Juin 2007 : Fourtou également
Octobre 2006 : Divorce
Octobre 2005 : Tout va bien, les affaires reprennent
Mars 2005 : Messier via Schuller
Décembre 2004 : Un million d'euros d'amende
Les banques payent sa caution
Octobre 2004 : Des salaires mirobolants
C'est légal
10 septembre 2004 : La fortune de Jean-Marie

21 juin 2004 : Garde à vue
03 juin 2004 : Mise en examen de son directeur financier
30 mars 2004 : Manipulation boursière, Messier chez le juge
15 mars 2004 : Les millions cachés
23 décembre 2003 : Plus de parachute en or, et sanctions de la SEC pour Vivendi
15 octobre 2003 : Confirmation du parachute en or
15 septembre 2003 : La juge newyorkaise Marilyn Shafer pour Messie(r)
1er août 2003 : Messier aurait signé lui-même son indemnité de départ
30 juin 2003 : La justice américaine condamne Vivendi à verser 20,5 millions d'euros au sieur Messier
1er avril 2003 : Jean-Marie touche 5,6 millions d'euros en 2002 ...
17 janvier 2003 : Messier voulait tout ...
14 novembre 2002 : Je ne regrette rien ...
Commentaires

12 novembre 2002 : J2M, "C'est Bébéar (AXA) qui m'a tué" ...

10 octobre 2002 : Jean-Marie Messier spécule à New York

03 juillet 2002 : J6M (Jean-Marie-Messier-moi-même-maître-du-monde), polytechnicien, énarque, inspecteur des finances (comme Jean-Yves Haberer du Crédit Lyonnais, et Michel Bon de France-Telecom), banquier chez Lazard, puis PDG de Vivendi Universal, le messie yankeephile du capitalisme mondial réclame 12 millions d'euros d'indemnités en récompense de ses échecs ...

02 juillet 2002 : Le président de VU accepte de remettre son mandat.

Messier : «Je pars pour que Vivendi Universal reste»

Jean-Marie Messier a finalement accepté de remettre son mandat de PDG à la disposition du conseil d'administration de Vivendi Universal. Depuis plusieurs jours, sous la pression de ses administrateurs, il a décidé de se retirer. Dans une interview exclusive au Figaro, il explique sa décision. « J'ai façonné ce groupe avec mon équipe. Je l'aime passionnément. Mais il y a une vérité incontournable : on ne dirige pas une entreprise avec un conseil divisé. Je suis un président responsable. » Et de faire valoir qu'il quitte la direction de son groupe pour éviter son démantèlement. Jean-Marie Messier met toutefois un préalable à son départ. « Mes successeurs ne peuvent être que français. J'ai accepté de démissionner parce que j'ai acquis la conviction qu'ils le seront, parce que c'est aussi la volonté du conseil d'administration. »

Le président sortant de Vivendi Universal s'efforce de démonter une à une les critiques qui ont été portées contre lui. « Qu'une entreprise française soit devenue leader mondial de la musique et du cinéma, c'est un acquis extraordinaire. C'est cela qui est en jeu aujourd'hui. J'entends, je vois les prédateurs qui rôdent, les donneurs de conseils qui échafaudent des plans de démantèlement. Mon souhait le plus vif, c'est que le conseil d'administration, comme les différentes autorités concernées, ne cassent pas cet acquis. »

Il n'hésite pas à dénoncer les manipulations, même quand elles viennent des actionnaires, qui ont eu pour effet, selon lui, de saborder l'entreprise, sa stratégie, son cours. Au passage, il considère que le procès qui lui a été fait de céder les activités liées à l'environnement, au motif qu'elles risquaient de passer sous contrôle étranger, est un « faux-semblant ». Quant au manque d'informations dont certains membres de son conseil se sont plaints, là encore, il contre-attaque : « J'ai bien peur que les seuls administrateurs qui n'ont pas été informés sont ceux qui n'ont pas été présents aux séances du conseil et qui ont oublié que la responsabilité d'un administrateur, c'est d'être présent aux conseils ».
Interview exclusive au « Figaro », lefigaro.fr, [02 juillet 2002]

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Messier, une étoile disparaît

C'était un gros garçon circonspect, vêtu de bleu marine allant jusqu'au noir, qui disait «Monsieur le ministre d'État» à Édouard Balladur. Ce devint un PDG creusé par le régime, un héros des affaires, un sujet de conversation, le sauveur de la planète et enfin un homme dont les journaux télévisés attendaient la démission comme la formation d'un gouvernement. Et pour reprendre le titre d'une chanson en vogue l'année de sa naissance dans ces États-Unis qu'il aimait tant mais qu'il n'a peut-être pas très bien compris, ça n'a pas duré toujours, mais c'était tellement bon.

Avant 1986, personne n'avait entendu parler de Jean-Marie Messier. Polytechnicien, énarque, inspecteur des Finances, le grand jeu des privatisations en font l'un de ces membres de cabinet ministériel qui se trouvent des protecteurs. Ambroise Roux, qui se souvient avoir, lui aussi, été remarqué par un parrain de la IVe République, Jean-Marie Louvel, va, le premier, décrasser son étoile.

Messier n'a pas, comme d'autres, été assommé par la réélection de François Mitterrand. Il est allé droit chez Lazard, la banque du boulevard Hausmann. Et cette étoile, il y croit. C'est un garçon qui ne doute jamais de lui-même, et pourquoi douterait-il? Il connaît du monde, s'offre un tailleur, va à l'opéra, tutoie tous azimuts et se retrouve, à 37 ans, administrateur directeur général de la Compagnie générale des eaux.

L'antique CGE est le royaume glougloutant de Guy Dejouany, un fils de trésorier payeur général qui n'a pas fait l'ENA mais les Ponts et Chaussées, et sa carrière dans un curieux mélange entre l'argent et l'eau. La CGE, qu'il préside depuis 1976, est un partenaire obligé des mairies, des départements et des régions. Notables et dessous de table. Là-dessus, Guy Dejouany a bâti un entrelacs complexe et impénétrable qui le fait siéger dans les meilleurs conseils d'administration. De Megève et de Monte-Carlo quand il n'est pas rue d'Anjou, Guy Dejouany, 74 ans quand Jean-Marie Messier rejoint la vieille maison, est l'éternel complice d'Ambroise Roux. La CGE va bien et mal. Bien parce qu'elle partage son monopole avec la Lyonnaise des eaux, mal parce qu'elle est prise dans la tourmente judiciaire qui succède aux folles années 80. Jean-Marie Messier est une carte opportune: l'inspection appréciera qu'on choisisse l'un des siens, et comme disait Marcel Dassault: «Prenez un inspecteur des finances, ça fait gagner du temps.»

Le temps, Jean-Marie Messier n'en a cure. Si Guy Dejouany mariait l'eau à l'argent, son numéro deux célèbre les noces barbares de l'eau et du feu. Il lui faudra à peine deux ans pour remplacer son nouveau mentor, à qui on ne laisse pas le choix. Le gros garçon qui disait «Monsieur le ministre d'Etat» est maître d'une affaire; d'autres que lui s'arrêteraient là pour contempler leur réussite.

Pas Jean-Marie Messier qui découvre dans la corbeille de sa fiancée sur le retour de l'âge une surprise mirifique: Canal+. Créée par André Rousselet avec l'aide de Dejouany, Canal est au sommet de sa gloire. Le PDG de la CGE a trouvé sa voie: les médias, ou plus exactement, ou plus vaguement peut-être, car il était difficile, chez lui, de distinguer ce qui tenait de la vision et ce qui appartenait à la boulimie, l'univers enchanté, moderne et rémunérateur de la communication. C'est vite dit et chose faite. En 1998 la CGE devient Vivendi, un nom qui rappelle la fée Clochette, Peter Pan et les enfants Darling. La maison s'offre un lifting, Jean-Marie Messier perd dix kilos. Tout le monde se rue sur son portable. Il prend le contrôle d'Havas, une autre survivance du capitalisme à la française. La fée Vivendi accouchera d'une fille, Vivendi Universal Publishing en 2001. C'est le début de la tentation américaine de Jean-Marie Messier.

Acheter, il le fait sans hésiter au prix fort, et à grand bruit. Il a séparé Vivendi Environnement du reste qui le captive et l'entraîne. En 1999 il a racheté Pathé à Jérôme Seydoux et un morceau de BSkyB, le bouquet de chaînes sur satellite de Rupert Murdoch. En 2000, il saute dans le vide: il fusionne Vivendi et Canal avec Seagram, un puissant conglomérat canadien détenu par la famille Bronfman, des Américains durs à cuire qui ont fait fortune dans la contrebande de l'alcool et dont le patriarche préside le Congrès juif mondial. Seagram est propriétaire des studios Universal à Hollywood: voilà Jean-Marie Messier aux portes de son rêve.

Il est devenu «J2M» puis «J6M»: Jean-Marie-Messier-moi-même-maître-du-monde. Ce surnom que les journaux lui donnent n'est pas un signe de dérision, mais la preuve d'un respect dont une lecture attentive de la presse donnerait l'éclatant témoignage. C'est peu dire qu'il a cultivé les journalistes. Il les a emballés. Dans Libération du 1er février 2001, il tient son «agenda mondial» au forum de Davos. Voici le début: «Dans le Falcon qui le transporte de Paris à Zurich vendredi, J2M, alias Jean-Marie Messier, est tout excité. Bono, le chanteur de U2, a demandé à le voir à Davos pour évoquer le rééchelonnement de la dette du tiers-monde.» A 8h30 J2M saute dans un taxi; à 9 heures il tient une conférence sur «L'entreprise face au citoyen»; à 10h45 il n'accorde qu'un quart d'heure à un «fournisseur d'informations financières»; à 12h30 il «sirote une eau gazeuse» avec le chanteur Youssou N'Dour; à 13h30 il déjeune avec le président de la Pologne «qui ne parvient pas à résoudre ses problèmes». A 15h30 il appelle son bureau de Paris, à 16h30 il tombe sur le président du New York Stock Exchange («Hi! Richard», «Hi! Jean-Marie»), à 16h50 le PDG d'EDF lui demande un quart d'heure, and so on and so on. En col roulé noir, Messier s'envole pour les Etats-Unis et le journal conclut, conquis: «Business as usual». Légendes des photos: «Vendredi soir J2M arrive à Zurich en Falcon»; «avec le gratin des médias et de la haute technologie, dont Bill Gates»; «son moment fort, la rencontre avec Shimon Pérès». Commentaire de J2M: «C'était très émouvant.»

De gauche ou de droite, la presse suit. C'est à qui n'a pas déjeuné, petit-déjeuné, voyagé avec Jean-Marie Messier. Il a son avis sur tout: la faim dans le monde, le cours du peso, la condition féminine. On le voit chez Drucker, Ardisson; pour Gallimard, il dialogue avec Philippe Sollers. Politiquement, il est neutre; c'est-à-dire actif; il a engagé des gens de droite et des gens de gauche, ne leur donne rien à faire, soutient les 35 heures et courtise Jospin avant de se rabattre sur Chirac. Les journalistes ne lui suffisent plus, il embauche des intellectuels, nomme Jorge Senprum au directoire de Canal et déclare la fin de notre «exception culturelle».

Il s'est souvent montré sincère, c'est-à-dire affamé. Ça lui réussit. Il pose pour Match en chaussettes pour faire intime et ne pas abîmer le lit; au développement le photographe, sur ses contacts, ne voit pas que les chaussettes sont usées; sur la double page du magazine, la chaussette est trouée. On porte à son crédit cette ruse suprême. Amateur de télévision, il fait des shows pour le personnel, les actionnaires. En avril 2001, son groupe lui achète un duplex de 530 m² à Manhattan, pour 19,4 millions d'euros; en décembre, Vivendi Universal, dite VU, reprend USA Networks; Barry Diller entre en scène. Messier devient administrateur du Stock Exchange et s'offre, grâce à un emprunt personnel de 25 millions de dollars des actions VU à un coût encore élevé. Son salaire est sur la place publique, il a publié son propre panégyrique, il ramène de New York traumatisée par l'attentat du 11 septembre Sophie Marceau dans son avion personnel.

Les Bronfman sont à l'œuvre. Victime d'un chantage d'un membre de la famille, Messier parvient à leur échapper mais la DST a dû s'en mêler. La Bourse le lâche. L'action VU dégringole, les journaux se retournent, les événements lui résistent. Canal lui oppose Pierre Lescure qui va quitter l'entreprise les poches pleines, en héros de ce sentiment nouveau: l'anti-Messier. Derrière ce rideau de fumée, Barry Diller et Hollywood vivent leur vie. A Paris, Messier ne peut plus compter que sur ce qui l'a fait, ces conseils d'administration à la française dont il a appris le maniement chez Roux et Dejouany. Il se dit sûr du sien, mais il est de plus en plus seul à le dire. Il a 13,6 milliards d'euros de pertes et 34 milliards de dettes. Du 23 avril 2002 il a la maladresse de rajouter un plan de stock-options à l'ordre du jour de son assemblée générale et doit battre en retraite. Il veut vendre Vivendi Environnement et ce sont tous les départements qui s'inquiètent. Il a la France contre lui et l'Amérique l'a déjà oublié. Le 24 juin, l'action VU perd 24% en une séance, Bernard Arnault démissionne et les Bronfman débarquent. Ils réclament la tête du PDG. Le reste est dans les journaux qui racontent au jour le jour comment il a voulu rester, comment il lui faudra partir. Drôle de garçon dont le sort rappelle celui de Jacques Letertre chez Duménil-Leblé en 1988; on monte, on gonfle, on disparaît. Il est difficile de trouver le ton juste, la note exacte de ce que fut l'histoire de Jean-Marie Messier tant elle a fait de bruit, et tant elle sonnait le creux. Il devait bien y avoir quelque chose de solide, quelque chose de réel là-dessous, sinon il n'aurait pas réussi à convaincre tout le monde tout le temps; l'image qu'il a tant voulu donner de lui n'a pas survécu au naufrage de ses affaires, et il n'est plus là pour l'admirer.
lefigaro.fr, Stéphane Denis [03 juillet 2002]

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Messier refait sa vie à New York
L'ex-PDG de Vivendi crée un fonds d'investissement.

