des voix pour dire que, oui, il fallait comprendre, excuser, pardonner, laisser les morts enterrer les morts et ne plus laisser les Français s'opposer et se haïr... Je pense le contraire. Je pense que les crimes dont Vichy prit l'initiative sont des crimes sans excuse. Je pense que la seule façon de s'en libérer est, non de les oublier, mais de les garder vivants dans sa mémoire. Et je pense surtout (là est le clivage majeur) que Vichy ne fut pas juste un autre nom pour le vieux conservatisme français, ou pour un autoritarisme vaguement musclé, ou pour un égarement du nationalisme - mais que ce fut, proprement, un fascisme.
Le second, c'est la guerre d'Algérie. Là aussi, je crois que l'on est face à un débat sur lequel, sans être manichéen, il n'est pas possible de transiger. Voilà une aventure commencée dans l'horreur des crimes de masse commis par les colonnes infernales de Bugeaud et qui se conclut à la villa Susini ou ailleurs, dans les hurlements des torturés des généraux Aussaresses et Massu... Je me refuse, cette aventure, à la qualifier d'oeuvre de civilisation. Je trouve obscène, face à ce désastre, de parler de rôle positif. Et je suis partisan, là encore, non pas, certes, d'un ressassement du crime, mais d'une mémoire construite, instruite, organisée. J'appelle gauche le parti de ceux qui croient que le colonialisme, la soumission d'un peuple à la loi d'un autre peuple, est un crime, lui aussi, inexpiable.

Mai-68.

Loin de moi la tentation de verser, aujourd'hui, dans cette dévotion pontifiante dont fait l'objet, quarante ans après, l'«esprit de Mai». Mais enfin, il y a deux grandes tendances dans la façon de voir la chose. H y a la France qui, au sens propre, ne parvient pas à s'en remettre et vomit toute cette histoire - cultivant, pour le coup, la nostalgie de la société d'ordre, d'autorités consenties et naturelles, que l'événement aurait ébranlée. Et il y a la France qui, pour les mêmes raisons, mais interprétées en sens inverse, y voit un événement heureux : nouveaux droits; libertés nouvelles; inédit pouvoir, pour les femmes, de disposer de leur propre corps; modernité; allégresse; poésie; oui, vrai moment de poésie, mais en actes, et vécue, comme l'histoire d'un pays en connaît finalement peu; échanges de passions; impatiences partagées; l'art contre la culture; la vie contre la survie; toutes ces vies, soit fêlées, soit intimidées, soit juste encalminées dans une vieillesse précoce, qui s'éveillent le temps d'un printemps; le monde qui change, non de base, mais de goût; le goût, non de prendre, mais de donner; ah comme elle est bête, cette image d'un Mai-68 jouisseur, prédateur, inventeur de l'égoïsme consumériste, quand ce fut juste le contraire et un vrai moment, en fait, de don et de contre-don ! Sans parler de la lutte finale contre Moscou- la-Gâteuse et de l'acte de naissance, là, de cet antitotalitarisme de gauche, et de masse, qui se cherchait depuis cinquante ans et qui se trouve...

Et puis enfin, bien avant cela, au tournant du siècle précédent, «l'Affaire» [Dreyfus], la vraie, la seule, il n'y en a qu'une et ce fut, dira Mauriac, la scène inaugurale d'une guerre civile qui dure encore. A droite, ceux qui plaçaient plus haut que tout la tradition, l'autorité, la nation, le corps social rassemblé et, au passage, la haine des intellectuels, de la démocratie, du Parlement. A gauche, ceux qui à ces antivaleurs préférèrent la défense des droits d'un homme, donc des droits de l'homme, et de tout ce qui va avec : liberté, vérité, esprit critique, laïcité, quand la raison d'Etat délire, ramener l'Etat à la raison; quand l'individu sans importance collective menace d'être broyé par le collectif, prendre, d'instinct, le parti de l'individu. Nous en sommes, un siècle après, toujours là. [...]

Sarko dérape

Je pense à ces déclarations étranges de Nicolas Sarkozy, et étrangement insistantes, sur le fait que la France n'a pas «inventé la solution finale» (ce qui, dit comme cela, n'est évidemment pas faux), mais qu'elle n'a «pas cédé non plus à la tentation totalitaire» (ce qui est faux, en revanche, et équivaut ni plus ni moins qu'à innocenter les policiers français qui, au matin du 17 juillet 1942, vinrent arrêter les juifs de leur quartier en veillant à «ne pas oublier les petits») et qu'elle n'a «pas commis de crimes contre l'humanité ni de génocide» (ce qui est encore faux, attendu qu'arrêter et déporter des Français dont la seule faute était d'être nés juifs constituaient déjà, en soi, aux termes de la définition donnée tant dans le Code pénal que dans les actes de Nuremberg, le crime de génocide).

Je pense, sur l'affaire coloniale, à la manière qu'il aura eue, de meeting en meeting, d'en rajouter des tonnes sur le thème de la «fierté française» en s'engageant à «ne jamais sombrer dans la démagogie de la repentance»; en soutenant que «sa grandeur», notre pays «la doit aussi» aux femmes et hommes qui furent à la fois «témoins et acteurs» de cette «oeuvre civilisatrice sans précédent dans notre histoire» que fut l'oeuvre coloniale. Là non plus, ce n'était pas ma façon de voir. Là non plus, je ne pouvais pas voter pour quelqu'un qui ne se sentait pas aussi une dette vis-à-vis des trois à quatre cent mille tués algériens d'une guerre qui, pendant longtemps, n'osa pas dire son nom. [...]

Et puis je pense enfin à la façon que le futur président a eue d'abonder, comme aucun homme politique avant lui, dans le sens de cette France peureuse, frileuse et blessée qui voit dans Mai-68 l'origine de tous ses maux - je pense au spectacle de ces foules que l'on entendait, dans ses meetings, se pâmer d'aise, presque se lâcher, à la seule idée que l'on osât dire tout haut ce que l'on pensait tout bas, in petto, depuis quarante ans. Comment un homme ou une femme de gauche pouvaient-ils, de nouveau, voter pour un homme qui ne cessera de nous seriner, tout au long de sa campagne, qu'il voyait dans Mai-68 la source du «cynisme» contemporain, l'inspiration secrète du «parti des voyous et des casseurs», l'origine (on se demande bien pourquoi; mais rien ne semblait assez gros, alors, pour flatter dans le sens du poil la France de la revanche et du rappel à l'ordre) du «culte de l'argent fou», du règne du «profit à court terme et des dérives du capitalisme financier» ? Comment un antitotalitaire conséquent pourrait-il se reconnaître dans un président qui poussa l'outrance jusqu'à dire, dans un de ses derniers meetings, qu'il lui restait deux jours, pas un de plus, pour «liquider une bonne fois pour toutes» les valeurs et l'héritage de l'événement même qui eut, entre autres mérites, celui de faire apparaître le lien, l'axe, entre les deux fascismes, brun et rouge ?

«Liquider», quel drôle de mot... Ce programme ne m'a pas fait rire, il m'a glacé. Mais peu importe, là encore, mon cas personnel. L'essentiel, c'est qu'il y avait là une série de gestes et de mots qui dissuadaient de croire que c'en était fini de l'ancien débat.
L'essentiel, c'est le fait même que le candidat Sarkozy se croie obligé à ces trois lectures révisionnistes de ces trois événements majeurs et structurants.
S'il en fallait une dernière preuve, elle était là : être de gauche, dans la France de ce début de XXIe siècle, considérer que cette affaire de droite et de gauche ne s'est pas vidée de sens, c'est ne céder ni sur Vichy, ni sur les crimes du colonialisme, ni sur Mai-68, ni sur, naturellement, l'héritage du dreyfusisme.

Les émeutiers ne sont pas des barbares

Un mot sur cette affaire de révolte des banlieues de la fin de l'année 2005. Lorsque ces émeutes éclatèrent, nombre de mes amis eurent pour premier réflexe de s'exclamer : «Des barbares; juste des barbares.» J'eus, moi, un réflexe sensiblement différent. Bien sûr, ce parfum de barbarie. Bien sûr, cette dimension de sauvagerie, qu'il fallait être aveugle pour ne pas voir et sourd pour ne pas entendre. Bien sûr, le ressentiment, le nihilisme, comme signes de ralliement. Mais après tout... Cette part de violence ne fut-elle pas consubstantielle à tous ces soulèvements que le regard éloigné de l'historien a fini par blanchir mais qui ont été, au départ, pleins de férocité et de fureur ? La Commune de Paris, par exemple...
Croit-on, vraiment, que la Commune de Paris ait été, de bout en bout, un événement grandiose, plein de majesté et de superbe - digne d'entrer, tout droit et tout entier, dans la légende dorée de la République ? Et sommes- nous si certains, par ailleurs, que nous n'ayons pas, nous aussi, une part de responsabilité dans le désastre ? Et, là encore, comme tout à l'heure, l'évidente, l'écrasante responsabilité de l'autre doit-elle, et peut-elle, m'exonérer de la mienne ? J'ai sous les yeux le poème de Victor Hugo écrit juste après l'incendie, par les insurgés, de la bibliothèque des Tuileries et que j'avais passé à Ségolène Royal au début de sa campagne. Le poète «fait la leçon» à l'un des incendiaires. Il lui reproche, comme nous aujourd'hui, ce «crime inouï» qu'est l'incendie d'un lieu de culture. Il lui remontre que ces livres qu'il a brûlés c'était «le rayon de son âme», le «propre flambeau» qui devait le guider sur le chemin du bonheur et du progrès. Sauf qu'il a l'honnêteté, alors, de se soucier de la réaction de l'incendiaire. Et que croit-on que celui-ci lui répond ? «Je ne sais pas lire»... Juste un humble «je ne sais pas lire» qui coupe le souffle au mage, au prophète, à l'homme des Lumières qui croit dur comme fer qu'ouvrir une école, c'est fermer une prison - et qui lui rappelle que ces livres dont il lui impute la profanation, il aurait peut-être fallu, avant cela, lui apprendre à les aimer...

Tout est dit.

Incendiaires, d'accord. Mais est-il utile, encore une fois, de traiter des quartiers entiers comme on traitait, jadis, les classes dangereuses (on disait aussi «les Bédouins» et on dressait les chiens de garde à mordre les hommes portant casquette) ? Et est-il inutile de s'aviser, à l'inverse, de ce que ces incendiaires habitaient des zones urbaines en proie à des difficultés qu'on ne trouve nulle part ailleurs dans le pays (un chômage de masse qui atteint, dans certaines cités, jusqu'à un jeune sur deux) ?

Entrer, une fois n'est pas coutume, dans les raisons du Malin - voilà ce à quoi il faut se résoudre. Eh oui, autant j'ai toujours trouvé choquante, et même répugnante, l'idée de contextualiser les «grands» crimes, autant j'ai combattu, et combattrai encore, la «culture de l'excuse» appliquée aux événements du type 11-Septembre, attentats suicides à Jérusalem ou à Bagdad, fascismes, autant je pense que, très franchement, nous n'en sommes, en l'occurrence, pas là et que la reprise du raisonnement dans ce régime de droit commun, sa transposition à des crimes qui ne sont ni des crimes de masse ni des crimes contre l'humanité, cette façon de monter sur ses grands chevaux et de répéter, comme un automate, «non à la culture de l'excuse ! non à la culture de l'excuse !» à propos d'émeutes qui n'ont pas, que l'on sache, dégénéré en bains de sang, procède du pur esprit de système et, à la fin des fins, de la banalisation du pire. [...]
En sorte qu'une juste appréciation de l'événement, le bon réflexe face au geste, sans doute criminel, mais d'abord et, pour l'heure, suicidaire de ces gens qui détruisaient leurs écoles, leurs hôpitaux, leur vie, consistait à y voir aussi, et tout de même, une sorte de mouvement social. Oh, un mouvement bizarre sans doute. Un mouvement aberrant, erratique, insensé. Une caricature de mouvement. Mais un mouvement quand même.

