(F-O. Giesbert, 2006) L'Ottoman d'en Haut
Vers "Machiavel en démocratie"
balle molle

04 octobre 2013 : détournement de fonds publics, le trésorier de Balladur mis en examen

27 novembre 2010 : HEC, l'heureux petit-fils se blesse en tombant
03 juin 2010 : N. S. mis en cause par la police luxembourgeoise ?
26 avril 2010 : Dix millions de "commission" démentie , N.S. en cause ?
25 mars 2006 : Accords financiers
27 juillet 2005 : Prison ferme, pour le responsable de la sécurité
22 avril 2005 : Extrême indulgence du procureur
06 avril 2005 : M. Rémy Chardon s'excuse
09 mars 2005 : M. Edouard Balladur, ancien Premier ministre, entendu comme témoin ; l'ancien Président de la société gestionnaire, de 1968 à 1980, dit son impuissance
1er mars 2005 : Des rapports ignorés par les hauts responsables
03 février 2005 : Début du procès : Les faits ; L'exposé accablant de deux enquêteurs ; une gestion dévoyée
27 octobre 2003 : 14 personnes mises en examen
23 mars 2003 : Les hauts responsables ne seront pas inquiétés
24 mars 2001, LYON - Mont-Blanc : mise en examen "inéluctable" (?) d'Edouard Balladur (Me Jakubowicz)
Me Alain Jakubowicz, avocat des familles des victimes de la catastrophe du tunnel du Mont-Blanc, le 24 mars 1999, a considéré samedi que la mise en examen d'Edouard Balladur est "inéluctable" et "nécessaire pour l'évolution du dossier".

L'ancien Premier ministre Edouard Balladur "a été président d'ATMB (Autoroutes et tunnels du Mont-Blanc, ndlr) pendant douze ans et c'est à une période cruciale du dossier puisque c'est celle au cours de laquelle des décisions auraient dû être prises en matière de sécurité et qu'elles ne l'ont pas été", a déclaré Me Jakubowicz à l'AFP.

"Il avait notamment été demandé qu'une caserne de pompiers soit installée sur la plateforme du tunnel du Mont-Blanc et cela n'a pas été fait", a-t-il précisé.

Me Jakubowicz a souligné que c'est également au cours de cette période qu'a été créée la société de gestion du tunnel du Mont-Blanc, qu'il a qualifiée de "sorte de fiction, d'intermédiaire qui est présumée prendre la responsabilité de la sécurité alors qu'il n'y a pas de budget pour cela".

Lundi (26 mars 2001), dans un communiqué adressé à l'AFP, M. Balladur a rejeté toute part de responsabilité dans la catastrophe du tunnel, rappelant notamment que sa mission à la direction du tunnel du Mont-Blanc avait pris fin 19 ans avant l'incendie du 24 mars 1999.

L'avocat des familles a par ailleurs évoqué "l'affaire" de la cassette vidéo qui "normalement" devait "filmer un incident dès qu'une alarme se mettait en marche".

Or "cela n'a pas filmé parce que la cassette était prétendumment défectueuse", a-t-il poursuivi.

"Le jour même du drame, les policiers ont demandé à l'opérateur de leur remettre la cassette en question. Le lendemain, on a remis une cassette en disant, désolés, elle n'a pas fonctionné. Or la cassette, lorsqu'elle ne fonctionne pas, est éjectée automatiquement de l'appareil", a-t-il précisé.

L'avocat a jugé cet événement "suspect". Interrogé sur une éventuelle dissimulation d'un enregistrement, Me Jakubowicz a répondu: "les experts ne l'excluent pas".

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(23 mars 2003) « Les hauts responsables ne seront pas inquiétés » ANDRE DENIS, président de l'Association de défense des familles des victimes

ENTRE 150 ET 200 personnes ont célébré hier après-midi (samedi 22 mars 2003) à Chamonix le quatrième anniversaire de l'incendie du tunnel du Mont-Blanc. Le 24 mars 1999, un camion belge chargé de margarine et crachant une épaisse fumée blanche était entré vers 10 h 40 dans le tunnel, avant de tomber en panne au milieu de l'ouvrage. De nombreux véhicules suivant le camion avaient été piégés par la fumée. Presque quatre ans, jour pour jour, après ce drame, l'instruction judiciaire de la catastrophe est bientôt close et les familles des victimes attendent maintenant le procès.

Dans quel état d'esprit sont les familles des victimes ?
André Denis. Elles sont toujours obnubilées par la mémoire de leurs proches disparus. C'est pour cela qu'elles viennent encore ce week-end de toute l'Europe pour se recueillir devant le mémorial érigé près du tunnel. Cent quarante personnes, représentant neuf nationalités, seront là. Malgré les difficultés qu'elles ont traversées, notamment au niveau financier, certaines ont encore fait des milliers de kilomètres pour être avec nous et rendre hommage aux victimes.

Vous réclamiez un procès rapide. Vous avez été entendu ?
On peut dire que oui. Le juge Franck Guesdon qui s'occupe de ce dossier est sur le point de clore son instruction. Et nous espérons un procès pour 2004. Pour un dossier aussi gigantesque avec des responsabilités multiples et quinze mises en examen, quatre ans ce n'est pas énorme. C'est même un délai raisonnable. Certes, on aurait pu mener encore d'autres investigations, mais on ne voulait pas que ce procès mette dix ans à sortir. On préfère abandonner quelques pistes qui existent encore.

Des responsabilités ont-elles été oubliées ?
C'est évident. Il a fallu plusieurs années pour que nous, associations des familles des victimes, nous fassions entendre plusieurs hauts fonctionnaires des ministères de l'Equipement et des Transports. Bien sûr, nous avons eu une mise en examen en la personne de M m e Chantal Lecomte qui était à la direction des routes au ministère des Transports et qui siégeait en même temps au conseil d'administration de l'ATMB, la société du tunnel. Mais une seule mise en examen au niveau de l'Etat, qui était actionnaire majoritaire de l'ATMB, c'est extrêmement réducteur. Les véritables patrons des ministères n'ont pas été entendus, les préfets successifs n'ont pas été inquiétés, tout comme les responsables des services de secours. Mais rien ne nous empêchera lors du procès de les faire citer.

On dit qu'Edouard Balladur doit encore être entendu dans ce dossier ?
C'est vrai, mais il ne sera pas mis en examen. Pourtant, c'est lui qui est resté le plus longtemps à la tête de l'ATMB. Treize ans au total, de 1968 à 1981, et nous pensons que, pendant sa présidence, il n'a pas fait le nécessaire en matière de sécurité.

Vous dites que l'instruction a démontré ce que vous redoutiez…
Les experts financiers ont découvert en effet que seulement 1,96 % du chiffre d'affaires de l'ATMB, qui dépassait les 800 MF, a été investi dans la sécurité du tunnel lors de l'année qui a précédé la catastrophe. On a privilégié le profit financier au détriment de la vie des usagers qui empruntaient l'ouvrage.
Propos recueillis par Gilles Carle, Le Parisien, dimanche 23 mars 2003, p. 10

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(27 octobre 2003) Drame du tunnel du Mont-Blanc : 14 personnes devant la justice

Le sinistre avait pris des proportions gigantesques à cause des flux d'aération qui ont agi comme un soufflet sur un foyer, se communiquant à 34 véhicules. La chaleur intense, les dégagements de gaz et l'exiguité du tunnel, long de 11,6 km, provoquaient la mort de 39 personnes, en l'absence de toute issue de secours.
Quatorze personnes, physiques ou morales, dont le chauffeur du camion, la firme Volvo et les opérateurs français et italien du tunnel du Mont-Blanc, ont été renvoyées en correctionnelle, après l'incendie qui a fait 39 morts le 24 mars 1999, a-t-on appris samedi de source judiciaire.

L'arrêt de renvoi, un document d'une cinquantaine de pages, a été signé vendredi par le juge du tribunal de Bonneville (Haute-Savoie) chargé du dossier, selon la même source.

Les quatorze personnes sont mises en examen pour "homicides involontaires". Le renvoi du dossier en correctionnelle, qui était attendu après que le juge ait prononcé la clôture de l'instruction, a été révélé samedi par le Dauphiné Libéré.

Le procès, qui devrait durer trois mois à temps plein et requérir une énorme organisation pour une petite juridiction, ne devrait pas être avoir lieu avant 2005, près de six ans après les faits, selon un avocat des parties civiles. Il y a quelque 200 parties civiles et plus d'une cinquantaine d'experts seront entendus.

Au total, 15 personnes physiques ou morales ont été mises en examen pendant les quatre ans qu'a duré l'instruction. Mais Francesco Colombo, vice-président de la société italienne du tunnel du Mont-Blanc (SITMB), est décédé depuis.

