Un portrait ; bio express (mai 2007)
Vers "Messier"
Vers "Balkany"

Didier Schuller...

Juin 2008 : Schuller aime le nougat
Avril 2008 : La rumeur Schuller
Février 2008 : En campagne sans le dire
Janvier 2007 : Peine réduite en appel
Octobre 2005 : 2 ans ferme donnés
Juillet 2005 : 1 an ferme requis
Juin 2005 : Schuller fait citer comme témoins Edouard Balladur et Eric Halphen
Février 2005 : Renvoi en correctionnelle
Novembre 2003 : Retour en prison
07 novembre 2002 : Schuller maire de Clichy en 2007 ?
19 Septembre 2002 : Schuller parle de Papon et de Chirac
3 juin 2002 : Le beau-père du juge Halphen dit sa vérité
1er avril 2002 : Frère Schuller publie ses "souvenirs"
20 mars 2002 : Didier Schuller fait monter la pression ...
18 février 2002 : Une affaire de monnaie
16 février 2002 : Les premiers aveux de Didier Schuller
11 février 2002 : M. Jacques Chirac ne connaissait pas "personnellement" M. Didier Schuller
Jacques Heyer, le banquier du vénérable frère Schuller, et des autres ...
06 février 2002 : Didier Schuller à la Santé chez les VIP, avec Alfred Sirven
04 février 2002 : Alors que l'ancien conseiller général est attendu à Paris dans les prochaines heures, le RPR accuse le PS de « manipulation »

Pour le RPR, le PS joue un rôle majeur dans l'organisation du retour de Didier Schuller.

L'affaire Schuller embrase la campagne
La précampagne présidentielle s'est brutalement tendue ce week-end, les dirigeants RPR mettant ouvertement en cause le rôle du PS dans la nouvelle « affaire Schuller ». Alain Juppé a accusé les socialistes d'«attaquer les personnes en remuant la merde». Le PS a aussitôt répliqué par la voix de son porte-parole, Vincent Peillon, qui a qualifié ces accusations de «délire paranoïaque et scatologique». «Si j'en juge par la bordée d'injures que je reçois depuis 24heures de la part des hiérarques du PS, j'ai dû mettre le doigt là où il fallait, j'ai dû viser juste», a estimé hier Alain Juppé au micro de RTL. Selon son avocat dominicain, l'ex-conseiller général RPR des Hauts-de-Seine était attendu à Paris «dès la fin du week-end». Mais de sources concordantes à Paris, on indiquait que son retour interviendrait «mardi ou au plus tard mercredi».

Les dirigeants du RPR étaient venus, ce samedi, au Carrousel du Louvre pour donner à leurs cadres, venus de toute la France pour ce « conseil national exceptionnel » et impatients d'en découdre, l'ordre de se mobiliser pour la campagne de leur candidat. Mais le retour annoncé de Didier Schuller, l'ex-conseiller général RPR des Hauts-de-Seine, a éclipsé bien vite les débats sur le rythme de la campagne et le projet du mouvement gaulliste. Un à un, les caciques du parti sont en effet montés au créneau pour défendre, à l'instar de Patrick Devedjian, « la dignité d'un homme que l'on cherche à tout prix à salir parce qu'on n'a rien d'autre à dire ». L'homme, c'est bien sûr Jacques Chirac. « On », ce sont les socialistes.
Et rapidement, les accusations se font plus précises, notamment dans la bouche d'Alain Juppé. D'abord détendu et souriant, le maire de Bordeaux, assailli par les journalistes, finit par se lâcher. Les « révélations » de Schuller ? « Une opération à caractère totalitaire (menée) avec le soutien d'une presse engagée. » « C'est scientifiquement organisé, poursuit-il, je n'ai aucune preuve indiquant que l'affaire Schuller rebondit sur une manipulation organisée par le pouvoir mais j'en ai l'intime conviction. »

Pour ce fidèle d'entre les fidèles du président de la République, « on se heurte à une campagne ordurière du premier secrétaire du Parti socialiste (NDLR : François Hollande), de tout le mouvement socialiste et des jeunesses socialistes ». Et l'ex-premier ministre d'enfoncer la phrase du week-end : il accuse les socialistes d'« attaquer les personnes en remuant la merde ». « C'est tellement gros, tellement systématique, tellement méthodique que ça va finir par se voir. »

Depuis la « cassette Méry », le camp chiraquien en est persuadé : Lionel Jospin et les socialistes tentent par tous les moyens de déconsidérer le président en s'en prenant à sa personne. A l'Elysée comme au RPR, on y voit une manifestation du trotskisme passé de Lionel Jospin. Le même Alain Juppé n'a-t-il pas récemment traité le premier ministre d'« apothicaire trotskiste » ?

De Patrick Devedjian à Dominique Perben, tous soulignent, à l'appui de leur thèse du complot, que Didier Schuller « a pris comme avocat un proche d'Arnaud Montebourg », le député PS qui voulait traduire Jacques Chirac en Haute Cour (lire ci-dessous). « Tout ça est cousu de fil blanc », résume un député de la base, qui a, malgré tout, bien du mal à cacher son inquiétude quant aux répercussions de cette nouvelle « affaire » sur son électorat. Antoine Ruffenacht, maire du Havre et futur directeur de campagne de Jacques Chirac, essaye tant bien que mal de se faire discret. Mais il n'échappe pas, lui non plus, aux questions de la presse sur l'affaire Schuller. « Ce qui me choque le plus, glisse-t-il, c'est qu'on ait utilisé le fils de Schuller, un garçon à l'évidence fragile, pour dénoncer son père. Ce sont des méthodes dignes des maoïstes... »

Aussitôt connues les déclarations chocs d'Alain Juppé, les socialistes passent à la contre-offensive. Le porte-parole du PS, Vincent Peillon, publie un communiqué pour qualifier les accusations du maire de Bordeaux de « délire paranoïaque et scatologique », à mettre sur le compte d'« un moment d'égarement ». Le jeune député de la Somme résume à sa façon « le programme du RPR : grossièretés, amalgames et accusations sans preuve ». Mis personnellement en cause, François Hollande réagit, lui aussi, depuis Porto Alegre. Il dénonce les « propos de cabinet » d'Alain Juppé et se défend : « Les socialistes n'ont pas besoin pour mener leur campagne d'utiliser les affaires comme une manoeuvre préélectorale. » Le ministre de la Justice Marylise Lebranchu juge à son tour ces propos « inacceptables » et « démagogiques ».

Quant à François Bayrou, il renvoie les deux camps dos à dos au micro de Radio J. Pour le candidat UDF, l'Elysée et Matignon exploitent les affaires comme des « grenades » dans le combat électoral, créant une « atmosphère malsaine ». Le climat ne devrait évidemment guère s'arranger avec le retour annoncé de Didier Schuller cette semaine.
lefigaro.fr, Sophie Roquelle [04 février 2002]

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06 février 2002 : Déchéance d'un commis aux basses oeuvres. De l'ENA aux Caraïbes, le parcours d'un politique sans scrupules.

L'EMMERDEUR VOUS SALUE BIEN.

La fin de l'exil de Schuller relève d'un scénario grotesque : une querelle de ménage entre Marie Laforêt et son ex-mari, l'entrée en scène d'un défenseur des sectes et la déroute du fils, Antoine, 26 ans.
Il y a, comme ça, d'étranges effets alphabétiques. Comme la lecture de la liste des anciens élèves de la promotion André-Malraux de l'ENA, cru 1977. Cette année-là, à la lettre S, on trouve Olivier Schrameck (aujourd'hui directeur de cabinet de Lionel Jospin), à la ligne qui suit vient le nom de Didier Schuller, que l'on ne présente plus. Vingt-cinq ans plus tard, Olivier est soupçonné d'avoir beaucoup contribué au retour en douceur de Didier, pas tant pour lui témoigner son amitié, que pour servir la campagne présidentielle de son Premier ministre. Soupçons alimentés avec vigueur par des membres du RPR, qui assurent que Schrameck était au courant du refuge de Saint-Domingue avant même que la presse ne le dévoile, qu'il a donné des consignes pour organiser le départ de l'avion, lundi soir, la montée discrète de Schuller à bord du vol d'Air France, escorté par un membre de l'ambassade...

Peut-être. Mais la fin de l'exil de Didier Schuller doit tout à un scénario plus grotesque : une querelle de ménage entre Marie Laforêt et son ex-mari, l'entrée en scène d'un défenseur des sectes, Christian Cotten, et la déroute du fils de Didier Schuller, Antoine, 26 ans. A l'automne dernier, le fiston est lâché par son ami de toujours, Diego de Lavandeyra, un ami de collège et d'enfance, richissime, puisqu'il a hérité de la fortune de sa mère, née Hennessy. Il a essuyé plusieurs échecs, a quelques besoins d'argent, pas de repères. Son père ne veut plus le soutenir. Marie Laforêt habite l'appartement voisin de celui de Diego. Elle accueille le fils Schuller, le prend sous son aile. Et le persuade que son ex-mari, Eric de Lavandeyra, père de Diego, et Didier Schuller sont les manipulateurs d'un réseau financier international quasi mafieux. Qu'il convient de les dénoncer, de faire enfin la vérité.

Vengeance.
La chanteuse semble avoir eu quelques motifs assez personnels pour prêter son concours à cette oeuvre de justice : depuis près de huit ans, elle multiplie procédures, plaintes contre son ex-époux afin que ce dernier lui verse enfin une pension alimentaire. Avec Antoine, elle a trouvé ­ semble-t-il ­ un instrument de vengeance. Christian Cotten se joint à eux. Animateur du mouvement «Politique de Vie», qui s'est présenté aux Européennes de 1999, héritier d'une tradition qui hésite entre secte et extrême droite, pourfendeur des iniquités de Jospin comme de Pasqua, des intrigues de l'Ordre du Temple solaire, des règlements de compte franc-maçons, le «psychosociologue» Cotten se prend pour le vengeur. Et espère rétablir sa situation financière avec l'aubaine des confessions du fils Schuller. Il prend en mains Antoine, avec la complicité d'un collaborateur de Canal +, le conduit vers les RG. Puis c'est l'interview d'Antoine Schuller dans les colonnes du Parisien. Le coup est parti.

Clientélisme.
Qu'il rentre de lui-même ou sous la contrainte d'une demande d'extradition expédiée à toute vitesse par la France, Didier Schuller sait qu'il n'a plus beaucoup d'issue. Qu'il va falloir fuir, reconstruire. Avec quel argent ? Une partie de sa fortune s'est envolée : le véritable gestionnaire de ses biens, un Suisse, Jacques Heyer, a joué en Bourse et plumé ses clients, Schuller compris. Il doit compter en partie sur la solidarité de ses amis politiques. Elle se fait rare.

Un psy, une intrigue familiale, des manipulations et une entrée fracassante dans la joute présidentielle, épisodes supplémentaires d'une carrière qui commence en 1979. Cette année-là, Didier Schuller est énarque ­ pas bien sorti, il a failli redoubler. Tendance centre gauche. Conseiller technique au ministère du Commerce, il s'occupe de l'implantation des grandes surfaces. Un poste d'apprentissage. Au début des années 80, administrateur civil au ministère de l'Equipement, il gère la reconstruction de Beyrouth. Une vraie expérience. Puis il est présenté à Patrick Balkany, qui en fait son homme-lige, son suppléant aux législatives, son directeur général de l'Office HLM des Hauts-de-Seine à partir de 1986, quand il en est président. Des postes clés pour repeindre plutôt les cages d'escalier des villes de droite que de gauche, pour gérer le clientélisme et l'attribution des logements. Et pour collecter des fonds auprès des entreprises.

En 1994, il est à deux doigts de réussir la mission que lui ont confiée ses patrons, Charles Pasqua et Patrick Balkany, le président du conseil général des Hauts-de-Seine et le maire de Levallois-Perret, député RPR : ravir la ville de Clichy à la gauche. Sa permanence est au pied de la mairie. Il vit grand train, conduit chefs d'entreprise et jeunes issus de l'immigration dans sa chasse en Alsace. Laboure le terrain.

Fin 1994, tout va donc bien, à un détail près. Un petit juge prend son travail au sérieux. Il enquête sur les fausses factures d'un entrepreneur, dénoncées par le fisc. Ses pistes le mènent dans les Hauts-de-Seine et à Paris, dans les offices de HLM. En décembre, les choses se précisent : le juge, Eric Halphen, s'approche de Didier Schuller, il s'intéresse au coût des publicités payées par les entreprises dans son journal électoral, le Clichois. A droite, c'est le champ de bataille : balladuriens contre chiraquiens. La présidentielle se prépare. Chirac se morfond à l'Hôtel de Ville de Paris. Pasqua, ministre de l'Intérieur, soutient Balladur. Il ne faudrait pas qu'une grosse affaire de financement occulte vienne éclabousser les Hauts-de-Seine. Il faut donc stopper le juge. Schuller connaît le beau-père du juge, un psy sexologue, assez irrationnel, franc-maçon comme lui : Jean-Pierre Maréchal. Il lui promet de l'argent pour influencer le magistrat. Au passage, cela permettra de laisser entendre que le juge Halphen est corrompu. Avec la complicité des flics de l'Intérieur, une souricière est montée pour piéger le beau-père avec une mallette de 1 million de francs. Dans l'ombre, les amis de Schuller tirent les ficelles : Charles Pasqua et Patrick Balkany.

Intrigue.
Mais la machination échoue : Schuller n'est pas assez machiavélique, trop inquiet, agité. Il dit tout et son contraire. La vérité explose : le parti au pouvoir a voulu casser un juge d'instruction qui faisait son métier. François Mitterrand en tire alors tout le profit possible, il saisit le Conseil supérieur de la magistrature. Didier Schuller s'est vu roi de Clichy, il n'est que le rouage d'une sale intrigue. Balladur lui devra en partie sa défaite à la présidentielle.

