Ronald Reagan (1911-2004)

Ringard pour les "intellectuels parisiens" (marxistes, marxisés, compagnons de route et idiots utiles) des années 80 Ronald Reagan fait, après sa mort le 5 juin 2004, l'unanimité, y compris chez ses victimes (Mikhaïl Gorbatchev, dernier dirigeant stupide de l'Urss, russie soviétique, de 1985 à 1991) sauf Mouammar Kadhafi ...

La droite américaine orpheline
Décédé samedi (5 juin 2004), Ronald Reagan restera comme l'artisan de la chute du bloc communiste et du renouveau du conservatisme américain.

«Comment peut-on être président sans être acteur?», s'interrogeait Ronald Reagan dans son autobiographie (1). Il rétorquait à ceux qui n'avaient jamais vu en lui qu'«un acteur de cinéma» qu'ils n'avaient pas compris qu'à l'ère de l'information les images et les techniques de communication jouent un rôle fondamental dans la politique américaine. Ce sont elles qui ont permis au 40e président des Etats-Unis, entré en politique sur le tard, de rejoindre le Panthéon américain comme l'un des occupants les plus populaires de la Maison Blanche, au terme d'«une des présidences les plus remarquables de l'histoire» du pays, selon l'éditorialiste libérale du New York Times Maureen Dowd. Ronald Wilson Reagan fut l'homme politique qui a consommé les noces de la démocratie et du show-biz.

La vertu essentielle de celui qu'on appelait le «grand communicateur», un président-présentateur de télé, fut d'incarner, aux yeux de ses concitoyens comme à ceux du monde, le mythe de l'Amérique, nation «élue» de Dieu dont le «destin manifeste» est un «rêve» de progrès continu dans lequel sont préservées les «valeurs» d'un passé plus légendaire que réel. Ceux qui se moquaient de l'«Errol Flynn de série B» (comme il se décrivait lui-même) prétendant mener à la victoire contre «l'empire du Mal» (alias l'URSS) auraient dû prendre plus au sérieux le discours qu'il prononça à Dallas le 23 août 1984. Il s'y présentait comme «le héraut du rêve d'une Amérique qui est une cité étincelante au sommet de la colline».

Un Américain moyen

«Je suis né dans un appartement au-dessus de la banque locale à Tampico, Illinois...», aimait à raconter Reagan, afin de mieux souligner qu'il n'avait jamais prétendu être qu'«un Américain comme les autres». Fils d'un représentant en chaussures alcoolique d'ascendance irlandaise et d'une couturière d'origine anglo-écossaise qui lui avait insufflé une piété nourrie de morale traditionnelle, cet enfant du Midwest était né le 6 février 1911 en même temps que Hollywood, alors que les Etats-Unis avançaient à pas de géant vers leur statut de superpuissance incontestée du XXe siècle.

Pendant toute la première partie de sa vie, il se forma à l'art de créer, par la parole et par l'image, des mythologies propres à faire rêver les Américains. D'abord comme commentateur sportif à Davenport, puis à Des Moines (Iowa), où il «inventait» en direct pour ses auditeurs des matches de base-ball qu'il ne voyait pas: ils se déroulaient à des centaines de kilomètres de là. Puis, de 1937 à 1964, à Hollywood, sur les écrans de cinéma, puis de télévision, où il fut le présentateur d'une des émissions les plus regardées dans le pays, le General Electric Theatre. Il passa la Seconde Guerre mondiale à faire des films de propagande pour l'US Army, y vérifiant que la machine à rêves hollywoodienne était la quintessence du «rêve américain».

Il découvrit aussi à Hollywood ce qui devait devenir la clé de voûte de sa politique : la «menace communiste.» Elu en 1947 à la présidence du Syndicat des acteurs, il y oeuvra à la défense des intérêts corporatistes de la profession et à la lutte contre l'infiltration des «rouges» venus «prendre le contrôle d'Hollywood». Ses activités à l'époque, telles que les a reconstituées l'historien Garry Wills (2), donnent de lui l'image d'un anticommuniste résolu, agent du FBI (sous le nom de code T 10), sinon d'un «chasseur de sorcières» fanatique aux liens étroits, aussi ambigus que profitables, avec le big business (MCA, puis General Electric, dont il fut le porte-parole). Il passa de la tradition démocrate de ses parents (il le fut lui-même un temps) à l'ultraconservatisme hostile à l'URSS.

«Révolution reaganienne»

Après une entrée fracassante en politique en 1964 par un discours programme en soutien à la candidature présidentielle du républicain ultra Barry Goldwater, il ne cessa plus de prêcher sa «révolution reaganienne», exaltant l'individualisme des pionniers, fustigeant les «sangsues» qui vivent de l'aide publique et mettant en garde contre «la fenêtre de vulnérabilité» créée par la politique de détente avec l'URSS. Sa rhétorique et ses idées simples (simplistes, disaient ses ennemis) avaient fait de lui «une star de la politique nationale du jour au lendemain», constata, à l'époque, David Broder, du Washington Post.

