Janvier 2010 : Apologie générale d'un politique colérique battu par Chirac, et très honorablement marginalisé
Novembre 2004 : Défense des immigrés par le tunisien immigré
Juillet 2004 : Beaucoup mieux, Premier président de la Cour des comptes
Juin 2004 : Toujours vivant, et premier beau "fromage"
Octobre 2002 : Le cimetière des éléphants
Juin 2002 : Le tunisien en réserve de la République ??
13 mars 2001 : Séguin, le fiasco * (LE MONDE | 13.03.01 | 13h24 | Editorial)
L'EXERCICE confié à Philippe Séguin par le RPR et ses alliés était difficile.
Il fallait beaucoup de détermination pour aller affronter Jean Tiberi dans son fief parisien. Pour une fois, le mot " fief " n'est pas employé en vain : la " machine Tiberi " fonctionne dans la capitale avec une redoutable efficacité. La gauche le sait bien, qui s'efforce depuis plusieurs années de démonter le système construit par Jacques Chirac puis renforcé par Jean Tiberi pour protéger la mairie de Paris.
Il ne faut donc pas s'étonner que le maire sortant oppose une résistance opiniâtre aux assauts conjugués de ses anciens amis de droite et de ses vieux adversaires de gauche. Il faut d'autant moins s'en étonner que le scrutin du 11 mars a donné tort à tous ceux qui sousestimaient le maire de Paris. Jean Tiberi n'est pas seulement servi par sa ténacité, par ses nombreux réseaux et par sa mainmise sur les services de la ville. Il a aussi pour lui l'expérience d'une longue pratique gestionnaire de la capitale et, surtout, la connaissance ancienne d'un " système " qui ne fut inventé ni par lui ni pour lui, mais au bénéfice et au profit de Jacques Chirac.
Répudié en quelque sorte par l'ancien maire devenu président de la République, Jean Tiberi s'est comporté de façon tenace, avec la foi du militant, et, à l'aune de ses propres objectifs, cohérente. Il a ainsi montré qu'il est en position de contrarier les desseins de Jacques Chirac et de la direction du RPR : déloger l'actuel occupant de l'Hôtel-de-Ville pour faire oublier les " affaires " de Paris et rendre à la capitale son lustre perdu, quitte à sacrifier l'un des plus fidèles serviteurs de la " chiraquie " parisienne. A l'inverse, la cohérence ne fut pas la première qualité de Philippe Séguin. Le moins qu'on puisse dire est qu'il ne s'est pas révélé comme l'homme de la situation. Accumulant au cours de sa campagne maladresses et changements de pied, il n'a pas su trouver les thèmes ni le style susceptibles de retenir l'attention des électeurs parisiens. Alors même qu'il était parachuté, il s'est comporté comme s'il était appelé par les Parisiens et n'avait pas à les séduire et à les convaincre. La grandeur ne s'autoproclame pas. Elle se construit aussi dans les petites misères des tâches obscures. Pour l'avoir oublié, M. Séguin a confondu ambition et prétention et s'est comporté comme si ses vertus étaient évidentes. Les électeurs l'ont logiquement rappelé aux réalités.
Il a subi dans l'arrondissement où il se présentait, le 18e, un cinglant échec, puisque sa liste a été devancée de près de dix-huit points par celle que conduisait Daniel Vaillant, ministre de l'intérieur . Aujourd'hui, alors qu'il refuse d'envisager toute fusion de ses listes avec celles de Jean Tiberi, le voilà désavoué par ses propres coéquipiers, dont certains ont décidé de négocier dans leur propre arrondissement avec leurs concurrents tiberistes, sans égards pour les décisions de leur chef de file. Ainsi son autorité, déjà sérieusement ébranlée au cours de la campagne, est-elle désormais au plus bas. A supposer que la droite l'emporte, avec le secours de Jean Tiberi, on voit mal comment, dans ces conditions, Philippe Séguin pourrait encore prétendre exercer la fonction de maire de Paris.
