03 février 2017 : Le juge rejoint Macron

Octobre 2007 : L'attaque de Sarkozy
Janvier 2007 : Le retour du magistrat fabiusien ; à 6 000 euros par mois ;
Février 2006 : Futur député socialiste ...?
Juin 2003 : Il quitte Chevènement.
14 novembre 2002 : Condamné pour diffamation à l'égard du procureur de la République de Créteil.

Sans peur et sans regret (2006)
Eric Halphen

Né en 1960, issu d'une excellente famille juive républicaine de Versailles, ses parents étant tous les deux journalistes (Paris-Presse, Elle), élève à l'Ecole nationale de la magistrature de Bordeaux/Paris (ENM), juge d'instruction en 1984 (Le juge d'instruction est l'homme le plus puissant de France, voir texte n°1), en charge du dossier des HLM de Paris en 1994, il se heurte aux politiques, et principalement au président de la République M. Jacques Chirac ... (voir affaire Schuller-Maréchal).
Constatant qu'un juge d'instruction n'est pas nécessairement aussi "puissant" qu'un politique, le juge Halphen se fait mettre en disponibilité en 2002, et, après une tentative auprès des socialistes ..., soutient M. Jean-Pierre Chevènement, candidat socialiste national souverainiste à la présidentielle.
M. Chevènement n'obtenant, le 21 avril 2002, que 5,26 % des suffrages exprimés et M. Jean-Marie Le Pen, candidat de la droite nationale souverainiste, étant en deuxième position (16,86 %) devant le candidat trotskiste socialiste social-démocrate M. Lionel Jospin (16,18 %), M. Eric Halphen décide, comme MM. Laurent Fabius et Dominique Strauss-Khan, de voter pour M. Chirac.
Aux législatives, candidat "chevènementiste" (?) dans l'Essonne, il n'obtient au premier tour que 10,50% des suffrages exprimés et est éliminé ....
Auteur de Sept ans de solitude, Denoël, Paris 2002, et du roman Bouillottes, Gallimard, Paris 1998.

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Le seul à avoir retenu mon attention ce jour-là fut un juge. Installé au bureau du maître, devant le tableau noir, il parlait longuement de la grandeur de la tâche de juge d'instruction. J'ai tout oublié de cet homme, son nom comme les traits de son visage, mais je garde encore en mémoire l'une de ses phrases, prononcée avec l'autorité que confèrent à la fois la hauteur de l'estrade et l'âge de l'orateur :« Le juge d'instruction est l'homme le plus puissant de France. Même le président de la République, si le juge le convoque, est obligé de lui obéir. »Bien que n'ayant jamais eu le goût de la puissance ni du pouvoir, cette phrase est restée gravée quelque part dans un coin de mon inconscient. Elle se révélera, beaucoup plus tard, d'une cruelle ironie.
Sept ans de solitude, p. 16

