Elisabeth Badinter
Elisabeth Bleustein-Blanchet, épouse de Maître Robert Badinter, avocat, ancien ministre socialiste de la justice, sénateur socialiste.
Philosophe social-démocrate, fille et héritière (fortune de 621 millions d'euros selon le classement 2006 de "Challenges" n°44 du 13 juillet 2006) du célèbre fondateur de "Publicis" et "inventeur de la publicité en France", Marcel Bleustein-Blanchet (son autobiographie illustrée, La Traversée du siècle, Robert Laffont, Paris, 1994), madame Badinter est remarquablement représentative de la haute bourgeoisie juive libérale et républicaine.
Selon Madame Badinter, philosophe féministe "de gauche" très engagée, grande admiratrice de Simone de Beauvoir, l'instinct maternel n'existerait pas, et il n'y aurait qu'une différence de culture entre femme et homme. Ce point de vue est contesté par des scientifiques, par exemple par la pédiatre Edwige Antier.
Très ouverte Madame Badinter prend la défense des femmes Afghanes victimes des islamistes, mais également de l'avortement, des prostituées et de la prostitution. Mais elle est hostile au voile islamique et critique volontiers ses consoeurs féministes.
Notamment L'Amour en plus : histoire de l'amour maternel, XVII;-XX? siècle, Flammarion, Paris 1980 ;
L'un est l'autre, Odile Jacob, Paris, 1986 ; XY, De l'identité masculine, on ne nait pas homme, on le devient, Odile Jacob, Paris, 1992.
En 2003 : La Fausse route d'Elisabeth Badinter : une critique des mouvements ultra-féministes. Le 14 décembre 2003 à l'émission radiophonique d'Europe n°1 "C'est arrivé demain" elle approuve le rapport Stasi à propos des signes religieux ostensibles mais se prononce contre la discrimation positive, notamment évoquée par Me Nicolas Sarkosy à propos d'un futur, et éventuel, puis réel, préfet musulman, le préfet Dermouche.
La philosophe social-démocrate défend la mixité dans les lycées, y compris les lycées où les filles sont les victimes ciblées des "sauvageons".
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Aujourd'hui, plus d'une française sur deux travaillent hors de chez elles, et leurs motivations ont beaucoup évolué. A côté des motivations économiques traditionnelles figurent l'ambition et l'épanouissement personnel chez les plus favorisées, la recherche d'une vie sociale et la volonté de fuir la solitude du foyer chez d'autres.
Mais chez toutes, la motivation de leur activité professionnelle est liée au désir d'indépendance. Avant tout: ne pas être contraintes de vivre auprès d'un homme que l'on ne supporte plus et pouvoir retrouver sa liberté sans trop de dommage pour son niveau de vie. Il est certain que cette prise de conscience des femmes ainsi que leurs nouvelles attitudes sont de puissants moteurs pour l'accession à l'égalité des sexes. Et plus encore pour leur similitude.
Une prospective pour l'an 2000, in "Femmes et contre-pouvoirs" de Yolande Cohen, Boréal, Paris, 1987, p211.
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La contraception et le droit à l'avortement ont radicalement changé notre conception de la maternité. Ni physiologiquement nécessaire, ni moralement obligatoire, la maternité n'est plus subie mais choisie. Elle devient donc contingente et volontaire, résultat d'une réflexion sur ses avantages et ses inconvénients. Et non plus laissée aux "hasards" de la nature.
Ibidem 1987 p.212.
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Hommes et femmes sont amenés à développer et à extérioriser "l'autre partie" d'eux-mêmes que l'éducation de jadis se faisait un devoir de refouler. De plus en plus, les femmes sont tenues de jouer des rôles d'hommes et ceux-ci des rôles de femmes. La bisexualité originaire est de retour, balayant sur son passage l'inégalité et la stricte complémentarité des sexes.
Ibidem 1987 p.214.
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Le terrorisme et la guérilla sont l'oeuvre des femmes aussi bien que des hommes, voir même souvent des enfants. L'image de femmes les armes à la main ne surprend plus personne. Ce qui montre à l'évidence que la guerre n'est plus l'apanage des hommes. L'action et la passivité n'appartiennent pas plus à un sexe qu'à un autre .
Ibidem 1987 p.215.
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L'arrivée du troisième millénaire coïncide avec un extraordinaire renversement des rapports de forces. Non seulement le système patriarcal sera mort et enterré dans la plus grande partie de l'Occident industrialisé, mais on assistera à la naissance d'un nouveau déséquilibre dans le rapport des sexes, cette fois au bénéfice exclusif des femmes.