Non à la gauche chauvine

Le fond de l'air, à gauche, a été rouge; il est devenu gris; parfois, quand on dénonce les immigrés d'Europe centrale qui viennent voler le travail des vrais Français, il tire même un peu vers le brun. [La gauche] pourra nous dire jusqu'à la fin des temps - ou, de préférence, du quinquennat, car le temps, lui, n'attend pas - qu'elle n'est pas contre l'Europe en soi, mais contre celle-ci, cette Europe en particulier, et qu'elle milite, en réalité, pour une Europe «autre» et «différente», la vérité vraie, c'est que l'Europe lui fait peur et horreur. [...] Et, pour un nostalgique de l'autre tradition, pour quelqu'un qui se souvient de l'autre Blum, du Malraux de Garches et de Tolède, de la gauche dreyfusarde et universaliste, du Jaurès du Café du Croissant adjurant une dernière fois les siens de résister à l'hystérie guerrière et nationale, pour un ancien jeune homme qui a vécu l'euphorie européenne des années 1970 et même 1980, il y a là une source de très profonde tristesse.
Je n'aime pas la façon qu'a cette gauche de se dire souverainiste pour ne pas dire anti-européenne.
Je n'aime pas sa façon de crier, à tout bout de champ, «République ! République !» comme si qui que ce soit songeait à la lui prendre, sa République.
Je n'aime pas ce prurit jacobin qui est en train de la reprendre alors que le jacobinisme lui est ce que le maurrassisme est à la droite.
Je ne vais pas aller pleurer sur les tombes de nos grands européens, Blum encore, Jaurès, les Lumières - mais faut-il, pour autant, se résigner à ce qu'on leur crache dessus ? Cela aussi me fait une peine infinie.
Et quant à cette obstination, enfin, à ne pas abandonner à la droite le terrain national, quant à cette envie qu'ils ont tous, soudain, d'entonner «la Marseillaise», quant à cette manie de bien nous agiter le drapeau sous le nez pour, soi- disant, doubler Sarkozy sur sa droite, j'ai dit, déjà, ce que j'en pensais et que ce fut, avec Ségolène Royal, l'un de mes désaccords de fond.
Je n'aime pas cette gauche qui double à droite, voilà la vérité. Je n'aime pas cette gauche qui, histoire d'être bien certaine d'avoir goûté de toutes les infamies, court à perdre haleine derrière celles dont le camp adverse s'était fait une spécialité.

Pour l'athéisme en politique

Peut-être se demandera-t-on, après avoir ainsi rôdé autour de ces cadavres renversés, s'il était bien nécessaire, pour éclairer la lanterne d'une gauche à la recherche d'elle- même, d'en passer par tout cela, ces débats, ces détours, cette querelle de l'Universel, ces excursions à travers l'islam et l'Empire, cette généalogie de l'antiaméricanisme, ce retour sur la Bosnie, cette projection dans un antisémitisme heureusement encore dans les limbes, le Darfour, les guerres oubliées, les rendez-vous manques ou, au contraire, trop bien honorés avec le Mal.

Et j'entends d'ici le progressiste de bon aloi, celui qui se sent juste en charge de faire vivre la vieille maison et, comme il dit, de la refonder, s'exclamer : «Que m'importe cette dispute avec les différentialistes, qu'ai-je à faire de vos Badiou, Bourdieu, Baudrillard - qu'ai-je à voir avec ces sectes de dingues qui vaticinent sur le 11-Septembre ou sur les vertus de l'islamisme révolutionnaire, en quoi suis-je concerné par ces illuminés, ces Docteurs Mabuse et Folamour, qui en sont à réhabiliter, en effet, un ancien nazi, mais dont je ne sache pas qu'ils soient aux commandes ni de la France ni de ceux qui aspirent à la gouverner un jour différemment ?» Il aura tort.

D'abord parce que, même quand elles ne sont aux commandes de rien, ce sont les idées qui, pour le meilleur et pour le pire, mènent et permettent de changer le monde. [...]
Et puis, ensuite, parce que je vois ce qui se passe dans ces officines idéologiques où le concept de libéralisme, l'idée d'Europe, la politique des droits de l'homme ou le rêve d'une humanité générique sont méthodiquement broyés : et ne serait-ce qu'à cause du prestige dont continuent de jouir, dans notre pays, les postures de radicalité ou ne serait-ce que parce que les véhicules et les passerelles existent toujours en direction de la «grande» politique, ces laboratoires ne restent jamais longtemps de simples laboratoires. [...]

La question centrale, si je devais la résumer d'un mot, est évidemment celle de l'athéisme. Et c'est ce qui se vérifie, une nouvelle fois, avec les aventures de ce progressisme qui a bel et bien donné congé à ses credo anciens; qui a clairement cessé d'adorer ces idoles qu'étaient l'Histoire, la Révolution, la Société Bonne, l'Absolu; mais qui a tant de peine à s'en remettre ! [...] Si le progressisme en vient, un jour, à pactiser de nouveau avec le pire et si, d'ores et déjà, il recommence de tourner le dos à cette tradition dreyfusarde, antitotalitaire, antifasciste qui était son honneur et qui reste sa raison d'exister, c'est parce qu'il ne supporte pas l'idée du ciel vide et du crépuscule de ses idoles. Et si, en revanche, il ne le fait pas, s'il résiste à ce nouveau pire, si, après avoir conjuré cette première tentation totalitaire qu'était, en gros, le communisme, il conjure aussi celle-ci, que j'ai décrite dans ce livre et qui prospère sur les décombres de l'ancienne, c'est parce qu'il se sera éduqué à cet athéisme méthodique.

Il faut imaginer des athées heureux.

Il faut un antipari où l'on gagne en misant, non sur l'existence, mais sur l'inexistence de Dieu.
Il faut un ciel vide. [...] Gauche mélancolique contre gauche lyrique : le choix, somme toute, est clair - ne manqueront pour le fonder, et pour peu que l'on s'y décide, ni les textes ni les figures.
(c) Grasset «Ce grand cadavre à la renverse», par Bernard-Henri Lévy, Editions Grasset, 420 p., 18,50 euros.

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Le roi de l’arène Bernard-Henri Lévy, 58 ans, philosophe. Toujours soucieux d’être au centre des débats intellectuels, BHL redéfinit sa gauche libérale et maintient son soutien à Ségolène Royal.
Libération, Par Éric Aeschimann QUOTIDIEN : lundi 8 octobre 2007, p. 36

Bernard-Henri Lévy a trouvé une nouvelle activité : dresseur d’éléphants.
D’éléphants socialistes, s’entend. Son objectif avoué est de propulser Ségolène Royal à la tête du parti. «C’est vrai, j’aimerais qu’elle soit premier secrétaire.» Ces jours-ci, il se déploie en manœuvres de séduction autour des jeunes loups, les Moscovici (qu’il verrait bien en tandem avec Royal), Valls (auquel il rend hommage dans son livre), Vincent Peillon («C’est rare, un intellectuel en politique»), Montebourg… « Le PS m’intéresse. Si je peux aider la gauche sociale-démocrate à prendre le pouvoir, je le ferai.» Et comme il ne fait «jamais les choses à moitié», il publie un essai sur l’avenir de la gauche : Ce grand cadavre à la renverse.

Du Darfour à la Rue de Solferino, en somme. Le raccourci est injuste, bien sûr. «Je suis un huron, je regarde tous ces jeux de trop loin. De toute façon, c’est un livre d’idées.» De fait, il y parle de Carl Schmitt, de Hegel, de la querelle des universaux. Mais aussi de politique très politicienne, à commencer, en prologue, par ce long coup de téléphone du futur président qui, en janvier dernier, lui demande ce qu’il attend pour se rallier à lui. La scène laisse une sensation désagréable, l’intimité de deux crocodiles exhibée, leur camaraderie, leurs souvenirs, mais aussi leurs arrière-pensées et l’heure des comptes, quand Sarkozy se fait «clanique, féodal» et que BHL élude : «On va voir.» On a envie de fermer le livre, de les laisser à leur arène.

Un portrait de BHL, encore ? Tout n’a-t-il pas été dit et redit sur ce Cyrano qui commence à vieillir, au point qu’on pourrait en faire une tirade ? Agressif : «Moi, monsieur, avec un tel ego/J’éviterais de jouer les maîtres de conscience.» Ricanant : «Que de cris et que de trémolos/Pour tant de suffisance et si peu de nuances.» Prévenant : «Gardez-vous de tomber sur la dalle/Entraînée par le poids de votre tête gonflée.» Marxiste : «De l’argent et du grand capital/Vous êtes le zélote et le petit coursier.» Deleuzien : «Leurs concepts sont comme des dents creuses/Ces nouveaux philosophes vivent d’images pieuses.» Critique des médias : «Dire le Bien, le Mal/C’est son astuce pour passer dans le journal.» Jacklanguien : «Quand visite-t-on ce monument ?»

La machine médiatique est ainsi qu’au-delà d’un certain degré de notoriété une personnalité cesse d’être racontable en une seule bouchée. Trop gros pour une seule page, ou même dix. En 2004-2005, pas moins de quatre épais livres d’enquêtes serrées signés du gratin du journalisme d’investigation français ont été consacrés à Bernard-Henri Lévy. On sait désormais beaucoup de choses sur lui, sa fortune considérable (héritée de son père), ses amitiés innombrables - politique, affaires, médias (1) -, ses activités débordantes (livres, journalisme, production de films, conseil de surveillance d’Arte, Institut d’études lévinassiennes), son imagination fertile (la fausse rencontre avec le commandant Massoud, le «romanquête» sur Daniel Pearl).

BHL partage un trait de caractère avec Sarkozy : quand il est à fond, il accélère. Depuis 2005, il s’est fait reporter au Soudan, il a attaqué le marché américain avec American Vertigo, il a signé un contrat de syndication avec le New York Times pour vendre ses articles dans la presse mondiale, il a plongé dans le marigot de la Rue de Solferino. Une telle saturation de l’espace exigerait un décryptage permanent - à moins qu’elle ne finisse par apparaître comme la vérité intime de BHL : à chaque instant, «faire image». En quoi l’essayiste aurait cessé d’être une simple personnalité médiatique pour devenir un média à lui seul, une chaîne d’opinion continue où défilerait en boucles le monde selon BHL.

Dès lors, disons que, pour sa grille de rentrée, TV-BHL lance une émission politique. Premier sujet : une salubre critique du sarkozysme dans sa phase «identité nationale», retombé dans la nostalgie autoritaire. Question : comment a-t-il pu partir en vacances (si, si, au ski…) avec un tel condensé d’idéologie française ? Réponse : «Trois explications. Un, Sarkozy a changé, il a durci, je ne l’avais jamais entendu dire ça avant ; deux, il ne le pense pas tout à fait ; trois, quand l’intolérable n’est pas en jeu - et à l’époque il ne l’était pas -, j’ai tendance à séparer les idées et les rapports de personnes. Je suis ainsi fait, c’est mon défaut.» Il y a une semaine, c’est BHL qui a appelé Villepin, un autre copain, pour lui faire signer la pétition anti-ADN. Coups de billard à trois bandes entre amis.

Pour la gauche, il énumère quatre dates, «quatre réflexes» : l’affaire Dreyfus (la lutte contre l’antisémitisme), Vichy (le fascisme), l’Algérie (le colonialisme), Mai 68 (l’autoritarisme). Le Front populaire (la lutte contre les inégalités) n’est pas dans la liste. «Oui, c’est vrai, je me suis plus intéressé à la misère bosniaque qu’à la misère au coin de la rue. Je suis un peu sourd à la question sociale. Que voulez-vous, on écrit avec son intelligence et son inconscient.» Le reste, c’est 2007 version «moi je». Comment j’ai rencontré Ségolène Royal (via Fred Vargas). Comment je l’ai aidée (à parler du Darfour et d’Anna Politkovskaïa). Comment je me suis disputé avec Chevènement (comparé à Marcel Déat).

Cinq mois après la bataille, il a pris goût au jeu. La politique est une vieille maîtresse : en 1973, il avait failli être candidat PS à Coutances (Manche) pour les législatives, avant de renoncer car trop jeune et même pas inscrit sur les listes électorales. S’il n’a pas sa carte au PS, il veut peser dans le débat du congrès. La deuxième partie de son livre est un appel à la gauche pour qu’elle rejette «la tentation totalitaire». Dans son viseur, Chevènement donc, Besancenot, Badiou, Rony Brauman, Attac, tous dans le même sac, tous suspects de fascisme, tous excommuniés. Evidemment, c’est un peu au bazooka. «Quand l’essentiel est en jeu, je suis belliqueux.» La chanson n’est pas neuve : la menace du fascisme, il l’agite depuis la Barbarie à visage humain. Il le reconnaît (il reconnaît tout) : «Ça me rajeunit, ce n’est pas désagréable.»

Il cingle Jospin («Trop d’aigreur, trop de méchanceté, une pointe de bassesse») et François Hollande («Une couille molle»). Voudrait réconcilier Royal avec quelques cadors du monde médiatique. C’est alors qu’il plisse les yeux : «Je crois en elle. Elle a du charisme. Elle n’était pas prête, mais là elle est en train de se construire idéologiquement.» Julien Dray, un proche de Royal, confirme : «Elle a été flattée de voir qu’un intellectuel s’intéressait à elle alors que tout le monde la prenait pour une cruche. Quand à lui, il a été bluffé par cette femme qui donne un sentiment de fragilité et chez qui on découvre une terrible détermination.» L’intello et la candidate se sont vus, téléphoné. Il l’a rassurée, encouragée, coachée. Cet été, ils ont dîné à la Colombe d’Or, à Saint-Paul-de-Vence, avec Arielle Dombasle ; la photo s’est retrouvée en une de Var-Matin. Désormais guest star sur TV-BHL, Royal va chroniquer le livre pour Paris Match.

