Sa fille "ministre" à l'Outre-Mer, Marie-Luce Penchard : portrait, juillet 2009, Libération

Lucette Michaux-Chevry

Biographie
17 février 2010 : Sa fille fait polémique à propos de la Guadeloupe, sa priorité exclusive (écoutez l'extrait)
25 juin 2009 : Sa fille ministre de l'Outre-Mer
18 février 2009 : Guadeloupe, groupe social dirigeant fermé, grève générale, émeutes, la Sénateure (UMP) appelle à "un front uni" des parlementaires
17 mars 2008 : Maire de Basse-Terre, le grand retour, à 79 ans, de Lucette Michaux-Chevry

25 novembre 2002 : Condamnée à 20.000 euros d'amende pour favoritisme dans l'attribution de marchés publics de travaux
06 novembre 2002 : Condamnée avec sursis en première instance pour concussion
18 janvier 2001. Lucette Michaux-Chevry relaxée en appel dans une affaire d'usage de faux.
La présidente RPR du Conseil régional de Guadeloupe, Lucette Michaux-Chevry, 71 ans, a été relaxée jeudi par la cour d'appel de Paris devant laquelle elle était poursuivie pour "usage de faux".

L'avocat général avait requis, lors de l'audience en novembre, six mois de prison avec sursis, une peine d'amende et un an d'interdiction des droits civils et civiques contre l'élue, également sénateur-maire de Basse-Terre.

Mme Michaux-Chevry, absente jeudi, était poursuivie pour avoir fourni un faux document, lors d'un procès en diffamation qu'elle avait intenté en 1995 au Parisien et à l'Evénement du Jeudi qui l'accusaient de détournements de fonds.

Mme Michaux-Chevry avait été condamnée, le 9 décembre 1999, à 50.000 F d'amende pour "usage de faux" par le tribunal correctionnel de Paris.

Le parquet, qui avait alors requis six mois d'emprisonnement avec sursis et de 150.000 à 200.000 F d'amende et suggéré une peine d'inéligibilité, avait fait appel de cette décision, ainsi que l'élue de Basse-Terre.

Au départ de l'affaire, Mme Michaux-Chevry avait poursuivi en diffamation les deux journaux pour s'être faits le relais des accusations contre elle formulées par Marcel Dominici, un ingénieur de 60 ans, président d'une association de chômeurs (et "tombeur" de l'ancien député maire (PS) d'Angoulême, Jean-Michel Boucheron).

M. Dominici affirmait que l'élue avait fait payer à un bureau d'études, la Société caraïbéenne d'études (SCE), un bilan des conséquences du cyclone Hugo sur l'habitat de la commune de Gourbeyre, dépourvu de tout intérêt. Grâce à des photocopies, la facture aurait été payée plusieurs fois afin de détourner l'argent de la commune.

Mme Michaux-Chevry avait été déboutée de ses poursuites en diffamation, la cour d'appel jugeant même "insincères" certains documents qu'elle avait fournis, notamment une photocopie de facture. C'est sur la base de cet arrêt que M. Dominici avait porté plainte pour "usage de faux".

Selon l'un des avocats de l'élue, Me Christophe Ayela, la cour d'appel a considéré que le document produit ne pouvait être un "faux" puisque, d'une part, l'étude facturée existe et, d'autre part, elle a été payée.

Avocate de profession et par ailleurs deux fois ministre entre 1986-88 et 1993-95, Lucette Michaux-Chevry fait l'objet de plusieurs autres procédures judiciaires.

Elle est soupçonnée de "détournements de fonds publics" dans le cadre de l'affaire Pacary, du nom d'un intermédiaire financier (décédé en mars 1999), instruite à Paris.

L'élue est également mise en examen pour "favoritisme" et "détournements de fonds publics" dans le cadre d'une enquête sur le versement de pots-de-vin lors de l'attribution de marchés publics en Guadeloupe.

Enfin, elle est mise en examen dans plusieurs dossiers instruits à la Guadeloupe, notamment pour "concussion, abus de confiance, faux et usage" pour sa gestion des oeuvres sociales de Gourbeyre.

