George W. Bush, le saint croisé

Septembre 2003 : Le juif américain Noam Chomsky contre l'axe du Bien
16 mars 2003 : Le seul politique français, avec Bernard Kouchner et Pierre Lellouche, à soutenir la croisade, Alain Madelin, ancien dirigeant d'Occident
10 mars 2003 : Chirac confirme, c'est non
06 mars 2003 : France, Allemagne, Russie, Chine, contre la croisade
27 février 2003 : Saddam accepte de désarmer, trop tard ... ?
25 février 2003 : Saddam Hussein refuse de désarmer, avant l'attaque américaine, pour une croisade démocratique qui semble imminente
11 février 2003 : La France attaquée
05 février 2003 : C'est parti ?
Les annexes suite
30 janvier 2003 : Les annexes européennes
25 décembre 2002 : Provocation de la Corée du Nord
10 octobre 2002 : G.W. Bush est autorisé par le Congrès à faire la guerre, même sans l'accord de l'ONU
Un point de vue Suisse
03 octobre 2002 : Le pétrole irakien
20 septembre 2002 : La doctrine de la frappe préventive
08 septembre 2002 : Bush menace l'Irak
11 avril 2002 : Axe du Mal, obsession américaine
1er avril 2002 : Bush soutient la guerre de Sharon
20 mars 2002 : Internet véhicule une rumeur extravagante sur le 11 septembre
04 mars 2002 : Tarek Aziz : «L'Amérique est le dictateur du monde»
18 février 2002 : Guerre mondialisée
08 février 2002 : George W. Bush et Ariel Sharon alliés contre l'"axe du Mal"
29 janvier 2002 : George W. Bush, La guerre contre l'"axe du Mal" continue
Réactions mondiales : Saint George W. et le Dragon
«Justice infinie» devient «Liberté immuable»
28 septembre 2001 : Silvio Berlusconi, Nous devrions être conscients de la supériorité de notre civilisation
Antisémitisme et antiféminisme des Islamistes
Vous avez dit "crise humanitaire"?

Une affaire de haine

Guerre, guerre sainte, croisade, Bien, Mal, Satan, Grand Satan. Et ainsi de suite pour une suite sans fin. Toute cette phraséologie mystico-guerrière , cette sémantique comme moyen-âgeuse, ce mélange confus de fureurs temporelles et de salmigondis spirituel, tout cela on l'entend, on le lit, on le vit avec d'infinies réserves et beaucoup d'inquiétude. Comme la preuve d'un prodigieux et vain mélange des genres entre le désordre du monde, l'inhumanité des temps, la pathétique impasse des sociétés et la course la plus aveugle , la plus déterminée des plus haineux au précipice.

Dieu, s'il existe, et quel qu'il soit ou quel que soit son nom, a bon dos en l'affaire. Une affaire qui est celle d'hommes, d'hommes du XXIe siècle et dont le tout début, par son tour tragique, laisse à craindre qu'il ne devienne celui des obscurantismes les plus fanatiques. Une affaire de haine en somme.

Car voici bien ce qui chemine dans les têtes depuis longtemps, mais plus encore depuis ce mercredi américain et cette sorte de chef d'oeuvre du terrorisme -mais peut-être n'avons-nous rien vu encore !- : les temps de la haine meurtrière, comme la folie ainsi intitulée jadis, semblent venus.

Ici, comme ailleurs, cet ailleurs trop oublié ou trop négligé, des hommes complétement déshumanisés ont frappé. Haine des Etats-Unis, haine de l'Occident, haine de l'impérialisme haine de l'autre, haine de soi-même ? Nous laisserons à d'autres le soin d'analyser les ressorts profonds et les racines multiples de ce déchaînement. Des hommes ont frappé et des hommes sont morts par milliers, comme il en meurt par milliers ailleurs depuis des décennies, haine contre haine, religion contre religion, régime contre régime, pays contre pays.

Cette haine et ses conséquences ne sont en rien nouvelles. Pas plus que la détermination de ces hommes à mourir et à tuer, à mourir pour mieux tuer, comme preuve suicidaire et finale de la justesse de leur cause. Ce qui est nouveau, peut-être, en degré d'efficacité comme en charge émotionnelle, c'est que tout un monde, le nôtre, vient de découvrir la forme et l'ampleur de cette haine et partant de cette détermination.

Ce qui est angoissant, désespérant même, c'est ce que nous disent les premiers résultats de l'enquête. A supposer, et on le suppose, qu'ils soient crédibles. Ils nous disent que les hommes qui ont fait cela, tout sauf des incultes ou de la chair à terrorisme, avaient décidé de le faire et se sont préparés à le faire depuis des années. Qu'ils ont vécu le temps qu'il fallait dans la société qu'ils s'étaient donné pour projet de frapper et à terme d'anéantir. Qu'ils l'ont vécue, observée, cette société. Qu'ils ont fait l'apprentissage de ses savoirs et de ses méthodes. Qu'ils y ont mené une double vie, parfois en famille. Qu'ils se sont comportés, comme le veut le terme d'usage, en réseaux dormants, couleur de muraille et de société. Et que rien, au final, ne les a détournés de leur objectif, que leur détermination n'a jamais été entamée par cette sorte de temps de réflexion imposé par la préparation. Comme si en ces réseaux dormants, la haine, elle, ne devait ni ne pouvaient plus jamais dormir.
* par Pierre Georges, le monde.fr | 17.09.01 | 12h33 | chronique

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«Justice infinie» devient «Liberté immuable»

Radio Canada, Nouvelles, Mise à jour le mardi 25 septembre 2001, 17 h 46 .

Le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, a annoncé mardi que l'opération militaire en préparation, initialement appelée «Justice sans limite» (Infinite Justice), était rebaptisée «Liberté immuable» (Enduring Freedom).

Cette décision a été prise pour éviter la polémique avec les religieux musulmans qui avaient estimé que seul Dieu pouvait dispenser une infinie justice. Donald Rumsfeld a ajouté que le nouveau nom avait aussi été choisi pour rappeler aux Américains que la lutte serait longue.

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Silvio Berlusconi dérape

«NOUS DEVRIONS être conscients de la supériorité de notre civilisation (NDLR : occidentale), un système de valeurs qui a apporté à tous les pays qui l'ont adopté une large prospérité. Et qui garantit le respect des droits de l'homme et des libertés religieuses. » « Supériorité » de l'Occident : la formule, assenée par Silvio Berlusconi, est évidemment choquante. Et quand le président du Conseil (Premier ministre) italien ajoute que « ce respect n'existe certainement pas dans les pays islamiques », les mots deviennent insupportables. A la faute morale s'ajoute la bévue politique. Si Berlusconi avait voulu faire éclater la quasi-unanimité apparue au sein de la communauté internationale pour condamner les attentats de New York et Washington, il ne s'y serait pas pris autrement. Certes la réputation de ce magnat de l'audiovisuel aux méthodes expéditives, qui entend gouverner son pays comme on gère une entreprise, n'est plus à faire. Le fiasco dramatique du G8 de Gênes, en juillet dernier, reste dans les mémoires. Mais là, il est allé trop loin et sème la consternation dans son propre camp. Il aura l'occasion de clarifier sa pensée, aujourd'hui, à l'occasion d'un discours au Sénat, tandis que la présidence du Conseil s'est empressée, hier soir, d'annoncer que M. Berlusconi recevra, mardi, le doyen des ambassadeurs arabes à Rome, le prince saoudien Bin Nawaf, qui est aussi le président du centre islamique de la capitale italienne. Le chef du gouvernement italien devra, en tout cas, corriger rapidement le tir. « Des excuses »

Depuis le 11 septembre dernier, en effet, l'Amérique, et avec elle l'ensemble du monde occidental, déploie tous ses efforts pour éviter que la lutte contre Ben Laden et ses réseaux ressemble à un « choc des civilisations », à un affrontement chrétienté-islam. Déjà, le terme de « croisade » malencontreusement lâché par George W. Bush avait heurté bien des susceptibilités , dans un Orient où les mots et les symboles pèsent d'un poids déterminant. Tout comme celui de Justice sans limites ­ Infinite Justice ­, l'appellation de départ de la campagne américaine, qui a été transformé en un beaucoup plus neutre Liberté immuable... Motif : seule la justice d'Allah, avaient fait valoir les musulmans, est « infinie ». Pour la Maison-Blanche, le ralliement du plus grand nombre possible de pays arabes et musulmans est un impératif absolu.
Autant dire que l'intolérable bavure berlusconienne a provoqué une véritable indignation dans les capitales arabes, et une terrible gêne dans les chancelleries européennes.
« Que Berlusconi présente ses excuses à la nation musulmane », exige la Ligue arabe, qui taxe de « raciste » le chef du gouvernement italien. Pour le journal turc « Akit », Berlusconi est un « nouveau Mussolini ».
Première à réagir, et fort embarrassée, la présidence de l'Union européenne a tenté de limiter la portée de cette déclaration. « Elle peut, a déploré le Premier ministre belge, Guy Verhofstadt, alimenter un sentiment d'humiliation. » A Paris comme à Londres, où on se réfugiait hier dans un mutisme gêné, le désarroi est réel.
Tony Blair a néanmoins tenu à préciser que « l'islam est une religion pacifique ».
Même Jörg Haider, le dirigeant d'extrême droite autrichien, affirme que « discuter des mérites comparés des civilisations musulmane et occidentale fait le jeu des terroristes ».
Ironie amère, cette déclaration assassine a pris à revers la troïka européenne dépêchée au Proche-Orient, pour expliquer, justement, que la guerre contre le terrorisme n'était en rien une guerre contre l'Islam. La « gaffe planétaire " du « Cavaliere » n'a peut-être pas fini de faire des dégâts...
Catherine Tardrew et Henri Vernet, Le Parisien, 28 septembre 2001, p. 10.

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Il faut aussi lire la destruction des Twin Towers à la lumière de l'attitude des islamistes envers les femmes.

Châtier la grande prostituée *

Que le rôle toujours plus actif des femmes soit pourtant compatible avec le maximum de puissance dont une société ait jamais fait preuve, c'est ce que la logique islamiste ne peut admettre.

Après les attentats du 11 septembre, chacun s'est trouvé confronté à un redoutable «pourquoi?». L'esprit humain, non moins que la nature des Anciens, a horreur du vide. Celui laissé par les Twin Towers effondrées a suscité un envol de réponses hâtives, ce qui ne veut pas dire fausses. Il faut relativiser les deux principales explications mises à l'arrière-plan interprétatif des attentats - l'inégalité de développement et le poids du conflit israélo-palestinien. Il faut aussi se demander si d'autres raisons, qui relèvent plus encore de l'être occidental que de son faire, ne rendent pas compte de l'extrême violence haineuse des islamistes.
Le postulat qui attribue une inépuisable réserve de ressentiment à la grande inégalité économique qui existe entre la partie la plus riche de la population mondiale et les plus pauvres ne peut être remis en cause. Ce ressentiment a guidé les différentes tentatives de socialisme tiers-mondiste, après des indépendances parfois chèrement acquises et avant leurs échecs lamentables. Mais un tel sentiment réactif peut tout aussi bien prendre la forme du rattrapage économique, dans le sud-est asiatique par exemple, où l'adoption des méthodes de production les plus modernes et l'intégration au marché mondial et concurrentiel s'accompagnent de motifs nationalistes et d'une vraie volonté de revanche.

Or, justement, les islamistes se contrefichent de la croissance et du développement, quand ils n'en sont pas de farouches ennemis. Soit ils s'accommodent d'un capitalisme rentier, soit ils organisent une utopie néoféodale, c'est-à-dire une régression sociale et économique qu'on retrouve des djebels algériens aux montagnes afghanes et dont les «réformistes» iraniens ont le plus grand mal à se défaire. Le plaidoyer pour le développement des pays pauvres se justifie de lui-même et il ne gagne rien à prendre en cachette les terroristes islamistes sous ses ailes généreuses.

Reste le conflit israélo-palestinien. Depuis quarante ans, on ne peut contester son rôle dans la politisation des populations de l'ensemble du monde arabe, avec des débords vers les pays musulmans situés à leur périphérie. L'islamisme y trouve un terreau fertile, sur place ou ailleurs. Mais faire de l'impasse où en est arrivé le processus de paix un des motifs des attentats de New York, c'est tomber dans un grossier contresens.

Non seulement l'implantation du réseau terroriste islamiste aux Etats-Unis est antérieure de beaucoup à la deuxième Intifada, mais l'inévitable compromis qui serait la conséquence logique du processus de paix aujourd'hui suspendu est le plus grand cauchemar des islamistes. Essayer de faire croire, même implicitement, qu'ils sont des «déçus d'Oslo» revient à leur prêter de bons sentiments qu'ils trouveraient eux-mêmes parfaitement risibles. Tout au contraire, ils poussent à l'extrême un refus pur et simple de l'existence de l'Etat d'Israël dont ils n'ont, hélas, pas le monopole. L'antisémitisme des islamistes, qui trouve à se parer de certains passages du Coran, est pour eux une motivation autrement puissante que toute politique israélienne imaginable. Les attentats ne reflètent l'impasse atteinte par l'affrontement israélo-palestinien que dans la mesure où ils entendent rendre cette animosité la plus inexpiable qui se puisse.

En revanche, il entre dans la détestation des islamistes pour les Etats-Unis (et l'Occident en général) une horreur sacrée qui outrepasse les schémas causalistes et rassurants dans lesquels on voudrait les cataloguer. Les raisons mystiques n'en sont pas pour nous - et c'est même là une des raisons de la haine que nous vouent ces mystiques. Les plus politiques des islamistes visent certes, avant tout, à prendre le pouvoir dans certains pays arabes ou musulmans en renversant leurs dirigeants actuels, mais on ne peut croire que leur haine des grands et petits Satans n'est qu'une ruse de guerre. En quoi l'Occident est-il cet antimonde dont ils ont besoin pour exister?

D'abord à cause de son relativisme généralisé. Aucune valeur n'y surplombe les autres au point de se les subordonner, aucun dieu n'y vaut plus qu'un autre ou que l'absence de dieu, toute raison y est perpétuellement à rebâtir. Pour leurs détracteurs absolutistes, avant même d'être puissantes, les sociétés libérales sont «perverses». La dénonciation de l'immoralité prend d'autant plus le pas sur celle de l'injustice que la lutte contre celle-ci, conçue comme la correction humaine apportée à des imperfections trop humaines, n'est que l'autre tour de l'«humanisme athée» (selon la formule d'autres fondamentalistes, américains et protestants, ceux-là). La question des femmes doit être replacée dans cette perspective.

Ce n'est pas pour rien que l'attitude des islamistes à l'égard des femmes leur sert de vitrine. Les libertés lentement conquises par celles-ci dans les sociétés occidentales - et les sociétés communistes ou postcommunistes qui les prolongent sur ce point - culminent symboliquement dans leurs libertés sexuelles et surtout dans le caractère public de celles-ci. Que le rôle toujours plus actif des femmes soit pourtant compatible avec le maximum de puissance dont une société ait jamais fait preuve, c'est ce que les Etats-Unis démontrent et c'est ce que la logique islamiste ne peut admettre.

Faire de l'antisémitisme et de l'antiféminisme des ressorts du passage à l'acte chez les islamistes est une trivialité largement reçue. Il est d'autant plus curieux qu'on ait oublié de rappeler la force que peuvent prendre de telles motivations face à l'événement le plus improbable mais aussi le plus annoncé: le châtiment de la grande prostituée.
* Par GÉRARD DUPUY, Gérard Dupuy est éditorialiste à «Libération», Le vendredi 28 septembre 2001, p. 15.