En tête des prévenus, figure le conducteur belge du camion qui s'est embrasé au milieu du tunnel, Gilbert Degrave. Le constructeur du véhicule, la firme suédoise Volvo, est également poursuivie, plusieurs incendies ayant apparemment affecté les camions de ce type.

39 MORTS

Le sinistre avait pris des proportions gigantesques à cause des flux d'aération qui ont agi comme un soufflet sur un foyer, se communiquant à 34 véhicules. La chaleur intense, les dégagements de gaz et l'exiguité du tunnel, long de 11,6 km, provoquaient la mort de 39 personnes, en l'absence de toute issue de secours.

Le tribunal devra établir les degrés de responsabilité des quatorze personnes poursuivies. Les charges ont été détaillées par le parquet de Bonneville dans un réquisitoire de 180 pages.

Me Alain Jakubowicz, avocat des parties civiles, s'est plaint samedi auprès de l'AFP des délais. "Dans le meilleur des cas, le procès aura lieu en janvier 2005 car il n'y a pas de salle disponible à Bonneville", a-t-il déclaré.

La salle polyvalente qui aurait pu accueillir ce procès a brûlé. Elle est en cours de reconstruction et la livraison est prévue pour fin 2004. "C'est scandaleux", s'insurge l'avocat, qui suggère que le procès ait lieu ailleurs qu'à Bonneville.

La dernière personne mise en examen en décembre 2002 est une cadre du ministère de l'équipement, Chantal Lecomte, ancienne sous-directrice des routes et ouvrages concédés. Elle était aussi membre de la commission intergouvernementale de contrôle du tunnel et membre du conseil d'administration de la société gestionnaire du tunnel ATMB (Autoroute et tunnel du Mont-Blanc), qui gérait la partie française de l'ouvrage.

En septembre, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Chambéry a rejeté un recours en annulation du maire de Chamonix (Haute-Savoie) Michel Charlet (DVD). Elle a également rejeté un recours introduit par la SITMB, qui mettait en cause la compétence des experts et demandait l'annulation du rapport d'expertise.

Le tunnel, entièrement rénové après l'incendie, a été rouvert en mars 2002 aux voitures et quelques mois plus tard à tous les camions, en dépit d'une très forte opposition de la part de la population.
LEMONDE.FR | 25.10.03 | 18h13

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Tunnel du Mont-Blanc
L'exposé accablant de deux enquêteurs

«GILBERT DEGRAVE se présente à 10 h 46 à la cabine de péage numéro 5. L'ampleur de la catastrophe va se jouer dans les minutes qui vont suivre. » Devant le tribunal de Bonneville (Haute-Savoie), avec une rigueur un peu mécanique, les commissaires Eric Voulleminot et Philippe Justo ont déroulé hier, précisément, le scénario catastrophe du 24 mars 1999. Dans la salle d'audience, le silence est sépulcral. Les visages, fermés, disent la douleur. Ils disent aussi l'abattement devant pareille succession de fautes, de négligences, de maladresses. Côté français comme côté italien, la plupart des initiatives ont conduit à la même terrible conséquence : transformer un banal incident en une épouvantable apocalypse. Un manque de coordination qu'Eric Voulleminot synthétise d'une phrase : « Le tunnel ne faisait pas 11,6 km de long, mais deux fois 5,8. »

« Entre les garages 18 et 19, Gilbert Degrave note une fumée blanche sortant de son véhicule, reprend le témoin. Il décide de poursuivre sa route. » La fumée blanche devient noire. « Après avoir réduit sa vitesse et mis ses feux de détresse, Gilbert Degrave arrête son poids lourd sur la chaussée, face au garage 21. » Les quatre routiers qui le suivent ont le réflexe de doubler le véhicule en feu. Ils seront sauvés. Les autres, aveuglés, asphyxiés, périront tous. Qui se soucie des usagers, d'ailleurs ? Personne n'en parle. Une heure après le déclenchement du sinistre, selon les informations de la société d'exploitation française (ATMB), les pompiers de Chamonix en sont encore à écrire : « Aucune personne utilisant le tunnel ne serait coincée. »

La fumée se répand dans le fourgon des pompiers

Equipage après équipage, les secouristes s'élancent dans la fournaise, à l'aveuglette. En vertu d'un règlement propre au tunnel, l'entrée s'effectue côté français. Ils ignorent que, côté italien, on a décidé de souffler sur l'incendie au lieu d'extraire les fumées. Qu'une poignée d'employés italiens, arrivés à quelques mètres du camion en feu, n'ont rien su faire pour éteindre les flammes. Ils ne savent pas davantage que leur matériel est incompatible avec celui de l'ATMB. Que les réserves à oxygène nécessitent des adaptateurs particuliers. Ils s'apercevront que, en l'absence de fréquence radio commune, c'est seulement par les téléphones fixes situés dans les refuges qu'ils peuvent contacter l'extérieur. Certains sont hors service.

Mal informés, mal équipés, les pompiers vont alors essayer de sauver leur vie et celle de leurs collègues. A 11 h 9, l'adjudant Georges Tosello prend la tête du premier équipage. Six hommes à bord. Seulement quatre masques à oxygène. « Dès le garage 12, les difficultés commencent », relate Eric Voulleminot. La visibilité est nulle. Tosello et son chauffeur restent dans le camion. Les quatre pompiers équipés d'appareils respiratoires descendent. Le véhicule tente un demi-tour. Il percute un mur. La fumée se répand dans le fourgon. L'adjudant et le conducteur, asphyxiés, se replient avec leurs compagnons au garage 12. Par téléphone, Tosello réclame des masques supplémentaires. En vain.

Quand la deuxième équipe des pompiers de Chamonix finira par rejoindre le garage, l'adjudant gît, inconscient, à deux pas de ses hommes. Son décès est constaté en début d'après-midi. Il faudra attendre 18 h 35 pour que tous les équipages soient évacués du tunnel. Cinq minutes après, un ultime groupe y pénètre. Il découvrira les trois premières victimes « civiles », deux femmes et un homme, tombées à proximité du garage 18. « Dès lors, plus aucune intervention ne sera tentée », explique Eric Voulleminot. Les fumées ont tout envahi. Il faudra attendre le 26 au soir pour que l'incendie soit enfin maîtrisé et que la tragédie apparaisse dans toute son ampleur.
Le Parisien, Paru le : 04/02/2005, Elisabeth Fleury

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« La catastrophe est le fruit d'une gestion dévoyée » Alain Jakubowicz, avocat des familles des victimes de l'incendie du tunnel du Mont-Blanc

Vous êtes un habitué des procès « historiques ». Celui du tunnel du Mont-Blanc en est-il un ?
Me Jakubowicz. C'est l'un des plus grands procès de l'histoire judiciaire française. Outre sa dimension tragique, il est aussi révélateur de ce que peuvent produire cynisme et cupidité, appliqués en politique. Dès la première semaine de débats, on voit bien que la catastrophe du 24 mars 1999 est le fruit d'une gestion dévoyée du tunnel du Mont-Blanc. Véhicules de fonction, carte bleue ouverte sur le compte de la société... Pour ses dirigeants, quoi qu'ils en disent, le tunnel du Mont-Blanc était bien un « fromage ».

Qui sont, à vos yeux, les principaux fautifs ?
Il existe une chaîne de responsabilités dans laquelle chacun a joué un rôle déterminant. A l'audience, on a vu quel fossé terrible séparait ceux qui travaillaient sur le terrain, au plus près du tunnel, et ceux qui, de loin, étaient chargés de l'exploiter et de le gérer. Les premiers se sont faits à la force du poignet. Le régulateur français, par exemple, a commencé comme balayeur. Quand il se retrouve bombardé au poste de régulateur, il n'a quasiment reçu aucune formation. Or, son rôle est vital et, en cas d'accident, les tâches qu'il est tenu d'accomplir en urgence sont extrêmement complexes. S'il a mal réagi le jour de la catastrophe, c'est parce qu'il a été placé en situation de commettre des fautes. Pour cela, les dirigeants du tunnel doivent rendre des comptes.

