Une bio super-critique : « Mao Tsé-toung », Philip Short, Fayard, Paris, 2006, 681 pages.

Mao Zedong (1893-1976)

La vie et l'oeuvre idéologique de Mao Zedong (§ 1) furent toutes entières destinées à la contruction du chinois communiste : le chinois qui se comportera correctement sans contrainte juridique.
Finalement un objectif que Confucius lui-même ne peut désavouer ...

Mais pour atteindre cet objectif il faut faire la révolution socialiste et abattre le capitalisme, comme système économique, et comme modèle de comportement qui fait de l'argent le roi du monde.
Dans cette "affaire" le droit n'est qu'un moyen, et la philosophie du droit de Mao Zedong (§ 2) n'est, en définitive, pas très éloignée de celle de la tradition.

§ 1. La vie (A/) et l'oeuvre idéologique (B/)

A/ La vie

Mao Tse Toung est né en 1893 dans une petite ville du Hunan, Shaoshan. Son père, paysan pauvre, grâce à une solde nilitaire s'enrichit par le négoce jusqu'à devenir un paysan riche. Il est d'une sévérité qui est mal supportée par son fils.

Resté à l'école primaire jusqu'à 13 ans où il apprend Confucius et les classiques, Mao se passionne pour l'histoire et les grands hommes, notamment Napoléon. Après avoir travaillé à la ferme de son père, il se rend en 1909 à Changsha, capitale de la province, pour faire ses études secondaires.

D'octobre 1911 à février 1912 il s'engage dans l'armée révolutionnaire républicaine de Sun Yat-sen. Entré à l'Ecole Normale du Hunan en 1913, il se "radicalise", fonde une "Société des nouveaux citoyens" où l'on traite de sujets sociaux et philosophiques. A sa sortie de l'école au printemps de 1918 Mao se considère comme étant un "idéaliste".

Socialiste réformiste, nationaliste, antimilitariste, il est également contre l'impérialisme des grandes puissances occidentales qui "protègent" le gouvernement chinois de Pékin, gouvernement qui, de fait, laisse le nord du pays aux "seigneurs de la guerre", tandis que le sud est sous le contrô1e de la République de Sun Yat-sen et le Kuomintang, le parti qui le soutient.

A l'automne 1918 Mao Tsé Toung se rend à Pékin où il obtient un poste d'aide-bibliothécaire à L'Université. Il découvre la Révolution russe et le marxisme. Rentré au Hunan au printemps 1919, il organise des mouvements contre le "seigneur de la guerre" de la province. Pendant l'hiver 1919-1920 il adhère au marxisme.

Il participe en juillet 1921, à Shanghaï, au premier Congrès du Parti communiste chinois. Le troisième Congrès, en 1923, décide l'unité d'action avec le Kuomintang qui, après la mort de Sun Yat-sen en 1925, se scindera en deux tendances, la tendance modérée étant dirigée par Tchiang Kaï-chek.

Au Hunan Mao crée des Unions paysannes et pratique l'agitation révolutionnlnre. Il entend imposer à la direction du P.C.C. son point de vue sur la capacité révolutionnaire de la paysannerie contre ceux qui, soutenus par Staline, selon le schéma marxiste classique, ne veulent prendre en compte que celle de la classe ouvrière.

En 1927, l'échec d'une tentative révolutionnaire ouvrière, le revirement du Kuomintang et le massacre des communistes des villes, amènent l'exclusion des dirigeanta staliniens du Parti, mais Mao Tsé Toung, après l'échec, en novembre, de sa 1ère Armée paysanne et ouvrière, est lui-même exclu du Comité Central et du Bureau politique du P.C.C.. Il constitue alors dans les Monts Tsin-Kang une "base rouge", puis au Kiang-Si. Le VIème Congrès du P. C. C ., tenu à Moscou en juin 1928, amène une réconciliation partielle des communistes chinois.

Entre 1930 et 1934, Tchiang Kaï-chek essaie par quatre fois d'anéantir les "bases rouges". La cinquième fois, à l'automne de 1934, Mao Tsé Toung doit entreprendre une retraite générale vera le nord-ouest. C'est la "Longue Marche", de 10.000 kilomètres, qui s'étend d'octobre 1934 à octobre 1935. Partis 90.000, les communistes arrivent 15.000 au Yenan. Mao reprend pendant cette période, en janvier 1935, la tête du P.C.C.

A partir de 1937 un nouveau front commun allie les communintes chinois au Kuomintang contre l'invasion japonaise. C'est à cette époque que Mao Tsé Toung écrit ses principaux ouvrages stratégiques et philosophiques.

Après la défaite japonaise, en août 1945, la guerre civile reprend entre les communistes et le Kuomintang, qui s'achève par la victoire des communistes qui entrent à Beijing (Pékin) le 1er octobre 1949. Tchiang Kaï-chek se réfugie à Formose (Taïwan).

La construction du socialisme en Chine se fait très difficilement, avec le soutien de la Russie soviétique (Urss) jusqu'en 1960-1963. Mais les russes ayant une certaine tendance à considérer la Chine comme un satellite sous-développé ordinaire, Mao Tsé Toung rompt toutes relations et commence une guerre idéologique particulièrement rude mais qui, à terme, sera sans effets notables.

