Un lycéen renvoyé pour des propos antisémites à Auschwitz
Il est scolarisé en première à Montreuil (Seine-Saint-Denis). En novembre, il fait un voyage avec ses camarades à Auschwitz. Et il lance:
"IIs ont bien fait de les brûler".
En décembre, après un conseil de discipline, le lycéen a été renvoyé définitivement de son établissement.
Il a fait appel de cette décision. En attendant, il est scolarisé dans un autre établissement.
Un autre élève ayant eu des «postures désinvoltes» a été renvoyé quinze jours. D'autres lycéens ont couru dans le camp. Fait des batailles de boules de neige. Ri devant des photos anthropométriques de déportés. Ils auront à s'expliquer prochainement.
«J'ai reçu les familles après la sortie, témoigne la proviseure. Ces adolescents ne vivent pas du tout dans un contexte familial d'antisémitisme. On est en train de préparer un travail de réflexion au lycée.»
Libération, 5 janvier 2005, p. 18
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Michel Serfaty, rabbin de Ris-Orangis, a créé l'association Déportation, persécution et mémoire qui organise depuis bientôt douze ans des voyages de la mémoire en Pologne pour les classes des établissements publics, et particulièrement les lycées professionnels.
Que vous inspire l'affaire de Montreuil ?
Depuis bientôt douze ans que je rencontre les élèves des lycées professionnels, dont les classes sont composées à 50 % d'enfants de familles défavorisées, issues pour certaines de l'immigration maghrébine ou africaine, qui n'ont pas la culture historique de la Shoah, je sais que, si on ne fait pas un travail préparatoire en amont pendant au moins six mois, on va à l'échec.
Je dis clairement que dans l'affaire de Montreuil, tout est de la responsabilité des enseignants. J'ai eu personnellement à affronter des situations similaires, sur place, et là je me suis tourné vers les enseignants en leur disant que la responsabilité était de leur côté et non de celui de l'enfant.
L'enfant, si on le prend, qu'on le transporte et qu'on lui dit : «Maintenant, tu vas respecter la mémoire des juifs», cela ne marche pas.
Quel travail préparatoire faut-il alors effectuer ?
Il faut ouvrir le dialogue avec les enfants avant de partir, leur dire : «Voici la réalité, est-ce que vous êtes prêts ? C'est à vous de nous dire "j'y vais" ou "j'y vais pas".» Et si on voit que les enfants restent insensibles, il ne faut pas les forcer à venir.
Je ne suis pas pour rendre obligatoires de tels voyages, je comprends qu'ils ne fassent pas partie des programmes scolaires, et je ne suis pas non plus pour que l'on dise à la classe tout entière : «Vous partez tous en Pologne.»
Pour autant, il ne faut pas sélectionner les enfants mais parler avec eux et leurs parents pour voir s'ils sont prêts à affronter cette réalité des camps qui est très dure, très brutale. Il faut que les enfants décident d'eux-mêmes de venir ou non.
Pendant le voyage, j'utilise une pédagogie progressive. Je les emmène d'abord à Varsovie où je leur raconte l'histoire de l'invasion de la Pologne par les nazis, puis la constitution du ghetto, puis nous allons à Lublin et au camp voisin de Maïdanek.
Après Maïdanek, je leur projette des films dans le car pour qu'ils se préparent à affronter l'épreuve la plus dure : celle d'Auschwitz-Birkenau.
Pour vous, le voyage à Auschwitz est une expérience formatrice pour l'individu.
La mémoire de la Shoah fait partie de notre civilisation. Il faut la transmettre, et le meilleur moyen est de se rendre sur le terrain. Tous ceux qui ont fait l'expérience du voyage à Auschwitz ont touché du doigt ce qu'est la fragilité de l'homme.
Sur place, des liens de fraternité se tissent progressivement entre tous les participants. Les élèves qui ont fait cette expérience avec moi me témoignent parfois de l'amitié, restent en contact avec moi.
En quoi cet épisode de l'histoire est-il important pour les jeunes Français ?
Ce passé doit être transmis à tous les petits Français, fussent-ils bouddhistes ou musulmans. Le monde musulman ne peut en aucune manière être associé à la responsabilité de la Shoah, même si certains responsables musulmans de l'époque ont applaudi l'extermination. Le roi du Maroc s'est opposé pour sa part à l'enregistrement des juifs qu'exigeait le gouvernement de Vichy.
Les jeunes Français d'origine maghrébine doivent découvrir et apprendre la Shoah, car cet événement fait partie du lot commun de l'histoire de France.
D'autant que la Shoah a un côté universel. Aller à Auschwitz, cela a une finalité précise : c'est comprendre l'énormité de la tentative d'extermination de tout un peuple. Comprendre la Shoah, c'est apprendre à dire non aux génocides et à la déshumanisation.
La lutte contre les totalitarismes ne peut pas être dissociée de l'enseignement de la Shoah. Si l'on avait enseigné la Shoah aux Hutus du Rwanda [qui ont massacré les Tutsis, ndlr], je suis persuadé que cela aurait pu changer beaucoup de choses.
Par Catherine COROLLER, mercredi 19 janvier 2005 (Liberation - 06:00), p. 16
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Blasphème : Le Mrap dérape
Au moins, les choses sont claires. En réclamant la pénalisation du blasphème, comme il l'a fait le 13 janvier sur France 3, Mouloud Aounit,
secrétaire général du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap), a pris un tournant édifiant dans l'histoire de l'association.
En entendant cet appel à la répression, par la justice, de toute critique contre Dieu ou la religion, on comprend que le Mrap s'apparente désormais moins à la lutte antiraciste qu'au combat intégriste. Non seulement Mouloud Aounit fait mine d'oublier que la liberté de critiquer la religion est un droit fondamental en France, mais il rejoint les revendications des réseaux intégristes catholiques, sous la houlette de Bernard Antony, l'un des piliers du Front national.
Qu'en penserait le noyau de militants, souvent communistes, souvent juifs, qui ont créé le Mrap en 1949?