En février 1995, les affaires financières personnelles sont le seul morceau sérieux que le juge Halphen tient dans son dossier pour comprendre l'affaire des HLM des Hauts-de-Seine. Il s'approche. Schuller prend officiellement un mois de vacances, avec une étape en Suisse, chez son financier, Jacques Heyer. Puis s'envole, direction les Bahamas, puis Saint-Domingue. Sept ans plus tard, son irruption est inattendue et menaçante. Pour Chirac, cette fois.
Libération, Par Armelle THORAVAL, Le mercredi 06 février 2002, p. 3

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Le banquier de Schuller flouait les stars
Mis en examen en Suisse depuis 1997, Jacques Heyer, ami et gestionnaire de fortunes de stars, grands patrons et politiques en vue, est soupçonné d'avoir ruiné ses clients en investissements douteux. Parmi eux, Didier Schuller, dont il serait le financier.

UNE SEMAINE après le retour spectaculaire en France de Didier Schuller, après sept ans de cavale, l'enquête sur l'affaire des HLM des Hauts-de-Seine s'oriente vers la Suisse, un pays que l'ancien conseiller général de Clichy et proche de Charles Pasqua connaissait bien. Lorsque Didier Schuller prend la fuite en 1995, quittant précipitamment la région parisienne pour les Bahamas, il fait une halte à Genève, où une partie de son argent aurait été transférée. C'est là, au bord du lac Léman, que vit en effet Jacques Heyer, son financier occulte, comme l'a révélé son fils, Antoine Schuller, dans « le Parisien » et « Aujourd'hui en France », le 21 janvier 2002.
Amateur de belles voitures, Jacques Heyer, proche des stars, des sportifs connus et d'hommes politiques français, n'est pourtant pas un gestionnaire de fortune très avisé. Sa société a fait faillite et il est soupçonné d'avoir escroqué près de cent clients, dont certains, redoutant le fisc, sont toujours anonymes. Seule une poignée d'entre eux, comme la chanteuse Petula Clark et son mari (lire ci-contre) , ont osé porter plainte.
Mis en examen à Genève pour « gestion déloyale », Jacques Heyer a fait quelques mois de prison en 1997. Il vit désormais à Saint-Tropez. Nous avons suivi les traces du financier de Didier Schuller en Suisse et sur la Côte d'Azur.
Laurent Léger, Le Parisien , mardi 12 février 2002, p. 14

Un rapport accablant pour le financier suisse
L'INSTRUCTION DU JUGE TAPPOLET va se baser sur un rapport d'expertise rendu par le cabinet Arthur Andersen en février 2001. Analysant les investissements en Bourse de Jacques Heyer au nom de ses clients, ses conclusions, que nous révélons, semblent sans appel. Exemple de l'analyse des comptes de l'un de ses clients français, chef d'entreprise : « Les fonds de M. H... n'ont pas servi à acheter les titres lui ayant été attribués. » Et encore : « Les titres analysés sont hautement spéculatifs et n'entrent pas dans le cadre d'une gestion de fortune ordinaire. Les investissements effectués par M. Jacques Heyer ont été réalisés alors que, pour la plupart, les sociétés n'avaient pas d'activité commerciale significative, voire pas d'activité commerciale du tout. »
Le rapport d'audit détaille les mouvements d'argent entre divers comptes mais aussi met en lumière de nombreux retraits en liquide. Exemple de retraits effectués à répétition sur le compte intitulé « Calanque », à la Banque financière de la cité, l'un des comptes gérés par Heyer pour un mystérieux client : 210 420 dollars le 5 juillet 1996, 62 500 dollars le 30 juillet 1996, 62 709 dollars le 2 septembre 1996.
L.L., Le Parisien , mardi 12 février 2002, p. 15

« Nous avons perdu 1 million d'euros »
Petula Clark et son mari Claude Wolff (ici en 1997) avaient confié des fonds à Jacques Heyer. Ils ont déposé plainte contre lui en 1996. (SIPA/ASLAN-BARTHELEMY-NIVIERE.) Quand avez-vous rencontré Jacques Heyer ? Petula Clark et son mari. Dans les années quatre-vingt, au Tennis Club de Genève. Jacques est un homme sympathique, nous sommes rapidement devenus amis. Nous étions toute une bande, dont de nombreux joueurs de tennis suisses. Après son installation à Saint-Tropez, on allait le voir régulièrement. Il nous recevait toujours très bien. A plusieurs reprises, il nous avait proposé d'investir et, finalement, on s'est décidés. On ne cherchait pas à prendre des risques en jouant en Bourse. Nous, ce qu'on voulait, c'était plutôt des obligations bien tranquilles. Les premières années, d'ailleurs, nous avons eu de bons rendements, sans plus. Et puis vous avez perdu plus de 1 million d'euros. Un jour, on s'est retrouvés avec une masse d'actions américaines invendables. Jacques promettait de bientôt nous rembourser. Il nous disait : « Attendez, ça va se débloquer. » Mais rien ne se passait. On s'est brouillés, et nous avons fini par déposer plainte, à la fin de l'année 1996. Depuis, nous nous voyons uniquement chez le juge d'instruction, à Genève. Jacques Heyer dit aujourd'hui qu'il est ruiné. Est-ce vrai ? C'est difficile de le savoir. En attendant, il n'a pas l'air de vivre mal pour une personne sans le sou. Nous attendons le jugement avec impatience. Le but, évidemment, est d'essayer de récupérer notre argent. Comment expliquez-vous que l'instruction dure depuis si longtemps ? C'est vrai que l'enquête nous semble, à nous comme à d'autres plaignants, particulièrement longue. Pourtant, les faits n'ont pas l'air si complexes. Au départ, le juge Tappolet ne semblait pas très au fait en matière d'investigations financières. Maintenant, il a l'air de maîtriser tout cela très bien.
Propos recueillis par L.L., Le Parisien , mardi 12 février 2002, p. 15

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Le candidat défend son bilan sur l'emploi, il rejette toute responsabilité dans les affaires

Jacques Chirac dément avoir rencontré Jean-Marie Le Pen lors de l'élection présidentielle de 1988. Il indique qu'il ne connaissait pas "personnellement"

Didier Schuller.

Retour sur quelques déclarations de Jacques Chirac, lundi 11 février (2002), sur TF1

Contrat initiative emploi et politique de baisse de charges : Pour Jacques Chirac, ces mesures sont dans le droit fil des engagements pris en 1995, au titre de la lutte contre "la fracture sociale". "Le contrat initiative-emploi a apporté des emplois à plusieurs centaines de milliers de chômeurs de longue durée", a t-il certifié. 289 000 CIE ont été signés en 1996 et 213 000 en 1997. Mais le bilan de ce dispositif créé en août 1995 est mitigé. Il est apparu qu'il suscitait - en raison de ses conditions très généreuses d'exonération de cotisations patronales et de prime —, un fort effet d'aubaine auprès des entreprises qui auraient recruté avec ou sans aide. M. Chirac a estimé que "la politique de réduction des charges (...) a permis la création de 400 000 emplois". Deux dispositifs ont été mis en place de 1995 à 1997 : une f baisse dégressive des charges jusqu'à 1,33 du SMIC et une autre plus importante pour le secteur textile. Cette seconde mesure a été invalidée par Bruxelles. Quant à la première, une étude de l'OFCE évoquait en 1997 "une hausse de 60 000 emplois produite à terme".

Chômage : Le "chômage n'a pas malgré la situation économique" a indiqué M. Chirac. Or, le taux de chômage a atteint un niveau sans précédent en 1996, à 12,7 % de la population active. En juin 1997, il était encore de 12,6 %.

Richesse par habitant : "On observe que notre situation par rapport à nos grands partenaires européens ou étrangers se dégrade, notamment en terme de richesse par habitant" : le président a fait référence au dernier classement d'Eurostat en fonction de la richesse par habitant. Celui-ci fait apparaître un recul de la France au douzième rang sur 15. Au début des années 90, la France était au troisième rang. Or, le classement Eurostat pointe un recul de la France entre 1993, date d'arrivée du gouvernement Balladur, et 1997. Depuis, elle a stabilisé son rang. L'OCDE positionne la France au dixième rang.

Fin du service militaire : M. Chirac juge que la professionnalisation a permis à l'armée de "faire face à la défense de notre pays". La réforme a été votée le 20 octobre 1997, et le service national définitivement supprimé le 30 novembre 2001. La gauche qui se prévaut désormais d'une réforme qu'elle a mise en œuvre depuis 1997. Cette réforme est plus coûteuse que prévu : le gouvernement a été obligé de tailler dans les crédits d'équipement pour payer le fonctionnement de l'armée de métier.

Rencontre avec Jean-Marie Le Pen : "Il m'est arrivé de rencontrer ou plus exactement d'être en présence fortuitement de M. Le Pen. Une fois notamment. Cela m'a d'ailleurs permis de lui dire en face ce que je pensais", a déclaré M. Chirac. "J'affirme sur l'honneur que Jacques Chirac est un menteur et un diffamateur"a répliqué, lundi soir, M. Le Pen, qui affirme avoir rencontré deux fois, secrètement, M. Chirac en 1988. Les deux hommes qui étaient candidats à l'Elysée, se seraient vus, selon M. Le Pen, une première fois chez le général de Bénouville, avant l'élection présidentielle, et une seconde, à l'initiative de M. Pasqua, chez un ami de celui-ci, entre les deux tours. Cette dernière entrevue a été confirmée le 21 janvier par Charles Pasqua qui a déclaré : "je considérais comme normal qu'on essaye de récupérer le maximum de voix des électeurs Le Pen." (Le Monde du 23 janvier).

Affaire Schuller : M. Chirac n'a "jamais entendu parler de cette affaire". Connaissait-il Didier Schuller ? "Non", mais il nuance : "je me suis peut-être trouvé dans un endroit avec lui, mais je ne le connaissais pas personnellement". En 1994, il a rencontré le nouveau conseiller général (RPR) des Hauts-de-Seine. M. Chirac, dont le nom est cité dans une demi-douzaine d'enquêtes judiciaires, a été directement mis en cause, en tant qu'ancien maire de Paris et ex-président du RPR, dans trois d'entre elles. A chaque fois, les magistrats se sont déclarés "incompétents" pour interroger le chef de l'Etat, préservé de toute poursuite durant son mandat en vertu de l'arrêt de la cour de cassation du 10 octobre 2001.
LE MONDE | 12.02.02 | 12h51, Le Monde, 13 février 2002, p. 9

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Les premiers aveux de Didier Schuller

Provocation ou simple boutade ? Vendredi (16 février 2002), lors de sa première audition devant un juge d'instruction, Didier Schuller a fait une allusion à peine voilée en direction de… Jacques Chirac. Interrogé sur le financement occulte des partis politiques français dans les années 80-90, l'ancien élu RPR, mis en examen pour "abus de biens sociaux et trafic d'influence", a lancé au juge Vandingenen : "Ce sont tous les partis sans exception qui vivaient de cette manière. Il n'y a pas, d'un côté, chez les hommes politiques français, les corrompus et, de l'autre, les vertueux". Une formule rigoureusement identique à celle prononcée quelques jours avant par le président de la République, au soir de sa déclaration de candidature à la présidentielle…

Comment analyser de tels propos ? Selon le journal Le Monde, qui révèle l'information, "il semble que Didier Schuller n'ait guère goûté les propos de M. Chirac sur TF1 le concernant", lorsque le chef de l'Etat avait affirmé n'avoir jamais rencontré M. Schuller. Jacques Chirac avait précisé : "Je me suis peut-être trouvé dans un endroit avec lui mais je ne le connaissais pas personnellement".

Fonds sur un compte en Suisse
A l'occasion de sa première audition qui aura duré pas moins de neuf heures, Schuller s'est également expliqué sur son rôle au sein de l'office départemental des HLM des Hauts-de-Seine, dont il fut le directeur général de 1986 à 1994. Selon Le Monde, l'ancien fuyard a reconnu avoir reçu des sommes en espèces de grandes entreprises, entretenant des relations "privilégiées" avec certaines d'entre elles.

Concernant le financement du RPR, Didier Schuller a évoqué des financements officiels, pour la fédération des Hauts-de-Seine et la direction nationale, écrit Le Monde. Il a aussi, ajoute le quotidien, "évoqué ce qu'il a qualifié de dépenses officieuses". Il a ainsi affirmé avoir reçu, pour ses activités d'élu (achat de colis pour les personnes âgées, manifestations diverses) des fonds en espèces de certaines entreprises, précisant avoir reçu de Bouygues et de la SAE "environ 6 millions de francs" entre 1992 et 1994 sur un compte en Suisse.

Depuis le 5 février, jour de son retour de Saint-Domingue, Didier Schuller est incarcéré à la maison d'arrêt de la Santé, à Paris.
tf1.fr, news, Samedi 16 février 2002, Mise à jour : 20 h 28

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De vieilles pièces à conviction. L'ex-élu RPR a aussi été mêlé à un trafic de monnaie.

«J'ai été abusé par Didier. J'avais 26 ans, je rendais un service à un copain, qui m'assurait avoir des problèmes avec sa banque.» Jean-Louis T., élu des Hauts-de-Seine
Au début des années 80, il tenait boutique dans le II e arrondissement de Paris. Spécialité, l'achat et la vente de pièces d'exception. Numismate, Christian Leverrier tenait un registre soigneux des pièces qu'il achetait: des écus royaux, des billets anciens, des pièces d'essai, des «préséries» au tirage limité. De cette spécialité, Christian Leverrier, aujourd'hui retraité sur la Côte d'Azur, ne veut plus entendre parler. Non plus que de certains de ses clients: Didier Schuller et sa soeur Françoise Verne (aujourd'hui décédée). Leverrier a été condamné en 1985: il n'a pas été assez regardant sur la marchandise écoulée par sa curieuse clientèle. Les pièces et les billets étaient volés, au Musée monétaire, à l'hôtel des Monnaies. «Cette affaire m'a coûté trop cher», lâche seulement Leverrier.

Didier Schuller a été membre de plusieurs cabinets ministériels, s'engage au sein du mouvement des jeunes chabanistes en 1974, fait un tour à l'ENA, devient conseiller technique d'Olivier Stirn puis membre du cabinet d'un ministre du Commerce. Mais il n'a pas encore tâté du terrain. Alors, en mars 1978, il se lance à Belfort contre Jean-Pierre Chevènement. Cuisante défaite. Comment a-t-il financé ce premier essai électoral? Lors de sa première audition devant le juge Philippe Vandingenen, à Créteil, après son retour de Saint-Domingue, Schuller a évoqué une grande fortune familiale et les biens de sa mère pour justifier quelques placements en Suisse et une partie de sa carrière. Il n'a pas évoqué cette période de la fin de la décennie 1970.

