Indépendance de la magistrature, mythe ou réalité ?
De 1959 à 1994 le secrétariat du Conseil supérieur de la magistrature, chargé officiellement de la carrière des magistrats, est exercé par un magistrat qui est "très proche" du Président de la République, qui peut être en même temps son conseiller technique pour les affaires judiciaires...
Sous la présidence de M. Georges Pompidou (1969-1974), c’est Mme Simone Veil qui est secrétaire du CSM, et qui fera par la suite une brillante carrière politique.
Sous les présidences de M. François Mitterrand (1981-1995), Mme Danièle Burguburu est secrétaire du CSM, de 1981 à décembre 1992, date à laquelle elle est nommée, au tour extérieur (promotion politique), Conseiller d'Etat en service ordinaire. Elle est remplacée jusqu’en 1995 par Mme Paule Dayan, fille de M. Georges Dayan, un ami intime du Président de la République, qui depuis 1981 était, notamment, chargée au palais de l'Elysée des affaires judiciaires ...
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Septembre 2002 : La valse des magistrats (gouvernement Raffarin, ministre de la Justice Dominique Perben)
Avec près de 2 000 promus ou mutés sur 7 000, le nouveau garde des Sceaux n'a pas chômé cet été. Coup de zoom sur les plus importantes mutations
C'est une révolution silencieuse qui a bouleversé les palais de justice et les galeries de l'instruction. Au cœur de l'été (2002), près de 2 000 magistrats, sur les 7 000 que compte la profession, ont été proposés pour être mutés ou promus à l'occasion d'un mouvement d'une ampleur inégalée. A cela, deux raisons essentielles. La modification des textes qui régissent l'avancement dans la carrière et le changement de gouvernement de juin 2002. Ce dernier a, en effet, tout loisir de nommer les magistrats de haut niveau, par exemple le procureur de Paris ou les procureurs généraux. Aujourd'hui se dessine donc un nouveau paysage judiciaire qui ramène sur le devant de l'actualité une profession mal connue des Français. C'est l'occasion de faire le point sur cette rentrée judiciaire un peu particulière.
Des magistrats de cour d'appel.
Qui fait quoi ?
Il existe en France deux catégories de magistrats: ceux du siège et ceux du parquet. - Les premiers, inamovibles, ont pour vocation de juger. Ils rendent des arrêts lorsqu'ils sont conseillers à la Cour de cassation ou dans une cour d'appel. Lorsqu'ils sont en fonction dans un tribunal de grande instance, les magistrats du siège rendent un jugement. - Les seconds, membres du parquet, représentent la société. A ce titre, ils décident d'engager ou non des poursuites judiciaires. Dans chaque tribunal de grande instance de France, c'est le procureur de la République, assisté de substituts, qui a la maîtrise de l'action publique. Son supérieur hiérarchique est le procureur général près la cour d'appel, qui peut, le cas échéant, lui donner des instructions de poursuites. Une fois l'information judiciaire ouverte, elle est confiée à un juge d'instruction - juge du siège, lui - qui enquête soit personnellement, soit par le jeu d'une commission rogatoire, confiée à la PJ ou à la gendarmerie.
L'énumération de ces différentes difficultés montre la complexité du mouvement annuel des magistrats, particulièrement important cette année. Il suscite bien évidemment des insatisfactions.
C'est le cas de ce juge d'instruction grassois, dont les mésaventures sont suivies de très près par le monde judiciaire. Fort mécontent de ne pas avoir été retenu pour un poste à la Réunion, pour lequel il s'estime parfaitement qualifié et qui le rapprocherait de sa famille, ce magistrat a saisi, le 4 juillet dernier, le Conseil d'Etat en s'appuyant sur la Convention européenne des droits de l'homme, qui garantit le droit à une vie familiale normale.
Or - grande première - le Conseil d'Etat lui a donné raison et a enjoint le garde des Sceaux de revoir sa copie. Il lui a demandé également de réexaminer les demandes de mutation pour les deux emplois de juge à la Réunion, au tribunal d'instance de Saint-Paul et de juge des enfants au tribunal de Saint-Pierre, où deux magistrats viennent d'être nommés. Le Conseil d'Etat réclame par ailleurs à la chancellerie de faire connaître les mesures prises pour assurer l'exécution de son ordonnance. En clair, le ministère de la Justice devra donc expliquer les motifs de ses choix, dévoiler les dessous de sa «cuisine» interne, ce qui est loin d'être habituel…
La course à l'avancement
La progression dans la carrière judiciaire est incroyablement complexe. Elle se fait à travers trois grades. Le premier, appelé «second grade», regroupe les débutants dans la profession (28%). Le deuxième, nommé «premier grade» (62%), ouvre la porte vers des postes de responsabilité. Mais seul le «hors hiérarchie» (10% du corps) permet d'accéder aux postes les plus prestigieux. Pour obtenir leur promotion, les magistrats s'inscrivent à un «tableau» qui recense, chaque année, tous les juges, procureurs ou substituts techniquement susceptibles d'être promus. La liste est dressée par une commission paritaire. C'est ce que l'on appelle la «transparence», qui peut comporter plusieurs centaines de noms. Interviennent ensuite les services de la chancellerie, qui font un choix et proposent les candidats au Conseil supérieur de la magistrature. Celui-ci donne son avis sur les propositions du ministère. Au terme de ce marathon, c'est finalement le président de la République qui, par décret, nomme le magistrat dans son nouveau poste ou dans sa nouvelle fonction.
Un nouveau procureur à Paris
Alors que l'ancien titulaire du poste, Jean-Pierre Dintilhac, a quitté ses fonctions depuis le mois de juillet pour rejoindre la Cour de cassation, il a fallu attendre septembre pour connaître le nom de son successeur. L'arrivée d'une nouvelle équipe au ministère de la Justice n'y est évidemment pas étrangère. Finalement, le garde des Sceaux, Dominique Perben, a choisi son candidat: Yves Bot, procureur de Nanterre et ex-conseiller de l'ancien ministre de la Justice Pierre Méhaignerie.
Professionnel incontesté, réputé pour son indépendance et son sens de l'organisation, Bot avait ouvert une information judiciaire dans le cadre de l'enquête sur les emplois fictifs du RPR. Investigations qui ont conduit à la mise en examen d'Alain Juppé. Un casus belli pour certains membres du clan Chirac, dont Juppé, qui ne souhaitaient pas voir le procureur de Nanterre à la tête du parquet de Paris.
