Jacques Crozemarie

24 décembre 2006 : décès d'un escroc humanitaire
28 octobre 2002 : Je suis innocent, parce que je n'ai rien fait de répréhensible ... Je ne comprends pas pourquoi j'ai été condamné.
le "professeur" se fache avec tout le monde

11 octobre 2002 : Crozemarie libéré n'a pas payé sa dette, l'Arc n'a récupéré que 3% des sommes détournées

affaire Crozemarie. Les faits.
Le 19 octobre 1999 M. Jacques Crozemarie, fondateur et ancien président de l'ARC (association pour la recherche sur le cancer), membre du Grand Orient de France, est condamné à quatre ans d'emprisonnement et 1,5 million de francs d'amende pour "abus de confiance" et "recel d'abus de biens sociaux", au préjudice des généreux donateurs ... Plus de 100 millions de francs de dommages et intérêts devraient être versés à l'ARC.
Le 31 janvier 2000 il est condamné à dix-huit mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Toulon pour une fraude fiscale de plus de 2,5 millions de francs.
Le 30 juin 2000 la Cour d'Appel de Paris le condamne à 4 ans de prison ferme et 2,5 millions d'amende. Il est incarcéré à la prison de la Santé à l'étage des VIP (very important persons). Il se pourvoit en cassation. Rejet. Il est libéré le 11 octobre 2002.

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Crozemarie libéré vendredi (11 octobre 2002)

Après quatre années passées derrière les barreaux pour abus de confiance et recel d’abus de biens sociaux, le fondateur de l'Association pour la recherche sur le cancer sortira vendredi de la prison de la Santé.

Le fondateur et ancien président de l'Association pour la recherche sur le cancer (ARC), Jacques Crozemarie, s'apprête à sortir de prison après avoir purgé une peine de 4 ans d'emprisonnement. L'ancien patron de l'ARC est actuellement écroué au sein du quartier VIP de la Santé, où est également détenu l'ancien directeur des Affaires générales du groupe Elf, Alfred Sirven, et où était détenu, jusqu'au 18 septembre, Maurice Papon. Il devrait retrouver la liberté vendredi. Une sortie qu’il espère pouvoir faire en toute discrétion : "Jacques Crozemarie aura soldé ses comptes avec la justice et souhaite retrouver un peu de sérénité", a indiqué son avocat, Me Olivier Metzner.

Jacques Crozemarie, 76 ans, avait été condamné le 30 juin 2000, par la cour d'appel de Paris, à 4 ans d'emprisonnement pour abus de confiance et recel d'abus de biens sociaux. Il avait notamment été reconnu coupable d'avoir détourné une partie des fonds versés en faveur de la recherche contre le cancer. Déjà placé en détention provisoire durant six mois pendant l'instruction, en 1996, il était de nouveau écroué depuis le 30 juin 2000, après son interpellation, dans sa villa de Bandol, quelques heures après sa condamnation. Il y a plusieurs mois, une demande de remise en liberté conditionnelle lui avait été refusée.

Retour sur le scandale de l’ARC

L'affaire avait débuté en 1991 par un rapport confidentiel de l'inspection générale des affaires sociales dénonçant les énormes dépenses de l'ARC qui consacrait 72% des sommes versées par les 3,5 millions de donateurs à son fonctionnement et sa publicité et seulement 28% à la recherche. En 1996, un juge d'instruction était désigné et rapidement, Jacques Crozemarie, qui maintenait que 45% des ressources de l'association avaient été affectées à la recherche en 1993, était contraint à la démission de la présidence de l'ARC.

