14 juin 2007 : Appel : peine confirmée pour Gérard Roncoli, relaxe pour Michel Charlet
25 mars 2006 : Accords financiers
27 juillet 2005 : Prison ferme, pour le responsable de la sécurité
22 avril 2005 : Extrême indulgence du procureur
06 avril 2005 : M. Rémy Chardon s'excuse
09 mars 2005 : M. Edouard Balladur, ancien Premier ministre, entendu comme témoin ; l'ancien Président de la société gestionnaire, de 1968 à 1980, dit son impuissance
1er mars 2005 : Des rapports ignorés par les hauts responsables
03 février 2005 : Début du procès : Les faits ; L'exposé accablant de deux enquêteurs ; une gestion dévoyée
27 octobre 2003 : 14 personnes mises en examen
23 mars 2003 : Les hauts responsables ne seront pas inquiétés
24 mars 2001, LYON - Mont-Blanc : mise en examen "inéluctable" (?) d'Edouard Balladur (Me Jakubowicz)
Me Alain Jakubowicz, avocat des familles des victimes de la catastrophe du tunnel du Mont-Blanc, le 24 mars 1999, a considéré samedi que la mise en examen d'Edouard Balladur est "inéluctable" et "nécessaire pour l'évolution du dossier".
L'ancien Premier ministre Edouard Balladur
"a été président d'ATMB (Autoroutes et tunnels du Mont-Blanc, ndlr) pendant douze ans et c'est à une période cruciale du dossier puisque c'est celle au cours de laquelle des décisions auraient dû être prises en matière de sécurité et qu'elles ne l'ont pas été", a déclaré Me Jakubowicz à l'AFP.
"Il avait notamment été demandé qu'une caserne de pompiers soit installée sur la plateforme du tunnel du Mont-Blanc et cela n'a pas été fait", a-t-il précisé.
Me Jakubowicz a souligné que c'est également au cours de cette période qu'a été créée la société de gestion du tunnel du Mont-Blanc, qu'il a qualifiée de "sorte de fiction, d'intermédiaire qui est présumée prendre la responsabilité de la sécurité alors qu'il n'y a pas de budget pour cela".
Lundi (26 mars 2001), dans un communiqué adressé à l'AFP, M. Balladur a rejeté toute part de responsabilité dans la catastrophe du tunnel, rappelant notamment que sa mission à la direction du tunnel du Mont-Blanc avait pris fin 19 ans avant l'incendie du 24 mars 1999.
L'avocat des familles a par ailleurs évoqué "l'affaire" de la cassette vidéo qui "normalement" devait "filmer un incident dès qu'une alarme se mettait en marche".
Or "cela n'a pas filmé parce que la cassette était prétendumment défectueuse", a-t-il poursuivi.
"Le jour même du drame, les policiers ont demandé à l'opérateur de leur remettre la cassette en question. Le lendemain, on a remis une cassette en disant, désolés, elle n'a pas fonctionné. Or la cassette, lorsqu'elle ne fonctionne pas, est éjectée automatiquement de l'appareil", a-t-il précisé.
L'avocat a jugé cet événement "suspect". Interrogé sur une éventuelle dissimulation d'un enregistrement, Me Jakubowicz a répondu: "les experts ne l'excluent pas".
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(23 mars 2003) « Les hauts responsables ne seront pas inquiétés » ANDRE DENIS, président de l'Association de défense des familles des victimes
ENTRE 150 ET 200 personnes ont célébré hier après-midi (samedi 22 mars 2003) à Chamonix le quatrième anniversaire de l'incendie du tunnel du Mont-Blanc. Le 24 mars 1999, un camion belge chargé de margarine et crachant une épaisse fumée blanche était entré vers 10 h 40 dans le tunnel, avant de tomber en panne au milieu de l'ouvrage. De nombreux véhicules suivant le camion avaient été piégés par la fumée. Presque quatre ans, jour pour jour, après ce drame, l'instruction judiciaire de la catastrophe est bientôt close et les familles des victimes attendent maintenant le procès.
Dans quel état d'esprit sont les familles des victimes ?
André Denis. Elles sont toujours obnubilées par la mémoire de leurs proches disparus. C'est pour cela qu'elles viennent encore ce week-end de toute l'Europe pour se recueillir devant le mémorial érigé près du tunnel. Cent quarante personnes, représentant neuf nationalités, seront là. Malgré les difficultés qu'elles ont traversées, notamment au niveau financier, certaines ont encore fait des milliers de kilomètres pour être avec nous et rendre hommage aux victimes.
Vous réclamiez un procès rapide. Vous avez été entendu ?
On peut dire que oui. Le juge Franck Guesdon qui s'occupe de ce dossier est sur le point de clore son instruction. Et nous espérons un procès pour 2004. Pour un dossier aussi gigantesque avec des responsabilités multiples et quinze mises en examen, quatre ans ce n'est pas énorme. C'est même un délai raisonnable. Certes, on aurait pu mener encore d'autres investigations, mais on ne voulait pas que ce procès mette dix ans à sortir. On préfère abandonner quelques pistes qui existent encore.
Des responsabilités ont-elles été oubliées ?
C'est évident. Il a fallu plusieurs années pour que nous, associations des familles des victimes, nous fassions entendre plusieurs hauts fonctionnaires des ministères de l'Equipement et des Transports. Bien sûr, nous avons eu une mise en examen en la personne de M m e Chantal Lecomte qui était à la direction des routes au ministère des Transports et qui siégeait en même temps au conseil d'administration de l'ATMB, la société du tunnel. Mais une seule mise en examen au niveau de l'Etat, qui était actionnaire majoritaire de l'ATMB, c'est extrêmement réducteur. Les véritables patrons des ministères n'ont pas été entendus, les préfets successifs n'ont pas été inquiétés, tout comme les responsables des services de secours. Mais rien ne nous empêchera lors du procès de les faire citer.
On dit qu'Edouard Balladur doit encore être entendu dans ce dossier ?
C'est vrai, mais il ne sera pas mis en examen. Pourtant, c'est lui qui est resté le plus longtemps à la tête de l'ATMB. Treize ans au total, de 1968 à 1981, et nous pensons que, pendant sa présidence, il n'a pas fait le nécessaire en matière de sécurité.
Vous dites que l'instruction a démontré ce que vous redoutiez…
Les experts financiers ont découvert en effet que seulement 1,96 % du chiffre d'affaires de l'ATMB, qui dépassait les 800 MF, a été investi dans la sécurité du tunnel lors de l'année qui a précédé la catastrophe. On a privilégié le profit financier au détriment de la vie des usagers qui empruntaient l'ouvrage.