A l'époque, sa soeur Françoise est sous-directrice à l'hôtel des Monnaies. Aux yeux de Françoise, cette administration est à l'époque un «vrai foutoir». C'est du moins ce qu'elle explique au responsable du département numismatique de la Bred pour justifier un certain nombre de ventes: des «essais» à 300 francs pièce, des boîtes de concours. Il n'y en a pas pour une fortune, encore que, pour l'époque, le produit de la vente n'est pas négligeable. Ce petit commerce sera découvert, dénoncé, et fera l'objet d'une instruction judiciaire ouverte à Paris. Les enquêteurs épluchent les registres des numismates du II e arrondissement et retrouvent des témoins.

Chèque.
Christian Leverrier a été un bon client: il a acheté de nombreuses pièces d'essai à Françoise. Dans ses livres, plusieurs opérations sont inscrites sous le nom de Jean-Louis T., aujourd'hui maire adjoint d'une commune des Hauts-de-Seine. D'autres sous le nom d'une autre femme, une relation. Trois opérations sous le nom de Didier Schuller. Interrogé alors, Jean-Louis T. ne se souvient de rien, assure n'avoir jamais fréquenté ce numismate. Même si les références de sa carte d'identité ont été enregistrées. Puis, au fil de l'enquête, menée au début des années 80, sa mémoire se rafraîchit: il se souvient qu'un chèque lui a été remis par Didier Schuller, qu'il l'a endossé et mis sur son compte, pour restituer ensuite la somme sous forme de chèque au même Didier. «J'ai été abusé, je n'ai d'ailleurs pas été le seul. J'avais 26 ans, je rendais un service à un copain, qui m'assurait avoir des problèmes avec sa banque», raconte Jean-Louis aujourd'hui.

Prime.
Entendu comme témoin, au cours de l'instruction menée par Alain Sauret, Didier a toutes les explications qu'il faut: il reconnaît avoir vendu une trentaine de pièces d'essai à Leverrier. Mais, il l'assure, cette transaction était honnête: ces pièces étaient une sorte de prime donnée à sa soeur par le ministère des Finances. Et d'expliquer les ventes par la nécessité de financer sa campagne à Belfort. Les billets anciens, les écus royaux, les pièces d'argent de 1964, les séries limitées de 1977, ce n'est pas lui, explique-t-il alors. Les signatures à son nom portées sur des bordereaux d'achat sont des faux. Et Didier Schuller s'en sort. Pas inculpé. Sa soeur, elle, est condamnée à trois ans de prison avec sursis.

Interrogés sur cette vieille affaire par Libération en 1994, Françoise Verne et son époux éructaient: Didier faisait cette fois la une des journaux après la manipulation contre le juge Halphen. Elle jurait avoir porté le chapeau, avoir payé pour son frère, lui vouait une rancoeur tenace. Selon Paris Match, que Me Fedida, l'avocat de Didier Schuller, s'apprête à attaquer pour diffamation, Françoise aurait laissé une lettre à Jean Montaldo, dans laquelle elle affirme que son frère avait piqué «plusieurs dizaines de kilos de pièces d'essai» dans le coffre. Une expli cation un peu éloignée des pièces de l'instruction: la signature de Françoise Verne avait bien été retrouvée sur les registres de numismates, et elle s'était présentée en personne pour écouler de la marchandise. Mais elle n'était pas seule. Ce que la justice a feint d'ignorer en la condamnant en 1985.
Libération, Par Armelle THORAVAL, Le lundi 18 février 2002, p. 17-18.

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Frère Didier Schuller, un vénérable pas très honorable Silence, on touche!
Alors que Didier Schuller dort en prison, les juges s'interrogent sur la loge maçonnique qu'il dirigeait.
La Grande Loge nationale française (GLNF) - 27 000 membres revendiqués - n'a pas de chance avec ses membres. On dirait même qu'elle attire les maçons plus soucieux des choses du monde profane que de leur passion philosophique. Régulièrement, les grands maîtres font procéder à des enquêtes sur tel ou tel frère suspecté de se servir de sa loge à des fins très matérielles. C'est exactement ce que fait André Roux, grand maître de la province de Paris, lorsqu'il demande à son grand inspecteur de se renseigner sur un atelier de la région parisienne : la loge Silence. Nous sommes en 1990 et le vénérable de l'atelier en question n'est autre que Didier Schuller, conseiller général RPR des Hauts-de-Seine et président de l'office HLM du département. Mission de l'inspecteur : vérifier les motivations des adhérents, dont certains auraient transformé la loge en association à but lucratif.

Tête de liste
La liste de ces adhérents mérite le détour, comme le raconte dans un livre à paraître le journaliste Sébastien Fontenelle*. Pêle-mêle, l'inspecteur y recense un fonctionnaire territorial, secrétaire général d'une mairie des Hauts-de-Seine et proche de Didier Schuller (Levallois-Perret); le secrétaire général d'une autre mairie du même département (Puteaux) ; un «intermédiaire» mis en examen dans une affaire de financement (présumé) occulte du RPR ; l'ancien chef de cabinet d'un ancien ministre de la JJlstice ; un architecte qui travaille souvent pour Didier Schuller ; un entrepreneur des Hauts-de-Seine ; un salarié d'une société d'économie mixte, la SEM 92, présidée par Charles Pasqua, l'homme fort du département ; un salarié d'Air France, qui offre régulièrement des billets d'avion à Didier Schuller ; un avocat, proche du même Schuller ; un salarié de la Lyonnaise des eaux, meilleur ami d'un autre salarié de la Lyonnaise, lui aussi impliqué dans les affaires de financement du RPR ! Et on en passe.
L'inspecteur comprend rapidement que ces hommes ne se retrouvaient pas seulement pour deviser sur l'avenir du monde. La maçonnerie, comme le racontent quelques puristes, et comme le rapporte Fontenelle, est pour eux « une affaire de bâtiments et travaux publics ». Le frère Schuller et ses amis ont d'ailleurs, pour être sûrs de ne plus être dérangés, fondé une association informelle à Clichy. En novembre 1990, l'opinion de l'enquêteur est faite : il transmet à ses supérieurs un rapport dans lequel il préconise le renvoi de Didier , Schuller et de son ami Jean-Paul Schimpf. Il se prononce méme pour la suppression de la loge Silence.
La justice maçonnique n'ayant, pas vraiment la détente facile, le dossier traîne. Jusqu'à l'intrusion fracassante du juge Eric Halphen, chargé en 1994 d'une enquête sur le financement présumé occulte du RPR. ...
La piste Francis Poullain, du nom d'un ancien flic reconverti dans la peinture en bâtiment, par ailleurs militant gaulliste, mène vers l'office HLM de la Ville de Paris. Mais aussi à Clichy. Poullain s'est, en effet, offert des pages de publicité dans le Clichois, le petit journal électoral de Schuller, l candidat à la mairie de la ville. Tarif: 108000 F, soit le prix en vigueur dans la grande presse nationale. Un prix d'«ami»... Tandis que Didier Schuller s'éclipse vers les Bahamas, le juge fait bientôt interpeller l'autre figure de la loge Silence, Jean-Paul Schimpf, alors qu'il était en train de prendre livraison de deux enveloppes contenant 100000 F en espèces, sur le parking d'un hôtel de la banlieue parisienne.
Cette fois, les hautes instances de la GLNF n'en doutent plus : ce n'était pas « Silence, on tourne! », mais « Silence, on touche! ». La loge fut donc mise en sommeil d'office, comme le raconte Fontenelle. Le juge Philippe Vandingenen, qui vient d'accueillir Schuller à sa descente d'avion, après sept ans d'exil, pourrait bien être tenté d'en retrouver les membres. Pour comprendre les mécanismes occultes des HLM des Hauts-de-Seine. Et éclaircir les conditions de la cavale du vénérable.
* Des frères et des affaires, enquête au cœur de la Grande Loge nationale française, de Sébastien Fontenelle, Denoël, «Impacts», 240 p.
F.P., Marianne, 18 au 24 février 2002, p. 39.

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« On m'a fait jouer le paratonnerre pour protéger certains... »

PARIS, HIER (19 mars 2002). Didier Schuller accuse une nouvelle fois son ancien avocat, Me Francis Szpiner, réputé proche de l'Elysée, d'avoir organisé sa fuite.

Quand allez-vous publier vos mémoires ?
Didier Schuller. Ça y est, le premier tome est prêt. Un second devrait suivre à l'automne. J'avais déjà commencé à écrire quelques pages au moment de l'affaire Maréchal, dans les premiers mois de ma cavale, pour raconter ma version d'une histoire totalement déformée à l'époque. Et puis je me suis remis à l'écriture en arrivant en prison. Je n'ai pas arrêté depuis.

Pendant sept ans, vous étiez en cavale, totalement silencieux, et vous revenez, disposé à parler. Comment êtes-vous passé d'un extrême à l'autre ?
Je suis un soldat discipliné, le soldat blessé, qu'on abandonne entre les lignes, et sur lequel on tire dans le dos, dans le but de l'achever s'il tombe aux mains de l'ennemi. On me demande de me taire. Je me tais. On me demande de partir, je pars. On me demande de rester. Je reste. Encore en janvier, quand vous avez publié l'interview de mon fils Antoine, on m'a demandé de rester. J'ai été manipulé pendant sept ans. On m'a fait jouer le paratonnerre pour protéger certains. Mais, cette fois-ci, je n'étais plus disposé à écouter ces bons conseils.

Pourquoi êtes-vous rentré ?
Il s'est aussi passé quelque chose le jour où, à la télévision, en République dominicaine, j'ai vu la cassette de Jean-Claude Méry et le récit des 5 millions remis à Chirac. Ce jour-là, j'étais avec Christel, cela nous a fait un sérieux choc. C'était exactement ce que nous avait dit Méry, en 1994, avant son incarcération. Mot pour mot. Cela nous a bouleversés et m'a ouvert les yeux. Ce jour-là, j'ai eu l'idée d'un changement de défense et j'ai décidé de changer d'avocat. Me Fedida est venu me voir à Saint-Domingue il y a un an. Je lui ai expliqué que je voulais rentrer. J'ai une première fois failli le faire à l'automne dernier, mais j'ai reculé à cause de mes affaires là-bas. Il faut bien faire vivre sa famille. Et puis je ne voulais justement pas rentrer à cause des présidentielles. Ma décision était prise de rentrer entre juillet et septembre de cette année. Mon fils Antoine en a décidé autrement...

Comment avez-vous été prévenu de ces accusations, dans nos colonnes ?
La cousine germaine de très bons amis de Saint-Domingue, qui savait qui j'étais, était à Paris pour le week-end. Le lundi matin, elle a vu la revue de presse à la télé et elle a bondi sur son téléphone pour me prévenir. Il était là-bas 2 heures et quart du matin. J'ai aussitôt mis quelques affaires en ordre, j'ai téléphoné à Francis Szpiner, mon ancien avocat et ami, qui était déjà au courant des propos d'Antoine et qui m'a demandé d'attendre un peu avant de faire quoi que ce soit. Je suis quand même parti dès l'aube à la capitale, à Saint-Domingue, et j'ai demandé à M e Fedida de venir. J'aurais pu rester là-bas, tous mes amis sur place me pressaient de rester, me disaient que je ne craignais rien. C'est donc ma propre décision de rentrer. J'ai pensé à Antoine. J'ai réalisé que mon fils était en danger, que le personnage qui m'a balancé n'est pas l'Antoine que je connais. Vous savez, depuis mon retour, je ne lui ai parlé que quelques minutes il y a quelques jours, et il m'a tenu des propos incohérents avant de raccrocher. Il est manipulé par des gens dangereux.

Depuis votre retour à Paris, vous êtes-vous expliqué avec Me Szpiner, votre ancien avocat que vous accusez de vous avoir fait partir ?
Je lui ai dit droit dans les yeux ce que je pensais de lui. Assez gêné, il a commencé par me redire qu'il avait agi pour mon bien, qu'à l'époque Christel aurait été emprisonnée... Je lui ai demandé d'arrêter parce que je sais maintenant que le dossier d'instruction était vide et qu'il m'a menti pendant des années. Il m'a encore prétendu qu'il n'avait pas accès à l'enquête et qu'il ne savait pas. Foutaises. Comment a-t-il pu me faire cela ? On se connaît depuis 1974. C'était mon ami. J'ai le sentiment qu'il s'est fait manipuler lui aussi dans les grandes largeurs. Francis est quelqu'un qui a besoin de reconnaissance sociale. Il croit aussi qu'il sera député de Saône-et-Loire. Je lui ai dit : « Mon pauvre Francis, mais tous les gens du château te baladent toi aussi comme un bleu. » A trois reprises, ses yeux se sont embués.

Avez-vous aussi discuté avec Crozemarie et Papon ?
Crozemarie sort à peine de sa cellule et personne ne lui parle. En revanche, je suis allé serrer la main de Maurice Papon en lui disant: « Monsieur le ministre. » Je le connais depuis l'époque où il était ministre du Budget. Nous avons même chassé ensemble en Ecosse. Bien sûr, à l'époque, il n'était pas accusé de crime contre l'humanité, mais, sur le sujet, alors que la moitié de ma famille a disparu dans l'Holocauste nazi, j'ai la même position que Badinter : il y avait des centaines de préfets. Je trouve assez indigne de ramasser l'un d'eux soixante ans après pour le laisser pourrir en prison. Le président aurait dû le gràcier. D'autant, dit-il, que Chirac était plus aimable avec lui quand il était trésorier de l'UDR, l'ancien parti gaulliste.

« Si on m'emmerde, le premier qui tombe, c'est Roussin , le deuxième, c'est ce faux cul de Juppé et le troisième, c'est Chirac. »

Quand avez-vous fait la connaissance de Méry ?
En 1986.11 était au comité central du RPR. Il s'occupait des relations entre les entreprises et l'office HLM de Pa ris. Tout le monde savait très bien ce qu'il faisait. Mais le système était cloisonné et Méry ne venait pas dans les Hauts-de-Seine. Il y avait des potes à lui et qui - je viens de l'apprendre - y sont toujours.