« Une délinquance de papier »

Rémy Chardon, l'ancien président du tunnel, affirme qu'il ignorait tout des questions de sécurité... Il insiste même lourdement sur cette soi-disant méconnaissance, mais c'est impensable. Cet homme, issu des meilleures écoles, grand commis de l'Etat, a déroulé toute sa carrière dans la préfectorale. S'il est bien une question que connaissent les préfets, c'est celle de la sécurité. Ils en ont la charge, à l'échelle du département ! Quoi qu'il prétende, Rémy Chardon ne pouvait rien ignorer de ces problèmes. Dire le contraire, c'est se moquer du monde. D'ailleurs, peu de temps avant le drame, le préfet lui-même avait réclamé que des exercices de simulation d'accident soient menés. Faire porter le chapeau aux seuls lampistes, ce serait un peu facile. Le sommet, lui aussi, est fautif. En ne prenant que les avantages d'une situation et pas les devoirs qui s'y rattachent, en optant pour un laxisme qui confine au je-m'en-foutisme, les dirigeants du tunnel se sont rendus coupables. Il s'agit d'une délinquance de papier.

Et côté italien ?
C'est pareil. Ils ne se sentaient pas davantage concernés que les dirigeants français et ont tenté, comme eux, de gêner le travail des enquêteurs. D'un côté comme de l'autre, la même routine s'était instaurée. Toutes les réunions, y compris celles de la commission chargée de contrôler la sécurité du tunnel, portaient sur les questions tarifaires. La prévention des risques était, pour chacun, le cadet des soucis. Il n'y avait aucune concertation, aucune coordination en la matière. Le jour de la catastrophe, les Italiens n'ont eu qu'un réflexe : sauver les usagers qui se trouvaient de leur côté du tube. L'air frais qu'ils se sont mis à souffler a attisé l'incendie côté français. Quand on voit l'enfer qui en a résulté, c'est effarant.

« Il faut que ce soit terrible, aussi, pour les prévenus »

Les familles des victimes ont pourtant accepté d'être indemnisées par la société italienne du tunnel et de renoncer, en échange, à leurs constitutions de partie civile ... En droit italien, si vous acceptez d'être indemnisé, vous devez renoncer à vos poursuites. C'est ce qu'ont choisi de faire les familles, persuadées que la somme que leur proposent les dirigeants italiens du tunnel (13,5 M€) est largement supérieure à ce qu'elles peuvent espérer toucher de la part d'un tribunal français. Mais il s'agit de désistements individuels. L'association des victimes demeure partie civile. Et le ministère public français est là, lui aussi, pour jouer son rôle d'accusateur.

La semaine va être rude pour les proches des victimes...
Oui. Les familles vont revivre les derniers instants de leurs proches, dont elles n'ont finalement récupéré qu'une poignée de cendres. Elles vont évoquer leur mémoire à la barre. Ce sera dur. Il faut que ce soit terrible, aussi, pour les prévenus. Le président leur a ordonné d'être tous présents. Cela, peut-être, ouvrira des consciences.
Propos recueillis par Elisabeth Fleury, Le Parisien, lundi 07 février 2005, p. 14

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Au procès du tunnel du Mont-Blanc, le président du tribunal s'étonne d'une "rupture dans la mémoire"

La cour s'est intéressée, lundi (1er mars 2005), à trente ans de rapports sur la sécurité de l'ouvrage, tous oubliés.
Dès 1973, un document notait que l'arrivée tardive des secours n'était "pas admissible". Bonneville (Haute-Savoie) de notre envoyé spécial

Dès la fin des années 1960, des rapports mettaient en garde sur les faiblesses en matière de sécurité dans le tunnel du Mont-Blanc. Des recommandations avaient été émises, mais, curieusement, les responsables de l'ouvrage n'en ont apparemment jamais eu connaissance.

Lundi 28 février, le tribunal de Bonneville a abordé la cinquième semaine du procès des responsabilités dans l'incendie qui a fait 39 morts, le 24 mars 1999. Rémy Chardon, ex-président de l'ATMB, société concessionnaire française, s'est exprimé pour la première fois sur sa perception des risques liés à l'exploitation du tunnel.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette perception était plutôt succincte : il n'a retenu des rapports que leur traduction concrète en terme d'équipements. "Avez-vous eu le souci de vous interroger sur l'histoire du tunnel ?", a demandé le président du tribunal, Renaud Le Breton de Vannoise. "Oui, a assuré le prévenu. Après ma nomination, je me suis rendu sur place pour visiter les installations et interroger les hommes, car ce sont eux qui portent l'histoire."

Certes, mais ces rapports, restés au fond d'un tiroir, ne présentaient-ils donc aucun intérêt ? En 1969, le major Delesderier, chef du service incendie et secours de la ville de Genève, préconisait, par exemple, la mise en place d'équipes d'intervention de six hommes à chaque tête de l'ouvrage, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il évoquait le respect des vitesses et des distances entre véhicules comme le moyen le plus efficace de "prévenir les accidents".

Deux ans plus tard, M. Franceschi, dépêché sur place par le ministère de l'intérieur, remarquait que, lors d'un exercice, le matériel n'avait pu être utilisé, "faute de personnel". "A quoi bon disposer de matériel si personne n'est là pour le servir ?", interrogeait-il. Il insistait aussi sur la nécessité pour les véhicules à l'arrêt de conserver "une distance minimale de 100 mètres".

Mais de cela, ni Rémy Chardon ni Gérard Roncoli, chef du service entretien et sécurité du tunnel, n'ont jamais entendu parler. Après des essais réalisés en 1972, un autre rapport proposait deux stratégies "pour chasser un bouchon de fumée à l'intérieur du tunnel". "Ce rapport pose un problème fondamental, a précisé le président du tribunal. On s'attend à ce qu'il y ait une suite, et ce n'est pas le cas."

De la même manière, après un exercice réalisé en mars 1973 - le seul du genre dans l'histoire du tunnel inauguré en 1965 -, un rapport notait que "l'arrivée des premiers secours dix minutes après l'alerte n'-était- pas admissible" et concluait qu'ils devaient "impérativement" être déclenchés "simultanément de chaque côté du tunnel".

Arrivé en 1996 à la tête de l'ATMB, Rémy Chardon ne peut être tenu pour responsable de la passivité, au moins apparente, de ses prédécesseurs. Il a vaguement entendu parler des rapports de 1972 et 1973, mais pas de manière à éveiller une inquiétude chez lui. "On a l'impression qu'il y a eu une rupture dans la mémoire de l'histoire de ce tunnel", a remarqué le président Le Breton de Vannoise. "La plupart des propositions faites dans ces rapports ont, semble-t-il, été suivies, en tout cas elles existaient quand je suis arrivé", a rétorqué, d'une voix mal assurée, M. Chardon.

Plus avant dans l'audience, il a ajouté : "Personne ne m'a dit de lire tel ou tel rapport. La tendance, c'est plutôt d'aller chercher les documents les plus récents, pas les plus anciens." Une réflexion que son avocat, Me Jean-Yves Le Borgne, a résumée à sa manière : "Ni le prédécesseur de M. Chardon ni le préfet de Haute-Savoie ni le ministre de tutelle n'ont conservé la mémoire de ces écrits", a-t-il asséné.

De l'autre côté du tunnel, en Italie, ces vieux rapports n'ont pas eu plus d'effet. "Je suis étonné et même bouleversé d'entendre ces recommandations, qui, pour moi, étaient acquises et réalisées", s'est désolé Michele Tropiano, directeur d'exploitation de la SITMB, concessionnaire italien de l'ouvrage. "J'apprends beaucoup de choses", a enchéri, dépité, Claudio Lyveroulaz, l'homologue de Gérard Roncoli à la SITMB. Des "aveux" qui ont laissé pantois.

Et cette mémoire défaillante ne s'est pas arrêtée aux rapports. L'incendie d'un poids lourd survenu en janvier 1990 - l'accident le plus important qu'ait eu à connaître le tunnel avant la catastrophe de 1999 - n'a pas paru, non plus, avoir éveillé les consciences.

Bien sûr, quelques enseignements ont été tirés et des investissements accélérés pour pallier certaines défaillances apparues lors de cet incident. Mais l'improvisation semble avoir pris le pas sur l'analyse précise et détaillée des dysfonctionnements constatés, comme si le fait d'avoir évité le pire suffisait à justifier le fait de ne pas se poser plus de questions.