Des dirigeants du groupe International Developpement (ID), principal sous-traitant de l'ARC, chargé de la communication, notamment Michel Simon, étaient aussi mis en cause. En juin 1999, devant le tribunal correctionnel de Paris, le procureur devait requérir le maximum de la peine encourue, cinq ans de prison assortis d'un mandat de dépôt à l'audience, contre MM. Crozemarie et Simon. Jacques Crozemarie était condamné à quatre ans de prison, Michel Simon à trois ans avec une amende de 230.000 euros. Des peines qui se trouvaient aggravées en appel, le montant des amendes passant à 380.000 euros, avec une demande d’incarcération immédiate pour l’ex-président de l’ARC. "Il convient de prévenir tout risque de fuite à l'étranger où des sommes considérables restent manifestement disponibles", justifiait alors la cour, soulignant également "le comportement honteux" de l'ancien président de l'ARC qui avait "usé de toutes les voies, y compris celle d'une médecine de complaisance, pour échapper à la sanction".
tf1.fr, news, Mis en ligne le 10 octobre 2002

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Crozemarie n'a pas payé sa dette envers l'ARC

JACQUES CROZEMARIE, 76 ans, a quitté la prison de la Santé hier matin à bord d'un taxi venu de Bretagne. La 405 immatriculée dans le Finistère est entrée dans la cour de la prison avant de ressortir avec son passager, couché sur la banquette arrière, se cachant la tête derrière une enveloppe kraft. Aucun de ses avocats n'a fait le déplacement, et le taxi l'a conduit dans la région de Saint-Malo, où l'attend son demi-frère, Robert, sa seule famille.
« Jacques Crozemarie quitte la prison dans un état de santé pas brillant », confie Me Jean-Marc Varaut, par ailleurs avocat de Maurice Papon. « Il a entièrement purgé sa peine et a bénéficié du jeu normal des remises de peine, souligne Me Varaut, qui, contrairement à ce qu'il avait fait avec Maurice Papon, n'a pas souhaité mettre en avant les problèmes de santé de son client pour anticiper sa libération. « Cela n'aurait rien changé, confie-t-il, puisque nous savions qu'il allait sortir. »

Un demi-frère modeste et très dévoué
« Nous avons toujours du mal à nous remettre du scandale », reconnaît Michel Lucas, l'actuel patron de l'Association pour la recherche sur le cancer (ARC). « Jacques Crozemarie a payé sa dette envers la société en effectuant sa peine, mais il lui reste maintenant à régler sa dette avec l'ARC. Comme ses complices, Crozemarie n'a pas encore versé un sou des 300 millions de francs (45,7 millions d'euros) de dommages et intérêt », regrette Michel Lucas.
Six ans après le « scandale », les donateurs boudent encore la recherche contre le cancer. « Avec 61 millions de francs (9,3 millions d'euros) collectés l'an passé, nous restons toujours dans des basses eaux de collecte, reconnaît le président de l'ARC. Cela dit, nous collectons moins, mais maintenant nous donnons mieux et plus ; 73 % des sommes vont désormais à la recherche, alors que sous la gestion Crozemarie 23 % seulement des dons, selon les calculs de la Cour des comptes, allaient effectivement à la recherche. » Autre sujet de fierté, pour le nouveau président, les 3 000 bourses aidées par l'association. « Depuis que je suis là, je n'ai jamais pris une décision seul, ajoute Michel Lucas, tout passe désormais au crible d'un conseil collégial. » Une façon de dire que la page Crozemarie est tournée.

Comment va se dérouler la nouvelle vie du « professeur » ?
Selon son avocat, « la seule famille qui lui reste c'est son demi-frère, Robert, quelqu'un de modeste et de très dévoué ». Cet ancien chauffeur routier, très présent au moment du procès, a donc accepté d'héberger son parent avec lequel, avant « l'affaire », il n'avait aucun contact. « Crozemarie a aussi gardé un pied-à-terre dans le Sud où il espère pouvoir se reposer », croit aussi savoir son avocat.
Sa luxueuse villa de Bandol, avec piscine chauffée, financée en partie grâce à l'argent détourné via un réseau complexe de fausses factures, a été saisie et mise en vente par l'ARC. Deux appartements parisiens, le mobilier, le bateau et le compte suisse de Crozemarie ont également été saisis. Reste sa pension du CNRS. Sera-t-il tenté, comme il l'avait laissé entendre au moment de l'instruction, d'écrire ses mémoires, lui qui n'a jamais rien voulu reconnaître ?
Laurent Valdiguié, Le Parisien , samedi 12 octobre 2002, page 14

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Le Professeur s'est fâché avec tout le monde

LE TAXI qui est venu le chercher à la maison d'arrêt de la Santé, le 11 octobre (2002) dernier, a déposé Jacques Crozemarie à Audierne, un petit village de pêcheurs de Bretagne, près de Douarnenez, où l'attendaient Claude Legall et sa femme, un ancien médecin anesthésiste, autrefois en poste à Villejuif (Val-de-Marne). « On se connaît depuis cinquante ans », raconte le médecin. Treize jours plus tard, les époux Legall assurent qu'ils « n'en peuvent plus ».