Jean-Marie Messier ouvre à New York un fonds d'investissement spéculatif, autrement dit un hedge fund, outil financier risqué par excellence puisqu'il est entièrement composé de valeurs très spéculatives. «Messier Partners» n'est pour le moment qu'une petite structure, puisqu'il réunit J2M lui-même et sa secrétaire. Avec quel argent l'ancien PDG de Vivendi Universal compte-t-il lancer son affaire ? Avec celui de ses futurs clients, bien entendu. En espérant qu'il parvienne à les con vaincre que les 35 milliards d'euros de dette qu'il a laissés chez VU ne remettent pas en cause ses talents d'investisseurs.

Il faut dire que, dans une autre vie, Messier faisait le grand manitou à la banque Lazard, où il a fait prospérer un fonds d'investissement avec beaucoup de succès et de rentabilité. Et puis si Jean-Marie Messier n'a ­ pour le moment ­ pas beaucoup d'avenir professionnel en Europe, il semble bien mieux accepté aux Etats-Unis, où ses échecs lui collent moins à la peau.

«Travailler pour moi».
Dans une interview parue le 3 octobre dans Variety, le journal américain du show business, Messier explique que «dans une prochaine réincarnation professionnelle, il ne travaillera pas pour une grande compagnie, ou pour quelqu'un d'autre». «Au cours des vingt dernières années, trois hommes ­ Balladur pour les privatisations françaises, Michel David-Weill pour la banque Lazard et Guy Dejouany pour Vivendi ­ m'ont donné leurs projets à développer. Mon quatrième projet sera le mien. Je veux travailler pour moi.»

Depuis quelques semaines, la presse américaine multiplie les spéculations sur les boulots à venir de J2M : associé dans des sociétés financières, partenaire de tel ou tel fonds. En fait, à 44 ans, il repart à zéro, ou presque, ce qui représente pour cet homme, successivement haut fonctionnaire, banquier puis PDG d'une mégacompagnie, un bouleversement majeur. Mais attention, il conserve aux Etats-Unis quelques privilèges sociaux hérités de sa vie dorée, comme son poste au conseil d'administration du Whitney Museum de New York. Quant à sa femme Antoinette, elle continuera à siéger au conseil d'administration de l'Orchestre philharmonique de New York.
Libération, Par Nathalie BENSAHEL, jeudi 10 octobre 2002

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Jean-Marie Messier livre sa version de la crise de Vivendi Universal
Rédigé dans le plus grand secret, son ouvrage intitulé "Mon vrai journal" sera publié le 14 novembre. "Le Monde" a pu s'en procurer un exemplaire. L'ex-PDG reconnaît certaines erreurs mais s'estime vicitime d'un complot mené, entre autres, par Claude Bébéar.

"Traverser une telle épreuve, c'est dur. Du jour au lendemain, le vide..." Quatre mois après avoir été débarqué de la présidence de Vivendi Universal par ses administrateurs, Jean-Marie Messier est rentré des Etats-Unis en France, pour préparer dans le plus grand secret son retour médiatique. 15 000 exemplaires de son livre Mon vrai journal ont été imprimés par les éditions Balland et devraient être en librairie le jeudi 14 novembre. L'hebdomadaire L'Express en a négocié les "bonnes feuilles" pour son édition de jeudi 14 et France 2 devait recevoir M. Messier jeudi soir au 20 heures. Le Monde s'en est procuré un exemplaire. L'ouvrage a été réalisé en collaboration avec Yves Messarovitch qui se présente dans le livre comme "ami" de M. Messier et comme "journaliste", et, à ces deux titres, se dit "solidaire de Messier (...) et des lecteurs pour ce qu'ils réclament de transparence et de vérité".

M. Messier a choisi de présenter sa version de la crise qui a secoué Vivendi Universal au premier semestre 2002 et a précipité son départ, le 1er juillet. Dans une première partie, il choisit de laisser parler assez librement ses émotions. Celles des lendemains de son éviction et celles de ses découvertes pendant les six années passées à la tête de la Compagnie générale des eaux, transformée à coups d'acquisitions géantes en Vivendi Universal, un des tout premiers groupes mondiaux du divertissement et de la communication. Les premières pages sont assez inattendues : sa rencontre avec les loups élevés par la pianiste Hélène Grimaud, son week-end à Sun Valley (Idaho), où il pagaie dans un rapide avec Bill Gates, représentent pour lui "un avant-goût de ce qui [l]'attend"... Fraîchement arrivé le 2 septembre 2001 à New York avec sa famille dans un appartement "très blanc et dépouillé", acheté 17,5 millions de dollars par Vivendi Universal, il indique qu'il lui "a fallu tout racheter : meubles, tapis, etc." et que l'entreprise lui a refacturé "936 000 dollars, soit la moitié de mon salaire net d'impôt pour l'année 2001". Et lorsque Jean-Marie Messier évoque le drame des attentats du 11 septembre, c'est pour conclure sur son sort personnel que "rien ne sera comme avant. Mais ce sera bien pire que dans mes cauchemars".

Rapidement, son rêve américain est interrompu par une véritable machination de "papys actionnaires", menés par Claude Bébéar, l'ancien patron d'Axa, "grand chasseur de fauves mais pas seulement en Afrique" . M. Bébéar n'est pas membre du conseil d'administration de Vivendi Universal mais il y possède, selon M. Messier, des relais en la personne notamment de Henri Lachmann, PDG de Schneider Electric, "le petit messager". M. Messier dénonce une "traque à la française avec les réseaux souterrains, les petits rabatteurs, les mensonges et les faux-semblants", très loin des règles ordinaires du capitalisme qui veulent que, pour prendre le contrôle d'une société, il faille faire une offre aux actionnaires pour les convaincre d'apporter leurs titres.

Quelle faute a commise M. Messier pour mériter ce complot de M. Bébéar ? M. Messier a beau chercher dans son passé de conseiller d'Edouard Balladur, de créateur du Club de jeunes patrons français "le Club 40", d'artisan de l'éviction de Pierre Dauzier à la tête d'Havas... rien ne justifie un tel acharnement. Ce n'est pas davantage l'attrait pour les métiers du groupe dont M. Messier affirme que M. Bébéar "ne connaît rien". Il croit davantage à la nécessité "de meubler une retraite arrivée trop tôt" et "une volonté farouche de s'afficher comme LE parrain du capitalisme français".

Mais la "papy génération" n'est pas seule. Certains actionnaires américains, et notamment la branche familiale de Charles Bronfman, ancienne actionnaire du canadien Seagram-Universal, ont décidé la perte du patron français. Sam Minzberg, leur avocat, qui les représente au conseil d'administration de Vivendi Universal, empoisonne la vie de M. Messier. Pressions sur les administrateurs, e-mails et appels téléphoniques à répétition au management de l'entreprise, interventions nombreuses et agressives à la table du conseil... le "harcèlement" est permanent, selon M. Messier.

Le Monde ferait également partie de la cabale. L'erreur - reconnue dès le lendemain - du Monde sur l'issue de l'examen par la Commission européenne de la fusion Vivendi Seagram constitue pour M. Messier le début d'une campagne de déstabilisation destinée à lui faire payer, selon lui, le refus de vendre, au Monde, L'Express qui appartenait à Vivendi. M. Messier avait réclamé par la suite un million d'euros de dommages et intérêts au journal pour avoir indiqué que Vivendi avait frôlé la cessation de paiements fin 2001. Une plainte retirée par son successeur. Dans son livre, M. Messier révèle être à l'origine de la vente du groupe L'Express au Figaro par son successeur Jean-René Fourtou : "Les négociations avaient été ouvertes avec mon accord afin d'aider à la constitution d'un groupe de presse puissant face au Monde."

La liste des conjurés s'allonge chapitre après chapitre. Lors de l'assaut final, ce sont les fonds spéculatifs, qui nourrissent le marché de fausses rumeurs, les agences de notation, qui l'accablent pour faire oublier leur "légèreté dans l'affaire Enron", les analystes, qui "retournent leur avis comme on retourne une veste" et trois de ses administrateurs - autrefois fidèles - qui lui portent le coup de grâce.

Après avoir longuement détaillé sa théorie du complot, Jean-Marie Messier admet, dans un second chapitre, ses erreurs. Il reconnaît avoir été confronté à une crise de liquidités à l'été 2002 à cause de "dettes mal réparties, trop concentrées dans le temps, avec de nombreux remboursements fin 2002 et 2003" qui ont provoqué à l'été 2002 un besoin urgent d'environ deux milliards d'euros. Il donne ensuite la liste des décisions qu'il aurait dû prendre au cours des mois précédents pour éviter cette crise : "une gestion différente de notre dette en empruntant plus cher mais à plus long terme", "une cession complète de l'environnement quelques mois plus tôt", "une émission obligataire, même chère", "la décision de ne pas verser un dividende cette année". Autant de décisions qui relèvent, en principe, de la responsabilité d'un PDG.

Le livre de M. Messier change soudainement de ton lorsque l'exercice littéraire cède la place au jeu des questions-réponses. M. Messier lance des mises en garde aux protagonistes d'un éventuel feuilleton judiciaire. Il rappelle qu'il n'a pas été seul pour mettre en œuvre sa stratégie. A Guillaume Hannezo, son directeur financier, qui a fait valoir au cours des dernières semaines, auprès de la Commission des opérations de Bourse, les nombreux avertissements qu'il avait lancés à son patron, M. Messier rappelle ses responsabilités. Confirmant l'échange "de e-mails ou de mots personnels bien inattendus", il ajoute que M. Hannezo "serait parti sans hésitation s'il avait eu le sentiment que ses alertes tombaient dans le vide". Une manière feutrée mais ferme d'indiquer à son ancien directeur financier que son sort est toujours lié au sien. A son ancien conseil d'administration, M. Messier rappelle aussi son implication. "Le conseil était aussi très actif, en tout cas au regard des habitudes françaises et européennes. Il s'est réuni plus de dix fois pour des réunions longues de trois à huit heures."

Enfin, Jean-Marie Messier utilise la dernière partie de son livre pour livrer des considérations, souvent intéressantes, sur la réforme du capitalisme. Il plaide pour la limitation du recours aux stock-options, le retour d'une certaine prédominance du politique sur le tout-économique et pour l'introduction de contre-pouvoirs face à la mondialisation. M. Messier traduit ainsi dans les faits une des dernières phrases de son livre : "Même les souvenirs les plus cuisants trouveront leur utilité."
Christophe Jakubyszyn avec Jean-Claude Elfassi, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 12.11.02, LE MONDE | 11.11.02 | 12h23, MIS A JOUR LE 11.11.02 | 13h17

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Messier: «J'ai échoué, je repars de zéro»
Entretien avec l'ex-patron de Vivendi Universal, qui tente de justifier son action à la tête du groupe, quatre mois après son éviction.

Il a tenu quatre mois et demi sans rien dire... ou presque. Quelques déclarations dans la presse américaine et une apparition remarquée, en septembre, à la sortie du conseil de Vivendi Environnement, dont il est toujours administrateur. Voici donc «Messier le retour», à travers un livre intitulé Mon vrai journal (Balland), en clin d'oeil à l'émission de son «ami» Karl Zéro le dimanche sur Canal Plus (Libération du 12 novembre). L'ouvrage, coécrit avec Yves Messarovitch du Figaro, dénonce le complot qui a précipité sa chute : en vrac, Claude Bébéar (fondateur d'AXA) à qui Messier n'aurait pas voulu faire allégeance, Edgar Bronfman, l'Américain qui lui a vendu Universal et qui s'est retourné contre lui. Mais aussi ses administrateurs français, et Henri Proglio, PDG de Vivendi Environnement, qui lui a scié la planche. Tous contre lui, y compris le journal le Monde, dénoncé comme l'un des protagonistes de la campagne de déstabilisation, Jérôme Monod, conseiller de Jacques Chirac à l'Elysée. Même Valéry Giscard d'Estaing s'en serait mêlé. De tout cela, J2M ne veut plus parler. C'est pour clore le sujet qu'il a écrit ce livre, dit-il. Et c'est tout le paradoxe Messier qui refait surface. Viré de VU, en construction d'une nouvelle vie, et alors que les procédures contre sa gestion s'accumulent, il parle partout... et beaucoup. Hier les bonnes feuilles dans l'Express, aujourd'hui interview dans Libération, ce soir le 20 heures de France 2, demain le Point. Rude semaine.

Au-delà de ce qu'il raconte, et de ce qu'il ne raconte pas, du déclin de Vivendi Universal, ce qui frappe le plus dans son livre, c'est probablement une certaine forme de naïveté. Certes, Messier était un loup parmi les loups. Mais ce patron surmédiatisé, dont l'ego a gonflé au-delà du raisonnable, a toujours pensé qu'il y arriverait. Que sa bonne étoile de bon élève ne pouvait le trahir. Et qu'il aurait raison des méchants et des jaloux.

Pourquoi y avait-il urgence à sortir ce livre maintenant ?
J'estime devoir donner aux actionnaires et aux salariés une vision plus équilibrée sur ce qui s'est passé. Je voulais écrire un témoignage brut, rapide : l'info, l'intox, les erreurs. Ni parano, ni mégalo. Je ne voulais pas allonger inutilement une liste d'ennemis, ni étaler mes rancoeurs. J'ai échoué, je repars de zéro.

A lire votre livre, on a l'impression que vous ne regrettez pas grand-chose...
Je ne regrette pas ce que j'ai fait. Mais je regrette certaines choses que j'ai dites, comme la phrase sur la mort de l'exception culturelle. C'était une erreur majeure aggravée par la provocation de l'interview people dans Paris-Match, quelques semaines après, avec la photo à New York en pull jacquard et patins à glace.

Vous vous êtes vraiment pris pour le maître du monde ?
Je n'avais pas imaginé que cette phrase allait entraîner ce niveau de déchaînement médiatique et politique. Je me suis senti dépassé. Paris-Match, c'était une réaction très maladroite de défense en face de la polémique sur l'exception culturelle qui me paraissait artificielle. J'ai répondu par un pied de nez.

Il y a eu d'autres déraillements comme lorsque vous vous êtes mis à chanter la chanson de Stevie Wonder «I just call to say I love you» le jour de la remise de votre Légion d'honneur...
On m'a toujours reproché d'avoirs des émotions fausses. Mes émotions sont vraies. J'ai pensé que je serai moins ému si je chantais.

A chaque grande annonce, vous aviez la larme à l'oeil. Est-il possible d'être aussi fleur bleue quand on est patron du deuxième groupe de communication mondial ?
C'est quelque chose que je me suis violemment reproché. J'ai du mal à maîtriser mes sentiments. L'image de Messier-Robocop, c'est faux.

