Un portrait du Monde, "le Roi nu", l'histoire d'une déchéance (Novembre 2008)
Paul-Loup Sulitzer

09 octobre 2012 : Bis repetita, comme en 2006, "bizz" en Belgique
29 avril 2011 : "Content" de la décision d'appel patriotique relaxant Charles Pasqua dans l'Angolagate
27 octobre 2009 : Condamné dans l'affaire de l'Angolagate
11 février 2009 : Angolagate, lourdes réquisitions, sauf pour Attali
26 novembre 2008 : Angolagate,
24 octobre 2007 : Déception, pas de modification de son contrôle judiciaire
1er avril 2007 : Toujours l'Angolagate, avec Mitterrand, Pasqua, Attali, et les autres ...
12 octobre 2006 : Pour fuir le "parisianisme" Paul-Loup s'exile ... en Belgique
23 novembre 2005 : Appels malveillants : Paul-Loup victime ?
20 octobre 2005 : Toujours "érotique" avec Eva (24 ans)?
13 septembre 2005 : "Je suis ruiné"
22 juin 2005 : 6 mois avec sursis pour fraude fiscale
08 septembre 2004 : Le fisc lui réclame 470 000 euros
19 juin 2004 : Appels malveillants
03 mai 2004 : Le rendez-vous de Montréal
28 avril 2004 : Renvoi en septembre
3 mars 2004 : Paul-Loup accablé
24 août 2003 : Paul-Loup veut apprendre aux Français à s'enrichir
13 mars 2003 : La belle-mère contre-attaque ...
29 janvier 2003 : Belle-mère en garde à vue ...
14 juin 2002 : Epoux Sulitzer : les plaintes se multiplient
05 juin 2002 : Delphine Jacobson, épouse Sulitzer, accuse : « J'ai découvert un monde de manigances »
04 juillet 2001 : Les recettes du système Sulitzer
21 décembre 2000 : Sulitzer, entre littérature et finances

Paul-Loup Sulitzer, 54 ans, placé jeudi 21 décembre 2000 en garde à vue dans le cadre d'une enquête sur une affaire de blanchiment d'argent entre la France et l'Afrique, se qualifie lui-même de "metteur en livre" et non pas "d'auteur".

Paul-Loup Sulitzer, qui connut avec ses livres un très grand succès populaire dans la décennie 80, a mis en place un très efficace "système" consistant à construire et rédiger ses ouvrages avec l'aide de nombreux collaborateurs (documentalistes etc) et à les promouvoir avec les techniques de marketing les plus poussées.

Redoutable homme d'affaires, il a été qualifié par le mensuel Lire de "financier ayant fait de la richesse sa philosophie". "J'ai toujours payé de 250.000 à 300.000 F d'impôts par mois à l'Etat français, sans jamais penser à me planquer au Lichtenstein", a-t-il par ailleurs dit, assurant être plus "démerdard" qu'"intelligent".

Paul-Loup Sulitzer a commencé sa carrière comme fabricant-créateur et importateur de porte-clés, étant le plus jeune Pdg de France, entre 1964 et 1966. Il a créé ensuite la société Europe Service Publicité et est devenu Pdg de la société Cinderalla-Productions. Il a travaillé comme consultant international. Depuis 1985, il est Pdg de la société PLS.

En 1998, Paul-Loup Sulitzer avait été placé en garde à vue durant quelques heures à Paris afin de s'expliquer sur une ancienne rémunération de 5 MF par le Pdg de la Financière de Valois, Michel Coencas. Il n'avait pas été déféré devant la justice à l'issue de cette garde à vue.

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Les recettes du système Sulitzer

Paul-Loup a vendu des porte-clefs, des conseils et beaucoup de livres, concoctés "en équipe" avec des archivistes et un porte-plume de talent. Puis il a cédé à la tentation en acceptant les "avances" du marchand d'armes Pierre Falcone. Aujourd'hui il est mis en examen, au côté de Charles Pasqua et de Jean-Christophe Mitterrand. Les dessous d'une réussite menacée

LE press-book de Paul-Loup Sulitzer tient de l'album de famille et du catalogue de La Redoute. "C'est juste un outil commercial", insiste-t-il pour justifier la kyrielle de photos sur lesquelles il s'affiche, au côté de tous ceux qui peuplent les magazines people. Des stars hollywoodiennes de passage - Elizabeth Taylor, Jack Nicholson, Harrison Ford, Morgan Freeman ou Steven Spielberg - aux vedettes de l'Hexagone - Aznavour, Delon, Hallyday, Mireille Mathieu. Comme si un photographe était accroché à ses basques pour ne pas perdre une poignée de main ou un coudoiement.

En compagnie des politiques - de droite, à l'exception de Roland Dumas -, celui qui estime se situer "au centre gauche"semble également en représentation. On le voit ainsi avec Valéry Giscard d'Estaing, Alain Madelin, Jacques Toubon, François Léotard, qui, en 1986, lui a remis la médaille de l'ordre national du Mérite en saluant "notre nouvel Alexandre Dumas", Jean-Louis Debré, qui l'a fait officier du même ordre, Philippe Douste-Blazy, qui, en 1995, lui a confié "une mission de réflexion sur les moyens d'améliorer l'exportation des biens culturels à l'étranger", ou Charles Pasqua, mis en accusation aujourd'hui dans la même affaire que lui.

Plusieurs clichés immortalisent ses rencontres avec Jacques Chirac, lequel, en 1987, lui avait remis la médaille de vermeil de la Ville de Paris avec une dédicace vraiment... amicale : "A mon ami Paul-Loup Sulitzer, en témoignage d'estime, de reconnaissance et d'amitié." En 1988 comme en 1995, PLS avait pris part à sa campagne pour la présidentielle. Le 29 juin 1993, c'est en qualité de maire de Paris que M. Chirac a célébré le troisième mariage de Paul-Loup, devant Johnny Hallyday et Line Renaud, ses témoins. Depuis que Jacques Chirac est à l'Elysée, PLS n'aurait revu qu'une fois "l'homme chaleureux qu'on a envie d'avoir comme copain".

Même autocélébration au siège de PLS international SA, devant lequel un chauffeur attend au volant d'une limousine noire. Tous les murs, du salon d'attente à son vaste bureau, sont tapissés de posters de l'auteur ou de jaquettes géantes de ses succès. Avec la sagesse de l'âge, PLS dit avoir compris que, outre l'amour de ses enfants, "la seule chose importante est de pouvoir se regarder dans la glace". Pas besoin de miroir pour buter constamment sur son portrait, en costume croisé ou en polo siglé PLS : 1,70 mètre, 97 kilos, un petit homme replet de 54 ans, une icône. Le sommet de la personnalisation a été atteint en 1993 avec la publication du Régime Sulitzer - préfacé par le professeur Christian Cabrol, élu tibériste de Paris -, dont l'auteur semble hélas avoir oublié la recette, mais qui lui avait permis de perdre 26 kilos. Le stress a sans doute sa part dans cette rechute. Depuis son implication dans l'affaire Falcone, Paul-Loup sent le soufre et compte ses vrais amis.

Mis en examen pour "recel d'abus de biens sociaux, recel d'abus de confiance et trafic d'influence", il ne conteste pas avoir perçu 1,8 million de francs mais affirme tout ignorer du trafic d'armes. "Il y a vingt ans que je n'ai pas mis les pieds en Afrique, et je ne serais pas capable de dénicher un pistolet à bouchon. Dans cette histoire, je suis l'ébéniste qui livre un meuble et constate qu'il y a du pognon à prendre. Je paye une connerie..." Il dit avoir "sympathisé" avec Arcady Gaydamak, l'homme d'affaires russe, au Festival de Deauville. "Plus tard, il m'a présenté à Pierre Falcone, alors installé à la Sofremi auprès de Charles Pasqua, qui m'a dit : 'J'aime bien ce que vous faites. J'aurais peut-être besoin de vous pour lancer ma concession de panneaux publicitaires en Chine, pour me présenter des gens du show-biz ou pour écrire un livre sur l'Angola.' Après, quand j'ai proposé de lui rembourser son avance, il m'a répondu : 'Non, mon petit, on verra ça plus tard'."

Avant d'en inventer, Paul-Loup a eu un vrai héros : son père, Jules, immigré juif de Roumanie, qui a fait fortune en créant l'entreprise de remorques Titan. Lorsque la guerre éclata, il s'engagea puis participa à la Résistance. Ce père vénéré, PLS l'a perdu lorsqu'il avait dix ans, en 1956. Pour lui, la fin de la vie de château marqua le début des "années grises". "Je n'ai pas eu d'enfance, confesse-t-il, rongé que j'étais par le chagrin et les soucis pour ma mère, trahie par les associés de mon père, assaillie par les requins." S'ajoutera bientôt la crainte d'être spolié d'un héritage qu'il ne récupérera, partiellement, qu'à vingt-huit ans. Une longue mauvaise passe qui fera naître en lui un goût effréné pour la "revanche".

"J'ai fait HEC, hautes études communales", sourit PLS, qui a abandonné le lycée Janson-de-Sailly à seize ans. Suivent des petits boulots : assistant-porteur de sandwichs sur des tournages publicitaires, responsable d'équipes d'ouvriers espagnols dans une entreprise de nettoyage. Puis un départ vers Israël pour partager, six mois durant, la vie d'un kibboutz, sans vraies convictions - "je n'oublie pas mes origines, mais je suis totalement laïque." Rentré en France, l'adolescent se lance dans le... porte-clefs. S'appuyant sur la mode, il crée un club de collectionneurs qui établit la cote des breloques et, dans le même temps, il en fait fabriquer dont l'"homologation" est assurée par ses soins. "J'avais ainsi un quasi-monopole, et j'ai fait de l'argent."

IL en "fera" beaucoup plus en devenant, à vingt et un ans, "le plus jeune PDG de France". Son créneau : l'importation des gadgets repérés à Londres, qu'il fera bientôt confectionner en Extrême-Orient. Grâce à lui, la France gaullienne découvre le chausse-pied lumineux, le gratte-dos électrique, le "kit du séducteur" et autres "objets de communication marrants et pas chers", qui se vendent comme des petits pains. Paul-Loup fait la "une" de L'Express et peut s'offrir un appartement, une voiture de sport, des voyages. Mais, sentant le vent tourner, il revend sa société avant Mai 68 et le rejet de la société de consommation.

"J'avais les dents qui rayaient le parquet, mais aucun bagage", avoue-t-il. Alors, pour apprendre le métier de la finance qui le fascine, PLS intègre une holding où il s'initie à la manière de gérer des biens, de "monter" des immeubles comme une mayonnaise. Il "pige vite" : quatre mois d'apprentissage lui suffiront pour se considérer comme "un homme de terrain". "Dès les années 1960, j'ai senti venir la mondialisation et je me suis intéressé aux échanges de produits et de valeurs, aux mécanismes de la spéculation. A la différence de ceux qui sortent de l'ENA mais ne rêvent pas, j'ai appris à imaginer des opportunités pour les autres. Or il y a plein de gens que le fric, ça emmerde..."