Pourquoi vous a-t-il contacté en août 1995, au moment de ses ennuis judiciaires ?
Sur le coup, cela m'a surpris, parce que justement je n'étais pas vraiment un de ses proches. Maintenant j'analyse ce qui s'est passé : tout le monde s'est mis aux abonnés absents. A l'époque, Francis Poullain venait d'ê1re incarcéré, et c'était le début de l'affaire des HLM de Paris, déclenchée par une plainte fiscale avec Nicolas Sarkozy au ministère du Budget. Moi j'étais en vacances en Suisse avec Christel. Un des amis de Méry, André Dalzon, qui travaille toujours avec l'office HLM des Hauts-de-Seine.. appelle ma permanence à Clichy et dit que Méry demande à me voir de toute urgence. J'y vais, à Port-Grimaud dans sa maison. Et là, au lieu du Méry grand seigneur que je connaissais des chasses, je tombe sur quelqu'un de nerveux, , d'inquiet.

Etiez-vous seul?
Christel était là, et elle qui ne connait pas la politique elle a eu l'impression d'être dans un film noir. Méry veut faire passer un message. Il dit: « Si on m'emmerde, le premier qui tombe, c'est Roussin ; le deuxième, c'est ce faux cul de Juppé, et le troisième, c'est Chirac. » Il a ensuite raconté l'épisode de la mallette donnée à Matignon, en présence de Chirac. Il nous a livré le même chiffre que sur sa cassette, les 5 millions. Il connais sait à l'évidenœ toute l'architecture financière de plusieurs hauts élus RPR à disposer de comptes suisses. Il leur en voulait de le laisser tomber et m'a donc chargé de faire passer ce message d'avertissement via Charles Pasqua. C'est ce que j'ai fait.

Quelles étaient vos relations avec Jacques Chirac ?
Je n'ai eu que des relations politiques avec lui, D'autres élus des Hauts-de-Seine étaient d'ailleurs plus proches de Chirac que moi. Mais, contrairement à ce qu'il dit, quand il affirme ne pas me connaître, il oublie la campagne de Chaban en 1974, Nous nous rencontrions quotidiennement Puis je l'ai revu en 1988, quand j'ai regagné le giron du RPR. Il ne s'en souvient pas, mais nous avons déjeuné ensemble chez Pasqua. Nous étions une dizaine à table, avec Devedjian, Sarkozy, Balkany ... et lui. Une autre fois,j'ai été invité à la mairie de Paris. Il était assis à côté de moi, et nous avions eu un échange assez vif sur la destination de terrains appartenant à la Ville de Paris et qni étaient situés à Clichy. Il a perdu la mémoire, moi elle me revient petit à petit.

Etes-vous en train de vous venger ?
Je ne suis pas revanchard, et je ne règle aucun compte. Seulement, je ne comprends pas pourquoi tout le personnel politique n'a pas le courage d'expliquer la vérité aux Français. Ou plutôt si. Je comprends que, si personne n'en parle, c'est pour une bonne raison : à mon avis, le financement politique occulte continue.

Quelles étaient vos relations avec les entreprises du BTP ?
Les grosses boîtes misent sur vous. Elles comptaient sur moi pour prendre Clichy. La SAE, par exemple, qui avait des marchés de promotion avec Clichy, travaillait avec Catoire, le maire sociaJiste, mais il ne voulait pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Après, les entreprises espèrent un retour d'ascenseur. Demandez à Devidjian comment il a pris Antony ! Et si la société Franco-Suisse ne lui a pas donné un coup de main. A-t-elle fait de la promotion immobilière à Antony depuis ? Demandez-lui aussi pourquoi cette boîte est venue me voir, recommandée par lui. Cela a toujours existé, et cela existe encore.

Comment se déroulaient les remises d'argent ?
Je l'ai raconté en détail au juge. Y compris avec les chiffres. (NDLR : Schuller a raconté comment le numéro deux de Bouygues lui a donné rendez-vous à Genève, où il a ensuite récupéré 4 millions de francs). Pour toutes mes opérations politiques à Clichy, tout ce que j'ai payé, les repas, les journaux, les cadeaux, les af fiches, tout venait des entreprises. Je ne m'en cache pas. Je peux justifier de toutes les dépenses, de tout ce que j'ai reçu, au centime près.

Balladur savait tout de l'affaire Maréchal.

On a dit pendant votre cavale que vous étiez rentré en France. On vous aurait vu dans un restaurant de Clichy et vous auriez été repéré à un distributeur ?
C'est faux. Et cela m'étonne un peu. Quand j'ai quitté l'Europe, en février 1995, j'ai laissé ma carte de crédit à mon ami Francis Szpiner.

Etes-vous resté en bon termes avec Charles Pasqua ?
J'ai beauooup de respect pour lui. Mais il y a un moment où il faut prendre sa retraite. A 75 ans, l'âge de la réflexion doit succéder à l'âge de l'action. Charles Pasqua est un gaulliste historique que le président aurait dO écouter plus souvent. Dommage qu'il ne se soit pas plus inspiré de ses conseils.

Et Edouard Balladur ?
Je regrette qu'Edouard Balladur n'ait pas eu le oourage d'assumer ses actes au moment de l'affaire Maréchal. J'en parlerai dans mon livre. Je regrette qu'il n'ait pas dit la vérité. Il savait tout de l'affaire, dès l'origine.

Que pensez-vous d'Eric Halphen, et de la justice ?
Vous savez, l'indépendance est un long chemin. Un seul magistrat, sur plus de deux mille, a refusé de prêter serment à Pétain en 1940. Dans ma vie politique, j'ai aussi vu un magistrat accepter que son épouse se voit offrir des bijoux pour un service rendu à un émir du Golfe. Cela permet un certain recul. Concernant le juge Halphen, je suis plus que gêné parce que, dans l'affaire Maréchal, le comportement de son beau-père a eu des conséquences terribles sur sa vie de famille. Mais je pense aussi qu'il commet aujourd'hui une lourde erreur en allant quémander une investiture politique.

Vous allez être entendu bientôt dans l'affaire des lycées d'lle-de-France, allez-vous faire de nouvelles révélations?
Je les réserve au juge.
Le Parisien, mercredi 20 mars 2002, p. 2 et 3.

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Didier Schuller retrace son itinéraire dans un livre, entre la politique et les "affaires"

Un mois après sa libération, l'ancien élu du RPR publie ses souvenirs, sur un mode plus ironique que sensationnel. Il revient sur l'imbroglio qui a causé sa perte mais se tait sur le dossier des HLM.

Après avoir parlé, Didier Schuller a écrit. Rentré en France le 5 février, après sept années d'une clandestinité caraïbe brutalement interrompue par les accusations publiques de son fils, l'ancien conseiller général (RPR) des Hauts-de-Seine publie, mercredi 3 avril, le récit de son aventure, aux confins de la politique et des "affaires". Intitulé Je reviens (Flammarion, 279 pages, 18 € , l'ouvrage se présente non comme un brûlot politico-judiciaire, mais sous la forme d'un recueil de souvenirs glanés au long d'une carrière qui le conduisit des cabinets ministériels de la République pompidolienne jusqu'aux avant-postes du "système Pasqua".

Relatées avec une ironie acide, les premières armes de M. Schuller apparaissent comme celles d'un ambitieux de bonne famille qui fut séduit, comme tant d'autres, par les facilités du pouvoir - et ne le renie pas. Composé à partir d'un ancien manuscrit, qu'il avait rédigé durant ses premiers jours d'exil, en 1995, le texte fut complété durant sa détention, puis après sa mise en liberté, le 1er mars, après deux longs interrogatoires devant le juge Philippe Vandingenen - mais il fait l'impasse sur l'affaire des HLM des Hauts-de-Seine. En voici les temps forts.

Une carrière avant les "affaires"

"Je connais Jacques Chirac depuis 1971", écrit M. Schuller. Visiblement vexé par les dénégations du président de la République - contredites par plusieurs photographies —, l'ex-élu rappelle qu'il fut membre du comité directeur du RPR et qu'il appartint, dans les années 1970, à plusieurs cabinets ministériels gaullistes, avant de bifurquer, un temps, vers les radicaux de gauche. Membre de l'équipe de campagne présidentielle de Jacques Chaban-Delmas en 1974, il raconte avoir "lutté de toutes [ses] forces" pour endiguer le flot de députés UDR attirés par M. Chirac vers la candidature de Valéry Giscard d'Estaing. Le récit comporte aussi la mention d'un sous-entendu, attribué à Maurice Papon, avec qui il voisina à la prison de la Santé : "Chirac, lui aurait confié l'ancien préfet de police, était plus amical lorsque j'étais trésorier de l'UDR. A propos, quel était le nom de l'entreprise chargée des travaux [au château] de Bity ?"

Argent et politique

Chef du cabinet d'Olivier Stirn, alors secrétaire d'Etat aux DOM-TOM de Raymond Barre, M. Schuller se souvient d'avoir couru "d'un tiroir-caisse à l'autre", accumulant "dans le coffre du ministre des espèces [...]distribuées par des donateurs divers". Devenu directeur-adjoint du cabinet de Maurice Charretier, ministre du commerce et de l'artisanat, il assure s'être trouvé en butte à l'influence de Victor Chapot, "grand argentier de Giscard", qui "répartissait les subventions" des groupes de la grande distribution entre les partis politiques. Une part de ces financements, affirme-t-il, allait au Club de l'Horloge, groupe d'intellectuels proche du Front national.

Après l'accession au pouvoir des socialistes, en 1981, il fut affecté au ministère de l'équipement - où son directeur était un ancien dirigeant d'Urba, le bureau d'études du PS - et dit avoir appris au Liban, de la bouche de François de Grossouvre, conseiller de François Mitterrand, que l'Elysée donnait "un coup de main sérieux" au Front national, en marge de ventes de matériels militaires.

"Dans la débauche de dépenses qui s'étale sous nos yeux pour la campagne actuelle, est-on sûr qu'il n'y a pas de ressources occultes ?", questionne-t-il en expert. Sous l'empire de la loi de 1990, les dons officiels des entreprises dissimulaient "un lien entre l'obtention de marchés publics et la participation occulte de compagnies de BTP à la vie politique", assure-t-il. Dans le dossier des HLM, écrit-il, "personne n'a pensé à comparer la chronologie de [leurs] versements avec celle des marchés attribués"...

L'affaire Schuller-Maréchal

M. Schuller revient en détail sur ses conversations avec le psychiatre Jean-Pierre Maréchal, beau-père du juge Halphen, qui devait être confondu par les fameuses écoutes téléphoniques avant que leur annulation pour vice de forme n'emporte la procédure tout entière. L'ex-conseiller général rappelle néanmoins quelques faits incontestables : les mensonges de M. Maréchal après son interpellation, l'"action" qu'il se proposait d'effectuer auprès de son gendre pour préserver le RPR. Prévenu par lui, Charles Pasqua téléphona - "devant moi", affirme-t-il - à Nicolas Bazire, directeur du cabinet d'Edouard Balladur à Matignon. La consigne fut d'abord de couper tout contact avec le sulfureux psychiatre. Plus tard, c'est le ministre de l'intérieur lui-même, écrit-il, qui l'incita à déposer plainte. Dans l'intervalle, le juge Halphen avait perquisitionné la permanence de M. Schuller à Clichy.

Le livre contient, à ce stade, une mise en cause inédite : celle de Bruno Cotte, alors procureur de Paris - aujourd'hui président de la chambre criminelle de la Cour de cassation —, qu'il accuse d'avoir "laissé faire" les écoutes téléphoniques avant d'en soulever l'éventuelle irrégularité, et d'avoir refusé aux policiers le droit d'interroger l'épouse du juge Halphen, fille du docteur Maréchal. La garde à vue de ce dernier, raconte-t-il encore, fut interrompue sur ordre du parquet 18 heures avant son terme légal, suscitant "l'écœurement des policiers".

Les débuts du "cabinet noir". M. Schuller raconte, ainsi qu'il l'avait fait dans Le Monde du 6 mars, le rôle de l'avocat Francis Szpiner, ami de longue date rencontré au MRG, vingt ans plus tôt, dans sa fuite précipitée, le 9 février 1995. Il admet avoir suivi son conseil parce qu'il craignait l'emprisonnement de sa compagne. "Je ne savais pas alors, écrit-il, que Szpiner avait déjà intégré l'équipe qu'on appellera plus tard le "cabinet noir" de Chirac à l'Elysée" - qui "sera chargé de monter des coups et de parer ceux du camp de Balladur". Il se décrit ballotté entre rumeurs et menaces, puis effrayé par l'arrestation d'un de ses proches, victime d'une "dramatisation volontaire" qu'auraient entretenus, selon lui, les proches de M. Chirac. "Ils ont cyniquement joué avec ma vie, conclut-il. Ils m'ont sacrifié sereinement pour abattre Balladur."
Hervé Gattegno, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 03.04.02, LE MONDE | 02.04.02 | 12h01

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Le beau-père du juge Halphen livre sa vérité

SILENCIEUX depuis sept ans, le docteur Maréchal riposte. Brouillé avec son ex-gendre, Eric Halphen, attaqué par Didier Schuller dont il avait provoqué la cavale il y a sept ans, l'ancien psychiatre décide de rendre coup pour coup aux livres du juge et de l'ancien conseiller général RPR de Clichy (Hauts-de-Seine).

A « froid », le docteur Maréchal donne aujourd'hui sa version complète des événements qui bouleversèrent sa vie en 1994 et allaient devenir l'affaire « Schuller-Maréchal », l'enquête qui décida du sort de la présidentielle de 1995. On y découvre un « secret de famille », une « opération séduction », « des gens prêts à tout », et une ambiance de coups tordus. Halphen ? « Un psychorigide ». Schuller ? « Un voyou ». Quand un psychiatre règle ses comptes, les mots font mal.