Propos recueillis par Gilles Carle, Le Parisien, dimanche 23 mars 2003, p. 10
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(27 octobre 2003) Drame du tunnel du Mont-Blanc : 14 personnes devant la justice
Le sinistre avait pris des proportions gigantesques à cause des flux d'aération qui ont agi comme un soufflet sur un foyer, se communiquant à 34 véhicules. La chaleur intense, les dégagements de gaz et l'exiguité du tunnel, long de 11,6 km, provoquaient la mort de 39 personnes, en l'absence de toute issue de secours.
Quatorze personnes, physiques ou morales, dont le chauffeur du camion, la firme Volvo et les opérateurs français et italien du tunnel du Mont-Blanc, ont été renvoyées en correctionnelle, après l'incendie qui a fait 39 morts le 24 mars 1999, a-t-on appris samedi de source judiciaire.
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Tunnel du Mont-Blanc
L'exposé accablant de deux enquêteurs
«GILBERT DEGRAVE se présente à 10 h 46 à la cabine de péage numéro 5. L'ampleur de la catastrophe va se jouer dans les minutes qui vont suivre. » Devant le tribunal de Bonneville (Haute-Savoie), avec une rigueur un peu mécanique, les commissaires Eric Voulleminot et Philippe Justo ont déroulé hier, précisément, le scénario catastrophe du 24 mars 1999. Dans la salle d'audience, le silence est sépulcral. Les visages, fermés, disent la douleur. Ils disent aussi l'abattement devant pareille succession de fautes, de négligences, de maladresses. Côté français comme côté italien, la plupart des initiatives ont conduit à la même terrible conséquence : transformer un banal incident en une épouvantable apocalypse. Un manque de coordination qu'Eric Voulleminot synthétise d'une phrase : « Le tunnel ne faisait pas 11,6 km de long, mais deux fois 5,8. »
« Entre les garages 18 et 19, Gilbert Degrave note une fumée blanche sortant de son véhicule, reprend le témoin. Il décide de poursuivre sa route. » La fumée blanche devient noire. « Après avoir réduit sa vitesse et mis ses feux de détresse, Gilbert Degrave arrête son poids lourd sur la chaussée, face au garage 21. » Les quatre routiers qui le suivent ont le réflexe de doubler le véhicule en feu. Ils seront sauvés. Les autres, aveuglés, asphyxiés, périront tous. Qui se soucie des usagers, d'ailleurs ? Personne n'en parle. Une heure après le déclenchement du sinistre, selon les informations de la société d'exploitation française (ATMB), les pompiers de Chamonix en sont encore à écrire : « Aucune personne utilisant le tunnel ne serait coincée. »
La fumée se répand dans le fourgon des pompiers
Equipage après équipage, les secouristes s'élancent dans la fournaise, à l'aveuglette. En vertu d'un règlement propre au tunnel, l'entrée s'effectue côté français. Ils ignorent que, côté italien, on a décidé de souffler sur l'incendie au lieu d'extraire les fumées. Qu'une poignée d'employés italiens, arrivés à quelques mètres du camion en feu, n'ont rien su faire pour éteindre les flammes. Ils ne savent pas davantage que leur matériel est incompatible avec celui de l'ATMB. Que les réserves à oxygène nécessitent des adaptateurs particuliers. Ils s'apercevront que, en l'absence de fréquence radio commune, c'est seulement par les téléphones fixes situés dans les refuges qu'ils peuvent contacter l'extérieur. Certains sont hors service.
Mal informés, mal équipés, les pompiers vont alors essayer de sauver leur vie et celle de leurs collègues. A 11 h 9, l'adjudant Georges Tosello prend la tête du premier équipage. Six hommes à bord. Seulement quatre masques à oxygène. « Dès le garage 12, les difficultés commencent », relate Eric Voulleminot. La visibilité est nulle. Tosello et son chauffeur restent dans le camion. Les quatre pompiers équipés d'appareils respiratoires descendent. Le véhicule tente un demi-tour. Il percute un mur. La fumée se répand dans le fourgon. L'adjudant et le conducteur, asphyxiés, se replient avec leurs compagnons au garage 12. Par téléphone, Tosello réclame des masques supplémentaires. En vain.
Quand la deuxième équipe des pompiers de Chamonix finira par rejoindre le garage, l'adjudant gît, inconscient, à deux pas de ses hommes. Son décès est constaté en début d'après-midi. Il faudra attendre 18 h 35 pour que tous les équipages soient évacués du tunnel. Cinq minutes après, un ultime groupe y pénètre. Il découvrira les trois premières victimes « civiles », deux femmes et un homme, tombées à proximité du garage 18. « Dès lors, plus aucune intervention ne sera tentée », explique Eric Voulleminot. Les fumées ont tout envahi. Il faudra attendre le 26 au soir pour que l'incendie soit enfin maîtrisé et que la tragédie apparaisse dans toute son ampleur.
Le Parisien, Paru le : 04/02/2005, Elisabeth Fleury
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« La catastrophe est le fruit d'une gestion dévoyée » Alain Jakubowicz, avocat des familles des victimes de l'incendie du tunnel du Mont-Blanc
Vous êtes un habitué des procès « historiques ». Celui du tunnel du Mont-Blanc en est-il un ?
Me Jakubowicz.
C'est l'un des plus grands procès de l'histoire judiciaire française.
Outre sa dimension tragique, il est aussi révélateur de ce que peuvent produire cynisme et cupidité, appliqués en politique. Dès la première semaine de débats, on voit bien que la catastrophe du 24 mars 1999 est le fruit d'une gestion dévoyée du tunnel du Mont-Blanc. Véhicules de fonction, carte bleue ouverte sur le compte de la société... Pour ses dirigeants, quoi qu'ils en disent, le tunnel du Mont-Blanc était bien un « fromage ».
Qui sont, à vos yeux, les principaux fautifs ?
Il existe une chaîne de responsabilités dans laquelle chacun a joué un rôle déterminant. A l'audience, on a vu quel fossé terrible séparait ceux qui travaillaient sur le terrain, au plus près du tunnel, et ceux qui, de loin, étaient chargés de l'exploiter et de le gérer. Les premiers se sont faits à la force du poignet. Le régulateur français, par exemple, a commencé comme balayeur. Quand il se retrouve bombardé au poste de régulateur, il n'a quasiment reçu aucune formation. Or, son rôle est vital et, en cas d'accident, les tâches qu'il est tenu d'accomplir en urgence sont extrêmement complexes. S'il a mal réagi le jour de la catastrophe, c'est parce qu'il a été placé en situation de commettre des fautes. Pour cela, les dirigeants du tunnel doivent rendre des comptes.
