Simone Jacob épouse Veil (1927-)
Février 2008. Contre la mémorisation de la shoah par les enfants de 10 ans voulu par Nicolas Sarkozy ; Ségolène Royal change d'avis et approuve
Octobre 2007. Une Vie : pour Sarkozy et contre Royal (et pour Rachida Dati). De Gaulle contesté ; re (Israël) ; pour mai 68 ; pour Chaban-Delmas ; ministre de Giscard (IVG) ; Françoise Giroud vertement cinglée ; Raymond Barre conteste la Présidente du Parlement Européen et est fustigé grave pour antisémitisme ; Bayrou out ; re-Bayrou out ; Chirac remercié
Avril 2007. Présidentielle. 2ème tour. Pour Nicolas Sarkozy. Toujours violemment contre François Bayrou
Avril 2007. Hommage du Crif à Simone Veil
Mars 2007. Présidentielle. 1er tour. Pour Nicolas Sarkozy. Violemment contre François Bayrou
Mai 2005. Simone Veil (membre du Conseil constitutionnel- violation de l'obligation de réserve) dit non à l'entrée d'Ankara dans l'Union européenne
Seul point commun entre les europhiles et les eurosceptiques, l'opposition à une adhésion de la Turquie
Comme Valéry Giscard d'Estaing, comme François Bayrou, Simone Veil n'est pas favorable à l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne.
L'ancienne présidente du Parlement européen l'a dit hier sur LCI : la Turquie n'a qu'«une très petite partie de son territoire géographique en Europe». Aussi, a-t-elle ajouté, «je n'ai jamais été favorable» à cette adhésion. En revanche, la Turquie «peut très bien avoir un traité d'association avec l'Union européenne et participer à un certain nombre d'actions de l'Europe».
Simone Veil est sur la même ligne que Valéry Giscard d'Estaing, dont elle fut autrefois le ministre. L'ancien président de la République s'est expliqué à plusieurs reprises. «95% du territoire de la Turquie et 92% de sa population sont situés en Asie, sur le plateau d'Anatolie, où le fondateur de la Turquie moderne, Kemal Atatürk, a choisi de déplacer la capitale du pays», faisait-il valoir récemment.
VGE observe aussi que la langue turque n'est pas indo-européenne et que la Turquie n'a été associée à aucun des mouvements qui fondent la culture européenne : «apport de la Grèce et de la Rome antiques, héritage religieux, élan créateur de la Renaissance, philosophie du siècle des Lumières, apport de la pensée rationnelle et scientifique».
Cette position est encore partagée par François Bayrou. Le président de l'UDF avait demandé au gouvernement, en octobre dernier, de soumettre au Parlement la recommandation de la Commission européenne sur l'ouverture des négociations avec la Turquie. Sans être suivi.
Ils ne sont pas les seuls à refuser l'entrée de la Turquie. L'UMP de Nicolas Sarkozy a pris position contre, s'opposant à Jacques Chirac. Comme les centristes, les souverainistes – Philippe de Villiers, Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Marie Le Pen – ont eux aussi l'opposition à l'adhésion turque pour cheval de bataille. Mais eux s'opposent aussi à la construction européenne, au traité constitutionnel et font campagne pour le non. Ceux-ci mis à part, les adversaires les plus farouches de cette adhésion sont donc, en même temps, les plus ardents défenseurs, depuis toujours, de la construction européenne et les plus chauds partisans du traité constitutionnel.
Il n'y a aucune contradiction et la position de ces UDF, ou anciens UDF, est cohérente. Ils militent, depuis le début, pour une Europe à vocation politique, appelée à devenir une fédération. Ils la veulent donc compacte, homogène par la culture, par l'histoire et par les aspirations, de sorte que puisse naître une identité européenne. «L'adhésion de la Turquie changerait la nature du projet européen», estime Valéry Giscard d'Estaing, selon qui «les élargissements successifs» ont déjà «accru le trouble des esprits».