* LE MONDE | 13.03.01 | 13h24 | Editorial.
-----
Le Parisien, 12 juin 2002, p. 17 : L'ancien président du RPR qui avait prédit la déroute des Bleus dans les colonnes de notre journal dès le lendemain de leur prestation face au Sénégal, ne s'est présenté aux législatives ni dans les Vosges ni ailleurs : il ne sera donc plus député à partir de dimanche.
Mais, en tant qu'ancien président de l'Assemblée, il a le droit de conserver un bureau et deux collaborateurs au sein du palais Bourbon.
II restera donc installé au pavillon A, juste à rentrée du bâtiment : il a déjà fait installer là des bibliothèques sur mesure pour y ranger ses livres.
-----
Séguin rejoint lentement le cimetière des éléphants
En démissionnant du Conseil de Paris, l'ex-patron du RPR abandonne son dernier mandat électif.
«Pour revenir un jour, il faut savoir tout quitter.» Ceux qui pronostiquent la mort politique de Philippe Séguin pourraient bien en être pour leurs frais. En démissionnant vendredi (11 octobre 2002) du Conseil de Paris, l'ancien patron du RPR a, certes, perdu son dernier mandat électif. Il s'exile à Genève comme administrateur du Bureau international du travail. Mais «pour mieux revenir», «libre», «vierge», «soulagé», défait du «scotch de Paris», espère la poignée de fidèles qui lui reste. Les mêmes parient que cette «démission-là lui sera utile». Sous-entendu : les précédentes, elles, ne l'ont pas été.
«C'était une folie douce» de quitter la présidence du RPR en 1999. «C'était hyperorgueilleux» de refuser de concourir pour un nouveau mandat de député au printemps. Mais Philippe Séguin, 59 ans, est ainsi fait. Aussi insatisfait qu'imprévisible. Aussi à cheval sur l'honneur en politique que rivé à ses archaïsmes. Et surtout toujours «en train de régler des comptes avec Jacques Chirac». Une banale histoire de père. Séguin a perdu le sien tôt, mort au combat lors de la Seconde Guerre mondiale. Chirac, lui, n'a pas eu de fils biologique. Et s'en est fabriqué deux, en politique. Juppé, «le meilleur d'entre nous», «le bien-aimé», programmé pour lui succéder. Et l'autre, Séguin, le prodige devenu de plus en plus prodigue.
Juppé, «l'autre».
Son retrait de la vie politique s'inscrit, selon l'un des amis, dans cette logique de «rupture» avec ce «père». En 1997, lorsque Philippe Séguin a pris le RPR, il l'a fait malgré Chirac. Depuis l'Elysée, celui-ci a cherché jusqu'au bout à imposer Alain Juppé. «L'autre», comme le nomme Séguin. Héritier malgré «le père» du parti gaulliste, épaulé dans sa tâche par Nicolas Sarkozy, le député des Vosges a entrepris de rénover du sol au plafond la vieille boutique chiraquienne. Il a notamment imposé l'élection au suffrage universel du président. Chirac a vu sa création lui échapper. D'autant que Séguin a tout fait pour que le RPR ne soit plus «le parti du Président». Il a échoué. En grande partie par sa faute : c'est lui qui a démissionné de son poste sur un coup de tête, juste avant les élections européennes de 1999. «Philippe ne voulait pas être simplement le mécanicien, précise un cacique du RPR. Il voulait tout.»
«Sans conviction.»