« Une délinquance de papier »
Rémy Chardon, l'ancien président du tunnel, affirme qu'il ignorait tout des questions de sécurité... Il insiste même lourdement sur cette soi-disant méconnaissance, mais c'est impensable. Cet homme, issu des meilleures écoles, grand commis de l'Etat, a déroulé toute sa carrière dans la préfectorale. S'il est bien une question que connaissent les préfets, c'est celle de la sécurité. Ils en ont la charge, à l'échelle du département ! Quoi qu'il prétende, Rémy Chardon ne pouvait rien ignorer de ces problèmes. Dire le contraire, c'est se moquer du monde. D'ailleurs, peu de temps avant le drame, le préfet lui-même avait réclamé que des exercices de simulation d'accident soient menés. Faire porter le chapeau aux seuls lampistes, ce serait un peu facile. Le sommet, lui aussi, est fautif. En ne prenant que les avantages d'une situation et pas les devoirs qui s'y rattachent, en optant pour un laxisme qui confine au je-m'en-foutisme, les dirigeants du tunnel se sont rendus coupables. Il s'agit d'une délinquance de papier.
Et côté italien ?
C'est pareil. Ils ne se sentaient pas davantage concernés que les dirigeants français et ont tenté, comme eux, de gêner le travail des enquêteurs. D'un côté comme de l'autre, la même routine s'était instaurée. Toutes les réunions, y compris celles de la commission chargée de contrôler la sécurité du tunnel, portaient sur les questions tarifaires. La prévention des risques était, pour chacun, le cadet des soucis. Il n'y avait aucune concertation, aucune coordination en la matière. Le jour de la catastrophe, les Italiens n'ont eu qu'un réflexe : sauver les usagers qui se trouvaient de leur côté du tube. L'air frais qu'ils se sont mis à souffler a attisé l'incendie côté français. Quand on voit l'enfer qui en a résulté, c'est effarant.
« Il faut que ce soit terrible, aussi, pour les prévenus »
Les familles des victimes ont pourtant accepté d'être indemnisées par la société italienne du tunnel et de renoncer, en échange, à leurs constitutions de partie civile ... En droit italien, si vous acceptez d'être indemnisé, vous devez renoncer à vos poursuites. C'est ce qu'ont choisi de faire les familles, persuadées que la somme que leur proposent les dirigeants italiens du tunnel (13,5 M€) est largement supérieure à ce qu'elles peuvent espérer toucher de la part d'un tribunal français. Mais il s'agit de désistements individuels. L'association des victimes demeure partie civile. Et le ministère public français est là, lui aussi, pour jouer son rôle d'accusateur.
La semaine va être rude pour les proches des victimes...
Oui. Les familles vont revivre les derniers instants de leurs proches, dont elles n'ont finalement récupéré qu'une poignée de cendres. Elles vont évoquer leur mémoire à la barre. Ce sera dur. Il faut que ce soit terrible, aussi, pour les prévenus. Le président leur a ordonné d'être tous présents. Cela, peut-être, ouvrira des consciences.
Propos recueillis par Elisabeth Fleury, Le Parisien, lundi 07 février 2005, p. 14
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Au procès du tunnel du Mont-Blanc, le président du tribunal s'étonne d'une "rupture dans la mémoire"
La cour s'est intéressée, lundi (1er mars 2005), à trente ans de rapports sur la sécurité de l'ouvrage, tous oubliés.
Dès 1973, un document notait que l'arrivée tardive des secours n'était "pas admissible".
Bonneville (Haute-Savoie) de notre envoyé spécial
Dès la fin des années 1960, des rapports mettaient en garde sur les faiblesses en matière de sécurité dans le tunnel du Mont-Blanc. Des recommandations avaient été émises, mais, curieusement, les responsables de l'ouvrage n'en ont apparemment jamais eu connaissance.
Lundi 28 février, le tribunal de Bonneville a abordé la cinquième semaine du procès des responsabilités dans l'incendie qui a fait 39 morts, le 24 mars 1999. Rémy Chardon, ex-président de l'ATMB, société concessionnaire française, s'est exprimé pour la première fois sur sa perception des risques liés à l'exploitation du tunnel.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette perception était plutôt succincte : il n'a retenu des rapports que leur traduction concrète en terme d'équipements. "Avez-vous eu le souci de vous interroger sur l'histoire du tunnel ?", a demandé le président du tribunal, Renaud Le Breton de Vannoise. "Oui, a assuré le prévenu. Après ma nomination, je me suis rendu sur place pour visiter les installations et interroger les hommes, car ce sont eux qui portent l'histoire."
Certes, mais ces rapports, restés au fond d'un tiroir, ne présentaient-ils donc aucun intérêt ? En 1969, le major Delesderier, chef du service incendie et secours de la ville de Genève, préconisait, par exemple, la mise en place d'équipes d'intervention de six hommes à chaque tête de l'ouvrage, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il évoquait le respect des vitesses et des distances entre véhicules comme le moyen le plus efficace de "prévenir les accidents".
Deux ans plus tard, M. Franceschi, dépêché sur place par le ministère de l'intérieur, remarquait que, lors d'un exercice, le matériel n'avait pu être utilisé, "faute de personnel". "A quoi bon disposer de matériel si personne n'est là pour le servir ?", interrogeait-il. Il insistait aussi sur la nécessité pour les véhicules à l'arrêt de conserver "une distance minimale de 100 mètres".
Mais de cela, ni Rémy Chardon ni Gérard Roncoli, chef du service entretien et sécurité du tunnel, n'ont jamais entendu parler. Après des essais réalisés en 1972, un autre rapport proposait deux stratégies "pour chasser un bouchon de fumée à l'intérieur du tunnel". "Ce rapport pose un problème fondamental, a précisé le président du tribunal. On s'attend à ce qu'il y ait une suite, et ce n'est pas le cas."
De la même manière, après un exercice réalisé en mars 1973 - le seul du genre dans l'histoire du tunnel inauguré en 1965 -, un rapport notait que "l'arrivée des premiers secours dix minutes après l'alerte n'-était- pas admissible" et concluait qu'ils devaient "impérativement" être déclenchés "simultanément de chaque côté du tunnel".
Arrivé en 1996 à la tête de l'ATMB, Rémy Chardon ne peut être tenu pour responsable de la passivité, au moins apparente, de ses prédécesseurs. Il a vaguement entendu parler des rapports de 1972 et 1973, mais pas de manière à éveiller une inquiétude chez lui. "On a l'impression qu'il y a eu une rupture dans la mémoire de l'histoire de ce tunnel", a remarqué le président Le Breton de Vannoise. "La plupart des propositions faites dans ces rapports ont, semble-t-il, été suivies, en tout cas elles existaient quand je suis arrivé", a rétorqué, d'une voix mal assurée, M. Chardon.