Critiquant la position de Jacques Chirac, favorable à l'entrée d'Ankara, il regrette «cette fuite en avant d'une Europe non organisée». Et François Bayrou déclarait à l'Assemblée, lors du débat organisé le 14 octobre : «Nous croyons que l'Union européenne est une unité politique en construction. Or l'adhésion de la Turquie est un pas non vers l'unité de l'Europe, mais vers sa dispersion, à tous les points de vue.»
lefigaro.fr, Olivier Pognon, [12 mai 2005]
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vendredi 27 avril 2007, 23h26
"Ils ont dit" : déclarations du jour dans la campagne électorale
PARIS, 27 avr 2007 (AFP) - DEBAT ROYAL/BAYROU
- François Bayrou: "Lorsque j'ai tenu une conférence de presse mercredi, j'ai parlé de la part de Nicolas Sarkozy d'intimidation et de menace. C'est exactement là qu'on en est (...). Je n'en ai pas la preuve mais j'en ai la certitude".
- Ségolène Royal: "Je crois que le système médiatico-financier auquel est lié Nicolas Sarkozy a, comme le dit François Bayrou, essayé de faire en sorte que ce débat (avec le candidat UDF) n'existe pas".
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Simone Veil : Bayrou "est le pire de tous" NOUVELOBS.COM | 17.03.2007 | 10:13
Le candidat UDF est "une imposture", estime l'ancienne ministre centriste. "Tout ce qu'il a été capable de faire lorsqu'il était ministre de l'Education nationale, c'est de mettre un million de personnes dans la rue".
Selon le quotidien Le Parisien/Aujourd'hui en France du samedi 17 mars, Simone Veil, qui était invitée vendredi matin par le grand rabbin de France, Joseph Sitruck, élevé au grade de commandeur de la légion d'honneur dans les salons de l'Elysée, a qualifié la candidature de François Bayrou d'"imposture". "Tout ce qu'il a été capable de faire lorsqu'il était ministre de l'Education nationale, c'est de mettre un million de personnes dans la rue", au moment de la remise en cause de la loi Falloux sur le financement de l'école privée.
Simone Veil est aussi revenue sur son désaccord avec la proposition de Nicolas Sarkozy, dont elle préside le comité de soutien, de créer un ministère de "l'immigration et de l'identité nationale": "J'aurai préféré de loin Immigration et Intégration. Le choix des mots, c'est important en politique", commente-t-elle.
L'ancienne ministre de la Santé d'Edouard Balladur précise qu'elle n'était déjà pas d'accord avec les termes de "Karcher" et "racaille" employés par le ministre de l'Intérieur, mais affirme: "il faut choisir et j'ai choisi. Je ne suis pas socialiste et Bayrou c'est pire".
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Simone Veil : Nous ne sommes jamais sortis de la déportation
13/04/07
Après un texte de Paul Schaeffer, lu par Jean-Luc Landier, Directeur adjoint à l'administration et aux finances ; Anne-Marie Revcolevschi, directrice générale de la FMS ; David de Rothschild, Président de la FMS et Ady Steg, président de l’AIU ont rendu hommage à la fois avec sobriété et émotion à Simone Veil qui a présidé la FMS depuis sa création, de 2001 à février 2007.
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"Il faut sortir des dogmes, des idées préconçues, et des camps qui s'affrontent l'un contre l'autre"
- Nicolas Sarkozy: Ce sont "des procès de Moscou. Franchement, si rénover la vie politique c'est faire des procès de Moscou comme ceux auxquels on assiste depuis quelques heures, ce n'est pas de la rénovation de la vie politique".
"Tout cela me permet de noter que Canal+ m'obéit, voilà une bonne nouvelle. Mon Dieu, j'aurais dû y penser plus tôt".
- François Fillon, conseiller de Nicolas Sarkozy: "C'est un coup monté par François Bayrou pour continuer à garder les projecteurs braqués sur lui alors qu'il n'est pas au second tour"
- Vincent Peillon, porte-parole de Ségolène Royal : "Il y a eu, nous le savons par des sources diverses, des pressions, des menaces, des interventions politiques (...). Quelle France nous prépare Nicolas Sarkozy ? une France triste, brutale, monochrome, réduite au silence".
- Philippe Douste-Blazy, ministre (UMP) des Affaires étrangères: "Je vois que Nicolas Sarkozy rassemble, je vois que Ségolène Royal marchande et je vois que François Bayrou pleurniche".