C'est donc par "vocation" que PLS s'établira consultant financier, "quelqu'un qui monnaye ses connaissances et ses relations". Même si elle a pignon sur la rue du Faubourg-Saint-Honoré, cette activité "d'influence" est au moins aussi mystérieuse que sa pratique de romancier.

Agathe Godard, potinière à Match, est à l'origine du fabuleux destin éditorial de Paul-Loup. "A l'époque, il était plus mince et plus drôle, portait des tuniques indiennes et les cheveux longs. J'avais raconté son histoire dans un bouquin consacré aux jeunes gagneurs et je l'ai fait connaître à Philippe Scali, éditeur chez Denoël." Philippe Scali confirme : "La première fois que je l'ai rencontré, en 1979, c'était pour un déjeuner dans son appartement, avenue Raphaël. On l'a appelé au téléphone : 'Ecoute Raymond, je déjeune avec mon éditeur, je ne peux pas te parler, je te rappelle.' Et, en raccrochant, il m'a glissé : 'C'était Barre, je suis son conseiller'."

L'éditeur virtuel l'ayant introduit auprès du directeur de Denoël, l'idée germe alors de produire "un western financier". Il faut une plume, le choix se porte sur Loup Durand, journaliste et écrivain, nomade et plutôt doué. L'un apporterait les idées, l'autre écrirait. "Ils se sont partagé à 50-50 un à-valoir exorbitant dont Sulitzer a finalement demandé qu'il soit réinjecté aux quatre cinquièmes dans la publicité du livre, y compris sur les radios", raconte M. Scali. Le marketing littéraire est né.

Avec Money, publié en 1980, Sulitzer crée un héros, Franz Cimballi - "un Monte-Cristo moderne, un peu mon jumeau" -, qui fait un tabac. Après Money viendront Cash et Fortune, puis le duo élargit son espace, saturé d'OPA, avec une épopée planétaire, Le Roi vert. Publié en 1983 chez Bernard Fixot - qui lui a fait "un pont d'or" -, Le Roi vert arrache la fusée Sulitzer à l'atmosphère : 175 000 exemplaires, des traductions dans 42 pays et la vente des droits cinématographiques pour 2,5 millions de francs. Il livre à la "une" des magazines ses recettes pour faire fortune, mais se défend d'être richissime. "J'ai gagné ma vie magnifiquement avec 300 000 à 500 000 francs par mois, comme un PDG, les stock-options en moins. Si je capitalisais ce que je possède, principalement mon appartement de 367 m2 rue Henri-Martin, j'arriverais à 30 millions de francs. Vous trouvez que c'est de l'argent ?"

Au rythme d'un par an depuis vingt ans, les pavés se sont succédé : Popov, qui dépeint l'espionnage économique soviétique ; Hannah, inspiré de la biographie d'Helena Rubinstein ; Cartel, Tantzor, Les Riches, et plus de quinze autres, matraqués par la pub et les têtes de gondole. Certains tirages dépassent le million, en incluant les versions poche et club. "Avec les traductions, j'ai vendu 42 millions d'exemplaires", prétend-il.

Le "petit franchouillard" a droit à des articles dans le New York Times et déambule sur la Ve Avenue où ses romans s'empilent dans les vitrines. Enflure ? "Je ne suis pas Proust, et j'ai toujours entendu une petite voix me souffler : 'Ça ne durera pas'." S'il pose en smoking, double Corona au bec, dans une piscine couverte de dollars, Sulitzer vit mal le rejet des milieux littéraires - "pour eux, je suis le gros con à cigare", soupire-t-il - et reste blessé par les "ragots". Il dit être entré dans l'édition "par effraction".

"Par imposture", corrigent ceux qui observent qu'"un Loup peut en cacher un autre". En 1987, Pierre Assouline, directeur de Lire, relayé par Bernard Pivot dans Apostrophes, met à plat le système Sulitzer-Durand, sur lequel Robert Laffont a "vendu la mèche". "Pivot, titillé par le succès de Michel Polac, a voulu faire un coup et lancer son magazine Lire", grince Sulitzer. A l'époque, il riposte en dévoilant dans Match les trente-sept membres de sa "galaxie"- en oubliant Loup Durand ! - et fanfaronne : "Je n'ai pas un nègre, j'en ai cent." Mais ses explications sur le "travail d'équipe" et les "meilleurs documentalistes" sont pleines de contradictions. "Avec Loup Durand, nous avions une irremplaçable complicité, notre collaboration était très étroite. Et réciproque", reconnaît aujourd'hui Sulitzer, en insinuant qu'il inspirait parfois le scénario des romans signés par son alter ego.

Loup Durand, qui n'avait jamais nettement admis être "la plume", est décédé en 1995. Quant aux anciens éditeurs de Sulitzer, ils invoquent la déontologie pour répondre du bout des lèvres. Plusieurs soulignent qu'"on ne peut avoir que des relations d'argent" avec ce personnage "cassant". Depuis la mort de Loup Durand, le système perdure, avec des tirages qui ont certes bien fondu. Le dernier roman signé Sulitzer constitue même, par son sujet, une coïncidence tellement troublante qu'elle fait événement. Cette fois, la réalité a rattrapé la fiction.

Oriane, ou la cinquième couleur est paru en novembre 2000 chez Stock - soit un mois avant la première convocation de Sulitzer devant la justice -, et son héroïne n'est autre qu'une juge d'instruction de la fameuse Galerie financière. Oriane met ainsi en scène des réseaux corses qui règnent sur les machines à sous, sur les PMU africains et alimentent les caisses de partis politiques en faisant financer l'implantation de centrales nucléaires en Birmanie par des fonds pompés sur le pétrole du Gabon. Dans ce malin mixage de plusieurs affaires, on reconnaît sans mal les protagonistes des dossiers les plus brûlants. A côté de magistrats typés, on y croise même un journaliste d'investigation du Monde, Edgar Pinson, dont les initiales, la moustache et certains traits de caractère évoquent un personnage existant.

Comble de l'ironie, en démontant, très réalistement, les rouages de magouilles tentaculaires, Oriane propose une vision aussi morale que désenchantée de la corruption galopante et de la justice à deux vitesses. En décalage radical avec la personnalité, le style et l'univers du Paul-Loup Sulitzer que nous avons rencontré.
Robert Belleret, Le Monde, 5 juillet 2001, p. 12.

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La femme de Sulitzer accuse

LE TORCHON BRÛLE chez les époux Sulitzer. Le bras de fer entre les deux époux dépasse désormais le cadre d'une simple affaire de divorce puisque leur contentieux a fait son entrée la semaine dernière dans l'affaire Falcone instruite par le juge Courroye. Entendu jeudi dernier par le juge dans le dossier de ventes d'armes en Angola, Paul-Loup Sulitzer, romancier à succès et hommes d'affaires talentueux, a été questionné sur ses comptes bancaires off-shores, en Suisse et aux Bahamas. Devant le magistrat, le romancier a reconnu être l'ayant droit économique de ces comptes, ce qu'établissait la commission rogatoire revenue de Suisse, mais a également mis en cause sa femme, ainsi que sa belle-famille.

Persuadé « d'être tombé dans un piège »
« J'ai été abusé par le clan Jacobson », nous indique Sulitzer. Selon lui, son épouse Delphine, « sous l'influence de sa famille », a « fait main basse sur de l'argent transféré au Canada » et « n'a pas respecté leur mandat initial », affirme le romancier, persuadé « d'être tombé dans un piège ». « Même les bijoux de ma mère ont disparu, et on a arraché les tissus de mon salon, emporté dans l'hôtel particulier des Jacobson », dit-il, s'emportant contre tous les propos « absurdes » de son épouse. « Ce qu'ils m'ont fait, ils l'ont fait à plein de gens, il y a des dizaines d'affaires les concernant ou les ayants concerné dans le monde entier », assure le romancier.

Delphine Sulitzer dément ces affirmations. Convoquée aujourd'hui comme témoin par le juge Courroye dans la procédure Falcone, persuadée elle aussi d'avoir été piégée, l'épouse du romancier nous livre le récit qu'elle compte exposer au magistrat. Un nouveau Dallas français.
L.V., Le Parisien , mercredi 05 juin 2002, p. 21

« J'ai découvert un monde de manigances »

En instance de divorce, Delphine Sulitzer a « l'impression d'être sous surveillance, espionnée ». Elle a décidé « de se défendre et de démasquer » son mari.

Delphine Sulitzer.
Je viens d'être interrogée par la police judiciaire et l'enquêteur m'a laissé entendre qu'il ne pourrait pas aller très loin. Je ne comprends toujours pas pourquoi ces deux militaires sont venues dans mon immeuble et ont voulu « enrôler » la baby-sitter au sujet des allées-venues de ma mère. J'espère que l'on découvrira qui est derrière cette opération. Je suis très inquiète, j'ai l'impression d'être sous surveillance, espionnée. C'est la raison pour laquelle j'ai décidé aujourd'hui de me défendre. Je me sens victime d'un piège machiavélique.

Qui peut vous en vouloir ?
Je ne me connais qu'un seul ennemi, mon mari, Paul-Loup Sulitzer, qui est le père de mes deux fils. Depuis un an, il nous met, à moi et à ma famille, une pression infernale et a enclenché une procédure de divorce extrêmement difficile à vivre, un véritable acharnement. En septembre, droit dans les yeux, il m'a dit « je vais vous écraser ». J'ai donc décidé de me défendre, et de démasquer le « personnage Sulitzer ». Il ne m'impressionne plus, même si comme il le prétend, « tous ses amis sont revenus au pouvoir » et qu'il ne craint rien.

« Il disait qu'il avait les questions de la police avant son interrogatoire »

Quelles sont ses relations politiques ?
Il se vante de connaître tout le monde, même si je ne lui connais aucun véritable ami. Interrogé dans une première affaire, voilà quelques années, il disait qu'il avait les questions de la police avant son interrogatoire. Il dit qu'il connaît bien Chirac, des ministres, à droite et à gauche. Sous le gouvernement d'Alain Juppé, il était très proche de Toubon et de Debré, alors ministres de la Justice et de l'Intérieur. En fait, les deux seuls dont je l'ai entendu dire du mal, c'est Juppé et Jospin.

Depuis quand le connaissez-vous ?
Je le connais depuis 1992 et nous nous sommes mariés l'année suivante. J'étais très amoureuse. Mais au fil des années, j'ai découvert avec lui un monde de manigances et de mensonges. Prenez ses livres, par exemple. Il prétend qu'il écrit la nuit, entre 2 heures et 6 heures, mais je ne l'ai jamais vu écrire. Pas une seule fois. Il n'a pas pu me le cacher longtemps. Et puis chaque année, je voyais son chauffeur revenir de chez Hachette avec « son » manuscrit, qu'il devait lire. Il a d'abord admis qu'il s'entourait d'une « équipe » d'écrivains, mais a toujours affirmé avoir écrit seul ses premiers livres. Je suis persuadée aujourd'hui que ce n'est même pas le cas. Ma soeur qui a lu tous ses romans, l'a pris plusieurs fois en flagrant délit de ne pas se souvenir de certains éléments clés. Cela a créé de grosses situations de malaise.