Auparavant, en tant que procureur du Mans, Yves Bot, intransigeant, avait soutenu le juge d'instruction Thierry Jean-Pierre dans la fameuse affaire du prêt Bérégovoy, mettant en cause Roger-Patrice Pelat, un proche du président de la République de l'époque, François Mitterrand.
L'une des premières préoccupations d'Yves Bot, au demeurant excellent technicien du droit, sera de réorganiser le plus grand parquet de France, que certains considèrent comme fortement démobilisé et que bon nombre de parquetiers ont récemment quitté.
Le nouveau procureur de Paris devra, également, gérer de brûlants dossiers politico-financiers encore à l'instruction, comme les affaires Elf, Falcone ou encore les marchés de rénovation des lycées d'Ile-de-France. Il aura aussi à se prononcer sur l'épineuse question des «frais de bouche, de gestion et de cuisine» de la mairie de Paris, dénoncés par l'actuelle municipalité. Encore que Jacques Chirac doive être à l'abri de tout souci, les faits étant, semble-t-il, prescrits.
Par ailleurs, Yves Bot ne pourra rester insensible aux départs qui ont affecté le pôle financier. Depuis le début de l'année, deux juges emblématiques et pugnaces ont, en effet, quitté cette instance, où elles avaient beaucoup fait parler d'elles: Eva Joly est devenue conseillère du gouvernement norvégien pour les affaires de blanchiment et Laurence Vichnievsky, qui l'avait accompagnée dans les méandres de la sulfureuse affaire Elf, a rejoint le tribunal de Chartres comme présidente, où elle se frotte aux dures réalités de la gestion d'une juridiction. Françoise Desset, une nouvelle, a, depuis, rejoint le pôle financier et récupéré une partie des dossiers d'Eva Joly, tandis que Renaud Van Ruymbeke, qui s'est installé dans le bureau d'Eva, a repris la totalité de l'affaire Elf, dont l'instruction touche à sa fin. Un autre magistrat, et non des moindres, est également parti: Marc Brisset-Foucault, promu à la cour d'appel de Versailles. Ancien substitut à Créteil, Brisset-Foucault suivait l'affaire des HLM de la ville de Paris, instruite par Eric Halphen, aujourd'hui en disponibilité pour cause d'engagement politique au côté de Jean-Pierre Chevènement. Si l' «auteur Halphen» a connu un succès médiatique avec son livre Sept Ans de solitude, le «politique Halphen» a, en revanche, essuyé un échec aux législatives de juin 2002, n'obtenant pas suffisamment de voix pour être présent au second tour. Conformément au statut de la magistrature, Eric Halphen pourra soit réintégrer son corps d'origine dans maintenant deux ans, soit solliciter une nouvelle disponibilité pour trois ans supplémentaires. Au terme de ce délai, il devra définitivement choisir.
Nouvelles têtes Place Vendôme
Le Conseil supérieur de la magistrature
Présidé par le chef de l'Etat et vice-présidé par le garde des Sceaux, le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) - désigné pour quatre ans - a été entièrement renouvelé au printemps dernier. Le CSM a essentiellement deux missions: donner son feu vert pour la nomination des magistrats et exercer un pouvoir disciplinaire. Il comporte deux formations: l'une compétente pour les parquets, l'autre pour les magistrats du siège. Seules quatre personnalités extérieures au corps participent aux deux. Outre Jean Marmot - qui fut directeur de la Sécurité sociale - désigné par le président de la République, il s'agit de Jacques Ollé-Laprune - ancien secrétaire général du Sénat - désigné par le président du Sénat, de Dominique Rousseau - professeur de droit - désigné par le président de l'Assemblée nationale, et d'Alain Bacquet - conseiller d'Etat - élu par l'assemblée générale du Conseil d'Etat. Les six autres membres de chaque formation sont composés par des magistrats de Paris et de province.
Place Vendôme, encore, d'autres bouleversements de taille sont intervenus pour des postes à haute responsabilité (aux Etats-Unis spoil system).
Des mutations sanctions
Jacques Cazals, substitut général près la cour d'appel de Paris, a également changé d'affectation. Pour «manquement à l'honneur». Motif: sa négligence dans l'affaire des «disparues de l'Yonne», à une époque où il occupait les fonctions de procureur de la République à Auxerre (1992-1999). Alors qu'au printemps 2002 le représentant du ministère de la Justice - sous Marylise Lebranchu - réclamait au Conseil supérieur de la magistrature sa rétrogradation, Cazals n'a finalement subi qu'une sanction légère, puisque de substitut général à Paris il est passé substitut général à Versailles. A un niveau inférieur, le doyen des juges d'instruction de Nice, Jean-Paul Renard, soupçonné d'avoir fourni des informations puisées dans les fichiers du casier judiciaire à son obédience maçonnique, a été muté au tribunal d'instance d'Antibes. Poursuivi par le procureur de Nice, Eric de Montgolfier, Jean-Paul Renard s'était vu infliger une simple réprimande avec inscription au dossier par le Conseil supérieur de la magistrature. Aujourd'hui, ce même juge aurait, peut-être, quelques raisons d'être satisfait: Eric de Montgolfier, qui ferrailla autrefois avec Bernard Tapie, pourrait quitter la promenade des Anglais pour, dit-on, un poste de procureur général à Poitiers.
Rien n'est encore décidé. Tout dépendra des conclusions du rapport d'audit diligenté, en septembre 2001, par les services de la chancellerie au tribunal de Nice. A plusieurs reprises, Montgolfier avait critiqué le fonctionnement du parquet local et prévenu que, si ledit rapport ne partageait pas son analyse, il quitterait ses fonctions. Pourtant, s'il devait changer de poste, chacun ne manquerait pas de faire de son départ une interprétation politique. Et cela d'autant plus que des élus locaux de droite ont déjà fait savoir qu'ils souhaitaient voir le dynamique procureur prendre le large… Un exemple parlant de la délicatesse des mutations dans la justice.
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La justice française compte 7 000 magistrats de l'ordre judiciaire et 981 de l'ordre administratif, un chiffre qui n'a pas varié depuis un siècle. Ils sont répartis dans 35 cours d'appel et 81 tribunaux de grande instance. Secondés par 8 499 greffiers et greffières, ils traitent, en moyenne, 13 millions d'affaires par an, dont plus de 11 millions concernant les seulesinfractions pénales. La justice, ce sont également 139 tribunaux pour enfants, 473 tribunaux d'instance, 191 tribunaux de commerce, sans compter les tribunaux paritaires des baux ruraux (431), ou encore les tribunaux des affaires de sécurité sociale (116). La justice emploie, globalement, personnel pénitentiaire compris, plus de 64 000 agents.