- Simone Veil, soutien de Nicolas Sarkozy: "Il est extraordinaire que François Bayrou dise +je n'ai pas de preuve, mais j'en ai la certitude+. Il n'a pas besoin de preuve pour être d'une grossièreté et d'une violence extraordinaires".
- Jean-Pierre Raffarin (UMP): Mme Royal "fait aujourd'hui des oeillades à François Bayrou et joue ainsi son va-tout en espérant que la +confiture ministérielle+ attirera ce dernier".
Yahoo.fr, actualités, vendredi 27 avril 2007, 23h26
NOUVELOBS.COM | 17.03.2007 | 10:13
13/04/07
Le Parisien, dimanche 16 décembre 2007, p. 5
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Extrait. Une Vie. pp. 276-277
C'est dans ce même gouvernement (Balladur, 1993-1995) que j'ai fait la connaissance d'un homme aussi vif qu'intelligent, infatigable travailleur, exceptionnellement au fait de ses dossiers: Nicolas Sarkozy.
Je me souviendrai toujours de la discussion que j'ai eue avec lui à propos
de mon budget. Jeune ministre, a priori inexpérimenté, il connaissait nos chiffres mieux que la directrice du budget elle-même!
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Extrait. Une Vie, pp. 268-269
J'ai hésité pendant quelques instants à lui demander (note : 1993, gouvernement Balladur)le ministère de la Justice. Je pense qu'il aurait pu me donner son accord, mais je me suis aussitôt ravisée. Malgré le vif intérêt que j'aurais trouvé à diriger une maison que je connaissais bien et que j'avais beaucoup aimée, je savais que, sans assise politique forte, la tâche qui m'y attendait serait difficile, sinon impossible.
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Extrait. Une Vie, pp. 124-125
En dépit de ces turbulences, et contrairement à beaucoup de nos concitoyens, je confesse que le départ de de Gaulle en janvier 1946 ne m'était pas apparu comme une catastrophe nationale.
Il avait tellement voulu jouer la réconciliation entre les Français qu'à mes yeux les comptes de l'Occupation n'étaient pas soldés. Au procès de Laval, comme à celui de Pétain, il n'y avait pas eu un mot sur la déportation.
La question juive était complètement occultée. Du haut au bas de l'État, on constatait donc la même attitude : personne ne se sentait concerné par ce que les Juifs avaient subi.
On peut
imaginer ce que cela avait de choquant pour tous ceux dont la Shoah avait bouleversé l'existence.
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Extrait. Une Vie, pp. 164-166
C'est pourquoi, face aux drames humains qui présidaient à la naissance d'Israël, et après que les Anglais eurent reconnu leurs torts envers les réfugiés, la soudaineté du conflit entre Israéliens et Arabes m'a surprise.
Sans doute naïvement, j'avais imaginé que de part et d'autre, le découpage effectué par l'ONU serait accepté. Je vécus donc avec beaucoup d'inquiétude la première guerre, qui éclata dès 1948.
Ensuite, lors de la crise de Suez, en 1956, j'ai pris la mesure du nationalisme arabe. Une évidence éclata alors au
grand jour : l'Egypte représentait pour Israël la menace principale. A cette époque les Palestiniens n'avaient pas la capacité d'entreprendre le combat, et seuls les Égyptiens paraissaient capables de vaincre l'État juif.
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Extrait. Une Vie, pp. 153-154
J'ai pourtant passé là cinq années fécondes et variées (note, à la Direction des Affaires civiles du Ministère de la Justice). J'avais le sentiment d'être en prise directe avec le pouls de la société, de mieux en comprendre les attentes et de participer à la mise en place de réformes nécessaires, importantes, mais également tardives, ce qui me donnait l'impression qu'il fallait galoper plus vite pour rattraper les retards accumulés par le droit sur le mouvement de la société.
C'est la raison pour laquelle les événements de mai 1968 m'ont plus passionnée que surprise. Ils représentaient une remise en cause des hiérarchies, d'ailleurs moins celles des intelligences et des talents que celles des fonctions. Contrairement à d'autres, je n'estimais pas que les jeunes se trompaient : nous vivions bel et bien dans une société figée.