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Quelques-uns des 350 dossiers que j'ai instruits durant mes trois années à Douai me restent donc en mémoire. Ils méritent à mon sens une attention particulière, dans la mesure où chacune de ces affaires soulève des ques- tions générales relatives à l'exercice de la justice. À commencer par le fonctionnement des cours d'assises.
J'ai ainsi traité le dossier d'un boulanger, installé dans un petit village du Nord, qui avait étranglé sa femme un soir de colère. Cet homme ne supportait plus les crises de nerfs de son épouse chaque fois qu'il allumait la télévision. Durant des mois, il s'était contenu, tolérant tant bien que mal les cris et les pleurs, jusqu'au soir fatidique où la femme en rage avait jeté à terre le poste de télévision, le brisant net. Le boulanger s'était alors approché d'elle et l'avait étranglée. Les faits étaient établis, la culpabilité de l'individu parfaitement reconnue, je l'ai donc mis en détention. Mais tout son village a signé une pétition pour sa libération, tant et si bien qu'au bout de plusieurs mois il a été libéré. Quelques jours avant le procès, son avocat est venu me voir en me prédisant un acquittement. Ce qu'il a obtenu. Le même avocat est ensuite revenu dans mon bureau, pour m'expliquer que s'il avait pu obtenir ce résultat, c'était parce que son client était boulanger. Et seulement pour cela. Un boucher ou un charcutier aurait à coup sûr écopé d'une peine de prison ferme pour les mêmes faits.
Quelques mois plus tard, je siège à la cour d'assises de Saint-Omer qui doit juger un boucher, justement. L'homme, qui travaillait dans une grande surface, avait tué sa compagne parce qu'elle l'avait trompé. Le crime passionnel par excellence, avec toutes les circonstances atténuantes imaginables. Les jurés ne l'ont pas entendu ainsi. Pour eux, cet assassinat ne pouvait être comparé aux deux précédentes affaires de la session, un viol et un vol avec arme. Au point que durant le délibéré, avec mes deux autres collègues magistrats professionnels, nous avons véritablement argumenté pendant plusieurs heures pour les convaincre d'accorder les circonstanœs atténuantes. Sans cela, l'accusé aurait pris de façon automatique la peine maximale, en l'espèce la perpétuité. Après beaucoup d'efforts, nous avons réussi à faire fléchir les jurés. Le boucher n'a pris «que» dix-huit ans. Pour des faits similaires, un boulanger est acquitté quand un boucher se voit infliger dix-huit années de réclusion... Voilà entre autres pourquoi je suis définitivement pour la suppression des jurys populaires.
Je pourrais citer bien d'autres cas tout aussi révélateurs de ces dysfonctionnements graves et inquiétants. Ainsi, quelques années plus tard. Pendant un délibéré, les choses se passent toujours de la même façon. Il y a d'abord un tour de table, durant lequel chacun des jurés s'exprime. Ce qui permet en général de constater que le premier qui parle a toujours raison. Puis vient un premier vote sur la culpabilité du ou des accusés, au moyen d'un bulletin sur lequel chaque juré inscrit «oui» ou «non ». Si le oui l'emporte, le président procède alors à un deuxième scrutin, concernant cette fois la peine à infliger. Les jurés doivent cette fois inscrire un chiffre, correspondant à un nombre d'années de prison. Ces votes se succèdent jusqu'à ce qu'une majorité de 7 voix au moins se dégage sur une peine. Ce jour-là, au milieu des bulletins marqués "15", "14" et "12", une main anonyme avait écrit "oui". L'un des jurés n'avait manifestement rien compris à ce qu'avait expliqué le pré sident. Il n'avait sans doute pas plus compris ce qui s'était passé pendant tout le procès. Mettre la vie de quelqu'un entre les mains de gens qui ne comprennent pas toujours ce qui se passe, cela me paraît extrêmement dangereux.
Ibidem, p. 34-36.

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Si je m'ennuie, à Chartres, ce n'est pas par manque de travail. Je trouve en arrivant dans mon cabinet 180 dossiers en cours, ce qui est énorme. Bien peu sortent de l'ordinaire. En revanche, c'est là que je vais devoir m'atteler à mon premier vrai dossier financier. L'affaire est à l'instruction depuis quatre ans lorsque je m'y plonge. Il s'agit d'une histoire très compliquée d'escroquerie, d'abus de confiance, de fraude, de détournement, de faux en écriture. Elle concerne un Algérien qui avait travaillé chez Iveco, un fabriquant de camions, qui en avait profité pour détourner des certificats des Mines. Ces papiers très officiels, sortes de "cartes d'identité" de tous les véhicules, lui avaient permis de vendre en son nom des camions qui ne lui appartenaient pas. Le préjudice est important, sans doute plusieurs dizaines de millions de francs. L'instigateur de ce trafic se dit très proche du gouvernement algérien de l'époque. n est d'ailleurs défendu par un avocat algérien, qui mal- heureusement sera plus tard assassiné à Alger.
C'est en instruisant ce dossier, à force de le lire et de le relire pour essayer de comprendre, que je vais me former vraiment aux affaires financières. Si, plus tard, j'ai voulu instruire à Créteil des dossiers financiers, peut-être que cette histoire de camions n'y est pas pour rien. Toujours est-il que je parviens en deux années à boucler l'affaire, et à renvoyer le principal suspect devant le tribunal, qui le condamne. Il assignera ensuite la France devant la Cour européenne des droits de l'homme, estimant qu'en raison des six années qu'avait duré l'instruction, il n'avait pas été jugé dans un délai raisonnable. L'inculpé ne s'était pourtant pas gêné, durant toute la procédure, pour multiplier les demandes d'actes supplémentaires, d'expertises nouvelles, de contre-expertises, faisant appel en cas de refus. Il a donc lui-même grandement contribué à ralentir l'enquête. N'empêche, la Cour européenne condamnera la France pour lenteur excessive de l'instruction.
Ibidem, p. 47-48.

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Cet acte du printemps 2001 va causer ma perte. Cette demande sera en effet à l'origine de mon dessaisissement. Elle est pourtant parfaitement normale et logique. Dans le dossier des HLM de Paris, des chefs d'entreprise expliquent sur procès-verbal qu'ils versent de l'argent pour le RPR. À l'époque des faits, le président de ce parti s'appelle Jacques Chirac. D'autres témoins assurent que de l'argent va aussi à la mairie de Paris. Le maire de Paris de l'époque s'appelle Jacques Chirac. Les faits délictueux concernent essentiellement l'Opac, dont les dirigeants principaux du moment ont été désignés par Jacques Chirac. Tout milite donc pour qu'à un moment ou à un autre Jacques Chirac soit entendu. Si j'avais voulu peser volontairement sur l'élection présidentielle de 1995, j'aurais pu le convoquer quelques semaines avant le premier tour pour l'interroger sur le fonctionnement de l'Opac et sur les hommes qu'il y avait placés. Je n'ai pas souhaité le faire. De même, au moment de clôturer mon dossier à la fin de 1999, j'ai estimé ne pas avoir suffisamment d'éléments tangibles entre les mains.
Ibidem, p. 98.