Une note vestimentaire, pour finir. Bernard-Henri Lévy est fameux pour ses chemises blanches. Cette fois, il est venu au rendez-vous torse nu sous la veste. Une image, encore. Mais également une tentative de brouillage, comme si, sous l’amoncellement de jugements lugubres, le corps cherchait, obstinément, la vie. Un télévangéliste, donc. Mais un Cyrano, aussi. La suite au prochain portrait.
(1) Bernard-Henri Lévy est actionnaire et membre du conseil de surveillance de Libération.

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Bio Express

Bernard-Henri Lévy en 7 dates
5 novembre 1948 Naissance à Béni-Saf (Algérie).
1977 «La Barbarie à visage humain». Premier passage à «Apostrophes».
1981 «L’Idéologie française».
1994 Liste Sarajevo aux élections européennes.
2000 «Le Siècle de Sartre».
2003 «Qui a tué Daniel Pearl ?»
Octobre 2007 «Ce grand cadavre à la renverse».
Libération, QUOTIDIEN : lundi 8 octobre 2007, p. 36

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BHL: «Guaino est raciste», Guaino: «BHL est un petit con prétentieux» Par Liberation.fr LIBERATION.FR : mardi 9 octobre 2007

Sur France Inter ce matin, Bernard-Henri Lévy s'en est pris au proche conseiller et plume du chef de l'Etat, Henri Guaino. Qui lui a répondu vertement.

«Guaino, il est raciste. C'est lui qui a fait le discours de Dakar, que le président Sarkozy a prononcé (en juillet, ndlr) et qu'il a dû découvrir dans l'avion parce que Sarkozy n'est pas raciste.

Discours ignoble où l'on disait que si l'Afrique n'était pas développée c'était parce qu'elle n'était pas inscrite dans l'histoire(...). Dire cela en effaçant complètement la colonisation, la destruction du pays par cette époque honteuse du colonialisme, c'est du Guaino et c'est du racisme (...).
Ce discours est un discours raciste, celui qui l'a écrit est donc vraisemblablement un raciste», a déclaré mardi matin Bernard-Henri Lévy au micro de France Inter, à propos d'Henri Guaino, proche conseiller de Nicolas Sarkozy et auteur de ses discours.

La réponse de Guaino n'a pas tardé. «Ce petit con prétentieux ne m'intéresse pas, a-t-il rétorqué sur Rue 89. Qui est-il donc? Qu'a-t-il fait dans sa vie de si extraordinaire pour se permettre de juger comme ça? Je n'ai jamais rencontré BHL. Il ne m'aime pas, moi non plus. Il n'aime pas la France, moi si. Il a la bave aux lèvres, avec la haine qui suinte de partout.»

Invité à l'occasion de la sortie de son livre Ce grand cadavre à la renverse, essai consacré à la gauche en France, BHL a également accusé Jean-Pierre Chevènement de «maurrassisme», dont il serait le représentant français avec Henri Guaino.
«Il y en a un qui a fait beaucoup de mal à la candidate, et qui avait déjà fait perdre Lionel Jospin, c'est Jean-Pierre Chevènement. Il a contribué à faire perdre Ségolène Royal en lui fourgant de la mauvaise came. En lui donnant toutes ces histoires, sur le drapeau, les bataillons disciplinaires... »

A propos de Ségolène Royal, l'écrivain a parlé d'une femme «formidable», qui avait «du cran, la stature pour le job», mais qui était «tragiquement seule», et a manqué l'occasion de l'alliance avec le centrisme.

Bernard-Henri Lévy a par ailleurs suggéré à Nicolas Sarkozy, qui se rend à Moscou mardi et mercredi, de retirer à Vladimir Poutine sa «Grand Croix de la Légion d'honneur», la plus haute distinction française remise par Jacques Chirac en septembre 2006, tant que l'enquête sur l'assassinat de la journaliste Anna Politkovskaïa n'aboutira pas.

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Le jour où Sarkozy stupéfia l’Afrique Par Thomas Hofnung LIBERATION.FR : mardi 9 octobre 2007

La polémique autour de Henri Guaino – qualifié de «raciste» par Bernard-Henri Lévy – vient de ce discours prononcé par le Président à Dakar, et écrit par le conseiller de l'Elysée.
Il parlait de «l'homme africain» qui «jamais ne s'élance vers l'avenir». Rappel des faits.

«Je ne suis pas venu, jeunesse africaine, pour pleurer avec toi sur les malheurs de l’Afrique. Car l’Afrique n’a pas besoin de mes pleurs.»

Le 26 juillet dernier (2007), à l’Université de Dakar Cheikh Anta Diop, Nicolas Sarkozy a corrigé Henri Guaino sur un seul point: ce tutoiement paternaliste présent dans le texte écrit par son conseiller a disparu à l’oral.

Pour le reste, n’en déplaise à Bernard-Henri Lévy, le président de la République a pleinement assumé un discours qu’il a peut-être découvert «dans l’avion», comme le croit BHL.

Le discours de Dakar ne se laisse pas facilement enfermer dans un jugement péremptoire. Car, comme l’a souligné Jean Daniel, le patron du Nouvel Observateur, jamais sans doute un président français n’avait été aussi loin dans la critique de la colonisation: «Il y a eu la traite négrière, il y a eu l’esclavage, les hommes, les femmes, les enfants achetés et vendus comme des marchandises. Et ce crime ne fut pas seulement un crime contre les Africains, ce fut un crime contre l’Homme, un crime contre l’humanité.»

Tout en reconnaissant, donc, «la grande faute» que fut la colonisation, le président, fidèle à lui-même, a toutefois refusé de formuler des excuses. «Le colonisateur a pris, mais il a aussi donné, a-t-il dit. Il a construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des écoles.» Le chef de l’Etat a par ailleurs insisté sur le fait que la colonisation n’était «pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux, des génocides, des dictateurs, du fanatisme, de la corruption…» Exonérant, au passage, les complicités inavouables entre Paris et les potentats locaux, à commencer par Omar Bongo. Le «doyen» d’Afrique, au pouvoir depuis 1967, est installé au pouvoir par la France du général de Gaulle et de son conseiller pour l’Afrique, Jacques Foccart.

Mais la partie la plus controversée, et la plus contestable, du discours de Dakar a trait à des considérations historico-philosophiques sur «L’homme africain». Il ne serait pas «assez entré dans l’histoire». Dans son imaginaire, «il n’y a pas de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès». «Jamais il ne s’élance vers l’avenir»…

Il faut imaginer ce discours prononcé devant des professeurs et quelques étudiants sénégalais. Leur surprise, et leur stupéfaction. Un président français aurait-il osé se lancer dans de telles considérations aux Etats-Unis sur «l’Homme américain» ou à Pékin sur «l’homme chinois»? Interrogé quelques heures plus tard à Dakar par Libération, Henri Guaino se montrait pourtant sûr de son fait, et de la valeur d’un discours «pas démagogique», «pas écrit pour faire plaisir aux journalistes», surtout de gauche…

«Vous vouliez que le président prononce un discours de sous-secrétaire d’Etat aux affaires africaines?», lançait-il. Selon lui, Sarkozy venait de délivrer sa «vision» de l’Afrique et des Africains, pour mieux se tourner vers l’avenir. Effet garanti: ce discours a suscité une vague d’indignation en Afrique francophone. Une historienne malienne vient de demander à ses collègues de s’atteler à la rédaction d’un manuel du continent pour «mettre Sarkozy à niveau de connaissance de l’histoire africaine».

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JDD Politique 07/12/2007 - 08:28 BHL indigné par la visite de Khadafi

Invité vendredi matin sur RTL, Bernard-Henri Levy s'est déclaré indigné par la venue prochaine de Mouammar Khadafi à Paris.

"Dans le pays des droits de l'homme, il y a là quelque chose qui ne passe pas", a déclaré le philosophe qui qualifie le leader libyen de "grand terroriste" et de "preneur d'otages."

"Je suis très choqué. Une visite d'Etat, peut-être les drapeaux sur les Champs Elysées, on nous parle d'une visite, un recueillement, sur la tombe du général de Gaulle à Colombey-les-Deux-Eglises, on rêve", a-t-il ajouté.

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JDD International 07/02/2008 - 16:21 BHL défend Ayaan Hirsi Ali

Bernard-Henri Lévy réclame la nationalité française pour Ayaan Hirsi Ali.

Cette jeune femme néerlandaise, d'origine somalienne, a été contrainte de quitter les Pays-Bas en raison des menaces de fondamentalistes islamistes dont elle fait l'objet depuis qu'elle a osé voter une loi contre l'excision lorsqu'elle était députée des Pays-Bas.
Un pays qui, selon l'écrivain philosophe, l'a rejetée dès lors qu'elle a été menacée, au point qu'elle vit désormais cachée aux Etats-Unis.
Bernard-Henri Levy lance ainsi dans Le Point un appel à Nicolas Sarkozy pour la naturalisation d'Ayaan Hirsi Ali rappelant que pendant la campagne pour la présidentielle, il avait déclaré que "chaque fois qu'une femme est martyrisée dans le monde, la France doit se porter à ses côtés".

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sos-racisme.org Publié le 06/02/2008 à 18:06 MEETING Naturalisons Ayaan Hirsi Ali !

Le 10 février, SOS Racisme co-organise une soirée autour d’Ayaan Hirsi Ali, pour demander sa protection et celle de tous les esprits libres

DIMANCHE 10 FEVRIER à l’Ecole Normale Supérieure A 20 HEURES

Ecole Normale Supérieure (annexe, amphi Jules-Ferry), 29, rue d’Ulm, Paris Vème (venir dès 19 heures en raison du dispositif de sécurité).

La soirée est organisée par "Charlie Hebdo", "La Règle du Jeu", "Libération", la revue "Prochoix" et SOS Racisme.

SERONT PRESENTS : Darina al-Joundi, Elisabeth Badinter, Pascal Bruckner, Monique, Canto-Sperber, Caroline Fourest, Benoît Hamon, Laurent Joffrin, Julia Kristeva, Bernard-Henri Lévy, Mohamed Sifaoui, Dominique Sopo, Philippe Val, Ségolène Royal, Rama Yade et, bien sûr Ayaan Hirsi Ali.

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Les Pays-Bas laconiques sur une naturalisation française de l'ancienne députée Hirsi Ali AFP - Lundi 11 février, 10h20LA HAYE (AFP) -

La Haye a réagi laconiquement sur une éventuelle naturalisation française de l'ancienne députée néerlandaise d'origine somalienne Ayaan Hirsi Ali, et se dit prête à étudier la création d'un fonds européen de protection de personnes menacées, a-t-on appris lundi.

"Nous sommes prêt à étudier une proposition de fonds européen de protection des personnes menacées. En attendant, les Pays-Bas continuent de protéger les personnes lorsque c'est nécessaire", a déclaré à l'AFP Bart Rijs, porte-parole du ministre néerlandais des Affaires étrangères Maxime Verhagen.

Quant à la question d'une éventuelle naturalisation d'Ayaan Hirsi Ali, il a estimé qu'il "s'agit d'une affaire privée", et n'a fait aucun commentaire.

Dimanche à Paris, pendant un rassemblement de solidarité, la Secrétaire d'Etat française aux Droits de l'Homme Rama Yade a assuré la députée que "nous réfléchissons à la manière de vous faire accéder à la France, à la naturalisation".

Dans un message personnel lu sur place, le président français Nicolas Sarkozy se disait déterminé "à agir avec les Européens pour que se mette en place un fonds communautaire pour assurer la protection des personnes menacées", lorsque la France prendra la présidence de l'Union européenne au 2e semestre 2008.

L'ancienne députée néerlandaise Ayaan Hirsi Ali est menacée de mort depuis l'assassinat en 2004 du réalisateur Théo Van Gogh avec qui elle avait réalisé un film sur les femmes et l'islam, et vit depuis plusieurs années sous protection policière.

Le gouvernement néerlandais a cessé en octobre de financer sa protection hors de son territoire. Mme Hirsi Ali vit depuis 2006 aux Etats-Unis, où elle s'est volontairement exilée après une polémique sur des mensonges qu'elle a avoué avoir proférés sur son nom et son âge, pour obtenir le statut de réfugié politique aux pays-Bas.