Mai 68 fut très largement la contestation des patrons d'universités, des pontes de la médecine, des ministres, des chefs d'entreprise, de tous les mandarins qui croyaient détenir leurs pouvoirs d'une sorte de droit divin. Ce mouvement exprima d'abord un vaste besoin de s'affirmer, de prendre la parole, à la Sorbonne, à l'Odéon ou ailleurs. Contrairement à ce que répétaient les ténors de la droite, tout ne se résumait donc pas à des délires gauchistes; une réelle envie de faire bouger les choses se faisait jour au sein de la jeunesse. À l'époque, nous habitions à l'angle de la rue Danton et de la place Saint-André-des-Arts, dans un appartement dont le balcon courait autour de l'immeuble. Il faisait la joie de nos enfants et de leurs amis, qui venaient là comme au spectacle, quand ils n'étaient pas dans la rue à conspuer les CRS, qui ne le méritaient généralement pas : arrachés vingtquatre heures plus tôt à leur province, ils faisaient en réalité ce qu'ils pouvaient pour contenir les débordements de ce qui s'apparentait encore à un gigantesque monôme. Par la suite, de nos trois enfants, c'est toujours Nicolas qui se sentit le plus concerné, manifestant sans cesse, contestant les « mandarins », partant en expédition aux usines de Flins, et se faisant ramasser par la police.-------
Extrait. Une Vie, pp. 171-172
Fin mars 1974, visitant le Népal en coup de vent avec Jacqueline Auriol, ayant toujours au cœur la nostalgie de la pénitentiaire, comment aurais-je pu imaginer que, moins de deux mois plus tard, je serais membre du gouvernement Chirac formé après l'élection de Valéry Giscard d'Estaing ?
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Extrait. Une Vie, pp. 178-179
Parmi les personnalités qui composaient le gouvernement, la seule que je connaissais auparavant était Françoise Giroud, croisée chez Marcel BleusteinBlanchet. Comme elle se retrouvait en charge du nouveau département de la Condition féminine, il
me semblait normal de travailler avec elle.
Dès les premiers jours de nos prises de fonctions, je l'ai donc appelée pour lui proposer des opérations communes. Elle pourrait recueillir les demandes des femmes, nous en parlerions ensemble, et mon ministère lui apporterait son soutien financier, puisque le budget du sien était famélique.
Françoise m'a écoutée poliment, mais, quelques jours après, j'ai eu la surprise de découvrir un écho assez ironique et désagréable dans L'Express.
J'en ai conclu qu'il ne servait à rien de soumettre une quelconque idée à une femme qui faisait profession d'en produire à longueur d'articles.
La cause des femmes l'intéressait-elle vraiment d'ailleurs ? Je n'en suis pas convaincue. Elle avait, avec une plume remarquable, une personnalité brillante, savait parfaitement jouer des formules assassines - on se rappelle sa phrase terrible à propos de la campagne présidentielle de Chaban : « On ne tire pas sur une ambulance » -, mais son militantisme et ses engagements réels au profit de la cause des femmes étaient sans doute moins forts que son sens médiatique hors pair ne le laissait croire.
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Extrait. Une Vie, pp. 186-188
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Extrait. Une Vie, pp. 216-218
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Extrait. Une Vie, pp. 241-244
Depuis des années j'étais sensibilisée à ce problème de l'avortement; pas seulement en tant que femme, mais en tant que magistrat. Comme la plupart de mes collègues, j'étais effarée des drames dont je pouvais avoir connaissance.
Et puis, l'attitude particulièrement réactionnaire de certains juges me choquait. Sévissait à l'époque un juge d'instruction, spécialisé dans les affaires médicales, qui s'acharnait à poursuivre les médecins ayant pratiqué des avortements afin de leur interdire à vie l'exercice de la médecine.
Il se comportait comme un fou furieux, mais la loi le lui permettait. Nous étions donc un certain
nombre à la chancellerie qui militions en faveur d'un nouveau texte. Ainsi, à la Direction des affaires criminelles se trouvait un magistrat, Christian Pierre, en charge de ces affaires. A chaque changement de gouvernement, il adressait au nouveau ministre une note visant à le sensibiliser à l'urgence de ce problème. Mais les gardes des Sceaux se succédaient, et aucune loi n'apparaissait.
