Maurice Arreckx

Mort du «parrain» de Toulon. L'ex-politicien trouble du Var Maurice Arreckx est décédé à 83 ans *

En 1982, Maurice Arreckx se présente à une banque suisse, il veut ouvrir un compte. Il a choisi le nom de code «Mickey». Refusé: c'est déjà pris. Alors, «Zorro»? Pris aussi. Tant pis, ce sera «Charlot». Un rigolo, Momo. Maurice Arreckx est décédé hier matin, à 83 ans, à l'hôpital Font Pré de Toulon, des suites d'un cancer. Il a été maire de Toulon pendant un quart de siècle (1959-1985), président du conseil général du Var pendant près de dix ans (1985-1994), député, sénateur.

Comptes en Suisse.
Un jour, il dira: «Je suis le parrain politique du Var.» Pour rigoler, toujours. Là où il était sérieux, c'est quand il versait, sur ses comptes suisses, ses «charités secrètes», c'est-à-dire les «dons» remis par les entreprises. Des sous-fifres de Momo auraient réclamé «une subvention pour la caisse électorale». Pas du tout, l'entreprise l'aurait sollicité, rétorquait-il: «J'ai eu le tort d'accepter, mais je n'ai jamais demandé un sou.» Encaissé, oui. Il ouvrira d'autres comptes en Suisse, pour ses enfants. Son fils choisira «Spirou». Sa fille, «Waterloo». «Elle avait senti le désastre à venir», commentera une magistrate. Le désastre, pour cet homme de droite, ce fut l'assassinat de la députée Yann Piat, en 1994: lors de l'enquête, on découvre, via une écoute téléphonique, que Jean-Louis Fargette, patron du milieu, sait qu'Arreckx et un de ses conseillers ont «obtenu des commissions sur les marchés» pour «au moins 30 millions de francs» en dix ans.

Deux fois condamné pour recel d'abus de confiance, en 1997 (quatre ans, dont deux avec sursis) et en 2000 (trois ans ferme, peine confondue avec la précédente), Arreckx fut deux fois emprisonné. Devant le tribunal, il demandera à s'asseoir pour croquer un sucre, parce qu'«il paraît que je ne me suis pas assez sucré. Ah! Ah!». Son homme de confiance soutiendra qu'il pouvait, uniquement au vu de l'épaisseur d'une enveloppe, estimer qu'«elle devait contenir au moins 500.000 francs». Ça, c'est du professionnalisme.

On prétend qu'il tenait d'un de ses prédécesseurs à la mairie, Marius Escartefigue, cette maxime: «La justice pour tous, les faveurs pour mes amis.» Certains lui feront la faveur d'une larme, lors de ses obsèques, samedi, à l'église Saint-Louis de Toulon.
* Par MICHEL HOLTZ, Libération, 22 mars 2001, p. 15.

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