Les mécanismes de promotion dans la magistrature s'apparentent, pour un spécialiste de la question, à «une sorte de jeu de l'oie qu'on aurait croisé avec un jeu d'échecs» (voir l'encadré plus bas). Il faut savoir que le magistrat qui souhaite grimper l'échelle et guigne les plus hautes sphères aura d'abord intérêt à changer de poste le plus souvent, c'est-à-dire tous les cinq ou sept ans au maximum. Forcément contraignante, cette lente escalade réussit, finalement, à 10% des magistrats, qui terminent leur carrière au nirvana des juges, le «hors hiérarchie». Un objectif qui peut occuper toute une vie. Et dont le résultat reste d'autant plus hasardeux que, à chaque élection, le renouvellement du personnel politique, et en particulier du garde des Sceaux, rebat les cartes et sème le trouble dans les plans de carrière. D'où le risque, à tout moment, malgré le zèle ou le travail, de finir dans une voie sans issue…
«Du coup, de nombreux juges choisissent la stabilité et privilégient leur vie familiale à l'avancement», explique ce procureur, longtemps en poste en province, «et ce d'autant plus que certains s'investissent dans la vie locale ou associative», poursuit-il. On connaît ainsi des magistrats, comme ce médiatique juge du sud de la France, qui ont développé de véritables stratégies pour ne jamais bouger en revendiquant systématiquement des postes inaccessibles.
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Perben s'impose face au Conseil de la magistrature
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Emplois fictifs du RPR : étrange promotion du procureur
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«Perben 2» braque juges et avocats
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Robert Badinter. Notre justice pénale souffre d'une inflation législative galopante : quinze réformes en dix ans, huit en quatre ans. Résultat : exaspération des magistrats et des avocats qui voient constamment changer les règles, et multiplication des risques de nullités des procédures.
Trop de lois tuent la loi.
Ce texte répond-il à l'objectif affiché : lutter contre la grande criminalité ?
Tout est à rejeter ?
« Cela permettra de faire du chiffre, de la production judiciaire de masse »
Comment réagissez-vous à l'instauration d'un fichier des délinquants sexuels ?
Et la procédure dite du plaider coupable ?
Nicolas Sarkozy évoque l'idée d'une peine plancher pour les récidivistes. Qu'en pensez-vous ?
Comment expliquez-vous que les parlementaires qui, il y a peu, soutenaient le projet Guigou sur la présomption d'innocence, soutiennent aujourd'hui majoritairement le projet Perben ?
Sommes-nous, comme le disent certains, face à une vraie révolution de la procédure pénale ?
Que faudrait-il faire ?
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Justice Jean-Denis Bredin, académicien, historien et avocat :
«Un droit d'exception qui tient les droits de l'homme à l'écart»
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(Octobre 2004) Jeu de chaises musicales dans la haute magistrature
GROS CHANGEMENTS en perspective dans la haute magistrature.
Le Conseil des ministres doit statuer demain et devrait avaliser une série de mutations stratégiques. A priori, l'insaisissable Jean-Louis Nadal, l'actuel procureur général de Paris, devrait hériter du fauteuil de Burgelin à la Cour de cassation.
C'est du billard à trois bandes, analyse un magistrat parisien.
Dans les mois qui viennent, le nouveau procureur de Paris va devoir gérer plusieurs procès ultrasensibles : ceux des faux électeurs de Paris, puis le procès des HLM de Paris et celui de Michel Roussin, l'ancien bras droit de Jacques Chirac.
La nomination de Jean-Claude Marin est-elle le signe d'une reprise en main ? « Seul l'avenir jugera », réagit un juge parisien. A la veille de son départ, Jean-François Burgelin nous livre son témoignage. Il milite pour une totale indépendance du parquet...
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Dominique Barella, ex-magistrat et conseiller de Royal, critique la toute-puissance de l'exécutif :
«Sarkozy a pris la tête de la justice»
Par Jacqueline COIGNARD, Libération,
QUOTIDIEN : samedi 27 janvier 2007
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mardi 5 juin 2007, 12h24
Un magistrat grièvement blessé à coups de couteau dans son cabinet à Metz
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jeudi 7 juin 2007, 18h51
Paris Hilton libérée pour raison de santé, va purger sa peine à domicile
Enquête interne sur un possible favoritisme envers Paris Hilton en prison
- Le bureau du shérif de Los Angeles a ouvert une enquête interne destinée à déterminer si l'héritière Paris Hilton a bénéficié d'un traitement de faveur lors de son séjour en prison le mois dernier, a-t-on appris vendredi de source policière.
Le porte-parole du bureau du shérif, Steve Whitmore, a confirmé à l'AFP le lancement de cette enquête, sans donner plus de détails.
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«La peur de la sanction n’empêche pas la récidive»
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La justice tord le droit pour sauver un avocat
Une boulette d’avocat empoisonne la justice française depuis un quart de siècle.
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Les magistrats de Strasbourg critiquent Rachida Dati
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Par AFP
LIBERATION.FR : jeudi 4 octobre 2007
Le premier président de la cour d'appel d'Agen a saisi le Conseil supérieur de la magistrature du cas du procureur général d'Agen à qui la garde des Sceaux a demandé de quitter son poste.
Le premier président de la cour d'appel d'Agen René Salomon a indiqué jeudi qu'il avait saisi le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) du cas du procureur général d'Agen à qui la garde des Sceaux Rachida Dati a demandé de quitter son poste.
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Le syndicat de la magistrature se dit victime de discrimination
Libération.fr avec source AFP
LIBERATION.FR : mardi 20 novembre 2007
Octobre 2007 : Rachida ministre, un procureur muté, le siège trépigne ...