C'est alors que Michel Poniatowski a compris que la question devait être tranchée par son ministère, celui de la Santé, et non par celui de la Justice. Un temps, il avait envisagé de me confier la présidence d'une commission sur ces questions, car il savait que je m'y intéressais. Mais avec la mort de Georges Pompidou, les événements s'étaient précipités, et voilà que je me retrouvais en charge de ce dossier explosif. J'en connaissais l'urgence, mais aussi les écueils, et je n'avais garde de sous-estimer les oppositions qu'il me faudrait combattre, à la fois dans l'opinion et au Parlement.
Giscard n'ayant pas dissous l'Assemblée, je savais que bientôt se dresseraient face à moi ces mêmes députés qui, un an plus tôt, avaient refusé de voter un texte pourtant bien plus timide que celui qui allait leur être soumis.
Du moins pouvais-je compter sur l'appui inconditionnel du Président. Son Premier ministre, en revanche, se montrait plus réservé. Aux yeux de Jacques Chirac, le pays se trouvait confronté à des problèmes autrement plus urgents que l'IVG.
Pourquoi Giscard s'acharnait-il donc à vouloir résoudre
celui-là en premier? « Les femmes se sont toujours débrouillées. Elles continueront à se débrouiller », tranchait Chirac avec le solide aplomb qu'on lui connaît.
Toutefois, la fidélité du personnage est ainsi faite qu'à partir du moment où le président de la République eut réaffirmé avec force qu'il voulait ce texte, Jacques Chirac n'a pas ménagé son soutien à mon égard et tout mis en œuvre pour que la loi soit votée.
Dans le camp gouvernemental, tout le monde se préparait donc à la bataille, le Président, le Premier ministre, le ministre d'État Michel Poniatowski, moi-même ... Tout le monde, ou presque.
De ma première année de présidence, je conserve un bon souvenir, entaché cependant d'un incident budgétaire désagréable.
Il fit même plus en dépêchant le secrétaire général du gouvernement, afin de tenter de me faire céder.
Peine perdue. Celui-ci eut beau téléphoner vingt fois pendant notre conversation, alerter les journalistes sur ma « trahison » à l'égard de la France, élever le ton pour me rappeler à mes « devoirs envers mon pays », rien n'y fit. J'ai fait savoir à M. Barre que mon rôle était d'assumer la décision des eurodéputés, et ce malgré les risques de conflits éventuels avec tel ou tel gouvernement. Ma position n'était pas la plus confortable qui se puisse imaginer. En revanche, elle me valut un supplément de crédibilité au Parlement européen.
L'affaire n'en resta pas là. Dès le vote du budget, le gouvernement français forma un recours devant la Cour de justice européenne, nous contraignant à fonctionner jusqu'à l'été à coups de douzièmes provisoires. Finalement, la Cour de justice proposa un compromis et les choses s'arrangèrent. L'épisode demeura néanmoins significatif des tensions qui existaient alors entre États membres et eurodéputés. Audelà de la somme en jeu, et malgré une situation humanitaire en Afrique que tout le monde s'accordait à juger dramatique, une question de principe était posée. La thèse de Raymond Barre, juridiquement fondée, était que le Parlement ne pouvait pas outrepasser, si peu que ce fût, la marge budgétaire dont il était en droit de disposer.
On imagine
combien la position des eurodéputés était différente. J'estime qu'ils étaient dans le vrai, sinon juridiquement, du moins politiquement.
Ce n'était pas la première fois que les réactions de celui qui avait été mon Premier ministre me surprenaient.
Dès 1978, un dérapage verbal en Conseil des ministres avait bien failli mettre le feu aux poudres.
Raymond Barre avait évoqué le « lobby juif » dans des termes que j'avais jugé déplacés. Après le Conseil, j'avais déclaré au Président qu'en cas de nouvelle sortie de son Premier ministre sur le prétendu « lobby juif », je quitterais aussitôt le gouvernement en disant pourquoi.
J'avais participé à la manifestation qui dénonçait de tels propos.
Plus tard, j'ai encore constaté sa tendance à tenir l'action d'autrui pour quantité négligeable. Aux élections présidentielles de 1988, sa candidature, que j'avais vigoureusement soutenue, recueillit seize pour cent des suffrages, le plaçant loin derrière Mitterrand et Chirac.
