Laurent Davenas est nommé avocat général à la Cour de cassation *

Jacques Chirac a signé, jeudi 5 avril 2001, le décret de nomination comme avocat général à la Cour de cassation de Laurent Davenas, ancien procureur de la République d'Evry. Cette décision vient mettre fin à plus de cinq ans de climat délétère au parquet d'Evry, marqués par la défiance entre M. Davenas et son adjoint.
JACQUES CHIRAC a finalement signé : Laurent Davenas, le procureur de la République d'Evry (Essonne) a été nommé avocat général à la Cour de cassation par décret du président de la République, jeudi 5 avril. En dépit de l'avis favorable du Conseil supérieur de la magistrature, sa nomination était gelée depuis trois mois par l'Elysée qui souhaitait avoir "plus de visibilité"dans les nominations de plusieurs hauts magistrats (Le Monde du 18 janvier 2001).

Il y a déjà plusieurs années que Laurent Davenas souhaitait partir. Magistrat atypique, cet homme de cinquante-sept ans, lui-même fils de magistrat, a fait toute sa carrière au parquet, et pas toujours dans la discrétion. Il débute en 1971 à Mulhouse en mettant sur le bureau de son procureur un nerf de bœuf saisi chez un gardien de la prison, ce qui n'était pas dans les usages. Après un détour à Versailles, il est promu en 1978 au parquet de Paris où il devient bientôt le chef de la huitième section, chargée des crimes et délits flagrants. On le voit partout : Laurent Davenas, par principe, va sur le terrain, et par goût, parle aux journalistes, sa courte silhouette et sa moustache rousse deviennent vite familières. Trop, peut-être, et il est nommé en 1987 substitut général à la cour d'appel, dans un placard qui donne sur les toits de l'île de la Cité. Il y purge trois ans.

En 1990, il est nommé à la tête du parquet d'Evry. Son image, jusque-là plutôt de gauche, sort passablement brouillée de cette dernière affectation. Le magistrat s'engage avec ardeur dans la justice de proximité, développe les relations avec les autres partenaires institutionnels et rêve de redonner un peu de lustre à sa fonction. Comme la juridiction est pauvre, il se fait affecter une voiture avec chauffeur par l'ancien président du conseil général, Xavier Dugoin, un baron du RPR avec qui il entretient les meilleurs rapports. La situation devient un peu tendue lorsque la chambre régionale des comptes accumule les rapports alarmants sur la gestion de l'Essonne, et que le département bruisse de rumeurs de corruption.

AFFAIRE DE L'HÉLICOPTÈRE
Laurent Davenas finit par engager des poursuites, sous l'œil attentif du procureur général de Paris, Alexandre Benmakhlouf, ancien collaborateur de Jacques Chirac à la Mairie de Paris. M. Davenas, prudemment, adopte une méthode inhabituelle : il confie les enquêtes préliminaires à la police, et si le dossier est convaincant, défère les suspects devant le tribunal en citation directe, économisant ainsi l'étape de l'instruction. Afin de ne pas encombrer la justice, explique le procureur. Pour garder la haute main sur les enquêtes délicates, assurent ses détracteurs. La tension culmine avec l'affaire de l'hélicoptère. Saisi du fameux rapport de Xavière Tiberi sur la francophonie, Laurent Davenas ordonne ainsi une enquête préliminaire et part en vacances dans l'Himalaya avec quelques amis.

Mais son procureur adjoint, Hubert Dujardin, avec qui il a des relations exécrables, profite de son absence pour ouvrir en novembre 1996 une information judiciaire et la confier à un juge d'instruction. Panique à la chancellerie : Jacques Toubon, alors ministre (RPR) de la justice, envoie un hélicoptère vers les hauts sommets pour demander au procureur de retenir son adjoint. En vain. L'issue judiciaire est sans gloire : la cour d'appel de Paris a fini le 15 janvier 2001 par annuler, pour la troisième fois, les poursuites contre Xavière Tiberi pour des problèmes de procédure, avec des attendus sévères pour le procureur de l'Essonne.

Afin de vider l'abcès au parquet d'Evry, la chancellerie avait décidé de muter le procureur et son adjoint : après quelques tergiversations, Hubert Dujardin a finalement refusé sa promotion à la cour d'appel de Versailles. Laurent Davenas a dû, lui, avaler, une ultime couleuvre : son successeur, Jean-Michel Durand, procureur de Grasse, a été nommé à Evry une semaine avant qu'il n'en soit officiellement parti.
* Franck Johannès, LE MONDE | 09.04.01 | 12h54

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