« La vie avec lui est vite devenue un enfer »

« Il n'était pas question que nous l'hébergions, puisque je lui avais trouvé un studio à louer avec vue sur la mer. Mais il est à peine allé le voir et m'a dit que 182 € (1 200 F) la semaine, c'était trop cher pour lui. Alors, il s'est incrusté chez nous, raconte Claude Legall. Tout lui est dû, il est épouvantable, il traitait ma femme comme sa bonne, il fallait être à ses petits soins. La vie avec lui est vite devenue un enfer. »
Mardi dernier, après une première crise, Crozemarie s'en va. Claude Legall le retrouve dans une auto-école en train de « bouder ». Le soir, il refuse de manger. Mercredi, Crozemarie fait irruption dans un magasin de vêtements et appelle les gendarmes, insultant copieusement son ami qu'il accuse injustement de l'avoir volé. Les militaires décident d'installer l'ancien président de l'ARC à l'hôtel. « Il est parti sans nous dire un mot, sans un remerciement. On lui a prêté un peu d'argent, on l'a nourri, logé, lavé ses affaires... », s'indigne Claude Legall.
Jacques Crozemarie passe une nuit à l'hôtel. Jeudi matin, il se rend à la poste et retire de l'argent. « Il a dit à l'hôtel qu'il voulait acheter une valise et une ceinture et se rendre à Quimper. Il a appelé un taxi », ajoute le docteur Legall. Où est-il allé ? Fâché avec son « demi-frère », Robert, de Saint-Malo, Jacques Crozemarie devait se rendre en train chez une femme du Lot, Caroline C., avec laquelle il a correspondu en prison. « Je suis prête à l'accueillir », dit-elle sans l'avoir jamais vu. C'est la toute dernière personne sur qui l'ancien « professeur » peut compter.
L.V., Le Parisien, lundi 28 octobre 2002, page 15

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Jacques Crozemarie veut être réhabilité
Sorti de prison le 11 octobre après trente-trois mois passés en détention, l'ancien président de l'ARC, 76 ans, nie toujours avoir détourné des millions d'euros de dons destinés à la recherche contre le cancer.

JACQUES CROZEMARIE nie toujours les détournements de fonds et autres malversations commis au préjudice de la recherche sur le cancer qui lui ont valu une condamnation à quatre ans de prison ferme. Malgré l'enquête judiciaire, malgré deux procès en correctionnelle et en appel, malgré ses trente-trois mois passés en prison. Malgré la vertigineuse chute des dons pour le cancer provoquée par « le plus grand scandale de cette fin de siècle », avait dit le procureur Paule Arrault lors du procès. Retrouvé mercredi dernier dans une petite ville balnéaire de Bretagne où il s'est installé à sa sortie de prison, le 11 octobre, l'ancien président-fondateur de l'Association pour la recherche sur le cancer (ARC), 76 ans, à peine amaigri, ne lâche rien.
« Je n'ai jamais compris et je ne comprendrai jamais pourquoi j'ai été condamné », affirme-t-il avec ce sourire qui lui permettait autrefois de convaincre des millions de personnes de lui verser leur obole. Mais les 45 millions d'euros (295 millions de francs) de surfacturations ? Sa piscine de Bandol, plusieurs fois refaite avec l'argent des fournisseurs ? Le compte en Suisse à son nom, si longtemps caché... « Je ne m'en suis pas servi », assure-t-il avec une pointe d'agacement.

