Pierre Guillain de Bénouville

Contrairement à ce que l'on croit "généralement" Jacques Chaban-Delmas n'est pas le seul "général de la résistance" à être promu à 29 ans. C'est également le cas, notamment (lire infra), de M. Pierre Bénouville, dit Pierre Guillain de Bénouville, ou, mieux, Pierre de Bénouville, condisciple de M. François Mitterrand au collège Saint-Paul d'Angoulême, monarchiste d'Action française, camelot du Roi, cagoulard et gaulliste, ami de M. Jean-Marie Le Pen, qui sera député gaulliste.
Pierre Bénouville est décédé le 5 décembre 2001, à l'âge de 87 ans.
Guillain de Benouville, Pierre. The Unknown Warriors: A Personal Account of the French Resistance. New York: Simon & Schuster, 1949.

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1996. Le général Maurice Chevance-Bertin, proche d'Henri Frenay et Compagnon de la Libération, est décédé dans la nuit de lundi à mardi à Paris à l'âge de 86 ans.
Maurice Chevance-Bertin avait été, avec Alfred Malleret-Joinville, Pierre Guillain de Bénouville et Jacques Chaban-Delmas, l'un des quatre officiers nommés généraux à la Libération au titre de la Résistance.

Né le 6 mars 1910 dans l'Oise, officier méhariste dans les années trente, Maurice Chevance-Bertin avait été l'un des tout premiers résistants de l'intérieur, dès le mois d'août 1940, date à laquelle il avait été recruté par Henri Frenay, créateur du mouvement Combat.

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L'hagionécro de Gérard Courtois
Les mises en cause de certains résistants
Réponse d'André Lafargue

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Pierre Guillain de Bénouville, résistant de la première heure, député

DE LA RÉSISTANCE, Pierre de Bénouville aura toujours gardé une liberté de franc-tireur. Mort à l'âge de quatre-vingt-sept ans, mercredi 5 décembre, à Paris, ce petit homme vif, l'œil bleu pétillant, volubile malgré une voix un peu cassée, aura traversé, avec autant de détachement que de ténacité, la politique et les affaires, l'Assemblée nationale et les conseils d'administration, la presse et l'aéronautique, au côté de Marcel Dassault dont il était devenu l'homme lige.

Un demi-siècle durant, il aura reçu, avec une égale élégance, ses amis gaullistes de toujours, des nostalgiques d'une Algérie qu'il n'imaginait pas française, des célébrités, des artistes ou des marchands d'avions, sans oublier son camarade François Mitterrand, rencontré au collège Saint-Paul d'Angoulême à la fin des années 1920, qu'il ne cessa jamais de tutoyer - rare privilège - et dont il veilla le corps toute la nuit du 8 janvier 1996, avenue Frédéric-Le-Play à Paris.

Quelques années plus tôt, c'est au titre de cette amitié très ancienne, resserrée pendant la guerre, qu'il avait remis à leur place Jacques Toubon et Alain Madelin, jeunes trublions de l'opposition qui avaient contesté, en 1984, le passé résistant du président de la République. Pierre de Bénouville, député de Paris apparenté RPR, compagnon de la Libération, peu suspect de complaisance à l'égard de la gauche au pouvoir, était monté à la tribune de l'Assemblée nationale pour clore la controverse en quelques mots : "L'homme que je suis est venu ce soir apporter son témoignage : François Mitterrand fut l'un des nôtres."

La Résistance, en effet, aura été le creuset de ses engagements et de ses fidélités, racontés avec talent dans un livre sur l'épopée de ces années terribles, Le Sacrifice du matin. Né le 8 août 1914 à Amsterdam (Pays-Bas), licencié ès lettres, royaliste d'origine, maurrassien de cœur, chrétien et dandy, il avait commencé, avant guerre, une carrière brillante de journaliste, notamment comme critique littéraire de la Revue diplomatique, de Paris-Soir dimanche et de Candide.

Gaulliste des premières heures, engagé très vite dans la lutte contre l'occupant, il participe au réseau Combat et fonde, en 1942, les Mouvements unis de Résistance (MUR), devenu ensuite le Mouvement de libération nationale. Mêlé de très près à toutes les tensions entre Londres et la Résistance intérieure et aux querelles entre Henri Frenay, dont il est l'adjoint, et Jean Moulin, il dénoncera jusqu'au bout avec véhémence, comme une "monstruosité", le soupçon qu'il aurait eu une responsabilité dans l'arrestation à Calluire, en 1943, du représentant du général de Gaulle. S'il a toujours admis qu'il avait pris la responsabilité d'envoyer René Hardy à cette réunion fatale, même s'il savait que ce dernier avait été arrêté quelques semaines auparavant par les hommes de Klaus Barbie, il s'insurgeait encore, il y a trois ans : " Je mourrai tout à fait convaincu que j'ai raison pour Hardy. Il n'a pas trahi."