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Vous avez dit "crise humanitaire"? *

L'heure est aux déploiements militaires et aux annonces martiales. Cette série d'attentats inédits appelle naturellement une riposte, encore à venir au moment où ces lignes sont écrites. Rien ne peut justifier la mise à mort délibérée de milliers de civils et, d'ailleurs, nul ne semble contester, dans le monde, le droit des Etats-Unis à rechercher et punir les auteurs et les complices de ces actes ignobles.
La seule question qui se pose à ce sujet est celle de la proportionnalité, ou plus exactement du ciblage des représailles, placées désormais sous le signe énigmatique de la "liberté immuable". Parmi les alliés des Etats-Unis comme au sein de la société et de l'administration américaines, des voix s'élèvent, qui appellent à la raison et à la mesure. Les risques d'enchaînement catastrophique menant à un embrasement régional sont suffisamment sérieux pour que ces appels à la retenue ne soient pas disqualifiés comme une vulgaire "morale d'ambulancier", mais pris pour ce qu'ils sont: une obligation de responsabilité politique.
Des centaines de milliers d'Afghans, qui ont connu l'épreuve des bombardements de haute altitude à l'époque de l'occupation soviétique, ont préféré prendre les devants et s'éloigner autant qu'ils le peuvent des zones potentiellement visées. On veut croire que leur angoisse ne sera pas justifiée par les faits à venir et l'on veut rappeler ici qu'une partie suffisante des sommes gigantesques débloquées pour financer l'aide aux victimes doit leur être attribuée. Ils sont eux aussi victimes des talibans, de leur mentor Ben Laden et des lamentables calculs de ces experts en géopolitique qui croient encore que l'ennemi de leur ennemi est leur ami.
L'Afghanistan est menacé, paraît-il, d'une "terrible crise humanitaire".
Dans ce vaste ensemble que sont les pays d'Afrique, d'Amérique latine et d'Asie, un exode, une famine organisée, un ouragan, une guerre, un génocide, un séisme sont nommés "crises humanitaires". Il y en a de terribles, il y en a donc de moins terribles. Mais personne, à l'exception notable du mollah Omar, chef des talibans, n'a eu l'idée de qualifier la catastrophe de Manhattan de "crise humanitaire". Sans doute parce que l'on sent bien qu'une telle qualification n'aurait fait qu'ajouter l'humiliation à la douleur, sans rien dire de plus sur la situation elle-même. Car l'emploi de cette formule révèle l'existence d'une double humanité: le fait que certains êtres humains sont plus humains que d'autres.
Le génocide du Rwanda fut qualifié en juin 1994 (à la demande du président Bill Clinton) de "crise humanitaire", ce qui déliait la communauté internationale de toute obligation de mettre un terme au massacre, alors que le monde en général et le Conseil de sécurité en particulier savaient ce qu'il en était. Rappelons-nous aussi la guerre en Bosnie et le traitement humanitaire de cette "crise humanitaire" qui culmina avec le massacre de Srebrenica en juillet 1995.
Dans les deux cas, pourtant, des forces militaires de l'ONU étaient présentes, qui engageaient la responsabilité directe de ceux qui les avaient envoyées. Dans les deux cas, un crime contre l'humanité était perpétré sous nos yeux. Nul gouvernement, nulle autorité politique ne songea pourtant à demander la moindre minute de silence à la mémoire des victimes de ces carnages. Des millions d'élèves des lycées et collèges de la République ont donc appris, le 14 septembre, qu'en dépit de ce qu'on leur enseigne, la vie humaine n'a officiellement pas la même valeur à New York qu'à Kigali.
Le prix accordé à la vie, c'est précisément ce qui distingue la civilisation de la barbarie, assène-t-on souvent dans les nombreux débats du moment comme un argument définitif. On a même entendu que l'interdiction de diffuser des images de cadavres n'était pas ici une censure mais un signe de respect envers les victimes et leurs familles. Comment ne pas voir dans cet hommage la ratification de la division d'une humanité entre ceux que l'on respecte, donc, et ceux que l'on méprise – fût-ce avec une bienveillance toute "humanitaire" – en étalant leurs viscères à la "une" de nos journaux ? Mais passons.
La vie sacrée ou le sacrifice de la vie, là se trouverait la ligne de partage entre eux et nous. Au-delà de cette frontière, point de discussions ni de compromis, la chasse est ouverte. De nombreuses voix, et non des moindres, se sont déjà élevées contre une telle division du monde entre Bien et Mal ; il faut souhaiter qu'elles parviendront à tempérer les ardeurs de croisés affichées par de hauts responsables de l'administration de George W. Bush. Faute de quoi nous entrerions dans la logique infernale de tous les Ben Laden de la planète. Nous manquerions aussi une dimension essentielle de la crise actuelle: les raisons du ressentiment, voire de la haine, qu'éprouvent tant de gens dans le monde à l'égard des Etats-Unis.
Le soutien apporté par les Etats-Unis (et d'autres démocraties occidentales) à des dictatures corrompues, leur engagement aux côtés de régimes pratiquant la torture, voire le crime de masse, comme mode de gouvernement, sont des faits objectifs. De l'Indonésie à Panama, de la Colombie au Pakistan en passant par le Chili, la Somalie ou le Salvador, beaucoup de gens ont de sérieuses raisons d'en vouloir aux Etats-Unis. Dans de nombreux pays "amis de l'Occident" où l'opposition a été écrasée, la revendication du changement a été peu à peu annexée par des groupes extrémistes et singulièrement par les islamistes dans les pays musulmans.
Qui ira expliquer à un Irakien pourquoi, après avoir été l'allié du monde libre lorsqu'il agressait l'Iran, Saddam Hussein est devenu une figure du diable quand il a envahi le Koweït ? Qui lui dira que c'est au nom des droits de l'homme et du respect de la vie que les Etats-Unis s'acharnent à maintenir l'embargo contre son pays et à le bombarder régulièrement depuis des années ? Ce n'est pas la haine de la démocratie qui a poussé des Palestiniens à crier leur joie dans la rue le 11 septembre, mais le sentiment que, cette fois-ci, les destructions étaient du côté opposé. Montées entre deux plans d'apocalypse à Manhattan, ces scènes étaient insupportables. Il est trop facile, cependant, de n'y voir qu'un fanatisme d'un autre âge, en oubliant qu'elles se produisent au sein d'une société humiliée, violentée jour après jour par l'armée et les colons israéliens depuis des années et qui voit Washington comme le soutien indéfectible de ceux qui les oppriment.
Il suffit de décentrer quelque peu son regard sur le monde pour comprendre à quel point le discours occidental sur le caractère sacré de la vie et des droits inaliénables de la personne peut apparaître comme une pure tartufferie. Constater ces processus ne revient pas à légitimer le terrorisme, mais à désigner et reconnaître ses racines politiques.
* Par Rony Brauman, lemonde.fr | 28.09.01 | 17h51, Le Monde, 209 septembre 2001, p. 1 et 11.
Rony Brauman est ancien président de Médecins sans frontières.

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Bush : discours de guerre contre le terrorisme
La guerre contre le terrorisme a «commencé, mais elle ne fait que commencer», a déclaré le président.

Lors de son premier discours sur l'Union, le président américain a dressé mardi un tableau sombre du monde confronté à un terrorisme multiforme. Le chef de la Maison-Blanche a menacé trois pays : l'Iran, l'Irak, et la Corée du Nord. George W. Bush a également mis en garde contre les risques possibles d'attentats sur le territoire.

M. Bush a affirmé qu'il ne laisserait pas ces trois pays pointer des armes de destruction massive contre les Etats-Unis, et prévenu les Américains que la guerre contre le terrorisme ne faisait que débuter. Le président américain, qui prononçait son premier discours sur l'Etat de l'Union, a cependant promis à ses compatriotes de gagner la guerre de la terreur, d'assurer la sécurité intérieure du pays en rassemblant toutes les énergies, et de revitaliser l'économie américaine frappée depuis neuf mois par la récession. "Notre guerre contre la terreur a bien commencé, mais elle ne fait que commencer" a déclaré M. Bush en soulignant qu'un arrêt de l'effort de guerre n'apporterait aux Etats-Unis qu'une "sécurité fausse et temporaire".

Quatre mois et demi après les attentats du 11 septembre, et après la défaite éclair du régime taliban, M. Bush s'est efforcé de préparer les Américains aux prochaines étapes du premier conflit international du 21ème siècle, en omettant même de prononcer le nom d'Oussama ben Laden durant son discours de 45 minutes.

Il a affirmé que les efforts de l'Iran de l'Irak et de la Corée du Nord pour se doter d'armes de destruction massive représentaient "un danger de plus en plus grave". "Nous agirons de manière délibérée mais le temps n'est pas de notre côté" a averti M. Bush en affirmant qu'il n'entendait pas rester sans agir devant le rapprochement des périls. "Les Etats-Unis, a-t-il dit, ne permettront pas aux régimes les plus dangereux de la planète de nous menacer avec les armes les plus dangereuses du monde.

Le président a également mis en garde les Américains contre les risques toujours très réels d'attentats aux Etats-Unis, affirmant que des "dizaines de milliers de terroristes entraînés" étaient encore en liberté dans le monde.
Il a révélé que des "plans de centrales nucléaires américaines" et de réservoirs d'eau potable avaient été découverts en Afghanistan, confirmant les "pires craintes" des Etats-Unis.

"Des milliers de dangereux assassins, entraînés à tuer de toutes les manières, souvent soutenus par des régimes hors-la-loi, sont maintenant répartis dans le monde comme autant de bombes à retardement, prêtes à exploser sans prévenir", a-t-il dit. Il a souligné que la protection des Américains et du territoire national constituait sa première priorité, mais qu'elle requerait des efforts financiers importants pour payer une guerre coûtant 1 milliard de dollars par mois. "Mais la liberté et la sécurité n'ont pas de prix", a-t-il dit, en assurant que la défense du pays sera assurée "quel qu'en soit le coût". Il a prévu d'augmenter de 15% le budget du Pentagone pour le porter à 366 milliards de dollars.

M. Bush a été fréquemment interrompu par les vivats des parlementaires et de plusieurs centaines d'invités de marque au premier rang desquels siégeaient le président intérimaire afghan Hamid Karzaï qu'il a fait longuement applaudir, et des parents des victimes des attentats. Conscient des inquiétudes de plus en plus marquées de ses compatriotes devant la récession et la montée du chômage, le président a souligné que la sécurité de l'Amérique passait aussi par une reprise de la croissance et a appelé le Congrès à faire l'union sacrée sur ce terrain et a adopter ses plan de relance bloqué depuis plusieurs mois par la majorité démocrate au Sénat.

Le président a conclu son allocution en annonçant la création d'un "corps de la liberté" de volontaires prêts à donner leurs temps pour faire face aux crises sur le territoire américain, aider les communautés défavorisées et démontrer la générosité américaine dans le monde".
lefigaro.fr, Publié le 30 janvier 2002 à 10h36, Mis à jour le 30 janvier 2002 à 11h12, (Avec AFP)

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SAINT GEORGE W.

Le président américain réitère ses menaces contre les pays de «l'axe du mal» : Corée du Nord, Iran et Irak.
Après leur succès contre le régime taliban, les Etats-Unis se veulent le seul gendarme de la planète.

Le discours belliqueux de Bush alarme le monde.
La ligne musclée triomphe à Washington.
Pierre Hassner : Enseignant à la Fondation nationale des sciences politiques à Paris «L'ivresse impériale de George W. Bush»
Ernst-Otto Czempiel, Fondateur de la Fondation de Hesse pour la recherche sur les conflits, en Allemagne «Nous jouons le rôle de la femme de ménage»

«Tout modèle de relations internationales fondé sur la domination d'une seule puissance est sans lendemain.» Vladimir Poutine

L'«axe du mal» a du mal à passer : c'est un concert mondial de réprobations que s'est attiré George W. Bush avec ses diatribes répétées, depuis mardi, contre l'Iran, l'Irak et la Corée du Nord, trois pays accusés de «menacer la paix mondiale» en cherchant à «développer des armes de destruction massive». Les propos du président américain constituent «une quasi-déclaration de guerre» a répliqué vendredi, à Pyongyang, un porte-parole des Affaires étrangères, en avertissant que Washington n'avait pas le «monopole des frappes». De l'Europe à la Chine en passant par la Russie et les pays arabes, le discours belliqueux de George W.Bush a été plus que fraîchement accueilli.

Cela n'a pas empêché celui-ci de remettre le couvert vendredi encore: ces trois pays «sont avertis» et ont intérêt à «prendre les bonnes décisions» a-t-il répété. «Toutes les options pour renforcer la sécurité des Etats-Unis et de leurs alliés restent sur la table».Ce qui a amené Madeleine Albright, l'ancienne secrétaire d'Etat de Bill Clinton, à sortir d'un an de silence pour dénoncer, sur la chaîne NBC, la «grosse erreur» de mettre «dans le même sac» trois pays «très différents les uns des autres».

La veille, au nom des Quinze, l'Espagne avait rappelé que «l'Union européenne travaillera comme d'ordinaire avec l'Iran et prendra les décisions qu'elle juge opportunes»(..)«indépendamment des propos du président Bush, que nous respectons et que nous prendrons en compte». Dans ce front européen, Londres se distingue comme d'habitude par son soutien aux préoccupations «entièrement justifiées» des Américains: «Nous avons toujours dit que la lutte contre le terrorisme ne s'arrêtait pas à l'Afghanistan», a commenté le porte-parole de Tony Blair. Paris, par contre, a été la première capitale à prendre ses distances: la France conserve son «pouvoir d'appréciation sur les actions à mener et sur les moyens à employer», a déclaré Hubert Védrine à l'Assemblée nationale, en ajoutant que la lutte contre le terrorisme «ne peut pas reposer que sur des moyens militaires» et que «les situations ne sont pas toutes comparables». A l'Elysée, sans méconnaître que le discours de Bush «est essentiellement destiné au peuple américain», on en récuse aussi la «rhétorique du bien et du mal». Avec une pique contre l'unilatéralisme américain et un rappel de l'importance du «rôle des Nations unies et de la concertation entre alliés pour régler les problèmes du monde».

A la tête de l'Otan, le Britannique George Robertson pense lui aussi que le soutien des alliés à Washington a des limites et dit attendre «des preuves convaincantes» de l'existence de l'«axe du mal» dénoncé par Bush. A Moscou, le président Vladimir Poutine émet également des réserves: «Tout modèle de relations internationales fondé sur la domination d'une seule puissance est sans lendemains.» Quant à la Chine, elle a renvoyé Bush à sa copie: Pékin «n'est pas favorable au recours à ce genre de langage dans les relations internationales».

Dans le monde musulman, les menaces de Bush ont été rejetées avec la même force. Le camp palestinien dénonce une «déclaration de guerre» visant à protéger Israël. Le roi de Jordanie, pourtant fidèle allié des Etats-Unis, a mis Bush en garde contre «l'immense instabilité» que provoquerait une opération militaire contre l' Irak. Les attentats du 11 septembre ont entraîné trop «d'ondes de choc» au Proche-Orient, plaide le souverain hachémite, pour qu'il soit nécessaire d'ajouter une nouvelle crise en Irak.
Libération, Par Nathalie DUBOIS, Le samedi 02 février 2002, p. 2 et 3

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08 février 2002 : La visite de Sharon aux Etats-Unis a notamment pour objet de renforcer l'alliance américano-israélienne contre leurs ennemis communs.
Bush reçoit son allié Sharon

A l'occasion de sa quatrième visite à Washington depuis son arrivée au pouvoir il y a un an, Ariel Sharon devait demander hier soir au président américain de rompre tout lien avec le président de l'Autorité palestinienne. Cela au lendemain d'une nouvelle attaque à l'arme automatique dans la colonie de Hamra, en Cisjordanie, qui, outre son auteur palestinien, a tué trois Israéliens, dont une fillette de 11 ans, en blessant trois autres. De l'avis de nombreux experts palestiniens, la demande israélienne a toutefois peu de chances d'aboutir, l'Administration américaine n'étant « toujours pas d'accord (avec les Israéliens) sur le niveau de pression contre Arafat » et estimant toujours ne « pas avoir d'alternative politique », expliquait le politologue Ghassan al-Khatib.