Dès lors, l'UMP s'est mise en route et Séguin en déroute. Michèle Alliot-Marie a reçu en gérance le RPR. Mais c'est Jérôme Monod, depuis l'Elysée, qui a mis le parti unique sur les rails. Séguin répétait alors qu'il ne ferait «plus jamais la campagne» d'un homme «sans conviction». Deux ans ont passé. Le temps de se refaire, espérait-il. Et voilà Séguin candidat à la candidature pour la mairie de Paris, mû par un incroyable désir pour la joute politique... qu'au fond, il méprise tant. L'Elysée «a fini par l'imposer contre Balladur et Panafieu», raconte un balladurien, puis l'a laissé se dépatouiller avec Tiberi. Et les autres dinosaures de droite n'ont pas été plus vaillants, tiraillés entre la rage de perdre Paris et le soulagement d'être débarrassés de Séguin.
Les Parisiens ont fini par choisir pour eux. Entre un cours dispensé à Québec et un séjour footballistique en Corée, Séguin a assumé, malgré tout, son rôle de président du groupe RPR à la mairie de Paris. Non sans pester contre l'UMP. «Annoncer qu'on va passer tout le monde à la toise et proclamer le silence dans les rangs, est-ce bien compatible avec l'évolution nécessaire de la pratique politique ?» s'interrogeait-il en décembre dernier. Pour aussitôt se répondre à lui-même : «Imposer un parti unique, c'est considérer que nous, gaullistes, n'avons ni n'aurons plus rien de particulier à dire (...). Les gens demandent qu'on s'entende. Pas qu'on passe dans la machine à normaliser.»
«Marigot.»
Mais depuis, Chirac a été réélu. Et 365 députés l'ont emporté avec l'étiquette UMP. Séguin est resté cloîtré à l'Hôtel de Ville, comme pour «expédier les affaires courantes du groupe RPR». «Cela l'emmerdait de plus en plus d'apparaître aux côtés de Goasguen et de Tiberi, raconte un ami. Il n'avait rien à gagner politiquement à rester dans ce marigot.» Les crocodiles le lui rendent bien. Hier, son nom n'a même pas été prononcé lorsqu'il s'est agi d'élire le président du groupe UMP (lire ci-contre).
Au fond, Séguin ressemble à Jospin. Si l'un est volcanique quand l'autre est ombrageux, tous deux ont un même caractère difficile. Un même sentiment de supériorité. Et une même façon, radicale, de «tirer les conséquences» de leurs échecs. Le même avenir, peut-être aussi. Tous deux partis en retraite, personne ne jurerait pour autant qu'ils n'en sortiront pas. Un jour ou l'autre.
Libération, Par Didier HASSOUX, samedi 12 octobre 2002, page 12.
------
Philippe Séguin élu président du conseil d'administration de l'OIT
GENEVE (AP) - Philippe Séguin, ancien ministre français des Affaires sociales et de l'Emploi, a été élu vendredi (18 juin 2004) à Genève président du conseil d'administration de l'Organisation internationale du travail (OIT) pour sa session 2004-2005, a annoncé cette agence de l'ONU.
Philippe Séguin, représentant de la France à l'OIT depuis 2002, succède au Sud-Coréen H.E. Eui-Yong Chung, qui a présidé la session 2003-2004.
Le délégué français devient ainsi le numéro deux de cette institution onusienne, basée à Genève (Suisse), qui se fixe pour principaux objectifs de "promouvoir la justice sociale pour les travailleurs du monde entier" et d'"améliorer les conditions de travail".
Agé de 61 ans, Philippe Séguin, ancien président de l'Assemblée nationale française (1993-1997), maire d'Epinal (Vosges) de 1983 à 1997, a été ministre des Affaires sociales et de l'Emploi dans le gouvernement de Jacques Chirac de 1986 à 1988.
yahoo.fr, actualités, vendredi 18 juin 2004, 18h58
------
Philippe Séguin nommé premier président de la Cour des comptes
(notedt : Tué politiquement par Jacques Chirac, comme François Léotard, notamment, Philippe Séguin bénéficie désormais d'un onctueux fromage).
PARIS (AP) - L'ancien président RPR de l'Assemblée nationale Philippe Séguin a été nommé mercredi premier président de la Cour des comptes, selon le compte-rendu du conseil des ministres.