Les difficultés économiques étant considérables, tout une fraction du P.C.C., derrière le réaliste Liu Chao Chi entend, dès 1957, mettre l'accent prioritaire sur l'écononique, alors que Mao et ses "amis" entendent privilégier le politique et donc l'idéologique.
La "Révolution Culturelle" des années 1965-1968, en s'appuyant sur les étudiants et les politiques, est une tentative désespérée pour s'opposer au réa1issme des technobureaucrates du Parti, qui souhaitent faire de la Chine un pays développé, ce qui nécessite de mettre le politique au service de l'économique, et non l'inverse.
La "bande des quatre", dirigée par l'épouse de Mao, réussira à se maintenir au pouvoir jusqu'à la mort de celui-ci, survenue en septembre 1976, un Mao qui était très diminué depuis de nombreuses années.

Teng Tsiao Ping, disciple de Liu Chao Chi, écarté des affaires au début des années soixante-dix, devient le successeur de fait de Mao, le "Grand Timonier". Il fait condamner à mort, fin 1980, l'épouse de ce dernier, et réussit, en 1981, à écarter Hua Kuo Feng, désigné par Mao, de la tête du Parti.

Si Mao Tse Toung rêvait de faire du Chinois un homme nouveau, politiquement, donc moralement déterminé par l'idéologie, les réalités économiques ont incité les nouveaux "mandarins" du Parti à "faire" avec l'homme chinois traditionnel.
Avec l'aide des commerçants de la diaspora, puissants presque partout dans le monde, la Chine se développe à une vitesse considérable. Ses dirigeants politiques, très intéressés à l'affaire, sont en étroite collaboration avec les puissances occidentales, dont la Chine exploite habilement les contradictions et la concurrence.
Logiquement la Chine devrait être la puissance dominante de la deuxième moitié du XXIème siècle ... à moins que l'Inde, sauf que la logique en géopolitique ...

B/ L'oeuvre idéologique

Les oeuvres de Mao Tsé Toung ont été publiées, officiellement, par Pékin, dans des recueils choisis :
- Oeuvres choisies de Mao Tsé Toung. Tomes l à Tome IV, 1962-1968; Tome V, 1977
- Ecrits militaires de Mao Tsé Toung, Pékin 1964
- Citations du Président Mao Tsé Toung, Livre Rouge, Pékin 1966.
- Cinq essais philosophiques, Pékin, 1971.
- Textes choisis de Mao Tsé Toung, Pékin 1972.

Le Livre Rouge a eu un succès considérable, à la fin des années 60 et au début des années 70, auprès de certains jeunes bourgeois français en révolte contre leur famille et leur milieu.
Certains se sont remarquablement sortis de ce "faux pas de jeunesse" en pénétrant le parti socialiste ou les "verts", en s'"investissant" dans les medias pour l'éducation des masses. L'exemple à retenir est évidemment celui de Serge July et du journal quotidien Libération. L'exemple du riche psychanalyste très médiatisé Gérard Miller est également intéressant ...

§ 2. La philosophie du droit de Mao Tsé Toung: vers la liberté sans règles juridiques contraignantes par la dictature politique des régles de contrainte.

A/ Vers la liberté

Mao Tsé Toung écrit que "L'histoire de l'humanité est un mouvement constant du règne de la nécessité vers le règne de la liberté" (Citations, Ch. XXII, 1966, p.224).
Le moteur du mouvement c'est le politique qui va dans le bon sens, dans le sens de l'Histoire, qui est celui de la liberté.

Mais comment déterminer ce qui est juste et ce qui ne l'est pas ?
C'est l'expérience qui permet de dire que telle ligne politique est juste ou erronée, par le passage de 1a pratique à la connaissance, puis le retour de la connaissance à la pratique : "par la pratique, découvrir des vérités, et encore par la pratique confirmer les vérités et les développer" (De la pratique, in Cinq Essais philosophiques, 1971).
Ainsi la transformation du Monde s'opère sans cesse et sans fin, sous une forme cyclique qui voit le niveau de la connaissance s'élever toujours davantage.

Le juste politique ne saurait, provoirement, se passer des règles juridiques comme instruments de son mouvement vers la liberté, dans le cadre, notamment, de la dictature du prolétariat, mais l'on ne saurait voir dans cette nécessité technique le reconnaissance quelconque de l'existence d'un système de droit.

B/ Par la dictature

Si des règles juridiques existent encore c'est que la révolution socialiste doit vaincre ses ennemis, et que des contradictions subsistent, provisoirement, entre les communistes, détenteurs de la vérité historique, et leurs adversaires bourgeois - contradictions et adversaires qu'ils faut donc éliminer.
Et si des contradictions existent au sein du peuple, pourtant débarrassé par le droit coercitif de toute influence bourgeoise, il faut les régler par la critique, l'autocritique et l'éducation.

Ainsi, pradoxalement pour quelqu'un qui s'en est pris violemment à Confucius, le nouveau système chinois perpétue-t-il la traditionnelle distinction entre le droit applicable aux barbares, qui ne comprennent rien aux nécessités de la vie sociale, et la morale applicable aux gens civilisés. Sauf que, pour Mao, les civilisés sont les communistes.
Seule, donc, une nouvelle morale, résultat d'une éducation sans cesse et sans fin reprise, et qui peut être une éducation forcée dans l'intérêt du peuple, permettra de construire le nouveau chinois, le chinois communiste.
Le droit est donc destiné à disparaître, avec ses contradictions de classes. Ce qui est un point de vue marxiste parfaitement orthodoxe.

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