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Michaux-Chevry condamnée
La présidente (UMP) du conseil régional de Guadeloupe, Lucette Michaux-Chevry, a été condamnée hier (06 novembre 2002) pour concussion par le tribunal correctionnel de Paris à 10000 euros d'amende avec sursis.
Il était reproché à l'ancienne maire de Gourbeyre (Guadeloupe) d'avoir exigé le paiement d'une taxe de 150 à 225 euros pour l'obtention de permis de construire et d'avoir reversé cet argent - au total plusieurs dizaines de milliers d'euros - sur un compte bancaire du Comité de gestion des œuvres sociale, qui était en fait un compte personnel. Le parquet avait requis la relaxe.
Libération, 7 novembre 2002, page 18

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Lucette Michaux-Chevry condamnée à 20.000 euros d'amende

Le tribunal correctionnel de Paris a condamné lundi (25 novembre 2002) Lucette Michaux-Chevry, 73 ans, présidente UMP du conseil régional de Guadeloupe et sénateur-maire de Basse-Terre, à 20.000 euros d'amende pour favoritisme.

Le tribunal a prononcé une peine amnistiable, après paiement de l'amende, pour certains faits de favoritisme. Il l'a relaxée pour d'autres faits de favoritisme et pour le délit de détournement de fonds.

Mme Michaux-Chevry avait comparu en septembre. Le parquet avait requis 12 à 15 mois d'emprisonnement avec sursis et 20.000 euros d'amende.

Mme Michaux-Chevry était poursuivie pour avoir attribué sans appels d'offres en 1992-1994 des contrats d'agrandissement ou de construction de lycées à l'entreprise Gepremo, de Louis-Robert Jovignot, 72 ans.

Ce dernier, également relaxé de recel de favoritisme concernant deux marchés, est déclaré coupable de faux, usage de faux, abus de biens sociaux et recel de favoritisme concernant un marché. Il est condamné à 2 ans d'emprisonnement dont 15 mois avec sursis et 150.000 euros d'amende.

Contre lui, le parquet demandait 2 ans d'emprisonnement ferme, 370.000 euros d'amende, une privation des droits civiques et l'interdiction d'accès aux marchés publics.

M. Jovignot a déjà effectué en détention provisoire en 2000 et 2002 la partie ferme de sa peine.

Jean-Paul Fischer, président de la Société d'économie mixte de Saint-Martin (SEMSAMAR), poursuivi également dans ce dossier, a été relaxé.

Le 15 novembre dernier, Mme Michaux-Chevry a été condamnée dans une autre affaire à 4 mois d'emprisonnement avec sursis pour usage de faux. Le 6 novembre, elle avait été condamnée pour concussion par le tribunal de Paris à 10.000 euros d'amende avec sursis pour une affaire de permis de construire, lorsqu'elle était maire de Gourbeyre (Guadeloupe). Ces deux peines sont amnistiées.

Dans l'affaire jugée lundi, Mme Michaux-Chevry avait réclamé sa relaxe en soutenant qu'elle n'avait pas le pouvoir de prendre seule les décisions qu'on lui reproche.

La société Gepremo, de M. Jovignot, avait pour seule activité depuis 1989 la fourniture de bâtiments préfabriqués pour les établissements scolaires de la région de Guadeloupe, devenue son unique client. L'enquête sur les éventuels abus de biens sociaux de M. Jovignot a conduit la police à enquêter sur des mouvements d'espèces de 8,5 millions d'euros en 1994-1998, sur lesquelles 5,8 ont totalement disparu. Au bénéfice de l'élue, laissait entendre le parquet sans toutefois pouvoir l'établir.

Mme Michaux-Chevry avait répondu notamment qu'elle n'avait fait que respecter les choix des services techniques de la région, que la commission d'appels d'offres, composée d'élus de la majorité comme de l'opposition, avait voté à l'unanimité pour l'autoriser à signer.
PARIS (AFP), 25 Novembre 2002 15h39

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17 mars 2008 rfo.fr Guadeloupe : Le grand retour de Lucette Michaux-Chevry

La sénatrice Lucette Michaux-Chevry, qui siège sur les bancs de l’UMP à Paris tout en étant en froid avec les dirigeants insulaires du parti, a effectué dimanche son retour sur la scène politique guadeloupéenne en emportant la mairie de Basse-Terre.