M. Séguin était jusque là conseiller maître à la cour des comptes. A 61 ans, il succède à François Logerot au poste de premier président.
Après sa candidature malheureuse à la mairie de Paris en 2001 face au socialiste Bertrand Delanoë, Philippe Séguin s'était retiré de la vie politique française en 2002.
Il avait démissionné le 11 octobre 2002 de son dernier mandat, celui de conseiller de Paris, pour représenter la France au Bureau international du travail (BIT). Il a été élu le 18 juin dernier président du conseil d'administration de l'Organisation internationale du travail (OIT) pour sa session 2004-2005.
La rumeur de son retour à la Cour des comptes, où il est entré pour la première fois en 1970 à sa sortie de l'ENA, courait depuis 2002.
La nomination de M. Séguin rue Cambon est une belle fin de carrière pour l'ancien ministre des Affaires sociales (1986-1988), qui a toujours entretenu des relations tumultueuses avec Jacques Chirac.
Philippe Séguin avait notamment démissionné avec fracas en 1999 de la présidence du RPR, laissant Nicolas Sarkozy seul pour affronter la campagne des élections européennes. Par une ironie de l'histoire, il doit en partie aujourd'hui son retour au premier plan à M. Sarkozy, cosignataire du décret de nomination.
yahoo.fr, actualités, mercredi 21 juillet 2004, 11h49
------
Immigration : la colère de la Cour des comptes
Philippe Séguin, président de la Cour des comptes, a rendu public hier (23 novembre 2004) un rapport au vitriol sur les politiques d'immigration en France. La cour propose une remise à plat du système et accuse Matignon de ne pas jouer son rôle de coordination.
HABITAT, emploi, école, accueil des immigrés, la Cour des comptes a passé au crible trente ans de politique d'intégration en France. Le constat est accablant. Manque de coordination, superposition des dispositifs, « résignation » face à l'immigration clandestine...
Philippe Séguin, premier président de la Cour, décrypte ce réquisitoire.
Pourquoi la Cour des comptes, plus connue pour traquer les « gabegies » de l'Etat, s'est-elle penchée sur ce sujet ?
Philippe Séguin. Parce que la cour est dans son rôle de gardien des deniers publics en évaluant les politiques publiques, c'est-à-dire en vérifiant si les moyens de ces politiques sont en adéquation avec les objectifs. Nous sommes là autant pour traquer les irrégularités que les erreurs de gestion. C'est dans cet esprit que nous examinons aujourd'hui la politique en matière d'intégration, comme nous traiterons demain de transport ou de nucléaire.
Vous dressez un tableau très critique des politiques d'immigration menées depuis trente ans...
C'est une évidence historique : ce n'est que très tardivement que l'Etat a pris conscience qu'il devait mener une politique d'intégration des gens venus d'ailleurs. Cette nécessité a été totalement négligée au XIX e siècle et durant une grande partie du XX e . Ainsi l'essentiel des structures qui ont été créées après guerre et dans les années 1950, type foyers Sonacotra ou Fonds action sociale (FAS), l'a été pour les Algériens musulmans, avec en arrière-plan un souci d'ordre public. Ce n'est que plus tard que ces structures ont commencé à s'occuper des autres migrants. Mais l'effort d'adaptation a été insuffisant. Et pourtant, aujourd'hui, il y a urgence à améliorer le dispositif. Dans les années qui viennent en Europe, donc en France, compte tenu de la baisse prévisible de la population et de son vieillissement, nous allons avoir besoin de main-d'oeuvre !
Actuellement, quels sont les principaux dysfonctionnements ?
Il y a deux handicaps lourds qui risquent de rendre vains les efforts d'une nouvelle politique d'intégration. Le premier est la concentration des populations issues de l'immigration dans certains quartiers périphériques. Il faut travailler à une autre répartition et veiller à limiter ses effets pervers. Revoir, par exemple, le fonctionnement de la carte scolaire afin d'éviter de retrouver dans un même établissement une concentration d'enfants en difficulté ou rechercher, dans les processus d'accès au logement social, ce qui conduit à des discriminations.