Plus avant dans l'audience, il a ajouté : "Personne ne m'a dit de lire tel ou tel rapport. La tendance, c'est plutôt d'aller chercher les documents les plus récents, pas les plus anciens." Une réflexion que son avocat, Me Jean-Yves Le Borgne, a résumée à sa manière : "Ni le prédécesseur de M. Chardon ni le préfet de Haute-Savoie ni le ministre de tutelle n'ont conservé la mémoire de ces écrits", a-t-il asséné.
De l'autre côté du tunnel, en Italie, ces vieux rapports n'ont pas eu plus d'effet. "Je suis étonné et même bouleversé d'entendre ces recommandations, qui, pour moi, étaient acquises et réalisées", s'est désolé Michele Tropiano, directeur d'exploitation de la SITMB, concessionnaire italien de l'ouvrage. "J'apprends beaucoup de choses", a enchéri, dépité, Claudio Lyveroulaz, l'homologue de Gérard Roncoli à la SITMB. Des "aveux" qui ont laissé pantois.
Et cette mémoire défaillante ne s'est pas arrêtée aux rapports. L'incendie d'un poids lourd survenu en janvier 1990 - l'accident le plus important qu'ait eu à connaître le tunnel avant la catastrophe de 1999 - n'a pas paru, non plus, avoir éveillé les consciences.
Bien sûr, quelques enseignements ont été tirés et des investissements accélérés pour pallier certaines défaillances apparues lors de cet incident. Mais l'improvisation semble avoir pris le pas sur l'analyse précise et détaillée des dysfonctionnements constatés, comme si le fait d'avoir évité le pire suffisait à justifier le fait de ne pas se poser plus de questions.
Si une réunion consacrée au "retour d'expérience" de cet incendie a eu lieu, il n'en reste aucune trace écrite. Ce dont s'est étonné le président Le Breton de Vannoise. "J'ai gardé quelques notes personnelles", a assuré Gérard Roncoli. Suffisaient-elles à constituer une politique de sécurité ?
Acacio Pereira, lemonde.fr, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 02.03.05, LE MONDE | 01.03.05 | 13h53
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Mercredi (9 mars 2005): Edouard Balladur à la barre
Ce sera un autre temps fort du procès, cette semaine. L'ancien président de la société française du tunnel du Mont-Blanc et ancien Premier ministre Edouard Balladur sera entendu comme témoin mercredi par le tribunal sur sa gestion de la sécurité dans l'ouvrage. C'est sous sa présidence qu'a été organisé, en 1973, un des très rares exercices, et le dernier en grandeur réelle, simulant un feu dans le tunnel, avec arrêt de la circulation et embrasement d'un bac de gazole dégageant une épaisse fumée. C'est également sous sa direction qu'ont été embauchés les premiers pompiers professionnels du tunnel et qu'on a augmenté le nombre d'extincteurs répartis dans l'ouvrage. Pour sa défense, Edouard Balladur pourra également faire valoir que l'accident s'est produit 19 ans après la fin de son mandat. L'avocat des parties civiles, Me Alain Jakubowicz, qui a fait citer l'homme politique comme témoin, s'est promis d'aborder "sa gestion financière du tunnel", un terrain sur lequel l'ancien Premier ministre "pourrait être moins à l'aise".
Deux autres présidents du tunnel qui sont, eux, des prévenus, Charles Salzmann et Rémy Chardon, ainsi que les directeurs généraux français et italiens, les directeurs d'exploitation et les chefs de la sécurité devront également expliquer, au cours de cette sixième semaine du procès, leurs actions pour assurer la sécurité dans le tunnel.
rtl.fr, rtlinfo, Loïc Farge avec Jean-Philippe Baille, 07/03/2005
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Balladur : «Qu'est-ce que j'aurais pu faire ?»
Procès du tunnel du Mont-Blanc
Président de la société gestionnaire de 1968 à 1980, il a été entendu comme témoin.
Edouard Balladur est arrivé dans la salle d'audience. A confié son pardessus à l'huissier. Ouvert devant lui un dossier pour appuyer son témoignage, et fait passer à la presse un communiqué résumant son exposé.
Durant trois heures, l'ancien président de la société française gestionnaire du tunnel du Mont-Blanc (ATMB) s'est expliqué d'un ton calme et volontiers pédagogue. Se fendant même en préalable d'une «mise au point juridique» à l'attention du tribunal.
Mais, secoué par l'avocat des parties civiles, l'homme a fini par craquer. «Depuis le drame, je me suis demandé ce que j'aurais pu faire de plus, ou de mieux. Je resterai jusqu'à la fin de mes jours avec cette interrogation.» Edouard Balladur a baissé la tête et etouffé un sanglot. Aux questions suivantes, il a répondu un peu à côté.
Hier, lors de la sixième semaine d'audience du procès de la catastrophe du tunnel du Mont-Blanc, le tribunal correctionnel de Bonneville a entendu l'ancien Premier ministre comme simple témoin. Il n'était en effet plus en poste à la tête d'ATMB au moment du drame, en 1999. Mais il demeure, selon la formule du président du tribunal Renaud Le Breton de Vanoise, «un témoin historique».
Car il a été à la tête de la société française exploitant le tunnel de 1968 à 1980. Sous son ère ont été rédigés les premiers rapports dénonçant les lacunes de sécurité de l'ouvrage. Sous son ère également se sont déroulés les deux seuls exercices de sécurité grandeur nature à l'intérieur de l'ouvrage, en 1972 et 1973.
«Intérêts».
Lors des audiences précédentes, les débats ont mis en évidence l'absence d'enseignements tirés de ces exercices. Edouard Balladur était attendu sur ces points. Le président lui demande pourquoi, dès le milieu des années 70, la question de la sécurité semble disparaître des préoccupations de la société, n'apparaissant plus dans les procès-verbaux de conseil d'administration. «N'y voyez pas la marque d'un quelconque désintérêt», assure Edouard Balladur.
La faute, selon lui, revient à la complexité de la double structure franco-italienne. L'ancien président insiste sur le manque d'unité entre Français et Italiens : «Chacun défendait ses intérêts nationaux.» Et explique s'être pourtant personnellement penché sur les problèmes liés à la sécurité. «Mon insistance était d'ailleurs considérée par les Italiens comme excessive.»