Si une réunion consacrée au "retour d'expérience" de cet incendie a eu lieu, il n'en reste aucune trace écrite. Ce dont s'est étonné le président Le Breton de Vannoise. "J'ai gardé quelques notes personnelles", a assuré Gérard Roncoli. Suffisaient-elles à constituer une politique de sécurité ?
Acacio Pereira, lemonde.fr, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 02.03.05, LE MONDE | 01.03.05 | 13h53

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Mercredi (9 mars 2005): Edouard Balladur à la barre

Ce sera un autre temps fort du procès, cette semaine. L'ancien président de la société française du tunnel du Mont-Blanc et ancien Premier ministre Edouard Balladur sera entendu comme témoin mercredi par le tribunal sur sa gestion de la sécurité dans l'ouvrage. C'est sous sa présidence qu'a été organisé, en 1973, un des très rares exercices, et le dernier en grandeur réelle, simulant un feu dans le tunnel, avec arrêt de la circulation et embrasement d'un bac de gazole dégageant une épaisse fumée. C'est également sous sa direction qu'ont été embauchés les premiers pompiers professionnels du tunnel et qu'on a augmenté le nombre d'extincteurs répartis dans l'ouvrage. Pour sa défense, Edouard Balladur pourra également faire valoir que l'accident s'est produit 19 ans après la fin de son mandat. L'avocat des parties civiles, Me Alain Jakubowicz, qui a fait citer l'homme politique comme témoin, s'est promis d'aborder "sa gestion financière du tunnel", un terrain sur lequel l'ancien Premier ministre "pourrait être moins à l'aise".

Deux autres présidents du tunnel qui sont, eux, des prévenus, Charles Salzmann et Rémy Chardon, ainsi que les directeurs généraux français et italiens, les directeurs d'exploitation et les chefs de la sécurité devront également expliquer, au cours de cette sixième semaine du procès, leurs actions pour assurer la sécurité dans le tunnel.
rtl.fr, rtlinfo, Loïc Farge avec Jean-Philippe Baille, 07/03/2005

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Balladur : «Qu'est-ce que j'aurais pu faire ?»
Procès du tunnel du Mont-Blanc
Président de la société gestionnaire de 1968 à 1980, il a été entendu comme témoin.

Edouard Balladur est arrivé dans la salle d'audience. A confié son pardessus à l'huissier. Ouvert devant lui un dossier pour appuyer son témoignage, et fait passer à la presse un communiqué résumant son exposé.

Durant trois heures, l'ancien président de la société française gestionnaire du tunnel du Mont-Blanc (ATMB) s'est expliqué d'un ton calme et volontiers pédagogue. Se fendant même en préalable d'une «mise au point juridique» à l'attention du tribunal.
Mais, secoué par l'avocat des parties civiles, l'homme a fini par craquer. «Depuis le drame, je me suis demandé ce que j'aurais pu faire de plus, ou de mieux. Je resterai jusqu'à la fin de mes jours avec cette interrogation.» Edouard Balladur a baissé la tête et etouffé un sanglot. Aux questions suivantes, il a répondu un peu à côté.

Hier, lors de la sixième semaine d'audience du procès de la catastrophe du tunnel du Mont-Blanc, le tribunal correctionnel de Bonneville a entendu l'ancien Premier ministre comme simple témoin. Il n'était en effet plus en poste à la tête d'ATMB au moment du drame, en 1999. Mais il demeure, selon la formule du président du tribunal Renaud Le Breton de Vanoise, «un témoin historique».
Car il a été à la tête de la société française exploitant le tunnel de 1968 à 1980. Sous son ère ont été rédigés les premiers rapports dénonçant les lacunes de sécurité de l'ouvrage. Sous son ère également se sont déroulés les deux seuls exercices de sécurité grandeur nature à l'intérieur de l'ouvrage, en 1972 et 1973.

«Intérêts».
Lors des audiences précédentes, les débats ont mis en évidence l'absence d'enseignements tirés de ces exercices. Edouard Balladur était attendu sur ces points. Le président lui demande pourquoi, dès le milieu des années 70, la question de la sécurité semble disparaître des préoccupations de la société, n'apparaissant plus dans les procès-verbaux de conseil d'administration. «N'y voyez pas la marque d'un quelconque désintérêt», assure Edouard Balladur.
La faute, selon lui, revient à la complexité de la double structure franco-italienne. L'ancien président insiste sur le manque d'unité entre Français et Italiens : «Chacun défendait ses intérêts nationaux.» Et explique s'être pourtant personnellement penché sur les problèmes liés à la sécurité. «Mon insistance était d'ailleurs considérée par les Italiens comme excessive.»
L'autre fautif, selon lui, est l'Etat, et en particulier son autorité en Haute-Savoie. «La police de la circulation, la lutte contre l'incendie, sont de la responsabilité du préfet, pas de la société gestionnaire du tunnel», répète Edouard Balladur.
Alain Jacubowicz, avocat des parties civiles, lui fait remarquer qu'en tant que ministre de l'Economie, puis Premier ministre, il a eu plus tard l'occasion de mettre un terme à ces dysfonctionnements. «J'ai fait quelque chose, lorsque j'étais au gouvernement, répond Edouard Balladur. J'ai décidé de mettre en oeuvre le ferroutage dans les Alpes pour limiter la circulation des poids lourds.»

Dépenses.
Puis, sous le feu des questions des parties civiles, l'actuel député (UMP) de Paris semble passer du statut de témoin à celui d'accusé. Alain Jacubowicz enfonce le clou. Cite un rapport de la Cour des comptes dénonçant les dépenses personnelles inconsidérées des dirigeants d'ATMB entre 1982 et 1986.
La période ne concerne en rien le règne d'Edouard Balladur. Mais les mots font leur effet dans la salle, où les familles des victimes étaient hier particulièrement nombreuses.
Par Alice GERAUD, jeudi 10 mars 2005 (Liberation - 06:00), p. 18

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(Avril 2005) TUNNEL DU MONT-BLANC Les responsables de la sécurité avaient caché la vérité face aux caméras

Les exploitants de la partie française du tunnel du Mont-Blanc (ATMB) ont-ils, sciemment, sous-estimé le nombre d'usagers bloqués ? En cherchant à répondre à cette question, hier (6 avril 2005), le tribunal de Bonneville a placé l'ancien directeur d'exploitation et l'ex-chef de la sécurité en fâcheuse posture.

«Monsieur Roncoli, vous êtes à la limite de l'impertinence. Je vous rappelle à l'ordre et tiens à ce que cela soit acté.» Le président le Breton de Vannoise rabroue le prévenu qui, depuis plusieurs minutes, lui tient tête, sans que son avocat, Me Levanti, ait eu la présence d'esprit de s'interposer – qu'on se rassure, il réserve ses pataudes interventions pour plus tard.

Si Gérard Roncoli s'énerve, c'est que le fossé se creuse entre le personnage qu'il prétend offrir en représentation au tribunal – l'homme providentiel du tunnel – et la réalité de ses interventions, le 24 mars 1999.

La question du jour : les responsables d'ATMB présents sur place se sont-ils souciés en priorité du nombre et du sort des usagers coincés derrière le camion qui brûle au milieu de l'ouvrage depuis 10 h 53 ?
En début de soirée, lors d'une conférence de presse, ils estimaient à «quatre ou cinq» les véhicules potentiellement pris au piège, alors qu'il y en avait vingt-quatre.

M. Roncoli l'affirme : «Vers 14 heures, j'ai su que le poids lourd était un camion frigorifique belge. J'ai demandé à un collaborateur, M. Caux, d'aller voir les informaticiens.» A charge pour eux, grâce aux relevés du péage, de déterminer la liste des véhicules entrés dans l'ouvrage à la suite du «PL0» dont la nationalité permet de déterminer l'horaire de passage.

Mais, cités comme témoins, les techniciens catégoriques livrent une autre version : ils ont, de leur propre initiative, mené ces recherches. Vers 14 heures, un premier listing permet de penser qu'environ 17 véhicules sont concernés. Aux alentours de 17 heures, ils approchent de la vérité à «une ou deux» unités près. Alors, lorsque les officiels mentionneront devant les caméras de télévision «quatre ou cinq véhicules quand on avait vingt-trois lignes de listing», ils trouvent cela «choquant».

Pis encore : Pierre Mérand, ingénieur présent dans la salle de régulation, prenait des notes durant le branle-bas de combat. Dont celle-ci : «12 h 14. Vingt véhicules dans le tunnel». Information capitale, évidemment, dont même le lieutenant-colonel des pompiers Laurent, chef des secours, ignorait tout en fin de journée ! Contredit de toute part, M. Roncoli s'accroche à sa version et sombre lentement.

Son supérieur, Christian Basset, n'en est pas quitte pour autant. Michele Tropiano, son homologue italien : «Au plus tard à 11 h 54, je l'ai informé par téléphone que l'usager dont le camion avait pris feu était belge.» M. Tropiano le tenait de source sûre : l'intéressé lui-même, puisque Gilbert Degrave était sorti sur la plate-forme de Courmayeur.

Le président : «Donc, il n'est pas 14 heures quand vous apprenez ce point important.»
M. Basset, ingénu : «Ce n'est pas ce que j'ai dit ?
– L'information arrive à 11 h 54 chez M. Basset. Deux heures s'écoulent avant que M. Roncoli ne l'apprenne. Et, à 17 heures, les informaticiens, à qui l'on n'a rien dit – les Italiens leur ont même communiqué des données erronées –, produisent un listing très précis.
– (M. Basset, pris d'un étrange rire nerveux.) J'étais persuadé que M. Tropiano avait dit la même chose à M. Roncoli !»