Elle a été élue avec 50,06% des suffrages à l’issue d’une triangulaire l’opposant à l’un de ses anciens colistiers et à une liste régionaliste.

Mme Michaux-Chevry, 79 ans ce mois-ci, avait connu deux défaites successives, au référendum institutionnel de décembre 2003 et aux régionales de 2004.
En revanche, l’un de ses plus récents redevables, l’ancien député (app. PS) Daniel Marsin (DVD), qu’elle avait fait sénateur (RDSE), accuse le coup de son discret revirement à droite en perdant la mairie des Abymes face au député PS Eric Jalton (59,39 %).
Autre glissement à droite sanctionné par l’électorat, à Trois-Rivières, où le sortant Albert Dorville (DVG, devenu Majorité présidentielle depuis les législatives) est battu (49,88 %) de quelques voix par la DVG Hélène Vainqueur-Christophe (50,12 %).
A Pointe-à-Pitre, Jacques Bangou (PPDG - Parti progressiste démocratique guadeloupéen -), qui briguait la succession de son père, Henri Bangou, maire depuis 1965, l’emporte (39,85 %) face à son beau-frère (les deux hommes ont épousé leurs soeurs respectives) Georges Brédent (ex-PPDG, jusqu’à la veille des municipales).

M. Brédent (37,38 %) avait fusionné sa liste DVG avec une liste DVD et la liste PS, désavouée par la fédération PS, qui soutenait M. Bangou. Le Vert Harry Durimel obtient, avec 22,77 %, un succès d’estime.
A Saint-François, Ernest Moutoussamy (PPDG), qui avait fusionné sa liste avec une liste sans étiquette, est largement battu (44,20 %) par la liste UMP de Laurent Bernier (55,80 %), le petit-fils du maire DVD qu’il avait battu en 1989.
Aux cantonales, la Guadeloupe confirme son ancrage à gauche (32 PS et DVG contre 31 dans l’assemblée sortante, 9 DVD et UMP contre 11 précédemment, 2 SE), au point que le président DVG du Conseil général sortant, le sénateur RDSE Jacques Gillot, ne devrait avoir aucune difficulté à retrouver son fauteuil.

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Politique Guadeloupe: Michaux-Chevry (UMP) appelle à "un front uni" des parlementaires AP | 18.02.2009 | 07:51

Lucette Michaux-Chevry, sénatrice UMP de Guadeloupe, a appelé mardi à "un front uni" des parlementaires de tous bords afin de faire des propositions au président Nicolas Sarkozy pour solutionner la crise en Guadeloupe.

La sénatrice, proche de l'ancien président Jacques Chirac, a plaidé pour "un front uni ensemble avec tous les courants politiques parlementaires qui sont de bords différents, pour que nous puissions parler d'une seule voix et faire une proposition commune au président de la République".

"Parce que ce que la métropole ignore, c'est qu'au-delà de la crise mondiale que traverse le monde, au-delà de la cherté de la vie qui frappe l'outre-mer, au-delà de l'importance du chômage, au-delà de la désespérance de la jeunesse qui voit son avenir bouché, il y a un problème de société, de rapport entre la France et l'outre-mer", a-t-elle expliqué.

Affirmant ne vouloir "attaquer aucun parti", Mme Michaux-Chevry a affirmé qu'"on n'a jamais vraiment eu un vrai débat pour enlever à ce ministère de l'Outre-mer, ce secrétariat d'Etat à l'Outre-mer, son relent de ministère de la colonie".

"C'est encore un ministère de la colonie, qui est un peu traité à côté", a-t-elle déploré, alors que la situation semble se tendre en Guadeloupe, paralysée depuis près d'un mois par une grève générale. AP

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La colère antillaise se déverse sur la minorité blanche Antoine FOUCHET, à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) la-Croix.com mercredi 18 février 2009 - Sainte Bernadette

Les descendants des colons sont présentés comme les responsables de la vie chère

«Les békés ont dans leurs mains toute l’économie des Antilles ! » Pour Elie Domota, le leader charismatique du Collectif contre l’exploitation outrancière, qui mène la grève générale depuis plus d’un mois en Guadeloupe, cela relève non pas de l’imagination ou du fantasme, mais de l’évidence.
À l’en croire, les descendants des colons blancs (signification du terme créole békés) sont pour cette raison à l’origine de tous les maux de la société antillaise.