Quelle anecdote résume le mieux « le personnage Sulitzer » ?
Ses coups de fil. Récemment, devant nos avocats, son portable a sonné, et il a félicité « Nicolas » pour sa nomination au ministère de l'Intérieur. Mais est-ce bien Nicolas Sarkozy qu'il avait en ligne ? Je finis par douter. Une fois, sur la plage d'un grand hôtel, il téléphonait à haute voix depuis dix bonnes minutes avec un « ministre » quand la sonnerie de son portable a retenti ! C'était donc une conversation imaginaire. Il n'était même pas gêné. Il fait cela pour impressionner les gens. Il joue. Comme la fois où il a monté le « faux cambriolage ».

Quel « faux cambriolage » ?
C'était début 1998, à l'époque où quelques vedettes avaient été victimes de « saucissonneurs ». Vers 8 heures, juste après son arrivée à la maison, deux types en cagoule, vêtus impeccablement fracturent la porte de service. L'un des deux nous a tenus sous surveillance dans une chambre tandis que l'autre se faisait « ouvrir le coffre » par Paul-Loup. Très corrects, en partant, les deux « cambrioleurs » lui ont demandé d'attendre un quart d'heure avant de prévenir la police. On a attendu le double. Ils n'avaient emporté que le liquide, que Paul-Loup venait de ramener du bureau, et une bague. Les cambrioleurs, ce qui a surpris toutes mes amies, nous avaient laissé tous mes autres bijoux ! Ils avaient aussi laissé 5 000 F, soit-disant pour le petit déjeuner du lendemain matin. Sur le coup, j'ai cru Paul-Loup qui prétendait avoir « convaincu » le malfaiteur de ne pas tout prendre. Il s'est ensuite servi de l'incident pour que l'on recrute des gardes du corps. Il y a eu des articles dans les journaux, les cambriolages de « star » étant à la mode, et un mois avant sa première garde à vue dans une affaire, cela « tombait » bien. Je sais maintenant, parce qu'il me l'a avoué dans le but de me faire peur, que ce cambriolage était monté de toutes pièces.

« Le masque est tombé un soir, juste après sa garde à vue et sa mise en examen par le juge Courroye »

Quelles sont ses activités professionnelles ?
Il m'a toujours tenu à l'écart de ses activités. Je sais qu'il dispose d'un « réseau » composé de « rabatteurs » qui le renseignent sur de possibles « clients ». En vacances, dans les hôtels de luxe où nous allions, il aborde les gens, discute avec eux de fiscalité et les informe de ses activités de « conseils » dans ce domaine. Il se vante beaucoup de pouvoir « arranger » les ennuis fiscaux avant de leur glisser sa carte de visite. Immanquablement, en cas de contrôle fiscal dans les mois qui suivent, on l'appelle à l'aide. Son activité principale est « d'installer » ses clients à Londres avec son « associé » Ali S.

Comment connaissez-vous l'existence de ses comptes off-shore ?
En France, il n'a pour seul bien que notre appartement commun à Paris, qui est hypothéqué sur la totalité de sa valeur. Ses revenus sont à l'étranger et ici je l'ai toujours vu tout régler en liquide. Mes avocats ont fait un calcul précis, notre train de vie l'an dernier, facture à l'appui, est cinq fois supérieur à ses revenus déclarés en France. Son problème est là. Le masque est tombé un soir, juste après sa garde à vue et sa mise en examen par le juge Courroye dans l'affaire Falcone. Il est rentré à 3 heures à la maison, très agité. Il a dit qu'il avait globalement « bien tenu le coup », mais il était effondré parce les enquêteurs avaient découvert l'existence de son compte en Suisse. Il m'a dit : « Jusque-là ce n'est très grave, je ne risque pas grand-chose, mais si le juge parvient à ouvrir ce compte, je vais devoir répondre de 100 millions. » J'étais sous le choc.

Qu'avez-vous fait ?
Dès le lendemain, il avait un « plan ». Il m'a envoyé au Canada pour créer une fiducie, une société de droit canadien. Nous devions communiquer uniquement sur des deux portables suisse et anglais, qui, disait-il, étaient inécoutables. J'ai suivi ses instructions, créé la société, au nom exclusif de nos deux enfants, et il a fait venir l'argent de ses comptes aux Bahamas. Il a transféré l'équivalent de 28 millions de francs en janvier et mars 2001. Il voulait ensuite que je reste au Canada, mais je suis rentrée à Paris. J'ai alors découvert qu'il disait à toutes nos relations que j'avais demandé le divorce et que je m'étais enfuie en lui volant de l'argent ! Les hostilités ont commencé. Il a déposé plainte au Canada contre moi pour vol.

« Son plan est digne d'un scénario de mauvais roman »

Avez-vous été entendue par la justice canadienne ?
Oui, et lui aussi, très récemment. Alors qu'il prétend en France qu'il est ruiné et qu'il loge chez des amis, il a reconnu dans la procédure canadienne l'existence de ses comptes bancaires aux Bahamas, sous le nom de Jonathan Powell, 1 et 2. Son plan est digne d'un scénario de mauvais roman. Il veut se faire passer pour une victime de sa propre femme. Ma seule chance aujourd'hui, est que la vérité éclate. Je ne veux pas être mêlée à tout ce qu'il a fait.
Propos recueillis par Laurent Valdiguié, Le Parisien, mercredi 05 juin 2002, p. 5

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Epoux Sulitzer : les plaintes se multiplient

BRAS DE FER judiciaire total entre les époux Sulitzer. Plainte contre plainte. En réplique aux accusations portées contre lui par son épouse Delphine devant le juge Courroye, le romancier décide de déposer plainte contre sa femme et sa belle-famille pour vol de bijoux. « Trop c'est trop », lâche Sulitzer, qui prétend que des pierres précieuses qu'il détenait de sa mère ont disparu. « Absurde, soupire Delphine Sulitzer, c'est au contraire Paul-Loup qui m'a demandé, quand cela allait mal pour lui, de mettre à l'abri des bagues, qu'il m'avait offertes, dans un coffre au Canada. » De son côté, Delphine Sulitzer a aussi déposé plainte, mais pour vol de tableaux, accusant son mari d'avoir mis la main sur quatre toiles de maîtres, dont un Utrillo.

« Nous sommes victimes de dénonciations malveillantes »

Au même moment, au Canada, la belle-famille de Sulitzer est la cible d'une enquête, et une perquisition a eu lieu dans la nuit de mardi à mercredi dans une de leurs sociétés. « La police n'a rien trouvé, nous sommes victimes de dénonciations malveillantes », assure la jeune femme.
En attendant les conclusions d'un divorce houleux, le bras de fer entre les deux époux alimente aussi l'affaire Falcone. Entendus tous les deux à quelques jours d'intervalle par le juge Courroye dans le dossier de vente d'armes à l'Angola, Paul-Loup Sulitzer et son épouse Delphine se sont expliqués sur des transferts de fonds aux Bahamas.
Le romancier accuse sa belle-famille d'avoir « trahi sa confiance » et de l'avoir « volé » de 28 millions de francs en transférant les fonds des Bahamas sur un compte au Canada. De son côté, Delphine Sulitzer dément totalement cette version. Du coup, Philippe Courroye a décidé d'enquêter aux Bahamas où il vient d'envoyer une nouvelle commission rogatoire internationale. Le magistrat a déjà découvert la trace de trois comptes de Sulitzer aux noms de Ponce y Leone, de Charka et de Pochka. Il soupçonne également Sulitzer d'avoir eu autorité sur un autre compte à l'UBS Nassau, au nom d'Arcady Gaydamak, sur lequel ont transité 18,5 millions de dollars. « Sur le compte Gaydamak, je n'ai absolument rien fait, et les trois autres, il s'agit d'un seul trust, et presque tout l'argent qui était dessus m'a été pris par ma belle-famille », nous a indiqué hier Sulitzer.

Autre sujet de discorde des époux Sulitzer, l'argent liquide. Interrogé par le juge Courroye le 28 mai sur 5 millions de francs déposés en espèces entre février 1999 et février 2000 sur son compte suisse, le romancier a affirmé qu'il s'agissait d'économies qu'il détenait chez lui. « Cela me rassurait de garder cet argent. C'est une tradition dans la famille... J'ai mis cet argent à la cave dans une valise. La cave est blindée, il y avait en permanence 4,2 millions de francs », a-t-il dit au magistrat. Un récit qualifié « d'invraisemblable » par sa femme, entendue juste après. « Paul-Loup n'aurait jamais conservé longtemps des espèces, ou alors il aurait dormi desssus », confie-t-elle.
Enfin, dernier sujet de tension entre les Sulitzer, l'enquête déjouée de la sécurité militaire au domicile de Delphine. « Connaissez-vous des gens au sein des services spécialisés du ministère de la Défense ? » questionne le juge Courroye. Réponse du romancier : « Non, je ne connais que M m e Alliot-Marie », l'actuelle ministre de la Défense.
Laurent Valdiguié, Le Parisien, vendredi 14 juin 2002, p. 18.

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(29 janvier 2003) La belle-mère de Sulitzer en garde à vue

LE « DALLAS » franco-canadien qui oppose depuis plusieurs mois le romancier et homme d'affaires Paul-Loup Sulitzer à son épouse Delphine Jacobson, avec qui il est en instance de divorce, vient de connaître un énième rebondissement. Le nouvel épisode de ce feuilleton judiciaire s'est joué à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). Gabrielle Jacobson, la mère de Delphine, a été placée hier matin en garde à vue dans les locaux du commissariat local pour en ressortir en fin d'après-midi.
Cette audition fait suite à un dépôt de plainte effectué par l'écrivain l'été dernier contre sa belle-famille qu'il accuse, entre autres, de lui avoir soutiré des pierres précieuses et des bijoux qu'il détenait de sa mère. En début d'après-midi, alors que Mme Jacobson était toujours entendue, des policiers ont mené une perquisition dans son hôtel particulier de Neuilly. « Toute cette histoire est ridicule, proteste Delphine Jacobson, jointe hier par téléphone. On nage dans l'absurdité et le mensonge. Pour l'instant, je ne préfère pas en dire plus... »