En 1966, il fut élu gouverneur de Californie en se présentant comme «candidat citoyen» contre les «politiciens professionnels». Son premier acte fut de faire chasser le président de l'université de Berkeley, sanctuaire de la contestation contre le Vietnam. Son second, de réformer l'aide sociale pour en éliminer les «tricheurs». Réélu triomphalement en 1970, il partit en croisade pour revivifier les «valeurs familiales et traditionnelles», assaillies de toute part par la «révolution culturelle» des années 60 et 70 et le «libéralisme» des élites médiatiques et intellectuelles, coupables d'un relativisme et d'un pessimisme à ses yeux fatals à la suprématie américaine.

Après deux échecs (1968 et 1976) à se faire investir comme candidat à la Maison-Blanche, il trouva dans le président démocrate Carter, miné par l'inflation et la crise des otages de Téhéran, un adversaire facile. Il l'écrasa à la présidentielle de 1980. D'entrée, celui qui se faisait surnommer le «Gipper» (en souvenir du héros de base-ball Frank Gipp, qu'il avait incarné dans un film de 1940, Knut Rockne, All American) bénéficia de deux coups de chance. Le jour de son investiture comme 40e président des Etats-Unis, l'Iran libéra les 52 otages américains détenus depuis 444 jours. Moins de deux mois après, il échappe à Washington à une tentative d'assassinat par un déséquilibré, John Hinckley. Son courage et sa dignité, son optimisme malgré des blessures graves en firent un héros.

«La loi et l'ordre»

Peu importait que la reaganomics ­ son programme économique fondé sur la «théorie de l'offre» ­, par la réduction massive des impôts sur les sociétés et les individus, la déréglementation et des coupes sombres dans les dépenses publiques, creuse le fossé entre riches et pauvres, fasse exploser la dette de l'Etat et le déséquilibre commercial, et sème les germes d'une crise économique qui devait entraîner le krach de Wall Street en 1987. Il rassurait des classes moyennes effrayées par les bouleversements sociaux, technologiques, culturels et politiques des années 60 et 70.

Elles soutinrent l'intensification de la guerre froide et le «cordon sanitaire» autour de «l'empire du Mal». La hausse massive du budget de la Défense (+ 160 % entre 1981 et 1989), le déploiement en Europe de missiles Pershing, puis l'initiative de défense stratégique, la célèbre «guerre des étoiles», leur donnèrent l'illusion que l'Amérique était redevenue la première superpuissance. Reagan faisait figure à l'étranger de Rambo «impérialiste» pour avoir fait abattre des chasseurs libyens en 1981, envoyé les marines au Liban en 1983 (il les en retira après l'attentat qui en tua 241) et envahi la Grenade la même année. Mais il était davantage tenté par l'isolationnisme. Sorti une seule fois des Etats-Unis avant son élection, il affichait un mépris souverain (et une ignorance réelle) des relations internationales et de l'ONU. Son projet fantasmatique de défense spatiale visait à faire de l'Amérique une forteresse, non à étendre son hégémonie.

Le secret de Reagan, reconnaît Maureen Dowd, fut qu'«il nous rendit confiance en nous-mêmes et en notre pays à un moment où nous en avions assez» des doutes et des crises. «L'Amérique est de retour!», s'exclama-t-il en 1984 en écrasant le démocrate Walter Mondale. Son second mandat prolongea le premier: réforme profonde de la fiscalité en 1986, réductions massives d'impôts, déréglementation de l'économie et dévolution des pouvoirs aux Etats. Mais sa politique économique fut bloquée par l'opposition démocrate, qui reprit le contrôle du Congrès en 1986. Il intensifia la «guerre culturelle» contre l'avortement, le féminisme, les droits des homosexuels, pour la prière à l'école, le retour à «la loi et l'ordre», etc. Prêchant depuis le Bureau ovale pour une Amérique dans laquelle les valeurs du passé qu'il incarnait jusque dans ses choix vestimentaires ­ coiffure en banane et épaules compensées ­ soutiendraient les triomphes de l'avenir.

«Vainqueur» de l'URSS

Mais c'est, paradoxalement, en politique étrangère que son action fut décisive. Il sut, d'instinct, saisir la chance que représentait l'arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev en 1985. Convaincu que l'URSS n'était qu'«un géant aux pieds d'argile», Reagan apporta à Gorbatchev un soutien décisif au fil de sommets à Reykjavik, Genève et Moscou, débouchant sur l'accord de réduction des armes nucléaires à moyenne portée signé à Washington en 1987. Le débat reste ouvert pour savoir s'il a vraiment été «le vainqueur de la guerre froide» qu'acclament ses thuriféraires. Ses proches conseillers ont avoué qu'ils n'avaient pas vu venir l'effondrement de l'URSS, ni la chute du mur de Berlin que Reagan avait appelée de ses voeux en lançant en 1987: «Monsieur Gorbatchev, démolissez ce mur!» Il n'en a pas moins réussi à rendre cela possible en établissant un rapport «personnel» avec Gorbatchev. Sa visite à Berlin, en 1990, au cours de laquelle il emporta un bout du Mur, sculpta son effigie de saint Ronald vainqueur de la Bête rouge.