Dans les nombreuses manifestations qui se sont déroulées jusqu’à présent à Pointe-à-Pitre et Fort-de-France, les békés sont avant tout présentés comme les principaux responsables de la vie chère : « ils se gavent », « ils nous exploitent », « ils se remplissent les poches sur notre dos », entend-on un peu partout pour expliquer des prix de produits, de première nécessité ou non, deux à trois plus élevés que ceux de la métropole.

Cette réputation, relayée bien au-delà des manifestations, n’est pas nouvelle.

Le pouvoir de ces « blancs pays », comme on les appelle aussi ici, est en tout cas bien réel.
Représentant à peine 1 % de la population des deux îles (environ 3 000 personnes), ils sont à la tête, non seulement de la production de la banane et du rhum, mais encore des grandes centrales d’achat et enseignes d’hypermarchés ou de grands magasins, comme des concessions de ventes d’automobiles et de machines-outils, sans oublier les principaux complexes hôteliers et une bonne partie du commerce immobilier.
Une reconversion effectuée avec opportunisme et réussite à la fin des années 1960, époque où le marché mondial de canne à sucre s’est effondré.

Dans le collimateur du gouvernement

Parmi eux, au premier rang, Bernard Hayot (dont le groupe a réalisé 1,6 milliard de chiffre d’affaires en 2008 et comprend 6 000 salariés), Alain Huyghues-Despointes, Éric de Lucy de Fossarieu, Roger de Jaham, Hervé Damoiseau, Christian Viviès… Maîtres de la grande distribution, ils sont aujourd’hui dans le collimateur du gouvernement, qui les soupçonne de pratiquer des « marges excessives ».

Yves Jégo a récemment évoqué à leur propos « un problème de monopole, celui d’une économie insulaire, héritière des comptoirs ». Le secrétaire d’État à l’outre-mer a demandé la réalisation d’un audit sur les prix pratiqués aux Antilles.

Selon les économistes, les békés tiennent 40 % de l’économie antillaise, ce qui représenterait déjà beaucoup.
Toutefois, Roger de Jaham qui a créé l’association « Tous créoles » afin d’améliorer l’image des békés, parle de 20 %. Il a, par ailleurs, publié un document qui révèle qu’un quart de la grande distribution est entre les mains des « blancs pays » mais que le reste appartient à des familles mulâtres, noires ou d’origine chinoise (les Ho-Hio-Hen), qui ont fait fortune.
Roger de Jaham souligne enfin que cette population est « hétérogène » et comprend aussi des familles modestes, par exemple dans la pêche et l’agriculture.

Un pouvoir occulte sur la politique attribué aux békés

Las ! La rumeur publique est tenace.
Elle accuse les békés de maintenir « un esprit esclavagiste » qui fait que les emplois de cadres dans leurs sociétés seraient réservés à des métropolitains. Une pratique qui serait, d’ailleurs, également en vigueur dans les sociétés métropolitaines venant s’installer en Guadeloupe et Martinique.

Un pouvoir occulte sur la vie politique insulaire est même attribué aux békés.

« Ils tirent les ficelles jusqu’à Paris », affirment certains. Du coup, le slogan « békés et États français complices ! », qui a accompagné, lundi en Guadeloupe, l’intervention des gendarmes mobiles venus déloger les barrages routiers, n’était pas très étonnant.

L’émoi provoqué ici, il y a quelques jours, par les paroles hostiles au métissage qu’Alain Huyghues-Despointes a prononcées dans le reportage télé, « Les Derniers Maîtres de la Martinique », n’a pas surpris davantage.

Les autorités locales, craignant des actes de rétorsion contre cette minorité blanche, ont fait surveiller le quartier du Cap Est à Fort-de-France (Martinique), qui abrite de luxueuses maisons békées et qui est surnommé « békéland ».

