Roger-Gérard Schwartzenberg

19 mars 2003, la guerre de George W. Bush contre Saddam Hussein. L'un des éminents représentants du judaïsme libéral en France intervient in extremis

« Des postures excessives », ROGER-GÉRARD SCHWARTZENBERG, député radical de gauche

ANCIEN ministre de la Recherche dans le gouvernement Jospin, le député et maire de Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne), estime que l'Elysée prend un risque en ne ménageant pas ses critiques contre la position américaine.

Jacques Chirac a-t-il raison de s'opposer ainsi à Washington ?
Roger-Gérard Schwartzenberg. Chacun est évidemment favorable à une solution pacifique. Mais pour y parvenir réellement, il serait préférable d'exercer nos pressions non pas à sens unique, mais dans une double direction : certes vers Bush, mais aussi vers Saddam Hussein. Or nous paraissons indulgents envers le régime irakien, qui opprime son peuple, viole brutalement les droits de l'homme, comme le souligne Amnesty International, et a déclenché, comme le rappelait Kofi Anan, deux guerres d'agression contre l'Iran et le Koweït. Notre diplomatie peut se faire le défenseur de la paix, sans se faire pour autant l'avocat de Saddam Hussein, sinon son attaché de relations publiques sur la scène internationale.

L'Elysée en fait-il trop ?
Je comprends parfaitement que Jacques Chirac critique l'unilatéralisme de George Bush. Mais est-il indispensable de le faire de manière plus répétitive et plus impétueuse que l'Allemagne, la Russie ou la Chine qui partagent nos analyses, mais font preuve de plus de mesure dans leur comportement ?

« Le danger existe »

Vous ne croyez pas à la crédibilité du nouvel axe Paris-Berlin-Moscou ?
A la différence de la France, l'Allemagne est plus pacifiste que pacifique. Quant à Vladimir Poutine, son attitude en Tchétchénie ne le qualifie pas pour le Nobel de la paix !

Y a-t-il un danger que les relations franco-américaines soient durablement affectées ?
Le danger existe. Nos relations avec les Etats-Unis, qui sont un partenaire diplomatique et économique traditionnel, gagneraient à ne pas être altérées par des postures parfois excessives dans la forme, sinon sur le fond.

Comment expliquez-vous la popularité actuelle de Jacques Chirac ?
Par le fait que le président est très présent au plan international, qui mobilise actuellement l'attention, mais très absent sur les dossiers intérieurs, alors que Jean-Pierre Raffarin aggrave le chômage et le déficit public. Résultat : il nous fait transgresser deux années de suite le pacte européen de stabilité et compromet notre crédibilité économique. Le gouvernement supprime les emplois jeunes, augmente les dépenses improductives et diminue les recettes. Un état de grâce durable ne peut se fonder sur l'échec économique et l'injustice sociale.
Propos recueillis par Bernard Mazières, Le Parisien, mercredi 19 mars 2003, p. 4

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