George W. Bush demandera à Yasser Arafat de faire « davantage » contre le terrorisme, mais les Etats-Unis resteront engagés dans la région et engagés avec l'Autorité palestinienne, a d'ailleurs annoncé le porte-parole de la Maison-Blanche, Ari Fleischer, quelques heures avant la rencontre.

Tentant de renouer le contact avec les Américains, Yasser Arafat a réaffirmé son souhait de négocier avec Israël, et rappelé son attachement à la fin de l'expansion des colonies de peuplement juif et à l'arrêt des implantations. « Les principaux parrains du processus de paix sont les Américains, a-t-il souligné. Il a été mis sur pied avec le président Bush, le père, lors de la conférence de Madrid (en 1991) et nous espérons que le président Bush, le fils, achèvera la mission de son père. »

De fait, la logique de violence continue de dominer largement le terrain. L'attaque palestinienne survenue mercredi dans la colonie de Hamra, qui porte à 1 184 le nombre de morts depuis le début de l'Intifada le 28 septembre 2000, dont 908 Palestiniens et 254 Israéliens, a été revendiquée par un interlocuteur anonyme se réclamant des Brigades Ezzedine al-Qassam, branche armée du mouvement intégriste Hamas.Des avions F 16 israéliens ont largué peu après trois bombes sur le quartier général du gouverneur palestinien à Naplouse (Cisjordanie), blessant onze Palestiniens. Hier soir, des hélicoptères de Tsahal ont attaqué aux roquettes un bâtiment des services de renseignements palestiniens dans la même ville, sans faire de victime.

Le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Uzi Landau, a de plus prolongé de six mois mercredi la fermeture de la Maison d'Orient, siège officieux de l'OLP à Jérusalem-Est.

Un Palestinien portant une ceinture d'explosifs a été arrêté à bord d'un bus à la sortie de Jérusalem, tandis qu'un camion transportant huit roquettes artisanales d'une portée de 8 à 10 km a été intercepté par l'armée israélienne dans le nord de la Cisjordanie.

Ces incidents se sont produits trois jours après que M. Arafat, dans un article publié par le New York Times, eut réitéré qu'il était « déterminé à mettre fin » aux attaques « perpétrées par des groupes terroristes contre des civils israéliens ».

L'article publié par le New York Times a été interprété comme un geste de M. Arafat à l'intention de l'opinion publique américaine et de l'Administration Bush, qui s'est contentée de souligner que Washington attendait du leader palestinien des actes concrets, et non de belles paroles.
lefigaro.fr, (AFP, Reuters.), [08 février 2002]

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Bush élargit sa guerre contre le terrorisme

Ces derniers jours, la guerre totale de George W. Bush a spectaculairement accéléré la cadence, élargi ses fronts. D'Alger à Manille, en passant par Mogadiscio ou Sanaa, les Américains mènent dorénavant une vraie guerre sans frontières.

Dans le sud des Philippines, les premiers éléments des forces spéciales américaines ont débarqué hier pour commencer la traque contre le groupe islamiste Abu Sayyaf. Au même moment, le directeur de la CIA George Tenet visitait le Yémen où une gigantesque opération de renseignement contre les réseaux de soutien à Al Qaida est en cours. Au même moment, toujours, on apprenait que les espions de Washington ne seraient pas étrangers à l'élimination du chef du GIA algérien il y a dix jours. Ou que les opérations de reconnaissance aérienne au-dessus de la Somalie venaient de passer la vitesse supérieure. Côté « Axe du Mal », enfin, Washington lançait un nouvel avertissement par la voix de Condoleezza Rice. « Le statu quo actuel en Irak n'est pas acceptable », a prévenu la conseillère pour la sécurité nationale, tout en précisant qu'une attaque n'était pas imminente.

Qu'ils appartiennent au département d'Etat, à la CIA ou au Pentagone, les stratèges américains font aujourd'hui tous la même analyse. Leur carte des grands travaux pour la sécurité mondiale s'organise autour d'un axe rouge et d'une constellation de points chauds. Totale et globale, cette nouvelle guerre n'en revêt pas moins des formes très différentes selon la nature de l'ennemi et le contexte régional au sein duquel il évolue.

Dans des Etats faibles ou inexistants, au sein desquels des groupes terroristes se sont sanctuarisés, comme les Philippines ou la Somalie, l'intervention peut être directe. C'est le domaine des forces spéciales. Dans des Etats plus structurés ou appartenant au monde arabo-musulman, comme le Yémen ou l'Algérie, une stratégie plus indirecte est privilégiée. Pour éviter les phénomènes de rejet, les agents de la superpuissance se contentent d'agir dans l'ombre, en coopérant avec les services locaux.

Les Philippines montrent que la guerre contre le terrorisme islamiste justifie toutes les interventions. Même quand la guérilla communiste menaçait l'archipel sud-asiatique, on n'avait pas vu de commandos américains crapahutant sous les frondaisons de la jungle philippine. Aujourd'hui, ce sont quelque 160 commandos épaulés par 500 autres soldats qui doivent être déployés face à Abu Sayyaf, groupe suspecté de liens avec le réseau de Ben Laden. L'expédition représente le plus grand déploiement de forces américaines à l'étranger depuis l'Afghanistan.

En Somalie, si une intervention n'est pas forcément le plus probable, les grandes manoeuvres ont aussi commencé. Soupçonné d'héberger des membres d'Al Qaida venus se mettre au vert, cet Etat sans Etat de la Corne de l'Afrique fait l'objet d'une surveillance aérienne intensive. Des drones espions – du type de ceux utilisés en Afghanistan – auraient même commencé à patrouiller dans le secteur. Des conseillers américains ont aussi effectué plusieurs missions sur le terrain, afin de rencontrer des clans susceptibles de servir de bras armé dans la lutte contre le mouvement islamiste Al Ittihad, accusé de complicité avec l'organisation de Ben Laden. Sur ce front, les Etats-Unis s'appuient sur la chrétienne Ethiopie, qui a ses poulains en Somalie et se bat depuis des lustres contre Al Ittihad.

Le Yémen offre l'exemple type d'un autre mode d'action, plus discret, moins direct, mais tout aussi volontaire. Les services secrets américains y ont déployé les grands moyens. Le terrain était déjà préparé. Après l'attentat contre l'USS Cole en octobre 2000, des centaines d'agents du FBI avaient en effet investi le pays. Cette coopération a déjà débouché sur l'arrestation de 84 suspects. Et une trentaine de Yéménites figureraient parmi les détenus de Guantanamo. En Algérie, la CIA serait aussi à l'origine de l'information ayant permis à l'élimination du chef du GIA (voir article ci-contre). Les capteurs – humains ou artificiels – des services américains sont également déployés tout le long de l'« Axe du Mal », censé relier l'Irak, l'Iran et la Corée du Nord. Une formule retenue pour montrer que la menace ne se limite pas au terrorisme mais prend aussi la forme de la prolifération nucléaire et balistique.

Cette guerre mondialisée, George W. Bush, en avait clairement annoncé la couleur dès le lendemain du 11 septembre. Les attaques de New York ont montré le danger de se désintéresser des conflits périphériques. Aujourd'hui, Washington veut crever tous les abcès.
lefigaro.fr, Arnaud de La Grange [18 février 2002]

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Tarek Aziz : «L'Amérique est le dictateur du monde»

A 66 ans, Tarek Aziz, de son vrai nom Mihaïl Yohanna, a déjà consacré la moitié de sa vie à servir le parti Baas. Issu d'une modeste famille chaldéenne, ce chrétien nestorien, spécialiste de littérature anglaise, est un pilier sans faille du gouvernement de Bagdad. Chef de la diplomatie et vice-premier ministre de Saddam Hussein depuis 1981, son absolue loyauté au « raïs » lui a permis de traverser toutes les purges.

LE FIGARO. – L'Irak a fini par accepter de reprendre le dialogue avec l'ONU, et la première réunion doit avoir lieu le 7 mars. Ce retournement signifie-t-il que vous avez de nouvelles propositions à faire ?
Tarek AZIZ. – Vous donner des détails serait prématuré. Kofi Annan n'a toujours pas apporté de réponse sur les sujets qui préoccupent l'Irak : les sanctions qui s'éternisent, les « zones d'interdiction aériennes » imposées de façon illégale sur le nord et le sud du pays, les ingérences continuelles des Américains dans nos affaires intérieures... On parle toujours de ce qui est attendu de l'Irak, jamais de l'inverse. Pourtant, selon le texte des résolutions, l'Irak est aussi en droit d'obtenir des réponses.

Vous venez d'inviter Tony Blair à envoyer une délégation britannique vérifier si, oui ou non, l'Irak a reconstitué ses stocks d'armes nucléaires, chimiques et bactériologiques. S'agit-il d'une de ces idées nouvelles que vous pourriez présenter à Kofi Annan pour sortir de l'impasse ?
Cette initiative n'est pas liée à notre dialogue avec Kofi Annan. Notre invitation est un défi à Tony Blair. Le premier ministre britannique vient d'affirmer que, depuis 1998, nous avons mis à profit notre refus de laisser revenir les inspecteurs de l'ONU pour reconstituer nos stocks d'armes de destruction massive. C'est un mensonge. Dans les années 80, nous avions effectivement ces trois programmes. Mais après la guerre du Golfe en 1991, les stocks ont été détruits sous le contrôle de l'Unscom. Aujourd'hui, l'Irak est propre à 100 %. Mais puisque Tony Blair soutient le contraire, c'est qu'il doit savoir où et comment nous avons reconstitué nos stocks. Nous lui demandons donc de révéler publiquement la liste des sites soupçonnés. Ensuite, l'Irak sera prêt à recevoir une délégation britannique, qui se rendra aux endroits désignés par Tony Blair. Nous ferons accompagner cette délégation par les médias internationaux et par des diplomates qui serviront ainsi de témoins.

Pour dissuader le président Bush de partir en guerre contre l'Irak, ne serait-il pas sage d'accepter le retour des inspecteurs de l'ONU, qui, jusqu'en 1998, supervisaient le démantèlement de vos armes de destruction massive ?
Nous avons été échaudés. En 1998, le président Clinton nous avait déjà menacés d'une attaque si nous n'acceptions pas d'ouvrir à l'ONU les palais présidentiels, où des stocks étaient soi-disant cachés. Les inspecteurs sont entrés. Ils ont fouillé tous les coins et recoins. Ils n'ont rien trouvé. En août 1998, l'Irak a donc demandé à l'Unscom de déclarer que sa mission était terminée. Richard Butler, le directeur de l'Unscom, a refusé parce qu'il avait besoin de vérifications supplémentaires. En réponse, l'Irak a accepté le retour des inspecteurs pour un mois. Il y eut 400 inspections. Mais à la suite d'un différend avec l'ONU, l'Irak refusa l'accès à quatre sites, et les Américains nous bombardèrent. La coopération à 99 %, ce n'était pas suffisant. Pour 1 % de désaccord, l'Irak fut de nouveau frappé sans que jamais le Conseil de sécurité ait donné son autorisation. Aujourd'hui, la vraie question est celle-ci : quand les Américains exigent la reprise des inspections, craignent-ils effectivement que l'Irak ait reconstitué son arsenal ? Ou ne s'agit-il que d'un prétexte, comme il y a quatre ans ? Si l'inquiétude des Américains est réelle, un arrangement pourrait être négocié entre l'Irak et le Conseil de sécurité. Mais cette fois sur la totalité du dossier.

Que voulez-vous dire ?
Le Conseil de sécurité devra aussi répondre aux demandes des Irakiens, car la résolution 687 sur le désarmement prévoit beaucoup de choses dont on ne parle jamais. Premier exemple : la levée des sanctions. Il y a onze ans que nous les supportons, et, malgré notre respect scrupuleux des textes de l'ONU, on nous refuse tout espoir de normalisation. Deuxième exemple : ce paragraphe 14 qui prévoit l'élimination, dans la totalité du Moyen-Orient, et pas uniquement en Irak, des armes de destruction massive. En clair, les stocks d'Israël doivent aussi être éliminés.

Mais Donald Rumsfeld, le ministre américain de la Défense, refuse que l'Irak pose des conditions au retour des inspecteurs. Quelle est votre réponse ?
Je vous répète qu'il est trop tôt pour entrer dans les détails. La discussion doit commencer le 7 mars, et, pour l'instant, il est impossible de prédire quelle forme prendra l'accord final. Mais à propos des inspecteurs, je tiens à rappeler que les agents de l'Unscom étaient des espions. Scott Ritter, un Américain, qui s'était pourtant révélé comme l'un des inspecteurs les plus sévères, a reconnu qu'il recevait ses instructions directement de la CIA. C'est pourquoi le Conseil de sécurité a obligé Richard Butler, le directeur de l'Unscom, à démissionner. C'est aussi pourquoi l'Unscom a été supprimé et remplacé par l'Unmovic.

La résolution « pétrole contre nourriture » vous assure suffisamment de revenus. Mais devant la malnutrition endémique et la mauvaise santé d'une population misérable, on se demande où va l'argent...
Nous fournissons à nos concitoyens une ration alimentaire de 2 400 calories par jour : riz, pain, haricots secs, sucre, thé... Nous sommes le seul gouvernement dans le monde qui nourrisse sa population sur les fonds publics. Les Etats-Unis, eux, sont bien incapables de donner à manger à leurs pauvres, leurs affamés, leurs sans-logis. En Irak, des gens meurent de maladie parce que les sanctions nous privent des équipements pour épurer l'eau, ou parce que des enfants ont été contaminés par les radiations des munitions à uranium appauvri que les Américains utilisèrent pendant la guerre du Golfe. Mais, chez nous, personne ne meurt de faim.

On parle maintenant de « sanctions intelligentes » : toutes les importations qui ne sont pas précisément interdites seraient autorisées. Cet arrangement paraît beaucoup plus favorable à l'Irak. Alors pourquoi protestez-vous ?
Parce que c'est un piège. Avec leurs « sanctions intelligentes », les Américains veulent transformer l'Irak en élevage de poulets. On nourrit les Irakiens, et puis c'est tout. Mais notre peuple n'a pas seulement besoin de manger. Il faut bâtir des hôpitaux, il faut installer des réseaux d'égouts, relancer la production d'électricité... Malheureusement, au sein du comité des sanctions, les Américains suspendent systématiquement tous les contrats conclus par l'Irak avec des entreprises étrangères. Ils opposent même leur veto à des équipements chirurgicaux. Les « sanctions intelligentes » ont pour objectif de maintenir l'Irak dans une économie de simple subsistance.

Si vous dites non au retour des inspecteurs, vous offrirez aux Etats-Unis le meilleur alibi pour frapper. Etes-vous prêt à assumer le terrible coût en vies humaines qu'une intervention américaine imposerait à l'Irak ?
L'Amérique est le dictateur du monde. L'Irak n'a pas d'autre option que de se défendre. Il est exclu que nous choisissions la reddition dans le seul but de survivre. Ce serait contraire aux traditions de l'Irak. Notre nation est fière, et les Irakiens ont toujours été des combattants de la liberté.