Est-ce que vous pouvez nous dire où en est exactement votre situation financière personnelle ?
J'ai fait un emprunt de 5 millions d'euros à la Société générale pour acheter, fin décembre 2001, des actions à 50 euros. Et le cours aujourd'hui est à 12-13 euros. La garantie du prêt était couverte au début par les actions VU, mais, avec la baisse du cours, j'ai dû donner la totalité de mes 300 000 autres titres VU en garantie de ce prêt. Je suis donc dans la situation de l'ensemble des autres salariés de VU puisque j'ai placé la totalité de mon épargne dans VU. La nouvelle direction de VU ne m'a ni prêté, ni garanti un euro. Et Jean-René Fourtou a indiqué que je n'ai pas perçu un euro d'indemnité.

Pourquoi êtes-vous encore dans le 500 m2 de Park Avenue que VU a acheté 17,5 millions d'euros ?
Je vais bientôt le quitter car je n'ai plus les moyens de payer le loyer dont je m'acquitte tous les mois. Je viens de créer une start-up, Messier Partners. C'est une petite banque d'investissements, de fusions-acquisitions et de conseil, vers les entreprises mais aussi les fonds d'investissement. Je prends ma canne et mon chapeau, je vais voir des clients.

Ne redoutez-vous pas les procédures judiciaires sur la gestion de VU qui viennent d'être ouvertes en France et aux Etats-Unis ?
Ces instructions sont la seule manière de tuer définitivement les rumeurs sur le fait que VU c'était comme Enron, et que les dirigeants s'en sont mis plein les poches.

Avec le recul, quelles erreurs pensez-vous avoir commises ?
Je n'ai pas saisi le moment où il fallait finir de transformer ce groupe. J'aurais dû céder Vivendi Environnement (VE) plus tôt. Cette erreur s'est imbriquée avec l'effondrement des marchés et la déstabilisation organisée du groupe. La preuve: en janvier dernier, l'idée de céder VE choquait ses dirigeants, mes administrateurs et les hommes politiques. Aujourd'hui, je constate que c'est devenu une évidence. On aurait pu le vendre à 45 euros, le cours actuel est voisin de 25 euros.

Les marchés étaient déjà retournés quand vous avez acheté le groupe de télévision USA Networks, en décembre 2001, pour 10 milliards d'euros...
L'opération USA Networks avait un intérêt industriel absolument majeur pour le développement international de VU. La contrepartie, c'était de mener une politique de désinvestissement progressif. C'est pour cela que nous avons cédé nos propres actions VU (l'autocontrôle, ndlr) dès janvier.

Vous avez été élevé à l'école d'Ambroise Roux, Guy Dejouany (ex-PDG de la Générale des eaux), de la banque Lazard et d'Edouard Balladur. Comment n'avez-vous pas vu la crise venir ?
Je n'ai pas vu le moment où des intérêts parfaitement hétérogènes des deux côtés de l'Atlantique étaient en train de se réunir. Cela a débuté en janvier, quand j'ai commencé à parler avec les administrateurs de la cession de VE. En février-mars, Samuel Minzberg, administrateur américain de VE, et Claude Bébéar, PDG d'Axa, se sont parlé. Parallèlement, Edgar Bronfman a pris contact avec certains hommes politiques français. C'est alors que les rumeurs disant que VU était un «Enron à la française» ont commencé à circuler.

Vous en avez parlé avec Claude Bébéar ?
Le 17 avril, Bébéar m'a dit que les métiers de l'entertainment, ce n'était pas sérieux, qu'il fallait revenir aux métiers de l'environnement. Et, quatre mois plus tard, la vente de l'environnement est faite !

De quel aveuglement étiez-vous victime ? Vous qui êtes le roi des réseaux !
Soyons sérieux. Je ne suis pas aveugle. Mais je dirigeais une entreprise de 400 000 salariés avec un million d'actionnaires. Je n'avais pas le temps de faire allégeance. En septembre 2001, on a vu ressortir des archaïsmes datant des années 70, et notamment de liens très spécifiques entre les milieux des affaires et le monde politique.

C'est votre éternelle théorie du complot ; vous admettez, tout de même, qu'il y avait une crise de liquidité ?
Polar oui, complot non! Début juillet, il y a eu une vraie tension sur la trésorerie, aggravée par le fait que certaines banques, comme Bayerische Landesbank (la banque de Kirch), ont refusé d'honorer les lignes de crédit. Mais nous n'avons jamais été en rupture de cash.

Pourtant, Fourtou a dit qu'à Messierland, c'était l'enfer ?
C'est de bonne guerre. Une crise de trésorerie, ça se produit en quelques jours comme un effet de dominos. Mais mes équipes considéraient que, dans les pires des prévisions, on avait 1 milliard d'euros de marge dans les douze mois suivants. De plus, les banques étaient prêtes à lancer au mois d'avril une émission obligataire de 1,5 milliard d'euros quand la crise Canal + a éclaté, et l'opération financière a été reportée. Et puis, il y a eu le scandale Worldcom aux Etats-Unis et le marché était planté.

A l'époque, tout le monde disait que vous aviez pété les plombs...
L'été dernier, après mon départ, Jean-René Fourtou m'a même dit : «Tu es vraiment passé à deux doigts de n'avoir aucun problème.» Le 28 juin, quand Henri Lachmann et Jacques Friedmann sont venus me voir pour me demander de quitter le groupe, je leur ai montré ce que Samuel Minzberg m'envoyait et comment il me harcelait. Ils m'ont demandé pourquoi je n'en avais pas parlé plus tôt. Je n'avais pas envie de parler des méthodes salaces qui ont été utilisées contre moi. Les insinuations sur la vie personnelle, sur ma probité, les lettres envoyées aux administrateurs en citant les exemples de patrons véreux... Peut-être que si j'en avais parlé à mes administrateurs plus tôt, rien de tout cela ne serait arrivé.

Mais c'était déjà trop tard, vous aviez tout le monde contre vous. Pierre Lescure, par exemple, était opposé au rachat d'USA Networks, et vous ne l'avez pas écouté ?
Canal était extrêmement opposé à USA Networks pour des raisons de territoire. Pierre Lescure craignait Barry Diller. Je m'étais assuré qu'Edgar Bronfman était favorable à l'opération, qui a été votée à l'unanimité du conseil, y compris Lescure. J'avais aussi mis dans le coup les dirigeants des studios Universal, Ron Meyer et Stacey Snider. S'ils s'étaient opposés à cette opération, je ne l'aurais pas faite. Avec l'opposition de Pierre Lescure, je la faisais quand même.

Quand est-ce que les premières tensions avec Pierre Lescure ont commencé ?
Canal + n'a jamais joué le jeu de l'intégration et ses budgets étaient peu crédibles. Et quand, à l'automne 2001, ils ont été obligés de nous les montrer, nous nous sommes fâchés. J'ai hésité trop longtemps à virer Pierre Lescure. J'ai eu trop d'amitié, et d'estime pour lui. Résultat: le trou de Canal + s'est creusé jusqu'à 700 millions d'euros de cash flow négatif.

Si vous saviez déjà que Telepiù (filiale italienne de Canal +) plombait les comptes du groupe, pourquoi avez-vous refusé de vendre quand les dirigeants de Canal + vous l'ont proposé ?
Fin 2001, au cours d'une réunion, Olivennes, ex-directeur général de Canal +, a lancé en l'air l'idée de vendre Telepiù. Je lui ai demandé, premièrement, s'il avait un acheteur, et, deuxièmement, quelle serait la stratégie de développement de Canal. Je considérais que Vivendi n'avait pas acheté Canal pour se retrouver avec une société sans croissance en France.

Avez-vous essayé de vendre Canal + à Lagardère ?
Les tensions avec Pierre Lescure étaient telles que je n'ai pas pu pousser la discussion jusque-là. J'ai décliné l'offre amicale de Lagardère Groupe de monter à 50 % dans CanalSatellite (bouquet satellite du groupe Canal +), parce que c'était mettre la charrue avant les boeufs. Il fallait d'abord réorganiser Canal. Le Canal du monopole de 1984 dans lequel tout coexiste, la programmation, la distribution et la production, pour moi, c'était déjà fini. Il faut séparer ces métiers.

Virer Lescure une semaine avant l'élection présidentielle, ça n'était pas habile politiquement...
Et si j'avais attendu après les élections, avec Jospin battu au premier tour, l'éviction de Lescure aurait été interprétée comme une décision politique : «A peine Jospin battu, Messier vire Lescure.»

Avec le recul, on a l'impression qu'entre lui et vous, c'était une course-poursuite pour savoir lequel des deux allait sauter en premier ?
On avait atteint un degré de déloyauté tel qu'il n'y avait plus d'autres solutions que la crise. Je ne m'attendais pas à ce qu'un patron de média utilise l'antenne à ses fins personnelles.

A quoi pouviez-vous vous attendre de la part de quelqu'un que vous veniez de virer ?
Je lui avais proposé de rester patron du Conseil de surveillance. C'était une cote mal taillée. Mais c'était une manière effective de le préserver et de lui laisser la haute main sur la politique éditoriale. Il a refusé.

Vous avez fait une déprime ?
Je n'ai pas le temps de déprimer, c'est un luxe de riche.
Libération, Par Nathalie BENSAHEL et Odile BENYAHIA-KOUIDER et Isabelle ROBERTS, jeudi 14 novembre 2002

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La saga Vivendi

Quatre mois après sa chute, l'ancien patron de Vivendi Universal est de retour. Dans un livre - Mon vrai journal, Balland - dont L'Express publie des extraits, il écrit sa vérité. Sur ceux qu'il accuse, sur ce qu'il regrette. Au-delà du réquisitoire, un tableau sans précédent des mœurs du monde des affaires

Décidément, cet homme-là ne ressemble à aucun autre. Patron de Vivendi Universal, Jean-Marie Messier avait rompu avec toutes les traditions du capitalisme français. Son ambition était publique, brûlante et revendiquée. Son audace était sans mesure et son goût des médias sans limite. Rien ne semblait devoir arrêter «J2M», devenu «J6M», «J8M», etc. Maître du monde, il a cru le devenir tant la réussite fut longtemps bonne fille avec lui. Beaucoup ne voyaient en lui qu'un financier spécialiste des fusions-acquisitions. Il se voulait, en fait, chef d'entreprise au service d'un projet imaginé au milieu des années 1990: construire un groupe mondial de communication d'origine française capable de défier l'empire américain.

Sa chute, au mois de juillet dernier (2002), fut tout aussi spectaculaire que son ascension. En se désintégrant, la comète Messier a produit un fracas sans pareil et un déluge de commentaires. Pour la première fois depuis des années, Messier semblait réduit au silence. On le croyait brisé. Sans doute a-t-il tangué au point d'imaginer douze mois sabbatiques. De son propre aveu, sa tentation du silence n'aura duré que douze jours. Tandis que ses accusateurs dressaient un bilan à charge et que des livres se préparaient sur lui, il écrivait sa vérité, Mon vrai journal, qui paraît ce 14 novembre chez Balland.

Revoici donc Messier, toujours debout, prêt à repartir de zéro, tel Giscard après sa défaite de 1981, marqué certes par l'épreuve qu'il vient de vivre, mais aussi tel qu'en lui-même, c'est-à-dire ambitieux, sûr de lui, offensif et en rupture avec l'establishment. Car, une fois de plus, il choisit de déroger avec les règles de son milieu. Le monde feutré des affaires n'a qu'une loi en France: l'omerta. Messier choisit de briser ce tabou et de raconter tout ce qu'il sait et pense. C'est sa version des faits, bien sûr, qu'il livre, mais ce tableau de mœurs est inédit. Jamais personne, jusque-là, n'avait osé livrer l'envers du décor des affaires. Messier casse le morceau et dévoile un monde d'une incroyable dureté humaine et psychologique, dans lequel tous les coups sont permis. Messier les rend avec la même pugnacité, mais publiquement. Nul doute que ce réquisitoire lui attirera des répliques et de nouvelles accusations de «médialomanie». Pourtant, l'essentiel n'est pas là. Ce livre hors norme est un voyage sans précédent dans l'univers du business. On en ressort sidéré. Bienvenue dans ce Dallas franco-américain!
Mon vrai journal, éd. Balland, 16, 15 €

Messier stories
Celui qui fut le premier éditeur de France voit aujourd'hui consacrer à sa chute une production littéraire à la hauteur de l'événement. Outre l'ouvrage dont il a lui-même pris les rênes - «Je me les sers moi-même avec assez de verve...» s'exclame Cyrano - en voici déjà deux autres qui arrivent en librairie, et derrière eux déjà des nouveaux projets s'accumulent. Que le premier journaliste économique qui n'a pas été contacté lève le doigt! Deux d'entre eux, Pierre Briançon et William Emmanuel de l'agence Reuters, se sont donc déjà mis au travail et livrent respectivement Messier Story et Le Maître des illusions. Deux ouvrages qui se révèlent complémentaires. Celui de Briançon est découpé en chapitres qui retracent chacun une étape de la story, Grenoble, l'inspection des Finances, le passage en cabinet ministériel, le Net, l'Amérique, Hollywood... Ainsi, par touches successives, s'écrit une histoire terriblement française. Celle d'un élève, pur produit de la méritocratie, qui en a parcouru brillamment tous les échelons. Mais qui - conjonction fatale - non seulement comme tant d'autres avant lui s'est brisé sur l'écueil américain, mais, a surtout été happé dans cette folie collective qu'a été la meurtrière bulle Internet. Exit l'ambition française de construire un grand groupe de médias international, exit aussi l'épargne des actionnaires, mauvais coup à cette confiance indispensable au système capitaliste. Résultat, conclut Briançon: «L'homme qui voulait moderniser à lui seul le capitalisme français après en avoir été l'héritier modèle l'a plutôt fait régresser», tout en reconnaissant à Jean-Marie Messier l'audace d'avoir osé prendre des paris risqués.
Là où Briançon brosse un tableau plutôt sociologique avec sa Messier story, William Emmanuel, lui, se cantonne à une Vivendi story où il plonge dans les mécanismes financiers et les décisions stratégiques qui ont abouti à l'éviction de son flamboyant PDG. Et lui qui compare Messier surestimant sa force lorsqu'il se frotte à l'Amérique à Napoléon lançant la campagne de Russie se livre aussi pour conclure à une analyse fouillée de la thèse de la convergence contenant-contenu qui a sous-tendu la stratégie Messier. Un débat qui n'est pas près d'être clos.
Messier Story, par Pierre Briançon. Grasset, 413 p., 19,90 €.
Le Maître des illusions, par William Emmanuel. Economica, 320 p., 23 €.
L'Express du 14/11/2002, Les incroyables révélations de Messier par Denis Jeambar

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CONFESSION. Six mois après le débarquement de Jean-Marie Messier, un de ses plus proches collaborateurs raconte, de l'intérieur, les coulisses de l'ascension puis de la chute de celui qui voulait être une star mondiale. Un témoignage haut en couleur.