L'autre fautif, selon lui, est l'Etat, et en particulier son autorité en Haute-Savoie. «La police de la circulation, la lutte contre l'incendie, sont de la responsabilité du préfet, pas de la société gestionnaire du tunnel», répète Edouard Balladur.
Alain Jacubowicz, avocat des parties civiles, lui fait remarquer qu'en tant que ministre de l'Economie, puis Premier ministre, il a eu plus tard l'occasion de mettre un terme à ces dysfonctionnements. «J'ai fait quelque chose, lorsque j'étais au gouvernement, répond Edouard Balladur. J'ai décidé de mettre en oeuvre le ferroutage dans les Alpes pour limiter la circulation des poids lourds.»
Dépenses.
Puis, sous le feu des questions des parties civiles, l'actuel député (UMP) de Paris semble passer du statut de témoin à celui d'accusé. Alain Jacubowicz enfonce le clou. Cite un rapport de la Cour des comptes dénonçant les dépenses personnelles inconsidérées des dirigeants d'ATMB entre 1982 et 1986.
La période ne concerne en rien le règne d'Edouard Balladur. Mais les mots font leur effet dans la salle, où les familles des victimes étaient hier particulièrement nombreuses.
Par Alice GERAUD, jeudi 10 mars 2005 (Liberation - 06:00), p. 18
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(Avril 2005) TUNNEL DU MONT-BLANC Les responsables de la sécurité avaient caché la vérité face aux caméras
Les exploitants de la partie française du tunnel du Mont-Blanc (ATMB) ont-ils, sciemment, sous-estimé le nombre d'usagers bloqués ? En cherchant à répondre à cette question, hier (6 avril 2005), le tribunal de Bonneville a placé l'ancien directeur d'exploitation et l'ex-chef de la sécurité en fâcheuse posture.
«Monsieur Roncoli, vous êtes à la limite de l'impertinence. Je vous rappelle à l'ordre et tiens à ce que cela soit acté.» Le président le Breton de Vannoise rabroue le prévenu qui, depuis plusieurs minutes, lui tient tête, sans que son avocat, Me Levanti, ait eu la présence d'esprit de s'interposer – qu'on se rassure, il réserve ses pataudes interventions pour plus tard.
Si Gérard Roncoli s'énerve, c'est que le fossé se creuse entre le personnage qu'il prétend offrir en représentation au tribunal – l'homme providentiel du tunnel – et la réalité de ses interventions, le 24 mars 1999.
La question du jour : les responsables d'ATMB présents sur place se sont-ils souciés en priorité du nombre et du sort des usagers coincés derrière le camion qui brûle au milieu de l'ouvrage depuis 10 h 53 ?
En début de soirée, lors d'une conférence de presse, ils estimaient à «quatre ou cinq» les véhicules potentiellement pris au piège, alors qu'il y en avait vingt-quatre.
M. Roncoli l'affirme : «Vers 14 heures, j'ai su que le poids lourd était un camion frigorifique belge. J'ai demandé à un collaborateur, M. Caux, d'aller voir les informaticiens.» A charge pour eux, grâce aux relevés du péage, de déterminer la liste des véhicules entrés dans l'ouvrage à la suite du «PL0» dont la nationalité permet de déterminer l'horaire de passage.
Mais, cités comme témoins, les techniciens catégoriques livrent une autre version : ils ont, de leur propre initiative, mené ces recherches. Vers 14 heures, un premier listing permet de penser qu'environ 17 véhicules sont concernés. Aux alentours de 17 heures, ils approchent de la vérité à «une ou deux» unités près. Alors, lorsque les officiels mentionneront devant les caméras de télévision «quatre ou cinq véhicules quand on avait vingt-trois lignes de listing», ils trouvent cela «choquant».
Pis encore : Pierre Mérand, ingénieur présent dans la salle de régulation, prenait des notes durant le branle-bas de combat. Dont celle-ci : «12 h 14. Vingt véhicules dans le tunnel». Information capitale, évidemment, dont même le lieutenant-colonel des pompiers Laurent, chef des secours, ignorait tout en fin de journée ! Contredit de toute part, M. Roncoli s'accroche à sa version et sombre lentement.
Son supérieur, Christian Basset, n'en est pas quitte pour autant. Michele Tropiano, son homologue italien : «Au plus tard à 11 h 54, je l'ai informé par téléphone que l'usager dont le camion avait pris feu était belge.» M. Tropiano le tenait de source sûre : l'intéressé lui-même, puisque Gilbert Degrave était sorti sur la plate-forme de Courmayeur.
Le président : «Donc, il n'est pas 14 heures quand vous apprenez ce point important.»
M. Basset, ingénu : «Ce n'est pas ce que j'ai dit ?
– L'information arrive à 11 h 54 chez M. Basset. Deux heures s'écoulent avant que M. Roncoli ne l'apprenne. Et, à 17 heures, les informaticiens, à qui l'on n'a rien dit – les Italiens leur ont même communiqué des données erronées –, produisent un listing très précis.
– (M. Basset, pris d'un étrange rire nerveux.) J'étais persuadé que M. Tropiano avait dit la même chose à M. Roncoli !»
Retour de Gérard Roncoli, plus péremptoire que jamais : «Quand j'ai envoyé M. Caux en salle informatique, j'ai bien souligné que le camion en feu était belge et chargé de margarine.»
M. Caux : «Je n'ai pas eu cette information.»
Le président : «Donc, M. Roncoli ne dit pas vrai.»
M. Caux : «Non.»
Et Rémy Chardon, que savait-il, lui qui, selon M. Roncoli, aurait donné à ses troupes consigne de «ne pas faire de catastrophisme en l'absence d'informations précises» ?
Le président d'ATMB est arrivé sur place vers 18 heures. A la barre : «J'ignorais alors totalement l'existence des listings. Les seules informations qui m'avaient été transmises oralement faisaient état de quatre ou cinq véhicules.»
On repense au «12 h 14 : vingt véhicules» de Pierre Mérand ; aux informaticiens dévoués qui, dès 17 heures, établissaient peu ou prou le désastreux bilan ; aux rodomontades de M. Roncoli ; au rire nerveux de M. Basset.