George W. Bush affirme qu'il veut un changement de régime à Bagdad. Quand un président américain s'engage aussi vigoureusement devant l'opinion publique, il ne peut plus faire marche arrière. Pourquoi Saddam Hussein se conduit-il comme s'il s'agissait d'un bluff ?
L'objectif proclamé par Bush est illégitime au regard de la loi internationale. Personne n'est habilité à imposer à un pays un système politique dont il ne veut pas. Et comme nous savons faire la différence entre un slogan et le droit des gens, l'Irak refuse de s'incliner. Quand Hitler a envahi ses voisins européens, ce n'est pas parce qu'il en avait le droit. Mais parce qu'il se croyait le plus fort. A la fin, Hitler a quand même perdu. En 1940, Pétain avait ordonné la reddition alors que de Gaulle choisissait la résistance. C'est de Gaulle qui a eu raison, puisque la France a chassé les nazis. L'Irak ne se soumettra pas non plus au tyran américain.

Ne voyez-vous pas que les attaques terroristes du 11 septembre ont changé la donne ?
George W. Bush ne fait que répéter ce que son père puis Bill Clinton ont dit pendant onze ans. Que le président actuel veuille se débarrasser de notre régime n'a rien de nouveau. Déjà, en octobre 1989, bien avant la guerre du Golfe, j'avais dit à James Baker, le principal conseiller de Bush le père : « Nous savons que vous faites des plans contre le gouvernement de Bagdad. » Pour nous faire tomber, Clinton finançait des soi-disant groupes d'opposition. Bush le fils ne fait qu'employer un vocabulaire plus chaud.

Il y a une grande différence. Le fils veut terminer le travail du père, qui, en 1991, avait renoncé à prendre Bagdad...
Cela prouve que le père était plus sage que le fils. Bush senior ne s'est pas arrêté par gentillesse, mais parce qu'il avait compris que l'armée américaine subirait des pertes très lourdes. Si Bush junior envahit l'Irak, il échouera, parce que le peuple irakien se battra jusqu'au bout. Pour les Américains, ce ne sera pas une promenade militaire.

Comment pouvez-vous dire que le peuple irakien est derrière Saddam Hussein, alors qu'il l'a entraîné dans deux catastrophes ? En 1980, quand il déclencha une guerre contre l'Iran qui se termina au bout de huit ans par un sanglant match nul. En 1991, lorsque son invasion du Koweït provoqua l'intervention massive des Etats-Unis...
Ces deux guerres furent imposées à l'Irak. En 1980, nous avons dû nous défendre face à l'expansionnisme de l'Iran. En 1990, l'Irak s'est trouvé confronté à un complot associant les Etats-Unis et le Koweït. Les Américains voulaient détruire notre pays et abattre son gouvernement.

C'est toujours la faute des autres ! Mais la dictature a quand même été instaurée par Saddam Hussein. Pourquoi un peuple qui ne connaît pas la liberté vous suivrait-il dans une bataille contre la superpuissance américaine ?
C'est le peuple qui a choisi notre système politique. Avant notre arrivée au pouvoir, l'Irak n'était sûrement pas un pays de liberté. Le pays était dirigé par des généraux, et, à cette époque, il s'agissait bien d'une dictature. Mais depuis 1968, le nombre des gens qui participent à la décision politique a été multiplié par des milliers et des milliers. Nous avons eu des élections, des syndicats se sont créés, des organisations féminines, des associations de jeunesse... Notre gouvernement a une relation très saine avec le peuple. Si les Irakiens n'étaient pas satisfaits de leur régime, nous n'aurions pas survécu à deux guerres et à onze ans de sanctions. Alors, ne me parlez pas de dictature !

Si vous êtes innocent de toutes les accusations que les Etats-Unis portent contre vous, comment expliquez-vous cet acharnement contre vous ?
Au Moyen-Orient, l'Irak et l'Iran sont les seuls pays qui échappent à l'influence des Etats-Unis. L'Amérique est avide. Elle veut prendre le contrôle de nos réserves pétrolières. Washington entend donc installer à Bagdad un gouvernement à sa botte.

L'«axe du mal» du président Bush a mêlé, dans la même catégorie d'« Etats voyous », l'Iran, L'Irak et la Corée du Nord. Que répondez-vous ?
Ce slogan bizarre démontre combien Bush ignore l'Histoire. L'« axe », au sens de la Deuxième Guerre mondiale, correspondait à une réalité. L'Allemagne, l'Italie et le Japon étaient effectivement alliés, et leurs systèmes politiques étaient similaires. Mais il n'y a aucune ressemblance entre les trois pays ciblés par Bush. L'Irak et l'Iran se sont fait la guerre. L'Irak n'a pas de relations diplomatiques avec la Corée du Nord. Tout cela prouve qu'il y a beaucoup de stupidité dans le raisonnement américain.

Les Etats-Unis ne vont-ils pas répéter la stratégie qui leur a réussi en Afghanistan ? En mobilisant contre votre régime une alliance du Nord, constituée par les Kurdes déjà entrés en dissidence après la guerre du Golfe, et une alliance du Sud, regroupant les chiites qui s'étaient aussi révoltés en 1991...
Ce serait un excellent scénario pour un film de Hollywood. Mais la réalité est très différente. D'abord, l'Irak est un Etat véritable qui existait bien avant Saddam Hussein. Contrairement à l'Afghanistan, où le pouvoir n'a jamais appartenu à la capitale, mais aux chefs de tribus. Deuxième différence : ici, il n'y a ni alliance du Nord, ni alliance du Sud.

Vous ne pouvez pas nier les deux soulèvements de 1991...
Le problème a été réglé en deux ou trois semaines seulement, alors que notre armée, sortant de la guerre du Golfe, était très affaiblie. C'est bien la preuve que la situation n'avait rien de comparable avec l'Afghanistan, où la guerre entre Kaboul et les différentes factions régionales a traîné pendant des années. Au Kur dis tan, tout est calme au jour d'hui. Pour éviter les frictions inutiles, nous avons retiré notre armée et négocié un accord d'autonomie. Quant au soulèvement du Sud, il avait été fomenté par Téhéran qui espérait séduire les chiites. Mais l'Iran échoua.

Votre armée est-elle encore capable de se battre contre les Américains ? Avez-vous remplacé les chars et l'artillerie perdus dans la guerre du Golfe ?
Nous avons assez de moyens pour défendre notre indépendance.

Vous dites vous inspirer de l'exemple vietnamien. Mais la géographie vous dessert. Le Vietnam était couvert d'une jungle difficile à pénétrer. Votre pays est un désert...
Ce n'est pas la jungle qui a permis aux Vietnamiens de gagner. Mais la détermination. Les Irakiens combattront dans chaque rue et dans chaque maison. Face aux Américains, chaque village deviendra une autre jungle du Vietnam.

A vos yeux, Oussama ben Laden est-il un héros ?
L'Irak n'a jamais eu de relations avec Ben Laden. Je ne peux donc pas exprimer de jugement sur sa personne.

Mais qu'il ait osé frapper le coeur même de l'Amérique devrait vous le rendre sympathique...
Je ne peux pas parler d'un hom me que je ne connais pas. Je ne sais même pas si c'est bien lui qui a organisé les attaques du 11 septembre. Tout ce que nous savons, c'est que, parmi les gens tués, quand les avions se sont écrasés à New York et Washington, il y avait un certain nombre d'Arabes ou de musulmans. Je ne suis pas certain que ces gens-là aient effectivement commis les actes dont Washington les accuse. Il n'y a pas eu d'enquête indépendante pour établir la vérité.

Yasser Arafat n'a-t-il pas manqué une occasion historique en refusant, pendant l'été 2000, l'arrangement que lui avait proposé Ehud Barak, le premier ministre israélien ?
Arafat ne pouvait pas accepter, car Barak ne lui offrait que la trahison. Rappelez-vous la phrase d'Arafat à Clinton : « Si je dis oui, je vous invite à mes funérailles. »

Les Américains veulent traduire Saddam Hussein devant un tribunal international. Se laissera-t-il faire, comme Slobodan Milosevic, qui, après avoir juré de mourir en combattant, a mis les mains en l'air ? Ou bien livrera-t-il bataille ?
D'abord permettez-moi de dire un mot sur Milosevic. Le tribunal de La Haye est illégal. Ce tribunal a été fait par les vainqueurs, il n'est pas équitable. Les vrais criminels de guerre, ce sont les agresseurs de la Yougoslavie. Ils ont détruit ce pays comme ils ont voulu détruire l'Irak en 1991. Je respecte Slobodan Milosevic parce que c'est un patriote serbe.

Alors, que fera Saddam Hussein le jour où les marines viendront l'en cercler ?
Les marines ne l'encercleront jamais, car Saddam Hussein est protégé par le peuple irakien. S'il doit y avoir une dernière bataille, je ne peux parler que pour moi-même. Je suis sur la même liste d'« inculpés », et je peux vous dire que je mourrai plutôt que de me rendre. Alors, imaginez ce que serait l'attitude d'un homme comme Saddam Hussein, si grand, si fier. Tout ce que je peux dire aux Américains, c'est : venez et vous verrez !
lefigaro.fr, Propos recueillis à Bagdad par Charles Lambroschini, Publié le 04.03.2002

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Internet véhicule une rumeur extravagante sur le 11 septembre

Le Réseau Voltaire, connu pour ses attaques contre le Front national et présidé par Thierry Meyssan, utilise une série de photos pour affirmer qu'aucun avion ne s'est écrasé sur le Pentagone. Par le biais de forums et de courriers électroniques, cette théorie du complot a gagné une audience mondiale.

"Y a-t-il un avion dans le Pentagone ?" Depuis quelques semaines, la question parcourt la Toile. La thèse défendue par Thierry Meyssan, président du Réseau Voltaire, selon laquelle aucun avion ne s'est écrasé sur le Pentagone le 11 septembre 2001, rencontre sur le Net une audience exceptionnelle. L'affaire déborde même de ce cadre : M. Meyssan a été reçu par Thierry Ardisson, samedi 16 mars, dans son émission Tout le monde en parle sur France 2. Le lendemain, Al-Watan, le journal à plus fort tirage d'Arabie saoudite, a publié un entretien de M. Meyssan, sans prendre aucune distance vis-à-vis de sa thèse. Ce succès médiatique vient soutenir le lancement de son livre (L'Effroyable Imposture, Ed. Carnot, 18 euros, 235 pages), lundi 11 mars.

Dans de très nombreux forums sur Internet, la polémique enfle, avec son lot d'invectives. La thèse, pourtant, n'est pas récente. Le Réseau Voltaire en publie les prémices sur son site (reseauvoltaire.net) à peine un mois après le 11 septembre. "Juste après les attentats, les gens avaient un peu honte de douter de la thèse officielle", affirme M. Meyssan. Le site de l'association, selon lui, enregistre alors 45 000 visites par mois.

Mais, le 10 février, le site L'Asile utopique (asile.org) géré par le fils de Thierry Meyssan, Raphaël, publie une version allégée de cette thèse. La présentation, courte et scandée, exhibe des photos de l'attentat contre le Pentagone, toutes reprises de sites officiels américains. Une minute suffit à parcourir ce montage, agrémenté de légendes au ton badin et énigmatique, qui stigmatisent l'absence de débris sur les lieux de l'attentat mais ne démontrent pas la théorie du complot. Dans cette sélection sur asile.org, la photo d'Associated Press (AP), montrant un morceau de fuselage gisant à une centaine de mètres du Pentagone, n'y figure toutefois pas. " On nous raconte que l'avion s'est complètement désintégré (...) mais on retrouve à plusieurs dizaines de mètres de l'explosion un morceau de carlingue tordu, mais pas calciné", rétorque Raphaël Meyssan.

Dès le 22 février, le site enregistre 15 000 visites par jour. La théorie se propage via des forums en listes de discussion, le courrier électronique et les magazines en ligne. Mardi 12 mars, alors que ni la thèse du Réseau Voltaire ni asile.org n'ont bénéficié de relais dans la presse, ce site culmine à 85 000 visites selon les mesures de son hébergeur, Gitoyen. Largement plus que beaucoup de sites de la presse écrite française. "Ces médias non officiels captent une audience très forte sur le Net, analyse Karim Stambouli, directeur-conseil à Publicis e-brand. La rumeur d'Abbeville, expliquant "les causes" du débordement de la Somme, y avait déjà trouvé un certain écho. Mais ici, la Toile permet de légitimer une parole [celle de Réseau Voltaire], car tous les éléments présentés sont sourcés, et directement consultables en ligne." Pour M. Stambouli, les médias en ligne vont se révéler de plus en plus capables "d'influer sur la presse".

"Il ne faut pas exagérer le rôle joué par le Réseau, tempère Pascal Froissart, professeur en sciences de l'information et de la communication à l'université Paris-VIII et spécialiste de la rumeur. Internet ne dicte pas de nouvelles conduites dans l'opinion. Il est tout au plus un espace de contestation populaire, comme l'ont été les radios libres."

La déferlante n'est pas circonscrite à un pays. "Environ deux tiers de nos connexions viennent des Etats-Unis", assure Raphaël Meyssan. De nombreux sites américains reprennent - souvent pour la démonter - la thèse de M. Meyssan. Les télévisions aussi. La chaîne d'information CNN a diffusé, le 7 mars, les images - prises par une caméra de sécurité - d'une forte déflagration sur la façade du Pentagone.

Si Internet et les autres médias participent à la diffusion de cette thèse, ils peuvent aussi contribuer à son discrédit. Depuis début mars, plusieurs sites, aux Etats-Unis et en France, décortiquent et contredisent les arguments du Réseau Voltaire (lire page 16). Ainsi d'Hoaxbuster (hoaxbuster.com), site spécialisé dans la chasse aux rumeurs sur le Net. "Dans un contexte de défiance de l'opinion française, depuis la guerre du Golfe, vis-à-vis de la capacité du gouvernement américain à dire la vérité, la façon dont a été posée la question [de la présence de l'avion] ne pouvait générer qu'une rumeur", estime Guillaume Brossard, cofondateur de Hoaxbuster. D'autant que le Pentagone a livré peu d'informations sur les attentats de septembre et que, le 20 février, alors que la thèse du Réseau Voltaire commençait à agiter la Toile, le secrétaire américain à la défense, Donald Rumsfeld, reconnaissait l'existence d'un Office d'influence stratégique au sein du Pentagone.
Stéphane Foucart et Stéphane Mandard (Le Monde interactif), ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 21.03.02, LE MONDE | 20.03.02 | 12h27

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M. Bush assure "comprendre" la volonté d'Ariel Sharon

Demandant en termes vagues au premier ministre israélien de ne pas fermer la porte à une solution politique, le président américain a insisté sur la nécessité de mener la guerre contre le terrorisme mondial

L'administration Bush subit au Proche-Orient le plus grave échec diplomatique qu'elle ait connu depuis son installation en janvier 2001. Ayant estimé qu'ils devaient au moins tenter de réduire la violence des affrontements entre Israéliens et Palestiniens, en appuyant la proposition saoudienne et en envisageant même de rencontrer Yasser Arafat, le président George W. Bush et son équipe sont obligés de constater aujourd'hui une nouvelle escalade terroriste d'un côté, répressive de l'autre.

Les dirigeants américains sont comme figés entre les deux positions qu'ils ont alternativement défendues depuis six mois. Samedi 30 mars, alors que les Etats-Unis venaient de voter, au Conseil de sécurité de l'ONU, une résolution appelant les Israéliens à se retirer de Ramallah et des territoires palestiniens, M. Bush a déclaré " comprendre" la volonté d'Ariel Sharon de mettre fin aux attentats-suicides et de protéger son territoire.