Organisateur à Alger, en 1944, de la direction des forces françaises de l'intérieur, général à trente ans pour hauts faits d'armes à la tête d'une brigade de tirailleurs marocains sur le front d'Italie, il devient, à la Libération, chargé de mission au cabinet de Jacques Soustelle, d'abord au ministère de l'information, puis, jusqu'en janvier 1946, au ministère des colonies.

Accompagnant le général de Gaulle dans l'aventure du Rassemblement du peuple français, il est élu, pour la première fois en 1951, député d'Ille-et-Vilaine. A nouveau député en 1958, il sera exclu de l'UNR (gaulliste) en 1962 pour avoir marqué son refus de la politique algérienne du Général. Il ne retrouvera le chemin du Palais- Bourbon, pour vingt-trois ans, qu'en 1970, lorsqu'il l'emporte lors d'une partielle dans le 12e arrondissement de Paris.

INTERCESSEUR
Il est vrai que, dès 1954, comme directeur de la rédaction, puis PDG de Jours de France, et comme administrateur de la Société des avions Marcel Dassault puis principal collaborateur du célèbre avionneur français, il est devenu le relais de celui qui fut, au fil des décennies, l'un des principaux financiers de la droite française.

Jouant de son entregent et de ses amitiés, il a d'ailleurs permis, en 1982, que la nationalisation de Dassault se fasse au mieux des intérêts de l'Etat, mais aussi de la famille de l'avionneur. C'est également cet entregent qui le conduit, en 1982, à organiser une esquisse de réconciliation entre Valéry Giscard d'Estaing et Jacques Chirac. Jouant volontiers de son histoire et de sa part de mystère, Pierre de Bénouville était un intercesseur aussi écouté et recherché que redouté.
Gérard Courtois, Le Monde, 8 décembre 2001, p. 14, LE MONDE.fr | 07.12.01 | 11h14

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Certains résistants mettent en cause Guillain de Bénouville qui aurait été, indirectement ?, la cause de l'arrestation à Caluire du préfet Jean Moulin, représentant en France du général De Gaulle, en envoyant à la réunion des chefs résistants son agent Hardy qui n'était pas convoqué, et qui aurait été retourné par les allemands ...

Polémique sur « Jean Moulin »
08 janvier 2003, LCI, 11 h 10/Débat. « Jean Moulin, une affaire française », le téléfilm diffusé lundi (06 janvier 2003, avec Francis Huster dans le rôle de Jean Moulin) sur TF 1, a suscité des réactions parmi les résistants.
Jacques Baumel, compagnon de la Libération, a notamment jugé scandaleux de donner à penser que Pierre de Bénouville, lui aussi compagnon de la Libération, ait pu sciemment faire tomber Moulin dans le piège de Caluire (nos éditions de mardi). D'autant, ajoute-t-il, qu'il n'est plus là pour défendre son honneur !
Devant cette réaction, LCI accueillait, hier, à l'initiative d'Etienne Mougeotte, vice-président de TF 1, un débat réunissant Jacques Baumel, Daniel Cordier, Pierre Péan et Jean-Pierre Guérin, producteur du téléfilm. Ce débat s'est vite enlisé dans des détails et a, surtout, fait apparaître les imprudences et les trahisons de certains résistants.
C'est si vrai que le présentateur, traduisant certainement l'opinion de nombreux spectateurs, a pu s'exclamer que l'on était en plein dans… « les Pieds nickelés » !
C'est que « l'affaire de Caluire » n'est pas simple. Témoins et historiens cherchent encore à en démêler les fils. Les participants au débat sont tombés d'accord sur son point de départ : l'arrestation d'un agent de « Combat » qui, retourné par les Allemands, « donna » 170 membres du mouvement. Dont Hardy, que Bénouville envoya malgré tout au rendez-vous de Caluire où il n'était pas invité.
Faut-il en conclure qu'il a agi de façon à faire arrêter Moulin ? Cela impliquerait qu'il a sacrifié les autres résistants présents à Caluire, dont son ami Aubry… Cordier et Baumel pensent plutôt qu'il a commis une imprudence (qui n'en a pas commis à l'époque ?), mais ne saurait être tenu pour coupable d'un tel forfait, comme le laisse entendre le téléfilm.
A.L., Le Parisien, jeudi 09 janvier 2003, p. 29

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La réponse d'André Lafargue

« Jean Moulin » : l'épisode qui fait polémique
André Lafargue a connu les principaux acteurs du drame. Dernier survivant des fondateurs du mouvement Résistance, il a été arrêté en 1943 et déporté à Mauthausen.