« Pouvoir, argent, influence… Messier voulait tout ! »

UN PROCHE de Jean-Marie Messier livre, dans un « roman à clé » (*) qui vient de paraître, « les coulisses du gouvernement d'entreprise ». En couverture de « Dernier Séminaire à Deauville », autre clin d'oeil à l'empire Vivendi, le profil de Jean-Marie Messier en ombre chinoise. Sous le pseudonyme de Jean-René Visavu, allusion à Internet et autre clin d'oeil à l'empire Messier, le cadre romancier raconte avec cruauté la chute du président d'une multinationale tentaculaire implantée dans l'audiovisuel, l'édition et le téléphone… De l'intérieur, ce témoignage dresse des portraits au vitriol de la « mégalomanie » ambiante, des dérapages liés à la « staracadémisation » des dirigeants et à leur incapacité finale à voir la réalité en face. L'énigmatique M. Visavu (plusieurs noms circulent d'ores et déjà) a accepté, par écrit et en exclusivité, le principe de cet entretien. Sa crainte aujourd'hui ? Etre démasqué.

Votre roman raconte-t-il la chute de l'empire Messier ?
Jean-René Visavu. C'est un roman inspiré de mon expérience professionnelle. J'ai toujours appartenu à des grands groupes, le dernier en date étant Vivendi, et j'ai été un des acteurs de ces univers florentins où l'on se donne beaucoup de coups de poignard entre les portes. Maintenant que je suis en fin de course, j'avais envie de montrer, de l'intérieur, les effets dévastateurs de la mégalomanie. Messier avait sans doute contracté une forme aiguë de la maladie. Mais enfin, c'est un mal endémique ! Je voulais faire la satire d'une direction générale avec ses batailles feutrées, ses jalousies, ses histoires d'amour aussi. C'est un voyage ironique dans la direction d'une grande entreprise quand elle dérape.

Vous avez fait partie de l'équipe Messier, pourquoi vous cacher derrière un pseudonyme ?
Par peur des représailles, tout simplement. Malgré les grands discours, ce que l'on ne supporte pas dans les grands groupes, c'est moins l'absence des résultats que le fait de violer la loi du silence, cela, ça ne se pardonne pas.

« La lâcheté est la chose au monde la mieux partagée. Plus vous vous élevez dans la hiérarchie sociale, moins il y a de courageux »

Votre président est un personnage « bouboule » et ridicule qui voudrait devenir une star, entouré d'une armée d'attachées de presse et courant après les reportages people… Messier pensait-il vraiment que son « visage devait incarner l'entreprise » ?
Certains patrons, comme Messier, ne veulent pas seulement le pouvoir et l'argent. Ils veulent l'influence. Ils pensent, parce qu'ils ont réussi dans les affaires, qu'ils ont des choses essentielles à dire sur la marche de l'économie, de la société et du monde. J'ai vu arriver de mon petit poste d'observation, il y a une dizaine d'années, les PDG de la nouvelle génération. Ceux-là désirent encore plus : ils rêvent de devenir des vedettes. C'est la « staracadémisation » de la société française : si vous n'êtes pas célèbre, vous n'êtes rien.

Vous êtes tout aussi cruel pour l'entourage de votre président, affirmant que « ses plus fidèles serviteurs » seront les premiers à retourner leur veste le moment venu…
La lâcheté est la chose au monde la mieux partagée. Plus vous vous élevez dans la hiérarchie sociale, moins il y a de courageux. La trahison est dans les états-majors d'entreprise comme le globule dans le sang.

« Il faisait semblant d'écouter, mais décidément il n'entendait plus rien. » Votre président, jusqu'à la dernière seconde, ne voit pas la chute arriver… L'aveuglement d'un Messier est-il allé aussi loin ?
Dans le roman, il y a une spirale perverse. Président se fait incroyablement confiance, donc il réussit des coups audacieux. Et comme il réussit des coups audacieux, il se fait de plus en plus confiance. D'ailleurs, le monde entier l'y pousse. La presse, les investisseurs, le petit Paris. Tout le monde chante sa louange, puisqu'il réussit. Au début, il pense qu'il a du talent, et à la fin il pense que c'est du génie. Du coup, quand les ennuis commencent, il ne voit pas les signaux d'alerte. Voilà pourquoi il s'envoie dans le décor. Jean-Marie Messier.
Propos recueillis par Laurent Valdiguié (*) « Dernier Séminaire à Deauville » de Jean-René Visavu, Edition Albin Michel, 15 €. Le Parisien, vendredi 17 janvier 2003, p. 4

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(avril 2003) Messier a reçu un salaire de 5,6 millions d'euros en 2002

Jean-Marie Messier aurait touché en 2002 un salaire de 5,6 millions d'euros selon le projet de rapport annuel provisoire du groupe Vivendi.

PARIS (Reuters) - L'ancien P-DG de Vivendi Universal a touché un salaire de 5,6 millions d'euros en 2002, année au cours de laquelle le groupe a enregistré des pertes abyssales.

Le projet de rapport annuel provisoire du groupe indique que Jean-Marie Messier, contraint de démissionner l'an dernier alors que Vivendi était au bord de la faillite, a touché une rémunération brute de 5.635.854 euros, ce qui représente une augmentation de 10% par rapport à 2001.

En 2002, Vivendi Universal a accusé une perte nette de 23 milliards d'euros en raison essentiellement de 18 milliards d'euros de provisions passées pour dépréciations d'actifs.
liberation.fr, Daniel Acker, REUTERS, 03 avril 09:52:46

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(30 juin 2003) Messier gagne son procès contre Vivendi
La justice américaine a condamné Vivendi Universal à verser 20,5 millions d'euros à son ex-PDG, Jean-Marie Messier. Cette décision sera débattue lors du conseil d'administration qui se tiendra mardi, à Paris.

La lutte entre l'ancien patron de Vivendi Universal (VU), Jean-Marie Messier et la nouvelle direction du groupe connaît un nouveau rebondissement. Le tribunal arbitral constitué à New York pour trancher le litige opposant les deux parties a "ordonné vendredi, à VU de payer la bagatelle de 20.555.342 euros d'indemnités de départ à Jean-Marie Messier", a annoncé l'entreprise française lundi, dans un communiqué. Peu après, le PDG de VU, Jean-René Fourtou, a qualifié de "scandaleux" et "d'indécent" l'octroi par un tribunal américain d'une telle indemnité de fin de contrat à J2M. "Vivendi Universal entend contester avec la plus grande vigueur cette décision par tous les moyens de droit à sa disposition tant en France qu'aux Etats-Unis", a confirmé Jean-René Fourtou dans cette déclaration.

"Indécent"

La décision du tribunal arbitral de New-York a été inscrite mardi, à l'ordre du jour du conseil d'administration du groupe, qui devait examiner initialement six offres pour la reprise des actifs américains, VU Entertainment. "Que M. Messier ait demandé et puisse obtenir 20 millions d'euros d'un contrat américain non-approuvé par le conseil d'administration de VU est indécent quand on pense à sa responsabilité dans la très grave situation à laquelle VU a été confronté l'été dernier", a précisé le successeur de Jean-Marie Messier.

La décision du tribunal new-yorkais est d'autant plus difficile à accepter pour jean-René Fourtou qu'il avait affirmé, au cours de la dernière assemblée générale des actionnaires de VU, le 29 avril dernier, qu'aucune indemnité n'avait été versée à Jean-Marie Messier. Il avait aussi indiqué que VU "refusait de payer et demandait l'annulation des clauses de départ puisque Jean-Marie Messier avait démissionné".
Tf1, news, Mis en ligne le 30 juin 2003

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(1er août 2003) Messier aurait signé lui-même son indemnité de départ

NOUVEAU COUP de théâtre dans l'affaire du « parachute doré » de Jean-Marie Messier. En échange de sa démission, celui qui était encore président de Vivendi Universal (VU) avait exigé de percevoir une indemnité de départ de 20 millions d'euros. Un accord dans ce sens avait été signé le 1er juillet 2002, accord qui aurait été approuvé, pensait--on jusqu'à présent, par deux administrateurs de Vivendi, Marc Viénot et Edgar Bronfman Jr., ce qui rendait très difficile toute contestation devant les tribunaux.

« Aucun administrateur de VU n'a signé cet accord »

Marc Viénot, ex-président de la Société générale, actionnaire de longue date de VU, était un des plus fidèles défenseurs de Messier au moment du naufrage du groupe de communication. Edgar Bronfman Jr., quant à lui, est l'ancien propriétaire de Seagram, alors maison mère des studios américains Universal, et gros actionnaire de VU. Les deux personnalités présidaient, par ailleurs, le comité de rémunération du groupe. Selon nos informations, cette ligne de défense de Jean-Marie Messier risque aujourd'hui de se lézarder. En effet, selon le texte de l'accord qu'a pu se procurer aux Etats-Unis Didier Cornardeau, président de l'Appac - une association de défense des petits actionnaires de Vivendi Universal, à l'origine d'une plainte contre X pour abus de bien social -, ce document n'aurait été ni signé ni approuvé par aucun des deux administrateurs, mais uniquement par Messier lui-même et son numéro deux, Eric Licoys, directeur général, mais non administrateur de VU. « J'ai demandé à la COB (NDLR : Commission des opérations de Bourse) , qui vient de mettre sous séquestre les 20 millions d'indemnités de Messier, de me fournir les pièces annexes du dossier, explique Didier Cornardeau. La COB a refusé pour des raisons juridiques de me les délivrer. Je suis donc allé aux Etats-Unis, où, grâce aux adhérents américains de mon association, j'ai pu mettre la main sur le texte. Il apparaît bien que Messier s'est "autosigné" sa propre indemnité. Aucun administrateur de VU n'ayant signé cet accord. »

Dans ces conditions, on peut se demander pour quelles raisons l'actuel président du groupe, Jean-René Fourtou, et son directeur financier, Jacques Espinasse, ont accepté, en novembre 2002, de signer un protocole d'arbitrage destiné à trouver un compromis entre VU et Jean-Marie Messier. A suivre...
Jannick Alimi, Le Parisien, 1er août 2003, p.8

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(Septembre 2003) Messier proche du pactole
La justice américaine ordonne le versement de ses indemnités.

Jean-Marie Messier est tout prêt de toucher ses indemnités de départ de 20,5 millions d'euros. La justice américaine a donné gain de cause à l'ex-PDG de Vivendi Universal, qui réclamait le versement de cette somme. Ce que ne voulait pas faire la direction du groupe français. L'argent n'est cependant pas encore définitivement dans les poches de Messier. Vivendi a annoncé hier soir qu'il allait faire appel de cette décision aux Etats-Unis. Et il a décidé de placer la bataille juridique aussi sur le sol français, où les tribunaux seront peut-être moins favorables aux «parachutes dorés» que s'accordent les dirigeants. Hier se déroulait à Paris une audience de forme devant le tribunal de commerce, où Vivendi assigne Messier pour «faute» et demande des dommages et intérêts à la hauteur des indemnités.

En attendant, J2M peut profiter de cette victoire, certes prévisible. La juge Marilyn Shafer, du tribunal civil de Manhattan, s'est contentée de confirmer le jugement du tribunal arbitral de New York, qui accordait l'indemnité de Messier. Une juridiction à laquelle les deux parties avaient d'abord fait confiance pour régler leur différend avant que Jean-René Fourtou refuse de s'y conformer. Ce que n'a pas apprécié la juge américaine. «La juge semble s'être comportée comme une sorte de Cour de cassation, commente un avocat de l'une des parties. Elle n'a pas jugé sur le fond de l'affaire, mais a estimé que le tribunal arbitral avait pris sa décision dans sa forme.»

Du coup, Messier a retrouvé le moral. Selon lui, même le rapport COB sur l'information financière de Vivendi, qui vient d'être remis au parquet de Paris, se dégonflerait. «Ce rapport montre que VU, ce n'est pas Enron. Il devrait ramener l'affaire VU à ses justes proportions», estime-t-il dans les Echos.
Libération, Par Nicolas CORI, mardi 16 septembre 2003, p. 27

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Messier : conseil et collusions
Selon des PV que «Libération» s'est procurés, le montant des indemnités de l'ex-PDG de Vivendi avait bel et bien été avalisé par plusieurs administrateurs.

Un PDG qui renie sa signature, des administrateurs qui mentent délibérément... Dans l'affaire du parachute en or de Jean-Marie Messier, il n'y a pas que l'ancien PDG de Vivendi Universal (VU) à avoir un poids sur la conscience. C'est ce qui ressort des auditions confidentielles menées devant le tribunal arbitral de New York dans le cadre de la procédure engagée par Messier pour récupérer «ses» 20,5 millions d'euros, et dont Libération a pu se procurer de larges extraits. Elles montrent que la plupart des administrateurs de Vivendi présents lors de la démission de Messier étaient d'accord pour lui verser une indemnité : Marc Viénot, ancien patron de la Société générale, Jacques Friedman, ex-PDG de l'UAP, Henri Lachmann, PDG de Schneider, et Edgar Bronfman Jr., ancien vice-président de VU. Quant à Jean-René Fourtou, le PDG actuel de Vivendi, et Claude Bébéar, administrateur et véritable homme fort du groupe, malgré leur proclamation affichée de ne rien verser à Messier, ils n'ont pas toujours été aussi clairs.