Il a demandé seulement au premier ministre israélien, une fois de plus et en termes toujours aussi vagues, de ne pas perdre de vue qu'il faudra un jour faire la paix avec les Palestiniens.

La position de l'équipe Bush a été définie, dès le début, en opposition à celle de Bill Clinton. D'une manière générale, le candidat George W. Bush avait fait campagne sur l'idée que les Etats-Unis devaient se recentrer sur leurs intérêts propres, plutôt que de courir aux quatre coins du monde pour s'engager dans des entreprises de rétablissement de la paix ou de "construction d'Etats" à l'issue incertaine. Dans le cas du conflit israélo-palestinien, la conviction du candidat républicain et de son entourage était que l'Amérique n'avait aucune chance de pouvoir imposer un accord à des adversaires qui n'en voulaient pas. C'était la première leçon qu'ils retiraient des vains efforts de M. Clinton.

Il y a un mois, le porte-parole de la Maison blanche, Ari Fleischer, avait déclaré, dans une conversation informelle avec les journalistes, que M. Clinton avait une part de responsabilité dans la violence des affrontements d'aujourd'hui. "La tentative pour décrocher la Lune (...), en poussant les deux parties plus loin qu'elles n'étaient prêtes à aller, a fait naître des attentes qui se sont muées en violence", expliquait M. Fleischer.

CONTRESENS

Ses propos ayant été rendus publics, les collaborateurs du président ont assuré qu'ils ne correspondaient pas du tout à l'analyse en cours à la Maison blanche. La conseillère pour la sécurité nationale, Condoleezza Rice, avait téléphoné à son prédécesseur de l'équipe Clinton, Sandy Berger, pour l'assurer que M. Fleischer avait fait un contresens.

La vérité est pourtant bien que le gouvernement actuel considère que la tentative de M. Clinton, à la recherche d'un moyen de réhabiliter sa présidence dans l'Histoire après l'affaire Lewinski, ne reposait sur aucune base politique sérieuse et qu'elle a eu des effets pervers. Ni les Israéliens ni les Palestiniens n'étaient disposés à accepter les conditions que la partie adverse mettait à un accord. Ehoud Barak n'avait pas l'appui de la majorité de la population israélienne, et M. Arafat savait que le rapport des forces, dans le camp palestinien, était défavorable à toute espèce de paix avec Israël.

En outre, M. Bush pense lui-même que les Israéliens ont de bonne raisons de refuser la paix aux conditions qui y étaient mises alors et qui seraient les mêmes aujourd'hui si, par impossible, les discussions reprenaient.

La deuxième leçon que les dirigeants républicains ont retirée des discussions de l'année 2000, c'est qu'elles avaient déséquilibré la politique américaine en paraissant mettre les Israéliens et M. Arafat sur le même pied, alors que le chef palestinien est, à leurs yeux, peu fiable et dépourvu d'autorité politique réelle.

UN ÉCART MOMENTANÉ

Sur ce dernier point, leur analyse est partagée par une partie au moins des clintoniens, qui ne regrettent pas la tentative de l'ancien président, mais qui jugent sévèrement la réponse de M. Arafat. Ancien négociateur au Proche-Orient, Denis Ross estime ainsi que le dirigeant palestinien a commis "une faute historique" en refusant, non pas les propositions de M. Barak à l'été 2000, mais celles de M. Clinton lui-même, en décembre. Elles comportaient notamment un engagement militaire américain pour l'application des accords et une aide financière considérable pour assurer le "droit au retour" des réfugiés, non pas sur le territoire d'Israël, mais dans le nouvel Etat palestinien.

Après les attentats du 11 septembre 2001, la position de l'administration Bush a évolué dans deux directions opposées. D'un côté, le président, soucieux d'améliorer l'image des Etats-Unis dans le monde arabe et de consolider l'alliance avec l'Arabie saoudite, l'Egypte et la Jordanie, s'est prononcé pour un Etat palestinien.

De l'autre, la guerre contre le terrorisme l'a conduite à désigner plusieurs organisations palestiniennes comme des cibles. L'incapacité de M. Arafat à choisir clairement son camp a achevé de le discréditer auprès d'une équipe qui ne le tenait déjà pas en haute estime, sans que M. Bush accepte pourtant de le déclarer "hors jeu", selon l'expression de M. Sharon.

La visite du vice-président, Richard Cheney, en Europe et au Proche-Orient, du 10 au 21 mars, et ses efforts pour obtenir une attitude publiquement conciliante des alliés arabes des Etats-Unis face à l'Irak ont fait pencher le balancier, pendant quelques jours, en faveur de M. Arafat. Aujourd'hui, cet écart par rapport à la "doctrine Bush" sur le terrorisme - celui "qui protège les terroris tes est un terroriste" - vaut à l'administration les critiques des conservateurs.

Certains d'entre eux ont même cru déceler, dans les propos du président après le retour de M. Cheney à Washington, un écart inhabituel entre les deux hommes. "Quoi qu'il en soit, écrit le Weekly Standard, hebdomadaire néo-conservateur, les deux dernières semaines auront été la soirée des amateurs de la diplomatie américaine." Et de plaider pour une réaffirmation forte et claire des principes de la guerre contre le terrorisme et pour le maintien du cap contre l'Irak.
Patrick Jarreau, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 02.04.02, LE MONDE | 01.04.02 | 13h20

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Axe du Mal, obsession américaine

Un fil rouge court tout le long de l'histoire des Etats-Unis, l'obsession des Américains à combattre le "Mal". Le Mal ? Tour à tour les Indiens, les Noirs, les communistes et aujourd'hui les trois Etats que Georges W. Bush a baptisés "l'axe du Mal" dans son discours sur l'état de l'Union le 29 janvier : l'Irak, l'Iran et la Corée du Nord. Le président américain aurait pu parler d'Etats totalitaires ou bellicistes. Il a préféré un mot, le Mal (Evil), que la langue anglaise associe immédiatement à devil (le diable). Aucun dirigeant occidental n'aurait usé de ce vocabulaire, très caractéristique de la culture politique américaine, nourrie, entre autres ressorts, de religion et de paranoïa. La religion affleure constamment chez les Américains. La devise "In God we Trust" (en Dieu nous plaçons notre confiance) figure sur tous les dollars. Et c'est par un très classique "May God bless you" (puisse Dieu vous bénir) que George W. Bush a conclu son discours du 29 janvier sur l'axe du Mal.

Cette invocation constante du Créateur n'est pas surprenante chez un peuple qui célèbre comme un événement fondateur le débarquement, en 1620, sur la côte du cap Cod (aujourd'hui Massachusetts), des Pères pèlerins du Mayflower. Ces puritains de la Nouvelle-Angleterre se considéraient comme le peuple élu de Dieu.

BON DROIT
Les siècles ont passé, mais ce messianisme des origines, cette volonté d'opposer le "Bien" au "Mal" continuent d'imprégner les mentalités américaines, de Woodrow Wilson, le père de la Société des nations devenue l'ONU, à George W. Bush, le chef autoproclamé de l'actuelle croisade antiterroriste.

La conquête de l'Ouest, jalonnée de massacres d'Indiens, illustre on ne peut mieux cette propension à justifier par la religion la poursuite d'intérêts plus séculiers. Convaincus de leur bon droit, les puritains des origines n'éprouvaient aucun remords à spolier de leurs terres les Séminoles ou les Cherokees en qui ils voyaient une "race maudite" gouvernée par le diable. Les Noirs, à leur tour, ont fait les frais de cette inclination des Blancs à se considérer, eux seuls, comme les bâtisseurs d'une nouvelle Jérusalem. En témoigne le film le plus parlant de l'époque du muet, Naissance d'une nation, de Griffith (1915). Situé pendant la guerre de Sécession, il s'achève par la réconciliation du Nord et du Sud sur le dos des Noirs présentés comme étrangers à l'identité américaine.

Cette paranoïa, que le Robert décrit comme l'"état de méfiance exagérée d'un individu ou d'un groupe à l'égard de menaces réelles ou imaginaires", a trouvé dans la guerre froide un terrain particulièrement fertile. Dans un discours aux Communes britanniques, en 1982, le président Reagan qualifiait l'Union soviétique d'empire du "Mal" dont "les forces du Bien", proclamait-il, allaient inévitablement triompher. Empire du Mal, axe du Mal, la rhétorique est restée la même. Cette mentalité de croisés est si ancrée chez les Américains qu'il leur arrive de s'inventer des ennemis lorsque ceux-ci leur font défaut. Tel fut le cas du sénateur républicain du Wisconsin Joseph McCarthy qui voyait des communistes ou des crypto-communistes partout, de Hollywood à la haute administration américaine. Bien sûr les journalistes, qui relayaient dans les années 1950 cette "chasse aux sorcières", n'étaient pas dupes mais ils hésitaient à contredire publiquement McCarthy tant son obsession du Mal était en phase avec l'opinion américaine.

Incongrus pour un Européen, les mots employés par George W. Bush le 29 janvier parlent aux Américains au plus profond d'eux-mêmes : la défense du "monde civilisé", le devoir que "l'Histoire" impose à l'Amérique de combattre l'"axe du Mal" au nom de la "liberté". Et "W" de conclure ce jour-là que "beaucoup [de ses compatriotes] avaient redécouvert [le 11 septembre] la diffusion de la mémoireque même lors d'une tragédie - surtout lors d'une tragédie - Dieu est proche". Mutatis mutandis, ce vocabulaire est bien celui de la guerre froide, l'époque où l'ennemi était tout désigné, une situation à laquelle les Etats-Unis trouvaient psychologiquement leur compte. Douze ans après la chute du mur de Berlin et l'effondrement de l'empire soviétique, les voilà renouant avec leur culture binaire (le Bien/le Mal), face à de nouveaux ennemis, irréprochables dans leur rôle de "méchants": Saddam Hussein, Kim Jong-il et les ayatollahs de Téhéran. En faisant sienne cette thématique, George W. Bush entend préparer ses concitoyens à une attaque contre l'Irak, accusé de détenir des armes biologiques et chimiques prêtes à servir. Aux mains de Saddam Hussein, les armes du Diable.
Bertrand Le Gendre, Le Monde, 11 avril 2002, p. 19, LE MONDE | 10.04.02 | 11h31 | analyse

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Irak : Bush "se réserve le droit d'agir"

Les Etats-Unis interviendront militairement contre le régime de Saddam Hussein, avec ou sans l'aval de l'ONU. C'est le message qu'ont martelé dimanche, sur toutes les grandes chaînes de télévision américaines, les principaux membres de l'administration Bush.

Condoleezza Rice, Colin Powell, Dick Cheney : dimanche, tous les ténors de l ’administration Bush ont investi les écrans de télévision américains. Avec un même message : si les Nations Unies et la communauté internationale n'obtiennent pas rapidement un désarmement en Irak, les Etats-Unis sont prêts à agir seuls contre le régime de Saddam Hussein. George W. Bush "se réserve le droit d'agir", a affirmé sa conseillère pour la sécurité nationale, Condoleezza Rice, sur CNN. Et quelle que soit la réaction au discours du président américain cette semaine devant les Nations Unies, "le président conservera toute son autorité et ses options pour agir d'une manière appropriée et unilatéralement", a martelé sur la chaîne Fox News le secrétaire d'Etat Colin Powell. Même son de cloche pour le vice-président Dick Cheney : "personne ne doit mettre en doute que le président est absolument déterminé à faire face".

Le "plan Ritter"

Scott Ritter, ex-inspecteur de l'ONU chargé du désarmement en Irak, a proposé dimanche à Bagdad la mise en place d'un mécanisme d'inspection de l'armement supervisé par d'"honnêtes intermédiaires", qui "devraient se recruter en dehors des Nations unies" . Ce mécanisme prévoirait "un retour inconditionnel" des inspecteurs et permettrait à l'Irak de s'assurer que "l'accès total (à ses sites) soit destiné uniquement aux questions de désarmement et non pas à s'immiscer dans sa souveraineté, sa dignité et sa sécurité nationale", a-t-il indiqué dans une intervention au Parlement irakien. Ancien Marine, Scott Ritter avait démissionné de la commission spéciale de l'ONU chargée du désarmement (UNSCOM) en 1998 et qualifié les frappes américano-britanniques en Irak, juste après le retrait des inspecteurs, d'"erreur terrible" qui consistait à "bombarder pour bombarder". L'an dernier, il avait affirmé que l'Irak était désarmé à 98% et n'avait pas les moyens de se réarmer pour menacer ses voisins. Il plaidait pour une levée de l'embargo instauré en août 1990, après l'invasion du Koweit par les troupes irakiennes, en échange de la mise en place d'une surveillance à long terme de l'arsenal irakien.

Ces menaces d'intervention américaine unilatérale interviennent alors que le président Bush doit s'adresser jeudi devant l'Assemblée générale des Nations Unies sur la menace irakienne, pour tenter de rallier à sa cause une communauté internationale jusqu'ici très réticente. Pour justifier la possibilité d'une intervention en solo des Etats-Unis en Irak, les membres de l'administration Bush ont souligné les menaces que représentent les armes de destruction massive développées, selon eux, par Bagdad.

"La question n'est pas d'avoir des inspections. C'est le désarmement"

"Les développements récents nous permettent de conclure qu'il a augmenté sa capacité à produire et lancer des armes biologiques, qu'il a reconstitué son programme nucléaire pour mettre au point l'arme nucléaire", a déclaré Dick Cheney. "Nous ne pouvons nous permettre le luxe de ne rien faire" car "l'histoire montre que l'on est toujours surpris de la rapidité avec laquelle quelqu'un acquiert une arme terrible" comme l'arme nucléaire, a expliqué Mme Rice en rappelant la "surprise" des Etats-Unis lorsqu'ils avaient découvert, avec retard, l'ampleur du programme nucléaire soviétique après la Seconde Guerre mondiale.

Les responsables américains se sont montrés sceptiques sur la volonté de Saddam Hussein de collaborer avec les Nations Unies si les inspecteurs en désarmement retournaient en Irak, en expliquant que le régime irakien a "violé" toutes les résolutions de l'ONU depuis la fin de la guerre du Golfe en 1991. "La question n'est pas d'avoir des inspections. C'est le désarmement", a affirmé Donald Rumsfeld tandis que Colin Powell a réaffirmé avec force la volonté des Etats-Unis de faire tomber le régime de Saddam Hussein. "Le meilleur moyen d'obtenir le désarmement est un changement de régime", a indiqué Colin Powell en soulignant que le désarmement de l'Irak est "la vraie question" plus que l'éventuel retour dans ce pays des inspecteurs de l'ONU.
TF1, Mis en ligne le 08 septembre 2002

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Bush : La frappe préventive

George Bush est tranquillement persuadé que la raison du plus fort est toujours la meilleure. Il l'exprime sans ambiguïté dans le document publié par la Maison-Blanche intitulé « La stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis d'Amérique ». Le président américain a insisté personnellement pour que ce texte, qui fixe chaque année la doctrine de défense, soit écrit dans un langage clair, accessible au plus grand nombre. Le résultat est fort peu diplomatique et a de quoi susciter quelques interrogations dans le reste du monde.

La Maison-Blanche affirme sans détour le principe de la guerre préventive : « Plus grand est le risque de rester passifs et plus fort l'argument pour décider d'actions préventives pour nous défendre, même s'il y a des incertitudes sur le moment et le lieu des attaques ennemies. Pour contrer et empêcher de tels actes d'hostilité de la part de nos adversaires, les Etats-Unis agiront, si nécessaire, de manière préventive. » Toute la vision du monde de George Bush est désormais fondée sur la menace terroriste que « les Etats-Unis doivent identifier et détruire avant qu'elle n'atteigne nos frontières ».