Retour de Gérard Roncoli, plus péremptoire que jamais : «Quand j'ai envoyé M. Caux en salle informatique, j'ai bien souligné que le camion en feu était belge et chargé de margarine.»
M. Caux : «Je n'ai pas eu cette information.»
Le président : «Donc, M. Roncoli ne dit pas vrai.»
M. Caux : «Non.»

Et Rémy Chardon, que savait-il, lui qui, selon M. Roncoli, aurait donné à ses troupes consigne de «ne pas faire de catastrophisme en l'absence d'informations précises» ?
Le président d'ATMB est arrivé sur place vers 18 heures. A la barre : «J'ignorais alors totalement l'existence des listings. Les seules informations qui m'avaient été transmises oralement faisaient état de quatre ou cinq véhicules.»

On repense au «12 h 14 : vingt véhicules» de Pierre Mérand ; aux informaticiens dévoués qui, dès 17 heures, établissaient peu ou prou le désastreux bilan ; aux rodomontades de M. Roncoli ; au rire nerveux de M. Basset.

M. Chardon, à présent, doit se démarquer.
La voix brisée, il déclare : «Je tombe de haut. Je suis atterré. Je comprends la douleur et la colère des familles des victimes et je voudrais leur renouveler mes excuses, au nom d'ATMB. Un mot, lu dans la presse, m'a fait de la peine : «arrogance». Je suis peut-être froid, raide, mais «arrogant», non. Nous n'avons pas le droit de l'être et j'invite mes anciens collaborateurs à y réfléchir, par respect pour ceux qui sont morts. C'est le minimum que nous puissions faire
lefigaro.fr, Bonneville (Haute-Savoie) : de notre envoyé spécial Stéphane Durand-Souffland [07 avril 2005]

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(Avril 2005) Aucune peine de prison ferme requise au procès du Mont-Blanc

BONNEVILLE (Haute-Savoie) - Le parquet a requis des peines allant de six mois à trois ans de prison avec sursis assorties d'amende de 7.000 à 70.000 euros dans le procès de la catastrophe du tunnel du Mont-Blanc qui a fait 39 morts 1999.

Dans un réquisitoire de près de sept heures, le procureur de la République de Bonneville, Vincent Le Pannerer, n'a demandé aucune peine de prison ferme comme la loi le permettait pourtant.
"En matière d'homicide involontaire, le plafond des peines ne pourraient être à la dimension des douleurs des victimes", a-t-il expliqué en se tournant vers les parties civiles.
"Une peine d'emprisonnement on la purge. Une peine d'amende on l'acquitte. Une déclaration de culpabilité, on ne s'en débarrasse jamais, on l'a à vie", a-t-il insisté.

Le magistrat a notamment demandé la relaxe du responsable de la sécurité civile à la Préfecture de Haute-Savoie, Jean-Claude Gaime, et du groupe automobile suédois Volvo, fabricant du camion à l'origine de l'incendie,
Il a considéré que les multiples expertises techniques présentées à l'audience n'avait pas apporté la preuve de la défaillance du moteur.
"Le tribunal doit avoir des certitudes. S'il n'en a pas, il doit relaxer Volvo. Personnellement, je n'en ai pas, c'est pourquoi je demande la relaxe", a déclaré le magistrat.

Une peine de six mois de prison avec sursis a été demandée à l'encontre du chauffeur routier belge, Gilbert Degrave, qui conduisant le camion Volvo.
"Il est l'un des maillons de cette chaîne de responsabilité mais pas le plus important", a estimé le procureur avant d'aborder les cas des responsables des sociétés gestionnaires française et italienne du tunnel du Mont Blanc.

C'est à l'encontre de Gérard Roncoli, chef de la sécurité côté français, que le magistrat a été le plus sévère, réclamant trois ans d'emprisonnement avec sursis et une amende de 12.000 euros.
"Il est au coeur de la catastrophe. C'est vers lui que convergent les défaillances", a déclaré Vincent Le Pannerer pour qui la responsabilité de Gérard Roncoli est "écrasante".

Contre son homologue italien, Claudio Lyveroulaz, le procureur a réclamé 18 mois de prison avec sursis et 7.000 euros d'amende.

DECEPTION DES PARTIES CIVILES

Rémy Chardon, président de l'ATMB, la société française d'exploitation du tunnel, est visé par une peine de deux ans de prison avec sursis assortie de 30 000 euros d'amende.
"C'était un spécialiste en terme de sécurité, il avait été choisi à ce poste pour ces qualités. Il avait la chance inouïe de pouvoir faire évoluer cette entreprise, il ne l'a pas fait, il ne s'y est pas intéressé", a dénoncé le procureur.

Le maire de Chamonix, Michel Charlet, seul élu à comparaître dans ce dossier, risque une peine de 8 mois avec sursis et une amende de 15.000 euros. Le procureur lui reproche de ne "s'être jamais préoccupé de la sécurité du tunnel".
"Il a la sympathie des victimes. Cela ne veut pas dire qu'il n'est pas responsables ni coupable", a estimé Vincent Le Pannerer.

Pour Me Alain Jakubowicz, avocat de la plupart des familles de victime, ces réquisitions ne sont "pas à la mesure de la souffrance que les victimes (ont) endurée".
"La question des peines complémentaires n'a pas été évoquée par le procureur de la République et cela est extrêmement frustrant pour les parties civiles" a-t-il expliqué.
De plus, "les sanctions pécuniaires sont bien peu sévères pour certains" notamment à l'encontre de Rémy Chardon. "Cela représente à peine trois mois de salaire", a lancé l'avocat, pour qui "les sommes demandées sont bien en deçà des possibilités et du dommage qui a été commis".

André Denis, président de l'association des familles de victime n'a pas caché sa déception.
"Pourquoi avoir fait un aussi long procès pour entendre des peines de prison avec sursis modestes alors que le maximum de la peine était de trois ans?", s'est-il interrogé après l'audience, dénonçant des réquisitions "pas à la hauteur".

Aux yeux de Me Christian Lambard, avocat de Rémy Chardon, ces réquisitions sont "lourdes mais sans doute pas à l'attente de ce qu'espéraient les parties civiles".
Les plaidoiries de la défense doivent débuter lundi devant le tribunal correctionnel de Bonneville.
Libération, vendredi 22 avril 2005 (Reuters - 14:55), par Catherine Lagrange

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(27 juillet 2005) Le responsable français de la sécurité du tunnel du Mont-Blanc condamné à six mois de prison ferme

Après treize semaines d'audience et trois mois de délibéré, "il n'y a plus de zone d'ombre" dans le déroulement de la catastrophe du tunnel du Mont-Blanc qui a fait 39 morts, le 24 mars 1999. C'est Renaud le Breton de Vannoise, président du tribunal correctionnel de Bonneville, qui l'affirme en préambule de l'énoncé du jugement, mercredi 27 juillet, avant d'ajouter que les "causes de la catastrophe apparaissent précisément" et que celle-ci "pouvait être évitée".

Au terme de ce jugement, une seule peine de prison ferme a été prononcée. Mais une peine lourde de sens. D'abord parce qu'elle va sans doute apporter l'apaisement aux familles de victimes. Dépitées par le réquisitoire du procureur de la République, Vincent Le Pannerer, le 22 avril, non conforme à leurs attentes, elles parlent aujourd'hui de décision "exemplaire".
Ensuite, parce que cette peine ­ trente mois de prison dont six mois ferme ­ vise Gérard Roncoli, le responsable de la sécurité de la concession française de l'ouvrage. Tout au long du procès, celui-ci a concentré sur sa personne, à tort ou à raison, l'ensemble des critiques portées à l'encontre des prévenus, se posant en symbole involontaire de l'incurie qui semble avoir marqué, de longues années durant, la gestion de ce tunnel binational.
Souvent ironique, parfois arrogant, toujours sûr de lui, M. Roncoli, qui s'est échiné à répondre à toutes les questions du tribunal, même à celles qui ne lui étaient pas adressées, avait lui-même contribué à forger cette image du responsable absolu. A cet égard, son supérieur hiérarchique, Christian Basset, directeur français de l'exploitation, a été plus avisé de jouer le faux naïf, semblant découvrir à l'audience la complexité de l'ouvrage dont il avait la charge. Il est condamné à deux ans de prison avec sursis, comme l'avait réclamé le ministère public, et à 7 000 euros d'amende (15 000 euros avaient été requis).