Ibidem 1987 p.216.
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Enfermées chez elles, exclues de la société civile, interdites d'emploi, d'instruction et de soins, les Afghanes, humiliées et sans cesse menacées, sont les otages d'une des sectes les plus barbares parmi les barbares. Il est vrai que la politique discriminatoire menée par les talibans est largement dénoncée par les gouvernements étrangers ainsi que par les organisations intergouvernementales qui font ce qu'elles peuvent pour desserer l'étau. Mais les talibans, soutenus et financés par le Pakistan, l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, ne veulent rien entendre.
Il faut secourir les femmes afghanes, Le Monde, 23 novembre 2000, p. 16.
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Outre les minorités ethniques déplacées et persécutées de toutes les manières, la population afghane vit sous la menace constante de peines et traitements cruels, inhumains ou dégradants : conditions de détention effroyables, avec recours systématiques à la torture ; lapidation en cas d'adultère, amputation pour vol, flagellation pour consommation d'alcool ou délits sexuels mineurs, ensevelissement des homosexuels vivants, et tous ces châtiments infligés en public après des parodies de procès où la défense n'existe pas.
Ibidem, Le Monde 23 novembre 2000.
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La passe de la prostituée occasionnelle ou la multiplicité des passes des professionnelles peuvent-elles être assimilées à une mutilation irréversible de leur corps ? Seules les prostituées sorties de la prostitution peuvent répondre à cette question. A supposer qu'elles répondent par l'affirmative - ce qui ne va pas de soi - un droit chèrement acquis depuis à peine trente ans appelle le respect de tous : la libre disposition de son corps. C'est au nom de ce principe-là que les femmes ont acquis le droit d'avorter. La banalisation de l'avortement ne doit pas faire oublier qu'il s'agit toujours d'une véritable mutilation. Mais, en dernier ressort, c'est la femme qui doit être maître de cette décision et non l'Etat. C'est également au nom de la libre disposition de son corps que nous devrons admettre un jour ou l'autre le droit des transsexuels à se faire opérer, c'est-à-dire à la castration. Des voix s'élèveront contre cette atteinte - définitive - à l'intégrité du corps, d'autres fustigeront ce délire des victimes que sont les transsexuels, mais là aussi, en dernier ressort, c'est à eux de choisir. Alors si une femme préfère gagner en deux nuits ce qu'elle ne gagnerait pas en un mois à l'usine, qui peut décider à sa place de l'utilisation de son corps ?
Rendons la parole aux prostituées, Le Monde, 31 juillet 2002, p. 11.
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A ceux qui seraient tentés de prendre des mesures coercitives contre toute prostitution, nous voudrions rappeler le devoir de modestie et d'écoute qui caractérise la démocratie. Il est urgent d'entendre les prostituées. L'objectif à poursuivre n'est pas la légalisation de la morale, mais de venir en aide à celles qui veulent en sortir et de respecter les autres. Toute loi qui se ferait sans elles ou contre elles serait par avance frappée d'illégitimité.
Ibidem, Le Monde du 31 juillet 2002.
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Mars 2002 : Publicis dans le peloton de tête mondial
Maurice Lévy, président de Publicis, a surpris le monde de l'économie et de la publicité en mettant la main sur Bcom3, le septième groupe mondial de publicité. Son faible endettement, la maîtrise de son capital, lui ont permis de réaliser cette opération qui s'est faite par émission d'actions et d'obligations. A la tête du quatrième groupe mondial de publicité, Maurice Lévy détaille cette opération fondamentale pour son entreprise.
LE FIGARO. – A vos yeux, quel est l'élément le plus important de cette fusion ?
Maurice LÉVY. – C'est la transformation du paysage publicitaire mondial. Notre marché était jusqu'à présent dominé par trois groupes, cette fusion vient perturber leur jeu. Elle nous permet de jouer un rôle essentiel parmi les plus grands en nous donnant une force que n'ont pas les autres concurrents. Par ailleurs, l'accord avec Dentsu nous apporte sur le marché japonais une position unique.
Notre groupe, c'est désormais 4,6 milliards d'euros de marge brute, plus de 30 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 38 000 salariés. C'est une position de numéro un en Europe. C'est le troisième groupe américain et le deuxième groupe mondial en achat d'espace. C'est le doublement de notre chiffre d'affaires en Amérique latine et une augmentation de 66 % de nos activités en Asie-Pacifique. Ce sont des positions mondiales exceptionnelles et c'est aussi un portefeuille de marques considérable. Je pourrais continuer.