M. Chardon, à présent, doit se démarquer.
La voix brisée, il déclare : «Je tombe de haut. Je suis atterré. Je comprends la douleur et la colère des familles des victimes et je voudrais leur renouveler mes excuses, au nom d'ATMB. Un mot, lu dans la presse, m'a fait de la peine : «arrogance». Je suis peut-être froid, raide, mais «arrogant», non. Nous n'avons pas le droit de l'être et j'invite mes anciens collaborateurs à y réfléchir, par respect pour ceux qui sont morts. C'est le minimum que nous puissions faire.»
lefigaro.fr, Bonneville (Haute-Savoie) : de notre envoyé spécial Stéphane Durand-Souffland
[07 avril 2005]
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(Avril 2005) Aucune peine de prison ferme requise au procès du Mont-Blanc
BONNEVILLE (Haute-Savoie) - Le parquet a requis des peines allant de six mois à trois ans de prison avec sursis assorties d'amende de 7.000 à 70.000 euros dans le procès de la catastrophe du tunnel du Mont-Blanc qui a fait 39 morts 1999.
Dans un réquisitoire de près de sept heures, le procureur de la République de Bonneville, Vincent Le Pannerer, n'a demandé aucune peine de prison ferme comme la loi le permettait pourtant.
"En matière d'homicide involontaire, le plafond des peines ne pourraient être à la dimension des douleurs des victimes", a-t-il expliqué en se tournant vers les parties civiles.
"Une peine d'emprisonnement on la purge. Une peine d'amende on l'acquitte. Une déclaration de culpabilité, on ne s'en débarrasse jamais, on l'a à vie", a-t-il insisté.
Le magistrat a notamment demandé la relaxe du responsable de la sécurité civile à la Préfecture de Haute-Savoie, Jean-Claude Gaime, et du groupe automobile suédois Volvo, fabricant du camion à l'origine de l'incendie,
Il a considéré que les multiples expertises techniques présentées à l'audience n'avait pas apporté la preuve de la défaillance du moteur.
"Le tribunal doit avoir des certitudes. S'il n'en a pas, il doit relaxer Volvo. Personnellement, je n'en ai pas, c'est pourquoi je demande la relaxe", a déclaré le magistrat.
Une peine de six mois de prison avec sursis a été demandée à l'encontre du chauffeur routier belge, Gilbert Degrave, qui conduisant le camion Volvo.
"Il est l'un des maillons de cette chaîne de responsabilité mais pas le plus important", a estimé le procureur avant d'aborder les cas des responsables des sociétés gestionnaires française et italienne du tunnel du Mont Blanc.
C'est à l'encontre de Gérard Roncoli, chef de la sécurité côté français, que le magistrat a été le plus sévère, réclamant trois ans d'emprisonnement avec sursis et une amende de 12.000 euros.
"Il est au coeur de la catastrophe. C'est vers lui que convergent les défaillances", a déclaré Vincent Le Pannerer pour qui la responsabilité de Gérard Roncoli est "écrasante".
Contre son homologue italien, Claudio Lyveroulaz, le procureur a réclamé 18 mois de prison avec sursis et 7.000 euros d'amende.
DECEPTION DES PARTIES CIVILES
Rémy Chardon, président de l'ATMB, la société française d'exploitation du tunnel, est visé par une peine de deux ans de prison avec sursis assortie de 30 000 euros d'amende.
"C'était un spécialiste en terme de sécurité, il avait été choisi à ce poste pour ces qualités. Il avait la chance inouïe de pouvoir faire évoluer cette entreprise, il ne l'a pas fait, il ne s'y est pas intéressé", a dénoncé le procureur.
Le maire de Chamonix, Michel Charlet, seul élu à comparaître dans ce dossier, risque une peine de 8 mois avec sursis et une amende de 15.000 euros. Le procureur lui reproche de ne "s'être jamais préoccupé de la sécurité du tunnel".
"Il a la sympathie des victimes. Cela ne veut pas dire qu'il n'est pas responsables ni coupable", a estimé Vincent Le Pannerer.
Pour Me Alain Jakubowicz, avocat de la plupart des familles de victime, ces réquisitions ne sont "pas à la mesure de la souffrance que les victimes (ont) endurée".
"La question des peines complémentaires n'a pas été évoquée par le procureur de la République et cela est extrêmement frustrant pour les parties civiles" a-t-il expliqué.
De plus, "les sanctions pécuniaires sont bien peu sévères pour certains" notamment à l'encontre de Rémy Chardon. "Cela représente à peine trois mois de salaire", a lancé l'avocat, pour qui "les sommes demandées sont bien en deçà des possibilités et du dommage qui a été commis".
André Denis, président de l'association des familles de victime n'a pas caché sa déception.
"Pourquoi avoir fait un aussi long procès pour entendre des peines de prison avec sursis modestes alors que le maximum de la peine était de trois ans?", s'est-il interrogé après l'audience, dénonçant des réquisitions "pas à la hauteur".
Aux yeux de Me Christian Lambard, avocat de Rémy Chardon, ces réquisitions sont "lourdes mais sans doute pas à l'attente de ce qu'espéraient les parties civiles".
Les plaidoiries de la défense doivent débuter lundi devant le tribunal correctionnel de Bonneville.
Libération, vendredi 22 avril 2005 (Reuters - 14:55), par Catherine Lagrange
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(27 juillet 2005) Le responsable français de la sécurité du tunnel du Mont-Blanc condamné à six mois de prison ferme
Après treize semaines d'audience et trois mois de délibéré, "il n'y a plus de zone d'ombre" dans le déroulement de la catastrophe du tunnel du Mont-Blanc qui a fait 39 morts, le 24 mars 1999. C'est Renaud le Breton de Vannoise, président du tribunal correctionnel de Bonneville, qui l'affirme en préambule de l'énoncé du jugement, mercredi 27 juillet, avant d'ajouter que les "causes de la catastrophe apparaissent précisément" et que celle-ci "pouvait être évitée".
Au terme de ce jugement, une seule peine de prison ferme a été prononcée. Mais une peine lourde de sens. D'abord parce qu'elle va sans doute apporter l'apaisement aux familles de victimes. Dépitées par le réquisitoire du procureur de la République, Vincent Le Pannerer, le 22 avril, non conforme à leurs attentes, elles parlent aujourd'hui de décision "exemplaire".
Ensuite, parce que cette peine trente mois de prison dont six mois ferme vise Gérard Roncoli, le responsable de la sécurité de la concession française de l'ouvrage. Tout au long du procès, celui-ci a concentré sur sa personne, à tort ou à raison, l'ensemble des critiques portées à l'encontre des prévenus, se posant en symbole involontaire de l'incurie qui semble avoir marqué, de longues années durant, la gestion de ce tunnel binational.
Souvent ironique, parfois arrogant, toujours sûr de lui, M. Roncoli, qui s'est échiné à répondre à toutes les questions du tribunal, même à celles qui ne lui étaient pas adressées, avait lui-même contribué à forger cette image du responsable absolu. A cet égard, son supérieur hiérarchique, Christian Basset, directeur français de l'exploitation, a été plus avisé de jouer le faux naïf, semblant découvrir à l'audience la complexité de l'ouvrage dont il avait la charge. Il est condamné à deux ans de prison avec sursis, comme l'avait réclamé le ministère public, et à 7 000 euros d'amende (15 000 euros avaient été requis).