Septembre 2007 : Maître Lombard sauvé par la magistrature ; des magistrats de Strasbourg contestent l'autorité de la Ministre de la Justice sur le parquet
Juillet 2007 : Attaque du Syndicat de la magistrature contre la réforme pénale de Nicolas Sarkozy
Juin 2007 : Un magistrat contesté à coups de couteau ... Alliot-Marie, ministre chargée de la sûreté des juridictions en France, promet ... ; USA, Paris Hilton, indépendance ? ;
juillet : enquête interne sur le favoritisme carcéral pour Paris Hilton
Janvier 2007 : L'ancien président de l'USM adversaire socialiste de Sarkozy
Octobre 2004 : Jeu de chaises musicales
Juillet 2004 : Maître Michel Tubiana confirme
Janvier 2004 : Des juges et des avocats pour les mafias ?
Maître Badinter et maître Jean-Denis Bredin les soutiennent
Octobre 2003 : Le procureur juge des libertés
Décembre 2002 : Dominique Perben, ministre chiraquien de la justice, nomme, contre l'avis du CSM, quatre procureurs
Septembre 2002 : La Justice en chiffre
Septembre 2002 : Gouvernement Raffarin : La valse (?) des magistrats
Par ailleurs, la féminisation du corps - environ 50% des effectifs - ne facilite pas les choses. Les magistrates hésitent, par exemple, à opter pour des postes de procureur, qui nécessitent une grande disponibilité. Elles paraissent préférer les postes de juge aux affaires familiales ou encore de juge d'instance. D'autant qu'en cas de déplacement tout est à organiser, en catastrophe, dans le courant du mois d'août pour entrer en fonction dès les premiers jours de septembre. Difficile, alors, de trouver un logement, de scolariser les enfants. Puis de maintenir une vie de couple lorsque les conjoints sont parfois séparés de plusieurs centaines de kilomètres. L'administration ne facilite pas forcément les choses. «J'ai appris ma nomination en Corse en consultant la liste des promotions, confie un magistrat. C'est le seul viatique que l'on m'a donné avant mon départ pour ce poste plutôt sensible.»
Si les récentes dispositions en matière d'avancement réduisent l'écart de carrière et de salaire existant entre Paris et la province, certains postes demeurent prestigieux et très convoités. On trouve au premier rang celui de procureur de Paris, même si les chausse-trapes ne manquent pas.
Mais Yves Bot est aussi celui qui a prévenu l'Elysée - ce que l'Intérieur avait, semble-t-il, négligé de faire - de la tuerie de Nanterre, au cours de laquelle un forcené, Richard Durn, avait ouvert le feu lors d'une réunion du conseil municipal. Jacques Chirac ne l'a pas oublié. Tout comme il n'a pas oublié que le procureur de Nanterre s'était déclaré incompétent pour poursuivre le président de la République dans l'affaire des emplois fictifs du RPR, suivant, en cela, la décision du Conseil constitutionnel, le 22 janvier 1999. Le juge Patrick Desmure, qui vient d'être nommé procureur à Chartres, avait évidemment suivi les réquisitions du procureur.
Dans le saint des saints, au ministère de la Justice, les têtes ont également changé: Jean-Claude Marin, ex-chef du parquet financier de Paris, avocat général à la Cour de cassation, s'est vu confier la Direction des affaires criminelles et des grâces. Un poste clef. Le choix de Jean-Claude Marin n'est évidemment pas neutre. Véritable mémoire du parquet financier - il y a été nommé dès la fin de 1987 - il suivit, notamment, les affaires Pechiney et Société générale.
Orfèvre en matière de droit pénal financier, Marin aura pour tâche de redonner du lustre et de l'efficacité à la Direction des affaires criminelles et des grâces. C'est elle qui élabore les projets de réforme, en matière de droit et de procédure pénale, et qui, sous l'autorité du garde des Sceaux, définit, anime, coordonne l'action publique. C'est aussi cette direction qui renseigne le ministre sur l'avancée des dossiers. Bref, le rôle de Jean-Claude Marin se révèle capital, Dominique Perben ayant clairement affiché son intention d'impulser, en liaison avec les parquets de France, une nouvelle politique pénale dans laquelle la Direction des affaires criminelles et des grâces sera amenée à fournir son expertise aux magistrats confrontés à des affaires complexes. Certains ont d'ailleurs vu, dans ce nouveau dispositif, une reprise en main des procureurs, dont l'indépendance ne serait pas respectée. Face à cette polémique, le garde des Sceaux s'est borné à mettre en avant le «pragmatisme» de sa méthode.
En ce qui concerne les mineurs - l'un des dossiers politiques du nouveau gouvernement - la chancellerie a décidé de mettre fin aux fonctions de ... (loi Fabius-Gayssot sur la liberté d'expression républicaine française), qui s'en va à la cour d'appel de Paris comme ... (loi Fabius-Gayssot).
Elle y retrouvera l'ex-conseiller des affaires de justice de Jacques Chirac à l'Elysée, Jean-Claude Antonetti, également promu président de chambre.
Daniel Ludet, un «politique» lui aussi, qui occupait le même poste, mais auprès de Lionel Jospin, a été bien traité, puisqu'il devient avocat général à la cour d'appel de Paris.
Jean-Louis Gallet, directeur des affaires civiles et du sceau, a, à son tour, été écarté. Pour l'heure, ce haut magistrat, ancien président de chambre à la cour d'appel de Versailles, ex-président du tribunal de Créteil, serait sans affectation, ce qui est inhabituel.
Qu'on ne s'y trompe pas: toutes les mutations ne constituent pas des promotions. En outre, il existe des sanctions déguisées en promotion… Ainsi, Jean-Paul Laurans, ancien président de la chambre de l'instruction, qui avait suscité une violente polémique en libérant, il y a quelques mois, Jean-Claude Bonnal, dit «le Chinois», soupçonné d'être un braqueur multirécidiviste et d'avoir commis plusieurs meurtres, a été envoyé à la Cour de cassation, perdant tout espoir quant au poste de procureur général qu'il convoitait.
L'EXPRESS, par Laurent Chabrun et Gilles Gaetner, 19 septembre 2002
L'Express, M. Dovic, 19 septembre 2002
Si le garde des sceaux a décidé de passer outre l'avis du CSM concernant quatre magistrats, il a renoncé à imposer son candidat, Jean-Claude Thin, au poste sensible de procureur de Nanterre.
Dominique Perben a tranché. Le garde des Sceaux a décidé hier de nommer quatre magistrats du parquet qui avaient essuyé un avis défavorable du Conseil supérieur de la magistrature (CSM). Alors qu'enfle la polémique sur «l'Etat-UMP», la décision du ministre de la Justice était très attendue. L'hôte de la Place Vendôme explique son choix au Figaro : «La loi est très claire : l'avis du CSM concernant les magistrats du parquet n'est que consultatif. J'ai donc décidé d'exercer à nouveau une des prérogatives du garde des Sceaux, souligne-t-il. Le gouvernement doit assumer ses responsabilités en matière de nominations des procureurs.»