Oubliés les traités, la charte de l'Onu et celle de l'Otan ! Adieu le principe de dissuasion qui aura régi le monde depuis cinquante-cinq ans, voilà la nouvelle approche, celle de la frappe préventive. Et que personne ne s'avise de la contester : « Nos armées seront assez puissantes pour dissuader tous les adversaires potentiels de s'engager dans une course aux armements dans l'espoir de surpasser ou égaler la puissance des Etats-Unis. » Qu'on se le dise
Jean-Bernard Cadier (à Washington), le point 27/09/02 - N°1567 - Page 66 - 270 mots

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L'enjeu caché du pétrole irakien

George Bush a finalement décidé, pour quelque temps, d'arrondir les angles dans son combat contre Saddam Hussein. Mais la Maison-Blanche n'en reste pas moins intransigeante sur la question du désarmement de l'Irak. Dans cette partie de poker Washington-ONU-Bagdad, les enjeux économiques, même s'ils paraissent au second plan, n'en sont pas moins essentiels. La maîtrise de l'or noir irakien pourrait changer profondément et pour longtemps la donne régionale.

Au Proche-Orient, le pétrole imprègne tout. Ou presque. George Bush étant texan, et le baril de brut surfant sur les 30 dollars, il était inévitable que la politique irakienne de la Maison-Blanche soit jugée à l'aune des intérêts pétroliers de l'Amérique.

«Toute cette affaire n'a rien à voir avec une menace irakienne. Elle n'a rien à voir avec la guerre contre le terrorisme ni avec la morale», écrivait récemment dans le Guardian Mo Mowlam, ancien ministre de Tony Blair. Elle concluait sur les ambitions de Washington de «contrôler les gisements pétroliers saoudiens».

Un vieux routier du monde arabe pose le problème des approvisionnements de la planète, une question rebattue par les spécialistes, mais méconnue par l'homme de la rue: «Pour faire face à une demande croissante, le monde devra, au cours des vingt prochaines années, extraire annuellement un million de barils supplémentaires.» Il ajoute: «Depuis le 11 septembre, il n'est plus concevable que l'Arabie saoudite fournisse la totalité de ce supplément de production.»

Le pacte non écrit qui lie depuis plus d'un demi-siècle la Maison-Blanche à la maison des Saoud a, jusqu'à présent, fait de l'Arabie le grand régulateur des marchés pétroliers. Il a généralement évité au consommateur des hausses insupportables.

Mais les sentiments antiaméricains ont pris de l'ampleur dans le royaume depuis le 11 septembre. Deux éléments les ont nourri: les accusations de connivences entre les œuvres charitables saoudiennes et certains réseaux islamistes proches de Ben Laden, ainsi que le soutien de Washington à la politique d'Ariel Sharon. Cette mauvaise humeur partagée pèserait déjà sur les négociations en cours entre Riad et les compagnies pétrolières étrangères, apprend-on de sources professionnelles. Ce malaise conduit un expert à s'interroger: «Qui peut garantir qu'en cas de besoin les autorités saoudiennes pourront effectivement augmenter suffisamment la production? Que feront-elles si leur opinion publique s'y oppose? On ne peut pas forcer les Saoudiens à produire davantage en plaçant une sentinelle derrière chaque pétrolier!»

C'est ainsi que le projet ancien de diversification des sources d'approvisionnement reprend de l'actualité. Plus gros dévoreur de pétrole du monde, les Etats-Unis importent la moitié de leur consommation, l'essentiel du Golfe. Mais ils s'intéressent de plus en plus aux hydrocarbures des deux Amériques, d'Afrique, de la Caspienne, ainsi que de la Russie. La récente mise en chantier de l'oléoduc Bakou-Ceyhan (côte méditerranéenne de la Turquie) confirme leur intérêt pour les gisements du Caucase et d'Asie centrale.

L'Irak est un morceau de choix, essentiellement à cause de ses réserves qu'on évalue à «120 milliards de barils de réserves officielles», dans les milieux pétroliers. L'Iran en a pratiquement autant, mais avec une population trois fois plus nombreuse, et donc beaucoup moins d'excédents pétroliers exportables et susceptibles d'influer sur les cours mondiaux.

Tout en refusant de broder sur les arrière-pensées pétrolières supposées du président Bush, un diplomate arabe déclare: «Si les Etats-Unis contrôlent l'Irak et son pétrole, les Américains auront moins besoin de l'Arabie pour stabiliser les cours.» Un pétrolier en convient. Il ajoute qu'«une augmentation de la production irakienne affaiblirait l'Arabie saoudite, dont le budget est déjà déficitaire et dont la population augmente».

Poursuivant son raisonnement sur l'après-guerre, ce spécialiste soupçonne «les Américains de vouloir créer une Aramco irakienne!» Interrogé par le Washington Post, James Woolsey, un ancien directeur de la CIA, avertit d'ailleurs que les compagnies russes et françaises, déjà présentes en Irak, ne pourront participer à l'après-guerre pétrolier auprès des Américains que si la Russie et la France s'engagent dans la lutte contre Saddam Hussein. Bien que M. Woolsey ne soit pas au gouvernement, son point de vue est révélateur d'un certain climat.
Un homme d'affaires qui connaît les milieux dirigeants de Washington affirme que «les Etats-Unis remodèlent le Proche-Orient selon leurs intérêts pétroliers».

«Ce ne sont pas les pétroliers qui fixent la politique américaine au Proche-Orient. Mais ce qui se passe leur convient», conclut, plus prudemment, le vieux routier du monde arabe.
lefigaro.fr, Claude Lorieux [03 octobre 2002]

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Le Congrès autorise une guerre contre l'Irak sans l'aval de l'ONU

Après la Chambre des représentants, jeudi 10 octobre, dans l'après-midi, le Sénat a voté, dans la nuit, la résolution autorisant le président George W. Bush à utiliser les forces armées, soit pour protéger les Etats-Unis contre la menace représentée par l'Irak, soit pour faire appliquer les résolutions de l'ONU concernant ce pays."L'Amérique parle d'une seule voix", s'est félicité M. Bush aussitôt après le vote du Sénat. "Le Congrès,a-t-il ajouté, a parlé clairement à la communauté internationale et au Conseil de sécurité des Nations unies." Le président américain a répété que, face à Saddam Hussein et à son régime, "l'inaction n'est pas une option", et obtenir le désarmement "est une obligation". "La menace qui grandit en Irak doit être affrontée, complètement et définitivement" , avait dit M. Bush, auparavant, en saluant le vote de la Chambre. Le régime irakien, avait-il ajouté, doit comprendre que s'il ne se met pas en règle avec les décisions de l'ONU, "il y sera contraint par la force".

La résolution a été votée par les deux Assemblées dans le texte de compromis rédigé par la présidence avec les dirigeants républicains du Congrès et le chef de file des démocrates de la Chambre, Richard Gephardt. Elle a recueilli le nombre de suffrages qui paraissait acquis depuis la fin du mois de septembre : 296 députés ont voté pour, 133 ont voté contre ; 77 sénateurs se sont prononcés pour et 23 contre. Le président peut donc faire valoir qu'il a reçu des parlementaires un soutien non seulement massif, mais dépourvu d'ambiguïté. Si la résolution, remaniée avec son accord il y a un peu plus d'une semaine, lui demande d'agir d'abord dans le cadre de l'ONU, elle ne limite aucunement son droit de recourir à la force hors de ce cadre, dès lors qu'il le jugerait nécessaire. M. Bush a répété, ces derniers jours, que si le Conseil de sécurité des Nations unies ne s'accorde pas pour imposer à Saddam Hussein des conditions draconiennes et pour faire en sorte qu'il ne puisse s'y dérober, les Etats-Unis "conduiront une coalition" contre le régime de Bagdad.

LES DÉMOCRATES DIVISÉS

A la Chambre, les démocrates se sont divisés, 126 d'entre eux votant contre, et 81 pour la résolution. Au Sénat, où ils sont majoritaires, ils ont voté en plus grand nombre avec les républicains (29) que contre l'exécutif (21). Le chef de la majorité démocrate, Thomas Daschle, qui s'était montré hésitant, s'est rallié au compromis approuvé par la Chambre. Il a expliqué que le projet de résolution avait été amélioré par rapport à la version initiale. Une tentative des opposants, emmenés par le doyen des sénateurs démocrates, Robert Byrd, pour ralentir le débat, a été mise en échec par 75 voix contre 25. Des amendements restrictifs ont été défaits avec le même rapport de forces. A moins d'un mois des élections du 5 novembre, où sont en jeu les sièges de tous les députés et ceux d'un tiers des sénateurs, les démocrates de la Chambre n'ont pas pu réduire leurs désaccords.

Candidat implicite aux futures "primaires" pour l'élection présidentielle de 2004, M. Gephardt, élu du Missouri, a fait le choix de soutenir M. Bush sur l'Irak afin de pouvoir le critiquer sur d'autres sujets. Numéro deux du groupe démocrate, Nancy Pelosi, députée de Californie, a maintenu son refus de la résolution en expliquant que l'usage de la force contre l'Irak, sans avoir épuisé tous les autres moyens, "fera du tort à la guerre contre le terrorisme" . Les stratèges démocrates sont en désaccord entre eux. Les uns estiment que le débat qui a eu lieu, les concessions que M. Bush a dû faire et son discours du 7 octobre ont mis en valeur le rôle des démocrates. Les autres, comme Donna Brazile, directrice de la campagne d'Al Gore pour l'élection présidentielle de 2000, regrettent que leur parti n'exprime pas plus fortement l'opposition de "la base libérale", c'est-à-dire de la gauche, à l'unilatéralisme de l'exécutif.

Les démocrates de Californie, comme ceux de New York, ont voté majoritairement contre la résolution. L'un des représentants de l'aile gauche du parti, Dennis Kucinich, député de l'Ohio, a dénoncé un "vote de la peur, qui nous conduit à attaquer ceux qui ne nous ont pas attaqués" . Les débats ont pris parfois un tour violent, lorsqu'un député de Californie, Peter Stark, a reproché à M. Bush d'avoir fait en sorte d'éviter la guerre du Vietnam, à laquelle il était en âge de participer. Le président de séance l'a rappelé à l'ordre. D'autres anciens du Vietnam ont évoqué l'enlisement dans la péninsule indochinoise et dénoncé le danger d'un engagement solitaire au Proche-Orient.

RALLIEMENTS SPECTACULAIRES

Au Sénat, où les critiques à l'encontre de M. Bush étaient, au départ, les plus nombreuses, y compris dans les rangs républicains, les ralliements ont été nombreux et spectaculaires. Même John Kerry, sénateur du Massachusetts, ancien du Vietnam lui aussi et sur les rangs pour la candidature démocrate en 2004, a remisé ses critiques et renoncé à la démarche en deux temps, "à la française" , qu'il avait préconisée. La proposition d'une deuxième résolution, ultérieure, sur l'usage de la force, a été massivement rejetée. "Le président a reconnu que la guerre doit être notre dernière option, et non la première" , a déclaré M. Kerry pour expliquer son changement de position. D'autres estiment que la menace d'une guerre est le meilleur moyen de l'éviter, et espèrent soit que Saddam Hussein s'incline, soit que les généraux irakiens se rebellent contre son autorité.
Patrick Jarreau, LE MONDE | 11.10.02 | 13h02

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Un débat d'urgence exigé à l'ONU

Les pays du Mouvement des non-alignés, dit le "Groupe des 77" (en fait 130 Etats), ont demandé, jeudi 10 octobre, au Conseil de sécurité d'inscrire à son ordre du jour un débat public sur l'Irak. Irritée par les négociations en cours entre les membres permanents du Conseil et les fuites dans la presse de divers projets de résolution dont ils n'ont pas connaissance, l'Afrique du Sud a, en leur nom, effectué cette demande. "Nous pensons que les propositions réunies dans une telle résolution traitent de problèmes qui concernent tous les membres des Nations unies", écrit Dumisani Kumalo, ambassadeur d'Afrique du Sud à l'ONU, dans une lettre au Conseil de sécurité. M. Kumalo estime que tous les pays membres devraient être autorisés à exprimer leur position.

Les Etats-Unis n'ont pas caché leur peu d'enthousiasme. "Nous avons toujours prévu qu'il y ait un débat ouvert sur l'Irak au Conseil de sécurité, mais au moment opportun", a dit Richard Grenell, porte-parole de l'ambassadeur des Etats-Unis à l'ONU, John Negroponte.
lemonde.fr, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 12.10.02

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Edicom, news, Suisse, International, 11 octobre 2002 14:49 (SDA-ATS\/wac ac/note)

Irak : les Etats-Unis en délicatesse avec le droit international
BERNE - Les Etats-Unis risquent d'entrer en conflit avec le droit international et la charte de l'ONU. Ce sera le cas s'ils imposent unilatéralement le désarmement de l'Irak et un changement de régime.
Bush semble vouloir ignorer l'avis du Conseil de sécurité. Or ce dernier est le seul à pouvoir autoriser des opérations militaires internationales, la charte des Nations Unies interdisant de recourir à la force entre Etats souverains.
A l'article 51, cette même chartre entérine toutefois le principe de légitime défense. C'est précisément sur cet article que Washington fonde sa campagne contre l'Irak. Or un consensus large existe sur le fait que le recours à la force en situation de légitime défense doit résulter d'une agression armée déjà commise. L'Irak ne se comportant pas en ce moment de façon agressive, la position américaine apparaît illégitime.

Les Etats-Unis ont déjà détourné à plusieurs reprises la charte en invoquant une «légitime défense préventive». Le lancement de missiles Tomahawk sur l'Irak en 1993 ou l'invasion du Panama par l'armée américaine en 1989 constituent des exemples récents.
D'autres Etats comme Israël, s'emploient à légitimer des actes d'agression par le droit à une légitime défense préventive. Ils estiment qu'un Etat ne doit pas attendre d'être dévasté pour réagir.
Dans le texte, l'article 51 de la charte accorde aux Etats «dans le cas d'une agression armée le droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective, jusqu'à ce que le Conseil de sécurité ait pris les mesures nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité internationales».

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Les menaces nucléaires de la Corée du Nord

Pyongyang charge en combustible un réacteur susceptible de produire du plutonium militaire
Début décembre, un navire à destination du Yémen avait été arraisonné par la marine espagnole. Il transportait 15 missiles Scud ainsi que 84 bidons de produits chimiques, fabriqués par la Corée du Nord.

Chaque jour qui passe permet à la Corée du Nord d'accentuer son chantage nucléaire. Hier, elle a encore attisé les inquiétudes des responsables occidentaux en commençant à charger en combustible un réacteur atomique capable de produire du plutonium militaire. «La situation est très inquiétante», a souligné le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Mohammed El-Baradeï. Cette agence de l'ONU établie à Vienne est chargée de surveiller les activités nucléaires dans le monde pour prévenir la prolifération. Elle a deux inspecteurs en Corée du Nord.
Selon l'AIEA, des techniciens nord-coréens ont apporté un millier de barres neuves de combustible, qu'ils ont entreposées sur le site du réacteur de Yongbyon, à 90 km au nord de la capitale, Pyongyang. La Corée du Nord donne ainsi à comprendre qu'elle se prépare à faire diverger ce petit réacteur graphite-gaz, d'une puissance de 5 mégawatts. Une fois utilisées, les barres de combustibles peuvent être exploitées pour en retirer du plutonium à usage militaire. Cependant, les nouvelles barres n'ont pas encore été chargées dans le coeur du réacteur.