A quelques nuances près, les autres condamnations sont conformes aux réquisitions de M. le Pannerer. Daniel Claret-Tournier, régulateur français de l'ouvrage, écope de seize mois de prison avec sursis.
Rémy Chardon, président du conseil d'administration de l'ATMB (Autoroute et tunnel du Mont-Blanc, société concessionnaire française) à l'époque des faits, est condamné à deux ans avec sursis et 15 000 euros d'amende (30 000 euros avaient été requis).
Une condamnation que cet énarque de formation a écoutée sans sourciller. Au cours du procès, il avait tout tenté pour convaincre le tribunal qu'à son poste il n'avait pas été informé, avant la catastrophe, des manquements de ses équipes opérationnelles et des faiblesses de l'ouvrage en équipements de sécurité. Ses avocats espéraient ainsi le faire bénéficier des dispositions de la loi Fauchon, qui oblige à démontrer un lien de causalité entre la faute commise et le dommage subi. Une loi qui précise aussi que l'auteur des faits doit avoir eu conscience d'exposer autrui à un risque.

Dans son jugement, le tribunal évoque, en réponse, une "carence générale" et un "manque de vigilance fautif pour les questions de sécurité" . "Nommé trois ans avant la survenance de la catastrophe, M. Chardon avait le temps de faire changer un état d'esprit qui, s'étant installé au fil des années, l'avait certes précédé, mais auquel il s'est lui-même soumis alors qu'il pouvait le renverser" , précisent les juges.

Les responsables de la concession italienne de l'ouvrage, qui, à l'audience, ont semblé faire acte de contrition quand leurs homologues français ont persisté dans des dénégations intenables, sont condamnés à des peines légèrement inférieures. Seize mois de prison avec sursis et 4 000 euros d'amende ont été prononcés à l'encontre de Claudio Lyveroulaz, responsable de la sécurité à la SITMB (société concessionnaire italienne). Michele Tropiano, directeur d'exploitation, écope de deux ans d'emprisonnement avec sursis et 5 000 euros d'amende.

Marcello Meyseiller, régulateur sur la plate-forme italienne, est condamné, pour sa part, à douze mois de prison avec sursis. Gilbert Degrave, le chauffeur routier belge à l'origine de l'incendie, est, quant à lui, condamné à quatre mois de prison avec sursis. La seule peine immédiatement amnistiée, comme l'a indiqué le président le Breton de Vannoise.

Chantal Lecomte, haut fonctionnaire au ministère des transports, se voit condamnée à six mois de prison avec sursis et 1 500 euros d'amende. Même peine pour Michel Charlet, maire de Chamonix et, à ce titre, responsable des services de secours municipaux. Celui-ci a immédiatement annoncé son intention de faire appel. Les sociétés concessionnaires du tunnel, personnes morales, sont condamnées chacune à un total de 150 000 euros d'amende.

Trois prévenus sont relaxés. La société suédoise Volvo, constructrice du camion qui a pris feu dans le tunnel, est ainsi totalement mise hors de cause, tout comme Jean-Claude Gaime, ancien responsable de la sécurité civile à la préfecture de la Haute-Savoie, et Charles Salzmann, ancien président de l'ATMB, au début des années 1990. Ces deux derniers prévenus n'étaient pas poursuivis par le ministère public mais avaient été directement cités à comparaître par l'association de défense des victimes du tunnel du Mont-Blanc, partie civile au procès. Celle-ci percevra les indemnités les plus élevées : 1 330 000 euros.

Individuellement, les proches des victimes (près de 250 personnes) recevront, quant à eux, des sommes variant de 1 500 à 198 000 euros au titre des dommages et intérêts.
Acacio Pereira, lemonde.fr, Article paru dans l'édition du 29.07.05, LE MONDE | 28.07.05 | 12h46, Mis à jour le 28.07.05 | 12h47

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(25 mars 2006) Tunnel du Mt-Blanc : accord sur les intérêts

Les familles des victimes de l'incendie de mars 1999 vont se partager 27 millons d'euros d'intérêts civils.

L 'Association des familles des victimes du tunnel du Mont-Blanc devait signer samedi 25 mars après-midi aux Houches (Haute-Savoie) un accord financier sur les intérêts civils entre les familles et les protagonistes du drame qui fit 39 victimes le 24 mars 1999. Au total, les 238 ayants droit se partageront une somme de 27 millions d'euros. L'accord financier a été accepté par toutes les familles entre les ayants droit des victimes et les sociétés exploitantes du tunnel -la française Autoroute et tunnel du Mont-Blanc (ATMB) et l'italienne SITMB-, leurs assureurs et l'assureur du chauffeur du camion à l'origine de la catastrophe.

"Epilogue financier"

"La catastrophe du tunnel du Mont-Blanc trouve son épilogue, en tout cas financier, dans cette affaire", a déclaré à l'Associated Press André Denis, président de l'association des familles des victimes, joint par téléphone. "Je crois que toutes les familles en seront particulièrement satisfaites", a-t-il ajouté avant de conclure: "La bonne volonté des sociétés exploitantes et des assureurs permet de clore à l'amiable une procédure qui aurait pu durer longtemps".

L'association avait proposé en novembre 2004 à l'ATMB, la SITMB, à Volvo (constructeur du camion dont l'incendie a provoqué le drame) et aux assureurs de participer à parts égales à la constitution d'un fonds de solidarité de 27 millions d'euros, mais seule la SITMB avait accepté la transaction en versant le 1er mars 2005 13,5 millions d'euros aux familles sur la base de la jurisprudence italienne, l'une des plus généreuses d'Europe. L'action judiciaire se poursuit dans ce dossier après le pourvoi en appel de deux des 16 prévenus condamnés, en juillet 2005 par le tribunal correctionnel de Bonneville (Haute-Savoie). Gérard Roncoli, responsable français de la sécurité dans l'ouvrage, condamné à 30 mois de prison dont six mois ferme, et Michel Charlet, maire de Chamonix, condamné à six mois de prison avec sursis, devraient comparaître début 2007 devant la cour d'appel de Chambéry (Savoie). (AP)
NOUVELOBS.COM | 25.03.06 | 15:19

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(L'Ottoman d'en Haut) Franz-Olivier Giesbert, La tragédie du président, Scènes de la vie politique, 1986-2006, Flammarion, Paris, 2006, pp.72-73

On le dirait sorti d'une page des Mémoires de Saint- Simon, tant il fait Grand Siècle.
La plupart du temps, il traîne ce mélange d'ennui et de léger dépit, si bien porté par la France d'en haut, qui se traduit par un visage marmoréen, une bouche en cul de poule et des yeux éteints. Et puis, soudain, après un bon mot, la bouche s'étire entre ses joues rougissantes, tandis que son regard pétille et que son corps est traversé de secousses. Édouard Balladur rit volontiers, et de bon cœur.

On a beau avoir une haute idée de soi, on n'en est pas moins homme. Balladur aime les blagues et le bon vin, mais ce sont là sans doute ses seuls points communs avec Chirac. Ils déjeunent ou dînent souvent ensemble, en couple, bien que leurs femmes ne s'entendent pas, dans une ambiance guindée, au milieu des anges qui passent. On se demande ce qui peut bien les porter l'un vers l'autre.

L'intérêt, sans doute.
Leur amitié est utilitariste, comme la plupart des amitiés politiques où l'on jette le vieux compère au rebut après qu'il a bien servi, quand il ne lui reste plus de jus.
Chirac en sait quelque chose, qui a déjà expédié tant des siens dans les poubelles de l'Histoire. Les deux hommes vivent dans un univers où les individus sont des marchepieds grâce auxquels on finit par accéder, un jour, aux sommets. Ils sont l'instrument l'un de l'autre. Le levier, l'escabeau.

D'un naturel apparemment doux et affable, Balladur est pourvu d'une vanité dont il ne cesse de repousser les bornes.
C'est son point faible. Chirac le sait. Voilà pourquoi il le flatte sans arrêt, avec une colossale finesse. Mais il a beau en faire des tonnes, ce n'est jamais assez, et il lui arrive parfois, de surcroît, de commettre des erreurs. Le maire de Paris reste pathologiquement rustique. Il n'a pas le sens de l'étiquette. Ce qu'on appelle, sous les lambris, de l'éducation.
Franz-Olivier Giesbert, La tragédie du président, Scènes de la vie politique, 1986-2006, Flammarion, Paris, 2006, pp.72-73

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Démenti d'Edouard Balladur sur des commissions liées au Pakistan Lundi 26 avril, 16h30 reuters

L'ancien Premier ministre Edouard Balladur a démenti que sa campagne présidentielle de 1995 ait été en partie financée par des commissions occultes liées à la vente par la France de sous-marins au Pakistan.

