
Alain Lipietz en 8 dates
19 septembre 1947 :
Naissance à Charenton-le-Pont (Val-de-Marne).
Nom : Lipietz. Prénom : Alain. Fonction : probable ex-candidat des Verts. Intronisation-surprise et délégitimation express, à moins que la glorieuse incertitude de la démocratie écolo... Ce type stressé et séduisant, speed et comme raclé sur l'os, est-il un savant Cosinus hibernant dans la glace de la contre-culture des années 70 ou un Rocard de l'écologie? Est-ce un gaffeur polytechnicien pas formaté pour l'exercice ou un théoricien militant qui refuse de se prêter au show-biz de la présidentielle? Voyons voir.
Mourir. Lipietz a failli mourir deux fois.
Goût du risque. Lipietz va peut-être être renvoyé à ses travaux d'économiste prophète hors de son pays et à son laboratoire d'idées (32 heures, tiers secteur, etc.) qui ont beaucoup alimenté les cornues vertes. Il affirme qu'il ne regrette rien de cette incursion hors des limites où l'on aime à assigner les spécialistes. Tel Jean-Luc Benhamias, ex-secrétaire national des Verts, lançant: «Alain est un penseur remarquable et un type gentil mais c'est une erreur de casting.» Avec son appétit récurrent pour les métaphores scientifiques, Lipietz, lui, revendique ce droit «à être epsilon au-dessus de ses possibilités», à tenter le diable. Le quinqua au corps de marathonien, l'homme qui ne dort jamais pour vivre mille vies, aime la mise en danger. 1) En plein ciel. L'ancien champion de parachutisme jubile de «cet immense silence qui se fait, du bruit du vent qui passe entre les doigts, si bien décrit dans Mauvais Sang, le film de Léos Carax».
Réussir. Lipietz prétend que son admission à Polytechnique a réglé définitivement son besoin de reconnaissance. X comme solution à l'équation Elysée. Mouais... Son père est juif polonais d'origine. Pendant l'Occupation, il ne peut prétendre au bicorne. Devenu ingénieur des Mines, il n'estimera l'affront lavé que le jour où son aîné lèvera l'interdit. Lipietz: «Ce n'était pas: "Passe ton bac d'abord", c'était "Rentre à X et on verra." Le contrat rempli, j'étais libre. Je pouvais enfin avoir des ambitions collectives.» Alors pourquoi ce rayonnage réservé à ses œuvres complètes dans la bibliothèque de son pavillon de Villejuif? Pourquoi ce CV festonné de distinctions et de mérites? Pourquoi mettre l'accent sur la notice qui lui est consacrée dans le Dictionnaire des intellectuels français? Francine Comte, sa compagne: «Il n'a pas un ego hypertrophié. Il a le sens de sa valeur.» Bémol de Benhamias: «Sa surreprésentation du moi n'enlève rien à sa valeur.»
Intellectuel. Peut-être se revendiquer penseur est-il le meilleur moyen de s'exonérer de l'échec à venir? Car, ils sont rares les intellos à avoir forcé les faveurs des urnes. Ils font merveille en aiguillons des princes, en mauvaises consciences grandiloquentes, mais se ramassent régulièrement quand ils flirtent avec le suffrage universel. Sartre et Foucault se sont contentés d'agit-prop, BHL a vite retiré sa liste pour Sarajevo. Tous conscients qu'élection égale aliénation de leurs libertés chéries. Lipietz préfère qu'on l'apparente à Rocard qui, pourtant, le vira du PSU. Même effervescence de la pensée, même incapacité à se contenter d'ici et maintenant, même talent pour prendre ses soutiens à rebrousse-poil. Même goût pour le désastre?
Optimisme de la raison. Lipietz n'a pas reçu le tragique en héritage. Il est reconnaissant à ses parents de ne pas l'avoir tétanisé dans le culte de la douleur. Sa famille paternelle a disparu dans les camps, son père a réussi à échapper de justesse à la déportation, sa mère, catho et bourguignonne, s'est illustrée pendant la guerre. «Mais, se souvient Lipietz, elle parlait de sa Résistance comme si c'était la Grande Vadrouille et il racontait le Vel d'Hiv', genre: "Je les ai bien eus."» Le jeune Alain se tient à l'écart du judaïsme. Et c'est par le christianisme qu'il arrive à la révolution. Ado, le fils de mendésistes traverse une crise mystique, se passionne pour Teilhard de Chardin, manque prendre la bure des dominicains, puis se lance dans l'alphabétisation des migrants, et finit par donner des cours de marxisme. Maoïsme, Larzac, Lip, régionalisme, féminisme, etc. Il sera de toutes les riches heures des années 70. Il lui en reste, selon Dominique Voynet, «cette facilité à montrer qu'il s'intéresse aux gens doublée d'une abyssale certitude d'avoir raison».
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Lipietz débarqué par les Verts *
Alain Lipietz n'est plus le candidat des écologistes à la présidentielle. Les militants se sont finalement prononcés pour son retrait de la course à l'Elysée. De son côté, Noël Mamère réaffirme qu'il ne se présentera pas.
"Souhaitez-vous le maintien d'Alain Lipietz comme candidat des Verts à l'élection présidentielle ?". La question posée aux 8 772 adhérents du parti écologiste était simple. Pour 64,4 % d'entre eux, la réponse est "Non". Le taux de participation au scrutin interne, organisé par courrier, s'est monté à 71,1 %. Vendredi, Alain Lipietz, contesté depuis ses déclarations sur l'amnistie en Corse qui ont semé le trouble au sein du mouvement et de la majorité plurielle, avait affirmé qu'en cas de victoire du "Non", il laisserait la place à un nouveau candidat.