A quelques nuances près, les autres condamnations sont conformes aux réquisitions de M. le Pannerer. Daniel Claret-Tournier, régulateur français de l'ouvrage, écope de seize mois de prison avec sursis.
Rémy Chardon, président du conseil d'administration de l'ATMB (Autoroute et tunnel du Mont-Blanc, société concessionnaire française) à l'époque des faits, est condamné à deux ans avec sursis et 15 000 euros d'amende (30 000 euros avaient été requis).
Une condamnation que cet énarque de formation a écoutée sans sourciller. Au cours du procès, il avait tout tenté pour convaincre le tribunal qu'à son poste il n'avait pas été informé, avant la catastrophe, des manquements de ses équipes opérationnelles et des faiblesses de l'ouvrage en équipements de sécurité. Ses avocats espéraient ainsi le faire bénéficier des dispositions de la loi Fauchon, qui oblige à démontrer un lien de causalité entre la faute commise et le dommage subi. Une loi qui précise aussi que l'auteur des faits doit avoir eu conscience d'exposer autrui à un risque.
Dans son jugement, le tribunal évoque, en réponse, une "carence générale" et un "manque de vigilance fautif pour les questions de sécurité" . "Nommé trois ans avant la survenance de la catastrophe, M. Chardon avait le temps de faire changer un état d'esprit qui, s'étant installé au fil des années, l'avait certes précédé, mais auquel il s'est lui-même soumis alors qu'il pouvait le renverser" , précisent les juges.
Les responsables de la concession italienne de l'ouvrage, qui, à l'audience, ont semblé faire acte de contrition quand leurs homologues français ont persisté dans des dénégations intenables, sont condamnés à des peines légèrement inférieures. Seize mois de prison avec sursis et 4 000 euros d'amende ont été prononcés à l'encontre de Claudio Lyveroulaz, responsable de la sécurité à la SITMB (société concessionnaire italienne). Michele Tropiano, directeur d'exploitation, écope de deux ans d'emprisonnement avec sursis et 5 000 euros d'amende.
Marcello Meyseiller, régulateur sur la plate-forme italienne, est condamné, pour sa part, à douze mois de prison avec sursis. Gilbert Degrave, le chauffeur routier belge à l'origine de l'incendie, est, quant à lui, condamné à quatre mois de prison avec sursis. La seule peine immédiatement amnistiée, comme l'a indiqué le président le Breton de Vannoise.
Chantal Lecomte, haut fonctionnaire au ministère des transports, se voit condamnée à six mois de prison avec sursis et 1 500 euros d'amende. Même peine pour Michel Charlet, maire de Chamonix et, à ce titre, responsable des services de secours municipaux. Celui-ci a immédiatement annoncé son intention de faire appel. Les sociétés concessionnaires du tunnel, personnes morales, sont condamnées chacune à un total de 150 000 euros d'amende.
Trois prévenus sont relaxés. La société suédoise Volvo, constructrice du camion qui a pris feu dans le tunnel, est ainsi totalement mise hors de cause, tout comme Jean-Claude Gaime, ancien responsable de la sécurité civile à la préfecture de la Haute-Savoie, et Charles Salzmann, ancien président de l'ATMB, au début des années 1990. Ces deux derniers prévenus n'étaient pas poursuivis par le ministère public mais avaient été directement cités à comparaître par l'association de défense des victimes du tunnel du Mont-Blanc, partie civile au procès. Celle-ci percevra les indemnités les plus élevées : 1 330 000 euros.
Individuellement, les proches des victimes (près de 250 personnes) recevront, quant à eux, des sommes variant de 1 500 à 198 000 euros au titre des dommages et intérêts.
Acacio Pereira, lemonde.fr, Article paru dans l'édition du 29.07.05, LE MONDE | 28.07.05 | 12h46, Mis à jour le 28.07.05 | 12h47
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(25 mars 2006) Tunnel du Mt-Blanc : accord sur les intérêts
Les familles des victimes de l'incendie de mars 1999 vont se partager 27 millons d'euros d'intérêts civils.
L 'Association des familles des victimes du tunnel du Mont-Blanc devait signer samedi 25 mars après-midi aux Houches (Haute-Savoie) un accord financier sur les intérêts civils entre les familles et les protagonistes du drame qui fit 39 victimes le 24 mars 1999. Au total, les 238 ayants droit se partageront une somme de 27 millions d'euros. L'accord financier a été accepté par toutes les familles entre les ayants droit des victimes et les sociétés exploitantes du tunnel -la française Autoroute et tunnel du Mont-Blanc (ATMB) et l'italienne SITMB-, leurs assureurs et l'assureur du chauffeur du camion à l'origine de la catastrophe.
"Epilogue financier"
"La catastrophe du tunnel du Mont-Blanc trouve son épilogue, en tout cas financier, dans cette affaire", a déclaré à l'Associated Press André Denis, président de l'association des familles des victimes, joint par téléphone. "Je crois que toutes les familles en seront particulièrement satisfaites", a-t-il ajouté avant de conclure: "La bonne volonté des sociétés exploitantes et des assureurs permet de clore à l'amiable une procédure qui aurait pu durer longtemps".
L'association avait proposé en novembre 2004 à l'ATMB, la SITMB, à Volvo (constructeur du camion dont l'incendie a provoqué le drame) et aux assureurs de participer à parts égales à la constitution d'un fonds de solidarité de 27 millions d'euros, mais seule la SITMB avait accepté la transaction en versant le 1er mars 2005 13,5 millions d'euros aux familles sur la base de la jurisprudence italienne, l'une des plus généreuses d'Europe.
L'action judiciaire se poursuit dans ce dossier après le pourvoi en appel de deux des 16 prévenus condamnés, en juillet 2005 par le tribunal correctionnel de Bonneville (Haute-Savoie). Gérard Roncoli, responsable français de la sécurité dans l'ouvrage, condamné à 30 mois de prison dont six mois ferme, et Michel Charlet, maire de Chamonix, condamné à six mois de prison avec sursis, devraient comparaître début 2007 devant la cour d'appel de Chambéry (Savoie). (AP)
NOUVELOBS.COM | 25.03.06 | 15:19
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(L'Ottoman d'en Haut) Franz-Olivier Giesbert, La tragédie du président, Scènes de la vie politique, 1986-2006, Flammarion, Paris, 2006, pp.72-73, pp. 101-102
L'escabeau de Balladur
On le dirait sorti d'une page des Mémoires de Saint-
Simon, tant il fait Grand Siècle.