Forcing et résistance

L'histoire commence fin juin 2002, quand les administrateurs français de VU décident de faire partir Messier. Ils n'ont guère le choix : ils viennent de s'apercevoir que le groupe est proche de la faillite. Mais ils veulent mettre les formes. D'abord, parce qu'ils n'ont pas le choix : le prochain conseil d'administration où ils pourraient remercier Messier n'est prévu qu'en septembre, et seul le PDG peut avancer sa date. Et, surtout, parce qu'ils sont contre une procédure «brutale», qui n'est pas dans les traditions du capitalisme français. On envoie alors Jacques Friedman convaincre J2M. «Jacques, tu peux y aller, car tu connais bien Messier», lui disent les autres patrons. Les deux hommes se connaissent depuis qu'ils ont travaillé ensemble sous le gouvernement Balladur. Deux rencontres ont lieu. Friedman rassure Messier : «On va examiner votre situation personnelle très attentivement, et nous allons vous aider dans cette situation difficile.» Le PDG de VU est en effet endetté de 10 millions d'euros après avoir acheté des actions VU, qui se sont ensuite effondrées. A chaque fois, Messier refuse de céder, criant au complot, mais il a la présence d'esprit d'évoquer une possible indemnité : «Ce serait juste, si la discussion était basée sur ce qui a été fait avec Bronfman.» Un point de départ déjà très haut : Edgar Jr. avait bénéficié, quand il avait démissionné de ses fonctions exécutives fin décembre 2001, de 17 millions d'euros représentant trois années de salaires, d'un contrat de consultant, de l'utilisation des avions de la compagnie, d'une protection sociale et médicale...

Deux jours après, Messier appelle au domicile de Lachmann, où sont de nouveau réunis tous les administrateurs français, pour lui dire qu'il accepte de démissionner et demande à ce que Viénot et Bronfman négocient avec lui les conditions financières de son départ. Ami de Lachmann, Bébéar est immédiatement informé. Il téléphone même à Friedman pour lui dire de faire attention à sa responsabilité comme administrateur. La discussion commence avec Messier, celui-ci accepte de ne parler qu'à Viénot et aux avocats de VU : Bredin Pratt et Craveth Swaine & Moore. Il réclame de pouvoir garder ses stock-options non exercées, de bénéficier de quatre années de salaire ou trois au minimum, d'être protégé contre toute réclamation du fisc aux Etats-Unis et d'obtenir une somme à allouer à des oeuvres de charité... «J'ai besoin de 10 millions d'euros pour être dans une situation décente», résume Messier.

Echange de bons procédés

Lundi 1er juillet, à 5 heures du matin, un accord est trouvé, intitulé termination agreement. Messier touchera 18,5 millions d'euros d'indemnités et 2 millions de bonus pour 2002. Une somme qui doit être versée avant le 15 juillet. Le chiffre est donné à tous les administrateurs français. On informe ensuite Eric Licoys, le directeur général, pour qu'il signe cet accord. Raison invoquée : on a besoin de la signature d'un mandataire social pour valider le contrat. Pour convaincre Licoys, Messier lui laisse miroiter une forte indemnité. «J'ai demandé à ce que tu sois traité comme je l'ai été», lui dit-il. En même temps, Viénot et Bronfman signent chacun une lettre assurant que le termination agreement reflète bien leurs vues.

«Pas de chance !»

J2M annonce la réunion d'un conseil d'administration pour le mercredi 3 juillet et son départ aux salariés de Vivendi. Mais Viénot se rend rapidement compte qu'il a sans doute fait une erreur. Le mardi, le secrétaire général de VU, Jean-François Dubos, lui révèle que, pour être validé, le termination agreement doit être examiné en conseil d'administration. «Pas de chance !», lance Viénot. Au même moment, l'information a filtré dans la presse, et les 20 millions d'euros font scandale. Viénot décide alors de s'en ouvrir à Jean-René Fourtou, dès l'arrivée à VU du nouveau PDG. Lors du conseil d'administration, la décision est prise de n'accorder à Messier que son salaire fixe de 31 000 dollars par mois (hors bonus), une couverture sociale pour lui et sa famille, le droit de rester dans son appartement new-yorkais. Tout cela jusqu'à la fin de l'année ou «jusqu'à ce qu'un termination agreement soit conclu et approuvé par le conseil».

Preuves de bonne foi

C'est le début des bizarreries de la part de la nouvelle équipe dirigeante de Vivendi, le procès-verbal fait comme si aucun accord n'avait été signé. Pourtant le termination agreement a bien été évoqué, selon Friedman. «Il y a une phrase qui manque dans le compte rendu», estime-t-il. La raison sera donnée fin juillet par Fourtou à Messier, lors d'un petit déjeuner entre les deux hommes. «Ecoute Jean-Marie, lui dit-il. Le 3 juillet, il y avait une centaine de journalistes au bas des marches, et je ne voulais pas que le termination agreement soit le sujet du jour. C'est pour cela que j'ai reporté sa signature. Nous l'appliquerons en septembre, et nous allons voir ce que nous pouvons faire dans l'intervalle.» Preuve de sa bonne foi, Fourtou accepte de rembourser les travaux engagés par Messier dans son appartement new-yorkais pour 930 000 dollars et de verser le bonus dû au titre du premier semestre 2002 (soit 2 millions de dollars). Cette dernière somme ne sera finalement jamais déboursée.

Entretemps, les avocats de VU ont convaincu Fourtou que toute somme versée à Messier pourrait être interprétée comme un abus de bien social. Fin septembre, le conseil décide alors, selon le PV, de «cesser le paiement de tous salaires ou indemnités» et de demander le «remboursement dans les meilleurs délais de ceux perçus depuis le 1er juillet 2002». Mais, devant la presse, Fourtou sert une version différente qui le disculpe : «Par erreur, on a versé à Jean-Marie Messier quelque chose depuis les Etats-Unis en juillet, mais on lui a demandé de rembourser.» A l'époque, Vivendi ment sans complexes. Viénot dément ainsi l'existence du termination agreement. «N'écoutez pas les racontars !», répond-il au Figaro, qui lui pose une question en ce sens. Viénot expliquera ensuite, lors de son audition, qu'il s'agissait d'un «mensonge, pour ne pas affaiblir la position de la compagnie».

Plaintes en cascade

Messier, lui, réclame toujours son indemnité. Pour éviter que l'affaire éclate au grand jour, le conseil de Vivendi choisit alors de porter l'affaire devant un tribunal arbitral à New York, où les audiences sont à huis clos. Un protocole est signé fin octobre 2002, où Fourtou s'engage à respecter, quoi qu'il arrive, la décision. Fin juin 2003, le tribunal donne totalement raison à Messier. Fourtou et Bébéar refusent d'obtempérer et engagent la bataille judiciaire au grand jour en France et aux Etats-Unis contre Messier. Mais ils le font tellement maladroitement que cela risque de se retourner contre eux. Ainsi, VU a assigné Messier et Licoys devant le tribunal de commerce de Paris pour avoir signé le termination agreement. Mais Licoys, qui ne veut pas jouer le rôle de bouc émissaire, a décidé d'impliquer tous les anciens administrateurs de Vivendi, ainsi que Fourtou. Et l'Association des petits porteurs actifs, présente dans le dossier, envisage aussi d'impliquer Bébéar. Le risque n'est pas mince : devoir payer cash pour toutes les erreurs commises. De quoi provoquer la panique dans les plus hautes sphères du capitalisme français.
Libération, Par Nicolas CORI, mercredi 15 octobre 2003, p. 6

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(23 décembre 2003) La SEC impose à Jean-Marie Messier de renoncer à ses indemnités

Vivendi Universal et son ancien PDG étaient accusés de violation de la législation boursière aux Etats-Unis. Le groupe paiera une amende de 50 millions de dollars.

Quelques heures avant l'ultimatum, Vivendi, Jean-Marie Messier et la SEC, le gendarme de la Bourse de New York, ont trouvé un accord, mardi 23 décembre (2003), qui "met fin la procédure civile pour fraude engagée contre Vivendi, son ancien PDG et son ancien directeur financier Guillaume Hannezo", selon le communiqué des autorités boursières américaines.
Ceux-ci étaient accusés d'avoir commis plusieurs violations des lois boursières américaines. Selon les termes de la transaction, le groupe de communication, qui dit "ni admettre ni réfuter les griefs de la SEC", accepte, malgré tout, de payer 50 millions de dollars (40,2 millions d'euros) d'amende civile.
Une partie de cette somme provient des indemnités non payées à M. Messier. L'ensemble de la somme sera regroupé dans un fond qui doit servir à indemniser certains actionnaires du groupe. Il n'est pas précisé quelles personnes seront concernées.

ARRÊTER LES PROCÉDURES

De son côté, M. Messier renonce au paiement des 20,6 millions d'euros d'indemnités de départ et d'arriérés de primes et de bonus qu'il réclamait depuis plus d'un an. Cette somme, qui avait été placée sous séquestre par la SEC, sera versée au fonds d'indemnisation.
En contrepartie, Vivendi, qui s'engage, comme M. Messier, à abandonner toute poursuite judiciaire, remboursera à son ex-PDG une partie de ses frais judiciaires. La SEC condamne, en outre, M. Messier à verser une amende de 1 million de dollars. L'autorité lui interdit d'exercer pendant dix ans tout mandat de dirigeant et d'administrateur dans une société cotée aux Etats-Unis. M. Hannezo, lui, est condamné à verser une amende de 120 000 dollars et se voit retenir, en plus, 148 149 dollars sur ses primes par la SEC. L'autorité boursière lui interdit aussi d'exercer tout mandat de dirigeant ou d'administrateur pendant cinq ans.

D'après Vivendi, l'enquête de la SEC n'aurait mis en lumière que quelques faits répréhensibles : "Jean-Marie Messier s'est vu reprocher par la SEC certaines violations de la législation boursière américaine en sa qualité de président-directeur général", dit le communiqué du groupe, mercredi.
Le directeur de la SEC pour la région Sud-Est, David Nelson explique, lui : "MM. Messier et Hannezo, les deux plus importants responsables de Vivendi, ont failli à leurs responsabilités à l'égard des actionnaires de Vivendi. Vivendi et ses deux dirigeants ont, pendant un an et demi, tout mis en œuvre pour éviter de faire connaître les problèmes de trésorerie de la société et ses difficultés à réaliser ses objectifs d'Ebidta, et priver ainsi les actionnaires d'une information précise."
Et la SEC formule des accusations détaillées à leur endroit. Cette transaction semble satisfaire les deux parties, qui cherchaient depuis plusieurs semaines les moyens d'arrêter les procédures judiciaires engagées de part et d'autre de l'Atlantique. Même si M. Messier ne touche pas ses indemnités, comme ils étaient nombreux à le réclamer, les actionnaires du groupe pourraient cependant trouver amer d'avoir à payer 50 millions de dollars d'amende en plus aux autorités américaines.
Déjà, la présidente de l'Association des actionnaires minoritaires, Colette Neuville, s'indigne : "Si Vivendi accepte de payer 50 millions de dollars, c'est qu'il y a intérêt. Plus personne ne va parler de l'histoire Vivendi. C'est pourtant un scandale qui a coûté plus de 30 milliards d'euros aux actionnaires, sans que la responsabilité du conseil ne soit jamais mise en cause."
L'accord passé avec la SEC n'éteint pas toutes les actions aux Etats-Unis. Des actionnaires y ont engagé une "class action" contre Vivendi et ses anciens dirigeants. Elle suit son cours.
Martine Orange, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 25.12.03, LE MONDE | 24.12.03 | 13h13

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(15 mars 2004) Les 4 millions d'euros cachés de Messier
Les enquêteurs de la brigade financière de Paris soupçonnent Messier d'avoir omis de mentionner près de 4 millions d'euros de plus-value.

VIVENDI UNIVERSAL doit présenter ses résultats annuels, mercredi (17 mars 2004), et le temps continue de se gâter pour son ex-PDG. Selon nos informations, la brigade financière de Paris a mis la main sur des documents embarrassants pour Jean-Marie Messier. Agissant dans le cadre d'une instruction du juge Pons, à la suite d'une plainte déposée par l'Appac, en octobre 2002, sur le bilan de Vivendi, les enquêteurs ont passé au crible le compte bancaire d'achat et de revente d'actions du flamboyant PDG.

Surprise ! Ils ont découvert qu'il avait oublié de mentionner 4,033 millions d'euros de plus-value entre 1999 et fin 2001 sur des actions de sa propre société ! Le tout financé avec la bénédiction de la Société générale Private Banking qui lui a accordé des prêts personnels pour jouer en Bourse. Jean-Marie Messier était doté d'un sacré flair. Son compte personnel Société générale indique qu'il achète, le 26 décembre 2001, 182 859 titres Vivendi à 30,91 € l'action et en revend 106 000 le lendemain avec, cette fois, un prix unitaire de 59,87 €. Bénéfice de cet aller-retour pour le brillant PDG pendant les fêtes de Noël : 4 millions d'euros.

A moins que ces mouvements de vente et d'achat soient inexacts et auquel cas Jean-Marie Messier, qui n'est pas mis en examen, devra alors apporter des compléments d'information.

« Les actionnaires sont spoliés »

D'autre part, l'Appac (voir plus haut) dépose aujourd'hui une nouvelle plainte contre X au pénal pour recel et complicité de recel afin d'étendre la saisine du juge Pons. Cette fois, il s'agit de comprendre pourquoi l'ex-patron de Vivendi a accordé, en décembre 2001, des avantages financiers mirobolants à Edgar Bronfman Jr, héritier de la famille du même nom dont la société Seagram avait fusionné avec Vivendi.
Le patron canadien a touché un pactole de 17 millions de dollars d'indemnités multiples et variées pour une activité de simple consultant. Le quotidien « Libération » a révélé, dans son édition en date du 4 mars 2004, que la brigade financière de Paris, qui enquête sur ce volet de l'affaire, évoquait une « mission fictive » et estimait que le contrat signé « pourrait relever d'un abus de biens sociaux ».
« Il faut savoir qu'après le départ de Messier, celui qui lui a succédé, Jean-René Fourtou, n'a rien changé et a même félicité monsieur Bronfman pour son action. Les actionnaires sont donc spoliés », déplore, de son côté, Didier Cornardeau, président de l'Appac. Plus curieux, toujours selon le quotidien, les cours de l'action Vivendi Universal auraient été soutenus, via une banque allemande, sans respecter les procédures de la COB.
Eric Giacometti, Le Parisien, lundi 15 mars 2004, p. 10

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(30 mars 2004) Jean-Marie Messier convoqué chez le juge

JEAN-MARIE MESSIER, le flamboyant ex-PDG de Vivendi Universal, un groupe qui aujourd'hui cumule selon les évaluations entre 11 et 100 milliards d'euros de dettes après son passage, n'échappera pas à une convocation, au pire pour une mise en examen, au mieux pour le statut de témoin assisté. Elle serait en partance pour ses domiciles du boulevard de Courcelles à Paris et à Rambouillet (Yvelines).