Avant même de quitter le pouvoir, il s'était retranché derrière sa légende. Ce «président Téflon» glissa sans mal à travers la cascade des bourdes et scandales qui ternirent son second mandat, jusqu'au scandale «Iran/Contra» de 1987 (livraison aux contras du Nicaragua d'armes achetées avec les profits de ventes d'armes clandestines à l'Iran). Reagan, qui affirma 130 fois à ses interrogateurs «ne pas savoir» ou «ne pas se souvenir» de ce qui s'était passé dans le Bureau ovale, donnait l'image pathétique d'un vieillard perdu, absent, affaibli par une opération d'un cancer du colon subie en 1985 et qui ne dirigeait en réalité plus grand-chose. Une commission d'enquête parlementaire conclut en 1987 qu'il avait failli à son mandat présidentiel, qui était de «de veiller à l'exécution des lois».

L'affaire acheva de convaincre ses ennemis qu'il n'avait jamais été qu'un «cow-boy de carton-pâte». Mais quand il quitta la Maison Blanche, en janvier 1989, le «Gipper» restait le Président le plus aimé depuis Roosevelt. La révélation (en novembre 1994) qu'il était atteint de la maladie d'Alzheimer, suivie de son retrait de la scène publique, des évocations de son amour profond et touchant pour Nancy, élargirent son aura.

«Personnage mystérieux»

Père de la «nouvelle droite» (notedt, américaine, ne pas confondre avec la "nouvelle droite" française de Alain de Benoist et Marlaud, notamment), inspirateur de la «révolution républicaine» qui triompha en 1994, célébré par les uns comme paladin de la guerre froide, dénoncé par les autres comme une baudruche réactionnaire, Ronald Reagan, notait Richard Berke dans le New York Times, «reste en fait un des personnages les plus mystérieux de la politique américaine. Sa vision du monde était-elle simplette ou simple à comprendre? Fut-il un vieil acteur obéissant à ses imprésarios ou parvint-il à s'imposer au peuple américain en dissimulant son habileté et son ambition?»

Même ses pires ennemis ont concédé la sincérité de ses convictions, sa modestie personnelle, son absence de haine et de vindicte et l'aisance suprême avec laquelle il a traversé le siècle de l'Amérique, comme le dit Garry Wills, «suspendu entre deux mythes, celui de notre passé religieux et celui de notre futur technologique... qu'il a su fusionner dans une représentation parfaite, donnée au sommet du pouvoir et de la vie publique ­ une performance géniale, dont nous ne sommes pas encore revenus».

L'acteur n'était, au fond, pas si mauvais...
(1) An American Life, Simon & Schuster, 1990.
(2) Reagan's America, Innocents at home, Doubleday, 1987.
Par Patrick SABATIER, lundi 07 juin 2004, p. 3 (Liberation - 06:00)

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Hommage unanime dans le monde
Le rôle de Reagan dans la chute du bloc soviétique a été salué dans le monde. Qualifiant son inspirateur de «soldat de la cause de la liberté», George W. Bush a estimé que, «grâce à son leadership, le monde avait quitté une ère de peur et de tyrannie». Chirac a salué «la mémoire d'un grand homme d'Etat qui laissera une marque profonde dans l'histoire».

Pour la Britannique Margaret Thatcher, Reagan, «grand héros américain», a fait «plus que tout autre dirigeant pour gagner la guerre froide contre l'URSS» et ce «sans qu'un coup de feu ne soit tiré». L'ex-numéro un soviétique Gorbatchev a lui aussi salué la mémoire d'un «grand président», estimant que «Reagan, qui était considéré comme étant d'extrême droite, a fait des pas en notre direction».

Pour le Polonais Lech Walesa, dirigeant historique du syndicat Solidarité, «Reagan faisait partie de ceux qui coopéraient par un accord tacite pour abolir ce système stupide et meurtrier qu'était le communisme». Selon Tadeusz Mazowiecki, chef du premier gouvernement polonais postcommuniste, «la fermeté de Ronald Reagan envers le communisme et l'Union soviétique a été l'un des éléments importants qui ont contribué à des changements importants dans le monde». Quant aux Afghans, ils «se souviennent de son aide à l'Afghanistan pendant les années de djihad contre les Soviétiques», a assuré le président Karzaï.

Aux Etats-Unis, le candidat démocrate à la Maison Blanche John Kerry a souligné que l'ex-président restait respectueux de ses adversaires : «Ronald Reagan avait un amour de son pays contagieux. Même quand il brisait les coeurs des démocrates, il le faisait avec le sourire, dans un état d'esprit d'honnêteté et d'ouverture au débat.»

Seule voix discordante, le libyen Kadhafi a regretté que Reagan soit mort avant d'avoir été jugé pour l'attaque aérienne américaine contre la Libye en 1986, dans laquelle sa fille adoptive Haïfa avait été tuée.
liberation.fr, lundi 07 juin 2004 (Liberation - 06:00)

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Susannah