La plupart du temps, il
traîne ce mélange d'ennui et de léger dépit, si bien porté
par la France d'en haut, qui se traduit par un visage marmoréen, une bouche en cul de poule et des yeux éteints. Et
puis, soudain, après un bon mot, la bouche s'étire entre ses
joues rougissantes, tandis que son regard pétille et que son
corps est traversé de secousses. Édouard Balladur rit
volontiers, et de bon cœur.
On a beau avoir une haute idée de soi, on n'en est pas moins homme. Balladur aime les blagues et le bon vin, mais ce sont là sans doute ses seuls points communs avec Chirac. Ils déjeunent ou dînent souvent ensemble, en couple, bien que leurs femmes ne s'entendent pas, dans une ambiance guindée, au milieu des anges qui passent. On se demande ce qui peut bien les porter l'un vers l'autre.
L'intérêt, sans doute.
Leur amitié est utilitariste, comme
la plupart des amitiés politiques où l'on jette le vieux
compère au rebut après qu'il a bien servi, quand il ne lui
reste plus de jus.
Chirac en sait quelque chose, qui a déjà
expédié tant des siens dans les poubelles de l'Histoire. Les
deux hommes vivent dans un univers où les individus sont
des marchepieds grâce auxquels on finit par accéder, un
jour, aux sommets. Ils sont l'instrument l'un de l'autre. Le
levier, l'escabeau.
D'un naturel apparemment doux et affable, Balladur est
pourvu d'une vanité dont il ne cesse de repousser les bornes.
C'est son point faible. Chirac le sait. Voilà pourquoi il le
flatte sans arrêt, avec une colossale finesse. Mais il a beau
en faire des tonnes, ce n'est jamais assez, et il lui arrive
parfois, de surcroît, de commettre des erreurs. Le maire de
Paris reste pathologiquement rustique. Il n'a pas le sens de
l'étiquette. Ce qu'on appelle, sous les lambris, de
l'éducation.
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Le tango d'Edouard
Édouard Balladur est un grand Premier ministre. Il habite si haut au-dessus de lui-même qu'il semble, parfois, en proie au vertige. Qu'on l'aime ou pas, il faut bien reconnaître qu'il a de l'allure. Contrairement à la plupart des sexagénaires de la politique, Jacques Chirac compris, il n'a pas de ventre, par exemple. Il le porte dans le cou. C'est plus élégant. Serait-il tout crotté, pas rasé et mal fagoté, il garderait toujours ce raffinement plein de malice qui lui est congénital.
Il a un don tout particulier pour le gouvernement. Il garde l'équilibre sur les sables mouvants aussi bien que sur les bords escarpés. Sa Sérénité ne perd jamais ni le nord, ni son sang-froid, ni le sens de ses intérêts. Il ne connaît pas la maladresse. On dirait que cet Ottoman est tombé dans le pouvoir quand il était tout petit pour se nourrir ensuite de son lait dont ses lèvres dodues semblent encore toutes badigeonnées. Rien de gauche chez ce conservateur éclairé. C'est, de ce point de vue, l' anti-Chirac. Le Premier ministre a tiré les leçons des défaites passées de Chirac. Le moulinet ou la rodomontade n'est pas son fort. Il ne fonce pas sur l'obstacle. Il le contourne ou, s'il le faut, s'arrête in extremis devant. ll cale souvent, Balladur. Il a compris que la France n'a pas envie qu'on la dérange. Elle aime bien qu'on lui parle réformes mais pendant les campagnes électorales seulement, pas après. Ça trouble sa digestion. Donc, il avance en suivant la ligne du «ni ni» fixée par le Mitterrand de 1988, à la godille.
Faut-il lui jeter la pierre? Il n'y a pas, en France, d'autres
moyens pour survivre quand on est aux commandes. À
moins de s'appeler Barre et de bénéficier du soutien indéfectible de VGE au-dessus de soi. À moins de penser,
comme Mauroy au moment du tournant de la rigueur, à
l'intérêt supérieur de la nation. Balladur est arrivé à Matignon pour devenir président.
Franz-Olivier Giesbert, La tragédie du président, Scènes de la vie politique, 1986-2006,
Flammarion, Paris, 2006, pp.72-73, pp. 101-102
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jeudi 14 juin 2007, 15h49 Incendie du tunnel du Mont-Blanc: peine confirmée pour Gérard Roncoli, relaxe pour Michel Charlet
CHAMBERY (AP) - La cour d'appel de Chambéry (Savoie) a confirmé jeudi la peine infligée en première instance à l'encontre de Gérard Roncoli, responsable français de la sécurité dans le tunnel du Mont-Blanc lors de la catastrophe qui avait fait 39 victimes, le 24 mars 1999, mais elle a relaxé Michel Charlet, le maire de Chamonix. Les deux hommes étaient les seuls des seize prévenus à avoir fait appel du jugement du tribunal correctionnel de Bonneville (Haute-Savoie). La cour a suivi en partie les réquisitions de l'avocat général, Mme Jacqueline Dufournet, qui avait demandé, lors du procès (19 février-9 mars), la confirmation de la peine à l'encontre de M. Roncoli. Elle avait estimé qu'il avait multiplié les erreurs. Le représentant du ministère public avait en revanche requis une diminution de celle de Michel Charlet, précisant qu'il "aurait dû organiser des exercices dans le tunnel pour les pompiers dont il avait la responsabilité". Gérard Roncoli, 62 ans, avait été le plus lourdement condamné dans la catastrophe du tunnel du Mont-Blanc: 30 mois de prison dont six ferme. Michel Charlet, qui s'était vu infliger, en première instance, six mois de prison avec sursis et 1.500 euros d'amende, a pour sa part été relaxé. Le maire de Chamonix avait fait appel de sa condamnation, estimant qu'il n'avait aucune responsabilité dans la gestion du tunnel. En première instance en 2005, à Bonneville (Haute-Savoie), 16 prévenus avaient comparu devant le tribunal correctionnel. A l'issue d'un procès de trois mois, treize condamnations (visant dix personnes physiques et trois personnes morales) et trois relaxes avaient été prononcées. L'incendie du tunnel du Mont-Blanc avait été provoqué par un feu sur un camion transportant de la farine et de la margarine au milieu du tunnel, long de 11,6 km. Le sinistre avait fait rage pendant trois jours et s'était propagé à 35 véhicules, faisant 39 victimes parmi les usagers de l'ouvrage reliant la France à l'Italie sous le toit de l'Europe. AP-------