« Les irréguliers vivent dans des conditions de précarité indignes »
Et le second ?
C'est l'importance de la population étrangère en situation irrégulière. On semble s'en accommoder. Il est vrai que la tentation est d'autant plus grande de ne rien faire que les solutions sont impopulaires, qu'il s'agisse des régularisations ou des reconduites à la frontière...
Le résultat est que ces personnes vivent dans des conditions de précarité indignes et que leurs difficultés rejaillissent sur l'ensemble des populations issues de l'immigration. Il faut savoir, pour expliquer la passivité des pouvoirs publics, que les irréguliers disposent d'un « quasi-statut » : droits aux soins médicaux, à l'inscription des enfants à l'école, à la couverture des accidents du travail, à certaines aides sociales. Cerise sur le gâteau : un droit à la régularisation qui peut intervenir après un délai de dix ans.
Le système actuel, selon vous, fonctionne sur une grande hypocrisie ?
Il est vrai que le système actuel, qui consiste à fermer les yeux, est la pire des solutions.
Quelle est votre principale recommandation ?
La Cour des comptes ne nie pas la complexité d'une politique d'accueil et d'intégration. Mais une telle politique se heurte à la faiblesse des structures de pilotage comme au grand nombre d'intervenants. La cour insiste donc sur la nécessité d'une coordination interministérielle depuis Matignon. On a besoin qu'un service fort soit placé auprès du Premier ministre. Car il ne s'agit pas que de décider : il faut veiller à ce que les mesures suivent... Ce n'est pas toujours le cas.
Vous proposez aussi de remettre les préfets au travail...
Nous proposons au plan local de mettre en place, comme à l'échelon national, une coordination efficace. En particulier pour tout ce qui touche aux discriminations en matière d'accès au logement. Les préfets doivent être des relais locaux efficaces pour mettre en oeuvre le service public de l'accueil et les outils de l'intégration.
Selon un député de l'opposition, le budget de l'Elysée a augmenté de 580 % en quelques années. Contrôlez-vous les dépenses de la présidence de la République ?
La polémique sur le sujet est absurde : il n'y a pas de budget propre de l'Elysée. Mais la cour contrôle les dépenses qui sont prises en charge pour son compte par divers ministères.
Propos recueillis par Pascale Egré et Laurent Valdiguié, Le Parisien, mercredi 24 novembre 2004, p. 15
-------
La presse rend hommage à Philippe Séguin, l'homme qui a dit non (AFP) – 08 janvier 2010 6.15 PARIS — La presse française rend un hommage unanime vendredi au premier Président de la Cour des comptes, Philippe Séguin bien plus qu'une image d'Epinal, l'homme qui a dit non.