Mme Hirsi Ali se rendra jeudi à Bruxelles, tandis qu'une soixantaine de députés européens tentent d'obtenir les 393 signatures nécessaires pour déposer un texte devant le Parlement européen visant à obtenir le financement de sa protection rapprochée.

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L'octroi de la nationalité française à Ayaan Hirsi Ali peut être totalement examiné, selon Rama Yade AP - Dimanche 10 février, 22h05PARIS -

Nicolas Sarkozy va proposer aux Européens la création d'un fonds communautaire pour assurer la protection des personnes victimes de condamnations religieuses, a annoncé dimanche Rama Yade, assurant que l'octroi de la nationalité française à la Néerlandaise Ayaan Hirsi Ali, menacée mort pour ses écrits contre l'intégrisme musulman, peut être "totalement examiné".

"C'est vrai que nous nous considérons en France qu'Ayaan Hirsi Ali doit être absolument protégée. C'est une femme qui m'apparaît comme une espèce de Voltaire des temps modernes", a déclaré la secrétaire d'Etat chargée des droits de l'Homme, interrogée sur France-2 aux côtés de l'ancienne députée néerlandaise d'origine somalienne. La secrétaire d'Etat a expliqué que le président de la République a "décidé personnellement de s'engager sur le dossier d'Ayaan Hirsi Ali".

"Aujourd'hui il a tenu personnellement à lui lire un message pour lui dire que c'est vrai que pour la naturalisation (...) tout est possible moralement, même si juridiquement il y a des procédures, des règles", a-t-elle expliqué, rappelant qu'"on devient Français par mariage par exemple ou par déclaration". "Mais cela peut être totalement examiné", a-t-elle assuré.

Mais "on veut aller plus loin. Parce que ce n'est pas parce que demain Ayaan devient Française que la fatwa qui pèse sur elle sera levée", a-t-elle souligné. Aussi, a expliqué Rama Yade, Nicolas Sarkozy compte proposer aux Européens la création d'"un fonds communautaire qui aurait pour objectif de venir en aide pour assurer la sécurité de toutes les personnes comme Ayaan, victimes de condamnations religieuses". "Je crois que ce sera une initiative qui permettra à Ayaan de circuler partout où elle le souhaite", a conclu Mme Yade.

Ayaan Hirsi Ali, venue à Paris où elle devait recevoir dimanche le prix Simone de Beauvoir à la Mutualité, en présence de nombreux intellectuels français, a expliqué de son côté qu'elle serait "très honorée et très reconnaissante" si elle devait devenir citoyenne française.

"Depuis octobre de l'année dernière, je me trouve dans la situation où mon propre gouvernement, le gouvernement des Pays-Bas a dit qu'il ne voulait pas me payer" la protection nécessaire, a-t-elle expliqué. Quant au gouvernement des Etats-Unis, où elle a séjourné, il dit "vous êtes citoyenne des Pays Bas et ne veut pas payer", a-t-elle ajouté.

"Je serai très honorée et très reconnaissante si je devais devenir citoyenne française et si la question de ma protection pouvait être résolue une fois pour toute", a-t-elle conclu.

Ayaan Hirsi Ali avait été placée sous la protection de la police après l'assassinat en 2004 par un islamiste du réalisateur Theo van Gogh, pour lequel elle avait écrit le scénario du film "Soumission", dénonciation du sort réservé aux femmes par les intégristes musulmans. Le meurtrier, condamné à la prison à vie depuis, avait laissé sur le cadavre une lettre de menaçant la députée de droite. En 2006, Mme Hirsi Ali avait été embauchée aux Etats-Unis par l'American Enterprise Institute, un institut de réflexion conservateur installé à Washington. Elle était ensuite rentrée aux Pays-Bas en octobre dernier. AP

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Fadela Amara s'engage à être l'avocate d'Ayaan Hirsi Ali auprès de Sarkozy AFP - Lundi 11 février, 18h43PARIS (AFP) -

Fadela Amara a promis lundi à Ayaan Hirsi Ali d'être son "avocate auprès du président" Nicolas Sarkozy afin d'assurer une protection à l'ex-députée néerlandaise d'origine somalienne, menacée de mort pour ses critiques virulentes contre l'islam et installée aux Etats-Unis.

"Je serai un des meilleurs avocats auprès du président parce qu'ici en France nous sommes toujours très fiers d'être le pays de la liberté", a déclaré devant la presse la secrétaire d'Etat à la politique de la Ville.

"Mon pays est un pays de liberté, où la liberté d'expression est très importante, donc je serai fière d'être votre avocat auprès du président de la République pour plaider votre cause", a-t-elle dit à l'ancienne députée néerlandaise, qu'elle recevait dans son ministère en compagnie du philosophe Bernard-Henri Lévy et de Sihem Habchi, qui lui a succédé à la présidence de Ni Putes Ni Soumises.

"Je suis d'autant plus déterminée à plaider sa cause que Nicolas Sarkozy quand il était ministre de l'Intérieur a été un homme qui a beaucoup aidé Ni Putes ni Soumises", a-t-elle ajouté, sans préciser quelle solution elle proposerait.

"Le plus efficace, c'est d'aller à l'essentiel, de manière à ce que cette jeune femme puisse vivre tranquillement et sereinement, et surtout ne plus vivre avec la trouille au bas du ventre", a dit Mme Amara.

Ayaan Hirsi Ali a expliqué qu'elle travaillait toujours pour l'American Enterprise Institute, une fondation proche des néo-conservateurs, aux Etats-Unis, où le gouvernement néerlandais a cessé en octobre d'assurer sa protection, mais le département d'Etat a affirmé "ne pas protéger des particuliers".

"L'argumentation américaine est que Mme Hirsi Ali est citoyenne des Pays-Bas, que les menaces contre elle ont commencé alors qu'elle servait la population néerlandaise, et qu'il incombe donc au gouvernement néerlandais de payer le prix" de sa protection, a-t-elle indiqué, soulignant qu'en revanche les Etats-Unis contribuaient à sa sécurité par la "collecte de renseignement".

Le vice-Premier ministre néerlandais Wouter Bos s'est irrité lundi de ce débat, qu'il ne connaissait "pas de cas" où un Etat continuerait à assurer la protection d'un de ses ressortissants installé à l'étranger sans accord préalable.

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RFI, par Sabine Cessou Article publié le 16/05/2006 Dernière mise à jour le 16/05/2006 à 08:49 TU

Pays-Bas Ayaan Hirsi Ali, l’icône déboulonnée
En raison de ses mensonges, la députée Ayaan Hirsi Ali a perdu toute crédibilité, selon 71% des Néerlandais.

Ayaan Hirsi Ali, Néerlandaise d’origine somalienne, pourfendeuse de l’islam, a admis le 11 mai (2006) dans un documentaire avoir menti à son arrivée dans le pays pour mieux obtenir l’asile politique. Elle a changé son nom, sa date de naissance et son lieu de résidence. Ses aveux, prononcés par une femme politique en vue, suscitent un tollé.

Depuis la diffusion jeudi soir de « Sainte Ayaan », un documentaire produit par NPS, la télévision nationale, la polémique ne cesse d’enfler.
Parti au Kenya, en Somalie et au Canada sur les traces d’Ayaan Hirsi Ali, ce film a établi des faits longtemps occultés par l’intéressée.
Sous son vrai nom, Ayaan Megan, elle a vécu de l’âge de 10 à 22 ans en tant que réfugiée au Kenya, avec sa famille.
Et n’a donc pas connu les horreurs de la guerre civile en Somalie, contrairement à ce qu’elle a fait croire.

Au lieu du mariage arrangé par sa famille, qu’elle dit avoir fui en se rendant aux Pays-Bas, ses parents proches et son ex-mari, un Somalien installé au Canada, s’accordent tous pour dire qu’elle était consentante le jour de la cérémonie.
En chemin pour le Canada, elle s’est arrêtée en Allemagne, où une première demande d’asile lui a été refusée.
Elle s’est ensuite rendue par le train aux Pays-Bas, où elle a menti sur son identité pour que l’administration ne sache pas qu’elle avait déjà le statut de réfugiée au Kenya, un pays en paix.

Directeur des Services de l’immigration (IND) à cette époque, Hilbrand Nawijn, aujourd’hui député indépendant, s’est déclaré « choqué » par ces révélations. Issu d’une droite populiste focalisée sur la question de l’immigration, Hilbrand Nawijn a aussitôt demandé à Rita Verdonk, la ministre de l’Intégration, de procéder à une enquête – et, le cas échéant, à une expulsion.
Membre du même parti qu’Ayaan Hirsi Ali, Rita Verdonk a assuré le 12 mai que sa camarade n’avait « rien à craindre » pour des faits qui remontent 14 ans en arrière.

Naturalisée en 1997, au bout cinq ans de résidence dans le pays, comme tous les étrangers, Ayaan Hirsi Ali a d’abord été élue députée sous la bannière du Parti travailliste (PVDA) en 1998. En 2003, cette pourfendeuse de l’islam et du multiculturalisme a rejoint les rangs des conservateurs. Avant d’être réélue députée en 2003, elle avait en partie révélé ses mensonges à sa nouvelle famille politique.

Deux poids, deux mesures

Aussi les conservateurs ont-ils d’abord minimisé l’affaire. Seulement, dès le 12 mai, l’Association des avocats spécialisés dans le droit d’asile (VAJN) s’en est emparée. Et de rappeler les termes de la loi néerlandaise, qui stipule depuis 2003 que les étrangers naturalisés sur la base de fausses déclarations peuvent se voir retirer leur nationalité dans les 12 années qui suivent la naturalisation.

Dans l’hypothèse où Ayaan Hirsi Ali ne serait pas inquiétée, la VAJN a annoncé son intention de brandir l’argument du « deux poids, deux mesures » dans le cadre d’autres affaires. Le sang de Rita Verdonk n’a fait qu’un tour. En pleine ascension politique, la ministre de l’Intégration, appréciée par une partie de l’opinion pour sa fermeté, brigue la présidence du VVD et le poste de Premier ministre après les prochaines élections de 2007. Le 13 mai, elle a fait volte-face et annoncé une enquête sur la naturalisation d’Ayaan Hirsi Ali.

Pied-de-nez à une classe politique qui ne l’a jamais vraiment acceptée ? En admettant elle-même avoir menti, Ayaan Hirsi Ali paraît prête à en tirer toutes les conséquences. Et pour cause : elle devrait annoncer aujourd’hui son départ des Pays-Bas, le 1er septembre, pour les Etats-Unis.

A Washington, elle devrait travailler pour l'American Enterprise Institute (AEI), un think tank conservateur qui conseille le président américain George Bush.
Partie en croisade contre l’islam depuis les attentats du 11 septembre, Ayaan Hirsi Ali a toujours fait meilleure impression à l’étranger qu’aux Pays-Bas. C’est un magazine britannique, The Time, qui lui a décerné en janvier le titre d’« Européenne de l’année ». Un député norvégien, lui, a proposé sa candidature cette année pour le Prix Nobel de la paix. Aux Pays-Bas, elle passe pour une opportuniste dont les critiques sans nuances de l’islam ne contribuent guère à la cohésion nationale.

Proche de Theo van Gogh, le cinéaste assassiné le 2 novembre 2004 par un jeune islamiste néerlando-marocain, elle avait travaillé avec lui sur le film Soumission, qui dénonçait le sort des femmes musulmanes. Menacée de mort par les islamistes, sous constante protection policière, la députée a décidé de poursuivre l’oeuvre de son ami, avec un film sur « l’intolérance » des musulmans à l’égard des homosexuels. Dans un sondage de RTL Nieuws publié le 24 février, 84 % des Néerlandais soutenaient Aayan Hirsi Ali dans cette entreprise. Aujourd’hui, ils sont 71% à penser qu’elle a perdu toute crédibilité.

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Le 7 Octobre 2009, par Bernard-Henri Lévy, pour Le Point Pourquoi je défends Polanski

Abuser d’une fille de 13 ans est, évidemment, un crime grave. Et être un artiste de génie n’a jamais constitué, pour quelque crime que ce soit, une circonstance atténuante.

Cela étant dit, et vu le vent de folie qui est en train de souffler sur les esprits, il convient aussi de rappeler les évidences suivantes.

1. L’illegal sexual intercourse – en français, détournement de mineure – dont Roman Polanski s’est reconnu coupable il y a trente-deux ans n’est pas, pour autant, le crime de sang, voire le crime contre l’humanité, que dénoncent, depuis dix jours, les vengeurs lâchés à ses trousses. C’est un crime, oui. Mais il y a des degrés dans l’échelle du crime. Et vouloir tout mélanger, essayer de nous faire croire qu’un viol serait un crime de même nature que celui, par exemple, dont fut victime Sharon Tate, sa femme, éventrée quelques années plus tôt alors qu’elle était enceinte de huit mois, prendre le risque, autrement dit, car c’est bien de cela qu’il s’agit, de voir Roman Polanski rejoindre Charles Manson dans le pénitencier dont celui-ci aura, au même instant, dès le 1er janvier 2010, la possibilité légale de demander à sortir, c’est une insulte au bon sens, une atteinte à la raison, la porte ouverte à toutes les confusions.