Ces dernières années, malgré l'opposition d'une partie de ses militants, le mouvement a tenté de persuader l'opinion qu'il fallait se battre prioritairement contre l' «islamophobie», diabolisant au passage tous ceux qui critiquent l'islam ou les musulmans et accordant à demi-mot l'indulgence à certains errements antisémites. Puis, accueillant des associations fondamentalistes musulmanes en son sein,
il a pris position contre la loi sur le voile. Si le délit de blasphème était rétabli, pourrait-on encore dénoncer les excès de la charia, les fatwas?
Mouloud Aounit a précisé plus tard qu'il ne pensait pas au blasphème religieux, mais aux atteintes «à l'intégrité de la personne». Son lapsus, si cela en est un, n'est peut-être pas innocent. Il sait que le blasphème est prohibé dans beaucoup de pays européens.
L'Express du 24/01/2005, par Jacqueline Remy, p. 78
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COMMEMORATION. 60ème anniversaire de la libération des camps. Chirac dénonce la «perversion» de l'antisémitisme En inaugurant, hier à Paris, le Mémorial de la Shoah, le président a rappelé l'engagement de la France à « toujours se souvenir du martyre juif ». Demain, avec plusieurs autres chefs d'Etat, il sera à Auschwitz.
Avant de prononcer son discours, hier, dans la cour du Mémorial de la Shoah, à Paris, Jacques Chirac s'est incliné devant le « mur des noms ». Trois rangées de pierre blanche, sur lesquelles ont été gravés, en rangs serrés, les noms, prénoms et années de naissance des 76 000 juifs français ou étrangers déportés vers les camps nazis depuis le sol de France. « Un mur quasi-cimetière, seule pierre tombale des déportés », dira le président du Mémorial, Eric de Rothschild, pour définir cet émouvant résumé de l'horreur, que, depuis deux jours, des descendants viennent scruter, les larmes aux yeux, sûrs d'y trouver le nom d'un parent dont le souvenir sort soudain de la mémoire familiale.
« Une exigence de vérité »
« Zakhor, Al Tichkah » : « Souviens-toi. N'oublie pas. » Par ces deux mots d'hébreu, Jacques Chirac, qui sera jeudi à Auschwitz pour les célébrations du 60 e anniversaire de la libération du camp, est venu « rappeler l'engagement de la France à toujours se souvenir du martyre juif, rappeler la promesse de notre pays de ne jamais oublier ce qu'il n'a pu empêcher ». Il mentionne que, le 16 juillet 1995, dans son discours du Vél d'Hiv', commémorant la grande rafle parisienne de 1942, il a reconnu le premier que « la folie criminelle de l'occupant a bien été secondée par des Français, par l'Etat français ». Dans la cour du Mémorial rénové, glaciale malgré le soleil, des rescapés des camps côtoient des politiques de tous bords : le maire de Paris, Bertrand Delanoë et plusieurs de ses adjoints, Simone Veil, « inspiratrice » du Mémorial, les ministres Fillon, Douste-Blazy ou Perben. Bernadette Chirac et Anne-Marie Raffarin sont là, tout comme le président de la région Ile-de-France, Jean-Paul Huchon, Robert Hue et Marie-George Buffet, le recteur de la Mosquée de Paris et des représentants de la communauté juive. Et aussi quelques vedettes : Anouk Aimé et Elie Chouraqui, Roman Polanski. « En cet instant, l'histoire hante nos consciences. Elle nous fait un devoir pour toujours », affirme Jacques Chirac. Un devoir qui est « d'abord une exigence de vérité ». Le président se dit « frappé par la force de la sobriété » du Mémorial : « des noms, des dates, des chiffres, des cartes. Deux mille cinq cent cinquante photos d'enfants. Des faits. Rien de plus. Mais des noms qui nous regardent et nous observent ».
Le président condamne sans appel « le négationnisme, ce crime contre la vérité » : « A ceux qui voudraient nier cette réalité, nier ces faits, nier cette histoire, je dis solennellement qu'ils seront poursuivis et condamnés avec toute la rigueur de la loi. » Le chef de l'Etat s'abstient toutefois de répondre directement aux récents propos de Jean-Marie Le Pen sur l'occupation allemande en France qui « n'avait pas été particulièrement inhumaine ». Une enquête est en cours, explique son entourage. Fermeté également à l'égard de l'antisémitisme, qui « n'a pas sa place en France ». « L'antisémitisme n'est pas une opinion. C'est une perversion. Une perversion qui tue, lance-t-il. Il n'y a pas d'acte ni de propos excusables en la matière. » A la grande satisfaction des organisations juives, qui lui ont souvent reproché sa politique proarabe, le président parle de la « nécessité » de l'existence de l'Etat d'Israël, « dont la France est l'amie ». Le chef de l'Etat rend aussi hommage à la longue lignée de ceux qui ont permis d'édifier ce lieu de mémoire et de recherche historique, au coeur du vieux quartier juif du Marais, et invite « tous les professeurs de France » à y conduire leurs élèves pour qu'ils « voient, comprennent et n'oublient jamais ».
MEMORIAL DE LA SHOAH (PARIS), HIER. Jacques Chirac s'est incliné devant le mur où sont présentées 2 550 photos d'enfants parmi les 76 000 juifs déportés vers les camps nazis depuis le sol de France.
Myriam Lévy, Le Parisien, mercredi 26 janvier 2005, p. 8
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(21 janvier 2005) L'émotion de PPDA face au « plus grand cimetière du monde »
Ignorants du froid et des caméras qui les suivent, ils marchent d'un pas tranquille, de l'allée centrale du camp de Birkenau aux ruines du four crématoire numéro 2. « C'est le plus grand cimetière du monde, lance Patrick Poivre d'Arvor à la petite dame à peine ridée. - Le plus grand cimetière du monde, mais aussi celui de mes parents », répond Ida Grinspan, 76 ans, rescapée d'Auschwitz II.
Une fois encore, avec la même précision sans doute que celle dont elle use avec les élèves qu'elle emmène régulièrement dans cet enfer, Ida Grinspan raconte son arrivée au camp, sa compréhension progressive de ce qui s'y tramait, son évacuation lors de la Marche de la mort.