Qu'avez-vous accepté en échange pour prendre ces positions dominantes ?
Nous avons réussi à faire cette opération sans rien renier de notre culture, de nos racines tout en confortant la position d'Elisabeth Badinter, présidente du conseil de surveillance et garante de l'avenir de Publicis.
Pourtant, le groupe Dentsu, avec 15 %, devient un actionnaire de premier plan dans le capital de Publicis ?
Oui, Dentsu détenait près de 22 % du capital de Bcom3. Cette opération de fusion doit lui permettre d'entrer dans le capital de Publicis. Pour pouvoir comptabiliser cette participation, selon la méthode de mise en équivalence, il lui faut un niveau de 15 %. Ces 15 % s'accompagnent d'un pacte d'actionnaires de douze ans renouvelable, par lequel Dentsu s'engage à soutenir nos actions et nos choix managériaux. Il comprend un standstill qui leur fait obligation pendant vingt ans de limiter leur participation à 15 %. Il inclut un accord stratégique signé avec Publicis et un accord de cession préférentielle à Elisabeth Badinter ou à toute personne qu'elle désignera. Cet accord consolide la position de Mme Badinter et nous donne accès à un nouvel axe stratégique de développement au Japon.
Avez-vous été intéressé pour entrer dans le capital de Dentsu ?
La possibilité nous en a été offerte. Après l'avoir étudiée, nous avons décidé que cela nous apporterait peu et mobiliserait une grande partie de nos ressources.
Ne craignez-vous pas que le management de Dentsu fasse plus entendre sa voix chez Publicis que vous ne ferez entendre la vôtre chez eux ?
Dentsu est représenté au conseil de surveillance où ils auront deux membres sur quinze. Ils feront entendre leur voix comme tout actionnaire. Ni plus ni moins. Quant à nous, nous n'avons aucune intention d'intervenir chez eux.
En revanche, l'accord stratégique que nous avons signé avec eux a une portée considérable. Il s'agit d'envisager des développements importants sur trois plans :
– Nos clients vont pouvoir bénéficier d'un accès privilégié au Japon grâce à ce partenariat tout en étant assurés que leur stratégie sera bien respectée. Les clients de Dentsu pourront être servis par les réseaux du groupe Publicis.
– Nous envisageons de lancer des joint-ventures, notamment dans le domaine du marketing sportif, marché largement dominé par Dentsu sur le plan mondial, partenaire de la Fifa.
– Enfin, nous avons la possibilité d'offrir aux annonceurs mondiaux des contrats d'achat d'espace qui vont couvrir la totalité du monde, y compris le Japon. C'est un avantage compétitif décisif.
Il faut bien voir que l'aspect le plus important de ces accords, au-delà la dimension stratégique du partenariat avec Dentsu, est surtout le fait que Publicis, en acquérant 100 % du septième groupe mondial de publicité, se place dans le peloton de tête mondial.
Selon vous, combien de groupes mondiaux vont survivre à moyenne échéance ?
La taille atteinte par chacun de ces quatre groupes est telle que le fossé qui les sépare des autres est infranchissable.
Nous sommes deux fois plus gros qu'Havas, mais ce n'est pas là le vrai sujet. Cette course à la taille ne m'a jamais intéressé en tant que telle. Elle nous motive parce qu'elle apporte à nos clients un accès à de meilleures conditions, à un ensemble cohérent de services et des positions de leader.
Pour un annonceur mondial, qu'est-ce qui est le plus important : la création, l'achat d'espace, les marketing services?
Pour les clients mondiaux je serais tenté de dire que tout est fondamental, la meilleure couverture mondiale, l'approche de la communication qui permet le mieux de répondre aux besoins des annonceurs et, par conséquent, d'augmenter leurs parts de marché. La possibilité de communiquer de manière holistique, c'est-à-dire en utilisant tous les moyens de communication. Enfin, les annonceurs souhaitant conserver leurs agences, il faut pour cela qu'elles soient solides.
Maintenant que vous êtes un véritable groupe mondial, quel est le continent qui va être votre centre de préoccupations ?