2. Cette affaire est d’autant plus insensée que la principale intéressée a choisi de pardonner, de tourner la page et, si possible, d’oublier. « Laissez-moi tranquille ! supplie-t-elle chaque fois que la Justice Spectacle, ou le Spectacle tout court, reviennent braquer leurs projecteurs sur ce pan de son passé, laissez-moi tranquille et oubliez, par la même occasion, cet homme dont je considère, moi, sa victime, qu’il a suffisamment payé ! ». Mais non. On a là des défenseurs des droits des victimes qui savent mieux que la victime ce qu’elle veut et ce qu’elle ressent. On est là face à des gens qui lui passeraient bien sur le corps, à la victime, plutôt que de lâcher leur proie et de renoncer à la délicate ivresse de punir. C’est honteux.

3. Quand la victime se désiste, n’appartient-il pas à la société, c’est-à-dire au juge, de poursuivre ? Oui, sans doute. D’un point de vue judiciaire strict, c’est en effet le droit de la société. Mais ce ne sera ni la première ni la dernière fois que le point de vue judiciaire strict manquera et aux exigences de la compassion et à celles de l’intelligence. Et de même que je ne me suis jamais privé de pointer, dans le Droit de cette Amérique que j’aime, des usages ou des peines qui, comme dans tous les systèmes de Droit, font entorse à la pure idée démocratique, de même il n’y a aucune raison de ne pas le dire : arrêter aujourd’hui un homme dont on a conclu, jadis, au terme de quarante-deux jours de prison, qu’il n’était pas un pédophile, le traquer comme un terroriste, l’extrader comme un ancien nazi, est peut-être conforme à la loi, mais certainement pas à la justice.

4. Serait-ce, comme on l’entend partout, que sa célébrité « sanctuarise » M. Polanski ? Non, bien entendu. J’ai passé mon existence à tenter de tirer de l’oubli des vies minuscules, des victimes sans visage et sans nom – et je tiendrais donc le même discours, exactement le même, si M. Polanski n’était pas M. Polanski. Sauf que… Je n’aurais pas à le tenir, justement. Car il n’aurait pas été arrêté. Son dossier serait enterré depuis des années. Et il ne se serait pas trouvé de magistrat pour, à la veille d’une élection (car les magistrats californiens sont des élus du peuple, comme les maires et les shérifs), décider cette arrestation médiatisée. La célébrité ne protège pas Roman Polanski, elle le dessert. Loin que Roman Polanski se cache derrière son nom, c’est lui, son nom, qui le désigne. Et s’il y a bien un « deux poids deux mesures » dans cette affaire, c’est celui qui fait de lui, Polanski, non pas un justiciable ordinaire, mais un symbole – et qui, de son éventuelle comparution, ferait un « grand bazar » politico-cathodique davantage qu’un procès équitable.

5. Car le fond de l’affaire est bien dans le parfum de justice populaire qui flotte autour de tout cela et transforme les commentateurs, les blogueurs, les citoyens, en autant de juges assermentés au grand tribunal de l’Opinion – les uns pesant le crime ; les autres le châtiment ; on a même vu l’un de ces vertueux, apparemment expert en castration chimique, proposer, pour ce nouveau Dutroux (sic), un traitement définitif… Etranges enragés qui ne trouvent rien à redire quand c’est un vrai puissant qui, sous nos yeux, se conduit en prédateur de mineures (ah, les « frasques » de M. Berlusconi…), mais deviennent implacables quand c’est un faux puissant qui n’a, comme Polanski, d’autre arme que son talent… Singuliers moralistes qui prennent un malin plaisir à se passer en boucle les détails de cette affaire sordide pour, ensuite, jeter la pierre…

Ce lynchage est un trouble à l’ordre public autrement plus sérieux que le maintien en liberté de Roman Polanski.

Cet acharnement de tricoteuses et de tricoteurs, cette volonté de voir au bout d’une pique la tête d’un artiste, sont l’immoralité même.

De deux choses l’une, messieurs les justiciers. Ou bien Polanski était ce monstre – et il ne fallait pas lui donner d’oscar ni de césar ; il fallait boycotter ses films ; il fallait le dénoncer aux autorités chaque fois qu’il venait, en famille, passer des vacances dans sa maison de Suisse. Ou bien vous n’avez rien trouvé à redire, jamais, à ses apparitions annoncées sur tous les tapis rouges de tous les festivals du monde ; vous sentez bien, comme moi, la formidable hypocrisie de ce procureur, affamé de reconnaissance et de gloire, qui se réveille un beau matin pour le livrer, tel un trophée, à la vindicte d’électeurs chauffés à blanc – et il faut, comme sa victime, prier pour qu’on le laisse, enfin, en paix.

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Le 12 Octobre 2009, par Bernard-Henri Lévy, pour Libération

Affaire Mitterrand : et si on inculpait Léon Blum ? – Libération du 12 octobre 2009

Marine Le Pen n’y suffisait pas : il a fallu que la jeune garde socialiste, Benoît Hamon en chef de file, vole au secours du nouvel ordre moral qui, depuis quinze jours, semble tourner des têtes que l’on croyait immunisées contre le moralement correct cher à nos Pères et Mères la Pudeur, type Christine Boutin ou Philippe de Villiers.

Et voici donc un événement considérable, et qui semblait impensable à ceux qui, comme moi, avaient mis leur espoir dans ce groupe de quadras – Benoît Hamon donc, mais aussi Manuel Valls, Arnaud Montebourg… – qui portaient, avec d’autres, les couleurs de la rénovation à gauche : l’alliance folle, profondément contre-nature, suicidaire, entre des héritiers de Jaurès et le parti d’un homme qui, jadis, à Alger, partit faire du tourisme parachutiste autrement plus olé olé que celui dont Frédéric Mitterrand a fait lui-même, il y a quelques années, dans un livre unanimement salué par la critique, l’aveu public et désolé.

Une fois de plus, et comme dans l’affaire Polanski dont cette affaire-ci est, hélas, la suite à la fois logique et délirante, il ne s’agit pas d’excuser des pratiques que leur auteur a eu la franchise de révéler en son temps, et à son entier détriment.

Mais il s’agit, premièrement, d’observer le spectacle navrant de cet escadron de vertueux, estampillé socialiste, qui fonce droit dans le piège tendu par ses pires adversaires.

Et il s’agit, deuxièmement, de savoir si l’on va, désormais, devoir fouiller dans la vie de chacun d’entre nous pour évaluer, dans notre passé, pourquoi pas dans notre adolescence, ou même dans notre prime enfance, notre degré de «moralité».

Responsables, ou futurs responsables, qui, dans vos écrits ou confessions, aurez pris le risque de rapporter telle ou telle histoire, passion, bonne ou mauvaise action, apprenez désormais à vous taire ou sachez, à défaut, que vous serez du gibier de média et d’agora.

Artistes, romanciers, diaristes, journalistes, qui, dans vos fictions et vos autofictions, croiriez bon de nous instruire de telle ou telle tentation, perdition, perversion, turpitude, regardez-y à deux fois car vous devez savoir qu’à gauche comme à droite, au nom de la défense des bonnes mœurs, on vous jettera en pâture à l’opinion et l’on sonnera contre vous l’hallali.

André Malraux, qui fit publiquement l’aveu d’un penchant pour les paradis artificiels contracté dans sa jeunesse et jamais véritablement conjuré, ne resterait, aujourd’hui, pas ministre cinq minutes.

Blum à qui il arriva, au temps de La Revue blanche, de faire l’éloge de l’adultère et de l’extrême liberté de mœurs pour les jeunes filles emprisonnées dans le carcan des familles, devrait se tenir à carreaux de peur d’être dénoncé comme pédophile par les Benoît Hamon de service.

Gide ne publierait pas Corydon ou ne prendrait plus, s’il l’avait fait, la présidence des Comités antifascistes de 1934 ; Jean-Jacques juge de Rousseau finirait avec ses Confessions pendues autour du cou ; et ne parlons pas de Jean Genet dont le Journal d’un voleur ne trouverait tout simplement plus éditeur.

La nouvelle Brigade des mœurs veille. Triste époque.

Par Bernard-Henri Lévy écrivain, directeur de la revue La Règle du jeu et membre du conseil de surveillance de «Libération »

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BHL, le dandy le plus détesté de France Par Renaud Girard Le Figaro 06/02/2010 | Mise à jour : 10:46 Réactions (206)

Entre philosophie spéculative à la Kant et révolutionnaire à la Marx, BHL propose une «troisième option», qui consiste à «réparer» le monde, à «faire en sorte qu'il ne laisse pas à l'inhumanité le dernier mot». Crédits photo : Le Figaro Bernard-Henri Lévy publie deux livres* où passent Obama, Gary, Camus, Lévinas et Jean-Paul II, mais qui dessinent aussi un portrait de l'écrivain par lui-même. Rencontre avec un personnage protéiforme.

Pourquoi Bernard-Henri Lévy a-t-il autant de détracteurs à Paris ? Pourquoi ce dandy cultivé provoque-t-il, chez tant d'hommes politiques, de diplomates, de journalistes, d'universitaires, une jalousie frisant la détestation obsessionnelle ? Aurait-il commis, par le passé, quelque crime irréparable contre la pensée, contre la morale ou contre les intérêts supérieurs du pays ? Osons une explication. Dans ce pays rationnel et corporatiste qu'est la France, BHL a le défaut de ne s'inscrire dans aucune case. Il les phagocyte toutes.

Il fait de la philosophie sans être professeur, de la politique sans être élu, du reportage sans être journaliste, de la diplomatie sans être du Quai. Pire, ne craignant aucun mélange des genres, il brouille toutes les pistes. Non seulement il pénètre par effraction dans des champs qui ne sont pas les siens, mais il n'en respecte jamais les règles établies.

En philosophie, il ne s'embarrasse ni de notes en bas de page, ni d'appareils critiques. Il ne cherche pas à construire, concept après concept, un grand système d'explication du monde ou du moi, comme ont pu le faire Kant, Hegel, Fichte, Marx, Freud ou Heidegger. Dans sa manière de philosopher, BHL est aux antipodes du plus grand philosophe français vivant, René Girard. Ce dernier, qui n'a jamais quitté le campus de l'Université de Stanford, a bel et bien bâti, livre après livre, un système cohérent d'explication du monde, autour de son concept de «désir mimétique».

Ce travail de fourmi n'a jamais été la tasse de thé de BHL, homme de trop d'appétits différents, un jour essayiste, un jour cinéaste, un jour romancier, un jour reporter, un jour talmudiste, un jour dramaturge. La philosophie, qu'en normalien agrégé il maîtrise brillamment, n'a jamais été son horizon final. C'est un socle intellectuel, dont il se sert pour se lancer dans d'autres aventures humaines, pour «vivre de tous les côtés à la fois».

Dans son dernier essai, De la guerre en philosophie (Grasset), BHL parvient superbement - car sa prose a, dans ce livre, la respiration de celle d'un Péguy - à théoriser le destin qu'il s'est fixé jeune homme, celui d'être un «intellectuel engagé». Après avoir évoqué sa «nostalgie du clerc postulant au service du genre humain», il constate que «les philosophes ont trop longtemps interprété le monde ; ils ont trop voulu le transformer».

Et, refusant de se laisser enfermer dans cette alternative, entre philosophie purement spéculative à la Kant et philosophie révolutionnaire à la Marx, BHL propose une «troisième option», qui consiste à «réparer» le monde, à «faire en sorte qu'il reste à peu près habitable et ne laisse pas à l'inhumanité le dernier mot».

Bernard-Henri Lévy est un juif qui ne croit pas en Dieu, mais qui se passionne pour le judaïsme. Ce n'est pas la Torah qui l'intéresse, c'est le Talmud, ces longs traités écrits au fil des siècles, qui tentent d'organiser la vie des hommes entre eux.

«Liberté de mouvement»

En journalisme, BHL ne respecte pas non plus les vieilles règles du métier. Il fait fi de l'impartialité, de la recherche de l'équilibre des points de vue. Il prend parti. Quand il s'en va couvrir un conflit international, il choisit son camp, il y reste. Il pratique un journalisme engagé, le plus souvent aux côtés des victimes les plus évidentes. En Bosnie, il prend, dès le printemps 1992, le parti des musulmans assiégés et bombardés dans Sarajevo, et devient le plus vibrant porte-parole du président Izetbegovic, qui le décorera. L'aversion légitime qu'il a pour les exactions des milices serbes l'empêche d'envisager la contradiction qu'il y a à vouloir conserver une Bosnie multiethnique, après avoir accepté l'éclatement de cette grande Bosnie qu'était la Yougoslavie de Tito.