Rien n'a entamé le personnage

Avec lui, la colère n'est jamais loin. Les deux Crozemarie sont toujours là. Le premier, le charmeur, a vieilli. Sa vue baisse, sa poignée de main s'est un peu ramollie, mais sa voix ronde reste intacte. Le second, longtemps ignoré du public mais devant lequel ministres et grands médecins tremblaient, n'a pas pris une ride. C'est le Crozemarie des colères et des répliques glaciales.
Le regard tourné vers l'océan, depuis son hôtel en bord de plage, le faux médecin se pose en victime. Il attend « des preuves », ne « supporte pas de finir condamné », exige de son avocat « la saisie de la comptabilité de l'ARC » et demande la réouverture de son procès. Celui qui se faisait appeler professeur, qui se montrait en blouse blanche à la télévision, mais qui n'a jamais appris la médecine, n'a pas changé d'un pouce. Ni la prison, ni les mois d'instruction, ni les quolibets, les crachats qu'il a reçus en détention et qu'il a complètement effacés de sa mémoire, n'ont entamé le personnage.
Pour preuve, dix jours après sa libération, un couple d'Audierne (Finistère) qui avait accepté de l'héberger a craqué. Après une violente dispute avec son hôte, le docteur Legall, à bout de nerfs, l'ancien prisonnier est entré mercredi dernier dans une boutique de la ville en criant « au voleur ! » et en exigeant du commerçant, pâle et la voix blanche, qu'il « appelle les gendarmes ». Un quart d'heure plus tard, c'est l'autre Crozemarie qui reçoit les forces de l'ordre. Il est calme, son visage a retrouvé quelques couleurs et il explique vouloir se rendre à l'hôtel. C'est donc entre deux gendarmes que l'ancien président de l'ARC a finalement été installé à l'hôtel, en bord de plage. Satisfait, il a pu y déballer ses maigres affaires, enfermées dans un unique carton. Sans un mot de remerciement pour le docteur et sa femme. Ils étaient ses derniers amis.
Laurent Valdiguié, Le Parisien, lundi 28 octobre 2002, page 14 et 15

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Quatre ans de prison pour avoir pillé l'ARC

JACQUES CROZEMARIE a purgé sa peine de quatre ans de prison après avoir passé trente-trois mois en détention et bénéficié du jeu normal des remises de peine. Le 30 juin 2000, la cour d'appel de Paris l'avait condamné pour les faits suivants :
- avoir « bénéficié de travaux dans ses résidences de Rians, de Bandol et dans l'appartement de fonction de Villejuif soit un total de 10 075 896 F (1 536 060 €) » ;
- avoir bénéficié de « nombreux déplacements en avion » pour un montant de 234 798 F (35 795 €), avoir « reçu des fonds en espèces », « fait supporter la rémunération de son employé de maison, pour 10 000 F (1 525 €) mensuels en espèces, ainsi que les dépenses de fonctionnement de sa villa de Bandol » et bénéficié « du rachat de sa maison de Rians pour 4,6 millions de francs (700 000 €) » ;
- avoir fait prendre en charge les salaires de ses autres employés de maison, soit « une somme minimale de 677 000 F (103 208 €) » et l'achat d'un véhicule Clio ;
- s'être fait régler des honoraires injustifiés de 5 930 et 37 000 F (904 et 5 640 €) de la Sotafi puis de 2,1 millions de francs (320 000 €) de Lynx Partners (NDLR : des sociétés en affaire avec l'ARC directement ou indirectement).
- avoir « fait supporter à l'ARC des prestations fictives ou manifestement surfacturées par International Developpement, Publicadvise et SQ2, sociétés dont par ailleurs il recevait des avantages en nature importants ».
Le Parisien , lundi 28 octobre 2002, page 14

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« Je ne comprends pas pourquoi j'ai été condamné »

Comment s'est déroulé votre séjour en prison ?
Jacques Crozemarie. Plutôt très bien. J'avais une cellule très correcte dans le quartier des VIP de la Santé. J'avais des livres, la télévision, heureusement ! Je ne pensais pas qu'il était possible de la regarder autant !