J2M a lui-même demandé à être mis en examen pour « s'expliquer » sur le dossier. Il sera d'ailleurs ce soir à 20 heures au grand amphithéâtre de l'école de commerce Essec à Cergy-Pontoise pour une conférence. Deux cadres de Vivendi, François Blondet, trésorier adjoint, et son supérieur Hubert Dupont-Lhotelain, ont déjà été mis en examen le 23 mars (2004) pour « manipulation des cours » après une plainte de l'Association des petits porteurs d'actifs pour présentation de faux bilans en juillet 2002.

C'est en consultant les plaquettes de Vivendi que Didier Cornadeau, 53 ans, ex-responsable du contentieux d'une filiale d'une grande banque, a compris que les comptes de Vivendi Universal étaient falsifiés. « Il était indiqué que la trésorerie de Cegetel, filiale de Vivendi, figurait dans l'exercice du groupe alors que, quelques pages plus loin, c'était le contraire », se souvient ce professionnel de la comptabilité. « Ce tour de passe-passe permettait de masquer le manque de liquidités du groupe, qui était déjà en dépôt de bilan. L'argent emprunté aux banques, sous couvert d'acheter des entreprises, cachait en fait la crise que traversait Vivendi. Une fuite en avant tragique », estime Didier Cornadeau. « Certains épargnants ont perdu jusqu'à 90 % de leurs économies.

Ce scandale est comparable à celui d'Enron aux Etats-Unis. Le pire, c'est que la Commission des opérations de Bourse (COB), le gendarme de la finance, n'a pas joué son rôle de sauvegarde », constate M e Frédérik-Carel Canoy, l'avocat de l'association.

Une manipulation artificielle du cours

D'autres agissements suspects ont été pointés par les juges d'instruction Henri Pons et René Cros du pôle financier de Paris. A l'image de ces achats massifs d'actions (27 millions de titres) opérés au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 pour soutenir de matière illégale le cours de VU. Une manipulation artificielle du cours, selon la justice, car ces opérations sont très encadrées. Elle a été réalisée avec le soutien financier de la filiale française de la Deutsche Bank, dont la succursale est située avenue de Friedland à Paris. Son président, Philippe Guez, a été également mis en examen pour « manipulation ». Il a été laissé libre sous caution.

Mais il y a plus gênant encore, comme les reventes des actions personnelles de J2M du 13 septembre au 2 octobre 2001 avec l'aide d'une grande banque française, alors que le groupe est au plus mal. Une opération qui lui aurait laissé un solde positif de 9 millions d'euros. « Il y a bien eu des rachats de titres, mais le contexte était celui du 11 septembre. Le but était de soutenir le cours anormalement maltraité par cet épisode », a expliqué M e Roger Doumith, l'avocat de M. Dupont-Lhotelain, le trésorier du groupe. Quant à Emmanuel Daoud, l'avocat de François Blondet, il minimise le rôle de l'adjoint qui a opéré dans « un cadre légitime » à défaut d'être légal. Quant à Jean-Marie Messier, il assure « avoir agi dans l'intérêt des actionnaires » pour ces rachats controversés.
Jean-Marc Ducos, Le parisien, 30 mars 2004, p. 15

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Vivendi Le bras droit de Messier mis en examen

L'ETAU SE RESSERRE dangereusement autour de Jean-Marie Messier. Son ancien bras droit, Guillaume Hannezo, ancien directeur financier de Vivendi, a été placé en garde à vue jeudi dernier (3 juin 2004) , puis mis en examen vendredi soir. Les deux juges en charge de l'affaire Vivendi, Henri Pons et René Cros, le soupçonnent de « délit d'initié, complicité de manipulation de cours et diffusion de fausses informations données aux marchés ».

Placé sous contrôle judiciaire, Guillaume Hannezo a interdiction de rencontrer les trois personnes déjà mises en examen dans l'affaire, Hubert Dupont-Lhotelain, l'ancien trésorier de Vivendi, François Blondet, son adjoint, et Philippe Guez, un ancien cadre de la Deutsche Bank. Les juges lui ont également interdit tout contact avec Jean-Marie Messier, ainsi qu'avec les membres de l'AMF, le gendarme de la Bourse, successeur de la COB. Ce contrôle judiciaire strict a pour objet d'empêcher toute concertation. Il augure une prochaine convocation de Jean-Marie Messier devant les juges. Le 29 mars dernier, l'ancien patron de Vivendi avait réclamé sa mise en examen afin d'avoir accès au dossier judiciaire. Outre Messier, les juges semblent s'intéresser à la COB, où une perquisition a été conduite fin mars, et à son président, Michel Prada.

« C'est moi qui suis à la place du mort »

Dans cette affaire financière, la justice s'intéresse à d'énormes mouvements de titres de l'action Vivendi en septembre 2001. Inquiet de la dégringolade du titre dans les jours qui ont suivi les attentats de New York, Jean-Marie Messier décide alors de « doper » artificiellement son cours. Dans la semaine qui précède l'annonce de ses résultats semestriels, le 25 septembre 2001, Vivendi, via la Deutsche Bank, rachète massivement et en secret ses propres actions sur le marché boursier.
Or, ce genre d'opération est une « manipulation de cours » illégale selon la justice. Pourquoi la COB, dont le rôle est de surveiller le marché, n'a-t-elle rien vu passer ? Guillaume Hannezo a expliqué aux enquêteurs qu'il avait averti le gendarme de la Bourse dès le 19 septembre. Les enquêteurs disposent également d'une lettre confidentielle de Michel Prada, le patron de la COB, à Jean-Marie Messier, datée du 26 octobre 2001.
Dans ce courrier, Michel Prada reconnaît que les « constatations effectuées font apparaître que certains achats sont intervenus en dehors du cadre prévu ». Admettant le « caractère exceptionnel de la période qui fait suite aux attentats du World Trade Center », il explique qu'il renonce « à l'ouverture d'une enquête en vue d'une possible sanction administrative ». Pour les proches de Messier, ce courrier est la preuve que le patron de Vivendi était « couvert » par la puissante COB. « Une défense à double tranchant », glisse un enquêteur, puisque le courrier démontre l'existence d'une opération litigieuse.

Autre volet de l'affaire, le « délit d'initié ». Guillaume Hannezo est soupçonné, en décembre 2001, d'avoir gagné 1,39 million d'euros en vendant des actions Vivendi alors qu'il savait à l'époque, par ses fonctions, que le titre risquait de chuter. Apparemment lucide sur les pépins financiers qui s'annonçaient, Hannezo avait envoyé un long courrier électronique à Jean-Marie Messier le 1 er mars 2002. « C'est moi qui suis à la place du mort », y écrivait le directeur financier. En tout cas, aujourd'hui, c'est lui qui se retrouve mis en examen le premier.
Laurent Valdiguié, Le Parisien, lundi 07 juin 2004, p. 14

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Jean-Marie Messier cerné par la justice

PLUS DURE sera la chute.
Il n'a plus de chauffeur. Son appartement parisien est en vente. Il vit entre sa maison de campagne de Rambouillet, pas totalement payée, et son appartement de New York, d'une centaine de mètres carrés, au lieu des 520 m2 de celui que lui louait Vivendi Universal (VU) au temps de sa splendeur.
C'est un Jean-Marie Messier redevenu simple cadre, couvert de dettes selon ses proches, qui s'est présenté hier matin à la brigade financière, en pull et sans cravate.
Sur instruction des juges Henri Pons et René Cros, l'ancien « maître du monde » a aussitôt été placé en garde à vue. Interrogé toute la journée, il a passé la nuit dernière sous surveillance policière. Il devrait être réentendu aujourd'hui, puis amené devant les juges d'instruction dans la soirée, où dans la matinée de demain. Parviendra-t-il à échapper à une mise en examen ? Peu probable, même si son avocat, Me Metzner, assure qu'il s'est présenté « avec des documents ».

L'ancien PDG de VU risque une quadruple mise en examen, pour « manipulation de cours, diffusion de fausses informations, délit d'initié et abus de biens sociaux ». « Nous demandons aussi son placement en détention, indique Me Frédérik-Karel Canoy, l'avocat de l'Association des petits porteurs actifs (Appac). M. Messier a fait perdre 50 milliards d'euros à un million de petits porteurs. Il faut à son encontre une mesure forte, ne serait-ce que pour éviter le risque de pressions sur les témoins. »

La manipulation de cours.

C'est la première infraction pénale reprochée à Jean-Marie Messier.
En septembre 2001, juste avant la publication de ses comptes semestriels, le PDG prend la décision de faire racheter par son entreprise, en secret, de gros paquets d'actions Vivendi.
Avantage : ces achats massifs dopent artificiellement le cours boursier, et évitent une dégringolade catastrophique. En revanche, cette pratique de «dopage » des actions est ruineuse, et surtout elle est strictement interdite.
Jean-Marie Messier, pour sa défense, affirme qu'il avait l'aval de la COB, le gendarme de la Bourse. Il a remis aux enquêteurs une lettre de « couverture », écrite par le patron de la COB, qui admet certains dérapages dans la foulée du choc boursier provoqué par le 11 septembre.

La diffusion de fausses informations.

C'est l'infraction la plus technique du dossier. Il est reproché à Messier et à son ancien bras droit Guillaume Hannezo, mis en examen début juin, d'avoir présenté de façon artificielle les trésoreries des filiales Cegetel, Maroc Télécom et Elektrim. « Nous n'avons fait qu'obéir à des règles comptables qui sont toujours en vigueur », se défend un ancien de Vivendi. Messier est aussi soupçonné d'avoir menti à plusieurs reprises sur l'état réel de son groupe, notamment en niant l'ampleur de l'endettement. Il dément.

Le délit d'initié.

Il est reproché à l'ex-PDG d'avoir levé ses stock-options en décembre 2001 en profitant d'informations confidentielles, juste avant que le titre plonge. « Le problème, soupire un de ses proches, c'est que cette opération ne lui a pas fait gagner de l'argent ! » « Pas sûr, estime Me Canoy, persuadé que Jean-Marie Messier a fait cette année-là « d'autres opérations rentables ».
Selon lui, le fisc a déclenché une enquête fiscale contre Messier et les limiers de Bercy s'intéressent à une plue-value de l'ordre de 9 millions d'euros réalisée à une époque où il habitait aux Etats-Unis. « Il s'agit de vérifier si cette opération, non déclarée en France, l'a été outre-Atlantique », décode un spécialiste.

Les abus de biens sociaux.

Enfin, les soupçons d'abus de biens sociaux portent sur les dépenses d'apparat de l'ancien « maître du monde ».
Les enquêteurs doivent interroger Messier sur l'appartement de New York payé par Vivendi (17,5 millions de dollars) et qui coûtait tous les ans 500 000 $ au groupe, dont 900 $ de lavage des vitres, 800 $ d'eau fraîche, 3 800 $ d'air conditionné, 365 000 $ pour les chauffeurs, 11 000 $ d'électricité.
Devant juges et policiers, Jean-Marie Messier va devoir justifier ce train de vie « à l'américaine ».
Laurent Valdiguié,

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Le Parisien, 10 septembre 2004, p. 17

Polémique autour d'une fortune

Selon Messier
1 appartement à Paris (Av. de Courcelles -XVIIe) : 1,6 million d'euros
1 maison de campagne à Poigny (Yvelines) : 1,5 million d'euros
Salaires mensuels
Monsieur : 6 500 euros
Madame : 1 500 euros

Selon l'Association des petits porteurs actifs (Appac)
1 appartement à Paris : 3,2 millions d'euros
1 maison de campagne : 3 millions d'euros
24 hectares de forêt : 100 000 euros
2 appartements à l'Alpe-d'Huez : 235 000 euros
2 appartements à Paris, rue de l'Arcade : 700 000 euros
rue du Croissant : 400 000 euros
1 parking rue de Prony : 25 000 euros
Assurance vie Generali : 1,8 million d'euros
Fonds de pension Gadelli (Usa) : 257 864 euros
Portefeuille de titres (Banque Lazard) : 220 338 euros
Plan d'épargne actions (Banque Lazard) : 307 875 euros
100 000 titres Vivendi : 2 millions d'euros
Parts dans un navire : 10 000 euros

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(Octobre 2004) Des salaires mirobolants

AU COURS de l'audience, il sera aussi question des salaires payés par la Générale des eaux et Vivendi pour des « personnalités » recrutées par Jean-Marie Messier. Des copies de feuilles de salaire seront divulguées.

L'ancien juge Alain Marsaud, recruté comme « directeur de la prospective », a été rémunéré 236 461 € (1,5 million de francs).
Le juge, devenu depuis député UMP de Haute-Vienne, a été remercié l'année suivante par Jean-René Fourtou, nouveau patron de Vivendi, qui s'était interrogé sur l'utilité du poste.

Une ex-substitute était aussi rémunérée 142 783 € pour réfléchir à des « questions éthiques ».

Quant au député PS de la Drôme, Eric Besson, délégué général de la Fondation Générale des eaux puis Vivendi, il touchait 140 418 € (930 000 F) pour réinsérer des chômeurs de longue durée.
E.G., Le Parisien, jeudi 21 octobre 2004, p. 10

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« C'est légal »

GUY CARCASSONNE a été consulté par Veolia avec Philippe Terneyre comme professeur de droit. Il a rendu un rapport en mai sur cette affaire. L'argent des tuyaux qui part dans les comptes de Vivendi, est-ce bien légal ?

Guy Carcassonne. Oui. Nous avons étudié ce mécanisme, certes compliqué, mais la légalité est respectée. Les sommes en cause n'appartiennent pas aux usagers de l'eau mais à l'entreprise, qui en fait ce qu'elle veut en termes d'optimisation de trésorerie. Charge à elle d'assurer ses engagements en termes de renouvellement de canalisations.

Pourtant Paris a renégocié avec Veolia...
Je ne connais pas cette partie du dossier, mais des renégociations sont toujours en cours entre les collectivités et les entreprises, c'est normal. Il y a eu une modernisation récente dans ces relations, dorénavant, il est clairement fait une distinction entre le renouvellement fonctionnel et patrimonial. Par exemple, changer des tuyaux en plomb peut nécessiter un financement particulier, c'est du patrimonial.