Une enquête de police a été ouverte début février sur le sujet.

"Ce drame a fourni à certains un prétexte pour me mettre en cause, au motif, prétendent-ils, qu'à la faveur de la vente de ces sous-marins en 1994, j'aurais autorisé le versement de commissions permettant ultérieurement le financement de ma campagne présidentielle de 1995", écrit Edouard Balladur dans une tribune à paraître mardi dans Le Figaro et diffusée sur le site internet du journal.

"Ainsi est invoquée ma responsabilité indirecte dans la mort de onze Français, dès lors que l'annulation des commissions en 1996 aurait entraîné, par rétorsion, l'attentat de 2002", écrit-il.

"Dans cette présentation des choses rien ne correspond à la vérité, rien n'est étayé par les faits, tout s'appuie pour l'essentiel sur une note émanant d'un agent d'une officine privée de sécurité, note établie en 2002, après l'attentat, et qui amalgame un tissu d'invraisemblances et d'absurdités."

Les onze Français travaillaient pour la Direction des constructions navales (DCN) au Pakistan à la construction de sous-marins et le non-paiement de commissions promises serait à l'origine de l'attentat, selon une piste suivie par les enquêteurs.

LES COMPTES DE CAMPAGNE "VALIDÉS SANS RÉSERVE"

Un ancien policier considéré comme un agent officieux du pouvoir chiraquien et entendu comme témoin par le juge d'instruction Marc Trévidic a précisé être intervenu en 1996 pour empêcher le paiement de commissions au camp Balladur.

L'ancien Premier ministre venait alors d'affronter sans succès Jacques Chirac lors de l'élection présidentielle de 1995.

"Je n'ai pris en tant que Premier ministre aucune décision d'octroi de commissions", assure Edouard Balladur dans Le Figaro. "La décision d'autoriser l'octroi de commissions n'était pas de la responsabilité du Premier ministre ou de ses services. J'ignore si, en l'espèce, il a été décidé d'y avoir recours", ajoute-t-il en rappelant qu'à l'époque les commissions étaient légalement permises et n'ont été interdites que six ans plus tard.

L'enquête est la conséquence d'une plainte pour "corruption, faux témoignage et entrave à la justice" déposée en décembre par des familles de victimes de l'attentat, commis le 8 mai 2002.

Selon Libération, des intermédiaires imposés par le camp Balladur ont reçu 54 millions de francs en 1995 et le compte de campagne de l'ancien Premier ministre a enregistré un dépôt en espèces de 10 millions de francs.

"Les comptes de ma campagne présidentielle ont été validés sans réserve, il y a quinze ans, par le Conseil constitutionnel", répond Edouard Balladur lundi.

L'enquête pourrait en théorie viser Nicolas Sarkozy, qui fut son directeur de campagne de 1995.

Le président français avait l'an dernier qualifié de "fable" l'hypothèse selon laquelle l'attentat de Karachi serait dû au non-versement de rétro-commissions liées aux sous-marins.

Le Parti socialiste, par la voix de son porte-parole Benoît Hamon, a réclamé que toute la transparence soit faite.

"Nous disons que si, comme le président de la République l'affirme, cette affaire n'est qu'une fable et si, comme M. Balladur l'affirme, ces accusations sont infondées, il y a une manière très simple de faire la transparence sur ce sujet : nous demandons solennellement au ministre de la Défense de déclassifier les documents que réclame le juge Marc Trévidic sur les attentats de Karachi", a-t-il dit à la presse. Yves Clarisse et Véronique Tison

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De l’attentat de Karachi à Nicolas Sarkozy, une affaire d’Etat Nous sommes en l’an 2 après Sarkozy ; toute la France est désertée par ses journalistes...

Toute ? Non ! Car une toile peuplée d’irréductibles plumes de presse résiste encore et toujours à la compromission. Et la vie n’est pas facile pour les garnisons propagandistes des camps retranchés de TF1, du Figaro, d’Europe 1 et de France Télévision...

Nous sommes en l’an 2 après Sarkozy, c’est le Karachigate, des familles attendent la vérité et c’est sur la toile qu’on enquête.

Le journalisme est un métier et parce que le simple bloggeur que je suis n’est pas équipé pour rendre compte avec tout le sérieux et tout le recul professionnel nécessaires d’un sujet aussi grave que cette affaire de l’attentat de Karachi et de ses derniers développements qui la font ressembler de plus en plus à une affaire d’Etat, à côté duquel le watergate américain pourrait passer pour du menu fretin.

Il s’agit de la France en marchand d’armes, sous le gouvernement Balladur. De commissions versées à des intermédiaires pakistanais, c’est-à-dire en clair des pots-de-vin, alors que Nicolas Sarkozy était Ministre du Budget. Il s’agit de rétro-commissions, c’est-à-dire de rétro-pots-de-vin, alors que Eouard Balladur s’apprêtait à concourir aux élections présidentielles et que Nicolas Sarkozy endossait l’habit de directeur de campagne. Il s’agit de Jacques Chirac, trahi par Edouard Balladur et Nicolas Sarkozy mais devenu président, qui rompt la parole de la France et suspend le versement des commissions promises afin d’empêcher le versement des rétro-commissions. Il s’agit des représailles pakistanaises et de l’attentat de Karachi qui fit quatorze morts, des civils français (11) et pakistanais (3) dont les familles réclament aujourd’hui la vérité. Il s’agit de l’Etat français qui organisa une fausse-piste Al-Qaïda, aujourd’hui écartée par la justice. Et il s’agit du décidément tout petit président des français qui ne trouve rien d’autre à dire que juger tout ceci « ridicule » et « grotesque », au mépris même de ce qu’il appelle « la douleur des familles et des choses comme ça »...

Il s’agit aussi de ces journalistes qui se contentent de ricanements complaisants quand Nicolas Sarkozy tente de tourner en ridicule le journaliste de l’AFP qui s’est permis de l’interroger à ce sujet - qu’il en soit donc remercié. Il s’agit de l’ensemble des médias nationaux traditionnels qui se contente du strict minimum d’analyse et de commentaires autour de cette affaire gravissime, où les plus hautes personnalités de l’état sont en cause. Il s’agit du fait que c’est un journal en ligne, Mediapart en l’occurrence, qui seul a fait le nécessaire travail d’enquête et d’information... et porte donc seul la dignité d’un métier.

Il s’agit enfin d’Olivier Bonnet, journaliste bloggeur, qui a pondu sur ce sujet un article dont la qualité me conduit à me contenter de vous inviter à vous en aller le lire :

Le Pakistan a-t-il fomenté l’attentat de Karachi en 2002, en représailles à l’arrêt du versement par Jacques Chirac des commissions occultes auquel Édouard Balladur, alors Premier ministre, s’était engagé ? Cet accord secret obligeait-il aussi au règlement de rétro-commissions qui ont servi à financer la campagne présidentielle du candidat Balladur en 1995 ? Son ministre du Budget de l’époque, Nicolas Sarkozy, pouvait-il ne pas être au courant ? Bonne nouvelle : les juges et les journalistes font leur travail. Mais mauvaise nouvelle : la nouvelle loi de programmation militaire, permettant de criminaliser la contestation des "intérêts économiques stratégiques" de la France, englobés dans la "sécurité nationale", et l’extension du secret-défense à de nombreux nouveaux domaines, rendra impossible toute investigation future dans des affaires de ce genre. Surtout si l’on ajoute la suppression du juge d’instruction planifiée par le Pouvoir. L’ensemble assurera l’impunité à nos gouvernants et à leurs partenaires économiques privés, définitivement à l’abri de la justice et de tout contrôle citoyen. Synthèse et mise en perspective de l’installation institutionnelle d’une République bananière.

Première partie : Attentat de Karachi, contrat Agosta, rapport Nautilus : Comment d’éminents dignitaires pakistanais ont perpétré l’attentat pour faire pression et se venger de Jacques Chirac, coupable d’avoir mis un terme à un mécanisme de corruption dont le grand bénéficiaire français était l’ancien Premier ministre Édouard Balladur. Vous avez dit affaire d’État ?

Deuxième partie : De Balladur à Sarkozy [...] Par conséquent, Sarkozy savait forcément que le financement de la campagne présidentielle dont il était le directeur provenait d’une caisse noire transitant par la société créée sous ses auspices de ministre du Budget.

