Renaud Camus

Le microcosme des intellectuels "parisiens" s'agite frénétiquement à partir de mai 2000 à propos des impropres propos d'un littérateur, illustre inconnu du grand public, mais ayant ses entrées dans les cénacles parisiens, et dans quelques universités américaines, M. Renaud Camus.

Le sus-dit aurait écrit des choses abominables dans le dernier volume de son Journal (Journal publié régulièrement et habituellement chez Pol, qui refuse le dernier volume, qui paraît donc chez Fayard), La Campagne de France.
Il aurait écrit, à propos d'une émission journalistique de France-Culture, "Panorama culturel de la France", émission animée et produite par Mme Isabelle Rabineau, le passage suivant :"Il m'agace et m'attriste de voir et d'entendre cette expérience [française], cette culture et cette civilisation avoir pour principaux porte-parole et organes d'expression, dans de très nombreux cas, une majorité de juifs, Français de première ou de seconde génération bien souvent qui ne participent pas directement de cette expérience".
Les pressions sont telles sur l'éditeur Fayard que l'ouvrage est retiré de la vente et que des suites judiciaires sont envisagées en vertu de la loi Fabius (socialiste)-Gayssot (communiste) du 13 juillet 1990 qui interdit et sanctionne les propos antisémites et racistes.

Des listes de pétionnaires circulent, des articles plus ou moins virulents paraissent dans la presse parisienne, contre et pour Renaud Camus, qui passe ainsi à la notoriété nationale et "internationale".
Mme Isabelle Rabineau dans son article du Monde, "Je suis sur la liste", 10 juin 2000, p. 16, écrit :"Effectivement je ne viens pas du Sud-Ouest, là où mon nom signifie "petite rave". Ma mère Cilly, est née à Magdebourg, près de Berlin, mon père à Strasbourg, où ses parents débarquaient à peine du grand Est. Ils parlaient yiddish, alsacien, et puis français. Rabinovitch, ça veut dire clairement : fils de rabbin. Décidément il y a trop de juifs chez les rabbins. Désolée, Camus. Puis mon père décida après la Shoah que ça allait comme ça. Il aimait la France, profondément, et ne se sentait pas "slave". De plus il redoutait que ses enfants souffrent comme lui de discrimination. Il coupa le "-vitch", garda Rabineau, et même son prénom Lazare." Mme Rabineau écrit que :"Rien ne remplacera jamais le sentiment qu'éprouve un être du genre humain face à une liste dans laquelle il se trouve parqué pour le seul tort d'être né dans une confession donnée". Elle ajoute que dans son émission tout était sujet à exégèse :"Même Le Grand Meaulnes n'était pas sacré, même Le Petit Prince n'était pas idolâtré, c'est dire ...".

L'"affaire Renaud Camus" ne passionnent pas que les intellectuels "parisiens", les universitaires "américains" participent activement à la controverse.
Par exemple Mr Naomi Schor, professeur de littérature française à l'université Yale, nous dit (Le Monde, L'"affaire" Renaud Camus vue de Yale, 10 juin 2000, p. 16) qu'aux Etats-Unis "il est interdit d'interdire" et que "cette loi est sacrée", qui relève du premier amendement de la constitution américaine, "qui - tout du moins en principe - garantit la liberté d'expression". Il reconnaît, cependant, que les propos de Camus sont bien xénophobes et racistes et se félicite du fait que :"Alors que les savants français ne voulaient rien savoir des crimes commis par les Français, les historiens américains piochaient dans les archives pour mettre à nu les ressorts de la collaboration. Je ne citerai que Robert Paxton, appelé à porter témoignage au Procès Papon".
Mr Naomi Schor ajoute :"De jeunes chercheurs continuent le travail. Tous ne sont pas juifs". Et il conclut que si les américains n'ont pas de leçons à donner aux français "ils n'ont pas non plus à se taire lorsqu'on vient leur tenir un discours irrecevable".

Le mot de la fin ? Mme Sylviane Agacinski, deuxième épouse de M. Lionel Jospin, premier ministre socialiste, enseignante en philosophie à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), est "Pour le droit de mal penser" (Le Monde, 10 juin 2000, p. 17). "Bien entendu, je vais de ce pas chercher l'ouvrage incriminé, pour la seule raison qu'on veut l'empêcher d'être lu", nous dit-elle ; "Et, en même temps, n'oublions pas que la logique totalitaire n'a pas été seulement celle de la haine, mais aussi celle de la censure et des procès, de l'interdiction de penser, de la terreur intellectuelle" ; "De cela (la xénophobie), on peut, on doit discuter : mais vers quelle oppression culturelle irait-on, vers quelle société moralement ou "politiquement correcte", si l'on remplaçait la critique par la censure ?".

Retour Première page