Ceux qui évoquent un scandale sur cette affaire remarquent que vous avez été rétribué par Veolia...
Nous avons reçu des honoraires, mais cela ne change rien aux conclusions du rapport, je ne vois pas en quoi notre crédibilité serait en cause. Je défie de trouver un professeur de droit qui donne un autre avis.
Propos recueillis par E.G., Le Parisien, jeudi 21 octobre 2004, p. 10

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Un million d'euros d'amende pour Messier

L'AUTORITE des marchés financiers (AMF) a infligé hier une amende d'un million d'euros chacun à l'ancien PDG de Vivendi Universal (VU) Jean-Marie Messier ainsi qu'à VU en tant que personne morale, a annoncé l'avocat de M. Messier, Me Olivier Metzner. L'ancien directeur financier du groupe, Guillaume Hannezo, qui était lui aussi visé par cette enquête de l'AMF, n'a pas été sanctionné.

Cette enquête, qui portait sur d'éventuelles malversations financières au sein du groupe Vivendi en 2000, 2001 et 2002, avait été ouverte à l'automne 2003 par l'ancienne Commission des opérations de Bourse (COB), fusionnée depuis au sein de l'AMF.
L'Autorité a retenu comme griefs contre Jean-Marie Messier la mauvaise communication sur la trésorerie du groupe en 2002 et la présentation de la dette en 2000. Elle a toutefois écarté une grande partie des charges qui pesaient sur lui, notamment les délits d'initiés présumés et la consolidation des filiales Cegetel et Maroc Télécoms. « On a fait la moitié du chemin. Plus de la moitié des griefs est abandonnée », a déclaré Me Metzner, qui a annoncé l'intention de son client de faire appel de cette décision.
Le Parisien, 8 décembre 2004, p. 11

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(Décembre 2004) Les banques paient la caution de Messier
L'EX-PDG de Vivendi Jean-Marie Messier, mis en examen en juin dernier (2004), a trouvé une solution pour payer sa caution fixée à 1,3 million d'euros par le juge d'instruction Henri Pons. Après avoir vainement tenté de faire ramener cette somme à 500 000 €, Jean-Marie Messier, conseillé par M e Olivier Metzner, a proposé de fournir une garantie bancaire du même montant. La date limite avait été fixée par la justice au 31 décembre à 16 heures.

Vendredi après-midi (31 décembre 2004) , selon une source judiciaire, la garantie bancaire, provenant de plusieurs établissements financiers, a été fournie. Une démarche qui surprend M e Frédérik Canoy, l'avocat de l'Association des petits porteurs actifs (Appac) à l'origine des poursuites contre la gestion de l'ex-PDG de Vivendi. « Messier a répété aussi bien devant le juge que devant une commission d'enquête parlementaire qu'il était dans une situation financière délicate. Quelles garanties ont bien pu obtenir les banques qui lui ont fourni cette caution bancaire ? »

Si cette opération a permis à Jean-Marie Messier de ne pas aller en prison, il n'en a pas pour autant fini avec l'enquête des magistrats Henri Pons et Jean-Marie d'Huy, qui instruisent le dossier Vivendi. Le 10 décembre, ils l'ont interrogé pendant près de dix heures sur un seul point du dossier : les présomptions de manipulation de cours du titre Vivendi sur les marchés financiers.
En septembre 2001, le groupe français est soupçonné d'avoir racheté lui-même ses actions pour plus de 1 milliard d'euros dans le seul but que le titre ne chute pas à la Bourse de Paris. Or ces achats ont été faits sans respecter la réglementation. Jean-Marie Messier a indiqué aux juges que ces achats massifs se justifiaient par « l'acte terroriste du 11 septembre 2001 ». Les deux magistrats ont cependant fait remarquer à l'intéressé que ces achats contestés d'actions avaient commencé dès le 5 septembre 2001, soit une semaine avant le World Trade Center.
Mais, surtout, les conversations téléphoniques enregistrées sur les postes des responsables de la Deutsche Bank, chargée d'acheter ces énormes volumes d'actions, sont édifiantes. Le 25 septembre 2001, l'un deux s'écrie notamment : « Je ne veux pas aller en prison, donc je veux votre accord sur ce que je suis en train de faire avec eux. (...) Ils sont en train de faire des choses totalement illégales. »
Après s'être intéressés à l'ex-direction de Vivendi, les deux magistrats pourraient s'attacher au conseil d'administration, qui a autorisé Jean-Marie Messier à lancer un certain nombre d'opérations financières. A l'époque, cette assemblée comptait quelques noms prestigieux comme Bernard Arnault, PDG de LVMH, ou encore Marc Viénot, ex-président de la Société générale, et Serge Tchuruk, patron d'Alcatel.
François Julien, Le Parisien, lundi 03 janvier 2005, p. 18

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(Mars 2005) Les ennuis de Messier avec un paparazzi

JEAN-MARIE MESSIER et Christel Delaval, l'ancienne compagne de cavale de Didier Schuller, rentrent d'Inde. « Ils ont passé une semaine féerique et ils ont des projets en commun », glisse un ami du couple.
Au programme de cette escapade indienne, visite de New Delhi, safari, spectacle d'éléphants et palaces... Seule anicroche dans ce voyage, une altercation avec un paparazzi, mardi dernier (8 mars 2005). De retour en France, le photographe, estimant avoir été bousculé, a déposé plainte pour « séquestration, destruction de matériel et menaces de mort ». « On m'a cassé du matériel », affirme Jean-Claude Elfassi, qui a suivi Jean-Marie Messier pendant plusieurs jours sur place.
Me Olivier Metzner, l'avocat de l'homme d'affaires, dénonce pour sa part une atteinte à la vie privée et exige que les photos ne soient pas diffusées.

« C'est une femme d'affaires née »

Quoi qu'il en soit, Didier Schuller souhaite « bonne chance » à son ancienne amie. « Nous avons vécu, Christel et moi, quinze années formidables, confie l'ancien élu UMP. Sa décision est de vivre avec Jean-Marie Messier, je la respecte et je leur souhaite d'être heureux tous les deux », ajoute Schuller. « Didier est sport aujourd'hui, même s'il a eu cet hiver un passage à vide très difficile », corrige un des proches de l'ancien directeur de l'office HLM des Hauts-de-Seine.
Aujourd'hui séparés, Didier Schuller et son ancienne compagne ont un rendez-vous commun... devant le tribunal correctionnel de Nanterre. Ils sont renvoyés devant cette juridiction tous les deux, aux côtés de Patrick Balkany, dans le cadre de la gestion de l'office HLM des Hauts-de-Seine, et des avantages obtenus auprès de plusieurs entreprises. Le procès devrait avoir lieu au début de l'année prochaine. En tout cas avant un éventuel procès de Jean-Marie Messier dans le cadre de l'affaire Vivendi, toujours au stade de l'instruction. L'ancien patron de la multinationale Vivendi, 47 ans, a rencontré Christel Delaval, 38 ans, au printemps dernier. Poignée de main ferme, regard charmeur, jeune femme énergique, Christel Delaval laisse rarement ses interlocuteurs indifférents.

« C'est une femme d'affaires née », confie un de ses proches. Et son « expérience de la cavale » a forgé son caractère...
En 1995, en pleine affaire des HLM, Schuller et elle n'ont pas hésité à prendre la fuite, avec leurs deux petites filles, pour échapper au juge Halphen. Direction la Suisse, puis les Bahamas, et enfin la République dominicaine avec des faux passeports.
Pendant les sept ans de cavale, Christel Delaval n'a jamais cessé de travailler. Son domaine ? La communication. Reconvertie dans le business à Saint-Domingue, la famille Schuller-Delaval a finalement été dénoncée par Antoine Schuller, le fils d'un premier lit de l'ancien élu. En pleine campagne présidentielle de 2002, le « retour des Schuller » a été le feuilleton inversé du « départ des Schuller », qui avait eu lieu en pleine campagne présidentielle de 1995.

Rentré en France, Didier Schuller s'est aussitôt replongé dans le chaudron de la politique, en se lançant à nouveau dans la course pour la mairie de Clichy. Christel Delaval, de son côté, s'est démenée pour trouver du travail dans le domaine de la « com ». Elle est donc logiquement tombée sur l'ancien « maître du monde » de la spécialité, comme il se surnommait lui-même, Jean-Marie Messier.

Messier a échappé à la prison contre le paiement d'une lourde amende

Christel Delaval a été présentée à Jean-Marie Messier par Laurent Obadia, un cadre de RSCG, conseil en communication de l'ancien patron de Vivendi, et ancien supporter de Didier Schuller à Clichy. « Obadia les a présentés pour voir s'ils pouvaient faire des affaires ensemble », raconte Schuller.
Chassé de Vivendi par son conseil d'administration, Messier, lui aussi, collectionne les ennuis judiciaires. Mis en examen, l'ancien PDG a échappé à la prison contre le paiement d'une lourde amende. Il a monté une affaire de conseils à New York et tente lui aussi de remonter la pente. « Christel et lui ont au moins deux points communs, résume un proche. Le premier c'est d'avoir été fauchés par les affaires , le second c'est cette rage de rebondir. »
C'est en rentrant d'un séjour de trois jours à New York, en novembre dernier, que Christel Delaval a annoncé à Didier Schuller ses sentiments pour l'ancien patron de Vivendi. Depuis ils ne se quittent plus.
Laurent Valdiguié et Julien Dumond, Le Parisien, dimanche 13 mars 2005, p. 11

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Still alive !
Portrait Jean-Marie messier, président de messier Partners

Depuis trois ans, l’ancien PDG de Vivendi Universal n’existe plus pour le « village » français. Mais sa société messier Partners commence à récolter des contrats. Rencontre avec un paria qui se dit apaisé.

« Cette somme devrait à peu près couvrir les trois premiers mois de frais généraux de votre nouvelle société. »
Lorsque Jean-Marie messier ouvre l’enveloppe que lui tend Herbert Allen, PDG d’Allen et Company, banque spécialisée dans les médias, l’ex-patron de Vivendi n’en croit pas ses yeux. Il était venu pour un simple conseil professionnel. Il ressort des bureaux de cette grande figure de la communication avec… un chèque pour créer sa société de conseil en fusions et acquisitions m Messier Partners.
« La mentalité de la deuxième chance existe dans ce pays, je l’ai vécue. »

Nouvelle vie

Ce mercredi 5 octobre (2005), Jean-Marie messier, 49 ans, nous reçoit dans ses bureaux new-yorkais, un grand appartement sans le moindre charme, mais situé – c’est Messier tout de même ! – au 15e étage de l’un des imposants gratte-ciel de la prestigieuse Rockefeller Plaza.
Il a repris du poids, mais la volonté de charmer reste la même, comme au temps de la splendeur passée. Une ombre passe sur son visage lorsque le photographe entre dans la pièce. « Ça n’était pas prévu, ça. » Puis il se radoucit, s’excuse presque. « Vous savez, cela fait très longtemps que je n’ai pas parlé à la presse. »
Très discret depuis le lancement fin 2003 de Messier Partners, celui qui reste un paria du business français rompt donc le mutisme médiatique dans lequel il s’était réfugié pendant sa traversée du désert.

Désormais ancré à New York, J2M ne s’est pas seulement refait une vie professionnelle. A la ville, il partage son existence depuis le début de l’année avec Christelle Delaval, l’ancienne compagne de Didier Schuller, héros du feuilleton politico-judiciaire Schuller-Maréchal.
Sa rupture avec son épouse Antoinette fait grincer les dents de ses amis à Paris et alimente les railleries de ses ennemis intimes. Apaisé, Jean-Marie messier « l’Américain » évoque avec simplicité sa nouvelle vie. Plus de trois ans après son éviction de la présidence de Vivendi Universal (VU), il dit avoir tourné la page. « Je ne suis pas un homme qui vit dans le passé. Ce qui m’intéresse, c’est ce qui se passe devant » , dit-il.
S’il passe une semaine par mois à Paris pour ses affaires, son pays natal n’est plus son port d’attache. « Lorsque je retourne à New York, j’ai le sentiment de rentrer dans un second home, où je me sens bien » , confie-t-il dans un franglais de plus en plus prononcé.

Sans rancœur, apparemment

Combatif mais « sans acrimonie », Messier plaide sa cause sans état d’âme. « Après plus de deux ans d’investigations judiciaires, les décisions de justice intervenues à ce jour ont reconnu que les comptes de VU étaient sincères et justes. Et que ses dirigeants étaient honnêtes. Au moins, ça, c’est un acquis. »
Il n’en dira pas plus. Impossible de soutirer à celui qui reste aux yeux des Français l’artisan d’une mémorable déconfiture le moindre commentaire sur la gestion de Jean-René Fourtou, son successeur à la tête de VU. Difficile de l’entraîner sur le terrain des règlements de comptes, des flèches assassines contre les ténors de la politique ou du business français. « Craquer une allumette juste pour savoir ce qui va se passer derrière serait tellement facile. »

Provocateur, juste un peu

S’il surjoue la modestie, l’ex-patron de VU, souvent raillé pour sa « médialomanie », n’a pas totalement renoncé au goût de la provocation. Invité à prendre la parole en mars dernier à la conférence Berryer, la réunion annuelle des jeunes avocats à Paris, il a pris un malin plaisir à entrer par le 36, quai des Orfèvres pour rejoindre le Palais de justice où se tenait la réunion.
Mais sur le terrain de la fanfaronnade, sa marque de fabrique des années Vivendi, il évite d’en rajouter. « Avec ce qui m’est arrivé il y a trois ans, j’ai découvert les vertus de la patience, qui ne constituaient pas jusqu’à présent le trait dominant de mon caractère » , confie-t-il.

Voici donc l’ex-associé-gérant de la banque Lazard, l’homme à la réputation de dealmaker hors pair, revenu sur son terrain de prédilection. Mais en bas de l’échelle. « Cela n’a pas été facile. Et puis un matin, je me suis réveillé avec l’envie de me donner un bon coup de pied au derrière, et depuis je le fais tous les jours » , dit-il.