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Il peut arriver que le juge résiste aux tentatives de déstabilisation. Si les coups tordus, les refus systématiques de réquisitoires supplétifs du parquet ou les mutations des policiers qui travaillent trop bien avec lui n'arrêtent pas son enquête. Si les rumeurs les plus salissantes ou les manipulations de l'opinion publique ne suffisent pas, il reste un ultime recours : tenter d'obtenir l'annulation de la procédure. Cette arme, dont les avocats usent sans modération, est d'une redoutable efficacité. Certes, elle ne fait pas mouche à tous les coups. Il y a beaucoup de recours et peu d'annulations. Mais lorsque la mèche prend, le pétard est dévastateur. Non seulement il ruine tout ou partie du dossier, réduisant à néant des mois voire des années de travail ; mais de plus il permet de faire passer le juge pour un médiocre professionnel. Certains avocats ne se gênent pas en effet pour se répandre dans les couloirs des palais de justice ou dans les salles de rédaction sur ces annulations, preuves de l'insuffisance technique de ce juge.
En poste depuis dix-huit ans, je suis l'un des plus anciens juges d'instruction de France. J'ai rencontré dans ma carrière bon nombre de cas difficiles au niveau de la procédure. J'ai eu à affronter beaucoup de problèmes nouveaux, souvent inédits. Je me suis frotté à des bataillons d'avocats, soi-disant extrêmement bons procéduriers. Je crois que tout œla a fait de moi un hon- nête praticien de la procédure. C'est du moins ce que pensent certains de mes collègues, parmi les plus expérimentés et les plus réputés. Sinon, pourquoi se donneraient-ils la peine de m'appeler pour me demander mon avis sur tel ou tel point de procédure? Je me souviens encore fort bien de ce coup de téléphone d'un conseiller de la chambre d'accusation, vantant la façon dont j'avais instruit un dossier difficile et qui m'avait demandé l'autorisation de diffuser à l'ensemble des juges d'instruction de la cour l'une de mes confronta- tions, qu'il trouvait exemplaire. J'ignore s'il l'a fait, mais cet appel m'avait rassuré, me montrant qu'on savait apprécier ma technicité.
Ibidem, p. 123-124.

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Dans la Justice, il y a beaucoup de carriérisme, de médisance, de jalousie. Beaucoup de collègues ont tou jours fait preuve d'une jalousie extrême vis-à-vis des quelques-uns de leurs pairs qui avaient acquis une petite ou une grande notoriété. Le fait que l'on parle de moi dans les journaux a engendré chez beaucoup, y compris des gens qui ne me connaissent pas, que je ne connais pas et que je n'ai même jamais eu au téléphone, une jalousie très importante. Suffisante parfois pour en faire des relais de certains bruits sur mes compétences, mes opinions politiques ou ma vie privée. Et certaines décisions ont pu être inspirées par cette jalousie.
Ibidem, p. 143.

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La corruption prend parfois une autre dimension qu'un simple intérêt personnel. Récemment, à l'occasion d'un dossier, j'ai interrogé un mis en examen au passé sulfureux. Cet homme avait semble-t-il beaucoup travaillé pour certaines officines aux activités « parallèles ». Et selon ses dires, il avait été impliqué dans un trafic d'armes avec l'ex-Yougoslavie. C'est dans ce cadre qu'il m'a parlé d'un rendez-vous, en Belgique, dans un entrepôt. Il s'agissait de vérifier un chargement d'armes qui devait ensuite partir en ex-Yougoslavie sous couvert d'aide humanitaire. Arrivent au rendez-vous deux hommes bien habillés, aux apparences de la notabilité. Le visage de l'un des deux ne lui est pas inconnu.
Mais sur le moment, il est incapable d'y mettre un nom. Peu importe. Les visiteurs inspectent la cargaison, bombes, munitions, missiles. Le mis en examen est un homme méfiant et prudent. Il a, comme à son habitude, dit-il, pour ce genre de rencontre, placé une caméra dans l'entrepôt. La scène est ainsi fixée sur bande vidéo.
Bien plus tard, mon interlocuteur voit à la télévision un homme politique français de premier plan, ancien ministre de surcroît. Et là, il comprend. Celui de ses deux visiteurs dans l'entrepôt belge dont la tête lui disait quelque chose, c'est lui. Ce qui veut dire que, parfois, certains hommes politiques sont impliqués dans des affaires qui dépassent de loin ces histoires de corruption.
Ibidem, p. 171-172.