Nous sommes français de naissance, européens de nature et mondiaux par vocation. Nous sommes attachés à nos racines et à l'héritage de Marcel Bleustein-Blanchet et nous croyons aux valeurs de l'entreprise, telles qu'elles nous ont été transmises au fil des ans. Le siège de Publicis est à Paris et les instances de gouvernance aussi. Et le resteront. Le marché américain représente 45 % du marché mondial, nous y avons une part importante puisque nous serons après cette opération le troisième groupe américain. Il est clair que les Etats-Unis vont jouer un rôle majeur dans notre stratégie mondiale. Il est clair aussi que le Japon va jouer un rôle primordial, mais rien de tout cela ne doit nous faire perdre de vue d'où nous venons et ce que la France nous a apporté pendant soixante-quinze ans.
Comment avez-vous pu convaincre des partenaires dont les intérêts pouvaient être contradictoires de s'associer à cette opération ?
Il a fallu d'abord convaincre Bcom3 qu'il était bon de se marier avec Publicis. Il a fallu convaincre Dentsu qu'il valait mieux détenir 15 % d'un ensemble plus grand que de réaliser une acquisition à 100 % de Bcom3, et ensuite il a fallu les persuader de les réunir pour bâtir un accord susceptible de redéfinir le paysage. Je dois dire que, sur un plan stratégique, tout le monde a été d'accord d'emblée et que les véritables difficultés ont commencé avec la mise en musique de ces accords. D'ailleurs, les discussions techniques se sont terminées à 3 heures du matin hier. Je crois que nous avons affaire à des hommes de très grande qualité, et c'est ce qui me donne une très grande confiance en l'avenir.
A propos, auriez-vous imaginé un jour que vous seriez à la tête du quatrième groupe mondial ?
Franchement, non. Mais je suis formidablement heureux parce que c'est le Publicis de Marcel Bleustein-Blanchet qui continue. C'est une belle victoire pour la France – pourquoi se priver d'un cocorico ? –, et puis cela me fait un petit chatouillis dans le creux de l'estomac.
lefigaro.fr, Propos recueillis par Emmanuel Schwartzenberg
[08 mars 2002]
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(avril 2003, voile islamique) La philosophe Elisabeth Badinter réagit au débat : «Si on accepte cette symbolique, fini l'égalité des sexes»
Dans son dernier livre, Fausse route, la philosophe Elisabeth Badinter consacre un chapitre à ce qui reste pour elle «la première grande défaite de l'universalisme» : en 1989, sous l'événement apparemment anodin du port du foulard par des jeunes filles musulmanes, on a admis pour la première fois une différence de statut entre l'homme et la femme. Selon vous, le voile n'est pas seulement un défi lancé à la laïcité traditionnelle, c'est aussi l'affirmation de devoirs spécifiques qui incombent à la femme en vertu de sa nature. Pourquoi ?-------
(avril 2003) Le féminisme dans tous ses états
Le J'accuse d'Elisabeth Badinter
Dans Fausse Route (éd. Odile Jacob), la philosophe, qui fut une militante de la première heure, juge très sévèrement les dérives de celles qui prétendent défendre les femmes. Elle s'explique dans L'Express
C'est une petite bombe que lâche Elisabeth Badinter dans le conformisme tranquille où ronronne le féminisme français depuis quelques années. Halte-là, lance-t-elle, le féminisme français fait «fausse route» - c'est le titre du livre qu'elle publie ces jours-ci chez Odile Jacob. Non, les femmes ne sont pas toutes les victimes - passées, présentes ou à venir - des hommes. Non, les dissemblances entre les sexes ne sont pas plus grandes que leurs ressemblances. Non, insiste-t-elle, nous ne sommes pas une espèce fragile à protéger à grand renfort de quotas. Et de s'indigner contre l'imagerie doloriste dessinée par le lamento des féministes: «On s'intéresse moins à celle qui réalise des exploits qu'à la victime de la domination masculine, écrit-elle. La superwoman a mauvaise presse. Au mieux, c'est une exception à la règle, au pis, une privilégiée égoïste qui a rompu le pacte de solidarité avec ses sœurs souffrantes.»
Ce livre est un événement. Car, à 59 ans, Elisabeth Badinter est l'une des intellectuelles qui ont le plus ardemment construit l'édifice théorique dont se nourrit le féminisme français. Pendant trente ans, la philosophe a accompagné le combat militant du Mouvement de libération des femmes (MLF), sans appartenir à aucune de ses chapelles. Aujourd'hui, elle s'insurge contre son évolution. Ses «dérives», dit-elle.