« On n'apprivoise pas cet endroit »
Puisqu'elle n'avait que 14 ans à son arrivée, elle aurait dû être immédiatement orientée vers une chambre à gaz. Mais avant d'être elle-même arrêtée, deux ans plus tôt, sa mère l'avait coiffée « comme une jeune fille ». Comme ça, pour le plaisir. A 14 ans, Ida avait donc l'air d'en avoir 16, et a été jugée apte au travail. « J'ai coutume de dire que ma mère m'a donné deux fois la vie », raconte-t-elle posément. Le soir, ses voisines de châlit affirment que d'Auschwitz on ne sort que par la cheminée : « On croyait qu'elles fabulaient, qu'elles étaient aigries, poursuit-elle. Puis, trois ou quatre jours après, j'ai senti cette odeur. Et j'ai dit aux autres : Je viens de la campagne, et je peux vous assurer que ce n'est pas du bois qu'on brûle ni des feuilles mortes. Ça sent la chair. »
Patrick Poivre d'Arvor annonce le reportage qui va suivre, c'est la fin de la séquence. Chacun reprend son souffle, chasse un chat dans la gorge. L'émotion est à son comble. Ida et le journaliste s'enferment dans un camion pour se réchauffer d'un café, puis c'est au tour d'Henry Borlant, 78 ans, de se prêter à un bref tournage. Avec lui, la caméra de TF 1 entre dans un baraquement de briques, où il explique, entre autres, pourquoi il valait mieux s'allonger sur le niveau supérieur de ces « lits » à trois étages.
Après ce témoignage, Patrick Poivre d'Arvor terminera seul la présentation de cette tranche spéciale du « 20 heures » de ce soir (26 janvier 2005), devant le sinistre fronton d'Auschwitz I qui proclame : « Arbeit macht frei » (« Le travail, c'est la liberté »). Au final, le journaliste n'aura passé que quatorze heures sur le site. « Il fallait que je vienne, parce qu'il y a quelque chose d'intrigant, pour le téléspectateur, à ce que le présentateur se déplace sur les lieux », justifie-t-il.
Sans vraiment se l'expliquer, le journaliste se félicite de la fièvre commémorative autour de ce 60 e anniversaire, bien plus élevée qu'il y a dix ans. PPDA ne doute pas qu'il faille, encore et toujours, faire oeuvre de mémoire et de pédagogie autour de l'horreur nazie. Ida et Henry en sont évidemment encore plus convaincus. « Je n'aime pas revenir ici, on n'apprivoise pas cet endroit, souffle Henry. Mais il faut témoigner. Et puisque c'était pour le journal télévisé le plus regardé de France, il n'y avait pas à hésiter. »
Oswiecim (Pologne) DE NOTRE ENVOYEE SPECIALE, Aude Dassonville, Le Parisien, mercredi 26 janvier 2005, p. 9
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Auschwitz
Oswiecim se bat contre l'opprobre
Exaspérée, la ville où a été bâti le camp tente de se détourner de son passé nazi.
«Ma fille, qui a 5 ans et est en maternelle, a déjà visité le musée d'Auschwitz avec son école. C'est vous dire la sensibilisation de notre ville à ces questions !» Zbigniew Bartus, 37 ans, est le correspondant local du quotidien de Cracovie Dziennik Polski. Né à Oswiecim, il a choisi de revenir après ses études dans sa cité natale. «J'aime les petites villes», dit-il. «En plus, mon grand-père, qui fut déporté à Auschwitz et a survécu à la "marche de la mort" [lors de l'évacuation du camp par les nazis en janvier 1945], est décédé ici. Et puis j'avais envie de me battre contre l'opprobre qui pèse sur la ville. Oswiecim a une histoire de huit cents ans, Auschwitz n'a existé que cinq ans sous les nazis.»
Comment vivre à Oswiecim, ville polonaise de 40 000 habitants, qui fut choisie par les nazis pour édifier le camp d'Auschwitz-Birkenau? Les habitants revendiquent le droit de mener une existence normale et introduisent une distinction sémantique : d'un côté, la ville d'Oswiecim, où il fait bon vivre et s'amuser, de l'autre, le camp d'Auschwitz, haut lieu de souffrances polonaises et juives, où le silence doit régner. Dans la réalité, la séparation paraît bien artificielle. On se retrouve immanquablement face à la sinistre entrée voûtée du camp de Birkenau, on longe le mur d'enceinte d'Auschwitz, le train passe par la gare de marchandises désaffectée où arrivaient les sinistres convois.
«Malentendus».
Janusz Marszalek, le maire, estime que sa ville souffre surtout de «malentendus». Comme lors de l'ouverture d'une boîte de nuit en 2000. «Cela a suscité un tollé mondial. Or, c'était pour les jeunes de la ville, et à deux kilomètres du camp. Faudrait-il leur interdire de s'amuser ?» Le bâtiment était une ancienne tannerie où avaient travaillé des déportés. La discothèque a dû déménager. «Du point de vue de l'histoire, c'est une ville particulière, admet le maire, mais, du point de vue des investisseurs, elle est tout à fait normale.» A force d'expliquer qu'Oswiecim n'est pas Auschwitz, il dit avoir obtenu des résultats : un consortium italien s'apprête à construire un (troisième) hôtel de 300 lits. Son prédécesseur n'avait pas pu empêcher le départ de Philip Morris. Le cigarettier américain, qui venait de racheter un fabricant de Cracovie, avait préféré fermer le site d'Oswiecim, inquiet pour son image. Pour le reste, la ville vit sur son passé industriel. L'usine chimique Dwory, premier employeur aux temps communistes, a périclité. Elle ne compte plus que 1 300 salariés et a fermé ses centres de la culture et ses maisons de repos. Trois mines de charbon sur sept restent en activité. Elles emploient 2 000 personnes. Des commerces et des services ont ouvert, évitant à la ville de sombrer : avec un chômage de 16 %, elle se situe légèrement en dessous de la moyenne nationale (18 %). Marszalek aurait bien voulu profiter des retombées «touristiques» du musée d'Auschwitz, visité par plus d'un demi-million de personnes par an. En 1996, pas encore maire, il a lancé la construction d'un centre commercial près du camp. Devant le scandale, il a dû renoncer. Il a été autorisé à ouvrir un petit complexe touristique avec restaurants, boutique de souvenirs, poste et parking. «Nous avons toujours bien collaboré avec lui», reconnaît Tomasz Kuncewicz, directeur du Centre juif d'Auschwitz, ouvert en 2000 et financé par une fondation américaine. Basée à New York, celle-ci a restauré la seule synagogue, sur douze avant-guerre. Il va transformer en musée la maison du dernier habitant juif, Shimshon Klieger, mort en mai 2000.