Face à son équipe de campagne, réunie au grand complet à la Maison de l'Amérique latine, il s'en prit aux centristes, responsables selon lui d'avoir fait échouer sa campagne. Seuls les gens de ses réseaux avaient travaillé; les autres n'avaient rien fait.
Jean François-Poncet, mon voisin, me susurra : « Mieux vaut en rire. Une autre fois, on le laissera seul avec des proches aussi efficaces! » On ne peut pas dire qu'avant de disparaître il ait cherché à corriger son image en vantant les mérites de Bruno Gollnisch ou en se lançant dans un éloge posthume de Maurice Papon. Il n'empêche, tout atypique qu'il était, sa disparition a privé l'échiquier politique d'un homme d'Etat courageux.
Il y eut plus choquant encore. Unanimes ou quasi, les leaders de droite approuvaient cette stratégie, dont l'objectif claironné était de faire barrage à la gauche. Raymond Aron lui-même, dans L'Express, tint des propos dérangeants : «La seule Internationale de style fasciste dans les années 1980, elle est rouge et non pas brune.» Seul Bernard Stasi, le courageux maire d'Épernay, et moi-même élevâmes de vives protestations. Raymond Barre dénonça mon attitude, tandis que Jacques Chirac, qu'on devait connaître mieux inspiré par la suite, affirma que « quatre pèlerins du FN à Dreux » n'étaient rien face « aux quatre communistes au Conseil des ministres ». La suite de la montée en puissance du Front national a malheureusement donné raison à l'attitude d'alerte que nous avions adoptée, Bernard Stasi et moi. Le parti de Jean-Marie Le Pen n'en resterait là, ni dans ses provocations outrancières, ni dans ses victoires électorales.
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Extrait. Une Vie, pp. 249-251
Tout au long de la législature (note : législature européenne 1984-1989), nous nous opposâmes maintes fois aux gaullistes, ce qui me conforta dans l'idée que, malgré ses charmes, on ne pouvait pas vouloir l'unité à n'importe quel prix.
Cinq ans plus tard, lors de la troisième édition de ces mêmes élections européennes, la situation politique avait à nouveau changé. Valéry Giscard d'Estaing, remis de sa défaite de 1981, souhaitait revenir sur le devant de la scène.
Se saisissant de l'opportunité que représentaient les élections européennes, il voulut présenter une liste avec le RPR, comme nous l'avions fait cinq ans plus tôt.
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Extrait. Une Vie, pp. 287-288
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Extrait. Une Vie, pp. 317-320
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Mémoire de la Shoah : Simone Veil juge "insoutenable" la proposition de Nicolas Sarkozy
LEMONDE.FR avec AFP | 15.02.08 | 16h59 • Mis à jour le 15.02.08
Interrogée par L'Express.fr, elle juge, vendredi 15 février, que cette proposition est"inimaginable, insoutenable, dramatique et surtout, injuste".
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Au demeurant, mon militantisme fut de si courte durée que la question ne se posa même pas.
En novembre 1997 était organisée une journée de réflexion au cours de laquelle j'espérais que nous discuterions enfin de thèmes généraux intéressant la société française.
En l'absence de François Léotard, retenu à un colloque sur le Front national, la séance était présidée par François Bayrou. Un certain nombre de sujets furent abordés, notamment celui de la parité entre hommes et femmes, à laquelle François Léotard avait fait savoir qu'il était favorable.
Ensuite, l'échange de vues s'étendit au Front national et aux problèmes d'immigration. Je fis part des travaux du Haut Conseil à l'Intégration, en insistant sur l'urgence de positions claires sur les questions concernant les étrangers. Le débat s'engagea. Je me suis un peu enflammée, rappelant qu'il fallait avancer sans crainte sur toutes ces questions de société. Je trouvais que l'UDF demeurait trop timide, trop soucieuse de ne pas heurter la droite, et que le temps était venu pour elle de se définir clairement. Quelle ne fut pas alors ma surprise d'entendre François Bayrou m'en faire le reproche. « Avec de telles idées gauchistes, vous allez faire fuir notre électorat ! » m'at-il soudain lancé. Je ne me le suis pas fait dire deux
fois. La réunion devait se poursuivre l'après-midi. Je n'y suis pas retournée.