A 59 ans, elle est l'une des intellectuelles qui ont le plus ardemment construit l'édifice théorique dont se nourrit le féminisme français. Au même moment, deux chercheurs - la juriste Marcela Iacub et le démographe Hervé Le Bras - s'attaquent au dernier texte sacré du féminisme: l'Enquête nationale sur les violences envers les femmes en France (Enveff). Réalisée en 2000, cette enquête est la première du genre et de cette ampleur dans notre pays et ses résultats ont été abondamment repris depuis deux ans. Il y est en particulier affirmé que 1 femme sur 10 déclare avoir subi des violences conjugales au cours des douze derniers mois. Or Hervé Le Bras et Marcela Iacub suggèrent que ses auteurs ont sacrifié la rigueur au militantisme, dans le but plus ou moins conscient de légitimer une idéologie «victimiste». Dans le prochain numéro de la revue Les Temps modernes, publié ces jours-ci, ils se livrent à un démontage de cette enquête, qui, déplorent-ils, «obtient ses résultats par une redéfinition préalable de ce qu'elle prétend mesurer, jouant du flou des mots pour épaissir celui des maux» (lire l'article). Les deux chercheurs s'interrogent: «Comment un tel travail a-t-il pu être mené dans le cadre d'une commande officielle?» Ces petits arrangements avec la neutralité scientifique n'avaient pas échappé à Elisabeth Badinter. La posture victimiste n'est pas sa tasse de thé. Ce féminisme-là n'est pas celui dont elle avait rêvé quand, jeune agrégée de philosophie, elle pensait que des bagarres pour l'avortement et l'égalité allait émerger une génération de battantes. Trente ans plus tard, elle observe amèrement que les journaux féminins répugnent à célébrer à la Une l'exploit de la navigatrice Ellen MacArthur et préfèrent «policer la sexualité masculine» ou laisser exalter par des élues de tous bords cette croyance en l'«autre façon» de faire de la politique qui fait niaisement écho au mythe de l'éternel féminin. Son féminisme à elle est trempé dans la conviction forte que les déterminismes sexuels pèsent peu en regard de l'éducation: on est ce que l'on devient. «Je suis devenue féministe en 1960 dans le bus de la ligne 82, en lisant Le Deuxième Sexe, et j'avais 16 ans. Ce fut une révélation.» De cette admiration «folle» pour la Simone de Beauvoir de sa jeunesse, elle a conservé aujourd'hui encore ce refus orgueilleux d'être réduite à sa «différence» sexuelle. A l'époque, pourtant, elle n'a guère de raisons personnelles de se rebeller contre la condition féminine. «Comme disait Tocqueville à propos de la Révolution française, ce sont toujours les plus privilégiés qui ne supportent pas la moindre injustice», sourit-elle. Fille cadette de Marcel Bleustein-Blanchet, auquel elle succédera, en 1996, à la présidence de Publicis, elle raconte que son père s'est beaucoup occupé d'elle et lui répétait: «Accroche-toi avec les ongles. Travaille, tu obtiendras ce que tu voudras. Dans la vie, tu ne dois te laisser faire par personne.» Marcel, fils d'un couple d'immigrés russo-polonais, avait quitté l'école communale à 12 ans pour aller aider son père au magasin de meubles du boulevard Barbès. «Mes parents n'avaient pas de fils, précise Elisabeth Badinter. Nous étions trois filles. Mon père était très convaincu de l'égalité des sexes. Et ma mère aussi, qui occupait un emploi au magazine Elle.» Ce n'est pas la nature qui nous détermine------------
Elisabeth Badinter, philosophe, défend une école républicaine mixte: «On ne soigne pas la violence par la séparation des sexes»
Philosophe, féministe, auteure cette année de Fausse Route (éditions Odile Jacob), Elisabeth Badinter décortique les débats qui secouent l'école républicaine. L'école de la république est attaquée de tous côtés : on questionne «les pièges de la mixité», on évoque un retour possible de l'uniforme... Les pratiques du passé sont-elles des solutions aux problèmes contemporains ?--------
2007. Airbus. Présidentielle.
Les patrons exagèrent, les candidats en profitent
Challenges.fr | 19.04.2007, p. 14
par Anne-Marie Rocco et Héloïse Bolle et Jean-Pierre de la Roque et Odile Benyahia-Kouider
Le problème, c'est que le co-président d'EADS, lui, ne voulait pas du tout abandonner son poste, et que pour le licencier sans indemnité il fallait mettre en avant une « faute » de sa part. Bien entendu Forgeard aurait attaqué en justice, mettant en avant les déconvenues de l'A 380 dans l'usine de Hambourg qui lui avaient été cachées. On voit déjà le linge sale franco-allemand déballé devant les prud'hommes ! Séparation à l'amiable Il n'en a pas fallu davantage pour que Thierry Breton, le ministre de l'Economie, impose un règlement négocié (point de vue contesté par le ministre Breton lui-même, notedt).