Avant-guerre, Oswiecim comptait 7 000 juifs sur une population de 12 000 âmes. Arrivée au XVIe siècle, fuyant les persécutions en Europe occidentale, la communauté comptait des juifs assimilés et prospères, comme la famille Haberfeld, qui possédait une fabrique de liqueurs, ainsi que des artisans et des marchands, souvent pauvres et religieux. On y parlait allemand, yiddish et polonais. Le 6 septembre 1939, Oswiecim fut annexée au Reich et les juifs envoyés dans trois ghettos des alentours. Ils périront à Auschwitz. La plupart des 200 rescapés ont émigré après la guerre. De la ville juive, il ne reste plus grand-chose. Quelques lignes dans les guides locaux, qui, comme le reste de la Pologne, passaient avant sous silence l'existence de communautés juives. Un cimetière, entretenu par une famille émigrée en Israël, et une plaque apposée en 2001 sur un bâtiment place du Marché rappellent leur sort tragique. Oswiecim ressemble aux petites villes de la région, sans trace des anciennes rues juives, avec son château médiéval et des bâtiments du XIXe qui côtoient des immeubles et églises en brique rouge. Le soir, sur la place du Marché, les jeunes se bousculent dans le snack où l'on vend des kebabs ou à l'Internet café.
Festif.
Difficile de saisir l'humeur d'une population qui se sait observée. Exaspérés par les soupçons pesant sur eux, alors que la majorité des habitants sont venus après-guerre, certains y trouveraient matière à nourrir leur antisémitisme. Selon une association de surveillance des manifestations racistes et antisémites (Jamais plus, www.nigdywiecej.org), des graffitis apparaissent régulièrement sur les murs de la ville. Mais ils sont vite effacés. «Comment Oswiecim pourrait-elle être une ville normale ?», lance Zbigniew Bartus. Et de raconter l'histoire de ce cortège de mariés de Brzezinka jadis Birkenau qui passait le long du camp pour se rendre au banquet. Ils croisent un car d'Israéliens venus le visiter. Ceux-ci s'étonnent de ce cortège festif. Dans le car, leur accompagnateur explique : «Les Polonais sont comme ça, ils nous regardaient déjà en riant pendant la guerre.» «Où ailleurs qu'ici un cortège de mariés provoque une telle réaction?», s'interroge le journaliste.
Oswiecim (nom polonais d'Auschwitz), envoyée spéciale, Par Véronique SOULE, jeudi 27 janvier 2005 (Liberation - 06:00), p. 7
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(27 janvier 2005) Moshe Katzav repproche aux Alliés de ne pas avoir empêché l'holocauste
Le président israélien Moshe Katzav a repproché jeudi 27 janvier 2005) aux Alliés de la Seconde guerre mondiale d'avoir laissé faire l'holocauste, lors d'un forum international consacré à l'enseignement de la Shoah organisé pour le 60ème anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz.
"Les alliés n'ont rien fait pour arrêter les chambres à gaz et les fours crématoires", a déclaré M. Katzav devant 400 responsables de différents pays, des survivants d'Auschwitz et leurs libérateurs de l'Armée rouge."Il était possible de sauver des vies. Il y avait des milliers de bombardements, y compris aux alentours d'Auschwitz-Birkenau mais personne n'a pensé à bombarder le camps ou les voies ferrées par lesquelles arrivaient des transports" de prisonniers destinés à l'extermination, a déploré M. Katzav.
"Aujourd'hui, 60 ans après, nous avons toujours du mal à comprendre pourquoi au 20e siècle le monde a pu garder le silence sur l'holocauste", s'est-il interrogé.Le chef de l'Etat israélien a lancé un appel à l'Union européenne à s'opposer à toute forme de racisme."J'en appelle à l'Union européenne: empêchez que le nazisme germe dans les esprits de jeunes Européens. (...) J'appelle la jeunesse du monde entier à entretenir un dialogue entre jeunes de tous les pays, pour protester contre le racisme et la xénophobie", a-t-il lancé.
"Nous avons peur du négationnisme de l'holocauste, nous avons peur d'une compréhension déformée de l'Histoire dans les esprits des jeunes", s'est inquiété M. Katzav.Plus d'un million d'hommes, femmes et enfants, presque tous des juifs déportés de différents pays de l'Europe occupée par l'Allemagne nazie, ont péri dans le camps Auschwitz-Birkenau, où les soldats soviétiques n'ont trouvé en arrivant le 27 janvier 1945 que 7.000 prisonniers.
Le Monde, AFP | 27.01.05 | 11h25
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(Mars 2005) Raffarin aux Israéliens : « Oui la France est à vos côtés »
Mission accomplie pour Jean-Pierre Raffarin, qui a regagné Paris hier : les relations se sont réchauffées entre la France et Israël. Patrick Devedjian, puis Michèle Alliot-Marie y sont maintenant attendus. Jérusalem (Israël)
AUX PETITS SOINS avec les Israéliens. Jean-Pierre Raffarin a pensé à tout pour réussir sa première visite dans l'Etat hébreu qui s'est achevée hier. Il a même pris le temps, juste avant de reprendre l'avion pour Paris, d'enregistrer un message sur la deuxième chaîne de télévision israélienne pour célébrer la création du 57 e anniversaire de l'Etat hébreu.
Le Premier ministre a pris de l'avance puisque cette interview sera diffusée... le 11 mai. Plus tôt, Raffarin avait accordé une interview à Channel 10 (le M 6 local) pour vanter le renouveau des relations franco-israéliennes. Le journaliste israélien interroge à cette occasion Raffarin : « La France est-elle vraiment aux côtés d'Israël ? » Le Premier ministre sourit, puis tape sur la cuisse de son interlocuteur : « Vous ne dormez pas ? Vous êtes bien éveillé ? Oui, la France est à vos côtés. »
Sharon recrute Copé
Ce déplacement de deux jours, qui coïncidait avec les cérémonies d'inauguration du nouveau musée Yad Vashem, dédié à l'Holocauste, a permis aux autorités françaises de resserrer les liens avec l'Etat hébreu. Des liens très distendus depuis plusieurs années, Israël reprochant à la France sa « politique étrangère pro-arabe ».