Son vrai retour, il l’a effectué avec Gérard Philippot, PDG d’Unilog, qu’il a conseillé dans le cadre de l’OPA amicale du britannique Logica sur la société française de services informatiques. Avec cette opération à près de 1 milliard d’euros, J2M a redoré son blason. Mais pas question de se laisser griser par le succès : « Notre objectif n’est pas de rentrer dans les classements de fusions-acquisitions ou de grossir à tout prix, mais de faire de la haute couture financière. »

S’il est revenu à ses anciennes amours – la banque d’affaires –, c’est, selon ses dires, par choix et non par défaut. Il affirme avoir décliné trois propositions de présidence, dont deux dans les médias. Mais aucune en France. S’il ne regrette pas d’avoir monté son propre business, son retour aux affaires a été pour le moins pénible.
« Il fallait le voir, esseulé au milieu des VIP qui détournaient leurs regards à la sortie de l’enterrement de Jean-Luc Lagardère, en mars 2003 » , raconte un grand patron français. Rares sont encore aujourd’hui les PDG qui, comme Gérard Philippot, osent résister aux pressions d’un establishment qui le traite toujours en pestiféré : « Je l’ai rencontré il y a moins d’un an et je suis très content de l’avoir choisi comme conseil , raconte le patron d’Unilog. Messier est un remarquable professionnel et lui – à la différence de nombre de ses concurrents – s’occupe vraiment de ses clients. »

Quelques amis fidèles

Plutôt que de tenir la liste de ceux qui l’ont lâché, Messier préfère se souvenir des rares fidèles qui l’ont toujours soutenu, comme Patricia Barbizet, la « Madame Finance » de François Pinault, ou Valérie Bernis, directrice générale adjointe de Suez, et Barry Diller, PDG d’InterActivCorp.
Sans oublier Maurice Lévy, PDG de Publicis, « dont l’amitié n’est pas liée aux contrats ou aux changements de position » . Parmi ses anciens collaborateurs, il conserve de bonnes relations avec Agnès Touraine, une ancienne de Vivendi Publishing. Mais le contrôle judiciaire imposé par l’instruction des juges Pons et Cros ( lire colonne page 72 ) sur VU lui interdit toute rencontre avec Eric Licoys, ex-directeur général de VU, et Guillaume Hannezo, son ancien directeur financier.

Limité dans sa liberté de mouvement par la justice française, privé pour dix ans de tout siège d’administrateur par la SEC, l’autorité boursière américaine, et snobé par les ténors du business français, Jean-Marie Messier, qui cherchait un associé, ne présentait pas, fin 2003, le CV du partenaire idéal en affaires. Sauf pour la téméraire banquière Fatine Layt, qui n’a pas hésité à plonger. « Je l’ai rencontré par une connaissance commune. Depuis, nous travaillons en duo et cela fonctionne à merveille » , raconte Fatine Layt, l’autre partenaire de… Messier Partners.

Si le vent lui est plus favorable aujourd’hui, il n’oublie pas les vaches maigres des débuts. « Heureusement, certains se sont souvenus qu’il leur avait fait gagner beaucoup d’argent » , souligne Philippe Villin, concurrent direct de Messier Partners. Ce n’est pas un hasard si Jean-Marie Messier est hébergé par Lazard dans ses anciens bureaux new-yorkais. La banque d’affaires pour laquelle il a engrangé des centaines de millions d’euros de commissions le lui devait bien !

Carnet d’adresses « éclairci »

Mais le fidèle, le vrai, c’est Arnaud Lagardère, héritier du groupe Matra-Hachette fondé par son père. C’est Jean-Luc Lagardère qui a confié à Jean-Marie Messier son premier mandat, en 2004, avec la vente d’Argil, la banque d’affaires familiale. Arnaud n’a jamais oublié le rôle clé que Jean-Marie Messier a joué pour préserver le groupe familial de la faillite de La Cinq, chaîne de télévision qui faillit précipiter la chute de l’empire Lagardère.
Actionnaire à 15 % d’EADS, Lagardère a aussi plaidé la cause de Messier Partners auprès du groupe de défense pour que sa société de conseil soit retenue comme conseil lors de la cession de son activité de standards téléphoniques pour entreprises (PABX) au canadien Aastra.

Même si son carnet d’adresses s’est « éclairci » , J2M sait toujours tirer le meilleur parti de son entregent et de la complémentarité de ses réseaux français et américains. Lorsque Jo Rice, fondateur du géant américain des LBO Clayton, Dubilier et Rice (CD & R), lui a fait part de son intérêt pour Rexel, alors filiale de PPR, Messier lui offre de rencontrer son PDG, François-Henri Pinault.
Quelques semaines plus tard, Messier retrouve Jo Rice, avec l’héritier Pinault, dans les bureaux de CD & R situés Tour Seagram, au-dessus de l’ancien siège de… VU. « Vous voyez, je ne suis pas superstitieux ! » plaisante-t-il.

Messier a aussi dû mettre son mouchoir sur ses rancœurs pour décrocher certains mandats, comme celui de Schneider Electric, pour le rachat du canadien Power Measurement. Dans son livre, Mon vrai journal , il avait pourtant durement traité Henri Lachmann, PDG de Schneider, venu lui demander de démissionner de Vivendi Universal en juin 2002. Un épisode qui lui vaudra d’être qualifié par Messier de « petit messager » de Claude Bébéar, président du conseil de surveillance d’Axa et artisan, selon lui, de son éviction.

Après trois années cauchemardesques, Jean-Marie Messier reconnaît que les contrats entrent à nouveau – il aurait engrangé entre 1 et 2 millions d’euros sur la seule opération Unilog. Mais il reste discret sur sa situation financière.
Il avait expliqué en juin 2004 aux juges qu’il ne pouvait pas payer sa caution de 1,3 million d’euros. S’il est toujours en quasi-faillite personnelle, il mène néanmoins grand train dans l’une des villes les plus chères du monde.
Il loue un appartement dans le très chic quartier de l’Upper East Side, à quelques blocs de la maison (loyer mensuel au minimum de 10 000 dollars) occupée par Antoinette et trois de ses cinq enfants. Et son patrimoine parisien profite de la flambée de l’immobilier ( lire colonne page 68 ).

Même s’il n’est pas encore sorti de la nasse judiciaire, il a su profiter de ces trois années pour redresser la barre sur le plan professionnel. Une vraie question demeure : Jean-Marie Messier a-t-il vraiment changé comme il l’affirme ? La séduction est intacte. La sincérité toujours calée sur les sujétions de l’instant.

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18.10.06 | 05:59 Divorce chez Messier Partners

FINIE la lune de miel…
Jean-Marie Messier est en train de négocier le rachat des parts de Fatine Layt, sa co-actionnaire et associée minoritaire au sein de leur petite banque d’affaires Messier Partners.
J2M semble vouloir reprendre le plein contrôle de sa structure, qui aura, en 2005 et 2006, réalisé une petite quinzaine de deals internationaux, notamment la vente du groupe de services informatiques Unilog au britannique LogicaCMG et l’achat par PPR du cataloguiste américain Sportsman’s Guide.

J2M devrait annoncer cette semaine une réorganisation de sa boutique de fusions acquisitions, qui compte 16 professionnels répartis des deux côtés de l’Atlantique. Il nommerait comme nouveaux associés deux de ses collaborateurs : Eric Martineau Fortin à New York et Charles Charki à Paris.

Souvenez-vous : l’ex-PDG de la Générale des Eaux devenue sous sa houlette Vivendi Universal (Canal+, SFR, Maroc Télécom, Vivendi Games), a été déchu de ses fonctions en juillet 2002, alors qu’une indigestion d’acquisitions avait placé son groupe au bord du gouffre financier.

Pour rebondir, l’ancien empereur du multimédia, a - de New York - renoué fin 2002 avec le métier de conseil en fusions et acquisitions, qu’il avait pratiqué chez Lazard.

En septembre 2003, il s’associait à Paris avec Fatine Layt, qui possédait alors elle-même la petite structure Intermezzo, spécialisée dans le secteur des médias.

Née à Casablanca, cette jeune femme de 39 ans, passée par Sciences-Pô et des études d’analyse financière, a une carrière atypique de trader, manager puis financière. Elle a surtout été formée par une décennie passée aux côtés de Jean-Charles Naouri chez Euris.

Si la personnalité anti-conventionnelle de Fatine Layt ne fait pas l’unanimité parmi ses confrères parisiens, ses clients la décrivent comme une banquière "créative et tenace, au parler vrai".

Fatine Layt est bien déterminée à poursuivre, elle aussi, ce métier qui la passionne. Elle a permis à Messier Partners d’exister à Paris. Il lui a présenté quelques grands patrons, et conféré une certaine visibilité. Si ces deux caractères bien trempés arrivent à se séparer sans se déchirer, ils y auront sans doute gagné tous les deux. Sinon…
Dominique Nora, NOUVELOBS.COM | 18.10.06 | 05:59

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Juin 2007. Jean-René Fourtou, un train de vie de folie
Stock-options par millions, Falcon à disposition. le patron de Vivendi a pleinement su profiter de sa fonction.
Par NICOLAS CORI, Libération, QUOTIDIEN : vendredi 29 juin 2007, p. 4

Etre un riche patron, ce n’est pas si facile.
Les salariés moyens ne s’en rendent pas compte. Quand, pour passer un week-end en amoureux, ils «empruntent» la voiture de fonction de leur entreprise, personne n’en fait toute une histoire. Mais si les PDG du CAC 40 s’amusent à faire la même chose avec leur véhicule de fonction, ils se retrouvent avec la police aux fesses.
Une telle mésaventure arrive à Jean-René Fourtou, le président du conseil de surveillance de Vivendi. Début mai, un petit actionnaire a porté plainte pour abus de biens sociaux contre le patron de la multinationale. Représenté par Me Frédérik-Karel Canoy, il reproche à Fourtou d’avoir utilisé le jet du groupe pour partir en week-end. Ses preuves ? Une investigation de police menée dans le cadre d’une enquête préliminaire qui a - pour l’instant - été classée par le parquet.
Le travail de la brigade financière, que nous avons pu consulter, permet de se glisser dans le quotidien de la vie d’un grand patron et de s’imaginer parcourant la planète dans un Falcon en compagnie de people, et d’une hôtesse servant champagne et petits fours.

«Bénévolement».

Pour Fourtou, la vie dorée commence à 63 ans, à son arrivée à Vivendi, en juillet 2002. Ancien consultant chez Bossard, puis patron de Rhône-Poulenc et d’Aventis, il n’était pas vraiment dans le besoin. Mais à Vivendi on change de proportions. Appelé par son ami Claude Bébéar, le parrain du capitalisme français, pour redresser la barre d’un groupe plombé par les dérives financières de Jean-Marie Messier, l’ex-patron d’Aventis, qui est en semi-retraite, accepte le job.

Officiellement, il déclare qu’il le fera même bénévolement.
Mais pose en fait deux conditions : recevoir des stock-options à la pelle et pouvoir utiliser à sa guise le Falcon de la société. OK, dit Bébéar. Quelques mois plus tard, Fourtou reçoit ainsi un premier paquet d’un million de stocks, à un court très bas, en utilisant un plan de distribution mis en place par Messier. Les années suivantes, il continue à ce rythme - 1,5 million en 2003, 800 000 en 2004 -, expliquant lors des assemblées générales que c’est dans l’intérêt des actionnaires.

Pendant des mois, Fourtou va également partir à l’œil en week-end, notamment au Maroc où il dispose d’une résidence secondaire.
Le plan de vol des Falcon, qui appartiennent à la société Aéro Services, filiale de Vivendi, retrace tout : les horaires, les frais engagés et les passagers. Exemple : le vendredi 12 juillet 2002 à 17 heures, Fourtou, accompagné de sa femme, Janelly, députée européenne UDF, prend place dans un Falcon 900 à destination de Marrakech. Monsieur repart tout seul le dimanche 14. Prix total : 23 368 euros.
Le jeudi 1er mai 2003, monsieur et madame partent en Falcon 10 assister à Ostende, en Belgique, au trophée des Présidents, un tournoi de golf. Dans la foulée, ils font un saut le samedi à La Rochelle, et reviennent le lundi à Paris. Coût : 16 383 euros. Cette habitude va durer jusqu’en 2004.
Fourtou utilise le Falcon pour ses relations publiques au sens large. Il voyage avec Caroline Pigozzi, une «amie» journaliste à Paris Match, spécialisée dans les questions religieuses. Cette dernière lui permet de rencontrer Jean Paul II au Vatican. L’occasion d’un nouveau voyage en Falcon vers Rome, où sont conviés des journalistes vedettes (Catherine Nay, PPDA, Alain Genestar).

Ces avantages en nature n’empêchent pas Fourtou de se montrer de plus en plus gourmand en matière salariale, oubliant au passage sa promesse de ne pas toucher d’émoluments. En 2003, son salaire est de 2,2 millions d’euros. Il passe à 3,4 millions en 2004 grâce à l’augmentation de son bonus. Le patron de Vivendi profite alors de cette manne pour créer avec sa femme une fondation. La Fondation Janelly et Jean-René Fourtou, placée sous l’égide de l’Institut de France, a pour objet notamment d’aider des projets artistiques ou humanitaires à Marrakech ou en France.

Mais cet engagement ne lui fait pas oublier les affaires. La fondation achète pour 20 millions d’euros d’actions Vivendi en profitant d’une opération avantageuse lancée par le groupe.

En 2005, Fourtou décide de prendre du recul. Il quitte son poste de président du directoire pour celui de président du conseil de surveillance de Vivendi. Un choix qui n’a que des avantages. D’abord, cela lui permet d’exercer ses droits à la retraite chez Aventis : le groupe lui verse depuis une pension d’un million d’euros par an. Ensuite, il continue de toucher un salaire chez Vivendi : un million d’euros par an.
Surtout, en restant présent dans le groupe, il continue à pouvoir exercer ses stock-options. Grâce à la remontée de l’action, cela commence à devenir intéressant. De 8 euros au plus bas, le titre vaut aujourd’hui autour de 31 euros. Du coup, le 18 juin, Fourtou a exercé pour 2,4 millions de stock, sans toutefois vendre les actions. Sa plus-value potentielle est impressionnante : 37 millions d’euros. Une somme qui devrait lui permettre d’acheter plusieurs Falcon.

Car, concernant l’utilisation des avions, le laxisme a malheureusement pris fin pour Fourtou. Alerté par la police, qui avait commencé son enquête début 2004, le conseil d’administration de Vivendi a examiné les pratiques de son patron. Et lui a demandé de rembourser ses déplacements personnels. Fourtou a ainsi dû faire un chèque de 147 577 euros. Une somme jugée insuffisante par les policiers. Mais Vivendi a fait un distinguo subtil entre voyages purement personnels et voyages «mixtes», comprenant des aspects professionnels. Les policiers n’ont pas dû comprendre que quand on est patron d’un grand groupe on travaille même quand on se repose.
Par NICOLAS CORI, Libération, QUOTIDIEN : vendredi 29 juin 2007, p. 4

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