Dans la Géorgie envahie par l'armée russe du mois d'août 2008, il prend résolument le parti du président Saakachvili, quitte à minimiser le rôle qu'a joué le bombardement ordonné par ce dernier de la capitale de la province sécessionniste d'Ossétie du Sud, le 7 août.

Dans le conflit israélo-palestinien de janvier 2009 à Gaza, il ne séjourne qu'avec les soldats de Tsahal, afin de défendre l'armée israélienne, qu'il considère comme la plus «éthique» du monde.

Bosnie, Géorgie, Gaza, et aussi Darfour : quatre conflits que BHL a couverts, sans aller recueillir le point de vue des «méchants», respectivement les Serbes de Milosevic, les Russes de Poutine, les Palestiniens du Hamas et les Arabes du Soudan. Ce journalisme d'un seul point de vue s'explique par la poursuite d'un objectif à ses yeux supérieur : l'action politique.

De fait, sur la Bosnie il parviendra à influencer le président Mitterrand - jusqu'à lui amener à l'Élysée Izetbegovic - et, sur le Darfour, il réussira à ameuter toute la classe politique française à la veille de la présidentielle de 2007.

Son engagement pro-israélien lui permet d'avoir un accès quasi immédiat aux plus hautes autorités de l'État hébreu. Son rêve serait évidemment d'être un jour le «deal maker» dans une négociation de paix israélo-palestinienne.

En politique intérieure, BHL prend, fin 2006, le parti de Ségolène Royal, dont il devient le proche conseiller. Ce n'est pas qu'il soit un inconditionnel des 35 heures et de la dépense publique à tout va. «Mon principal souci était de faire reculer en France l'antiaméricanisme, l'antisionisme et le communautarisme. Or c'était à gauche qu'il y avait le plus à faire en ces domaines. J'ai contribué à soustraire Ségolène à l'influence de Chevènement, et j'en suis fier !»

Cela ne l'empêche pas d'être reçu quand il le souhaite par le président Sarkozy, par exemple pour lui parler de l'Iran. Cette influence lui suffit. Quand Chirac lui a proposé de devenir ministre de la Culture, il n'a pas songé une seconde à accepter.

Car la chose qu'il apprécie le plus, c'est cette «liberté de mouvement», que conforte, il faut bien le dire, une fortune considérable, qu'il a héritée de son père. À 61 ans, BHL ne s'est «jamais, jamais, emmerdé dans la vie». Sa vie, qu'il a dessinée comme on bâtit une œuvre.
(*) Pièces d'identité, De la guerre en philosophie,Grasset. À paraître le 11 février.

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Libre, Roman Polanski fait une apparition publique à Montreux 17 juillet 2010, 22h42 Reuters Stéphanie Nebehay et Denis Balibouse

Libre de ses mouvements depuis lundi, le réalisateur franco-polonais Roman Polanski s'est rendu samedi à Montreux où sa femme, l'actrice et chanteuse Emmanuelle Seigner, donnait un concert à l'occasion de la clôture du festival de jazz.

Pour sa première apparition publique depuis la levée de son assignation à résidence, Polanski est arrivé en compagnie de Claude Nobs, le président du célèbre festival qui se tient chaque année depuis 44 ans sur les bords du lac Léman.

Le cinéaste a été accueilli par une meute de photographes mais il n'a fait aucune déclaration. Sous bonne escorte, il s'est ensuite rendu dans les loges des officiels du festival où il a assisté au concert de 55 minutes d'Emmanuelle Seigner.

Montreux se trouve à environ une heure de route de la station de Gstaad où Roman Polanski était assigné à résidence dans son luxueux chalet depuis le mois de décembre.

Lundi, la Suisse a annoncé qu'elle n'entendait pas extrader le réalisateur comme le demandait la justice américaine qui voulait le faire comparaître dans une affaire de relation sexuelle avec une mineure de 13 ans en 1977.

"PAS DE TRAITEMENT PARTICULIER"

Arrêté le 26 septembre à Zurich alors qu'il se rendait à un festival de cinéma, Polanski, âgé de 76 ans, avait passé quelques jours en détention avant d'être assigné à résidence, le temps pour la justice helvétique d'étudier la demande américaine.

Les autorités suisses avaient rejeté la demande d'extradition, citant de potentiels vices de procédure et estimant que la requête ne précisait pas si le réalisateur de "Chinatown" et du "Pianiste" avait effectivement purgé sa peine il y a 30 ans.

Avant d'assister au concert de sa femme, Roman Polanski avait accordé sa première interview télévisée depuis sa remise en liberté. "Je ne sais pas ce que je vais faire à partir de maintenant. Pour le moment, je suis simplement heureux d'être libre", a-t-il dit à la télévision suisse romande. "Je n'ai jamais demandé de traitement particulier", a-t-il ajouté.

Emmanuelle Seigner, portant un chapeau noir et un pantalon de même couleur, a entamé son concert par le thème musical du film "Rosemary's Baby" avant d'enchaîner avec des titres comme "Sing Sing" et Femme Fatale". Mélangeant les titres en français et en anglais, elle a interprété un certain nombre de chansons tirées de son deuxième album, "Dingue", sorti cette année.

Elle n'a été inscrite sur le programme du festival qu'il y a quelques semaines, en remplacement du groupe Black Dub dont le leader Daniel Lanois a été blessé dans un accident de moto.

Polanski est un ami de Claude Nobs qui avait annoncé vendredi dans une conférence de presse que le réalisateur oscarisé était le bienvenu au festival. Le quotidien de Lausanne, "24 Heures", a publié des photos de Roman Polanski au chalet de Nobs.

Après l'annonce de la justice suisse, Samantha Geimer, la femme qui avait eu des relations sexuelles avec Polanski en 1977 alors qu'elle était adolescente, a dit espérer que cette affaire était désormais close.

Lors de son procès en 1978, Polanski avait accepté de plaider coupable pour obtenir une peine réduite à 42 jours, soit le temps qu'il avait passé en prison pour y subir une évaluation psychiatrique.

Mais craignant que le juge revienne sur l'accord qui avait été conclu, le cinéaste s'était enfui à la veille de l'audience au cours de laquelle devait être prononcée sa peine.
Stéphanie Nebehay et Denis Balibouse, Pierre Sérisier pour le service français

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Libye: BHL a rencontré des rebelles lefigaro.fr AFP 05/03/2011 | Mise à jour : 08:06

L'intellectuel français Bernard-Henri Lévy a indiqué hier à l'AFP à Benghazi s'être entretenu avec les membres du Conseil national indépendant créé par les insurgés dans cette ville de l'est de la Libye. "J'ai rencontré les représentants du Conseil national", a-t-il déclaré.

"Il se passe un événement extraordinaire que personne n'avait prévu. J'ai voulu comprendre par moi-même", a expliqué le philosophe, arrivé en Libye il y a deux jours.

"On pouvait croire que la flamme de la liberté était à jamais éteinte" en Libye, a-t-il poursuivi. "On voit se constituer très vite ce souci du bien public", s'est félicité l'intellectuel français, au sujet des institutions provisoires mises en place dans la zone sous contrôle de l'opposition au dirigeant libyen Mouammar Kadhafi.

S'agissant des slogans anti-israéliens voire antijuifs apparus dans les manifestations, Bernard-Henri Lévy a estimé que c'était "l'héritage de Kadhafi". "Comme en Egypte, j'espère que cela tendra à disparaître avec la démocratie", a-t-il ajouté.

Il a appelé à la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne pour empêcher le régime d'utiliser son aviation dans la répression. "La dernière capacité de nuisance de Kadhafi, elle est là", a-t-il affirmé.

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nouvelobs.com jeudi, 10 mars 2011 17:15 Publié dans diplomatie française Exclusif: ce que Sarkozy a promis à l’opposition libyenne

Selon une source bien informée, voici le contenu de l’échange entre Nicolas Sarkozy et les deux représentants de l’opposition libyenne qu’il recevait ce matin.

Les Libyens ont demandé au président français :

- de brouiller les transmissions militaires de l’armée de Kadhafi.
- de détruire le bunker du colonel.
- de neutraliser les trois aéroports qui lui servent à mener ses opérations (notamment la base de Syrte d’où partent l’essentiel des avions qui bombardent les villes à l’Ouest de Benghazi, et l’aéroport proche du Tchad où arrivent les mercenaires.)
- de reconnaître officiellement l’opposition, représentée par le Conseil exécutif, comme la seule autorité légitime.
- d’imposer une no fly zone.

Selon la source du "Nouvel Observateur", Nicolas Sarkozy a tout accepté. Il a seulement expliqué que la zone d’exclusion aérienne sera probablement impossible à obtenir au Conseil de Sécurité.

Sur les frappes ciblées, il a dit qu’il allait, demain, demander aux Européens de mener une opération commune. Il a précisé que l’Allemagne était réticente. Il a dit qu’il était tout à fait hostile à une intervention sous pavillon de l’Otan (qu'autrement dit, il ne souhaite pas une participation des Etats-Unis).

Il a affirmé qu’en tout état de cause et si nécessaire la France effectuerait ces frappes elle-même.

C’est Bernard-Henry Lévy qui a facilité la rencontre. Il a téléphoné de Benghazi à Nicolas Sarkozy jeudi soir, alors qu’il se trouvait avec le patron du Conseil National de Transition et son porte-parole. Il a proposé au chef de l’Etat de rencontrer des représentants de cette opposition cette semaine, ce que Nicolas Sarkozy a accepté tout de suite.

Bernard-Henry Lévy était présent lors de la rencontre de ce matin. Sur son rôle, il dit : « Je suis peu suspect de complaisance avec Nicolas Sarkozy. Je suis en désaccord à peu près total avec tout ce qu’il fait ces temps-ci, souvent même choqué. Mais ce matin j’étais heureux et fier de la position prise par mon pays. »

Interrogé sur les risques d’une nouvelle intervention militaire occidentale dans un pays arabe, BHL a répondu : « Rien ne dit que cette neutralisation des bases de la mort sera l’œuvre d’une aviation européenne. Il y a au moins une aviation dans la région, celle de l’Egypte, qui a les moyens logistiques et la base pour le faire. »

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lejdd.fr 11 Mars 2011 | Mise à jour le 12 Mars 2011

Libye: BHL à la barre

La séquence fait grincer des dents. A la veille d'un conseil européen consacré vendredi à la Libye, Nicolas Sarkozy a arrêté sa propre stratégie contre le régime de Mouammar Kadhafi. Déjà dans la capitale belge, son ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, n'a pas participé à une réunion tenue jeudi à l'Elysée. Au contraire du philosophe Bernard-Henri Lévy, dont la présence au "Château" n'est pas passée inaperçue…

BHL, grain de sable dans la diplomatie française?

"Je me disais que j'aurais du mal à travailler avec Nicolas Sarkozy, mais au bout de trois mois, je me suis rendu compte que c'était possible." Ainsi parlait Alain Juppé au moment de prendre les rênes du ministère des Affaires étrangères. C'était il y a moins de deux semaines, mais, à la vue de la stratégie arrêtée par l'Elysée au sujet de la crise libyenne, les propos du "revenant" Juppé au gouvernement - d'abord passé par la case Défense avant de rallier le quai d'Orsay - prennent une résonance un peu particulière. Dès jeudi soir, prenant de vitesse, au passage, l'ensemble de ses partenaires de l'UE qu'il a rencontré vendredi à Bruxelles, le président français a en effet légitimé le conseil national de transition libyen (CNT), tout en validant le principe de "frappes aériennes ciblées" contre des intérêts du dictateur Kadhafi. Le tout à l'issue d'une réunion tenue à l'Elysée sans Alain Juppé, déjà dans la capitale belge avec ses homologues européens, mais en présence de l'intellectuel Bernard-Henri Lévy. Ce qui n'est pas passé inaperçu... Exemple parmi d'autres, Nicolas Demorand, le nouveau directeur de Libération , a parlé vendredi matin d'une séquence diplomatique "jouée par l’Elysée en solo" et qui a "manifestement sidéré Alain Juppé".