A Jérusalem, Raffarin s'est d'abord appuyé sur sa politique très ferme en matière de lutte contre les actes d'antisémitisme pour redorer le blason français. Des efforts salués par Ariel Sharon. Ce réchauffement des relations franco-israéliennes s'est aussi traduit par un changement de ton dans la presse locale habituée à tirer à boulets rouges sur l'antisémitisme supposé des Français. Et, lors du dîner officiel à Jérusalem, Raffarin était assis à côté du vice-Premier ministre Shimon Peres et face à Ariel Sharon. Une preuve supplémentaire de l'embellie franco-israélienne.
Si les journaux d'hier ont d'abord privilégié la présence de Kofi Annan, secrétaire général de l'ONU, Raffarin a eu droit aussi à une bonne place. Après le voyage de Raffarin, d'autres visites sont déjà annoncées : celle du ministre de l'Industrie, Patrick Devedjian, du 26 au 28 mars puis celle, très attendue, de la ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, les 4 et 5 avril. En attendant l'hypothétique venue à Paris d'Ariel Sharon. Aucune invitation n'a été lancée pour l'instant. Mais Raffarin a admis hier soir : « Il y a une volonté réciproque. Ce voyage doit être coordonné au niveau européen. »
Bruno Jeudy, Le Parisien, jeudi 17 mars 2005, p. 7
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(Juin 2005) La béatification contestée du père Dehon théoricien du catholicisme social
Les écrits antisémites de cet abbé du XIXème siècle ont été signalés aux autorités pontificales par l'épiscopat français
Le père Léon Dehon
n'est pas en odeur de sainteté. Avant la mort de Jean-Paul Il, la béatification de cette figure française du catholicisme social de la fin du XIX" siècle était pourtant
programmée pour le 24 avril dernier. Mais elle paraissait déjà compromise en raison de la découverte par l'épiscopat français, il y a quelques mois, d'écrits antisémites suscitant un fort mouvement d'opposition. Benoît XVI vient de constituer une commission pour étudier la question. Le sujet pourrait être
évoqué aujourd'hui alors qu'il reçoit une délégation de vingt-cinq représentants des organisations juives internationales.
Officiellement, à la Congrégation pour la cause des saints, tout est prêt pour la béatification du père Dehon ». Seule manque « la décision de Benoît XVI concernant la date ». On y affirme encore que « des objections ont été présentées sur son antisémitisme », qu'elles ont « été étudiées, sans que cela modifie la décision prise par Jean-Paul II permettant sa béatification ».
Le dossier n'est peut-être pourtant pas aussi bouclé qu'il y paraît. Marie-Caroline de Marliave, directrice de la communication de la Conférence des évêques de France, indique en effet qu'« un travail est actuellement en cours à Rome afin de réunir des éléments de jugenent».
«Lorsque le procès en béatification a été ouvert. explique-t-e11e, la Congrégation du Sacré-coeur, fondée par le père Dehon, l'a présenté comme un spiritueL engagé dans la ligne sociale de l'Église développée
par Léon XIII ».
Pourtant, il y a quelques mois, des historiens (juifs) révèlent l'existenœ d'écrits antisémites à l'épiscopat français, au moment même où le dossier se concluait positivement à Rome. « Le discours antisémite de Léon Dehon, affirme Marie-Caroline de Marliave, bien que peu différent de celui des démocrates sociaux de son époque, allait pourtant au-delà du climat ambiant. » C'est la raison
pour laquelle des évêques décident d'alerter la Congrégation pour la cause des saints et celui
qui était alors à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi: le Cardinal Ratzinguer.
Selon des sources épiscopales, l'actuel Benoît XVI aurait été «fortement secoué» à la lecture du dossier. Canoniquement, rien n'oblige un Pape à confirmer le décret de béatification signé par son prédécesseur.
Léon Dehon affirme en 1898 dans son Catéchisme social que le peuplejuif « a la soif de l'or, il a le Christ pour ennemi. Laissé libre et doué d'un grand talent pour la spéculation, il a conquis notre or et il nous tient asservis. Il tient la presse et fait l'opinion. Il remplit nos grandes écoles publiques et vise à s'emparer de l'administration et de la magistrature. C'est une cpnquête entamée et déjà bien avancée (...). Nous sommes esclaves, c'est entendu. (...) L'alarme est donnée. La question est soulevée, l'attention est éveillée, il faudra bien qu'une solution vienne et ce sera encore un triomphe pour les vieux principes de l'Église ».
Le père dehonien Evaristo Martinez de Alegria, à Rome, est le postulateur de la cause en béatification. Il souligne que cette « pensée judéophobe alors largement partagée n'a pas été considérée comme un élément susceptible de bloquer l'instruction du procès ».
Un autre dehonien, auteur d'une biographie sur le fondateur de son ordre (1), le père Yves Ledure, n'a pas jugé utile d'évoquer cette "part d'ombre" qui existe chez tout saint parce "qu'elle n'est pas structurante de la pensée de celui qui voulait" déranger la quiétude de la bourgeoisie ». « Son opposition, n'était pas raciale, seulement religieuse, précise-t-il, ajoutant, que Dehon, alors « conseiller» du Saint-Office, « avait fait pression en faveur de la mise à l'index de l'Action française pour antisémitisme ».
Selon l'historien Paul Airiau (2), Dehon « pompe à des sources non vérifiées et reprend, ce qui circule. Il est banal pour l'époque ». «L'abbé, affirme-t-il, était sur la corde raide sans avoir théologiquement versé dans le racisme. »
Richard Prasquier, chargé des relations avec les catholiques au Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), « regrette » que l'on puisse « montrer en exemple
l'auteur de tels discours », mais se félicite « que les premières réactions soient venues des catholiques ». De son côté, le gouvernement a «fermement» signalé au Saint-Siège qu'il n'enverrait, « aucun représentant à cette célébration si elle devait avoir lieu ».
(1) Le père Léon Dehon (1843-1925). Entre mystique et catholicisme social. Éditions du Cerf.
(2) Auteur de L'Antisémitisme, catholique au XIXe et au XXe siècle aux éditions Berg International.
