29 août 2001 : Une procédure parlementaire engagée au Pérou contre Alberto Fujimori

L'ancien président péruvien, Alberto Fujimori, pourrait prochainement être l'objet d'une instruction judiciaire pour "crime contre l'humanité", formulée par le congrès péruvien. Les élus lui reprochent son implication directe dans la mort de 24 personnes à l'époque de la lutte contre le Sentier lumineux.

Le congrès péruvien a voté, lundi 27 août, une procédure permettant l'ouverture d'une instruction judiciaire pour crimes contre l'humanité à l'encontre de l'ex-président Alberto Fujimori en raison de sa présumée responsabilité dans deux massacres commis en 1991 et 1992. Par 75 voix pour, aucune contre et aucune abstention, le Congrès, chambre unique de 120 membres, a adopté une "accusation constitutionnelle" à l'encontre de l'ex-chef de l'Etat pour "assassinats, homicides et enlèvements" rendant désormais possible l'ouverture d'une instruction.

L'accusation contre l'ex-président Fujimori, aujourd'hui réfugié au Japon, pays de ses parents, dont il a la nationalité, a été présentée par une commission d'enquête parlementaire. Daniel Estrada, rapporteur de la commission, a souligné que cette "accusation constitutionnelle" avait pour objectif d'obtenir l'inculpation judiciaire pour crimes contre l'humanité de l'ex-président péruvien, soupçonné d'être responsable de deux massacres perpétrés au plus fort de la lutte contre la "guerre populaire prolongée" du Sentier lumineux (SL, maoïste) qui a fait 25 000 morts entre 1980 et 1992.

Le 3 novembre 1991, un commando paramilitaire qui pensait surprendre une réunion terroriste avait fait irruption dans une maison de Barrios Altos, un quartier populaire de Lima, et ouvert le feu sur les participants d'une fête privée, tuant quinze personnes. Le 18 juillet 1992, un autre commando avait enlevé neuf étudiants et un professeur de l'université de la Cantuta, proche de Lima, soupçonnés de constituer une cellule du SL. Ils avaient été exécutés d'une balle dans la tête.

Par cette voie, les élus espèrent obtenir des autorités nippones qu'elles consentent à l'extradition de l'ex-président péruvien. Le gouvernement japonais a cependant affirmé à plusieurs reprises qu'il n'extradait pas ses ressortissants.

PRESSIONS SUR TOKYO
Mais le gouvernement péruvien espère que cette accusation incitera la communauté internationale à faire pression sur Tokyo afin d'obtenir la comparution de l'ex-président devant un tribunal. L'accusation constitutionnelle désormais adoptée, la procédure visant à obtenir l'inculpation de l'ex-chef de l'Etat pour crimes contre l'humanité est automatiquement enclenchée.

Le président du collège des avocats de Lima, Martin Belaude, a estimé que la Constitution faisait obligation au procureur d'ouvrir automatiquement une procédure, même s'il appartiendra en dernier ressort à la justice de qualifier l'éventuel chef d'inculpation et, le cas échéant, de poursuivre l'accusé.

Sur son site Internet, l'ex-président Fujimori a qualifié sa mise en accusation constitutionnelle de "machination sans queue ni tête".
Avec AFP, Le Monde, 29 août 2001, p.3

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