CE SOIR 13 janvier 2003), TF 1 diffuse le second volet de « Jean Moulin, une affaire française » (20 h 55). C'est de cet épisode précisément - où Moulin est arrêté - qu'est née toute la polémique autour de la production de TF 1. Entre ce qui est montré à l'écran et la réalité historique, il y a parfois un fossé. Décryptage.

Ce qui est montré à l'écran

Après un nouvel entretien avec de Gaulle, Moulin reprend sa mission en France. Il apprend d'abord l'arrestation de son ami Manhes, se rend compte que l'étau allemand se resserre et constate un vent de fronde au sein des mouvements de Résistance et notamment à « Combat », le plus important d'entre eux. Le général Delestraint, chef de l'armée secrète, est arrêté à son tour et Moulin réunit d'urgence, à Caluire, les responsables des mouvements pour lui désigner un successeur. Malheureusement, Frenay, le fondateur de « Combat », est à Londres et son adjoint, de Bénouville, doit se marier ce jour-là. C'est donc Aubry qui les représentera. Mais Bénouville pense qu'Aubry ne fera pas le poids et intime à Hardy l'ordre de l'accompagner. Décision d'autant plus suspecte qu'Hardy vient de lui avouer qu'il a été arrêté et qu'il se trouve encore sous les griffes de Barbie. Et ce sera le drame. Tous les participants de la rencontre de Caluire seront arrêtés. Seul Hardy réussira à s'enfuir, aidé par les Allemands. Aubry, sous la torture, livrera Moulin que les Allemands n'avaient pas identifié...

Ce qui s'est réellement passé

Au vu de cet épisode, la responsabilité de Bénouville, voire sa culpabilité, dans l'arrestation de Moulin, est évidente. Et quelle opinion donnée de la Résistance avec ces chefs qui se chamaillent et multiplient les imprudences et les trahisons ! Si les faits rapportés sont, en gros, exacts, leur présentation est orientée.
Voilà plus de cinquante ans que témoins et historiens cherchent honnêtement mais vainement à établir la vérité et voilà qu'à travers des images bien choisies, un film apporte une solution à la plus troublante des énigmes !
Il est probable qu'en dépit de deux acquittements par les tribunaux, Hardy porte effectivement une lourde responsabilité dans l'affaire et il est certain que Bénouville s'est montré imprudent. Mais de là à l'accuser d'un complot visant à se débarrasser de Moulin... Ce serait admettre qu'il ait sciemment sacrifié les résistants réunis à Caluire. Dont son ami Aubry ! Franchement, c'est difficile à croire. D'autant que certaines séquences du film sont sujettes à caution. Comme celle où de Bénouville insiste pour envoyer Hardy à Caluire en dépit de ses réticences. Ou quand Moulin, s'emportant contre Bénouville, l'accuse d'avoir été cagoulard. Rien de tout cela n'est vraiment historique.
Il faut bien se garder de voir les événements d'alors avec les yeux et les idées d'aujourd'hui. Croire, par exemple, qu'ils sont inspirés par des rivalités politiques et, par là, imaginer que « Combat », de par la présence de Bénouville, était un mouvement de droite opposé à Moulin, ancien préfet du Front populaire. « Combat » avait été créé par Frenay, officier démissionnaire du deuxième bureau, avec Bertie Albrecht, « communisante », et comptait parmi ses dirigeants Claude Bourdet (socialisant) et de Menthon (démocrate chrétien). Les anciennes appartenances politiques ne comptaient pas dans la Résistance.

Enfin, il faut rappeler que tous les événements rapportés dans le film se déroulent en zone sud qui, jusqu'à 1942, relevait de Vichy, et beaucoup de Français (y compris chez les résistants) crurent longtemps à la pugnacité du maréchal Pétain. Cela explique certains contacts qui s'avérèrent dangereux lorsque les Allemands occupèrent la zone. Dans les régions occupées, les choses étaient plus simples. La Résistance ne se préoccupait que de la lutte contre les Allemands...
André Lafargue, Le Parisien , lundi 13 janvier 2003, p. 32

Vers Première Page

Anna Marly, Joseph Kessel, Le chant des partisans, Londres 1943