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Le faux espion braquait des millions avec un portable
Avec un bagou digne d'un héros de film d'espionnage un escroc a raflé plus de 7 millions d'euros aux banques.
Faux espion des services secrets (DGSE) et pseudo-traqueur de financiers d'attentats, Gilbert C., 40 ans, s'avère escroc international de haut vol.
Depuis sa base en Israël, ce Parisien qui jongle avec la téléphonie mobile et les sociétés écrans a raflé plus de 7 millions d'euros. La première division de police judiciaire de Paris a reconstitué l'histoire.
Le 25 juillet, juste après les bombes meurtrières de Londres, la directrice d'une agence postale reçoit un coup de fil d'un homme qui se fait passer pour son PDG, Jean-Paul Bailly : «La DGSE nous a demandé de collaborer. Des terroristes préparent un attentat dans Paris et vont effectuer un retrait dans votre poste. Un agent de la DGSE va vous appeler. Faites tout ce qu'il vous dit.»
Une heure plus tard, «Jean-Paul, des services français», téléphone à la chef d'agence, lui attribue un nom de code, «Martine», exige la «confidentialité» et l'envoie sur sa première mission : «Votre ligne n'est pas sécurisée. Vous allez acheter un portable qui servira uniquement à nos échanges. Voici un numéro que vous appellerez pour donner le vôtre.» «Martine» fonce chez France Télécom, se paie un mobile, laisse son numéro sur la messagerie de Jean-Paul, qui la contacte : «Quoi qu'il arrive, vous devez garder ce portable ouvert jour et nuit.»
Selon un enquêteur, Gilbert C. la bombarde de coups de fil, une quarantaine en deux jours : «Il l'inonde d'infos sur leur travail pour déjouer cet attentat imminent. Il l'embrouille et la harcèle. Il l'appelle toutes les heures en pleine nuit. Elle n'en dort plus. Si elle ne répond pas assez vite, il l'engueule. S'il la sent hésitante, il la pourrit. Il répète : "Surtout, n'en parlez à personne." Il lui met la pression. Elle est catastrophée.»
Harcèlement.
Voilà Martine bien «conditionnée», qui obéit à tout, persuadée qu'elle «travaille pour la nation», comme dit «l'agent». Alors, Jean-Paul ordonne : «Branchez-vous sur votre ordinateur. Donnez-moi les noms des cinq plus gros clients de votre agence.»
Martine s'exécute. Selon un enquêteur, «l'escroc désigne un des cinq noms au hasard comme le financier de ce futur attentat et indique que quelqu'un va venir chercher 500 000 euros cet après-midi sur ce compte. Il demande des tas de renseignements sur ce client. Elle balance tout ce qu'elle sait».
Jean-Paul ne la lâche plus : «Vous les avez, les 500 000 euros dans vos caisses ?» La chef d'agence n'a que 350 000 euros. Il se fâche : «Vraiment, vous n'êtes pas opérationnelle.» Elle pleure, «tourne comme un avion» dans sa poste, «gratte les fonds de tiroirs», vide tous les coffres et trouve 8 000 euros de plus. Jean-Paul finit par abdiquer à 358 000 euros : «Allez acheter une valise. On vous recontacte.» Martine part acquérir une mallette.
Jean-Paul la relance : «Avant que vous remettiez ces billets au client, nous devons les magnétiser pour suivre tout le circuit du financement du terrorisme et remonter tout le réseau. Montez dans un taxi. Allez vers le centre de Paris.» Il la rappelle dans le taxi : «Est-ce que vous êtes suivie?» Elle essaie de détecter une hypothétique filature, en vain. «Faites arrêter le taxi et ouvrez l'oeil !» Sitôt fait. «Maintenant, allez dans le XIIe arrondissement.» Il la fait s'arrêter devant la brasserie des Canons de la Nation : «Voyez-vous mes agents ?» «Non», Martine ne voit rien. «OK, ils sont bien cachés, ils travaillent bien. Asseyez-vous en terrasse.»
Opération WC.
«Terrorisée», selon un policier, et «aux cent coups», Martine trouve un siège, s'accroche à sa mallette. Gilbert C. retéléphone: «Descendez dans les toilettes et enfermez-vous.» Elle y va. Il la rappelle : «Un agent va cogner trois coups contre la porte des WC, remettez-lui la valise, remontez à la terrasse et attendez dix minutes qu'on vous la remonte. Toc toc. «Martine, donnez la valise», dit Shirley, la Mata Hari de Gilbert C., qui attrape le bagage lesté de 358 000 euros.
Martine retourne à sa terrasse, s'attable, et attend, très longtemps. Elle poireaute trois heures, sans jamais voir revenir la valise ni les «agents». Elle finit par se rendre à l'évidence. Elle arrive à la PJ, «épuisée», ce 28 juillet, au bout de trois jours d'une «redoutable mise en condition psychologique».
La première DPJ a remonté le numéro donné à la postière en chef par «Jean-Paul», «un numéro en Angleterre rebasculé en Israël». La police a alerté les banquiers sur ce mode opératoire inédit et surveillé ainsi «une vingtaine de tentatives d'escroquerie similaires» en août, qui, du coup, ont toutes échoué.
Le gros lot.
Gilbert C. a alors inventé en septembre une variante qui lui a rapporté bien plus gros : le même coup de fil à la Barclay's et au CCF au nom du PDG, puis l'entrée en lice du pseudo-agent de la DGSE qui «suit les flux financiers du terrorisme» et finit par obtenir des banquiers des «virements internationaux» sur des comptes prétendument utilisés par les poseurs de bombes.
«Avec son bagout phénoménal, son cinéma et sa façon de persuader les banquiers qu'ils servent leur pays dans la lutte contre Al-Qaeda», le «cerveau» Gilbert a réussi à faire verser des millions sur des comptes de sociétés écrans montées à Hongkong par ses hommes de paille. Le 28 septembre, une banque a ainsi versé 2,5 millions de dollars en Suisse, et 2,72 millions à Hongkong.
Alertée par un banquier méfiant, la PJ a bloqué ces fonds. En revanche, deux virements d'un total de 7,25 millions d'euros versés le 29 septembre sur des comptes en Estonie ont été aussitôt encaissés par la «bande à Gilbert», qui s'apparente, dit un policier, à des «émules d'Arsène Lupin rompus aux arcanes bancaires et aux progrès de la téléphonie et d'Internet».