Qui peut désormais représenter les Verts dans la course à l'Elysée ? La direction du parti, qui ne souhaite pas la mise en place de nouvelles primaires avec plusieurs candidats ou de référendum, s'est d'ores et déjà prononcée en faveur de Noël Mamère.
Mamère : "ma décision de ne pas me présenter est irrévocable"
Mais un gros problème se pose : Noel Mamère, battu par Lipietz lors de la primaire de juin, a réaffirmé samedi, dans une interview au Monde, que sa décision de ne "pas (me) présenter" est "irrévocable". "Rien ne pourra me faire changer d'avis. Il y a une fracture entre la base et le sommet de ce parti" déclare-t-il en s'en prenant directement à Dominique Voynet, la secrétaire nationale de son parti. "La fausse neutralité de Dominique Voynet, qui n'a pas eu le courage politique d'assumer le partage des rôles entre elle et moi, a aussi joué", assure M. Mamère pour expliquer sa décision.
"Je ne peux être le candidat d'un parti balkanisé (...) Je ne crois pas pouvoir ressouder un mouvement qui ne le veut pas", poursuit-il en réaffirmant que "la logique" aurait voulu que Mme Voynet "reprenne le flambeau et porte les couleurs des Verts à la présidentielle". "Aujourd'hui sa légitimité est entamée", dit-il. M. Mamère dénonce "les alliances de circonstances qui ont précédé pour satisfaire des logiques de pouvoir sans véritable projet".
Quid de Voynet ?
11 janvier 2003 : La revanche, Mamère sur la touche, Lemaire au top ...
14 octobre 2001 : Coup de théâtre : Noël Mamère est candidat ...
13 octobre 2001 : Alain Lipietz est évincé, et Noël Mamère renonce
12 octobre 2001 :
Alain Lipietz, 54 ans. Le candidat vert à la présidentielle pourrait être évincé ce week-end par le vote des militants.
1966 :
Entre deuxième à l'Ecole polytechnique.
1968-1971 :
Membre du PSU.
1988 : Entrée chez les Verts.
1996 :
«La Société en sablier» (La Découverte).
Juin 1999 :
Député européen vert.
20 juin 2001 :
Désignation comme candidat vert à la présidentielle.
12-13 octobre 2001 :
Référendum auprès des militants sur le maintien de sa candidature.
Lipietz a failli mourir deux fois. 1) Lors du tremblement de terre de Mexico. Souvenir évoqué pour faire pendant aux attentats du World Trade Center. Démarche qui lui a valu une nouvelle volée de bois vert quant à son gaucho tiers-mondisme impénitent et à son nombrilisme élitiste. 2) En se baignant. Un courant l'entraînait. Il tentait de résister de toute la force de ses biceps nerveux. Il ne s'en est sorti que quand il a cessé de lutter, accompagnant le flux au lieu de vouloir s'opposer au cours des choses. Analyse très a posteriori: «Il faut éviter de nager perpendiculairement au courant. C'est dans l'Odyssée, mais je n'avais pas lu Homère à l'époque.» Un peu, beaucoup, du personnage barbote-là: conviction que tout peut être rationalisé et certitude qu'avoir lu tous les livres vous évite bien des désagréments. Le dézinguage de sa candidature à la présidentielle démontre exactement le contraire. Que politique ne rime pas avec scientifique. Et qu'être à tu et à toi avec Shakespeare, Racine, Euripide, sans oublier Mallarmé, ne vous protège en rien contre les croche-pieds de la destinée, surtout quand ce sont vos amis qui tirent le tapis de la fatalité.
2) En haut des pistes. Le montagnard d'adoption épure ses sensations devant une pente exagérée. Comme si le défi à venir lui transfusait densité, énergie, sérénité. En regard de cet éclair d'intensité, que pèse le risque de chute?
Drôle d'autocritique. Sûr de lui, Lipietz ne répugne pas à se livrer à une autocritique paradoxale. Très prof embobineur de nymphettes subjuguées, cet admirateur de Katharine Hepburn parle dans sa pipe, son regard bleu s'absente parfois pour planer dans des sphères inhabitées, et son brio apoplectique peut finir par vitrifier son monde. Mais Lipietz sait retourner comme peau de lapin les qualités et défauts qu'on lui prête. Inébranlable? «Non. Pour un chercheur, l'erreur est un facteur de progrès», dit celui qui a scruté à la loupe son dérapage sur la Corse. Colérique? Voynet: «Je pensais que ses nerfs toujours en surchauffe venaient de sa suractivité. C'est plus profond que ça.» Sa compagne: «On s'engueule souvent. Mais, il n'est pas rancunier.» Lipietz: «La colère est un mode de régulation comme un autre.» Arrogant? Gérard Paquet, ex-responsable du festival de Châteauvallon, lui aurait dit: «Il y a tension entre ta générosité et le fait que tu ne supportes pas les connards. Tu ne peux t'en tirer qu'en les faisant bénéficier de ta générosité. Mais ne te force pas. Fais-le par jeu.» Sinon, l'homme au panama adore la caricature de Charlie-Hebdo qui dit: «Lipietz fait son autocritique: "J'ai raison."».
* Libération, Par LUC LE VAILLANT, Le 12/10/2001, p. 40.
A six mois du premier tour, les Verts n'ont donc plus de candidat. Si la logique était respectée, cette tâche devrait revenir à Dominique Voynet. Mais la secrétaire nationale, représentante du parti en 1995, a toujours affirmé qu'elle ne repartirait pas pour une seconde campagne. Va-t-elle devoir néanmoins se lancer ? En attendant, les Verts sont dans une impasse.
* Par F.A., Tf1, Mis en ligne le 13 octobre 2001