Ressortissante canadienne

« Gabrielle Jacobson n'est pas une ressortissante française et elle a répondu de son plein gré à une convocation de police avant d'être placée en garde à vue, précise une source proche du dossier. Si elle avait voulu échapper à cette convocation, elle aurait pu rester dans son pays, au Canada. »
Le mariage de Delphine et Paul-Loup, célébré en 1993 par Jacques Chirac, alors maire de Paris, a commencé à vaciller lorsque l'homme d'affaires a été impliqué dans le dossier de vente d'armes à l'Angola. Mis en examen pour « recel d'abus de confiance, recel d'abus de biens sociaux et trafic d'influence » en décembre 2000, l'écrivain est suspecté d'avoir eu autorité sur un compte bancaire hébergé aux Bahamas, au nom d'Arcady Gaydamak, sur lequel ont transité 18,5 millions de dollars (la même somme en euros).
Si Sulitzer a toujours nié cette version des faits, il a en revanche reconnu qu'il était bien titulaire d'autres fonds dans ce paradis fiscal. Au total, ce sont 4,27 millions d'euros qu'il a fait transiter des Bahamas vers le Canada. Un joli magot sur lequel, selon ses déclarations, sa belle-famille a tenté de mettre la main. La famille Jacobson a toujours réfuté ces accusations.
Dernier élément qui confère décidément un air de roman noir à ce divorce, la justice n'est toujours pas parvenue à faire toute la lumière sur la curieuse tentative de déstabilisation dont a été victime une employée de Delphine Jacobson au mois de mai dernier. Deux hommes, se disant policiers, s'étaient à l'époque présentés à son domicile et avaient essayé de convaincre sa baby-sitter qu'elle devait les tenir au courant des allées et venues de la famille. Ce curieux duo, arrêté grâce à un incroyable concours de circonstances par une patrouille du commissariat local, se révélera être une équipe d'agents secrets français dont les motivations n'ont toujours pas été éclaircies. Hier, vers 18 heures, Gabrielle Jacobson est finalement ressortie libre du commissariat de Neuilly.
Stéphane Albouy, Le Parisien , jeudi 30 janvier 2003, p. 16

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« Paul-Loup Sulitzer est en train de détruire ma fille »

LA FAMILLE Jacobson, cible de plaintes judiciaires émanant de Paul-Loup Sulitzer, riposte. Le romancier homme d'affaires, joint hier, assure que sa femme, Delphine Jacobson, « l'empêche de voir ses enfants » et maintient s'être fait voler « une broche ancienne appartenant à sa mère ». Dans l'entretien qu'elle nous a accordé, la belle-mère du romancier contre-attaque.

Vous avez été placée en garde à vue sur plainte de votre gendre, Paul-Loup Sultizer, qui vous accuse d'avoir volé des bijoux de sa mère... Qu'avez-vous dit aux policiers ?

Gabrielle Jacobson.
Je suis extrêmement choquée de ce qui m'est arrivé. Nous sommes victimes, ma famille et moi, de la méchanceté et des manipulations de mon gendre. Paul-Loup Sultizer est prêt à tout pour faire sa publicité. C'est son fonds de commerce. Il a donc inventé de toutes pièces cette histoire de vol de bijoux qui ne tient pas debout. Sa mère est morte il y a plus de dix ans, et dans la liste des bijoux qu'on lui aurait volés, il y a des bijoux que Sulitzer avait offerts à ma fille bien après la mort de sa mère ! Delphine, quand elle a été interrogée par les enquêteurs, leur a tendu la montre Cartier en or blanc qu'elle avait au poignet ! C'est une collection postérieure au décès de M m e Sulitzer mère, qui, d'ailleurs, aux dires de Sulitzer, était morte dans un dénuement total !

Mais pourquoi Paul-Loup Sultizer aurait-il inventé cela...
Parce que c'est ce qu'il fait depuis des années ! Cet homme est un imposteur. Nous, dans son entourage familial, nous savons depuis longtemps qu'il n'écrit pas ses livres... mais qu'il se contente de les « commander » comme on commande des pizzas. Nous savons aussi qu'il est capable d'inventer un cambriolage pour faire parler de lui. Aujourd'hui, par exemple, il écrit les paroles d'un disque dans lequel il s'adresse à ses enfants, prétendant qu'il ne peut pas les voir. Mais il s'agit d'un mensonge de plus : il peut prendre ses deux fils un week-end sur deux ! Depuis un an qu'il a quitté la maison, il a refusé de s'en occuper à toutes les vacances scolaires, trouvant toujours une bonne raison. En février dernier, il a encore refusé de les emmener au ski. J'essaie de garder mon calme, mais ce qu'il fait avec nous est tellement gros que cela me met hors de moi. Cet homme est en train de détruire ma fille. Il a osé lui écrire cette semaine pour la menacer au sujet de ses fils de saisir le tribunal pour enfants ! Mais c'est absurde puisqu'il peut les voir quand il veut ! Delphine a demandé à ses avocats de contre-attaquer.

Que comptez-vous faire ?
Nous avons déposé à Nanterre une plainte pour dénonciation calomnieuse au sujet de cette histoire abracadabrante de bijoux. Ma fille dépose plainte contre lui pour organisation frauduleuse d'insolvabilité. Alors qu'il vit dans des palaces au côté de sa nouvelle amie, comme on peut le voir dans tous les magazines, cela fait un an qu'il ne paie plus les charges de l'appartement conjugal de l'avenue Henri-Martin et qu'il accumule les dettes. Delphine a reçu des premiers avis de rappel d'impôts qui nous paraissent énormes ! Ma fille serait responsable des dettes alors que lui, depuis dix ans, il se fait payer offshore en escroquant le ménage !

Paul-Loup Sulitzer vous accuse de l'avoir ruiné en lui volant une partie de sa fortune...
Mais c'est un mensonge de plus. Nous avons toutes les preuves, mais, malheureusement, elles se trouvent dans la procédure judiciaire canadienne que nous lui avons intentée. Cette procédure est encore secrète, et nous avons demandé au tribunal canadien de lever le secret. Mais Sulitzer s'y oppose violemment et la justice canadienne lui a pour l'instant donné raison. J'espère que cela ne durera pas éternellement. Je souhaite qu'une chose, c'est que le juge Courroye, qui l'a mis en examen dans l'affaire Falcone, puisse enquêter jusqu'au bout sur les activités financières de Sulitzer dans une série de paradis fiscaux. Et que la vérité éclate au grand jour.
Propos recueillis par Laurent Valdiguié, Le Parisien, jeudi 13 mars 2003, p. 15

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(Août 2003) Sulitzer veut apprendre aux Français à s'enrichir

Paul-Loup Sulitzer lance en octobre un nouveau mensuel destiné à dévoiler au grand public toutes les ficelles pour s'enrichir. A la clé, des conseils pratiques, des tuyaux et pas mal de méthode.

LE ROMANCIER et homme d'affaires

Paul-Loup Sulitzer, 57 ans, ne se contente pas, côté argent, de conseiller des sociétés et des personnalités et, côté « people », de défrayer la chronique avec son divorce et sa nouvelle compagne, la jeune Eva Kowalewska. Il devient patron de presse. Associé au groupe de presse de Christian et Robert Bonnan, CRB Publication, qui édite les mensuels « Savoir maigrir » et « la Santé de l'enfant », il lancera en octobre, à plus de 600 000 exemplaires, « Savoir s'enrichir ». Il sera le rédacteur en chef de ce magazine mensuel destiné à un large public, vendu 3,90 . But : convaincre 300 000 acheteurs.

Patron de presse, quelle est votre ambition ?

Paul-Loup Sulitzer.
Les actuels magazines économiques ne sont souvent pas assez pratiques ni accessibles. Je veux donc apprendre au grand public des méthodes pour s'enrichir, financièrement et intellectuellement. Car, pour y parvenir, il faut être informé.

Qui visez--vous ?
Le magazine intéressera des gens qui ont des moyens comme ceux aux revenus modestes, par exemple quelqu'un qui démarre ou une personne de 60 ans, au bord de la retraite et sans beaucoup d'argent, qui veut faire fructifier une idée pour améliorer ses fins de mois. On leur donnera des conseils, des méthodes, des tuyaux dans tous les domaines, y compris le cinéma ou le show-biz. On leur ouvrira des lucarnes. On sera sérieux, pas du tout gadget. Il y aura une rubrique people. Ce sera aussi très, très ludique, distrayant, presque un « Gala » de l'économie. « Dans ma vie, j'ai reçu des milliers de lettres de gens qui voulaient refaire leur vie, améliorer leur sort »

Vous surfez sur la vague de la création d'entreprise ?
Beaucoup de gens ont l'esprit d'entreprendre. Dans ma vie j'ai reçu des milliers de lettres de jeunes ou de moins jeunes qui voulaient refaire leur vie, améliorer leur sort, progresser, s'en sortir. Maintenant, l'argent ne va plus à l'argent - bien sûr cela aide -, il va à la créativité. Regardez comme les choses sont variables : des fortunes investies en Bourse ont fondu. Et Vivendi, Alstom... vous avez vu ce qui est arrivé ?

Dans un contexte de grisaille économique, vous voulez redonner le moral aux consommateurs ?
Oui, le moral et, surtout, des possibilités. Les gens, malheureusement, ont toujours l'impression d'être exclus d'un milieu quand ils ne le connaissent pas. En fait, ils se mettent eux-mêmes à l'écart. Je suis la personne idoine pour cette aventure. Je suis peut-être controversé, mais, depuis mon adolescence, j'ai mis en pratique mes idées. J'ai aussi été conseiller et beaucoup de personnes ont gagné de l'argent grâce à moi. J'ai moi-même fait fortune plusieurs fois, parfois dans des métiers difficiles. J'ai eu aussi des revers, mais j'ai rebondi.

Etes-vous ruiné ou êtes-vous toujours fortuné ?
Pour vous dire ma fortune encore faudrait-il qu'il m'en reste une ! Ma richesse, c'est ce que j'ai dans la tête et ma capacité de faire. Je recommence ma vie à nouveau.
Propos recueillis par Marc Pellerin

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(Mars 2004) LE TORCHON BRULE entre les époux Sulitzer
Sulitzer assigné pour abandon de famille

Le romancier est assigné cet après-midi (03 mars 2004) au tribunal de Paris par sa femme Delphine pour « abandon de famille ».
Son épouse, avec laquelle il est en instance de divorce, lui réclame des impayés de pension alimentaire pour un total de 100 000 euros. « M. Sulitzer ne paye plus la pension pour ses deux jeunes enfants depuis le mois de juillet dernier, assure M e William Bourdon, l'avocat de Delphine Sulitzer. Comme il ne paye pas non plus les charges de copropriété, ni le fisc, tous les meubles de leur appartement ont été saisis, et ma cliente et ses enfants n'ont pour vivre que ce que lui donnent ses parents », tonne l'avocat.

Cloué à l'hôpital depuis un accident cérébral en novembre dernier, l'écrivain « ne sera évidemment pas à l'audience d'aujourd'hui », prévient son avocat, M e Eric Duret, qui compte demander un report du procès.

Victime d'un malaise dans sa salle de bains, en compagnie d'Eva, sa jeune compagne actuelle, l'écrivain a fait plusieurs jours de coma et a été opéré du cerveau. Il est en rééducation lourde dans un hôpital parisien. « Malgré les attestations d'un grand chef de service, son épouse n'a pas hésité à lui envoyer des experts médicaux pour s'assurer de son état de santé ! », raconte Me Duret.