Quand BHL "murmure" à l'oreille des présidents

La semaine dernière, BHL narrait dans le JDD son voyage en Libye, à la rencontre des opposants au régime de Kadhafi. Mais se retrouver quelques jours plus tard à l'Elysée en compagnie des représentants du CNT face au président français en a étonné plus d'un. Jeudi soir, le principal intéressé s'en est expliqué au micro d'Europe 1. Le philosophe a ainsi indiqué avoir "suggéré" cette rencontre à Nicolas Sarkozy, qui l'a immédiatement acceptée. CQFD pour l'intellectuel à la chemise blanche, habitué à "murmurer" à l'oreille des présidents. Ce fut par exemple le cas en 1992 lors du conflit en ex-Yougoslavie où il réussit à convaincre François Mitterrand de s'entretenir avec le président bosniaque Alija Izetbegovic, ou dix ans plus tard quand Jacques Chirac l'envoya en mission officielle en Afghanistan.

BHL sur Europe 1

Et comme pour mieux marquer l'instant, vendredi matin, la Règle du jeu - la revue qu'il dirige – a publié sur son site internet le déroulé exhaustif de ses récentes pérégrinations, de la ville de Benghazi libérée à l'Elysée. "Mon rôle a été modeste ", certifie BHL en introduction d'un (très) long texte intitulé Bernard-Henri Lévy, Sarkozy et la Libye . Texte dans lequel le nom d'Alain Juppé n'apparait jamais, au contraire de ceux de Jean-David Levitte, conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, ou d'Henri Guaino, conseiller politique et "plume" du Président, également présents à cette fameuse réunion de jeudi. Contactée par leJDD.fr, une source du quai d'Orsay balaie les polémiques en expliquant que l'ex-locataire de Matignon a largement contribué, en amont, à la définition de la stratégie diplomatique française. "Il considérait d'ores et déjà le CNT comme un interlocuteur, gardant évidemment les précautions d'usage de la diplomatie", indique-t-elle. Et d'ajouter: "Tous les ministres concernés, c'est-à-dire Alain Juppé, Gérard Longuet et Laurent Wauquiez, sont sur la même ligne que la présidence."

Toutefois, des réserves existent. "Si Alain Juppé a accepté le quai d'Orsay, c'est qu'il pensait avoir les coudées franches par rapport à l'Elysée", rappelle, un brin désolé, un proche de l'ancien Premier ministre interrogé par leJDD.fr. Après une sortie réussie de ce dernier en Egypte le week-end passé, le dossier libyen pourrait-il créer des crispations entre lui et le chef de l'Etat? "On va bien voir à l'usage", poursuit notre interlocuteur, dans un soupir...

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Fabius-Libye : "initiative positive" (E1) Par Europe1.fr Publié le 18 mars 2011 à 08h38 Mis à jour le 18 mars 2011 à 08h38

Invité sur Europe 1 vendredi , Laurent Fabius a estimé que le feu vert de l'ONU à l'intervention militaire en Libye était une "initiative positive", qui arrivait néanmoins "un peu tard".

"Il faudra très vite que le gouvernement présente sa position devant le Parlement", a souhaité le député socialiste.
Pour Laurent Fabius, la question est maintenant "qu’est-ce qu'il va se passer ensuite", l'essentiel étant que Mouammar Kadhafi n'ait "plus de possibilité" "de massacrer la population".

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Libye/ONU: le PS se félicite AFP lefigaro.fr 18/03/2011 | Mise à jour : 07:11

Martine Aubry, Première secrétaire du Parti socialiste, s'est félicitée dans la nuit de la résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies, appelant "à sa mise en oeuvre immédiate".

"Le Parti Socialiste appelle à une mise en oeuvre immédiate de cette résolution par la communauté internationale, et en particulier par la France, l'Union européenne et les Etats de la Ligue Arabe, notamment l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne et des mesures de protection des populations civiles contre les forces de répression du régime Kadhafi", indique Mme Aubry dans un communiqué.

"L'urgence est extrême : il faut maintenant rattraper le temps perdu pour éviter de nouveaux drames, assurer la protection effective des populations civiles et permettre au peuple libyen de défendre son droit à la liberté, à la justice et à la démocratie", poursuit la Première secrétaire dans ce texte, précisant que "le Parti socialiste se félicite de la résolution votée ce soir par le Conseil de sécurité de l'ONU, qu'il appelait de ses voeux depuis plusieurs semaines."

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Quand BHL refusait la présomption d’innocence… aux petits Rédigé par lateigne (24actu) le 25 mai 2011

Le philosophe télévisé Bernard Henri-Lévy a beaucoup fait parler de lui ces derniers jours avec une défense très contestée de son « ami » Dominique Strauss-Kahn au nom de la présomption d’innocence.

Quand il tape sur les petits et les sans-grades, BHL n’est pas aussi sensible à ce concept juridique que quand il défend sa caste.

BHL s’est répandu la semaine dernière pour accuser pêle-mêle la justice-spectacle américaine, le non respect de la présomption d’innocence, mais également pour tenter de discréditer le témoignage de la victime (en inventant des « brigades de ménage) et les accusations de Tristane Banon.

Des propos pitoyables qui ont profondément choqué en Amérique et en France, et qui renvoient aux images d’une autre affaire remontant à 2009. BHL s’était alors présenté comme témoin lors du procès aux assises de Jean-Marie Garcia, ouvrier lyonnais accusé pour le meurtre de sang-froid d’un maghrébin et soupçonné de crime raciste.

Le grand philosophe s’était alors soumis (avec délectation) au terrible show médiatico-juridique de ce procès. Un BHL, bronzé et chemise ouverte, n’avait soulevé aucune objection à voir son témoignage filmé (et repris le soir même dans le JT de France 2). D’un ton docte et condescendant, il avait expliqué sans sourciller qu’il ne « connaissait rien du dossier » mais qu’il n’avait pas de doute sur le caractère raciste du meurtre.

Après une digression onanique sur le racisme du philosophe du dimanche, l’avocat de la défense était revenu sur les accusations très graves portées par BHL à l’encontre de Jean-Marie Garcia. « Quand vous avez écrit cet article (sur l’affaire) qui est un acte d’accusation, avez-vous pris contact avec la défense pour avoir un autre son de cloche ? Et la présomption d’innocence, qu’en faites-vous ? », lui demandait-il.

Ce à quoi, BHL répondait avec une morgue invraisemblable : « Quand le mort est bien mort. Quand sa famille pleure. Lorsque l’on connait le coupable. C’est vrai que la présomption d’innocence j’ai un peu tendance à en négliger les principes ». En jouant de la confusion entre un crime confessé et des accusations de racisme qui alourdissaient encore le dossier.

La condamnation sans appel BHLienne avait sonné Jean-Marie Garcia, homme rustre et ne disposant certes pas du bagage socio-culturel de Dominique Strauss-Kahn : « Moi aujourd’hui après Monsieur Bernard Henri-Lévy, je me sens comme un moustique écrasé par un géant ». Selon que vous serez puissant ou misérable…

Si Jean-Marie Garcia a bien été condamné à 25 ans de prison pour meurtre, les charges de crime raciste n’ont pas été retenus malgré les certitudes de BHL et son mépris pour la présomption d’innocence.

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leJDD.fr 18 Mai 2011 Affaire DSK : l'ombre Polanski

Les démêlés du cinéaste franco-polonais avec la justice américaine jouent-ils un rôle dans les déboires de Dominique Strauss-Kahn? Impossible de l'établir clairement. En revanche, en France, certains commentaires ne sont pas sans rappeler ceux qui avaient émaillés la récente saga Polanski.

"On pense à Polanski."

Dès dimanche, Bernard Tapie faisait le lien sur LCI entre l'affaire DSK et les démêlées du cinéaste franco-polonais avec la justice américaine.
Le lendemain, ce lien s'est renforcé en pleine audience préliminaire de Dominique Strauss-Kahn, quand l'un des procureurs a nommément cité le précédent Polanski pour plaider - et obtenir auprès de la juge - la détention du directeur du Fonds monétaire international, actuellement incarcéré dans la sinistre prison de Rikers Island.

Accusé de viol en 1978, le réalisateur du Pianiste s'était soustrait à son procès en s'envolant pour la France après 42 jours de prison. Malgré une demande formulée en 2010 et au terme de multiples rebondissements, les autorités judiciaires américaines avaient échoué à convaincre la Suisse - ou Polanski avait été arrêté en septembre 2009 - à être extradé outre-Atlantique.

Un parallèle "fâcheux et très regrettable"

Echaudés, les Etats-Unis seraient-ils déterminés à ne prendre aucun risque avec Dominique Strauss-Kahn?
Pour Me Kiejman, qui fut l'avocat du cinéaste, le précédent Polanski joue "un rôle inconscient" dans les déboires de DSK, "bien que les situations procédurales soient très différentes", a-t-il ajouté sur France Info, mardi matin. "La crainte du juge américain, c'est que Dominique Strauss-Kahn (...) puisse rejoindre le territoire français et, de là, soit inexpugnable", a ajouté le professionnel du droit, précisant, à juste titre, que la France n'extradait pas ses propres ressortissants.

"On peut comprendre [le parallèle] sur un plan factuel, intellectuel, mais il est fâcheux et très regrettable", a complété Me Hervé Temime, autre défenseur de Roman Polanski, quelques heures plus tard au micro d'Europe 1. L'éventualité de voir le directeur d'une institution internationale comme le FMI se soustraire à la justice apparait "tout à fait hypothétique", a en effet estimé Georges Kiejman, rejoint sur ce point par plusieurs responsables politiques, socialistes notamment.
Pour tous, le simple retrait du passeport de Dominique Strauss-Kahn aurait ainsi suffi à s'assurer de sa présence devant ses juges.

Conséquence, pour certains, DSK a été victime de l'acharnement de la justice américaine. Un air déjà entendu lors de la saga Polanski... Ardents défenseurs de la cause réalisateur oscarisé l'an passé, Jack Lang ou encore Bernard Henri-Lévy se sont notamment engouffrés dans cette voie.

Sur France 2, lundi soir, le ministre de la Culture de François Mitterrand a ainsi dénoncé un "lynchage" dont serait victime celui qui, la semaine dernière, était encore le meilleur candidat socialiste dans l'optique de la présidentielle de 2012. "Il n’y avait quand même pas mort d’homme!", a-t-il ajouté dans une formule qui a fait jaser.

Comme la tribune publiée sur son site par l'intellectuel à la chemise blanche a également suscitée la polémique, lui qui, n'épargnant personne, a défendu avec acharnement son ami de 25 ans, qu'il considère carrément "jeté aux chiens".

Dénué de compassion pour la victime présumée de DSK, "le texte de BHL révèle cette impunité de classe", a notamment jugé le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan sur son compte Twitter, fustigeant au passage "une oligarchie parisienne" qui, réelle ou supposée s'était déjà trouvée sous le feu des critiques lors de l'affaire Polanski.

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Sarkozy: "il y a un travail à terminer" en Libye Par LEXPRESS.fr avec AFP, publié le 15/09/2011 à 09:00, mis à jour à 18:00

Le président français Nicolas Sarkozy et le Premier ministre libyen Mahmoud Jibril devancent BHL, le Premier ministre britannique David Cameron et le président du CNT Moustapha Abdeljalil. Un ordre qui doit peu au hasard.

Nicolas Sarkozy et David Cameron en visite en Libye, se sont adressés à la foule, saluant le "courage" du peuple libyen.

Un "moment historique". La visite ce jeudi en Libye du président français Nicolas Sarkozy et du Premier ministre britannique David Cameron, la première de hauts dirigeants étrangers depuis la chute de la capitale le 23 août, est ainsi qualifiée par des ministres français. Leurs deux pays ont été en pointe dans la guerre menée par l'Otan contre les troupes de Mouammar Kadhafi.

Le président Sarkozy est arrivé jeudi peu après 10h30 accompagné de son ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé. David Cameron est lui arrivé en compagnie du ministre des Affaires étrangères William Hague.

D'abord à Tripoli

Les deux dirigeants ont visité pendant environ une heure l'hôpital de la capitale libyenne où ils ont été accueillis par un petit groupe de médecins et d'infirmiers. Le président français y a retrouvé Bernard-Henri Lévy, défenseur de la première heure des rebelles libyens. Des slogans à la gloire de Nicolas Sarkozy étaient scandés: "one two three, viva Sarkozy !". Tant que la paix sera menacée, la France restera à vos côtés

Le groupe a ensuite repris l'hélicoptère, survolant en rase-mottes des quartiers dévastés de la capitale libyenne, pour se rendre à l'hôtel Corinthia, sur le front de mer, où s'est tenue une conférence de presse commune avec les deux principaux dirigeants du Conseil national de transition (CNT) Moustapha Abdeljalil et Mahmoud Jibril.

Nicolas Sarkozy a demandé à Tripoli qu'il n'y ait ni "vengeance" ni "règlements de comptes" en Libye et a appelé les pays ayant sur leur sol des Libyens recherchés à les livrer à la justice internationale. Il a indiqué que "naturellement l'engagement au côté du peuple libyen n'est pas terminé, tant que la paix sera menacée, la France restera à vos côtés".