Quelques heures avant ce coup d'éclat, la réunion du CSM avait été tendue. En l'absence de Jacques Chirac, empêché, dit-on, par les contraintes de son emploi du temps, Dominique Perben préside la séance. Les membres de l'institution lui font part de leur avis défavorable pour huit nominations sur les cent quatre proposées par la Chancellerie.
De retour place Vendôme, Dominique Perben s'interroge : faut-il céder ou passer outre ? Maintenir son choix, c'est rompre avec la pratique de ses prédécesseurs socialistes pendant cinq ans. Elisabeth Guigou et Marylise Lebranchu avaient toujours suivi les avis du CSM pour ne pas être accusées d'imposer des nominations politiques. Finalement, Dominique Perben franchit le Rubicon et décide de maintenir quatre candidats pour des raisons de gestion technique : Philippe Muller pour le poste de substitut général à Douai, Xavier Tarabeux comme procureur-adjoint à Lorient, Thomas Vasseur pour des fonctions à la direction des affaires civiles et du sceau à la Chancellerie, et Nicolas Jacquet, au parquet général de Paris.
Pour autant, le garde des Sceaux s'en tient à l'avis défavorable du CSM sur les quatre autres nominations, dont une essentielle : celle de Jean-Claude Thin au poste de procureur de Nanterre (Hauts-de-Seine), laissé vacant par la nomination de l'ancien titulaire, Yves Bot, à la tête du parquet de Paris. Un choix délicat, puisque le troisième tribunal du pays est aussi celui où est instruite l'affaire des emplois fictifs du RPR, qui vaut à Alain Juppé d'être mis en examen. Le futur procureur de Nanterre devra prendre position sur ce dossier.
Or Jean-Claude Thin, avocat général à la Cour d'appel, classé à droite, n'aurait pas convaincu les membres du CSM lors du «grand oral» que subissent les candidats. «Je renonce à nommer ce magistrat de valeur à Nanterre compte tenu des arguments avancés par le CSM», précise Dominique Perben au Figaro. Le jeu reste ouvert : parmi les candidats envisageables, certains pronostiqueurs misent sur Bernard Pagès, ancien chef de section au parquet de Paris.
La décision du garde des Sceaux d'imposer quatre nominations intervient alors que les motifs de friction avec le CSM n'ont pas manqué ces derniers mois. En septembre (2002), dans un avis adressé au président de la République, sans avoir été sollicité, le CSM avait émis des réserves sur la création de juges de proximité. L'Elysée a d'ailleurs refusé au CSM l'autorisation de diffuser cet avis sur son site Internet.
Plus généralement, certains observateurs estiment que le CSM a une lecture extensive de ses compétences. En s'assurant le dernier mot sur quatre nominations contestées, Dominique Perben aurait voulu mettre un terme à ce qui est souvent perçu comme une dérive.
lefigaro.fr, Guillaume Perrault [20 décembre 2002]
René Grouman avait prononcé un réquisitoire peu sévère contre Juppé.
Grouman, que Libération a tenté en vain de joindre hier, a nié dans le Canard un quelconque lien entre cette mutation et le sens de ses réquisitions à l'encontre d'Alain Juppé. «Je n'ai bénéficié d'aucun remerciement. J'aurais, de toute façon, eu cette nomination à Paris, qui a été approuvée par le Conseil supérieur de la magistrature», a-t-il indiqué.
René Grouman a demandé huit mois de prison avec sursis contre Alain Juppé, mais a suggéré au tribunal de ne pas condamner le président de l'UMP à une peine d'inéligibilité qui sera toutefois automatique, d'après la loi de 1995 sur le financement des partis politiques, en cas de condamnation d'Alain Juppé. Modérées, ces réquisitions ne se distinguent cependant pas particulièrement, car nombreux sont les magistrats qui estiment qu'ils ne doivent pas se substituer au vote du peuple lorsqu'il s'agit d'exclure un élu du terrain politique. En revanche, la discrétion du ministère public lors des débats a frappé les observateurs. Les trois magistrats qui composaient le tribunal ont certes montré une parfaite connaissance du dossier, mais l'accusation n'a pas occupé son espace, se contentant de rares et timides interventions.
Aveux.
Le trouble suscité par cette promotion tient aussi au réquisitoire définitif, dans lequel René Grouman avait épargné à Alain Juppé d'être poursuivi pour le versement par des entreprises privées du salaire de permanents du RPR. Pour effacer ainsi la moitié des charges, le parquet avait estimé qu'il était impossible de poursuivre Alain Juppé puisque ses deux directeurs de cabinet n'avaient pas connaissance du système. Les aveux à l'audience d'Yves Cabana, un de ces directeurs de cabinet, ont amplement démontré la faiblesse de cette démonstration. Ce réquisitoire a été signé le 5 mai 2003, soit peu après la décision de nommer René Grouman à Paris.
Mais il faut remonter encore plus loin pour comprendre les interrogations provoquées par la promotion de ce magistrat. Longtemps, le dossier a été porté par le juge Patrick Desmure et par Yves Bot, l'ex-procureur de Nanterre. Alors que l'enquête touchait à sa fin, les deux magistrats semblaient convaincus de la nécessité de renvoyer Alain Juppé devant un tribunal pour la totalité des emplois fictifs. Mais en septembre 2002, Patrick Desmure était promu procureur à Chartres, puis Yves Bot prenait la direction du parquet de Paris. Ces deux promotions ont facilité, sinon permis, le changement de cap de l'accusation à l'égard de Juppé.
Fichage.
Concernant René Grouman, Dominique Barella, le président de l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire), estime que «si on ne peut pas empêcher la mutation d'un magistrat sous le prétexte qu'il va gérer un dossier difficile, cette décision aurait pu être prise avant». Le président de l'USM s'interroge aussi «sur le fichage de certains magistrats par les RG . Le garde des Sceaux devrait exiger des explications de son collègue Nicolas Sarkozy». Le Parisien a en effet indiqué que les Renseignements généraux dont un haut fonctionnaire dément «un fichage des magistrats» disposaient d'une fiche sur le passé politique de René Grouman dans le mouvement Troisième Voie, un groupe-phare de l'extrême droite radicale dans les années 80. René Grouman a déclaré au Canard : «J'étais proche de ces idées. Je le suis encore.» A Paris, il occupera le poste de juge des libertés.