Comment réagissez-vous aux nouvelles accusations portées contre vous par Didier Schuller ?
Docteur Jean-Pierre Maréchal. Pour être franc, je m'y attendais. J'ai toujours su que Didier Schuller reviendrait et m'accuserait de nouveau. J'ai lu son livre, qui n'est que la collection des mensonges qu'il avait tenté de faire passer pour la vérité. C'est un plaidoyer pro domo destiné à camoufler sa réputation de « voyou ». J'y ai trouvé la confirmation de ce que je savais déjà : que Charles Pasqua avait été le grand comploteur, le deus ex machina de toute la manipulation. De plus, j'ai appris qu'Edouard Balladur, selon Schuller, avait été au courant, dès le début, de la machination qui se tramait.

« Aujourd'hui encore, mon ancien gendre me croit capable d'avoir demandé de l'argent »

Avez-vous aussi lu le livre de votre ex-gendre, Eric Halphen, qui ne vous ménage pas ?
Oh non ! Ma fille, son ex-épouse, m'a dit : « Papa, surtout ne le lis pas ! » et j'ai suivi son conseil. Cependant, on m'a raconté ce qu'il a écrit sur moi, et je constate qu'aujourd'hui encore, mon ancien gendre me croit capable d'avoir demandé de l'argent ! Halphen n'a jamais rien compris. Dans cette affaire, je n'ai voulu que son intérêt, celui de ma fille, et de Jacques Chirac !

Pourquoi vous en veulent-ils encore, sept ans après ?
Au fond, Schuller et Halphen sont sur la même ligne, me faisant passer pour un maître chanteur. Tous les deux se ménagent réciproquement. Schuller trouve dans les doutes de mon ex-gendre du crédit porté à ses accusations, et Halphen voit dans la version Schuller de quoi alimenter ses fausses interprétations. Depuis sept ans, après les arrêts de la chambre d'accusation et de la Cour de cassation, j'espérais que la vérité serait entérinée. La justice a conclu à une machination par des moyens illégaux avec l'assistance active des plus hautes instances de la police judiciaire. Or, les vieilles rumeurs se réveillent encore, accréditant à nouveau des idées fausses.

Comment a débuté votre affaire ?
J'étais le psychiatre de la mère de Didier Schuller et de sa première femme. Un jour d'octobre 1994, sa mère manque un rendez-vous, et je cherche à joindre son fils. Il vient à mon cabinet, me parle de ses ennuis judiciaires et évoque le nom d'Eric Halphen. Il fait mine d'apprendre que c'est mon gendre. Alors il se lance dans un discours général sur le thème « Halphen va faire perdre la présidentielle à la droite, et c'est Jacques Delors qui sera élu ». Je lui ai tout de suite expliqué qu'Halphen était incorruptible. J'ai été affirmatif sur ce point.

Vous êtes très catégorique sur votre gendre...
Je connaissais Eric Halphen depuis le début des années quatre-vingt. C'est un psychorigide, sans nuance, persuadé de détenir la vérité, même contre la terre entière. Il a toujours été à gauche, et Chirac a toujours été sa tête de turc qu'il rêvait « d'abattre ». Nous évitions de parler politique en famille puisqu'il savait que j'étais chiraquien. Sur la justice, aussi, nous étions en désaccord. Pour lui, un homme cambriolé sept fois et qui la huitième tue un cambrioleur est aussi coupable que Thierry Paulin, qui assassinait des vieilles dames. Connaissant le caractère et les opinions d'Halphen, quand Schuller m'a dit qu'il faisait des ennuis à Pasqua et Balkany, je lui ai fait comprendre que la menace était sérieuse !

« Il ne fallait plus viser Pasque le balladurien, mais Chirac le maire de Paris »

Comment s'est déroulé le deuxième entretien ?
Schuller m'avait dit qu'il reviendrait avec Patrick Balkany, et j'ai accueilli par « Bonjour M. Balkany » un avocat des Hauts-de-Seine, Jean-Yves Cavallini, ancien associé de Patrick Devidjian, et adjoint au maire de Levallois. Schuller s'est éclipsé et Cavallini, pendant une heure, a repris le couplet de « l'intérêt national » que mon gendre mettait en péril. Puis il est passé à la vitesse supérieure : si mon gendre faisait marche arrière, il serait « aidé », il aurait un « filet », lui évitant de perdre la face vis-à-vis de ses collègues et de l'opinion. Parallèlement, il a évoqué leurs capacités de nuisance professionnelles ou privées. Par exemple compromettre quelqu'un en le faisant séduire. Cavallini m'a dressé un tableau effrayant de gens prêts à tout.

Que vous a-t-il proposé de concret ?
Cavallini ne m'a fait aucune proposition d'argent. D'ailleurs, je lui ai rappelé « l'incorruptibilité » d'Eric Halphen. Cavallini m'a demandé de convaincre en douceur mon gendre de concentrer son enquête non plus en direction de l'office HLM des Hauts-de-Seine mais en direction des HLM de Paris. Il ne fallait plus viser Pasqua le balladurien, mais Chirac le maire de Paris. Je suis entré dans un climat de suspicion total.

Qu'avez-vous fait ?
J'ai envisagé sur le coup d'en parler à mon gendre, mais je me suis dit que cela renforcerait sa vindicte. A l'époque, Chirac était au creux des sondages et Balladur au zénith. J'ai trouvé leur proposition écoeurante, et j'ai décidé d'avertir Chirac de ce que tramaient contre lui ses « amis ». Je suis donc allé à Evreux, à la permanence de Jean-Louis Debré, et je lui ai tout raconté. Cet entretien prouve ma bonne foi.

Jean-Louis Debré dit pourtant qu'il ne vous a pas pris au sérieux...
C'est ce qu'il dit pour se mettre à l'abri du « scandale ». Il prétend aussi ne pas avoir mis Chirac au courant : mensonge ou manque de perspicacité.

Que s'est-il passé ensuite ?
Pendant deux mois, plus de nouvelles. Et puis, concours de circonstances, ma fille, dont le mariage chancelait, fait la rencontre brutale d'un certain « F ». J'ai tout de suite cru que cette « rencontre » était un « coup tordu », et que ma fille était victime d'une « opération de séduction ». J'ai essayé de convaincre son mari que cela ne durerait pas. A cette période, je n'ai jamais été aussi proche d'Eric. Mon but était de déjouer leur « opération ». Aussi, quand Schuller m'a rappelé, deux mois plus tard, pendant mes vacances aux Antilles, j'avais pour but d'en savoir plus sur leur « envoyé » et d'éventuelles autres nuisances en préparation... Pour moi, le « biscuit », c'était obtenir une preuve de leur confiance, un « geste » me permettant de comprendre et d'essayer d'agir.

A la lecture des écoutes téléphoniques de vos conversations avec Didier Schuller, pourtant, les policiers sont persuadés que vous allez prendre le million de francs à Roissy...
D'abord, je souhaiterais faire une mise au point Lorsqu'il m'a parlé de « 1 MF », je n'ai absolument rien compris. D'une part, parce qu'il ne pouvait être question d'argent D'autre part, parce que l'expression « MF » ne fait absolument pas partie de mon vocabulaire. Par conséquent, cela n'évoquait rien pour moi. Enfin, il faut replacer le contexte de cette conversation. Six mille kilomètres entre lui et moi, lui à Paris, avec les policiers, et moi aux Antilles, avec une qualité plus ou moins bonne de la ligne téléphonique. .. A la lecture des écoutes, on s'aperçoit très bien que Schuller et moi étions sur deux logiques différentes. Lui parlait d'argent, je lui parlais naïvement du nouvel ami de ma fille et du problème familial que lui et ses amis venaient, selon moi, de créer de toutes pièces. Il s'agissait, à son initiative, d'un quiproquo. A Roisssy, il m'a remis une boîte contenant de l'argent, que j'ai prise pour une boîte de cigares !

« C'était une gigantesque manipulation, très bien montée»

Pourquoi ne dites-vous rien aux policiers dans les premières heures de votre garde à vue ?
J'ai raconté n'importe quoi au début, les policiers m'ayant menti, me faisant croire que Didier Schuller partageait la même situati9n que la mienne. En aparté, l'un d'eux m'a glissé que Schuller avait déposé plainte. J'ai compris en une seconde la monstruosité de la machination. Cela s'est confirmé lorsque, pendant ma garde à vue, je me suis rendu compte que quelqu'un denière la cloison, que je n'ai jamais vu, dictait aux policiers ce qu'il était essentiel de me faire dire. J'ai réalisé que le but était de faire dessaisir Halphen ! C'était une gigantesque manipulation, très bien montée. Il s'en est fallu d'un cheveu que cela réussisse.

Avez-vous revu Eric Halphen depuis ?
Une seule fois, à un enterrement. Je ne lui ai dit qu'une phrase : «J'ai fait tout cela pour vous », et il a tourné les talons. Nous ne nous sommes jamais revus. Depuis, « F » est devenu mon nouveau gendre. Charmant, il n'avait rien à voir avec le clan Pasqua. Perturbé par le climat de suspicion,j'avais donc commis à son sujet une grossière erreur.

Quelles zones d'ombre demeurent, selon vous ?
Le rôle de Chimc. Je suis persuadé que Jean-Louis Debré l'a mis au coumnt de ce qui se tramait. Cette af faire lui a rendu un gmnd service, lui permettant de battre Balladur en 1995. Mais ce fait avéré ne m'a valu aucun signe de son entourage, car je ne présente pour lui aucun intérêt politique. J'ai une autre explication de ce silence à mon encontre. J'ai appris récemment qu'un médecin avec lequel j'ai eu un violent désaccord professionnel voilà vingt-cinq ans, car il ne me pardonnait pas d'avoir eu raison contre lui, voyait régulièrement Jacques Chimc en 1994. Il a dû lui dire beaucoup de mal de moi. Et comme le dit Machiavel, « on ne conserve pas le pouvoir avec ceux qui vous ont permis de le conquérir ».

PARIS, LE 24 MAI. « Dans cette affaire, je n'ai voulu que l'intérêt d'Halphen, celui de ma fille, et de Jacques Chirac », se défend Jean-Pierre Maréchal, ici dans son bureau de psychologue.
Propos recueillis par Laurent Valdiguié, Le Parisien , lundi 03 juin 2002, p. 16

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« Papon est totalement obsédé par sa réhabilitation »

Vous avez été incarcéré aux côtés de Maurice Papon, comment était-il ?
Didier Schuller.
Ce qui m'a frappé tout de suite, c'est son immense volonté. Il a toute sa tête, une lucidité parfaitement intacte, un humour redoutable, et une grande rage, affûtée au couteau. Il est entièrement animé par cette idée de revanche et de réhabilitation. Je l'ai vu relire à longueur de journée son dossier judiciaire et des livres sur l'Occupation. Il y avait dans sa cellule une documentation impressionnante, des piles de documents. C'est évident, sa libération n'est qu'une étape. Jusqu'au bout, Maurice Papon voudra obtenir réparation.

Avez-vous parlé avec lui de son affaire ?
Bien sûr. Il est totalement obsédé par son procès et il a passé son temps en détention à éplucher tous les témoignages contre lui. A l'évidence, il a refait mille fois l'audience dans sa tête. Il connaît tout par coeur, tous les détails. Jusqu'à son dernier souffle, il va lutter pour faire entendre sa cause. Voilà son état d'esprit. Ce n'est pas du tout un vieillard abattu, il est totalement déterminé.

Que pensez-vous de sa libération ?
Quand je l'ai vu en détention, je suis allé vers lui la main tendue en l'appelant « monsieur le ministre » pour qu'il n'y ait aucune ambiguïté sur mes intentions à son égard. La moitié de ma famille est morte dans l'holocauste nazi, mais je n'éprouve aucune haine envers lui. A mon sens, son procès est venu beaucoup trop tard, Papon n'était qu'un maillon mineur du système que Vichy avait mis à la disposition des Allemands. Il y avait en France à l'époque plus de 600 membres du corps préfectoral qui ont tous appliqué scrupuleusement les lois ignobles de persécution contre les Juifs. La détention de ce vieil homme, cinquante ans après, n'était pas, à mon sens, conforme à la tradition française de respect des droits de l'homme. Papon n'est pas Rudolph Hess et sa mort en prison aurait été honteuse. Je sais en disant cela que je me fais des ennemis dans une partie de la communauté juive, mais comme l'a dit Badinter « même pour poursuivre un complice de crime contre l'humanité, il faut savoir respecter les règles de l'humanité ».

« Un grand luxe en prison »

Comment l'avez vous trouvé physiquement ? Il marchait tous les matins environ une heure dans le couloir, à petits pas, et c'était son seul exercice de la journée. Je me suis souvent douché à ses côtés. Ses jambes étaient très marquées, il avait de gros oedèmes et souffrait vraiment. Autant sa tête est parfaitement intacte, autant, physiquement, c'est un homme de son âge, de plus de 90 ans.

Quelles étaient ses conditions de détention ?
Il avait avec Alfred Sirven et Jacques Crozemarie une des plus grandes cellules. Environ 20 m2 , avec quatre vasistas, alors que la mienne n'en avait qu'un et ne faisait que 7 m2 . Dans sa cellule, le « toilette » est séparé de la pièce par une porte de saloon. Cela peut vous sembler anecdotique, mais pour tout détenu c'est quelque chose qui compte beaucoup. Papon avait aussi deux autres « avantages » : il avait des oreillers, alors que les autres détenus ont un bloc de mousse inconfortable pour se caler la tête. Un grand luxe en prison. Il avait également une petite sonnette pour appeler les matons la nuit. C'était le seul à avoir cela.

Avez-vous parlé politique ?
Souvent. Je me souviens d'une de ses phrases, il disait qu'il était le seul préfet de police à avoir fait un changement de régime, en 1958, sans un seul mort. Il reste très fier de ses anciennes fonctions. Mais au-delà de tout, la personne à qui il en veut peut-être le plus, c'est Jacques Chirac. J'ai le sentiment qu'il n'a pas supporté que le président de la République, que Papon a connu il y a très longtemps, lorsqu'il était trésorier du parti gaulliste, refuse ses demandes de grâces. Papon m'a dit des choses sur Chirac que même mon éditeur n'a pas osé publier, notamment des détails sur les finances du RPR. Il est comme cela Papon, animé par une soif terrible de revanche.
Propos recueillis par Laurent Valdiguié, Le Parisien , jeudi 19 septembre 2002, p. 4.

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Schuller : les urnes malgré les casseroles
Pas encore jugé, il brigue déjà la mairie de Clichy. Pour 2007.