Quelque 8 000 barres de combustible irradié, de quoi extraire suffisamment de plutonium pour fabriquer plusieurs bombes, se trouvent dans un bassin de refroidissement du site. Jusqu'à présent, les responsables nord-coréens ne semblent pas y avoir touché. Pyongyang a alarmé les capitales occidentales en retirant la semaine dernière les scellés que l'AIEA avait apposés en 1994 sur le réacteur, le bassin de refroidissement et l'usine de retraitement du plutonium. «Notre principale inquiétude, ce serait qu'ils redémarrent l'usine de retraitement produisant du plutonium», a indiqué le directeur général de l'AIEA.

L'agence onusienne a rejeté l'explication nord-coréenne, qui veut que le réacteur serve à produire de l'électricité pour combler la pénurie énergétique dont souffre le pays. «La Corée du Nord n'a aucun usage légitime et pacifique du plutonium (...) Commencer à relancer les installations nucléaires sans les garde-fous appropriés (...) suscite de graves inquiétudes quant au respect de la non-prolifération et s'apparente à une tentative d'intimidation nucléaire», a déclaré El-Baradeï.

Le président sortant de Corée du Sud, Kim Dae-jung, a accusé hier Pyongyang «d'aggraver» la crise nucléaire. Le Japon, qui se sait à portée des missiles de Pyongyang, a réagi avec inquiétude. Le premier ministre Junichiro Koizumi a qualifié de «provocante» la décision nord-coréenne de recharger le réacteur. Moscou s'est déclarée «inquiète» de la tournure prise par les événements et a pressé Pyongyang de reprendre la coopération avec l'AIEA. Londres s'est dit «profondément préoccupée» par les «dernières révélations» de l'AIEA. A Paris, le Quai d'Orsay a «déploré ce nouveau développement préoccupant». Washington a «pressé» la Corée du Nord de «ne remettre en activité aucun de ses sites nucléaires gelés» et de ne pas «aggraver» sa situation. Le conseil des gouverneurs de l'AIEA, où siègent 35 pays dont les États-Unis et la France, doit se réunir le 6 janvier à Vienne. Il pourrait saisir le Conseil de sécurité de l'ONU.

La crise fait apparaître des divergences entre la Corée du Sud et les États-Unis. Kim Dae-jung a pris ses distances avec Washington hier en appelant une fois de plus au dialogue avec le Nord. Contrairement à une crise similaire en 1994, où Séoul avait été écartée du règlement négocié entre Washington et Pyongyang, Kim a affirmé que cette fois-ci «la Corée du Sud doit jouer un rôle majeur dans la résolution de la question nucléaire du Nord». Le président élu Roh Moo-hyun, qui doit succéder à Kim en février, défend la même ligne.

A Washington cependant, on reste sourd aux appels à négocier avec le Nord, estimant qu'aucune discussion ne peut être menée sous la menace. L'Administration de George W. Bush a rangé la Corée du Nord dans «l'axe du mal» aux côtés de l'Irak et de l'Iran. Elle a interrompu ses livraisons de fioul lourd à Pyongyang après l'annonce de la reprise du programme nucléaire militaire nord-coréen. Les États-Unis ont conseillé à la Corée du Nord de ne pas profiter de la tension avec l'Irak pour avancer ses pions. Le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, a averti que les Américains étaient capables de mener «deux guerres en même temps». Mais à part cette mise en garde, l'option militaire n'est pas sérieusement envisagée à Washington. Les États-Unis semblent compter sur Pékin. Selon un haut responsable de l'Administration Bush, la Chine pourrait, par le biais de pressions diplomatiques, contribuer à ramener Pyongyang à la raison. Pour l'instant, on n'en voit aucun signe.
lefigaro.fr, Luc de Barochez [27 décembre 2002]

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(30 janvier 2003) Irak : huit "Européens" derrière Washington
Huit dirigeants européens prennent leurs distances vis-à-vis du couple franco-allemand. Dans une lettre publiée jeudi par le Times, ils appellent à l'unité dans le traitement de la crise irakienne et apportent clairement leur soutien à Washington.

Les dirigeants de huit pays européens, à l'exception notable de la France et de l'Allemagne, ont appelé à l'unité avec les Etats-Unis sur la crise irakienne et déclaré que l'Onu devait s'assurer que Bagdad supprime ses armes de destruction de masse. Dans une lettre commune publiée par l'édition de jeudi du quotidien londonien Times, les dirigeants de la Grande-Bretagne, l'Espagne, l'Italie, le Portugal, la Hongrie, le Danemark, la Pologne et la République tchèque estiment que la crédibilité des Nations unies est en jeu, dans cette crise.

"Nous ne pouvons pas permettre à un dictateur de violer systématiquement ces résolutions. Si elles ne sont pas respectées, le Conseil de sécurité perdra sa crédibilité et la paix mondiale en pâtira", écrivent les signataires. "Notre force réside dans l'unité", indique la lettre, ajoutant que le rapport des inspecteurs en armements de l'Onu publié lundi a confirmé le comportement du président irakien Saddam Hussein fait de "tromperie, dénégation et de refus de se conformer" aux injonctions internationales.

"Solidarité, cohésion et détermination"

La lettre, qui, selon le Times , constitue un soutien puissant à ligne défendue par Washington et Londres sur l'Irak, est signée par les premiers ministres britannique Tony Blair, espagnol Jose Maria Aznar, portugais Jose Manuel Barroso, italien Silvio Berlusconi, hongrois Peter Medgyessy, polonais Leszek Miller, danois Anders Fogh Rasmussen et par le président tchèque Vaclav Havel. Les dirigeants soulignent que Saddam Hussein et ses armes de destruction de masse constituent une vraie menace pour la sécurité mondiale.

"Nous devons rester unis et insister sur la nécessité de désarmer son régime. La solidarité, la cohésion et la détermination de la communauté internationale sont notre meilleur espoir d'y parvenir pacifiquement", selon le texte. "Le Conseil de sécurité doit maintenir sa crédibilité en s'assurant que ses résolutions sont pleinement respectées", ajoute-t-il. "Nous sommes confiants que le Conseil de sécurité fera face à ses responsabilités", selon la même source.

La "vieille Europe" de Rumsfeld

Selon le Times , cette lettre constitue "une rebuffade calculée" adressée au chancelier allemand Gerhard Schroeder et au président français Jacques Chirac, après leur opposition déclarée à une action militaire contre Saddam Hussein. Une lettre qui devrait réjouir et confirmer ce que pense le secrétaire américain à la Défense. Donald Rumsfeld avait suscité la semaine dernière une vive controverse en qualifiant la France et l'Allemagne de représentants de la "vieille Europe". Il est revenu à la charge mercredi en déclarant lors d'une conférence de presse que La France et l'Allemagne, opposés à une intervention unilatérale américaine en Irak, ne représentent pas "l'ensemble de l'Europe".

De son côté, le Parlement européen a déclaré jeudi à Bruxelles son "opposition à toute action militaire unilatérale" en Irak, dans une résolution adoptée par 287 voix pour et 209 contre qui estime également qu'une "frappe préventive contreviendrait au droit international".
tf1.fr, news, Mis en ligne le 30 janvier 2003

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Le Monde diplomatique 5 février 2003

VERS LA GUERRE CONTRE L'IRAK

un cahier documentaire sur le Golfe
http://www.monde-diplomatique.fr/cahier/irak/

Plus rien ne semble capable d'enrayer la machine de guerre américaine. En février 150 000 soldats américains, appuyés par quelques supplétifs britanniques, seront réunis dans le Golfe, prêts pour l'assaut contre Bagdad. C'est dès le lendemain du 11 septembre 2001 que l'administration Bush décida de faire du renversement du régime irakien un axe de sa stratégie. Bien sûr, des responsables aussi importants que MM. Richard Cheney, Donald Rumsfeld ou Paul Wolfowitz préconisaient depuis longtemps une telle attaque. Mais les conditions dans laquelle le président George W. Bush avait été élu rendaient difficile la mise en oeuvre de cet objectif. Grâce au 11 septembre, cela est désormais possible.

C'est une vision manichéenne du monde qui prévaut désormais à Washington. « Qui n'est pas avec nous est avec les terroristes » affirmait le président Bush. Le document de septembre 2002, « The National Security Strategy of the United States », qui inclut pour la première fois la notion de guerre préventive, confirme la nouvelle orientation de l'hyperpuissance, qui considère que ses intérêts s'identifient désormais au droit (lire les documents de la première partie, Stratégie des Etats-Unis).
http://www.monde-diplomatique.fr/cahier/irak/r1418

Il serait faux de croire que cette stratégie est une réponse directe aux attaques du 11 septembre 2001. Elle était déjà formulée dans un document de septembre 2000, signé par des membres influents de l'actuelle administration, avant leur arrivée aux affaires. Le terrorisme aurait remplacé le nazisme et le communisme comme nouvel ennemi des Etats-Unis. Mais le terrorisme n'est ni une idéologie, ni une menace stratégique - ne s'appuyant sur aucun Etat. Il est un épouvantail utile, à dimension variable, qui permet de discréditer un ennemi. Surtout quand il est associé, dans un triangle du mal, aux armes de destruction massive et aux Etats dits voyous (lire les documents de la deuxième partie, La menace terroriste).
http://www.monde-diplomatique.fr/cahier/irak/r1423

Cette « guerre contre le terrorisme » sera longue, a prévenu le président Bush. Elle a commencé avec l'offensive en Afghanistan et le renversement du régime des talibans, s'est poursuivie par la mise hors la loi de centaines d'organisations et d'individus. Mais les critères de sélection restent flous, plus conformes aux visions américaines qu'à une - impossible - définition du phénomène terroriste. Cette guerre a également permis à un certain nombre d'Etats de justifier leur politique répressive : la Russie en Tchétchénie, Israël en Palestine, l'Inde au Cachemire, etc. Dans les pays du Nord, une offensive s'est aussi déployée contre les « ennemis de l'intérieur » souvent identifiés aux immigrés d'origine musulmane, voire aux contestataires (lire les documents de la troisième partie, La guerre contre le terrorisme).
http://www.monde-diplomatique.fr/cahier/irak/r1430

C'est pour détruire les armes de destruction massive de l'Irak que les Etats-Unis ont décidé l'assaut contre le régime de M. Saddam Hussein. Pourtant, ils n'ont apporté dans ce domaine aucune preuve, en tous les cas pas la preuve que le gouvernement irakien était une telle menace pour la paix et la sécurité du monde que la guerre était indispensable. Le double langage de Washington apparaît clairement si l'on compare son attitude à l'égard de la Corée du Nord. Bien sûr, le problème de la prolifération des armes de destruction massive est réel, mais il demande une réponse multilatérale, à travers les traités existants et le renforcement des contrôles, notamment des exportations de matériel sensible. Les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l'Allemagne ne portent-ils pas une responsabilité sérieuse dans le programme mis en place par M. Saddam Hussein dans les années 1980 ? (lire les documents de la quatrième partie, Les armes de destruction massive).
http://www.monde-diplomatique.fr/cahier/irak/r1435

La première victime d'une guerre sera le peuple irakien, qui subit depuis de longues années les méfaits d'une dictature sanglante et de sanctions criminelles. Le régime, responsable de deux guerres - contre l'Iran et contre le Koweït -, est soumis à un contrôle étroit depuis 1991. Le travail des inspecteurs des Nations unies a permis de réduire considérablement ses capacités de nuisance, mais il s'est accompagné d'un embargo sans précédent dans l'histoire. Une nouvelle guerre imposée à un pays dont la population est à bout de souffle et les infrastructures usées se traduirait, selon les Nations unies, par des centaines de milliers de victimes. Et la vision d'un Irak pacifique et démocratique qui succèderait à la dictature de M. Saddam Hussein relève plus du rêve - ou de la propagande - que de la réalité (lire les documents de la cinquième partie, L'Irak, un pouvoir à abattre).
http://www.monde-diplomatique.fr/cahier/irak/r1436

L'on peut aussi s'interroger sur les retombées d'un nouveau conflit sur le Proche-Orient et notamment sur l'affrontement israélo-palestinien (lire les documents de la sixième partie, Une guerre au coeur du Proche-Orient).
http://www.monde-diplomatique.fr/cahier/irak/r1437

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La France est devenue la cible préférée des attaques de l'administration Bush et de ses partisans

La position adoptée par la France, l'Allemagne et la Belgique, au Conseil de l'Atlantique-Nord, lundi 10 février, a fait monter d'un degré l'exaspération qui se fait entendre, aux Etats-Unis, à l'égard des alliés européens hostiles à une guerre en Irak. George Bush, à qui on demandait s'il était en colère, a répondu qu'il était seulement "déçu que la France empêche l'OTAN de venir en aide à la Turquie". "Je pense que cela affecte l'alliance de façon négative", a ajouté M. Bush. Observant que "la France est une amie de longue date des Etats-Unis" et que les deux pays "ont beaucoup de choses en commun", le président américain a regretté la "décision à courte vue" prise par Paris, et souhaité qu'elle soit "reconsidérée".

Plus tôt dans la journée, Donald Rumsfeld, secrétaire à la défense, avait souligné que le rapport des forces était de 16 contre 3 au sein de l'OTAN, et déclaré "inexcusable" le comportement des trois pays récalcitrants. Il a indiqué, aussi, que les Etats-Unis aideraient la Turquie dans le cadre de leurs relations bilatérales. Les dirigeants américains affirment que ce qui est en question n'est pas l'Irak, mais la protection que l'alliance doit à un de ses membres, en l'occurrence la Turquie. Ils estiment, en outre, que les divergences entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne d'un côté, la France et l'Allemagne, de l'autre, renforcent Saddam Hussein.

M. Bush a rejeté les concessions faites par l'Irak, la dernière en date étant, lundi, l'autorisation de survol du territoire par des avions de surveillance américains, russes et français. "La raison pour laquelle nous avons besoin de ces - avions - U-2, c'est qu'il ne désarme pas", a déclaré le président américain en parlant de Saddam Hussein. "Il cherche seulement à gagner du temps", a ajouté M. Bush, après un entretien avec le premier ministre australien, John Howard, qui soutient la position américaine. Le porte-parole du département d'Etat, Richard Boucher, a déclaré insignifiants les autres gestes irakiens, annoncés à Bagdad, la veille, par les chefs des inspections, Hans Blix et Mohamed ElBaradei.

Les dirigeants américains estiment en outre que la proposition française et allemande, approuvée par la Russie, de renforcer les inspections, n'a pas de sens. Comme l'a dit, dimanche, le secrétaire d'Etat, Colin Powell, ou bien les Irakiens acceptent de désarmer, et il n'est pas nécessaire d'envoyer davantage d'inspecteurs pour le constater ; ou bien ils refusent, et ce ne sont pas les inspecteurs, quel que soit leur nombre, qui les feront changer d'avis.

"SINGES CAPITULARDS"

Alors qu'une épreuve de force diplomatique est engagée avant le nouveau rapport que M. Blix et M. ElBaradei doivent faire, vendredi, au Conseil de sécurité, le gouvernement américain et ses partisans mettent en cause particulièrement la France devant l'opinion.

Ainsi M. Bush, interrogé sur ce qui s'était passé à l'OTAN, a-t-il désigné du doigt la France, et non l'Allemagne ou la Belgique. Le terrain a été préparé par des journaux et des éditorialistes conservateurs qui, depuis une quinzaine de jours, se sont spécialisés dans les attaques haineuses non seulement contre le gouvernement français, mais contre les Français en tant que tels.

Le Wall Street Journal a ainsi publié dans ses pages "débats", le 6 février, un dessin représentant un Français, muni du béret caractéristique, mais avec une tête de rat. Le dessin accompagnait un article d'un essayiste anglais vivant aux Etats-Unis, Christopher Hitchens, décrivant les Français comme un peuple de lâches et de corrompus.