Avez-vous eu des contacts avec les autres détenus ?
Non, très peu, mais je n'ai pas beaucoup cherché à en avoir. Même si je n'ai jamais subi de réaction hostile, je n'ai fréquenté personne. A part le « père Papon », qui avait la cellule voisine de la mienne. C'est un très brave homme. J'étais plus ou moins au courant de ce qu'on lui reproche, mais je ne suis pas juge.

Quels étaient vos sujets de conversation avec Maurice Papon ?
On discutait un peu de tout, surtout de l'actualité que l'on suivait à la télévision avec cette impression d'être un peu hors circuit. Nous avons eu tous les deux, le soir du premier tour de la présidentielle, un mouvement de recul quand le Front national est arrivé en tête.

« J'attends toujours les preuves contre moi »

Au procès, vous avez toujours nié. Comment voyez-vous les choses aujourd'hui ?
Je n'ai pas digéré ! J'ai payé pour rien ! J'attends toujours les preuves contre moi. Et puis, j'ai fait la triste expérience des avocats. Jean-Marc Varaut, par exemple, n'est jamais venu me voir en prison. Une fois je l'ai croisé, il venait pour un autre détenu (NDLR : Me Varaut est également l'avocat de Maurice Papon). Me Metzner, c'est différent : lui, il venait.

L'enquête judiciaire et les deux procès qui ont eu lieu ont démontré l'existence d'une escroquerie au préjudice de l'ARC...
Mais qu'on me donne des preuves ! Je veux qu'on refasse mon procès. Je vais d'ailleurs demander à Me Metzner la saisie de la comptabilité de l'ARC.

Justement, l'enquête judiciaire a montré des surfacturations dans les rapports entre l'ARC et son principal fournisseur...
Demandez-le au directeur du groupe International Développement, Michel Simon. Je ne l'ai jamais revu. Moi, je ne m'occupais pas de cela. J'avais beaucoup à faire avec les problèmes techniques, des questions de microscopes, de tissus cellulaires. Je m'occupais des appareils. J'ai une formation technique. D'ailleurs, j'ai le titre de directeur de laboratoire titulaire du CNRS.

« Il ne me reste qu'un carton d'affaires que j'ai emmené à la Santé, c'est tout »

La justice a découvert aussi votre compte suisse...
Oh, il n'y avait pas grand-chose dessus. Et puis, il ne m'a jamais servi.

Vous avez été condamné à verser des dommages et intérêts à l'ARC. Que vous reste-t-il aujourd'hui ?
L'ARC m'a tout pris. J'avais pris la précaution de vendre ma maison de Bandol. Mais ils m'ont pris mon appartement de Paris, tous les meubles. Aujourd'hui, il ne me reste qu'un carton d'affaires que j'ai emmené à la Santé, c'est tout. Quand je suis entré en prison, j'en avais pris le moins possible parce que je ne pensais pas y rester si longtemps. Il me reste quand même un chèque du Trésor public, que j'ai eu en sortant de prison, et ma retraite du CNRS.

Lors de vos procès, vous étiez avec votre demi-frère, Robert. Il est votre seule famille ?
Parlons de lui ! D'abord, ce n'est pas un vrai demi-frère. Après le procès, j'avais dit à Robert de mettre de côté ma voiture, une Safrane, et comme j'en avais pour un bout de temps, je lui ai proposé de la mettre à son nom. Il est venu me voir deux fois seulement en prison et, depuis, je n'ai plus de nouvelles.

Quels sont vos projets aujourd'hui ?
Je vais aller dans le Midi. Une jeune personne, qui m'a écrit en prison presque tous les jours, m'a proposé de m'aider et de me trouver une pension. L'année dernière, quand il a été question de ma libération conditionnelle, je devais aller chez elle. Les gendarmes étaient allés la voir. Tout le monde était d'accord, mais cela ne s'est pas fait. Remarquez, j'aime autant être libéré définitivement et être tranquille.