En dépit de l’ouverture d’une information judiciaire pour « apologie de crime contre l’humanité et incitation à la haine raciale » après la diffusion du reportage, la révélation du fait que le préfet de Martinique, Ange Mancini, louait une villa appartenant à Alain Huyghues-Despointes n’a fait qu’accroître la suspicion.
Ange Mancini a été amené à déménager, mais les Antilles n’avaient pas besoin de cela. Antoine FOUCHET, à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe)

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Politique Marie-Luce Penchard, la fille de Lucette Michaux-Chevry à l'Outre-mer AP | 23.06.2009 | 22:02

Marie-Luce Penchard, nommée mardi secrétaire d'Etat à l'Outre-mer à la place d'Yves Jégo, remercié après la crise sociale aux Antilles, était conseillère technique à la présidence de la République et secrétaire nationale de l'UMP en charge de ce dossier.

Cette Guadeloupéenne de 50 ans n'est autre que la fille de Lucette Michaux-Chevry, ancienne ministre chiraquienne et présidente jusqu'en 2004 du conseil régional de Guadeloupe. Elle est la première personnalité d'outre-mer à être en charge de ce domaine au sein du gouvernement.

Née le 14 février 1959, titulaire d'une maîtrise de sciences économiques, Mme Penchard, qui est attachée territoriale, commence sa carrière en 1978 à l'Office départemental du tourisme de la Guadeloupe. Elle entre ensuite au conseil général de la Guadeloupe (1983-1986, puis 1988-1994), avant de rejoindre celui de l'Essonne, puis des Yvelines.

Entrée à l'Elysée fin 2007, elle était tête de liste de l'UMP aux élections européennes du 7 juin pour la circonscription d'outre-mer. Sa liste est arrivée en tête avec 29,69%, mais elle n'a pas été élue en raison d'un nouveau système électoral attribuant un siège de député à chacune des zones géographiques (Pacifique, Atlantique et Océan Indien).

Mme Penchard, assez discrète lors de la crise sociale du début d'année aux Antilles, devrait accompagner jeudi et vendredi Nicolas Sarkozy en Martinique et en Guadeloupe, où le chef de l'Etat va participer aux Etats généraux de l'outre-mer. AP

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31/07/2009 à 06h52 Libération Outre-mère portrait Par LILIAN ALEMAGNA

Marie-Luce Penchard. Née en Guadeloupe mais résidant en métropole, la fille de Lucette Michaux-Chevry est la première Ultramarine au poste de secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer.

Dans son bureau de la rue Oudinot (Paris VIIe), avec dorures républicaines et sièges en tissu vert, la nouvelle secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer, Marie-Luce Penchard, à l’air à l’aise. Mieux en tout cas que lors de ses premiers pas devant les députés de l’Assemblée nationale. Une question de Noël Mamère sur la Nouvelle-Calédonie - sorte de bizutage pour la petite nouvelle du gouvernement, nommée la veille -, un début un peu trop «punchy» qui déclenche les railleries, une réponse beaucoup trop longue, le micro qui se coupe. François Fillon lui tapote le bras : «Tu as dépassé ton temps Marie-Luce.» La secrétaire d’Etat termine sa réponse, sûre d’elle mais inaudible. «Je vous le dis sincèrement, je ne savais pas que c’était deux minutes», confesse-t-elle après coup, dans un rare sourire.

Dur, dur pour la nouvelle secrétaire d’Etat de se faire une place. Un nom surtout. Faire oublier, depuis sa nomination surprise, qu’elle est la fille de Lucette Michaux-Chevry : une proche de Jacques Chirac, figure incontournable du paysage politique guadeloupéen, «dame de fer» à la tête du conseil régional de l’île de 1992 à 2004. Les raccourcis du style «elle est là parce que c’est la fille de Lucette» étaient faciles. Peut-être trop. Marie-Luce Penchard s’en amuse : «Depuis que je suis petite, j’entends ça. Cela ne me dérange pas. Par contre, laisser croire que c’est elle qui est rue Oudinot, là, non», assure-t-elle, avec un léger accent antillais, d’une fermeté tranchante, caractéristique qu’elle partage avec sa mère.