Outre la procédure d'aujourd'hui, Delphine Sulitzer a déposé une plainte à Paris pour « organisation frauduleuse d'insolvabilité », soupçonnant son mari d'avoir dissimulé une partie de sa fortune. Un juge d'instruction parisien, Françoise Neher, a été désigné. « Sulitzer se dit ruiné mais a mené grand train dans des palaces et dispose de comptes bancaires à l'étranger », assure l'entourage de son épouse. De son côté, le camp Sulitzer a engagé des actions judiciaires devant la justice du Canada. Le romancier accuse sa femme de lui avoir volé 6 millions de dollars, une somme actuellement bloquée sur un compte bancaire canadien. Une prochaine audience doit avoir lieu le 5 mai à Montréal.

Selon le romancier, son épouse, aidée par sa famille d'hommes d'affaires canadiens, aurait fait main basse sur un compte bancaire aux Bahamas contenant ses économies. La jeune femme affirme, elle, que cet argent a été viré régulièrement dans le but d'assurer l'avenir des deux enfants du couple. Autre épisode dans ce Dallas-sur-Seine, Sulitzer accuse sa belle-mère de lui avoir volé des bijoux. La juge de Nanterre chargée de cette enquête a prévu une confrontation... Quand l'état de santé du romancier lui permettra de se déplacer.
Laurent Valdiguié, Le Parisien, 3 mars 2004, p. 16

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(28 avril 2004) Procès contre Sulitzer pour "abandon de famille": renvoi au 8 septembre

La 26e chambre correctionnelle du Tribunal de Paris a renvoyé mercredi au 8 septembre le procès pour "abandon de famille" contre l'auteur à succès Paul-Loup Sulitzer intenté par son épouse avec qui il est en instance de divorce.

Ce renvoi, auquel le substitut du procureur ne s'est pas opposé, a été demandé par les conseils de Mme Delphine Sulitzer, retenue au Canada où elle vit avec les deux enfants du couple.

Pour Paul-Loup Sulitzer, très amaigri et à l'élocution difficile, séquelles d'un accident cérébral et d'un coma diabétique récents, ce procès intenté par sa femme qu'il accuse de l'avoir ruiné "est un mauvais épisode d'un règlement de comptes dont il est victime".

"Elle m'a volé 37 millions de F (environ 5.640.000 euros, ndlr) et me poursuit en abandon de famille. C'est le voleur qui poursuit le volé ! Ma femme instrumentalise la justice", a déploré à la barre M. Sulitzer,
arrivé en fauteuil roulant .

Il était cependant entré d'un pas hésitant dans la salle d'audience où il a pris place sur le banc des avocats, au côté de son défenseur, Me Martine Malimbaum, à l'écart des autres justiciables.

Paul-Loup Sulitzer a indiqué à la cour qu'il devait se rendre au Canada du 3 au 11 mai pour y être entendu dans le cadre des plaintes pour escroqueries et détournements qu'il a déposées contre son épouse et ses beaux-parents.

Delphine Sulitzer réclame en France le paiement de quatre mois de pension alimentaire, soit 48.000 euros, de juin à septembre 2003, pour elle et les deux enfants du couple âgés de 7 et 9 ans. Les paiements n'ont, en fait, jamais repris.

L'abandon de famille, qui recouvre notamment le non-paiement de pension alimentaire, est puni en France de deux ans d'emprisonnement et de 15.000 euros d'amende.

"Je ne peux pas payer ces pensions alimentaires car je n'ai aucun revenu depuis juin 2003 et que ma femme m'a tout volé. Mes beaux-parents sont les chefs d'orchestre de ma ruine", a déclaré Paul-Loup Sulitzer.

Le romancier et financier a affirmé aussi à la cour que son épouse occupait toujours un appartement de 340 m2 à Paris bien que le juge des affaires matrimoniales ait ordonné la vente.

"Avec l'argent de la vente, je pourrais payer mes pensions alimentaires", a plaidé lui-même M. Sulitzer. "Je n'ai pas vu mes enfants depuis sept mois. J'ai vu la mort deux fois. C'est moi qui demande justice", a-t-il lancé.
yahoo.fr, actualités, mercredi 28 avril 2004, 17h01

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(03 mai 2004) Les Sulitzer à Montréal

LA SAGA CONTINUE chez les Sulitzer. Delphine Jacobson et Paul-Loup Sulitzer, en cours de divorce, se retrouvent aujourd'hui à la barre du tribunal de Montréal au Canada.

"Ce procès va durer dix jours, j'en attends beaucoup", nous a indiqué hier Sulitzer.
La semaine dernière, les deux époux avaient rendez-vous devant le tribunal correctionnel de Paris, à l'initiative de Delphine Jacobson, qui attaquait son mari pour « abandon de famille ». Mais l'ex-Mme Sulitzer, absente ce jour-là, a demandé un report de l'audience.

Un bras de fer judiciaire sans merci

Ce matin, au Canada, les deux époux n'échapperont pas à un face-à-face... glacial. « L'ambiance promet d'être électrique », assure un avocat. Entre eux, c'est un bras de fer judiciaire total qui s'est enclenché voilà quelques mois. « Il nous mène une vie impossible, nous sommes des victimes de Sulitzer », confie un membre de la famille Jacobson.

Le romancier-homme d'affaires affirme l'inverse. Et devant la justice canadienne, c'est lui qui attaque sa femme, sa belle-mère et son gendre, qu'il accuse d'avoir fait main basse sur une partie de sa fortune, soit environ 4 millions d'euros.

En fauteuil roulant, amaigri, Sulitzer jure qu'il ira « jusqu'au bout » pour retrouver son argent. Ses avocats ont une semaine pour tenter de convaincre les juges canadiens que Sulitzer se serait fait plumer par sa belle-famille.
Le match entre le romancier et son épouse a débuté fin 2000, au lendemain de la garde à vue de Sulitzer chez le juge Courroye dans l'affaire Falcone.

Selon Delphine, il était « très agité »... « Il était effondré parce que les enquêteurs avaient découvert l'existence de son compte suisse. » La jeune femme assure que son mari lui aurait proposé un « plan » pour transférer de l'argent placé sur des comptes aux Bahamas vers une banque au Canada.
Delphine Jacobson, avec son frère Rémy et sa mère Gabrielle, affirme avoir suivi « à la lettre » les instructions du romancier pour créer « une fondation » de droit canadien au nom de leurs deux fils. Sulitzer, le seul à avoir la signature sur les comptes des Bahamas (Ponce Y Leone, Charka et Pochka), transfère l'argent au Canada, 26 millions de francs de l'époque, début 2001.

C'est là que les versions divergent. L'homme d'affaires assure avoir voulu ensuite récupérer ces fonds, en vain. Delphine Jacobson jure que l'argent n'a jamais bougé de la banque canadienne et appartient désormais à ses deux fils. Devant les juges, les interrogatoires, conduits par les avocats de chaque camp, s'annoncent serrés. Un grand déballage en perspective.
L.V., Le Parisien, lundi 03 mai 2004, p. 14

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PAUL-LOUP SULITZER accumule les ennuis.
Le romancier a été mis en examen jeudi soir (17 juin 2004) pour « appels malveillants » par la juge parisienne Fabienne Pouss, après avoir passé 48 heures en garde à vue, dont deux nuits à l'Hôtel-Dieu

Son actuelle compagne, Eva, ainsi que son chauffeur Gérald ont également été convoqués par les enquêteurs de la BEAP (brigade d'enquête sur les atteintes aux personnes). La magistrate soupçonne Sulitzer d'avoir menacé par téléphone Vanessa Jacobson, la jeune sœur de son ancienne épouse, Delphine Jacobson.
Sulitzer nie en bloc. Il a néanmoins été placé sous contrôle judiciaire avec interdiction de rencontrer des membres de son ex-belle-farmille et interdiction de quitter la Franœ.

Autre tuile pour le romancier, il est visé depuis quelques semaines par une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Paris pour « blanchiment de capitaux». Cest Tracfin, l'organisme chargé de la sureillance des mouvements de fonds, qui a dénoncé au procureur des mouvements suspects sur ses comptes.

Agée aujourd'hui de 28 ans, avocate à Miami en Floride, Vanessa Jacobson habitait encore Paris, en 2002, quand les coups de fil ont commencé. « C'était nuit et jour des voix d'homme et aussi des voix de femme. Et toujours le même refrain, des menaces de mort, des menaces de viol, des propos obscènes », confie un de ses proches.
La jeune femme se sent surveillée, d'autant que le corbeau, au téléphone, a l'air bien au courant de ses déplacements. « Au début, elle n'a pas trop fait attention, puis au fil des jours, elle a réellement pris peur et elle a déposé plainte », assure un avocat.
Pour prouver ses dires, la jeune juriste a également enregistré plusieurs messages et conservé des traces des appels passés.

Un divorce houleux

Mardi matin, les policiers de la BEAP, spécialisés dans ce genre de dossier, ont convoqué Sulitzer dans leurs locaux. Le romancier, soupçonné d'avoir commandité le ou les corbeaux, a été placé en garde à vue, puis des perquisitions ont eu lieu chez lui et des puces de téléphone portable auraient été saisies.
« Je ne comprends pas qu'une procédure aussi musclée ait été engagée pour une infraction de cette nature. Paul-Loup Sulitzer n'en restera pas là », réagit son avocat, Me Malinbaum. Sulitzer, très affaibli, dit « ne pas comprendre ».

Quoi qu'il en soit, le romancier, également mis en examen dans l'affaire de trafic d'armes présumé avec l'Angola, est engagé dans des con1lits judiciaires tous azimuts avec sa belle- famille Jacobson.
Plusieurs plaintes ont été déposées par chaque camp en marge du divorce houleux entre Paul-Loup et Delphine, le couple autrefois « idéal », marié en 1993 par Jacques Chirac en personne, avec Johnny Hal lyday et Line Renaud comme témoins.
Devant la justiœ canadienne, Sulitzer accuse les Jacobson de lui avoir volé un magot caché aux Bahamas de 6 millions de dollars. Un jugement devrait intervenir cet été. A Nanterre, Sulitzer soupçonne son ex-belle-mère de lui avoir volé des bijoux familiaux.
A Paris, Delphine Jacobson a déposé plainte pour « organisation frauduleuse d'insolvabilité », estimant que son ex-mari cache ses revenus dans le but de diminuer le montant de sa pension alimentaire.
Les ex-époux se déchirent aussi pour le partage des meubles, des tableaux et pour la vente de leur appartement.
LAURENT VALDIGUIÉ ET STÉPHANE ALBOUY, Le Parisien, 19 juin 2004, p. 12

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(8 septembre 2004) Le fisc réclame 470 000 € à Sulitzer

L'AVIS de redressement est arrivé hier chez son avocat. Le fisc, après avoir conduit des perquisitions cet été dans les différents domiciles de Paul-Loup Sulitzer, lui réclame pour la seule année 2000 la somme de 470 000 €. Les limiers de Bercy estiment que le romancier a dissimulé cette année-là une grosse partie de sa fortune au Trésor.