Schuller, dans l'air du temps. Après les récents retours électoraux réussis de Jacques Mellick (PS) à la mairie de Béthune (Pas-de-Calais) et de Patrick Balkany (divers droite) à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), celui, annoncé, de l'ancien ministre Alain Carignon qui rêve de reconquérir Grenoble sous les couleurs de l'UMP (Libération du 28 octobre 2002), voilà que Didier Schuller prépare lui aussi son «come back».
Après un septennat d'exil aux Caraïbes, l'ex-directeur général de l'Office HLM des Hauts-de-Seine ­ toujours mis en examen dans l'affaire du même nom ­ annonce qu'il est d'ores et déjà candidat à la prochaine municipale de Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine), ville actuellement administrée par le socialiste Gilles Catoire.
«C'est le retour au bercail, confie-t-il à Libération. La ville est sinistrée. Le commerce est en perte de vitesse. Le logement est dans un état lamentable. L'actuel maire a fait tout ce qu'il ne fallait pas faire. Moi j'ai une autre ambition pour Clichy.» Plus de quatre ans avant l'échéance municipale normale, le discours est déjà rodé, sans aspérité, destiné à ne pas effrayer l'électeur. Et l'ancien exilé de Saint-Domingue assure qu'il n'a «peur de rien». Ni des batailles politiques à venir, ni de ses déboi res judiciaires. Il attend son procès, dont la date n'est pas encore fixée.

«Charisme».
Son plan d'occupation de l'espace politique clichois est déjà établi. Depuis quelques semai nes, il arpente régulièrement le marché de la ville, se montre dans les inaugurations, apparaît dans des expositions. Il va bientôt faire distribuer largement une lettre à en-tête de son seul nom. Il y écrit : «Aujourd'hui, serein dans l'avenir, confiant dans la justice française, je suis là et je reste. Je participerai donc à l'action collective qu'il faut mener pour sortir de Clichy de l'impasse.» L'ex-conseil ler général des Hauts-de-Seine s'apprête à ouvrir une permanence «dans la partie la plus mutilée de la ville». Et, le 25 novembre, il sera la vedette de la première rencontre du Rassemblement pour Clichy. Officiellement, cette association, non politique, rassemble des citoyens soucieux de se consacrer au bien-être de leur commune. Officieusement, il s'agit en fait du nouveau parti de Didier Schuller. Sa présidente, Patricia Mourandian, conseillère municipale UMP, reconnaît «beaucoup de charme, énormément de charisme» à son nouveau mentor. Et ajoute : «Avec lui, la droite peut prendre Clichy.»

Mais, pour ressurgir, Schuller sait qu'il a besoin de son propre clan. Car les portes de l'UMP lui sont fermées. Même s'il assure y compter encore «de nombreux amis», à commencer par Nicolas Sarkozy, mais aussi Jean-Pierre Raffarin qu'il dit avoir connu dans les années 70.

Pour autant, Schuller assure qu'il se lance dans l'aventure électorale sans parrain. Ni Charles Pasqua, l'ancien président du conseil général des Hauts-de-Seine ; ni Nicolas Sarkozy, élu du même département ; ni même Patrick Balkany, député des Hauts-de-Seine et maire de Levallois, ville voisine de Clichy. La justice lui interdit d'ailleurs de rencontrer ce dernier puisqu'il est mis en examen dans la même affaire que lui : Balkany présidait l'office HLM, tandis que Schuller le dirigeait. «Didier reste un ami, assure cependant Isabelle Balkany. Je souhaite que Clichy bascule à droite, parce que c'est une ville mal gérée. La réalité locale fait qu'actuellement l'opposant principal à M. Catoire est le suppléant de mon mari, Rémi Muzeau.» Lequel avoue «bien connaître» Schuller mais «ne veut pas croire à son retour : il est parti, je n'y peux rien. Il appartient au passé. J'ai obtenu 49 % en mars 2001. A Clichy, l'opposition va bien. Je compte bien l'emporter la prochaine fois».

A gauche, la conseillère municipale PS, Séverine Tessier, qui préside Anticor (lire ci-contre), soupçonne ­ autant qu'elle les redoute ­ «les connivences» et «les complicités» entre Schuller et Balkany. Battu aux législatives par Balkany, le maire de Clichy, Gilles Catoire, garde le silence.

«Bouc émissaire».
Didier Schuller, lui, ignore ses futurs concurrents. Ce qui l'intéresse, «c'est les Clichois. Leur accueil a été plein de tendresse». La preuve : 75 % d'en tre eux ne souhaitent pas qu'il devienne le premier magistrat de la ville... (1). Mais l'intéressé veut croire que les électeurs ne lui tiendront pas grief de ses déboires judiciaires : «Je ne suis pas comme Carignon, Balkany ou Mellick. Moi je n'étais pas le patron. Mais un simple responsable administratif. J'ai servi de fusible, de bouc émissaire. Les gens comprendront cela.» Pour être élu, encore faudra-t-il qu'il soit éligible. Et donc que la justice ne le prive pas de ses droits de citoyen....
(1) Sondage Louis-Harris pour VSD, réalisé le 2 novembre auprès de 412 électeurs et électrices à Clichy.
Par Didier HASSOUX, jeudi 07 novembre 2002, Libération, page 12

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Didier Schuller retourne à la case prison

L'ANCIEN CONSEILLER général RPR de Clichy retrouve sa cellule de la prison de la Santé, à côté de celle d'Alfred Sirven. Déjà incarcéré durant 24 jours en février 2002 à son retour de sept ans de cavale, Didier Schuller ne s'était pas totalement acquitté du paiement de sa caution, fixée à 120 000 . « 30 000 seulement ont été payés », calcule-t--on au tribunal de Créteil. Mercredi soir, le parquet de Créteil a donc réclamé, et obtenu, son incarcération immédiate. L'ancien élu a aussitôt été conduit à la Santé, où une cellule l'attendait dans le quartier VIP. « J'organise un Schullerthon pour réunir les euros nécessaires à la mise en liberté de Didier Schuller », annonce, avec un brin d'humour, son avocat, Me Jean-Marc Fédida. « Didier n'a plus un sou, assurent ses proches de Clichy. Il a vécu pendant des mois chez des amis, et actuellement un appartement lui est prêté. »

Dénoncé par son fils en février 2002, Schuller a été localisé en République dominicaine, où il avait refait sa vie. Dès son retour en France, il a été mis en examen pour abus de biens sociaux et trafic d'influence dans le dossier des HLM des Hauts-de-Seine, en qualité d'ancien directeur général de l'office d'HLM. « Cette enquête est aujourd'hui bouclée, et elle est sur le point d'être renvoyée devant le tribunal », décode une source judiciaire. Balkany a fait faux bond

Dans ce dossier, une quinzaine de personnes ont été mises en examen, dont Patrick Balkany, actuel député-maire divers droite de Levallois, et ancien président de l'office d'HLM. Mardi et mercredi, durant 48 heures, le juge en charge de l'enquête, Jean-Paul Albert, a organisé une confrontation générale de tous les mis en examen afin de fixer sur procès-verbal (il fait 85 pages) les points de vue de chacun.

Une seule personne a fait faux bond au magistrat : Patrick Balkany. Actuel député, Balkany a écrit au juge pour lui dire qu'il recevait à l'Assemblée nationale le président sud-africain et que son emploi du temps ne lui permettait pas de se déplacer à Créteil. « Un pied de nez », regrette un avocat du dossier. Patrick Balkany, protégé par son immunité parlementaire, ne peut pas faire l'objet de mesures coercitives sans l'aval préalable du bureau de l'Assemblée.

Dans cette affaire dite des HLM des Hauts-de-Seine, un dossier jumeau de celui des HLM de Paris, Didier Schuller a déjà reconnu avoir perçu 6 millions de francs en espèces de certaines entreprises, dont Bouygues et la SAE, et ce, dit--il, afin de financer ses activités politiques à Clichy.

En 1995, le docteur Maréchal, ancien gendre du juge Halphen, avait été « piégé » par Schuller dans le but de torpiller l'enquête. Le scandale provoqué en pleine campagne présidentielle avait contraint l'ancien conseiller général à prendre la fuite. Depuis son retour, Schuller n'a de cesse de se remettre en selle. Juridiquement d'abord, il a admis des financements politiques illégaux, « à une période où tout le monde faisait la même chose », souligne un de ses proches. Politiquement ensuite, Didier Schuller a décidé de revenir, avec pour objectif les municipales à Clichy. Fort d'un réseau local de militants, il y dispose d'une permanence électorale et vient d'éditer un guide sur la ville. Ce réseau trouvera-t--il le fonds nécessaire à sa libération ? Faute de paiement, Schuller risque de rester incarcéré jusqu'au procès, et de comparaître détenu. Une chose est donc sûre, Schuller, depuis sa cellule de la Santé, va pouvoir compter ses vrais amis.
Laurent Valdiguié, Le Parisien, novembre 2003

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(Février 2005) Schuller et Balkany renvoyés en correctionnelle

DIDIER SCHULLER et Patrick Balkany sont renvoyés devant le tribunal correctionnel de Créteil (Val-de-Marne). Le premier pour trafic d'influence, le second pour complicité. Le juge d'instruction Jean-Paul Albert vient de signer une ordonnance de renvoi de 76 pages qui clôture neuf ans d'instruction sur l'affaire de l'office HLM des Hauts-de-Seine. Les deux hommes, aux côtés de huit autres personnes, dont Jean-Paul Schimpf, Christian Curtet et Francis Poullain, vont donc devoir s'expliquer devant le tribunal sur des surfacturations présumées au sein de l'office HLM.

Nombreuses contradictions

«On croyait cette affaire enterrée, reconnaissait hier un avocat à la lecture de l'ordonnance. Mais le juge a bâti une démonstration accablante. Ce procès devrait être sanglant. » Et ce d'autant que, devant le juge d'instruction, Didier Schuller et Patrick Balkany, autrefois si proches, se sont copieusement écharpés.
Commencée en 1995 par le juge Halphen, l'enquête sera relancée en 2002 par le retour de Schuller en France, après sept ans de cavale dans les Caraïbes. Dans son ordonnance, le juge entend démontrer que les HLM des Hauts-de-Seine, à l'époque présidées par Patrick Balkany et dirigées par Didier Schuller, ont été le théâtre de surfacturations : « Les dépenses de travaux de gros entretiens et de grosses réparations étaient excessivement élevées », note le juge Albert, qui évoque « l'existence d'une entente préalable des entreprises » et d'opérations « ruineuses » pour l'office HLM.
L'enquête démontre aussi qu'une série d'entreprises avaient financé les activités politiques de Didier Schuller, notamment en achetant des publicités hors de prix dans son journal de campagne, « le Clichois » et en payant des études de complaisance à Christel Delaval, la compagne de Schuller. « Un stratagème », souligne le juge, qui a retrouvé la trace d'une dizaine de millions de francs. Schuller, « premier bénéficiaire de la manne récoltée », a finalement reconnu ce financement occulte. Mais quel rôle a joué Balkany ?

« Au cours de leurs interrogatoires, note le magistrat, Didier Schuller et Christel Delaval n'ont cessé de déclarer que c'est Patrick Balkany qui leur a donné la méthode et les a conseillés dans ce domaine en faisant appel aux « sociétés amies »... Didier Schuller met en cause Patrick Balkany, qui était son patron politique, et lui aurait donné des instructions pour agir ainsi afin de trouver le financement occulte dont il avait besoin », écrit Jean-Paul Albert.
En revanche, lors de ses auditions, Patrick Balkany a toujours démenti. Il « a nié toute implication dans ces faits », relève le magistrat dans son ordonnance. Mais au final, Jean-Paul Albert n'a pas été convaincu par ces démentis : « Contrairement aux déclarations de Patrick Balkany, ce dernier et Didier Schuller étaient liés par une solide amitié », note-t-il. « On peut s'étonner qu'un homme politique avisé et gestionnaire d'une commune importante ne se soit pas posé de questions sur le recours très fréquent « à des entreprises amies » pour les marchés de l'office », poursuit le juge, concluant que Patrick Balkany « apparaît bien comme complice des faits de trafic d'influence au regard des instructions, des renseignements ou des directives données à Didier Schuller et Christel Delaval pour la mise en place du système ».
Le trio va donc devoir s'expliquer devant le tribunal. Ces contradictions laissent présager une audience musclée.
Laurent Valdiguié, Le Parisien, Paru le : 04/02/2005

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HLM des Hauts-de-Seine: Didier Schuller fait citer Edouard Balladur comme témoin

CRETEIL (AP) - "Je veux tout dire", a promis mardi Didier Schuller à l'issue de la première matinée d'audience du procès dit de l'office HLM des Hauts-de-Seine, notamment les conditions de sa fuite aux Bahamas en 1995.

L'ex-conseiller départemental RPR des Hauts-de-Seine âgé de 58 ans, qui assure avoir fait "l'objet de menaces de mort", entend faire la lumière sur son départ en pleine guerre fratricide entre Edouard Balladur et Jacques Chirac lors de la présidentielle de 1995.

"Je ne suis pas parti pour rien, on m'a fait partir". Parmi ce "on" figure "un avocat qui était extrêmement proche du candidat qui a gagné la présidence de la République". A savoir, son ancien conseil, Me Francis Szpiner. "Il avait peur de l'Elysée, des cellules spéciales", a ironisé son co-prévenu, Patrick Balkany, député-maire UMP de Levallois-Perret et poursuivi dans ce dossier en tant qu'ancien président de l'office HLM.

Première surprise de ce procès qui se déroule devant le tribunal correctionnel de Créteil (Val-de-Marne), les témoins que Didier Schuller entend faire citer: Edouard Balladur et Eric Halphen.

L'ancien Premier ministre de 1993 à 1995, dont le courrier a été lu à l'audience, a mis en avant sa méconnaissance des faits reprochés à M. Schuller pour s'interroger sur la pertinence de son audition. En revanche, l'ancien juge d'instruction a fait savoir qu'il se tenait à la disposition de la justice.