Marie-Luce Penchard se dit «en admiration» devant Lucette. Elle loue sa «rage», sa «détermination», sa «force de caractère».Grâce à sa mère, elle se dit capable de «voir venir les coups». Pour son entrée en politique au royaume de la Sarkozie, elle n’a pas eu besoin de tuer la mère chiraquienne, ni de renier l’éducation d’un père socialiste. Elle s’en est nourrie. Mais contrairement à l’image de femme politique laissée par Lucette, avenante et «à poigne», Marie-Luce Penchard est davantage dans la retenue, en retrait, discrète, presque méfiante avant de répondre aux questions.

Née en 1959 dans la maison familiale du village de Blanchet, près de Basse-Terre, dans le sud de la Guadeloupe, Marie-Luce Penchard est la benjamine d’une famille recomposée de cinq enfants. «Une place très confortable», assure-t-elle, qui lui offre une relation particulière avec son père, âgé de 50 ans à sa naissance : un blanc, d’une famille de békés, négociant et gérant de terres qui décédera à 75 ans.

Après une enfance en Guadeloupe, elle est contrainte par l’éruption de la Soufrière de quitter une première fois son île, en 1976, pour rejoindre la métropole. Bac scientifique en poche, elle part étudier à Paris où elle obtient un Deug de gestion, puis rentre en Guadeloupe retrouver son futur mari. Elle termine sa maîtrise en sciences économiques à Pointe-à-Pitre et travaille d’abord dans le privé avant d’entrer, en 1982, comme cadre au sein du conseil général de la Guadeloupe.

Vient alors le temps du «déchirement». Béké, le père de son mari - visé et blessé par un attentat lors des «nuits bleues» de 1986 (période marquée par un activisme indépendantiste important) - pousse la jeune femme et sa famille à quitter l’île pour s’installer définitivement en métropole. Marie-Luce Penchard en parle avec amertume : «Vous ne pouvez pas admettre que ceux que vous considérez comme vos frères agissent comme cela. J’ai été victime des positions politiques de ma mère, mais je ne lui en ai jamais voulu.» Elle attendra trois ans pour retourner rendre visite à sa famille en Guadeloupe. Auprès de son mari, navigant de profession, et de ses deux fils, aujourd’hui âgés de 24 et 28 ans, cette amatrice de peinture haïtienne poursuit une carrière tranquille de fonctionnaire territoriale. Au conseil général de l’Essonne, puis des Yvelines.

Devenir une femme politique ? Elle dit n’y avoir pas pensé avant longtemps. Engagée «en tant que militante», elle affirme avoir toujours été «libérale». En 2004, elle vient soutenir sa mère, tête de liste UMP pour les régionales, à 76 ans. «Pas pour défendre son programme, mais je ne pouvais pas la laisser aller vers des difficultés aussi importantes sans être là.» Lucette Michaux-Chevry est battue par le socialiste Victorin Lurel.

Mais le virus est transmis à sa fille, le jour où Marie-Luce Penchard rencontre Nicolas Sarkozy. «C’est la première fois que quelqu’un m’a dit : "Il ne faut pas rester simplement militante, tu as le profil pour passer à un engagement politique." Cette phrase m’est restée quelque part dans la tête.» Séduite alors par le discours du futur chef de l’Etat sur la «valeur travail», Marie-Luce Penchard «accroche». «Je n’étais pas forcément RPR, je suis devenue UMP-sarkozyste. Très clairement», revendique-t-elle. En 2007, elle n’accompagne pourtant pas le candidat UMP dans la bataille présidentielle : les liens de sa mère avec Chirac sont encore trop frais. Elle choisit la mise en retrait, et attend son heure.