Après ses mises en examen dans différentes affaires et son accident cérébral, les ennuis s'accumulent donc en cascade pour l'ex-touche-à-tout de l'édition. Cet après-midi, il se retrouve devant sa femme, Delphine, à la barre du tribunal correctionnel de Paris, pour abandon de famille. Mère de ses deux jeunes enfants, son épouse lui réclame le paiement de la pension alimentaire pour un total de 48 000 €, hors intérêts. « Sulitzer peut parfaitement payer », affirme l'avocat de la jeune femme, M e William Bourdon. « Faux, il est ruiné », réplique M e Martine Malinbaum, l'avocate du romancier. Ambiance glaciale assurée à la barre.
L.V., Le Parisien, mercredi 08 septembre 2004, p. 14

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(Juin 2005) La série noire continue pour Sulitzer

S'IL N'AVAIT pas l'âme d'un combattant, Paul-Loup Sultizer jetterait l'éponge. « La justice a eu la main lourde, mais je vais faire appel », réagit l'écrivain condamné hier par la l1e chambre correctionnelle de Paris à six mois de prison avec sursis et 10 000 euros d'amende pour fraude fiscale.

L'auteur à succès ne collectionne plus que les déboires. « Je suis victime d'un véritable acharnement », se plaint-il, déplorant que toutes ses propositions pour régulariser sa dette fiscale lui aient été refusées.

Dans ce dossier, le fisc accuse Sulitzer de lui avoir caché 195 000 euros.
Une histoire banale si elle n'était pas liée à l'affaire Falcone, du nom de ce sulfureux intermédiaire de ventes d'armes en Angola, un dossier dans lequel PIS est mis en examen pour « recels d'abus de confianœ et d'abus de bien sociaux» par le juge Philippe Courroye. Ces 195000 euros ont été versés en 1998 parPierre Falcone en contrepartie de conseils en image et communication apportés par l'écrivain.

« Je n'ai rien à voir avec ce trafic d'armes »

« L'affaire Falcone se révèle grosse pourvoyeuse de dossiers de fraude fiscale », avait estimé le procureur au procès de Sulitzer, le 26 mai dernier, ce même magistrat doutant de la réalité de la prestation fournie par Sulitzer à Falcone. « On m'a payé parce que j'ai travaillé pour ses relations publiques », proteste l'écrivain.

En réalité, l'auteur à succès aurait proposé à Falcone de faire jouer son carnet d'adresses pour lui présenter le président angolais Dos Santos. « On lui a versé un acompte, il a empoché et point final », résume un proche du dossier.

Fictifs ou pas. ces 195000 euros n'ont pas été déclarés et l'auteur de «Money » s'est retrouvé en correctionnelle.
"Dans ce type de dossier, on essaye de passer un accord de règlement avant d'arriver à la barre du tribunal", indique Me Duret, l'avocat de Sulitzer. Ce dernier avait suggéré qu'une partie des 450 000 euros versés pour la caution dans l'instruction Falcone soit affectée au règlement de cette dette fiscale.
« Lejuge Courroye a toujours refusé », explique Sulitzer, qui regrette le manque de clémence de la 11e chambre.

Menacé d'un nouveau procès pénal dans l'affaire Falcone, il se défend: « Je n'ai rien à voir avec ce trafic d'armes. Je ne suis même pas capable d'acheter un pistolet en plastique pour ma fille !

Sur la paille, Sulitzer, vit avec sa compagne Eva dans un appartement prêté par un ami. il a sur le dos deux autres contrôles fiscaux, sans parler des démêlés judiciaires avec sa femme. Consolation, les ventes de son 36ème roman, « le Conglomérat », sont correctes. « Mais l'argent est aussitôt saisi », nuance Sulitzer, qui rédige ses mémoires en promettant de croustillantes révélations.
GEOFFROY TOMASOVITCH, leparisien.com, 23 juin 2005, p. 16

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(Septembre 2005) Sulitzer se dit « ruiné »

Le romancier a perdu devant la justice canadienne son procès contre sa femme.
Résultat, il ne pourra pas récupérer les 6 millions d'euros jusque-là cachés sur un compte aux Bahamas.

Sulitzer s'estime victime « d'un délit de sale gueule ».

«J'AI PERDU une bataille, je n'ai pas perdu la guerre. » La voix encore cassée par son accident cérébral, Paul-Loup Sulitzer se veut optimiste en plagiant la formule de De Gaulle. Mais, cette fois-ci, le romancier-homme d'affaires mord vraiment la poussière.
La Cour supérieure du Canada vient de lui donner tort dans le procès qu'il intentait à son épouse, Delphine. Sulitzer estimait que sa jeune épouse, mère de ses deux fils, lui avait « volé sa fortune ».
« Faux », estime le juge canadien, à l'issue d'une longue procédure. Devant les tribunaux du Québec, les deux époux se disputent un magot de 6 200 000, caché initialement sur un compte occulte aux Bahamas et transféré au Canada sur un compte ouvert par Delphine Sulitzer.

Une guerre totale entre les deux époux

Selon la justice du Québec, cet argent a été transféré légalement au Canada et appartient aujourd'hui aux deux fils du couple. « Sulitzer avait lui-même ordonné le transfert de cet argent au moment de l'affaire Falcone, quand il craignait que la justice française découvre son magot », explique un avocat du dossier.
En outre, le juge de Québec, dans un jugement détaillé de 20 pages, condamne le romancier à environ 30 000 $ de dommages et intérêts et de frais de justice aux banques concernées. « Je suis victime d'un délit de sale gueule, et d'ailleurs j'ai aussitôt fait appel, peste Sulitzer. Je ne lâcherai jamais, il s'agit d'une décision de justice partiale. »
Réaction diamétralement opposée dans le camp de Delphine Sulitzer-Jacobson. L'avocat de la jeune femme, M e Vincent Cohen-Steiner, se félicite de la décision canadienne : « Cela fait trois ans que ma cliente et sa famille sont traînées dans la boue et accusées de vol, réplique l'avocat. Le juge canadien leur donne raison sur toute la ligne, point final. »

Entre les deux époux, la guerre continue sur plusieurs fronts.

Leur appartement de 350 m2, avenue Henri-Martin, dans le XVIe arrondissement de Paris, a été vendu aux enchères 2,5 millions d'euros en début d'année. La plupart des meubles ont été saisis. Delphine Sulitzer qui y vit avec ses deux enfants, et son avocat, vendredi dernier, a plaidé devant le tribunal pour éviter l'expulsion. Décision le 30 septembre.
Autre affaire, l'épouse du romancier a gagné jeudi dernier, devant la chambre de la presse, un procès pour « injure » contre son mari, suite d'une interview de celui-ci.

Pour s'occuper, il écrit ses Mémoires

Et l'enquête pénale pour « organisation d'insolvabilité », lancée sur plainte de Delphine Sulitzer contre son mari, est toujours en cours, ainsi que l'enquête pour « menace » initiée par Vanessa Jacobson, la soeur de Delphine, contre Sulitzer.
Dans ce match total, sur fond de bagarre financière, les deux camps se posent en victime. « Sulitzer n'a jamais payé un sou pour ses fils et n'a pas versé sa pension alimentaire depuis des mois », résume Gabrielle Jacobson, la belle-mère du romancier. « Il doit en effet environ 200 000 euros d'impayés », décode Me Cohen-Steiner.
« Paul-Loup est victime d'un acharnement judiciaire, réagit son avocate, Me Martine Malinbaum. Il est d'ailleurs à la rue aujourd'hui. »

Selon son avocate, le romancier a dû quitter son duplex de la rue des Acacias, près de l'Etoile, et sa société a déposé le bilan. Il a également dû vider ses bureaux rue du Faubourg-Saint-Honoré. Et il doit plusieurs millions d'euros au fisc...

« Je suis ruiné », assure Sulitzer, qui dit vivre à présent chez son « amie Eva ». Ses actuelles occupations ? « Je n'écris plus de roman, j'écris mes Mémoires. Cela va commencer à l'âge de 3 ans », annonce l'écrivain. Et le dernier chapitre sur sa dernière épouse et sa belle-famille risque d'être particulièrement salé.
Laurent Valdiguié, Le Parisen, 13 septembre 2005, p. 16

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Eva Kowaleska se met à nu

Paris, 20 octobre 2005, 22 heures, musée de l'Erotisme (XVIIIème).
L'atmosphère gentiment coquine du musée de l'érotisme a pris une dimension beaucoup plus canaille (et follment kitch) hier soir, avec le vernissage de la première exposition de peinture d'Eva Kowaleska, la blonde compagne de Paul-Loup Sulirzer.

Une quinzaine de toiles représentant des jeunes femmes nues dans des situations très suggestives. La jeune Polonaise accueillait ses invités célèbres 'dé)vêtue d'une minirobe transparente ornée de cheveux véritables.

Paul-Loup Sulitzer était le premier à s'extraire d'une longue limousine blance façon Vegas, et à fendre la foule de Pigalle pour rejoindre sa muse dans les etages.
"Paul-Loup fait mieux que me soutenir dans mon travail, racontait Eva. En tant qu'artiste, je ne peux pas me reposer sur les genoux d'un homme. Il est le premier petit ami à accepter que je m'isole, parfois toute une semaine, pour me consacrer à mon art."

Acueillis par un orchestre et des danseuses brésiliennes, les personnalités se voyaient offrir à leur arrivée une bouteille d'une nouvelle bière alsacienne, la Sans-culotte, par une pulpeuse blonde moulée dans une robe rose.

On croisait des stars du cinéma X - Lisa Crawford, Delphine Delage, -, des vedettes de tout calibre, Lova Moor, Christine Deviers-Joncourt, Richard Gotainer, Marie-Sophie L., le mannequin Saty Oblette, Michel Chevalet, Pierre Bonte, Corinne Le Poulain, Vincent Mac Doom (enturbanné), l'ex-lofteuse Kenza, l'ex-millionnaire Greg.

Un artiste projetait des hologrammes sur le corps d'un modèle nu. On attendait Loana ...
Quant à Eva, elle trinquait au champagne devant ses toiles, souriante. "Je trouve, remarquait la jeune femme de 24 ans, que le musée de l'Erotisme va bien avec les fantasmes qui m'ont inspirée."
Hubert Lizé, le parisien.fr, 21 octobre 2005, p. 35

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(23 novembre 2005) Menaces téléphoniques : Paul-Loup Sulitzer renvoyé en correctionnelle

LA SERIE NOIRE continue pour l'ex-romancier à succès.
Paul-Loup Sulitzer est renvoyé devant le tribunal correctionnel de Paris le 9 décembre prochain. Dans cette nouvelle affaire, il sera jugé pour « appels malveillants » et risque un an de prison et 15 000 d'amende.

Sulitzer, piégé par le téléphone, est soupçonné d'avoir orchestré une campagne d'appels injurieux et menaçants à l'encontre de sa belle-soeur, Vanessa Jacobson.
Les faits se sont produits entre le 20 février et le 13 mars 2003. A l'époque, la jeune femme, aujourd'hui âgée de 29 ans, reçoit sur son portable une série d'appels inquiétants : « N'oublie pas ton arnica, tu vas en avoir besoin », dit l'un d'eux, faisant allusion à un produit pour soigner les coups.