M. Schuller, alors directeur de l'office HLM des Hauts-de-Seine et candidat RPR aux élections locales, s'était enfuit en 1995 après une tentative de déstabilisation du juge Halphen via son beau-père, le Dr Jean-Pierre Maréchal, orchestrée avec l'aide de hauts fonctionnaires de la police nationale. La justice avait conclu ensuite à une machination. Mais le juge Halphen avait été dessaisi du dossier.

"Je me demande ce que je viens faire ici. J'ai l'impression de venir en touriste", a quant à lui déclaré avant l'audience, Patrick Balkany, 56 ans. Son avocat, Me Grégoire Lafarge, a plaidé la nullité des charges pesant contre son client. Tout comme les avocats de certains des huit autres prévenus.
Didier Schuller et Patrick Balkany, ex-"Pasqua boys", l'ancien président du conseil général des Hauts-de-Seine, sont jugés avec huit autres personnes, dont des chefs d'entreprise, pour des faits de trafic d'influence et d'abus de biens sociaux.
MM. Schuller et Balkany encourent jusqu'à dix ans de prison. Le premier est soupçonné d'avoir fait financer ses activités politiques locales par des entreprises de BTP en contrepartie de marchés publics de l'office HLM des Hauts-de-Seine, dont il était le directeur.
A l'issue de cette première journée d'audience, le procès reprendra le 27 juin. AP
yahoo.fr, actualités, mardi 21 juin 2005, 14h06

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(Juillet 2005) Un an de prison ferme requis contre l'ex-élu RPR Didier Schuller

CRETEIL (Val-de-Marne) (Reuters) - Une peine de quatre ans de prison dont un an ferme, 130.000 euros d'amende et une privation des droits civiques "pour au moins deux ans" a été requise au tribunal correctionnel de Créteil (Val-de-Marne) contre l'ex-conseiller général RPR des Hauts-de-Seine Didier Schuller.
Le substitut du procureur Paule Arrault a en revanche requis la relaxe au bénéfice du doute du député-maire UMP de Levallois-Perret Patrick Balkany, 57 ans, un proche du ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy.
Contre les huit autres prévenus, des entrepreneurs, ex-fonctionnaires de l'office HLM des Hauts-de-Seine et des intermédiaires, elle a demandé quatre "peines de principe", trois peines de prison avec sursis et une peine de six mois de prison ferme.
La défense doit plaider jusqu'à mercredi. Le jugement sera mis en délibéré jusqu'à l'automne prochain.

Didier Schuller, 58 ans, directeur général de l'office HLM des Hauts-de-Seine entre 1986 et 1994, est poursuivi pour "trafic d'influence et recel d'abus de biens sociaux". Il lui est reproché d'avoir mis en place un système où les entreprises de BTP auraient versé des fonds occultes pour le financement du RPR en échange de marchés.
Sa fuite à l'étranger entre 1995 et 2002 avait fait de ce dossier une affaire d'Etat et provoqué une tempête politique lors des deux élections présidentielles finalement remportées par Jacques Chirac, dont Didier Schuller s'est présenté en marge de son procès comme un "fantassin".
La représentante du parquet, soumise hiérarchiquement au ministère de la Justice, a pourtant balayé toute référence au parti chiraquien dans son réquisitoire et a estimé que les déclarations de l'ex-élu des Hauts-de-Seine n'était qu'un "écran de fumée" pour cacher ses responsabilités personnelles.
"C'est un personnage vantard et fanfaron, imbu de sa personne. Il aime la richesse et le paraître, il a besoin d'etre reconnu. Cet aspect de sa personnalité éclaire les délits qu'il a commis", a-t-elle estimé.

LA FUITE DE SCHULLER "OUBLIEE"

Paule Arrault n'a pas parlé des conditions de la fuite de Didier Schuller, qui aurait été, selon les dires de l'ex-élu, organisée par Me Francis Szpiner, un avocat proche de Jacques Chirac.

Paule Arrault a estimé que Didier Schuller ne pouvait rejeter sur personne ses responsabilités. "Il se pose en victime mais s'il a tout perdu, il ne peut s'en prendre qu'à lui-même", a-t-elle dit.
Elle a rappelé que l'ex-élu avait lui-même reconnu à l'audience avoir utilisé "plus de six millions de francs" obtenus par des moyens illicites pour financer ses activités politiques et souligné qu'il avait aussi utilisé l'argent pour son train de vie.
"De tout cela et de tout le battage médiatique autour de cette affaire, la démocratie ne risque pas de sortir grandie. Il faut espérer que tous les hommes politiques ne sont pas des MM. Schuller", a-t-elle conclu.

Comme à l'issue de l'instruction, où un non-lieu avait déjà été requis, le substitut a estimé ne pas disposer de preuves contre Patrick Balkany, président de l'office HLM des Hauts-de-Seine au moment des faits, jugé pour "complicité de trafic d'influence".
"Qu'il ait laissé faire M. Schuller, c'est probable, que tel Ponce Pilate, il s'en soit lavé les mains, c'est possible, mais il n'y a pas dans le dossier trace d'actes positifs de complicité", a-t-elle dit.
Par ailleurs, elle a notamment demandé deux ans de prison avec sursis et 60.000 euros d'amende contre Christel Delaval, 38 ans, ex-compagne de fuite de Didier Schuller, qui a reconnu à l'audience avoir bénéficié de fonds occultes.
'C'est la moins pleutre de tous les prévenus", a dit le substitut.
yahoo.fr, actualités, vendredi 15 juillet 2005, 12h58

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(Octobre 2005) Didier Schuller condamné à deux ans de prison ferme

CORRUPTION. Balkany rit, Schuller pleure.
Le tribunal correctionnel de Créteil a condamné, hier, Didier Schuller à cinq ans d'emprisonnement, dont deux ferme, tandis que le député maire (UMP) de Levallois-Perret Patrick Balkany a été relaxé dans l'affaire des HLM des Hauts-de-Seine.

En plus de cette sanction, Schuller, âgé de 58 ans, a écopé d'une amende de 150 000 euros et se voit priver de ses droits civiques pour une période cinq ans. L'ex-candidat à la mairie de Clichy, qui envisageait de se représenter devant les électeurs, devrait donc tirer un trait sur ses ambitions politiques.
A la sortie de l'audience, Didier Schuller a cependant annoncé son intention de faire appel, ce qui aurait pour effet de suspendre l'exécution du jugement jusqu'à un nouveau procès.

Sur le fond, il a été reconnu coupable d'avoir fait financer illégalement par des entreprises, entre 1988 et 1995, son activité politique à Clichy contre l'attribution de marchés de l'office HLM du département dont il était alors le directeur général.

Concernant Patrick Balkany, le tribunal a suivi la demande de relaxe du parquet. Le député maire de Levallois était soupçonné d'avoir «conseillé» à l'ancienne compagne de Didier Schuller, Christel Delaval, de faire financer par des entreprises «amies» l'activité de son cabinet-conseil.
La jeune femme, qui avait suivi Didier Schuller dans sa fuite entre 1995 et 2002, a été condamnée à trois ans d'emprisonnement avec sursis et 60 000 euros d'amende. Jean-Paul Schimpf, collecteur de fonds présumé de Schuller, a lui été condamné à trois ans de prison dont 30 mois avec sursis.
lefigaro.fr, [19 octobre 2005], p. 13

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25 janvier 2007. Peine réduite en appel pour l'ancien élu RPR Didier Schuller LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 25.01.07 | 16h51 • Mis à jour le 25.01.07 | 17h15

A moins d'un renvoi en cassation, l'affaire Didier Schuller vient de se clore sur une réduction de peine.
La cour d'appel de Paris a rendu, jeudi 25 janvier, un jugement en appel plus clément que celui de la première instance. Alors que l'ancien élu RPR avait écopé, en octobre 2005, d'une peine de cinq ans d'emprisonnement dont deux ferme, sa peine est réduite à trois ans dont un an ferme. Ce qui signifie que Didier Schuller, qui était déjà allé en prison plusieurs semaines au cours de la procédure, ne devrait pas y retourner.

Outre cette peine, la cour d'appel a prononcé, comme en première instance, une amende de 150 000 euros à son encontre, ainsi qu'une privation de ses droits civiques pour une durée de cinq ans. Didier Schuller reste donc inéligible.

DIDIER SCHULLER S'EXPRIMERA D'ICI PEU

Après le verdict, Jean-Marc Fedida, l'avocat de l'ancien élu RPR, a affirmé que "la décision de la cour d'appel est extrêmement sévère au regard des faits reprochés à M. Schuller". Ce dernier a, de son côté, refusé de commenter cette décision mais promis de s'exprimer "dans quelques jours".

Dans cette même affaire, l'entrepreneur Francis Poullain a été condamné à une peine de quinze mois d'emprisonnement avec sursis et 200 000 euros d'amende, contre deux ans avec sursis et 80 000 euros d'amende en première instance. Jean-Paul Schimpf, ancien collaborateur de Didier Schuller, a lui écopé d'une peine de trente mois d'emprisonnement avec sursis et 100 000 euros d'amende, contre trois ans dont 30 mois avec sursis et 100 000 euros d'amende.

COMMISSIONS OCCULTES

Le feuilleton Didier Schuller commence le 20 janvier 1994. Ce jour-là, le tribunal de Créteil ouvre une enquête, à la demande du fisc, contre Francis Poullain, le PDG d'une grosse entreprise de peinture du Val-de-Marne. L'homme est soupçonné d'avoir réglé des fausses factures afin d'obtenir des marchés auprès des offices HLM des Hauts-de-Seine et de Paris (OPHLM).

Le 9 février, une information judiciaire est confiée au juge Eric Halphen. Le nom de Didier Schuller, ancien conseiller général RPR de Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine) et ancien directeur de l'OPHLM, apparaît pour la première fois en décembre 1994. Eric Halphen ordonne une perquisition au sein de son journal électoral, et les enquêteurs découvrent que plusieurs pages de publicité ont été vendues à des tarifs excessifs à plusieurs entreprises de travaux publics.

L'enquête se poursuit et révèle que plusieurs entreprises de bâtiment ont versé des commissions forfaitaires contre des attributions de marchés par l'OPHLM, à l'époque où Didier Schuller en était le directeur (de 1986 à 1994). Didier Schuller, soupçonné d'être au cœur de ces commissions occultes, est alors dans le collimateur de la justice, qui lance, le 23 juin 1995, un mandat d'arrêt international contre lui pour "abus de biens sociaux, trafic d'influence et complicité".

LE "FANTASSIN DE CHIRAC"

Didier Schuller, qui a pris la fuite aux Bahamas puis en République dominicaine, fait un retour inattendu en France en 2002, en pleine campagne présidentielle. Le président de la République, Jacques Chirac, déclare alors publiquement qu'il ne "connaît pas personnellement" M. Schuller.

Le 21 juin 2005, le premier procès de cette affaire s'ouvre au tribunal de Créteil. Didier Schuller comparaît avec sept autres prévenus, dont Patrick Balkany. Le député-maire (UMP) de Levallois-Perret, qui était soupçonné de complicité, sera relaxé.

Didier Schuller se dit victime, durant ce premier procès, d'un système dirigé par des responsables du RPR plus haut placés que lui. Il se décrit notamment, devant la presse, comme un "fantassin de Chirac" et assure également que Dominique de Villepin, l'actuel premier ministre, aurait contribué à organiser sa fuite. Reconnu coupable, il estime alors avoir payé pour d'autres.
LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 25.01.07 | 16h51 • Mis à jour le 25.01.07 | 17h15

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Didier Schuller, 59 ans. L'ex-élu RPR mouillé dans des affaires de financements politiques se fait biographe du play-boy Rubirosa, et prépare son retour en politique. Il ne lâche pas l'affaire Par Sabrina CHAMPENOIS, Libération, QUOTIDIEN : samedi 19 mai 2007, p. 40

Une bio de Porfirio Rubirosa, ambassadeur du dictateur dominicain Trujillo et, surtout, tombeur planétaire des années 30 à 60, ex-mari (entre autres) de Danielle Darrieux et de la milliardaire américaine Doris Duke, si bien outillé qu' «un Rubirosa» désigne pour les maîtres d'hôtel un moulin à poivre XXL... L'affaire fleure le truc sympa à lire dans l'avion. Quand soudain, ce nom, celui de l'auteur. Didier Schuller. Quoi, Didier Schuller ? Celui de l'affaire des HLM des Hauts-de-Seine, de l'affaire Schuller-Maréchal, de la cavale aux Bahamas et à Saint-Domingue, puis de la zonzon avec Sirven et Papon ? Parfaitement. Ah. Tout de suite, ça sent beaucoup plus le sac de noeuds, et beaucoup moins le glamour. Les Tontons flingueurs plutôt que la Century Fox. Et alors, il en est où, Schuller, du film abracadabrantesque de sa vie ?

A sa grande époque, il avait un truc de Joe Pesci. C'était le début des années 90, il était directeur de l'office HLM des Hauts-de-Seine, en bonne place parmi les «Pasqua boys ». 1994 le voyait élu conseiller général, et partir en petit matamore à l'assaut de la mairie de Clichy-la-Garenne, coaché par Patrick Balkany, son mentor de la voisine Levallois-Perret (1)... Là, ce serait plutôt James Gandolfini ( les Sopranos ). Déplumé, l'air un peu las. Quand on le complimente pour sa mémoire des dates, des lieux, des gens, il soupire : «ça va encore, Alzheimer n'a pas encore frappé à la porte ; mais bon, arrivé à 60 ans, on peut commencer à craindre la déchéance . » Un peu plus, on le trouverait touchant.