Libération, Par Fabrice TASSEL, jeudi 30 octobre 2003, p. 15
Ils dénoncent les dérives d'un projet de loi élargissant les pouvoirs de l'accusation. Le Sénat doit en débattre aujourd'hui et demain (20 et 21 janvier 2004).
Libération, Par Dominique SIMONNOT, mardi 20 janvier 2004, p.
Nous en sommes bien loin. Difficile de parler de grande criminalité quand le texte vise, aujourd'hui, les transporteurs qui n'ont pas la licence de taxi ! Le projet touche à 418 articles du Code de procédure pénale. C'est un fourre-tout. Mais la lutte contre la grande criminalité financière et la corruption est la grande absente du texte, hormis la centralisation des affaires à Paris et dans les grandes juridictions. Et pourtant, c'est un fléau de nos sociétés. De même, en ce qui concerne la criminalité électronique, celle qui utilise Internet, la question n'est pas traitée dans le projet.
Le débat sur la justice n'est plus celui d'il y a vingt ans. Il ne s'agit plus d'opposer sécurité et liberté. Depuis que, en octobre 1981, le gouvernement de gauche a ouvert à tous les citoyens français le droit de saisir la Cour européenne des droits de l'homme, les principes européens s'imposent à la France. Le véritable problème est de donner à l'action de la justice son efficacité et sa clarté dans ce cadre européen. Le projet, dans sa confusion et sa complexité, méconnaît cet objectif.
Je suis un partisan convaincu de la police scientifique. Le fichier des empreintes génétiques, créé en 1998, est bienvenu et il faut accélérer sa mise en place. En revanche, le fichier des délinquants sexuels, introduit dans le projet au cours des discussions, est très critiquable. S'il s'agit de connaître le passé judiciaire d'un suspect, le casier judiciaire numéro un, ouvert aux magistrats, le permet parfaitement. S'il s'agit de mettre à jour les adresses des personnes figurant au casier judiciaire, il suffirait d'un simple article au projet. Mais exiger que, deux fois par an, pendant vingt ou trente ans, des hommes qui ont été condamnés pour des faits qui ne sont pas nécessairement graves, et alors même qu'ils ont été réhabilités ou graciés, viennent pointer dans un centre de police pour dire que leur adresse n'a pas changé, c'est ajouter la peine à la peine, les stigmatiser aux yeux de leurs proches et de leur entourage. Il s'agit là d'une double peine injustifiable et qui nuira grandement à la meilleure prévention de la récidive : la réinsertion sociale et familiale.
Plus de procès public, généralement pas de victime présente, un avocat symbole, un juge simple contrôleur, et le parquet tout-puissant : c'est la rupture avec le principe selon lequel tout se joue au cours d'une audience publique et contradictoire. Cela permettra seulement de faire du chiffre, de la production judiciaire de masse.
Une peine automatique de prison en cas de récidive est incompatible avec le principe d'individualisation des peines, acquis essentiel de l'humanisation de la justice. Les professionnels de la justice y sont opposés.
A l'origine de la loi Guigou, votée à l'unanimité, il y a eu le rapport de la commission Truche, créée par le président Chirac pour renforcer la présomption d'innocence trop souvent malmenée en France. Ensuite, avec les élections, le vent politique a tourné : il fallait donner à l'opinion publique le sentiment qu'on durcissait les lois pour protéger sa sécurité. D'où l'avalanche de textes et la succession des effets d'annonce. La justice, elle, n'y gagne rien.
Je crois que nous assistons à la mise en place d'un système où le parquet, dépendant du ministère de la Justice, jouera un rôle essentiel au détriment des juges du siège, notamment des juges d'instruction, et, bien sûr, des droits de la défense. L'acharnement productiviste, la volonté de mettre en place des procédures sommaires soulignent ce déséquilibre.
Construire calmement le modèle français de justice pénale au XXIe siècle qui serait notre fierté dans l'Union européenne. J'en rêve. Finalement, à qui profite ce projet ? A Nicolas Sarkozy...
Nous sommes dans un système de procédure pénale qui devient peu à peu aberrant, par excès de droit. Il y a eu 23 réformes en vingt-deux ans et 10 réformes en quatre ans. «La procédure pénale crie grâce», disait, au Sénat, Robert Badinter. Et il est vrai que cette nomophilie, cette passion de la nomos, c'est-à-dire de la loi, devient, chez nous, fanatique. Il faut toujours se souvenir que trop de droit tue le droit. Nous risquons une véritable intoxication juridique, que prévoyait le professeur Jean Carbonnier. Cette réforme permanente de la loi de procédure pénale, tous les gouvernements l'ont pratiquée . On peut observer que le droit civil passionne moins le pouvoir politique. Or, cette frénésie traduit deux vieilles traditions françaises, l'une et l'autre inquiétantes. Tout d'abord, elle dit une méfiance à l'égard de la justice et souligne le conflit permanent de la justice et du pouvoir politique. Ce conflit est ancien : il n'est jamais que deux pouvoirs, proclame Cazales en 1790, «celui qui fait la loi et celui qui la fait exécuter». Puis, cinq ans après l'élaboration de notre déclaration des droits de l'homme, en 1794, Couthon, homme de la Terreur, proposait la suppression des droits de la défense, parce qu'un coupable n'y avait pas droit et qu'un innocent n'en avait pas besoin. Au fil du XIXe siècle, les épurations successives dans les rangs de la magistrature avaient pour objectif que les juges se soumettent. Puis, au XXe siècle, nous avons connu d'innombrables juridictions d'exception. Malgré tout, depuis vingt-cinq ans, il semblait que nous allions vers un véritable pouvoir judiciaire, indépendant, garant des libertés individuelles. Or, cette loi marque un fort retour en arrière, à l'égard du juge. L'instauration de la procédure du plaider coupable s'inscrit, à nouveau, dans une tradition de méfiance : finalement, les juges ne devraient-ils pas être cantonnés dans de petits travaux ?
Quelle est l'ampleur de cette marche arrière ?