J'ai ainsi quitté l'UDF, sans regrets.
Je devrais plutôt savoir gré à François Bayrou de m'avoir pratiquement mise à la porte. Tout bien pesé, je n'étais pas faite pour de telles pratiques. Je manque de la souplesse nécessaire et, de surfroît, je suis incapable de travestir mes convictions. A partir de ce moment, je n'ai plus fréquenté aucune formation politique, UDF ou autre, et je ne m'en suis pas plus mal portée. Qu'aurais-je pu y apprendre, qu'aurais-je pu y faire? Rien.
Je n'ai jamais eu le désir de faire carrière et entends rester fidèle aux principes qui sont les miens. La politique me passionne, mais dès qu'elle devient politicienne, elle cesse de m'intéresser.
Il y a quelques années, alors que nous nous approchions de la fin du siècle de l'Holocauste, la France a fait un effort de vérité que l'on n'osait plus espérer.
Entamant aussitôt ses travaux, elle découvrit l'ampleur et les difficultés de la tâche qui lui était confiée plus d'un demi-siècle après les événements auxquels il lui fallait se référer.
La commission Mattéoli a rendu son rapport en mai 2000. L'ampleur des spoliations frappa alors l'opinion. Le groupe avait examiné avec le plus grand soin les conséquences de l' « aryanisation » de quelque cinquante mille entreprises juives, la situation des quatre-vingt-dix mille comptes bancaires juifs bloqués, les contrats d'assurances jamais honorés, les trente-huit mille appartements vidés de leur mobilier, les biens des Juifs internés versés à la Caisse des dépôts et consignations, sans oublier les droits d'auteurs-compositeurs juifs bloqués à la Sacem. Ainsi ses travaux touchaient-ils tous les secteurs de l'économie, industrie, commerce, services, création artistique, et de la fonction publique.
Tout ce qui pouvait être restitué aux familles juives le fut, mais la commission ne se borna pas à cette prescription de saine justice.
Elle mit en avant le devoir pour la France de perpétuer le souvenir et l'enseignement de l'histoire de la Shoah. Dans cet esprit, elle demanda que les fonds publics et privés des spoliations qui ne seraient pas réclamés par leurs détenteurs ou leurs ayants droit décédés soient versés à une fondation consacrée à la mémoire de la Shoah. Celle-ci a aussitôt été mise en place, et le Premier ministre Lionel Jospin m'a demandé d'en accepter la présidence. J'en ai été profondément honorée. Il me créditait des qualités requises pour veiller au sort de cette fondation : je ne participais à aucune instance juive, ce qui à ses yeux constituait un gage d'indépendance, mais j'étais une ancienne déportée et j'entretenais de bonnes relations avec l'Etat.
C'est le propos de Jacques Chirac qui, je pense, a conduit les membres de la commission Mattéoli à une vision aussi large du rôle de la fondation. Ses statuts ne mentionnent pas seulement le sort fait à la population juive, mais celui qu'ont subi les Tziganes. Sa vocation n'est pas uniquement sociale, mais s'étend au domaine culturel.
Elle peut d'autant plus inscrire ses diverses missions dans le long terme qu'elle dispose de fonds importants, dont les intérêts ont jusqu'à présent suffi à financer les projets.
Une pan du budget est consacrée au musée du mémorial, qui abrite à la fois le mur des déportés et le mur des Justes, et où sont rassemblés les souvenirs et photos qui attestent de la souffrance des Juifs dans les camps français où ils furent internés.
Je n'oublierai jamais l'intense émotion qui m'a étreinte lorsqu'un employé m'a montré un petit carnet semblable à ceux qu'utilisaient jadis les commerçants, avec souches et reçus, et sur lequel était consignée la somme de sept cents francs prise à ma mère lors de notre arrivée à Drancy.
Papier dérisoire, preuve accablante, s'il en était encore besoin, du mélange de rigueur paperassière et d'aveuglement moral de l'administration. Alors que semaine après semaine, les convois de déportés partaient pour Auschwitz, de zélés fonctionnaires remplissaient des carnets à souche et remettaient des reçus aux Juifs.