Jacques Chaban-Delmas (1915-2000)

Après son baccalauréat, le jeune parisien Jacques Delmas, dont le père est administrateur de sociétés, entre, en 1933, comme journaliste stagiaire à L'information économique et financière tout en suivant les cours de Sciences Po et de la Faculté de droit.
En 1939 il épouse Melle Odette Hamelin, la fille du fondateur du journal, dont il divorcera pour épouser Mme Geoffray, née Iôn, qui se tue dans un accident de voiture en 1970.
Il épouse, en 1971, alors qu'il est premier ministre, une fort belle femme que M. François Mitterrand lui a présentée.

En 1942, réfugié à Nice, il entre dans la résistance gaulliste et prend le nom de Chaban. Il est reçu au concours d'Inspecteur des finances en 1943. En 1944 il est nommé "général", à 29 ans, et est chargé d'organiser la libération de Paris.

En 1945 il est secrétaire général à l'information auprès du socialiste Gaston Deferre, puis, après le départ du pouvoir du général De Gaulle en janvier 1946, il entre au parti radical. En novembre 1946 il est élu député de la Gironde et devient l'année suivante maire de Bordeaux, mandat qu'il conservera jusqu'en 1995, malgré une "grande fatigue" les dernières années.

En 1947 il participe à la fondation par le général De Gaulle du RPF (Rassemblement du peuple français) et c'est fin 1952, alors qu'il est président du groupe parlementaire RPF, qu'il fait voter l'investiture du radical René Mayer.

En 1954 il est ministre des travaux publics dans le gouvernement Mendès-France, du 17/6 1954 au 5/2 1955, dont le ministre de l'Intérieur est M. François Mitterrand.

En 1956 il est ministre d'Etat, ainsi que M. François Mitterrand, dans le gouvernement Guy Mollet, du 30/1 1956 au 21/5 1957, et surtout ministre de la défense dans le gouvernement Gaillard, du 6/11 1957 au 11/4 1958. C'est lui, notamment, qui organise à Alger, avec ses hommes de main, MM. Léon Delbecque et Lucien Neuwirth, la mort de la IVème République et le retour au pouvoir du général De Gaulle, l'un des "Treize complots du 13 mai" 1958 (Serge et Merry Bromberger, Les Treize complots du 13 mai, Fayard, Paris 1959).

Après les élections législatives de 1958 le général De Gaulle soutient, pour l'élection à la présidence de l'Assemblée nationale, M. Paul Reynaud, président du Conseil de la IIIème République en 1940, qui lui avait permis de devenir sous-secrétaire d'Etat à la guerre dans son gouvernement, du 21/3 au 16/6 1940. M. Jacques Chaban-Delmas se présente contre lui et est élu. Il restera "au perchoir" jusqu'en 1969 ...

Après l'élection à la présidence de la République, le 5 juin 1969, de l'ancien directeur de la banque Rothschild, et ancien premier Ministre de 1962 à 1968, M. Georges Pompidou, le président de l'Assemblée nationale est, enfin, nommé premier Ministre, le 20 juin 1969.
Après avoir séduit les bordelaises, et les bordelais, il pense qu'il va pouvoir, enfin, séduire les français et les françaises avec sa "nouvelle société", une société libérale-sociale (iste ?), à la radicale-sociale-démocratie.
Ses conseillers sont les socialistes Jacques Delors et Simon Nora. Il se heurte rapidement au conservatisme bonhomme du président de la République, l'ancien directeur de la banque Rothschild, M. Georges Pompidou.
Celui-ci lui demande de démissionner, ce que M. Chaban-Delmas se résout à faire, le 7 Juillet 1972, bien qu'il ait obtenu la confiance de l'Assemblée nationale.

Après la mort du président Pompidou, le 2 avril 1974, M. Jacques Chaban-Delmas pense pouvoir prendre sa revanche en se présentant, en tant que gaulliste, à l'élection présidentielle. C'était compter sans un nouvel adversaire, M. Jacques Chirac, qui, sur les conseils de Mme Marie-France Garaud et M. Pierre Juillet, soutient la candidature du ministre des Finances, M. Valéry Giscard d'Estaing. Après l'élection de celui-ci, M. Jacques Chirac est nommé premier Ministre, mais, très rapidement, s'oppose au président de la République pour jouer sa partition personnelle ...

En 1978 M. Jacques Chaban-Delmas a les plus grandes difficultés à être réélu président de l'Assemblée nationale, à cause des "manoeuvres" de Mme Marie-France Garaud, conseillère de M. Jacques Chirac. Il restera au "perchoir" jusqu'en 1981.

Après 1981 et jusqu'en 1995 le maire de Bordeaux se consacre à sa ville et développe ce que l'on appelle le "système Chaban" :"En Aquitaine il est souvent plus serviable avec les socialistes pour en faire ses obligés qu'avec ses propres amis gaullistes dans lesquels il voit des concurrents. Son clientélisme alambiqué brouille tous les repères. Il joue des clans, des familles, des cartes, des quartiers même pour exploiter haines, jalousies, intérêts" (André Passeron, Chaban, une vie au pas de course, Le Monde, 12/13 novembre 2000, p. 14 et 15).
Il réussit cependant a être de nouveau président de l'Assemblée nationale, de 1986 à 1988, après avoir vainement assayé d'être premier Ministre.
Sous sa direction la ville de Bordeaux est restée une "belle endormie", alors que sa voisine Toulouse resplendit de modernité.

Le 14 novembre 2000 "la France" lui fait des funérailles nationales, et c'est le président de la République lui-même, M. Jacques Chirac, son adversaire mortel de 1974, qui prononce son bel éloge ... ainsi va le monde ... de la politique.

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