Troisième partie : Vers l’inéluctable étouffement ? [...] Déjà, une dépêche d’hier de l’agence Reuters donne le ton des évolutions futures du dossier : « Le parquet de Paris a assuré lundi qu’il n’existait aucun élément objectif accréditant la piste militaire pakistanaise dans l’enquête sur l’attentat de mai 2002. (...) Le parquet va aussi plutôt dans le sens de Nicolas Sarkozy, qui avait qualifié vendredi l’hypothèse de "fable" ». Rendormez-vous, braves gens, le couvercle ferme bien hermétiquement la cocotte-minute des affaires d’État...

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NICOLAS JACQUARD | 03.06.2010, 07h00 leparisien.fr Karachi : Sarkozy mis en cause par la police luxembourgeoise

Selon les enquêteurs du grand-duché, le chef de l’Etat aurait participé à des montages financiers occultes pour financer la campagne d’Edouard Balladur.

Si le chef de l’Etat n’est nullement visé par la justice, son nom revient à intervalles réguliers en marge de l’enquête sur l’attentat de Karachi.

Hier, le site Mediapart.fr a ainsi révélé l’existence d’un rapport de la police judiciaire luxembourgeoise, mettant directement en cause le président de la République.

Selon ce document, Nicolas Sarkozy aurait supervisé la création d’une société luxembourgeoise par laquelle auraient transité les commissions et rétrocommissions dans le cadre d’un contrat de vente de sous-marins au Pakistan.

Que reproche la police luxembourgeoise à Nicolas Sarkozy? En 1994, au moment où est signé le contrat, Nicolas Sarkozy est ministre du Budget. Pour faire circuler les commissions, une société offshore, baptisée Heine, est utilisée, ainsi qu’une autre structure, du nom d’Eurolux. Elles auraient vu passer au moins 100 millions de francs (15 M€).

« Les accords sur la création de ces sociétés semblaient venir directement de M. le Premier ministre, Edouard Balladur, et de M. le ministre des Finances, Nicolas Sarkozy », analysent les enquêteurs du grand-duché, qui notent, plus loin, qu'« une partie des fonds qui sont passés par le Luxembourg reviennent en France pour le financement de campagnes politiques françaises ».

« Comme les commissions versées sont déclarées au fisc, le ministre des Finances est forcément au courant de tous ces flux financiers », nous confiait récemment un fin connaisseur des grands contrats d’armement.

D’où vient ce rapport?

Fin 2008, le Luxembourg est saisi d’une demande d’enquête lancée par les juges Françoise Desset et Jean-Christophe Hullin, qui instruisent une affaire de corruption à la DCN (la Direction des constructions navales), le fabricant des sous-marins.

Une synthèse est tout de même réalisée en janvier 2010. D’après une source luxembourgeoise, « elle a été transmise dès février au parquet général de Paris ». Mais ce n’est qu’en fin de semaine dernière qu’elle aurait été remise aux deux juges d’instruction concernés.

Quelles peuvent être les conséquences?

De son côté, le juge Marc Trévidic enquête sur les causes de l’attentat. Le magistrat privilégie l’hypothèse d’un arrêt du versement des commissions qui aurait pu provoquer une mesure de rétorsion des Pakistanais, et la mort des onze salariés français de la DCN en 2002. Mais hier, il n’avait pas encore obtenu officiellement une copie de la synthèse.

Pour Me Olivier Morice, avocat de six familles de victimes, ce rapport de police « montre que Nicolas Sarkozy est au cœur de la corruption et qu’il a menti à ces familles ».

« Mais c’est bien la première fois qu’on donne du crédit au Luxembourg en matière de lutte contre la corruption, ironise Me Olivier Pardo, l’avocat de Ziad Takieddine, un intermédiaire supposé. Dans cette synthèse, il n’y a que des on croit que, il semblerait que…, bref absolument aucune preuve. »

De fait, les enquêteurs luxembourgeois reconnaissent que les documents saisis sont « entièrement vides de noms » et félicitent l’auteur de ce montage financier pour « son travail méticuleux, en avance sur son temps ».

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Le petit-fils Balladur blessé dans une fête lefigaro.fr AFP 26/11/2010 | Mise à jour : 21:46

Le petit fils de l'ancien premier ministre Edouard Balladur a été légèrement blessé la nuit dernière au cours d'une fête sur le campus de HEC à Jouy-en-Josas (Yvelines), a-t-on appris aujourd'hui de source policière confirmant une information du Parisien.fr.

Le jeune homme a heurté un pot de fleurs en chutant, se blessant légèrement au niveau du cuir chevelu, selon la même source, ajoutant que deux jeunes filles en état de "coma éthylique" avaient été transportées à l'hôpital.

Aucune plainte n'a été enregistrée vendredi matin au commissariat de Vélizy suite à cette soirée, a dit la même source.

Selon le secrétaire général d'HEC, Jean Gouerec, cette fête, qui réunissait plusieurs centaines de personnes, était organisée par le Bureau des élèves dans la cafétéria de l'établissement. "Il n'y a pas eu de bagarre", a-t-il souligné.

M. Gouerec a estimé que les étudiantes prises en charge par les secours avaient "pu consommer un peu trop d'alcool". "Elles ont pu consommer au cours de la fête mais aussi avant, dans leur lieu privatif ou dans un bar", a dit le secrétaire général. Une autre jeune fille a été victime d'une foulure, a-t-il également précisé.

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Campagne de Balladur en 1995 : son ex-trésorier, René Galy-Dejean, mis en examen Publié le 04.10.2013, 10h04 | Mise à jour : 14h10 http://www.leparisien.fr/affaire-karachi/campagne-de-balladur-en-1995-son-ex-tresorier-rene-galy-dejean-mis-en-examen-04-10-2013-3195629.php

L'ancien trésorier d'Édouard Balladur, René Galy-Dejean, a été mis en examen jeudi à Paris pour «complicité de détournement de fonds publics». Cette mise en examen intervient dans l'enquête sur des soupçons de financement occulte de la campagne présidentielle de 1995.

Âgé de 81 ans, l'ancien députe-maire du XVe arrondissement de Paris a plusieurs fois déclaré qu'une partie de cette campagne aurait été financée par les fonds secrets de Matignon. Il a été entendu jeudi pendant environ quatre heures par les juges Renaud van Ruymbeke et Roger Le Loire, dans le cadre de l'instruction sur le volet financier de l'affaire Karachi. A sa sortie, jeudi vers 18 heures, il s'était refusé à tout commentaire.

10 millions de francs en liquide

Au coeur des interrogations des juges, le versement de 10 millions de francs (1,5 million d'euros, hors inflation) en liquide sur le compte de campagne, le 26 avril 1995, trois jours après l'élimination dès le premier tour de l'éphémère favori des sondages. Les juges financiers enquêtent sur un éventuel financement occulte de la campagne d'Edouard Balladur, en suivant deux pistes: le détournement de commissions sur des contrats d'armement avec l'Arabie Saoudite et le Pakistan, et les fonds spéciaux, de l'argent liquide distribué à l'époque par Matignon aux ministères sans justification. Cette pratique très critiquée a été officiellement abandonnée en 2002.

«Les sommes qui nous arrivaient étaient censées provenir des meetings. Bien entendu, je n'en croyais rien et restais persuadé (...) qu'il s'agissait de fonds secrets», avait déclaré René Galy-Dejean en octobre 2012, contredisant la version d'Édouard Balladur. Lors d'une audition en décembre 2012, René Galy-Dejean avait expliqué avoir lui-même déposé à la banque 3 millions de francs (450 000 €, hors inflation) en «petites coupures» au lendemain du premier tour de la présidentielle. Des sommes qui lui auraient été, selon lui, confiées par Pierre Mongin, ce que l'actuel PDG de la RATP dément.

Dans ce volet sur les fonds secrets, la mise en examen de René Galy-Dejean intervient moins d'un mois après celles de Pierre Mongin et du dirigeant de LVMH, Nicolas Bazire, à l'époque respectivement chef de cabinet d'Édouard Balladur à Matignon (donc statutairement chargé de la gestion des fonds spéciaux) et ancien directeur de sa campagne présidentielle.

Avec ces trois mises en examen, l'étau semble se resserrer autour de l'ancien Premier ministre Edouard Balladur. Mais en tant que membre du gouvernement à l'époque, son éventuelle mise en cause ne pourrait venir que de la Cour de justice de la République (CJR). Il appartiendra aux juges van Ruymbeke et Le Loire de décider de saisir ou non la CJR avant de clore leur instruction. Le dossier sur le financement de la campagne Balladur est l'une des branches de la tentaculaire affaire Karachi, qui avait démarré par une enquête, toujours en cours, sur l'attentat commis en mai 2002 dans cette ville du Pakistan contre des employés français de la Direction des constructions navales (15 morts, dont 11 Français). LeParisien.fr

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