« J'étais proche de nombreux hommes politiques »

Quand vous étiez président de l'ARC, vous connaissiez beaucoup de monde. Avez-vous le sentiment d'avoir été lâché ?
Oui, j'étais proche de nombreux hommes politiques, même si je n'ai jamais eu envie de faire de la politique. J'étais bien avec le maire de Villejuif, qui était communiste, même si je ne suis pas communiste. J'étais bien aussi avec des RPR, des socialistes. Mais je n'avais pas beaucoup de temps pour tout ça, je travaillais comme un fou à l'ARC.

Comment expliquez-vous alors votre affaire ?
J'avais de très bonnes relations avec les six ou sept ministres de la Santé successifs que j'ai connus. De Bernard Kouchner à Simone Veil, qui me convoquaient souvent. Mais je suis tombé sur Michel Lucas, du ministère de la Santé, de l'Igas plus exactement, qui m'a pris pour cible (NDLR : Michel Lucas a dirigé les enquêtes de l'Inspection générale des affaires sociales qui ont provoqué la chute du système Crozemarie. Il est aujourd'hui président de l'ARC). J'aurais pu demander dix fois son départ, mais je ne l'ai pas fait.

La justice vous reproche d'avoir perçu une série d'avantages indus...
C'est ce qui m'a fait le plus mal. Je ne suis pas un voleur. Je n'ai jamais compris pourquoi j'ai été condamné et je ne le comprendrai jamais. Je ne veux pas finir ma vie condamné. Ça me révolte.
Propos recueillis par L.V., Le Parisien , lundi 28 octobre 2002, page 15

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L'ARC n'a récupéré que 3 % de l'argent détourné

AUX COTES de Jacques Crozemarie, cinq personnes ont été condamnées par la cour d'appel de Paris à dédommager l'ARC, victime de détournements de fonds pour un total de 49 240 000 € (323 millions de francs). L'association et ses avocats, Mes Lecat et Maisonneuve, bataillent encore auprès des tribunaux pour obtenir ces dédommagements. A ce jour, l'ARC a récupéré 1,6 million d'euros (10,5 millions de francs). A peine 3 % des sommes englouties.

Jacques Crozemarie a rendu 799 500 € (5,24 MF)
Condamné à verser 30,4 millions d'euros (200 MF), l'ancien président de l'ARC a vu tous ses biens saisis. L'association a pu récupérer l'argent de son compte suisse (240 216 €, soit 1,57 MF) et une partie du prix de vente de sa villa de Bandol (528 490 €, soit 3,46 MF). Les meubles de son appartement d'Antony (Hauts-de-Seine) ont été vendus aux enchères (304 €, soit 2 000 F). L'association doit encore obtenir la vente de l'appartement (environ 200 000 €, soit 1,3 MF), celle des meubles de la villa de Bandol, de son bateau et de sa Clio. Outre l'ARC, le fisc a également saisi les comptes bancaires de Crozemarie à la Poste et une partie de sa retraite de fonctionnaire. Selon nos informations, il reste à l'ancien président de l'ARC un pécule d'environ 50 000 € (328 000 F), correspondant à sa retraite, insaisissable, versée pendant son séjour en prison. Il lui reste également la partie insaisissable de sa retraite du CNRS, soit environ 2 600 € (17 055 F) mensuels.

Michel Simon n'a rien versé
Principal fournisseur de l'ARC, à la tête d'une myriade de sociétés, Michel Simon a été condamné à trois ans de prison et à verser à l'association 15,24 millions d'euros (100 MF) de dommages et intérêts. Mais à ce jour, l'ARC n'a pas récupéré un seul centime. Sa propriété de Montarlet en Sologne, dans laquelle 760 000 € (5 MF) de travaux avaient été financés par ses sociétés, a été vendue 1,25 million d'euros (8,2 MF) à Michel Hocquet, un autre condamné du dossier.

Denis Baumont rembourse 1 275 € (8 364 F) par mois
Auteur de fausses factures au préjudice de l'ARC, il a été condamné à deux ans de prison et au remboursement à l'ARC de 1,83 million d'euros (12 MF). Sa société, Sotafi, est en liquidation judiciaire. L'ARC récupère chaque mois une partie de son salaire : 1 275 €.