Le Weekly Standard, hebdomadaire néoconservateur, a publié plusieurs articles et éditoriaux présentant Jacques Chirac et son gouvernement comme alliés de Saddam Hussein pour des raisons économiques - le pétrole - et les Français comme des antisémites.

La National Review, autre magazine de droite, qualifie les Français de "singes capitulards amateurs de fromages". L'éditorialiste George Will, qui écrit dans le Washington Post et l'hebdomadaire Newsweek, appartenant au même groupe, et qui s'exprime aussi sur la chaîne de télévision ABC, a écrit que Dominique de Villepin est un personnage "oléagineux" et que personne ne sait combien il faut de soldats pour défendre Paris, "car il y a si longtemps qu'on n'a pas essayé !".

Le thème de la lâcheté et de l'esprit munichois revient constamment dans ces attaques, de même que l'accusation d'avoir laissé les troupes allemandes envahir le pays sans combattre en 1940. Lundi, un quotidien de New York, le New York Post, apostrophait les Français, en première page, avec ces mots : "Nous nous sommes fait tuer pour vous !", référence au débarquement du 6 juin 1944.

M. Powell a fait écho aux caricatures antifrançaises lorsqu'il a déclaré, dimanche, sur ABC, que les inspecteurs de l'ONU n'ont pas pour fonction de "jouer les détectives ou les inspecteurs Clouseau". L'inspecteur Clouseau est le personnage principal de "La Panthère rose", une série de films comiques où Peter Sellers, avec moustache et gabardine, incarne un policier français prétentieux et ridicule.

Concentrer les attaques sur la France semble permettre de diminuer, aux yeux de l'opinion américaine, les difficultés auxquelles se heurte le gouvernement Bush. "Les Français ont des accords économiques avec Saddam Hussein et ils s'opposent systématiquement à la puissance américaine", déclarait sur la chaîne publique PBS, lundi soir, James Wosley, ancien directeur de la CIA. Le sous-entendu est que, dans ces conditions, les objections françaises à la politique de M. Bush sont sans valeur.
Patrick Jarreau, LE MONDE | 11.02.03 | 13h00

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L'antiaméricanisme européen en débat

Pendant que les Français s'interrogent sur l'image que se forment d'eux les Etats-Unis à l'occasion de la crise irakienne, des Américains se préoccupent des sentiments d'hostilité soulevés, à l'étranger, par leur politique. Dans son édition du 11 février, le Washington Postpublie une enquête sur l'antiaméricanisme en Europe de l'Ouest, intitulée "Sarcasmes d'outre-Atlantique". L'auteur de l'article, Glenn Frankel, prend pour exemple l'Allemagne, la France et "même la Grande-Bretagne, le plus cher allié des Etats-Unis".

Bien qu'"émotionnel, spontané et contradictoire", "sans chef, ni programme ni idéologie" et même sans appellation revendiquée, "l'antiaméricanisme ouest-européen se répand", écrit-il, "débordant les habituels intellectuels de gauche et les universitaires" pour toucher une géographie politique plus large. Né des désaccords avec la politique américaine à l'égard de l'Irak après les attentats du 11 septembre 2001, ce "sentiment s'est rapidement élargi pour inclure un sens plus général de l'aliénation à l'égard de la société américaine", estime l'auteur.

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Le soutien à une guerre en Irak se renforce

Le soutien des Américains à la politique irakienne de George Bush, même dans le cas d'un conflit, s'est renforcé depuis le discours du président américain sur l'état de l'Union, le 28 janvier, et celui de Colin Powell devant le Conseil de sécurité de l'ONU, le 5 février. Selon un sondage effectué pour ABC News et le Washington Post, du 6 au 9 février auprès de 1 001 personnes, le taux d'approbation de M. Bush, qui avait régulièrement baissé depuis le 11 septembre 2001 jusqu'à atteindre 62 % fin janvier, est remonté à 64 %, contre 34 % qui désapprouvent sa politique. 66 % (contre 31 %) des personnes interrogées sont prêtes à soutenir une action militaire pour chasser Saddam Hussein ; 50 % (contre 47 %) sont prêtes à le faire, même si l'ONU s'y oppose ; le soutien à une intervention armée remonte à 57 % (contre 40 % qui y seraient opposés) si, en dépit de l'opposition de l'ONU, quelques alliés comme la Grande-Bretagne, l'Australie et l'Italie soutenaient les Etats-Unis.

Près de 7 Américains sur 10 sont convaincus que l'Irak a des armes chimiques et biologiques, et 6 sur 10 qu'il cherche à se doter d'armes nucléaires.
lemonde.fr, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 12.02.03,

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(26 février 2003) Bagdad refuse toujours de détruire ses missiles
George W. Bush semble avoir déjà pris la décision d'intervenir avec ou sans le consentement de l'ONU

George W. Bush a déclaré hier que seul un «désarmement complet» de l'Irak pouvait éviter la guerre, et que l'adoption d'une nouvelle résolution sur l'Irak serait «utile», mais pas indispensable.
A l'ONU, Hans Blix, le chef des inspecteurs des Nations unies, a indiqué n'avoir toujours pas reçu de réponse officielle de Bagdad concernant la destruction des missiles sol-sol al-Samoud 2, dont la portée est supérieure aux 150 km autorisés par l'ONU.
Saddam Hussein, dans une interview donnée à la chaîne de télévision américaine CBS, est resté très évasif sur une éventuelle destruction de ces armes, niant que son pays possède des missiles d'une portée interdite.
L'Irak participera finalement au sommet annuel ordinaire de la Ligue arabe prévu pour le 1er mars, en Egypte, en dépit de la demande initiale de Bagdad de repousser la date de cette réunion. Le revirement irakien intervient après que la Ligue arabe et plusieurs autres pays comme l'Egypte et le Qatar eurent assuré Bagdad que le sommet ne servirait pas à légitimer une attaque américaine.
Le général Tommy Franks est arrivé hier au Qatar, au QG avancé du Commandement central des forces américaines, d'où il dirigera une éventuelle attaque contre l'Irak.
lefigaro. fr, Washington : de notre correspondant Jean-Jacques Mevel [26 février 2003]

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L'Irak a accepté jeudi (27 février 2003) le principe de détruire ses Al-Samoud 2. Les Etats-Unis n'y voient pas un signe de coopération. Hans Blix reconnaît que les efforts de l'Irak ont été "très limités".

L'Irak se prépare à la guerre

L'Irak a accepté jeudi le principe de détruire ses missiles prohibés Al-Samoud 2, quelques heures après la fin des consultations du Conseil de sécurité où une majorité refuse toujours un projet de résolution d'inspiration américaine ouvrant la voie à l'emploi de la force pour désarmer l'Irak.

Selon un diplomate d'un pays partisan du recours immédiat à la force, Hans Blix, le chef des inspecteurs en désarmement de l'Onu, relève dans son projet de rapport trimestriel au Conseil de sécurité que "les résultats en termes de désarmement [de l'Irak] ont été jusqu'ici très limités". Ce rapport doit être rendu public lundi après avoir été remis aux membres du Conseil de sécurité au cours du week-end.

Le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld. a affirmé que la destruction des missiles n'était pas un signe de coopération de l'Irak. Le secrétaire d'Etat Colin Powell avait auparavant estimé que cela "ne changeait rien" à la position de Washington et que ces missiles auraient dû être détruits "il y a longtemps".
tf1.fr, news, Mis en ligne le 28 février 2003

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France, Russie, Allemagne et Chine pour la paix
Le ministre chinois des Affaires étrangères, Tang Jiaxuan, n'a pas évoqué un veto de Pékin, estimant qu'il était encore «trop tôt».

La Chine a réaffirmé ce matin son opposition à une nouvelle résolution au Conseil de sécurité de l'ONU qui ouvrirait la voie à la guerre en Irak, mais a refusé de se prononcer sur l'éventuelle utilisation de son droit de veto.

«Il n'est absolument pas nécessaire pour l'instant d'abandonner la résolution 1441 et d'en présenter une nouvelle au Conseil de sécurité», a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Tang Jiaxuan, rappelant que son pays prônait un règlement «pacifique et politique» de la crise et souhaitait la poursuite des inspections de l'ONU en Irak.

Un projet de résolution, déposé le 24 février à l'ONU par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l'Espagne, affirme que l'Irak n'a pas saisi la dernière possibilité de désarmer volontairement.

Dans un entretien téléphonique avec le chancelier allemand Gerhard Schröder, mardi, le président chinois avait martelé que la Chine soutenait «la poursuite des inspections en Irak et tous les moyens pour éviter la guerre», conformément à la position chinoise depuis le début de la crise.

Aujourd'hui, lors d'une conférence de presse organisée dans le cadre de la session annuelle de l'Assemblée nationale populaire (ANP), Tang Jiaxuan a précisé que son pays approuvait la déclaration conjointe de la France, de l'Allemagne et de la Russie contre une nouvelle résolution.

«La position chinoise est conforme à la déclaration conjointe. La Chine approuve et soutient le contenu de cette déclaration», a-t-il affirmé, à la veille de la présentation à New York d'un nouveau rapport des inspecteurs en désarmement de l'ONU.

La France, l'Allemagne et la Russie ont mis tout leur poids dans la balance, mercredi à Paris, pour éviter une guerre contre l'Irak, assurant qu'elles bloqueraient une nouvelle résolution de l'ONU prévoyant le recours à la force que souhaitent les Etats-Unis.

Comme la France et la Russie, mais aussi les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, la Chine est membre permanent du Conseil de sécurité, et y dispose d'un droit de veto. A ce sujet, M. Jiaxuan a estimé qu'il était «trop tôt» pour évoquer la possibilité d'en faire usage. «La diplomatie continue et nous ne sommes pas au bout de la route vers un règlement politique», a ajouté le ministre.

Le chef de la diplomatie chinoise a d'autre part affirmé qu'il n'y avait pas «d'accord secret» avec Paris et Moscou sur cette question. Seule la Russie a pour l'instant fait savoir qu'elle n'excluait pas d'utiliser son droit de veto pour empêcher une intervention militaire.

Le secrétaire d'Etat américain Colin Powell et le ministre russe des Affaires étrangères Igor Ivanov s'ataient succédés la semaine dernière à Pékin pour discuter avec les dirigeants chinois de la crise irakienne.

M. Powell n'est pas parvenu à infléchir la position chinoise, alors que la visite à Pékin du chef de la diplomatie russe avait donné lieu à la publication d'un communiqué conjoint, selon lequel une guerre «peut et doit être évitée» en Irak.

«Tous les efforts sont nécessaires pour éviter une guerre qui ne servirait les intérêts d'aucun pays au monde (...) Une guerre entraînerait une catastrophe humanitaire et un désastre pour les populations du Golfe, du Moyen-Orient et du monde», a répété jeudi M. Tang. «Un conflit aurait aussi un impact négatif sur l'économie mondiale qui
lefigaro.fr, Avec AFP.[06 mars 2003]

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Chirac, le pari des valeurs

La France votera «non» au Conseil de sécurité si les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l'Espagne présentent une nouvelle résolution qui ouvre automatiquement la voie à une intervention militaire. En choisissant de parler sur les deux principales chaînes de télévision françaises, Jacques Chirac a donné une solennité particulière à sa déclaration.

«Il faut savoir dans quel monde nous voulons vivre», a-t-il dit, un monde dans lequel une puissance, fut-elle l'alliée de la France, décide pour les autres, ou un monde multipolaire dans lequel l'Europe (parmi d'autres) et surtout les Nations Unies joueront un rôle essentiel. Jacques Chirac a parlé au nom des principes qui devraient gouverner à l'avenir la communauté internationale.

Pour lui, nous sommes entrés trois fois dans l'après-guerre. L'ordre mondial qui a suivi le conflit de 1939-1945, celui de Yalta et d'un équilibre bipolaire, est achevé. L'ordre mondial qui a suivi immédiatement la fin du communisme, où ne subsistait qu'un seul des deux protagonistes de la guerre froide, l'est aussi. Et la crise irakienne ouvrira sur une nouvelle manière de régler les conflits internationaux. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne pourront peut-être intervenir seuls, mais ils ne pourront pas faire la paix et reconstruire sans le reste du monde.

Jacques Chirac parie sur les Nations unies et sur l'Europe. Est-ce une illusion? Les Etats-Unis sont de loin la première puissance militaire de la planète. Mais ils ne pourront contraindre durablement le reste du monde ni par la guerre, ni par la menace. L'Europe, dit-il, se retrouvera après cette crise, et elle sera plus forte. Il y a à peu près six mois, au début de cette nouvelle crise irakienne, personne n'imaginait la résistance à laquelle les Etats-Unis auraient à faire face au sein de la communauté internationale. C'est un argument solide en faveur d'un pari, mais surtout d'une ambition.
letemps.ch, EDITORIAUX Le Temps I Article Chirac, le pari des valeurs Par Laurent Wolf Mardi 11 mars 2003

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« On n'a pas à être du côté des dictateurs »

CHAQUE SEMAINE « le Parisien Dimanche » donne la parole à une personnalité. Aujourd'hui (16 mars 2003) : Alain Madelin.
Le député d'Ille-et-Vilaine, qui a lancé hier à la Plaine-Saint-Denis ses cercles libéraux, est un des rares hommes politiques français à soutenir une intervention contre l'Irak.

Comprenez-vous la colère des Américains contre la France ?
Alain Madelin. George Bush estime que la France, après avoir participé à l'élaboration de la résolution 1441 et l'avoir votée, rompt un contrat en donnant une interprétation de la résolution qui ne correspond pas à la réalité. Il est difficile de lui donner tort.

Pourquoi ?
Parce que si l'Irak est dans le collimateur des Nations unies, c'est parce que cette dictature est hors la loi. Après l'agression du Koweït en 1991, en échange du cessez-le-feu, Saddam Hussein a pris des engagements qui, malgré les 16 résolutions de l'ONU, ne sont pas respectés. La résolution 1441, adoptée à l'unanimité, lui donne une dernière chance de désarmer et de mettre fin à la répression de sa population. Il avait 30 jours pour fournir un rapport complet sur les armements interdits dont il disposait encore. La mission des inspecteurs n'était pas de trouver des armes, mais de vérifier le désarmement. Or, dans les rapports successifs, il est clair que la déclaration de Saddam était mensongère. Il y a donc violation patente qui autorise le recours à la force.

Jacques Chirac dit non « quelles que soient les circonstances »
Il eût été plus sage de faire une seconde résolution faisant le constat de la violation de la résolution 1441. La France n'aurait pas pu y opposer le veto, et un vote unanime de cette résolution aurait pu contraindre Saddam Hussein à se soumettre ou à se démettre.

« Il existe un troublant consensus sur la paix »

Mais vouloir éviter la guerre comme le souhaite Jacques Chirac n'est pas illégitime…
Certes. Mais pour moi, la paix est inséparable de la justice et du respect des droits de l'homme. Si le mot paix signifie laisser Saddam Hussein en paix, c'est lui laisser le pouvoir de continuer à opprimer son peuple. Le discours officiel oublie trop souvent le peuple irakien, opprimé par un dictateur qui pratique la torture, les exécutions sommaires et l'épuration ethnique. Bien sûr, l'opinion veut la paix. Comment dire non à la paix ? Mais je suis sûr que la même opinion, si on le lui demandait, voudrait aussi la liberté pour le peuple irakien.

Y a-t-il une dérive pacifiste en France ?
Disons que la France est le seul pays où il existe un troublant consensus qui va de l'extrême droite à l'extrême gauche.

Pourquoi êtes-vous l'un des rares politiques français à soutenir une intervention ?
Je ne me sens pas seul en Europe lorsque je vois Aznar, Blair ou les