Avocate de profession, Vanessa Jacobson, dont la soeur Delphine est en procédure de divorce houleuse avec Sulitzer, se sent menacée. Les appels se multiplient, en rafale, et la jeune femme décide de déposer plainte. « Ma cliente a également été suivie en moto, elle a eu des graffitis devant son appartement et elle a finalement dû quitter la France, explique son avocat Me Cohen-Steiner. Ce qu'elle souhaite avant toute chose, c'est sa tranquillité. »

Les enquêteurs de la brigade d'enquête sur les atteintes à la personne placent Sulitzer et sa compagne Eva en garde à vue au printemps 2004. Les policiers effectuent ensuite un travail de bénédictins pour pister les appels litigieux. Après examen du portable de Vanessa Jacobson, ils ont ainsi décrypté vingt-six appels.
Le 17 février 2003, dix-sept ont été passés « entre 13 h 52 et 14 h 21 ». Le 20 février, quatre entre 11 h 42 et 11 h 45. Le 11 mars, trois sont recensés entre 21 h 15 et 21 h 16. Le 13 mars, six entre 21 h 35 et 21 h 44.

Un très bon client

En retrouvant les numéros appelant les enquêteurs découvrent deux lignes de téléphone : une appartenant à Eric P., identifié comme étant un proche de Sulitzer, et une autre ouverte au nom d'un inconnu, un certain M. Wolf.
Ils établissent que Sulitzer est un très bon client d'un magasin de mobiles. Il y achète une foule de cartes à puce et de téléphones, parfois en liquide. « Par souci de discrétion », expliquera-t-il lors de sa garde à vue.
Autre découverte : certains appels, une fois identifié le numéro Imei propre à chaque téléphone portable, correspondent au propre portable de Sulitzer. En analysant les bornes téléphoniques, qui permettent les liaisons entre portables, les policiers s'aperçoivent aussi que les coups de fil suspects ont été passés depuis des bornes proches de son domicile ou de ses bureaux.

« L'ensemble de ces investigations oriente vers Paul-Loup Sulitzer et son entourage très proche », écrivent les policiers dans leur rapport de synthèse. La juge Muriel Josie a donc décidé d'envoyer le romancier devant le tribunal. « C'est scandaleux, réagit-il. J'ai eu une escouade de policiers chez moi et chez Eva pour tout ça ! Je n'ai jamais passé d'appels injurieux ! Comme tous les hommes d'affaires, j'ai plusieurs téléphones. S'il m'est arrivé de téléphoner à ma belle-soeur, c'était pour avoir des nouvelles de mes enfants. »

S'emportant, Sulitzer se dit « victime de l'acharnement de sa belle-famille ». Il envisage carrément de « déposer plainte devant la Cour de justice européenne ».
« Renvoyer quelqu'un devant le tribunal pour quelques appels, c'est lamentable. Tout cela se situe dans le cadre d'un divorce », embraye Me Martine Malinbaum, l'avocate du romancier. Un procès houleux en perspective.
Paru le : 23/11/2005, Yahoo.fr, actualités

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jeudi 12 octobre 2006, 13h19 L'écrivain français Paul-Loup Sulitzer s'installe en Belgique

BRUXELLES (AFP) - L'écrivain français Paul-Loup Sulitzer, qui multiplie depuis quelques années les ennuis judiciaires en France, a décidé de s'installer en Belgique, un pays qui "respecte les droits de l'Homme", a rapporté jeudi le journal belge La Dernière-Heure.

"Ce n'est ni pour des raisons fiscales ni pour des motifs judicaires que je quitte la France pour m'installer en Belgique", a affirmé l'auteur de Money, Cash et Fortune, cité par le quotidien populaire bruxellois.
"Mais parce que je suis las de la France et du parisianisme. La France est un pays merveilleux mais qui marche à l'envers et je ne crois pas que ça va s'arranger après (l'élection présidentielle de) mai 2007", ajoute Paul-Loup Sulitzer.

L'écrivain et homme d'affaires, coutumier des chroniques mondaines et, plus récemment, judiciaires, s'installe à Bruxelles, dans une Belgique, dit-il, qui, "elle, respecte les droits de l'Homme".

Victime il y a quelques années d'un accident cérébral, engagé dans une interminable procédure de divorce, Paul-Loup Sulitzer a été condamné à Paris à six mois d'emprisonnement avec sursis pour avoir dissimulé aux impôts la somme de 195.000 euros que lui avait versée l'homme d'affaires français Pierre Falcone.

"J'ai beaucoup d'ennuis financiers", reconnaît-il dans la Dernière-Heure, ajoutant: "Je vais les arranger. Rien de m'arrêtera, sauf la mort".

En revanche, une procédure de naturalisation, comme celle engagée par le chanteur Johnny Hallyday auprès des autorités belges, "n'est pas encore au programme", a-t-il ajouté.

La Belgique est devenu depuis le début des années 2000 un discret paradis fiscal pour étrangers fortunés, notamment néerlandais et français, le pays ne taxant ni la fortune, ni les plus-values boursières.
Yahoo.fr, actualités, jeudi 12 octobre 2006, 13h19

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28 mars 2007. L’Angolagate rebondit

Jean-Christophe Mitterrand et Charles Pasqua sont de retour devant la justice. Le parquet de Paris a requis mercredi leur renvoi en correctionnelle aux côtés de 40 autres personnes dans le cadre de l’affaire de trafic d’armes vers l’Angola.

Il y a du beau monde aux côtés de l’ancien ministre de l’Intérieur et du fils aîné de François Mitterrand: le romancier Paul-Loup Sulitzer, l’ancien conseiller de François Mitterrand Jacques Attali, l’ex-préfet du Var Jean-Charles Marchiani, ou encore le député UMP du Rhône Georges Fenech.

L'aîné Mitterrrand demandera la relaxe

Tous sont soupçonnés d’avoir reçu des pots-de-vin de la part du sulfureux Pierre Falcone, lui aussi prévenu dans cette affaire et personnage emblématique de cet «Angolagate». La justice reproche à cet homme d’affaires d’avoir organisé la vente d’armes au régime angolais en 1993 et 1994 via sa société Brenco.

Pour sa part, Jean-Christophe Mitterrand demandera la relaxe. Le parquet a retenu contre lui le «recel d’abus de biens sociaux» et le «trafic d’influence», mais a demandé un non-lieu pour l’infraction de «complicité de commerce illicite d’armes».

En tant que sénateur, Charles Pasqua bénéficie, lui, d’une immunité.

Le procès devrait avoir lieu courant 2008, si le juge Philippe Courroye, chargé du dossier, confirme la décision du Parquet. Il pourrait avoir lieu dans le courant de l'année 2008
20Minutes.fr, éditions du 28/03/2007 - 16h43 dernière mise à jour : 28/03/2007 - 16h43

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Sulitzer demande sans succès la modification de son contrôle judiciaire
Yahoo.fr, actualités AFP - Mercredi 24 octobre, 18h46PARIS (AFP) -

L'écrivain Paul-Loup Sulitzer a demandé sans succès mercredi la modification du contrôle judiciaire qui lui est imposé dans l'affaire des ventes d'armes présumées illégales à l'Angola, craignant sa "clochardisation" faute de pouvoir voyager pour exercer son métier de consultant.

Le romancier --renvoyé devant le tribunal correctionnel, notamment pour "recel d'abus de biens sociaux" dans cette affaire-- a saisi la 11ème chambre du tribunal correctionnel de Paris après avoir constaté qu'un des personnages clef du dossier, Pierre Falcone, avait obtenu le 3 octobre la levée du mandat d'arrêt international le concernant.

M. Sulitzer a demandé au juge Jean-Baptiste Parlos de l'autoriser à voyager hors des frontières européennes, ce que son contrôle judiciaire, imposé en 2000 au moment de sa mise en examen, ne lui permet pas. "Je ne peux pas assurer mon métier", a déclaré M. Sulitzer, 61 ans, qui a tenu à se déplacer lui-même au tribunal, en expliquant que lorsqu'il n'écrivait pas, il exerçait comme "consultant international".

"Je suis condamné à une mort civile sûre et lente", s'est-t-il plaint, avant de se dire "condamné à être pratiquement au chômage".

"Je ne peux pas rester longtemps dans cette situation. Je vais être clochardisé à la vitesse grand V", a encore assuré l'auteur à succès, victime récemment d'un accident cardio-vasculaire et à la santé visiblement défaillante.

Le tribunal n'a pas fait droit à sa demande.

Dans une décision rendue à l'issue de l'audience, le juge Jean-Baptiste Parlos a notamment souligné qu'Arcady Gaydamak, un autre personnage clef du dossier, restait sous le coup d'un mandat d'arrêt international.

Il a ajouté que le contrôle judiciaire imposé à M. Sulitzer était aussi destiné à assurer sa présence lors du procès à venir.

Il lui a enfin rappelé qu'il pouvait faire des demandes de "dispense temporaire" de certaines modalités de ce contrôle judiciaire.

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Portrait Paul-Loup Sulitzer, le roi nu LE MONDE | 24.11.08 | 15h06 • Mis à jour le 24.11.08 | 15h06 Article paru dans l'édition du 25.11.08 Gérard Davet

Pour un peu, le visiteur de passage chez Paul-Loup Sulitzer irait bien pousser la porte de la salle de bains, au cas où Véronique et Davina s'amuseraient sous la douche, comme aux plus belles heures de "Gym Tonic", l'émission culte sur Antenne 2. Il irait aussi inspecter les placards, des fois qu'un Bernard Tapie svelte et bronzé s'y cacherait. S'attendrait à buter sur Starsky ou Hutch, au détour d'un couloir.
Se rendre chez Paul-Loup Sulitzer, c'est embarquer dans une machine spatio-temporelle, direction les années 1980.

Dans cet appartement de 130 m2 de l'avenue Wagram à Paris, qu'un ami lui prête, il y a des tonnes de bouquins, uniquement ceux de Sulitzer, des tableaux en pagaille, à la gloire de Sulitzer, et des photos de grands de ce monde, souriant à l'objectif en compagnie... de Sulitzer.
"Ça ne me dérange pas qu'on dise que je date des années 1980, dit-il. On ne peut me retirer ce que je suis. Paul-Loup Sulitzer, depuis l'âge de 17 ans, il a marqué son temps." Mais les années ont passé. Les couleurs des clichés sont saturées, défraîchies, et le maître des lieux a désormais bien du mal à s'extirper de son fauteuil. Un coach personnel le suit pas à pas.

Sulitzer, c'est l'histoire d'une déchéance, celle d'un milliardaire ruiné, d'un homme diminué, et d'un justiciable qui comparaît, ces jours-ci (les 25 et 26 novembre), au tribunal correctionnel de Paris, dans l'affaire de l'Angolagate. Il est accusé d'avoir perçu près de 1,2 million de francs, non déclarés, de l'homme d'affaires Robert Falcone, principal prévenu d'un procès qui se déroule sur fond de trafic d'armes.