François Henri Boquel a rendu 640 285 € (4,2 MF)
Ancien fournisseur de l'ARC, il a été condamné à deux ans de prison et à verser à l'association 820 000 € (5,4 MF), somme correspondant notamment à des travaux effectués dans des résidences personnelles des protagonistes du dossier. Sous la menace de saisies, Boquel a passé un accord avec l'ARC à qui il a abandonné un portefeuille d'assurance vie de 640 285 €.

Michel Hocquet n'a rien remboursé
Autre fournisseur de l'association condamné à deux ans de prison et 76 224 € (500 000 F) de dommages et intérêts, cet entrepreneur belge n'a jusque-là rien versé. L'association a renoncé à le poursuivre en Belgique, où ses différentes sociétés semblent en liquidation.

Jean-Michel Jacquemin a dû verser 37 005 € (242 737 F)
Ancien employé des sociétés de Michel Simon, il a été condamné pour avoir bénéficié notamment de travaux chez lui. Coauteur avec Jean Montaldo du livre « le Gang du cancer », Jean-Michel Jacquemin a été condamné à verser à l'ARC 30 490 € (200 000 F). L'association a fait saisir ses droits d'auteur pour 37 005 €.
L.V., Le Parisien , lundi 28 octobre 2002, page 14

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jeudi 28 décembre 2006, 17h25 Décès de Jacques Crozemarie, ancien président condamné de l'ARC

TOULON (AP) - Jacques Crozemarie, ancien président de l'Association pour la recherche sur le cancer (ARC) condamné en juin 2000 pour avoir détourné une partie des fonds de l'association, est décédé le 24 décembre à Colombes (Hauts-de-Seine) à l'âge de 81 ans, a-t-on appris jeudi auprès de la mairie de Bandol (Var) qui n'a pas donné plus de détails. Ses obsèques auront lieu vendredi après-midi à Bandol, où il possédait une propriété, a précisé la commune.

M. Crozemarie avait été reconnu coupable le 30 juin 2000 "d'abus de confiance et d'abus de biens sociaux" par la cour d'appel de Paris. Il avait été condamné à quatre ans de prison ferme, 380.000 euros d'amende et 30,5 millions d'euros de dommages et intérêts à verser à l'ARC. Dans son arrêt, la cour avait fustigé "le comportement honteux de l'ancien président de l'ARC".

Après 33 mois de détention à la prison de la Santé à Paris, il avait été libéré le 11 octobre 2002 en bénéficiant du jeu normal des remises de peine. Dans un entretien paru à l'époque dans "Le Parisien/Aujourd'hui en France", il avait clamé son innocence, disant avoir "payé pour rien". "Je ne suis pas un voleur. Je n'ai jamais compris pourquoi j'ai été condamné et je ne comprendrai jamais", avait-il affirmé.

Selon un rapport de la Cour des comptes de 1996, seuls 26% des dons pour la recherche reçus par l'ARC parvenaient effectivement aux scientifiques. A la suite de ce scandale, les fonds récoltés par l'association avaient chuté des deux tiers. La justice a évalué les détournements à environ 300 millions de FF entre 1990 et 1995 via des sociétés-écrans et un système de surfacturation.

Michel Simon, le président de la société à travers laquelle s'était opérée la majeure partie des détournements, avait écopé de trois ans ferme, 380.000 euros d'amende et 15,2 millions d'euros de dommages et intérêts. Cinq autres personnes avaient été condamnées à un total de 2,9 millions d'euros de dommages et intérêts au profit de l'ARC.

Jacques Crozemarie, titulaire d'un diplôme d'ingénieur en radioélectricité. Ancien officier, il était entré en 1954 comme "sous-chef de service" au CNRS. Fondateur de l'ARC en 1962, il s'était rendu célèbre et populaire en apparaissant dans un spot publicitaire de l'Association pour la recherche sur le cancer. Avec toute l'autorité que lui conférait une blouse blanche, il fixait les téléspectateurs dans les yeux en leur ordonnant d'envoyer de l'argent: "Donnez pour la recherche sur le cancer, rejoignez l'ARC!". Au plus fort de cette campagne, l'ARC enregistrait plus de 3,5 millions de donateurs. AP
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