Sauf que. Schuller carbure toujours à ce bagout de VRP qui le fait devancer les questions, enquiller des phrases tunnels où valsent les noms et les anecdotes, la petite et la grande histoire, comme s'il visait le KO de l'auditoire. Exemple, à propos de son séjour à la Santé : «Vous connaissez Alfred [Sirven] ? Non ? Ah, un personnage étonnant, Alfred... Je lui ai fait des spaghettis, comme à Papon, qu'il aurait fallu, à mes yeux, dégrader, priver de ses décorations, plutôt que l'emprisonner à 90 ans. Comme Badinter, je dis que Papon, ça n'était pas Eichmann, juste un des 650 membres du corps préfectoral de l'époque, et tout le corps préfectoral a été impliqué dans la politique de Vichy. [...] Pourtant, trouver du poivre et du parmesan, en prison, c'était pas évident... Mais bon, j'y suis arrivé, après tout, on peut se procurer des portables ou de la drogue, alors du poivre et du parmesan... Carlos [le terroriste, ndlr] par contre, j'ai refusé ses cigares ; je lui ai dit que je ne parlais pas aux assassins, en plus un assassin de juifs... Il y avait aussi cette ordure de Crozemarie... En revanche, j'ai discuté avec ce Basque espagnol, qui s'était échangé avec son frère jumeau, c'était intéressant...» On le croit sur parole quand il raconte qu'à 17 ans, en rupture de ban familial pour cause de maîtresse pas assez bien née, il s'est mué en imbattable vendeur de mixeurs. Schuller-bonimenteur, on achète. Un journaliste spécialiste des «affaires» : «Schuller avance en commercial, avec cet atout de l'abord sympathique, du contact facile. Au procès des HLM, il serrait la main à tous les gendarmes, il lui arrivait de tchatcher avec eux pendant les interruptions.»

L'argumentaire de vente de Schuller, depuis son retour de Saint-Domingue, est le suivant : il a salement trinqué, petite main «très, très obéissante» mais lâchée sans vergogne. Il dit : «Cette affaire a été une vraie épreuve, notamment au niveau sentimental.» S'il est proche et fier de sa fille Lauren, fraîche diplômée d'une grande école de commerce, lui qui a perdu tôt son père, à 8 ans, n'a que de «vagues nouvelles» de son propre fils Antoine, qui a révélé sa planque de Saint-Domingue et conspué sa vie de «nabab». Il est séparé depuis deux ans et demi de Christel Delaval, la mère de ses deux filles cadettes (16 et 14 ans). Elles vivent à New York avec Jean-Marie Messier, «tout se passe très correctement». Non, il ne verse pas de pension alimentaire. Ce qui tombe bien : il a «tout perdu», alors que parti de haut. Son père était un officier catholique français reconverti dans les céréales, sa mère une héritière juive allemande qui a couvé ce petit dernier tardif (elle l'a eu à 46 ans). Il a grandi dans les beaux quartiers parisiens, a côtoyé Fabius à Jeanson-de-Sailly, s'est ennuyé à l'ENA avant d'écumer les ministères et d'intégrer la machine RPR. «Là, j'attends la retraite. A Saint-Domingue, je travaille comme représentant en céréales et je fais un peu d'immobilier, mais bon, j'ai découvert ce que c'est de ne pas être salarié du public, hein...» (mine de Calimero). Sa carte de visite indique «ancien conseiller général de Clichy» ­ has been, littéralement. Sa chemise affiche ses initiales, brodées à la poitrine, mais c'est une relique, «je n'ai plus les moyens». Preuve absolue, il s'est mis au métro... Il le prend régulièrement pour rallier Clichy-la-Garenne.

Car voilà, Schuller a décidé qu'entre lui et Clichy, ça n'était pas fini. Il y loue «une maisonnette un peu ouvrière qui appartenait au premier adjoint de Jacques Delors, je suis ami avec sa famille». (Schuller adore adosser des noms au sien, comme une sorte de bouclier humain.) Il nous la fait visiter ; c'est vrai, c'est modeste. Il compte y vivre bientôt à temps plein. Pas seulement parce qu'il y a quatre mois, sur le marché, ce passionné de chasse et d'opéra a eu le coup de foudre pour une femme «belle et distinguée», qui tient un magasin de vêtements à Paris («Je l'ai invitée à une soirée galette des rois. Depuis, on est ensemble»). Non, son objectif, ce sont les municipales de 2008 : «Je vais mener Rassemblement pour Clichy, une liste avec des gens de tous bords. Je dois ça aux Clichois que j'ai abandonnés comme un malpropre en 1995.» Déambuler dans son sillage laisse à penser qu'il a ses chances : Schuller à Clichy, c'est bises à gogo et valse de «Vous êtes vraiment de retour, hein ?». Mais quid du jugement en appel qui, fin janvier, dans l'affaire des HLM des Hauts-de-Seine, l'a condamné à un an de prison ferme, et l'a déchu de ses droits civiques, civils et familiaux, pour cinq ans ? «Ah mais je me suis pourvu en cassation et, s'il le faut, j'irai devant la Cour européenne des droits de l'homme. Ce que j'ai fait, des financements politiques un peu illégaux comme tout le monde, ça vaut entre 12 et 14 mois de prison avec sursis. Là, j'ai eu droit à un jugement de vengeance. Et pendant ce temps, d'autres se les roulent.» Son avocat, le très couru Jean-Marc Fédida, parle d'une «injustice ressentie avec une grande violence intérieure», au point de «prendre le risque de contester un jugement qui, pourtant, réduisait par deux la condamnation initiale».

Pourquoi alors, après avoir pris le bouillon jusqu'à la lie, replonger dans la marmite politique ? «C'est un retour à Clichy, pas en politique. La politique, c'est un monde de faux culs où tout le monde joue au plus propre, et je ne prendrai jamais plus la carte d'un parti. Je veux faire du concret, changer la vie des gens.» Désormais, il s'identifie «gaulliste-chabaniste» , ce qui ne nous rajeunit pas. De Royal, il dit qu' «elle en a» ; de Sarkozy, qu'il a le mérite d'avoir laminé Le Pen. Et puis, «Nicolas» a toujours été «très correct» à son égard, contrairement à bien d'autres, tel Juppé «qui a déclaré "ça sent la merde", à l'annonce de mon retour», ou encore «Barnier qui ne me salue plus alors qu'à un moment je lui ai prêté un appartement à Val-d'Isère ...» Et voilà : Schuller a beau dire qu'il n'aspire qu'à tourner la page, il n'en finit pas d'affûter un énième Scud contre son ex-famille. Il annonce d'ailleurs qu'en cas d'échec aux municipales, il publiera un livre sur le RPR : «Je suis quand même obligé de raconter deux ou trois petites choses, hein...»

Au fait, pourquoi cette bio de Rubirosa ? «Il a eu une vie assez incroyable, avec un côté jamesbondien. Et puis il a complètement disparu des mémoires alors que sa mort, en 1965, a quand même fait quatorze pages dans Paris Match .» Il se défend de toute identification, mais le livre dit «je».
(1) Voir la Conquête de Clichy (1994), sidérant documentaire de Christophe Otzenberger.

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Bio express

Didier Schuller en 8 dates

8 juin 1947 Naissance à Paris.
1986-mars 1994 Directeur de l'office HLM des Hauts-de-Seine.
Mars 1994 Elu conseiller général.
Décembre 1994 Affaire Schuller-Maréchal.
9 février 1995 File aux Bahamas, puis à Saint-Domingue.
Février 2002 Rentre en France, passe 22 jours à la Santé.
Janvier 2007 Condamné en appel.
Mai 2007 Rubirosa, le séducteur du diable (Ed. du Moment).

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Le Parisien, 23 février 2008 p. 10 Clichy Didier Schuller, en campagne sans le dire

DIDIER SCHULLER est de retour. Invisible et omniprésent.

L'acteur principal de la rocambolesque « affaire Schuller­Maréchal », en 1995, pensait repartir à la conquête de Clichy-La-Garenne (Hauts-de­Seine). En le déclarant inéligible, la justice ne lui en a pas laissé le loisir.
L'ancien conseiller général RPR s' est donc résigné à hanter la campagne. Il apparaît rarement en public, ne distribue plus de tracts, et n'assiste discrètement qu'à de petites réunions: «Je ne vais au marché que pour acheter des poireaux et des pommes de terre », jure-t-il.

A Clichy, personne n'est dupe. Surtout pas son dernier cercle d'admirateurs, petits retraités qu'il a un jour dépannés d'un billet de 100 F de l'époque ou jeunes des quartiers sensibles qui parfois l'ont salué lorsqu'il séjourna à la prison de la Santé en 2002.

Rien, dans la campagne c1ichoise, n'échappe au retraité de la haute administration qu'est devenu l'énarque Schuller. Ses amis politiques aujourd'hui dispersés sur toutes les listes, de droite comme de gauche, prennent conseil auprès de lui.
Un tract vient même de lui rendre un singulier hommage en comptabilisant tous ceux (il y en aurait 7) que son mouvement le RPC (Rassemblement pour Clichy) aurait « parachutés » de­ci, de-là, y compris sur la liste du maire sortant socialiste, Gilles Catoire.
Un adversaire auquel Schuller trouve pamdoxalement plus de qualités qu'à la candidate UMP, la championne olympique de judo Marie-Claire Restoux, poussée là par le député et maire de Levallois Patrick Balkany, dont elle est la suppléante. Après l'avoir soutenue en décembre, Schuller s'est ravisé : « Elle est le Martinon de Neuilly, sans son niveau d'études! » soupire-t-il.

" J'ai été une sorte de Robin des bois "

Prévoyant, Schuller était allé chercher il y a un an dans le Val-de-Marne Patrice Hernu, le fils de Charles (ministre socialiste de la Défense de François Mitterrand) pour rallier la bannière du RPC.

Le mouvement n'a pas été en mesure de mener sa propre liste et Hernu se retrouve finalement 8e de la liste Restoux.
Les troupes de Schuller, dispersées, sont orphelines de leur leader historique. Lui fait mine d'avoir pris du recul et verse volontiers dans la nostalgie: « J'ai été une sorte de Robin des bois. J'ai pris aux entreprises et j'ai redistribué aux pauvres gens. »

Aujourd'hui, il vit à la campagne, s'adonne à la chasse, sa passion, et à l'écriture. Son portrait de « Rubirosa » sulfureux play-boy né à Saint-Domingue, homme d'affaires et agent secret, s'est vendu à 7 000 exemplaires.
« J'ai en préparation mes mémoires dans les Hauts-de-Seine », confie-t-il. Il n'en a pas terminé avec ce département et caresse l'idée d'être candidat dans quatre ans... aux élections législatives. MARTINE CHEVALET ET CHRISTINE HENRY

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La rumeur Schuller
Le Parisien, 11 avril 2008, p. 8

ON LE CROYAIT tout à l'écriture de ses Mémoires, retiré dans sa maison de Dreux, mais la rumeur donne à Didier Schuller un rôle dans le dossier Betancourt.
Le sulfureux conseiller RPR condamné à cinq ans d'inéligibilité dans l'affaire des HLM des Hauts-de­Seine jouerait les émissaires parallèles en Colombie.
Il activerait ses contacts sud-américains noués pendant ses années d'exil à Saint-Domingue, mais le bruit étonne vraiment l'intéressé.

«J'ai de très bons contacts là­bas, j'ai beaucoup sympathisé avec l'ancien chef d'état-major des armées, il m'a ouvert pas mal de portes. Mais je n'y suis pas retourné depuis septembre. »
Lui a-t-on soufflé d'intercéder en faveur de l'otage? « On me l'aurait demandé, je l'aurais fait bien sûr, mais personne ne m'a appelé. »
Schuller jure ne pas retourner à Bogotâ avant juin, « pour affaires ».

Un temps négociant en blé et vin, le voici intermédiaire dans l'installation d'usines de traitement de déchets et vendeur de lingerie fine... EMELINE CAZI

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Didier Schuller en garde à vue dans une affaire de trafic de nougats
L'ancien élu du RPR connaitra cette après-midi la décision du juge d'instruction sur sa responsabilité dans une affaire du trafic de nougats. Et ce n'est pas une blague.
LIBERATION.FR : mercredi 18 juin 2008

La garde à vue de l'ancien élu RPR Didier Schuller, entendu à Paris pour "escroquerie et blanchiment" dans une affaire de trafic de nougats dans la Drôme, a été prolongée de 24 heures, a-t-on appris ce mercredi de source judiciaire.

M. Schuller a été interpellé mardi en région parisienne dans le cadre d'une affaire instruite par un juge d'instruction à Valence et suivie par la section de recherches (SR) de la gendarmerie de Grenoble.

"Il s'agit des suites d'une affaire d'escroquerie au nougat dans la Drôme (...) Didier Schuller a été mis en cause par l'un des intervenants du dossier", a-t-on précisé de source judiciaire.

L'ancien élu proche de Charles Pasqua est entendu pour "avoir croisé en République dominicaine un petit caïd" de Romans-sur-Isère à l'origine du plus gros trafic de nougats découvert dans la Drôme, et "éventuellement profité -en connaissance de cause ou pas- de son argent", a-t-on ajouté de même source.

"M. Schuller apparaît par hasard, il n'est pas un commanditaire", a souligné la source.

Le caïd présumé, poursuivi par le juge d'instruction pour "escroquerie et blanchiment d'argent", aurait mis en place un réseau de vente à la sauvette de nougats.

Il est susceptible d'avoir croisé Didier Schuller en République dominicaine.(...) Là, il s'est passé quelque chose que l'enquête déterminera", a indiqué la source sans donner plus de précisions.

Interrogé par l'AFP, Me Fedida, l'avocat de Didier Schuller a déclaré que "tout est n'importe quoi" dans cette affaire. "Je me demande qui s'amuse à faire cela", s'est-il emporté, dénonçant "un tissu de mensonges".

Le juge d'instruction de Valence en charge du dossier doit décider "vraisemblablement dans l'après-midi" du sort de M. Schuller, a-t-on poursuivi.

Une information judiciaire avait été ouverte dès 2005 dans cette affaire "qui n'a rien à voir avec de précédentes affaires" concernant Didier Schuller.

L'ancien élu du RPR avait été condamné en janvier 2007 dans l'affaire des HLM des Hauts-de-Seine à 3 ans d'emprisonnement, dont deux avec sursis, 150.000 euros d'amende et 5 ans de privation de ses droits civiques, civils et familiaux, ce qui l'a rendu inéligible.

Ancien chef de l'opposition municipale à Clichy (Hauts-de-Seine), Didier Schuller a été condamné pour avoir fait financer illégalement par des entreprises son activité politique dans la ville qu'il voulait conquérir, en contrepartie de marchés de l'office HLM du département dont il était le directeur général entre 1988 et 1995.

L'affaire avait fait les gros titres de l'actualité en raison de sa rocambolesque cavale dans les Caraïbes pendant sept ans, notamment en République dominicaine. Il était rentré en France en février 2002.

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