Mais Paul-Loup Sulitzer semble impavide.
Il ne se plaint pas et contemple avec une certaine lucidité les lambeaux de sa gloire d'antan. "Je souhaite à mes pires ennemis d'avoir fait l'amour à d'aussi jolies femmes que celles que j'ai connues, et d'avoir eu autant d'argent", dit-il d'une voix chuintante, séquelle d'un grave accident cérébral qui le laissa à l'état de "légume, avec trois types pour (l')amener à la douche".

Sulitzer, c'est 35 livres, 43 millions d'exemplaires vendus à travers le monde, et des avances consenties par les maisons d'édition qui se chiffraient en millions d'euros. Pour son dernier livre, Le Roi rouge, paru en mai, il assure avoir encore obtenu 100 000 euros des Editions du Rocher. Il s'en serait vendu 20 000 exemplaires. "Cette fois, c'est moi qui l'ai écrit", s'amuse-t-il, lui dont le système d'écriture fit scandale.

Il ne s'est jamais imaginé en Marcel Proust.
"Mais je vendais beaucoup de livres, donc je commettais un péché." Il eut des nègres, s'embrouilla avec eux, des documentalistes. "Quand j'ai à décrire une scène qui se déroule en 1929, je préfère payer un professeur de Harvard pour restituer l'époque avec fidélité, explique-t-il. Mais je n'ai jamais eu un seul procès pour plagiat. Au fond, mon seul talent, c'est d'avoir la bonne idée et de l'exporter..." Dans Le Roi rouge, Paul-Loup Sulitzer met en scène un écrivain à succès qui ressemble furieusement à ce qu'il fut, une personnalité aussi connue que "Gérard Depardieu, Alain Delon ou Michel Platini". Un type qui partait en vacances aux Seychelles, s'exhibait dans Paris Match et se faisait décorer par François Mitterrand.

Mais la vraie vie l'a rattrapé.
Il dit avoir déclaré 62 000 euros de revenus en 2007. Ce n'est certes plus l'opulence. "Moi qui étais l'écrivain du pognon !" ironise-t-il. La faute à ce procès qu'il attendait depuis si longtemps. "Ça fait huit ans que je n'ai plus de passeport, confisqué par la justice, explique-t-il, je ne peux exercer mon métier de consultant international. Ça me fait penser à la Russie d'Andropov, on utilise un Magnum 350 pour tuer un moustique ! J'ai reconnu avoir touché de l'argent de Robert Falcone. Je n'ai pas d'excuses, j'ai voulu faire des affaires, j'ai été pris la main dans le pot de miel..."

Et puis, il y a l'image. Terrible.
Ce Paul-Loup Sulitzer que l'on découvre, bedonnant, l'oeil morne, dans les soirées pour happy few, où traîne toujours une caméra, un appareil photo. Le Paris d'aujourd'hui se gausse de lui. "Le regard des autres ne me gêne pas. Je n'ai pas de peine d'orgueil. Si ça amuse la galerie, ça sert au moins à ça. Je m'estime verni par rapport à ce qu'a vécu mon père, par exemple, qui refusa de porter l'étoile jaune. Chez les Sulitzer, on est des combattants, pas des pleureuses..."

Il lui reste des amis. On le salue dans la rue, on le touche, on lui demande de ses nouvelles. Ça lui suffit. "J'ai les mêmes amis depuis cinquante ans. J'ai eu une cour colossale, mais je n'ai jamais été dupe. Quand j'étais milliardaire, j'étais généreux, et certains n'ont pas la mémoire courte. Et puis, aujourd'hui encore, j'arrive à séduire de très jolies femmes..."

Sa famille s'est rapprochée de lui.
Sa soeur, Dominique, par exemple. "Je le trouve beaucoup plus sympa qu'avant, dit-elle. Il a pourtant beaucoup souffert, il a été abîmé, mais il a du panache. Du coup, il est touchant, il a une force de vie en lui." Elle le sait "maladivement égocentrique, mais conscient de sa déchéance". Alors elle le voit plus souvent, bien plus qu'à l'époque où, au sommet, "il était insupportable".

Elle raconte cette scène vécue, au restaurant, où un homme s'est approché de la table qu'elle partageait avec son frère. "Il nous a offert une bouteille de vin, il a dit à Paul-Loup : "Vous la boirez à ma santé." Ça lui suffit, à Paul-Loup, ça le fait tenir..." Tant qu'on le reconnaît, c'est qu'il est encore en vie. Rescapé d'un coma diabétique, d'un divorce qui lui a coûté 6 millions d'euros et éloigné de ses deux fils. "Sulitzer, c'est encore un nom", lâche-t-il.

Sa fille Olivia l'entoure, elle aussi. Elle ne l'a jamais laissé tomber. "Mon père était un enfant, persuadé que le monde tournait autour de lui, se souvient-elle. Le côté positif de sa descente aux enfers, c'est qu'il est revenu au top sur le plan humain." Bien sûr, elle ne goûte guère le regard des autres, les sourires du Paris branché. "Mon père n'est pas triste, dit-elle, c'est la manière dont on le montre qui l'est."

Il monte encore des projets. Développe des idées.
"Il a un nom, une clientèle, relève Patrick Mahé, directeur éditorial des Editions du Rocher. Je suis impressionné par son attitude flegmatique, presque philosophe. Il ne porte jamais de jugement négatif." La crise économique pourrait pourtant le ranger au rayon des objets poussiéreux. Sulitzer s'insurge. "Vous savez, ça fait longtemps que je dis que le système va se casser la gueule, car il est sorti de sa fonction première. Et si vous relisez Le Roi vert (Editions n° 1, 1983), vous verrez que j'y pointais déjà les dérives du capitalisme..." Lui aussi, à sa manière, incarne la déroute d'un système. Peut-être le sait-il. Il ne le dira pas.
Gérard Davet

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Parcours

1946 Naissance à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine).

1963 Se lance dans le commerce.

1980 Parution de "Money", premier succès.

1983 Publie "Le Roi vert", traduit dans une trentaine de langues.

2002 Victime d'un accident cérébral.

2008 Comparaît au procès de l'Angolagate.

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Angolagate : lourdes peines requises, sauf pour Attali [ 12/02/09 ] LesEchos.fr

Six ans de prison ferme contre Arcadi Gaydamak et Pierre Falcone, un an de prison ferme contre Jean-Christophe Mitterrand, trois ans de prison avec sursis contre Charles Pasqua, 3 ans de prison dont 18 mois avec sursis contre Jean-Charles Marchiani, 18 mois de prison avec sursis contre Paul-Loup Sulitzer et la relaxe en faveur de Jacques Attali : telles sont les peines qu'a requises hier soir le procureur dans le procès de l'Angolagate, une affaire de vente d'armes de guerre en Angola dans les années 1990.

Le procureur a longuement accusé l'Etat français d'avoir pratiqué une politique du « laisser-faire » à l'égard de ce « trafic » d'armes.

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Paul-Loup Sulitzer s’installe en Belgique http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20121009.OBS5074/paul-loup-sulitzer-s-installe-en-belgique.html Créé le 09-10-2012 à 18h22 - Mis à jour à 22h25

Rien à voir avec un exil fiscal, attention. En revanche, l'affaire a bien un rapport avec la fondue bourguignonne.

Paul-Loup Sulitzer, l’auteur des inoubliables «Money», «Cash !», «Fortune», «le Roi vert» ou «Cartel», a annoncé qu’il partait s’installer en Belgique. Comme les ricanements ne se sont pas fait attendre, il précise aussitôt qu’il ne compte pas «en tirer un quelconque avantage financier», et que l’élection de François Hollande ne l’a en aucun cas poussé hors de nos frontières.

Si François Hollande n’est pas en cause, vous pensez bien que sa politique fiscale non plus. «Je ne fais pas du tout partie de ces multi-milliardaires qui débarquent à Bruxelles, nous explique-t-il au téléphone, depuis Bruxelles. Je trouve choquant que des grandes fortunes choisissent de quitter le navire. Maintenant, chacun fait ce qu’il veut, du moment que c’est légal.»

En réalité, Paul-Loup Sulitzer «aime» la Belgique, pays dont le charme est de plus en plus fréquemment loué. Il s’y rend depuis 40 ans. On trouvera sans doute de belles pages sur la Belgique dans «Monstre sacré», ses Mémoires qui sortiront en novembre prochain aux Editions du Rocher, qui sont domiciliées à Monaco.

«La plupart des accidents domestiques en Belgique sont liés à l’huile chaude.» En Belgique, Paul-Loup Sulitzer entend bien trouver une «sérénité de vie» supérieure à la sérénité de vie française, qui est moindre. Il va y travailler, pour un entrepreneur nommé Frédéric Cornard. Frédéric Cornard a 38 ans. Il a lu «le Roi vert» de Sulitzer, et en a pensé beaucoup de bien. Son parcours professionnel, résume-t-il, est constitué de «plusieurs choses dans pas mal de secteurs.»

Il est surtout le dirigeant d’une société «de royalties» nommée X4US (prononcer «X for us»), domiciliée à Luxembourg, dans un immeuble qui abrite plus d’une soixantaine de sociétés. Pourquoi au Luxembourg? «Parce que les brevets ont été déposés au Luxembourg.» Mais pourquoi avoir déposé les brevets au Luxembourg? «Parce que c’est plus simple.» La courtoisie nous aura dissuadé de demander pourquoi c’est plus simple.

X4US a pour le moment offert au monde la «Fondue-Grand Cru», une préparation pour fondues à viande à base de vin. «La fondue à l’huile, explique Cornard, ça pue, c’est gras, et en plus c’est dangereux. Il y a beaucoup de blessés. La plupart des accidents domestiques en Belgique sont liés à l’huile chaude. Tandis que la nature du vin fait que la cuisson démarre à 70°. On peut tremper son doigt: c’est chaud, mais ça ne brûle pas. Et ça cuit la viande.»

La sérénité du monde des affaires

Mais Cornard ne s’est pas adjoint les services de Paul-Loup Sulitzer pour promouvoir cette fondue d’un genre nouveau. Le «metteur en livre», comme il s’était lui-même qualifié quand on lui avait reproché de ne pas écrire ses best-sellers, doit l’aider à lancer Deal5000.be, un site de crowdfunding immobilier, qui permet à tout détenteur de 5000 euros d’investir dans la pierre.

En quoi Paul-Loup Sulitzer peut-il l’aider? «Il peut nous permettre d’atteindre une réussite internationale.» Sulitzer va travailler pendant 16 mois comme consultant. Au terme de ces 16 mois, il dit qu’il reviendra en France. «Vous savez, nous dit Cornard, je pense qu’il a besoin de retrouver la sérénité du monde des affaires. Il n’est pas intéressé par l’argent pour l’argent, si vous voyez ce que je veux dire.»

Pour le moment, la collaboration de Paul-Loup Sulitzer n’a pas été bénéfique à Deal500.be. «Le lancement du site a été précipité par l’annonce de sa venue dans les médias. On n’a pas très bien joué le coup. Le site existe, du coup, mais il n’y a rien dessus.» David Caviglioli

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Vers Gérard de Villiers

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