Les relations entre les actionnaires industriels et l'actionnaire public ont dès lors pris un tour tellement conflictuel qu'il a fallu faire appel à Maurice Lévy, président du directoire de Publicis, le médiateur des causes impossibles.
« Son rôle a consisté à convaincre Noël de partir, et à convaincre les actionnaires d'accepter une séparation à l'amiable, confie un proche du dossier. Et la seule solution intelligente consistait à assurer la bonne exécution du contrat. » Lequel prévoyait une indemnité de départ de 6,1 millions d'euros ainsi qu'une prime de non-concurrence de 2,4 millions lui interdisant de travailler dans le secteur aéronautique.
Et « le premier scandale, c'est que c'est légal ! » s'indigne Jean-François Knepper, délégué FO d'Airbus. Ce contrat fut exécuté, dans la douleur. Car Noël Forgeard, vexé d'être démis de ses fonctions, exigeait encore plus d'argent, mettant en avant ses états de service à Airbus : quasiment dix ans aux manettes, une place de leader mondial, et des centaines d'avions dans le carnet de commandes.
Avec 8,5 millions d'euros de dédommagements, Forgeard n'a pas l'intention de rendre son indemnité. Son éviction n'est, pour lui, en rien comparable à celle de Pierre Bilger à Alstom, qui a préféré rembourser la quasi-totalité des 4 millions touchés lors de son départ forcé. Il est vrai que, même si les deux entreprises ont été confrontées à un sinistre comparable – de l'ordre de 5 milliards d'euros –, il a laissé Alstom au bord de la faillite, alors qu'EADS ne prévoit aucune difficulté financière, tout du moins avant 2010. Il reste que l'affaire va contribuer à élargir le fossé entre les Français et les grandes entreprises. Tout comme le chèque de 5,7 millions attribué à Serge Tchuruk, PDG d'Alcatel durant onze années au parcours boursier chaotique – Alcatel ne vaut que 9 euros après avoir coté 13,80 euros à son entrée en fonctions –, et qui conserve le titre de président non exécutif, poste pour lequel il ne touchera pas de salaire. Ou comme la course aux dividendes, qui ont atteint pour les entreprises du Cac 40 des niveaux très élevés, alors que les augmentations salariales restent chiches. Les grands actionnaires d'EADS auraient voulu que Forgeard parte sans se prévaloir de son parachute doré.
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Les candidats et le Cac 40
DIVIDENDES :
Ce que disent les candidats
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SALAIRES DES PATRONS : Ce que disent les candidats
Ségolène Royal : « Il y a des dirigeants d'entreprise scandaleusement payés par les actionnaires et qui ne peuvent après résister à la tentation de plans de licenciements boursiers. » Philippe de Villiers : « Nous souhaitons que l'écart soit réduit entre les petits salaires et les salaires des patrons. » Olivier Besancenot : « Une fois de plus, le grands patrons s'en mettent plein les poches. »-------
PUBLICIS GROUPE versera un dividende de 0,50 euro par action (AOF) - A l'issue de l'Assemblée Générale qui s'est tenue lundi sous la présidence de Madame Elisabeth Badinter, Présidente du Conseil de Surveillance, et de Monsieur Maurice levy, Président du Directoire, les actionnaires ont approuvé la fixation du dividende à 0,50 euro par action, soit une progression de 39% par rapport à 2005. Le versement débutera le 3 juillet.
Evoquant les perspectives de l'année en cours, Maurice Lévy a déclaré : "2007 démarre très bien avec un New Business net de 2,5 milliards de dollars pour le seul premier trimestre.L'intégration de Digitas se déroule selon les plans et de façon très satisfaisante comme l'indique la croissance du premier trimestre à 16,8 %. Je suis confiant pour 2007 et confirme notre objectif de croissance de l'ordre de 5 % avec un rythme progressif et une accélération dans la deuxième partie de l'année."------