"Par ailleurs Monsieur Kadhafi doit être arrêté et tous ceux qui sont inculpés par les juridictions internationales doivent rendre des comptes sur ce qu'ils ont fait, et nous appelons tous les pays ayant sur leur sol des personnes recherchées à travailler avec les instances internationales pour que chacun ait à rendre des comptes sur ce qu'il a fait", a-t-il ajouté.

Et les Syriens?

Le président français Nicolas Sarkozy a dédié la visite qu'il effectue jeudi en Libye "à tous ceux qui espèrent" en une "Syrie libre". "Je rêve que les jeunes Syriens aient les mêmes chances que les jeunes Libyens" et qu'ils puissent se dire aussi que "la démocratie, c'est pour nous", a affirmé Sarkozy. "Je veux dédier" cette visite "à tous ceux qui espèrent que la Syrie soit un jour un pays libre", a-t-il affirmé. "La France est très attachée à l'unité de la Libye, à la réconciliation des Libyens et elle dit à ses amis libyens: 'regardez l'avenir ensemble, pas de vengeance, pas de règlements de comptes, le respect des règles de droit'." Mais, a poursuivi le président français, "pour que le pardon puisse être apporté par chacun, il faut que chaque Libyen sache que ceux qui ont commis des crimes ou qui ont volé le peuple libyen auront à rendre des comptes, il ne peut y avoir de pardon s'il y a le sentiment de l'impunité".

Nicolas Sarkozy a rappelé que la France et la Grande Bretagne, qui ont été parmi les premiers pays à reconnaître le CNT, soutiendraient sa "revendication de la reconnaissance du siège de la Libye à l'Assemblée générale des Nations unies". Pour le président français c'est "une revendication juste".

"Nous avons dit également au CNT que c'est aux Libyens de construire l'avenir, ce n'est pas à nous, c'est aux Libyens de choisir leurs dirigeants", a encore dit le chef de l'Etat. Il a aussi souhaité que le CNT conserve son "unité", "le bien le plus précieux pour eux", et que "cette unité permette la période de transition, les prochaines élections et la prochaine Constitution".

Par ailleurs, "il n'y a aucun calcul", "aucun accord", "aucun dessous de main quant aux richesses de la Libye, nous ne demandons aucune préférence, aucun passe-droit. Nous avons fait ce que nous pensions faire parce que c'était juste", a martelé le président français à Tripoli. Ce qui a été dit dans certains médias est "faux, c'est une manipulation", a-t-il affirmé.

Direction Benghazi

Nicolas Sarkozy et David Cameron se sont ensuite rendus à Benghazi d'où est partie la rébellion contre le colonel Kadhafi, selon des médias français. Nicolas Sarkozy est arrivé en tête des différentes personnalités sur scène, mais David Cameron a parlé avant lui.

Important dispositif de sécurité à Benghazi

Un important dispositif de sécurité a été mis en place pour cette visite. Un hôtel du centre-ville habité par des journalistes a été isolé par un cordon de sécurité et des policiers français se sont déployés dans l'établissement et ses jardins. Les contrôles sur la route reliant l'aéroport de Mitigua dans l'est de la capitale au centre ville ont été particulièrement renforcés. Les journalistes qui se sont rendus tôt à l'aéroport n'ont pas été admis et campent à un kilomètre de l'entrée de cette base militaire qui accueille également des vols civils. "Votre ville a servi d'inspiration au monde entier. Vous avez choisi la liberté", a lancé le Premier ministre britannique, acclamé par la foule. "Nous sommes fier par le rôle joué par notre pays. Mais c'est votre courage, le courage des gens de Benghazi, de Misrata, de vos villes, qui a mis en déroute le colonel Kadhafi. Un courage de lions."

Nicolas Sarkozy a pris la parole après lui, également très acclamé par les "jeunes de Benghazi", à qui il s'est adressé. "Jeunes de Libye, jeunes arabes, la France veut vous dire son amitié et son soutien." "Vous avez voulu la paix, la liberté... La France, le Royaume-Uni, l'Europe, seront toujours à vos côtés. Mais, amis de Benghazi, nous vous demandons une chose: nous croyons dans la Libye unie, pas dans la Libye divisée." Aujourd'hui, "vous devez montrer un nouveau courage, celui de la réconciliation".

"Vive Benghazi, vive la Libye, vive l'amitié entre la France et la Libye", a-t-il enfin lancé avant d'entamer le bain de foule prévu.

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Sarkozy en Libye : Copé "fier" AFP Publié le 16/09/2011 à 10:04 lefigaro.fr

Jean-François Copé, a déclaré aujourd'hui avoir ressenti "une très grande fierté d'être Français", lors dela visite en Libye du Président Nicolas Sarkozy.

"J'ai ressenti une très grande fierté d'être Français hier", a-t-il déclaré. "L'accueil que le peuple libyen a accordé au président, c'était vraiment un moment absolument exceptionnel. C'était un bel hommage à notre pays et à l'action du président", a ajouté le secrétaire général de l'UMP.

Le Président Nicolas Sarkozy et le premier ministre britannique David Cameron, dont les pays ont été à la pointe de l'intervention militaire contre le régime du colonel Kadhafi, ont été accueillis en héros jeudi en Libye. Ils étaient les premiers dirigeants occidentaux à y venir depuis la chute fin août de Mouammar Kadhafi, au pouvoir depuis 1969.

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Publié le 23.08.2011, 21h41 leparisien.fr
"Ce qui se passe en Libye aura un effet mécanique en Syrie", selon BHL

Le philosophe Bernard-Henri Lévy se dit, dans une interview au quotidien Nice-Matin à paraître mercredi, "heureux d'avoir contribué" à la victoire des insurgés libyens, première étape vers un "Etat de droit", et estime qu'elle "aura un effet mécanique en Syrie".

"Tripoli s'est effondrée comme un château de cartes", déclare BHL, alors que les rebelles ont pris mardi le contrôle du quartier-général de Mouammar Kadhafi à Tripoli, portant un rude coup au régime libyen déjà chancelant.

"Je ne parlerai pas de fierté. Mais je suis heureux, oui, d'avoir contribué à convaincre le président de mon pays qu'il était possible de faire tomber un dictateur. Et je suis heureux d'avoir eu, chemin faisant, au fil de mes voyages, une ou deux intuitions qui se sont révélées bonnes. Cette guerre, si l'on y pense, c'est exactement le contraire de la guerre d'Irak", déclare-t-il, saluant le rôle de Nicolas Sarkozy qui l'a "surpris par sa ténacité".

"Même si ce serait mon plus cher désir, je ne peux certainement pas espérer +répéter+ à Damas ce que j'ai fait à Benghazi ou Misrata. En revanche, ce qui est en train de se passer en Libye aura un effet mécanique en Syrie, ça, j'en suis convaincu", ajoute le philosophe.

Bernard-Henri Lévy, qui s'est rendu, ces derniers mois, à cinq reprises en Libye, entretient des contacts réguliers avec les responsables du Conseil national de transition (CNT), l'organe politique de la rébellion. Il avait même été prévenu de la date du soulèvement, raconte-t-il dans l'entretien. Selon lui, les dirigeants du CNT "font preuve d'une grande maturité politique. On n'est pas dans un schéma de justice expéditive, de volonté de vengeance, on est vraiment dans la pose des premières pierres d'un Etat de droit".

"C'est une libération qui a été coûteuse et, comme on sait qu'on l'a payée cher, on ne veut pas la brader, la corrompre, la laisser se déliter sous les coups de boutoir de l'obscurantisme ou de l'incurie", affirme-t-il.

La contestation du régime de Mouammar Kadhafi, au pouvoir depuis 42 ans, a débuté mi-février dans l'est du pays, avant de se transformer en insurrection armée, soutenue depuis la mi-mars par des frappes aériennes de l'Otan.

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14-09-2011 Entretien réalisé par Mounir Abi http://www.letempsdz.com/content/view/62376/1/
Pierre Stambul, membre de l'Union juive française pour la paix au Temps d'Algérie :
«La ‘‘sortie’’ d’Henri Lévy est une anticipation pour faire valoir des droits français sur les richesses de l'Algérie»

Pierre Stambul est membre du bureau national de l'Union juive française pour la paix (UJFP). Il décortique, dans l’entretien accordé au Temps d'Algérie, les arrières-pensées et visées de Bernard-Henri Lévy, qui a exprimé son soutien à l'appel pour la «journée de colère» devant avoir lieu, selon ses initiateurs, ce 17 septembre, pour la "révolution" en Algérie.

Le Temps d'Algérie : Le journaliste et philosophe Bernard-Henri Lévy aurait exprimé son désir de prendre contact avec des anonymes appelant à une «révolution», pour le 17 septembre en cours, en Algérie. Qu'en pensez-vous ?

Pierre Stambul : De quoi et de qui parlons-nous ? D'un grand intellectuel-philosophe qui aurait marqué son époque par ses idées et son engagement progressiste comme ceux qui ont signé le Manifeste des 121 pendant la guerre d'Algérie, ou comme les regrettés Michel Foucault et Pierre Bourdieu ? Ce type de personnalités est hélas devenu rare.

On voit surtout aujourd'hui des pseudo-intellectuels inféodés à l'impérialisme américain (au point de reprendre la théorie de la «guerre du bien contre le mal») et au sionisme. Bernard-Henri Lévy a approuvé les invasions de l'Afghanistan et de l'Irak qui ont provoqué des centaines de milliers de morts.
Il émigre des beaux quartiers de Paris vers son palais de Marrakech, possède une fortune indécente et dirige des médias.

Mèche au vent et chemise blanche grande ouverte, il se fait photographier sur un char israélien et offre des «reportages» dont les mensonges et les affabulations ont été largement démontrés. C'est un mondain qui offre ses «services» à la droite comme à une soi-disant gauche. En quoi cet individu est-il autorisé à parler au nom des aspirations à la liberté, la dignité et la démocratie ?

Bernard-Henri Lévy a été vu à Benghazi aux côtés de responsables militaires des «rebelles» libyens, leur apportant son soutien contre le régime de Mouammar Kadhafi. Comment interprétez-vous cela ?

L'intervention de Bernard-Henri Lévy s'est faite complètement dans le cadre de l'intervention militaire occidentale (à forte participation française) qui a chassé Kadhafi pour installer un personnel politique plus docile (le CNT), exactement comme l'intervention française en Côte d'Ivoire avait chassé Gbagbo pour installer l'homme de la France (Ouattara).

Dans les deux cas, le prétexte de ces interventions est l'existence d'un dictateur devenu tout à coup «infréquentable». Mais on n'a jamais vu des interventions impérialistes apporter la liberté et la démocratie.

L'intervention en Libye est dans la lignée des interventions en Afghanistan ou en Irak et elle aboutira à la même catastrophe. Déjà la dictature de Kadhafi est remplacée par un gouvernement à tendances tribales ou intégristes. Et Amnesty International constate qu'il y a eu des crimes de guerre dans les deux camps.

Dans cette affaire, Bernard-Henri Lévy se comporte comme le porte-étendard de Sarkozy et de l'armée française. Encore une fois, le but de la France qui a toujours soutenu Kadhafi (surtout depuis que celui-ci a accepté de faire le gendarme de l'Europe vis-à-vis des Africains candidats à l'émigration en Europe) n'est pas la démocratie mais l'obtention de marchés juteux (armes, pétrole, reconstruction...).

Bernard-Henri Lévy souhaiterait-il, selon vous, imposer à l'Algérie le même scénario que celui vécu par la Libye ?

Les processus révolutionnaires du monde arabe ont plusieurs points communs. Les peuples révoltés ont partout eu les mêmes revendications : liberté, dignité, refus de la corruption, démantèlement des structures dictatoriales, refus de l'exploitation. Et comme on l'a vu en Egypte (avec l'attaque contre l'ambassade israélienne), ils expriment une grande solidarité avec le peuple palestinien.

Que leur propose Bernard-Henri Lévy ?

D'être les clones des régimes occidentaux : fric, ultralibéralisme, intervention militaire. La nécessaire libération des peuples qui n'ont pas encore réussi à ébranler le régime en place est totalement contradictoire avec un alignement sur ce qui se fait de pire dans les sociétés occidentales. On peut analyser la «sortie» de Bernard-Henri Lévy sur l'Algérie comme une anticipation pour faire valoir des droits français sur les richesses de l'Algérie. Fondamentalement, je ne suis pas inquiet.

C'est dans la recherche de la conjonction entre les luttes sociales et les luttes pour la démocratie que l'Algérie avancera. L'appel de Bernard-Henri Lévy à une révolution en Algérie est paternaliste et post-colonialiste. Les révolutions n'ont rien à voir avec les mondains.

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