En décembre 2007, elle saute le pas et rejoint l’Elysée, en tant que chargée de mission puis conseillère technique. Tête de liste aux européennes dans la circonscription Outre-Mer, elle gagne, sur le terrain, ses galons de ministrable. Surtout, sa discrétion lors du conflit de janvier en Guadeloupe aurait plu à Claude Guéant. Une règle non-écrite voulait pourtant que le ministère de la rue Oudinot ne puisse revenir à une Ultramarine. Adepte de la rupture, Sarkozy est le premier à le faire. «Il a réalisé avec elle un coup politique pas totalement loufoque», concède Axel Urgin, secrétaire national du Parti socialiste chargé de l’outre-mer, qui voit en la secrétaire d’Etat une femme «intelligente, subtile et avec du courage politique». Surtout, Marie-Luce Penchard et son sarkozysme béat a le profil, avec son fort tempérament et une connaissance reconnue des dossiers, pour devenir un des piliers de la Sarkozie en outre-mer. Une occasion pour le chef de l’Etat de renouveler les réseaux UMP dans ces régions, longtemps trustés par les proches de Chirac.

Certains ont vu dans cette nomination un tremplin pour la fille de Lucette en vue des régionales de 2010. Elle n’écarte pas l’idée mais tempère : «On peut porter un projet, le construire, l’imaginer, le développer, souder une équipe et passer le témoin à un autre.» Elle est surtout consciente du fait que, vivant depuis plus de vi ngt ans en métropole, sa candidature pourrait apparaître comme un «parachutage». Elle refuse d’être un «pion», une simple caution. Mais en bonne soldate de son parti, elle se pose la question :«Serai-je la meilleure pour faire gagner ma famille et faire progresser ses valeurs ?»

Engagée depuis sa nomination sur des dossiers sensibles (conséquences de la crise aux Antilles, statut de la Nouvelle-Calédonie, prix des carburants en Guyane, états généraux de l’outre-mer, préparation du référendum sur l’autonomie en Martinique, etc.), Marie-Luce Penchard, ne veut pas décevoir, «pour ne pas donner raison à ceux qui étaient réticents à la nomination d’un Ultramarin à ce poste-là». Pour qu’on se souvienne de son nom sans préciser celui de sa mère.

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DOM-TOM Marie-Luce Penchard s'explique après sa gaffe sur la Guadeloupe leparisien.fr 17.02.2010, 21h31 | Mise à jour : 18.02.2010, 07h22

Marie-Luce Penchard s'explique pour la première fois depuis ses propos sur son intention de ne servir «qu'une population, la population guadeloupéenne».

La ministre de l'Outremer, en déplacement à Haïti puis à Fort-de-France (Martinique) avec le président de la République Nicolas Sarkozy, a confié : «On a sorti mes propos du contexte politique».

Un peu plus tôt, elle avait reçu le soutien du premier ministre François Fillon.

Elle qualifie l'affaire de «tempête dans un verre d'eau», estimant qu'on avait «essayé de la déstabiliser». Une allusion au fait que le PS a demandé dans la journée sa démission du gouvernement.

La ministre s'était exprimé lors d'un meeting samedi aux Abymes, en Guadeloupe, où elle est numéro deux sur la liste UMP. A propos d'une enveloppe financière de 500 millions d'euros destinée à l'outre-mer, elle avait indiqué que «ça (lui) ferait mal» de voir cette manne «quitter la Guadeloupe au bénéfice de la Guyane, au bénéfice de la Réunion, au bénéfice de la Martinique».

«Des méthodes d'un autre temps»

«J'étais à un meeting et lorsque que j'ai tenu ces propos j'ai très clairement indiqué qu'il s'agissait d'un mandat électif et que, en tant que Guadeloupéenne, je ne voulais pas exercer un mandat électif en dehors de mon département», a-t-elle déclaré à son arrivée à l'aéroport de Fort-de-France.

«C'est à ce titre, a-t-elle poursuivi, que je voulais servir la Guadeloupe, mais servir la Guedelpupe ne veut pas dire que je mettais de côté ma fonction de ministre et je sais où se trouve l'intérêt général et où se trouve ma mission de ministre».

Elle fait remarquer que «cette polémique ne tomb(ait) pas à n'importe quel moment» et dénoncé «des méthodes d'un autre temps». «Ce n'est pas digne de la démocratie».

Ecoutez l'enregistrement de ses propos controversés


Penchard : "ne servir que la population guadeloupéenne"
par Europe1fr

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