Et les qualificatifs ne manquent pas pour retracer le parcours politique de cet homme de conviction, "souvent détesté mais respecté": "Ombrageux" (Dauphiné Libéré), "emmerdeur flamboyant" (les Dernières Nouvelles d'Alsace), "bougon de la République" (la République du Centre) ou "don quichotte" (Libération). "Tous ceux qui l'ont bien connu savent que Philippe Séguin était au tréfonds de lui, tout sauf un homme fait pour la politique quotidienne", souligne dans son billet Etienne Mougeotte (Le Figaro). "Sans doute était il d?une autre époque, plus héroïque et moins factice. Sans doute s?est-il perdu dans les intrigues d?une droite compliquée, où un crocodile nommé Chirac, animal froid et programmé, n?a fait qu?une bouchée de ce prophète ombrageux", explique Laurent Joffrin (Libération). "Sauf qu?on cherche vainement, aujourd?hui, dans ce théâtre de médiocres calculs, un responsable de cette qualité, qui conduit sa vie non dans la seule idée de gouverner mais parce qu?il veut gouverner pour une idée. Philippe Séguin était un Don Quichotte de la politique à la figure de Sancho Pança", résume l'éditorialiste de Libé qui lui consacre sept pages. "On imagine qu'en se réveillant hier matin, Nicolas Sarkozy n'a pas du accueillir la mort de Philippe Séguin comme un drame. Au contraire. C'est que le Président de la Cour des Comptes ne l'avait guère ménagé", rappelle Jean-Marcel Bouguereau (La République des Pyrénées), affirmant que le président de la République a donné "le là au concert de louanges hypocrites de toute la classe politique qui, de son vivant, ne cessait de décrier cet empêcheur de tourner en rond". Pour Bruno Dive (Sud-Ouest), "sans doute aurait-il pu être Churchill ou Clémenceau". "Du premier, il avait l'infatigable force de travail, le goût des formules féroces et de ces petits plaisirs de la vie qui vous minent une santé. Du second l'inflexible sens de l'Etat et une propension certaine à se faire de nombreux ennemis dans sa propre famille politique", explique-t-il. Quant à Didier Pobel (Dauphiné Libéré), il préfère parler de "sa voix à lui." Il évoque alors "un timbre à part. Une tessiture rare. Une expression caverneuse rabotée tout autant par la fumée intensive des Gitanes que par les brûlantes volutes du combat politique". "Il fut une époque où lorsque vous parliez d'Epinal à mille lieues des Vosges, on vous répondait inexorablement : "ah oui, la cité des Images !". Et puis un beau jour, à la même question, qu'il soit parisien, breton ou languedocien, votre interlocuteur vous lançait : "c'est la ville de Philippe Séguin, non ?". Peut-on mieux mesurer la notoriété de l'ancien maire d'Epinal qu'à l'aune de cette reconnaissance populaire ?", résume Gérard Noël (Vosges Matin)--------
Politique Séguin: Chirac dit perdre "un ami" et un "homme d'honneur" AP | 07.01.2010 | 11:16
Jacques Chirac a fait part jeudi de son "infinie tristesse" après la disparition de Philippe Séguin, décédé dans la nuit à l'âge de 66 ans, disant perdre "un ami" et rendant hommage à "un homme d'honneur, un homme d'Etat d'une exceptionnelle intelligence". L'ancien président de la République note dans un communiqué qu'"à Epinal comme à l'Assemblée nationale, au gouvernement, comme à la tête de la Cour des comptes, Philippe Séguin aura toujours su batailler pour faire triompher ses fortes convictions, en ayant toujours à coeur d'améliorer la situation des plus fragiles et de renforcer le poids et la grandeur de notre pays. Avec lui, les mots de République, de Nation et d'Etat prenaient tout leur sens". "Je perds, pour ma part, un ami pour lequel j'avais un grand respect et une profonde affection", conclut M. Chirac. Alors député-maire d'Epinal (Vosges) et secrétaire national du RPR, Philippe Séguin était devenu ministre des Affaires sociales et de l'Emploi de Jacques Chirac en 1986, sous la présidence de François Mitterrand. Les deux hommes s'étaient par la suite violemment opposés lors du référendum sur le traité de Maastricht, Séguin étant un défenseur du "non" tandis que Chirac prônait le "oui". Malgré ce différent, Philippe Séguin avait fait campagne pour Jacques Chirac en 1995 -contribuant à sa victoire sur Edouard Balladur. Aspirant au poste de Premier ministre - finalement attribué à Alain Juppé- il était finalement resté président de l'Assemblée nationale, poste qu'il occupait depuis 1993. En 2002, lorsque Jacques Chirac a décidé de créer l'UMP, pour remplacer le RPR, Philippe Séguin a refusé d'intégrer le nouveau parti et décidé de se retirer de la vie politique. AP--------