La France n'a cessé d'entretenir des relations tourmentées avec les droits de l'homme. Nous prétendons souvent en être la nation créatrice, et nous les exportons volontiers. Pourtant, nous avons une relation difficile avec eux : il suffit d'examiner nos mécanismes de garde à vue, notre indifférence à la présomption d'innocence et cette vieille maladie française de la délation que ce texte souhaite entretenir, pour servir la sécurité.
Quels sont les dangers principaux de ce texte ?
Le projet de loi contient une étrangeté nouvelle : il définit les attributions du garde des Sceaux, lequel pourra donner des instructions générales aux procureurs généraux, mais également des instructions particulières et écrites de poursuites versées au dossier : il s'agit donc de proclamer le pouvoir d'intervention du ministre, et de rappeler à l'ordre les représentants du ministère public c'est-à-dire les procureurs.
Mais, sur l'essentiel, ce texte imagine un droit nouveau des crimes et des délits «en bande organisée», et c'est une porte largement ouverte, parce que le législateur s'est gardé de définir le concept de bande organisée. Tout délit commis avec un complice va-t-il relever de cette législation d'exception ? On pourrait répondre que oui. Ce droit nouveau prévoit un tout-répressif, qui autorise les perquisitions à toute heure, les interceptions de toute correspondance, la surveillance systématique, le retard, imposé par la loi, à la venue en garde à vue de l'avocat auprès de son client. On organise ainsi pour un nombre important de crimes et délits un droit d'exception. Là, les droits de l'homme, ces vieilles garanties, sont tenus à l'écart. J'y vois de nombreux dangers : celui qui résulte de la rédaction souvent confuse des textes applicables ; celui qui viendra de la tentation de faire entrer dans ce régime d'exception toujours plus de crimes et délits. D'autres volets de ce texte la rétribution organisée des dénonciateurs, la protection accrue des repentis, le régime des agents (de police ou des douanes) infiltrés manifestent un état d'esprit qui souhaiterait que tous les procédés soient autorisés pour lutter contre la délinquance. L'étonnant, en revanche, est que ce texte censé combattre la grande délinquance organisée se montre fort discret sur la délinquance économique et financière, qui est mise à l'écart. Je suis de même étonné de la création et des exigences du fichier des délinquants sexuels, qui vient s'ajouter aux autres fichiers et qui pourra s'appliquer à des personnes relaxées ou acquittées à raison de troubles psychiques. Tout ceci semble fait dans l'illusion que satisfaction sera donnée à l'opinion publique.
Revenons au plaider coupable...
L'une des nouveautés, qui modifie le visage de notre procédure pénale, est l'instauration du plaider coupable, c'est-à-dire l'accord sur une peine après reconnaissance de culpabilité. Il s'agit d'une transformation du système américain. Mais ce texte n'est qu'une caricature. Observons que le rôle du juge est extrêmement réduit : il n'est plus censé qu'homologuer une décision une peine proposée par le procureur, acceptée par le prévenu. L'enjeu de cette modification du droit, c'est un grand risque d'atteinte à la présomption d'innocence. Même l'innocent si le ministère public offre une peine modeste risque d'opter pour un tel choix, surtout après une garde à vue un peu longue. De nombreux innocents risquent ainsi d'être condamnés. Ce risque serait encore aggravé si l'avocat n'était pas présent obligatoirement devant le procureur. Quant au juge «homologateur», que fera-t-il ? Il vérifiera qu'il y a eu un vrai débat ? Le système accusatoire à l'américaine fait, dans notre droit, une fort mauvaise entrée.
Comment analysez-vous plus généralement ce que vous qualifiez de «retour en arrière» ?
Ce texte donne beaucoup de pouvoirs aux officiers de police judiciaire (OPJ) et aux procureurs. Parce que les juges sont souvent considérés, par le pouvoir politique, comme trop lents et trop contrariants, et parce que les garanties du respect des droits de l'homme mises en oeuvre par un juge indépendant sont souvent encombrantes pour un système vigoureux de répression pénale. Tout cela est inquiétant, car il existe dans ce projet une certaine constance dans le flou, sur la définition des incriminations par exemple, alors que les textes de procédure pénale doivent être d'une précision extrême. On peut se demander si nous n'entrons pas dans une forme nouvelle de démocratie, où les droits de l'homme, le respect de la dignité de la personne humaine apparaîtraient comme des valeurs subsidiaires. Et où les valeurs essentielles seraient la sécurité, la santé, la vérité, nouvelle trilogie. Je m'étonne, car il y dans ce gouvernement des hommes intelligents, compétents, qui ne sont pas brouillés avec les droits de l'homme. On pourrait s'étonner, de même, de la discrétion d'une large partie de la gauche sur ce texte inquiétant. Et pourtant, cette loi va probablement passer, car le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif sont convaincus de la puissance démagogique d'un tel texte. C'est contre cela que nous devrions lutter, contre cette tentation du politique de faire souvent appel au pire de nous-mêmes et non au meilleur.
Libération, Par Armelle THORAVAL, mardi 20 janvier 2004, p. 6
Jean-François Burgelin, l'actuel premier procureur de France, procureur auprès de la Cour de cassation, part à la retraite cette semaine. Depuis des mois, en prévision de ce poste à pourvoir, les grandes manoeuvres sont enclenchées place Vendôme.
Le poste vacant de Nadal devrait ensuite revenir à Yves Bot, procureur de Paris depuis deux ans seulement.
En bout de chaîne, Jean-Claude Marin, actuellement en poste au ministère de la Justice, est pressenti pour hériter de cette « tour de contrôle » des affaires judiciaires.
Il fallait écarter Yves Bot, réputé proche de Sarkozy et pas assez fiable pour l'Elysée, pour mettre à sa place un homme réputé sûr en prévision des échéances à venir. »
L.V., Le Parisien, 12 octobre 2004, p. 16
(1) A paraître début février chez Hachette Littérature.
Libération, 27/28 janvier 2007, p. 13
Yahoo.fr, actualités,
Yahoo.fr, actualités,
Par Tangi QUEMENER
Yahoo.fr, actualités, jeudi 7 juin 2007, 18h51
Yahoo.fr, actualités,
AFP - Vendredi 13 juillet, 21h09LOS ANGELES (AFP)
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AFP - Vendredi 13 juillet, 21h09LOS ANGELES (AFP)
Hélène Franco, vice-présidente du Syndicat de la magistrature, s’élève contre le projet de loi sur les peines planchers voté hier à l’Assemblée
Par ONDINE MILLOT, Libération,
QUOTIDIEN : jeudi 19 juillet 2007
Hélène Franco, vice-présidente du Syndicat de la magistrature, et juge pour enfants au tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis), explique pourquoi ces mesures constituent selon elle un «danger».