Lundi, à Paris, la PJ a arrêté Shirley, 28 ans, la «dame pipi haut de gamme» des Canons de la Nation, et sa mère, à Levallois (Hauts-de-Seine), qui recelait la part supposée de sa fille : 38 000 euros. La première a été mise en examen avant-hier pour «escroquerie en bande organisée et tentatives», la seconde pour recel.
Il manque quatre aigrefins à l'appel qui font l'objet de mandats de recherche, dont Gilbert C., 40 ans, et son frère Simon, 38 ans, tous deux nés à Paris et réfugiés en Israël. Depuis sa planque, le «cerveau» de l'arnaque à la lutte contre le terrorisme du XXIe siècle a eu le culot de narguer la PJ au téléphone : «Je ne rentre pas, je ne veux pas me rendre, je suis protégé en Israël».
Par Patricia TOURANCHEAU, vendredi 07 octobre 2005, p. 15 (Liberation - 06:00)
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(Juillet 2005) A l'issue de sa visite de trois jours à Paris Sharon appelle les juifs de France à émigrer
Le refrain reste le même, mais les arguments ont changé. Hier, le premier ministre israélien Ariel Sharon a clôturé sa visite à Paris en appelant les juifs de France à venir s'installer en Israël, comme il l'avait fait l'an dernier. Mais cette fois-ci, Ariel Sharon s'est empressé d'assurer que cette démarche n'était pas liée aux problèmes d'antisémitisme contrairement à ce qu'il avait déclaré en juillet 2004.
A l'époque, le premier ministre israélien avait encouragé les juifs français à émigrer «en urgence» vers son pays, provoquant une vive tension avec Paris. Alors qu'il se rendait à une série d'entretiens avec le Congrès juif européen et avec les principaux responsables de la communauté juive et s'apprêtait à conclure la journée par un discours aux juifs de France, le premier ministre israélien a affirmé aux journalistes que «l'urgence» n'était plus d'actualité. «J'appelle tous les juifs en France et n'importe où dans le monde à venir s'installer en Israël.
Je le fais tout le temps. C'est l'objectif le plus important de mon gouvernement», a-t-il affirmé, avant de préciser qu'il tablait sur l'arrivée de 10 000 juifs du monde entier en 2006 en Israël, avec pour objectif un million d'ici à quinze ans. Ariel Sharon a pris soin de saluer les efforts du gouvernement français : «La France est un exemple pour les autres pays européens en matière de lutte contre l'antisémitisme, que les Français prennent très au sérieux», a-t-il insisté.
Le premier ministre israélien a été particulièrement élogieux à l'égard de ses interlocuteurs, en particulier de Jacques Chirac, qu'il a hissé au rang de «l'un des plus grands dirigeants de ce monde». Cette stratégie a porté ses fruits : les divergences traditionnelles entre les deux pays n'ont à aucun moment été abordées, comme le «mur» ou barrière de sécurité édifiée par Israël en Cisjordanie, la colonisation ou les liquidations ciblées de Palestiniens recherchés par l'Etat hébreu. De même, le soutien français au plan israélien d'évacuer la bande de Gaza de ses 8 000 colons dès la mi-août apparaît également sans faille.
Ce projet a été qualifié par Jacques Chirac de «décision historique». Le ministre des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy a annoncé hier qu'il se rendrait en visite dans l'Etat hébreu du 4 au 7 septembre, «après le désengagement de Gaza». La belle entente entre Israël et la France fait craindre aux Palestiniens de voir leurs revendications reléguées au second plan.
Hier, la déléguée générale de Palestine en France, Leila Shahid, a exprimé l'espoir que Paris insiste auprès d'Ariel Sharon sur «l'engagement de la communauté internationale» en faveur d'un Etat palestinien viable, au cours d'un entretien accordé à «Radio-Orient». Elle a affirmé que «sous l'impression très positive que donnait le retrait de Gaza», le gouvernement israélien était «en train d'annexer la Cisjordanie puisqu'ils construisent un mur qui va faire 700 km de long en territoire palestinien qui va imposer de nouvelles frontières» et «annexer» trois blocs de colonies.
Le Figaro, Vendredi 29 juillet 2005, (AFP et Reuter.)
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(Juillet 2005) Chirac et Sharon ont célébré leur rapprochement
Le président français et le premier ministre israélien ont décidé hier de créer une Fondation France-Israël
La lutte contre le terrorisme, la menace nucléaire iranienne, le départ des troupes syriennes du Liban ou encore la lutte contre l'antisémitisme : les sujets d'entente entre Israël et la France n'ont jamais été aussi nombreux.
Les assauts d'amabilités non plus. Après avoir souhaité au premier ministre israélien « la plus cordiale des bienvenues », le président Jacques Chirac s'est vu gratifier hier de « toute l'estime et l'amitié » du premier ministre Ariel Sharon à « l'un des grands dirigeants de ce monde ».
Arrivé mardi soir pour une visite officielle de trois jours, sa première en France depuis quatre ans, Ariel Sharon a été reçu hier pendant deux heures et demie au palais de l'Élysée. Avant d'être l'hôte à dîner de Dominique de Villepin.
Après des années de relations tumultueuses, Israël et la France souhaitent à nouveau travailler ensemble : le premier ministre israélien et le président français ont célébré l'avènement de « nouvelles relations » entre leurs deux pays. Une Fondation France-Israël devrait être créée l'an prochain. Ariel Sharon a même invité Jacques Chirac dans sa ferme située dans le désert du Néguev, au sud d'Israël.
« Je viens en France à une période difficile, alors que le terrorisme palestinien continue de sévir et à une période de luttes internes difficiles en Israël autour du plan de désengagement (NDLR : de la bande Gaza), a souligné Ariel Sharon.
Malgré ces difficultés, j'ai décidé de venir, avec l'intention de renforcer les relations entre Israël et la France auxquelles nous attachons une grande importance ».
Le ton chaleureux affiché de part et d'autre aurait été impensable il y a quelques mois encore : l'an dernier, le premier ministre israélien avait créé une vive controverse en France en encourageant les Juifs français à émigrer « en urgence » vers l'État hébreu, afin de fuir un « antisémitisme des plus sauvages ».