En comparant les peines moyennes prononcées aujourd’hui avec les peines planchers prévues par la loi, cette étude montre que pour les crimes punis par les assises, le quantum moyen prononcé aujourd’hui en cas de récidive est déjà largement supérieur dans tous les cas aux peines minimales prévues par la loi. Par contre, pour les délits, c’est l’inverse. La peine moyenne prononcée en récidive pour les délits punissables de 3 ans est pour l’instant de 5,7 mois. La peine plancher sera de un an.
La ministre de la Justice invoque l’effet «dissuasif» que sont censées avoir ces mesures sur les mineurs ...
Dans ma pratique de juge pour enfants, je n’ai jamais vu un mineur qui me dise : «Avant de voler un portable, je me suis demandé ce que je risquais, j’ai pesé le pour et le contre.» Pour la délinquance des mineurs, encore plus que celle des majeurs, on est dans la pulsion.
Les mineurs qui commettent des délits, et qui récidivent, sont toujours dans une grande souffrance personnelle, qui s’accompagne d’une rupture familiale et sociale. Ce n’est pas la peur d’une sanction qui peut arrêter cette spirale et empêcher la récidive, ce sont les mesures éducatives.
Mais le projet de loi sur la récidive semble désavouer l’utilité des mesures éducatives pour mettre l’accent sur la sanction ?
Depuis cinq ans, les gouvernements de droite ont privé les services éducatifs de moyens. Dans le budget de la protection judiciaire de la jeunesse, tous les crédits d’investissement sont dévolus aux solutions d’enfermement.
En Seine-Saint-Denis où j’exerce, il faut attendre six à huit mois entre le prononcé d’une mesure éducative et le premier rendez-vous avec l’éducateur. Alors, évidemment, ainsi privé de moyens, l’éducatif devient inefficace.
La loi prévoit toutefois que le juge puisse déroger à ces peines planchers ...
A partir de la deuxième récidive, on demande aux personnes jugées d’apporter des «garanties exceptionnelles d’insertion ou de réinsertion». Ce n’est qu’à cette condition que le juge peut déroger. Mais ça ne veut rien dire : est-ce que le fait d’avoir un travail et une famille est une garantie exceptionnelle ?
Pour les jeunes, cela revient à être plus cléments avec ceux qui ont une famille stable qui veille sur eux, et plus durs avec ceux qui sont déjà pénalisés socialement.
La cour d’appel d’Aix et la Cour de cassation sont revenues sur une décision sanctionnant fortement Me Lombard.
Par Renaud Lecadre, Libération,
QUOTIDIEN : mardi 18 septembre 2007, p. 13
Commise par M e Paul Lombard, elle pèse plusieurs millions d’euros.
Avec ces attendus saignants : Me Lombard, «praticien expérimenté et de renom», a «manifestement commis une lourde négligence», «failli à son devoir le plus élémentaire de conseil». Humiliation suprême, il est condamné à rembourser les frais judiciaires engagés contre lui-même par ses anciens clients…
En 1997, la cour d’appel d’Aix-en-Provence reprend les choses en main. La boulette professionnelle est certes confirmée, mais requalifiée en «négligence pouvant avoir pour origine une conviction erronée» : la «faute commise par Me Lombard, pour être patente, n’était cependant pas grossière», pas même «absurde ou désespérée»…
Avant de réduire par deux les dommages et intérêts, la cour d’appel a dû phosphorer : l’issue de la procédure qu’il aurait dû initier, «n’étant pas certaine d’aboutir», Me Lombard n’a «donc fait que perdre à ses clients une chance d’obtenir satisfaction».
Le Pénélope était pourtant assuré à 100 %, il était donc sûr d’être remboursé pour peu que son assureur eût été correctement assigné. La Cour de cassation a validé la réduction par deux, au motif «qu’une instance n’est jamais certaine». On ne saurait mieux dire que la justice est une loterie.
Réécriture.
Sans se désemparer, les patrons du Pénélope viennent d’attaquer la cour d’appel d’Aix et la Cour de cassation pour faux en écriture (sic).
Initiative hardie, visant à contourner la sacro-sainte «autorité de la chose jugée».
Certains écrits des hauts magistrats relèvent pourtant d’une véritable réécriture de l’histoire. La plainte des propriétaires du Pénélope mériterait d’être examinée, ne serait-ce que pour la beauté du geste.
En avril, le juge Le Gallo a refusé de l’instruire, au motif que cela reviendrait à «permettre à tous les plaideurs mécontents d’une décision rendue à leur encontre de saisir le juge pénal pour faux intellectuel». La cour d’appel d’Aix va statuer aujourd’hui sur un faux qu’elle est présumée avoir commis elle-même, sans que la Cour de cassation n’y voit malice.
Pour l’amour du droit, on repassera.
lemonde.fr 18.09.07 | 14h08
"Exposer un magistrat du parquet à une mutation d'office pour un prétexte comme celui d'une longévité anormale dans le poste et la volonté d'assurer la parité hommes femmes à des postes à responsabilité ne me paraît pas acceptable dans les conditions où cela s'est produit", a-t-il ajouté.
Les magistrats et les fonctionnaires de la cour d'appel d'Agen ont adopté mercredi des motions de soutien à leur procureur général Bernard Blais, âgé de 64 ans, pour demander le réexamen de la décision de le muter intervenue, selon eux, à la demande de Rachida Dati.
La Chancellerie a contesté mercredi soir le terme "mutation", tout en indiquant qu'il avait été "proposé (à M. Blais) de se porter candidat au poste d'avocat général à la Cour de cassation".
Bernard Blais occupe son poste actuel "depuis plus de 13 ans", une durée "particulièrement longue" qui a "conduit la garde des Sceaux à estimer qu'il est de l'intérêt de la Justice de lui confier d'autres fonctions", a déclaré le porte-parole de la Chancellerie, Guillaume Didier.
"Ce magistrat a fait pendant de longues années des demandes de mutation qui n'ont pas été suivies des faits" et "tout le monde s'accorde à dire qu'il est compétent", a estimé René Salomon soulignant que Bernard Blais s'apprêtait d'ici 8 mois à prendre sa retraite