Aujourd'hui, la querelle est oubliée. Les agressions antisémites sont en recul (- 48 % au premier semestre) et Ariel Sharon a rendu un hommage appuyé au président français « pour sa lutte très ferme contre l'antisémitisme ». Et s'il a, hier, renouvelé son appel aux juifs de France à s'installer en Israël, c'est simplement, a-t-il précisé, parce qu'il « le fait tout le temps ».
De son côté, Jacques Chirac a salué la « décision historique » du désengagement israélien de Gaza, prévu à la mi-août, et assuré que « la France se tient aux côtés des peuples israélien et palestinien » pour une relance de la « feuille de route », le plan de paix international. Le chef de l'État a réitéré la position de la France sur la création d'un « État palestinien à la fois viable et indépendant » et souhaité que l'aboutissement de ce processus permette à l'État hébreu de vivre dans la sécurité.
Autre dossier prioritaire pour Israël : les négociations avec l'Iran sur le nucléaire. Selon le porte-parole de l'Elysée, Jérôme Bonnafont, Jacques Chirac a affirmé à Ariel Sharon que la France était favorable à une saisine du Conseil de sécurité de l'ONU si l'Iran ne donnait pas de « garanties objectives » sur l'arrêt définitif de ses activités nucléaires sensibles.
« Je suis convaincu que cette visite permettra un rapprochement entre les deux pays et de faire progresser la paix qui est si importante pour nous au Proche-Orient », a résumé Ariel Sharon dans la cour de l'Élysée, remerciant Jacques Chirac pour son « aide précieuse » en vue d'un règlement du conflit entre Israël et les Palestiniens.
Un rapprochement qui pourrait permettre à la France d'accroître son influence dans la région. « La France veut incontestablement revenir au Proche-Orient, a commenté un diplomate de la délégation israélienne. Elle a compris qu'elle ne pouvait pas le faire sans passer par Jérusalem. »
Stéphane KOVACS, Le Figaro, no. 18967, Le Figaro, jeudi 28 juillet 2005, p. 3
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(25 décembre 2005) Le credo antisémite de Hugo Chávez
Inquiétudes de la communauté juive après un discours du président vénézuélien.
Antinéolibéral, anti-impérialiste... et antisémite ?
Le président vénézuélien Hugo Chávez, héros de la gauche radicale latino-américaine, a identifié les «maîtres du monde» : «Les descendants de ceux qui ont crucifié le Christ.» Cette «minorité s'est emparée des richesses du monde».
Des déclarations tenues le 24 décembre, passées d'abord inaperçues et qui inquiètent la petite communauté juive vénézuélienne, 0,1 % de la population, d'autant que d'autres soupçons visaient déjà depuis longtemps le président vénézuélien. La veille de Noël, Hugo Chávez visite un centre d'hébergement et de réinsertion de personnes sans domicile fixe à Miranda, dans l'Etat de Zulia.
Il discute avec la directrice et les personnes qui vivent là, se lance dans des diatribes habituelles contre «l'impérialisme» et célèbre «Jésus, le commandant des commandants des peuples, Jésus le justicier (...), le Christ révolutionnaire, le Christ socialiste». «Plus que jamais, le Christ nous manque (...), mais il se trouve qu'une minorité, les descendants de ceux qui ont crucifié le Christ (...) s'est emparée des richesses du monde [...] et a concentré ces richesses entre quelques mains.»
«Dans ses mots convergent deux arguments centraux de l'antisémitisme, a réagi la délégation du centre Simon Wiesenthal pour l'Amérique latine, en Argentine, celle qui accuse les juifs d'avoir tué Jésus, et celle qui les associe avec les richesses.»
«Il est particulièrement paradoxal, poursuit ce communiqué, que le président d'un pays qui dans quelques jours va être hôte d'un des rassemblements de la pensée progressiste, le Forum social mondial, utilise une rhétorique réactionnaire et moyenâgeuse.»
Le centre Simon Wiesenthal réclame des «excuses publiques» :
«Le silence pourra seulement être interprété comme une réaffirmation d'une pensée raciste.» Excuses publiques qui ne viendront jamais. Le texte intégral de la «soirée de Noël» de Hugo Chávez était toujours en ligne hier sur le site officiel du ministère de la Communication et de l'Information vénézuélien.
Le 29 novembre, la communauté juive vénézuélienne s'était déjà inquiétée quand 25 policiers armés avaient investi le Centre hébraïque de Caracas, qui inclut une école, pour, officiellement et en vain, chercher des indices sur l'assassinat à la voiture piégée, un an auparavant, du procureur chargé d'enquêter sur le coup d'Etat du 12 avril 2002 qui avait chassé Hugo Chávez du pouvoir pendant deux jours.
Des médias d'Etat vénézuéliens avaient insinué que le Mossad pourrait avoir été derrière cet assassinat. Le procureur général du Venezuela a également accusé la CIA d'avoir «planifié» cet attentat.
Dans les années 90, Hugo Chávez a longtemps été conseillé et inspiré par Norberto Ceresole, notamment sur le thème favori du président vénézuélien, les liens entre Armée, Caudillo, Peuple, titre d'un livre de cet «idéologue» argentin qui avait déjà été conseiller de la dictature militaire nationaliste «de gauche» péruvienne de Juan Velazco Alvarado, entre 1968 et 1975.
Norberto Ceresole est un révisionniste affiché qui disait de lui-même, avant sa mort, en 2003 : «Je ne suis bien sûr ni antisémite ni nazi (...), je fais juste partie d'un révisionnisme qui veut démontrer qu'une partie importante du récit de la déportation et de la mort des juifs sous le système nazi a été arrangée en forme de mythe.»
Après la tentative de coup d'Etat du lieutenant-colonel Hugo Chávez en 1992, Norberto Ceresole avait été expulsé du pays. Chávez l'avait rappelé à ses côtés en 1998, juste après son élection, avant de s'en séparer un an plus tard.
Chávez sera aussi un des premiers chefs d'Etat à recevoir «début 2006» le président iranien, élu en juin 2005, Mahmoud Ahmadinejad, celui-là même qui a appelé à «rayer Israël de la carte».
liberation.fr, par Jean-Hébert ARMENGAUD, QUOTIDIEN : lundi 09 janvier 2006, p. 7