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Plusieurs de mes collègues m'ont demandé ce que je pensais des hommes politiques que j'avais rencontrés à l'occasion de mes dossiers. J'ai surtout été surpris de constater que, face à moi, ils avaient en général un comportement digne du délinquant de base. Confrontés aux premières questions gênantes, ils répondent tous systématiquement sur le mode "je n'étais pas au courant", "je ne m'occupais pas de ça", "je ne savais pas que c'était illégal", "ce n'est pas moi". Jamais je n'ai vu un politique reconnaître spontanément un fait qui lui était reproché tant que je ne lui avais pas montré les éléments à charge du dossier ou qu'il n'avait pas été confronté à ses accusateurs.
D'autre part, ils ont une attitude assez méprisante vis-à-vis de ce "petit juge" qui ose les déranger dans leur vie politique et contrarier leurs objectifs de carrière. Avec des tirades prêtes à l'emploi :« Comment osez-vous supposer que moi, ancien directeur du cabinet de Machin, ancien préfet de Chose, ancien conseiller diplomatique de Truc, moi qui ai ces si brillants états de service, je me serais laissé entraîner à commettre telle infraction? » Comme s'il existait une catégorie particulière d'hommes, celle des hommes politiques, qui serait la seule à ne jamais commettre la moindre infraction.
Ibidem, p. 175-176.

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Mai 2002 : Les premiers pas du juge candidat

«BONJOUR, je suis Eric Halphen… »
Dans le petit matin frais de Gif-sur-Yvette, devant la gare RER, le juge en disponibilité fait campagne.
Candidat dans la 5e circonscription de l'Essonne (Orsay - Les Ulis), l'ex-magistrat rallié à Jean-Pierre Chevènement, accompagné de militants, distribue des cartes postales à son effigie : « Eric Halphen, le droit d'y croire encore. »
Le nom de Chevènement n'y apparaît pas. Et celui du Pôle républicain à peine, en tout petit.
« Je me présente ici parce que je n'ai pas le droit de briguer un mandat de député dans le Val-de-Marne où j'habite, car j'y ai exercé comme juge », explique d'emblée Halphen à ses interlocuteurs.
Ici, il se prépare à affronter le député RPR sortant Pierre Lasbordes, et le Vert Stéphane Pocrain, soutenu par le PS.
Il croit ferme en ses chances, dans cette circonscription où Chevènement a recueilli un peu plus de 8 % lors du premier tour de la présidentielle.
A Gif-sur-Yvette, petite ville cossue, tout le monde reconnaît « le juge Halphen », et l'accueil est bienveillant.
A quelques exceptions près. « Un juge, ça ne fait pas de politique », lui lance un sexagénaire sur le quai du RER. « Quand j'étais juge, je ne faisais pas de politique », répond Halphen. « Non, à peine ! s'indigne l'homme. Dans la cassette Méry, on disait aussi que le PS avait touché, et vous ne vous êtes intéressé qu'à Chirac ! » « Mais je n'ai pas eu le droit de m'occuper de la cassette Méry ! » s'étrangle Halphen.
Mais déjà l'électeur s'éloigne : « Mon train arrive. Sans rancune. » « Ben, de quoi ? » s'amuse le candidat, un rien perplexe…

« Ah ! Il y a quand même des gens qui ne sont pas RPR »

Un jeune agent de la RATP s'approche. « Je viens de finir votre livre, dit-il. Vous allez faire un tabac dans les cités : nous, les jeunes, on va au placard si on se fait serrer avec une barrette de shit. Et les politiques, eux, ne sont jamais condamnés… » « Vous avez raison, la priorité, c'est la morale politique », ajoute un voyageur qui passe.
« Ah ! Il y a quand même des gens qui ne sont pas RPR », sourit Halphen.
Une lycéenne aux longs cheveux blonds décide finalement de l'aborder et minaude : « J'ai beaucoup d'admiration pour vous. »
Halphen rougit jusqu'aux oreilles.
Une mère de famille s'effondre en pleurs dans ses bras : sa maison, raconte-t-elle, « est contaminée par le radium ».
Halphen écoute, rassure, note ses coordonnées.
Plus tard, c'est un Corse d'une cinquantaine d'années qui lui reproche son soutien à Chevènement : « Je vous aime bien, mais lui, c'est un traître, un salopard qui a fait perdre Jospin. »
Halphen objecte : « Il est le seul à avoir dénoncé la corruption des politiques… » En vain.
Un militant associatif de gauche lui confie alors son « inquiétude » : « Le Pôle républicain ne s'est situé ni à droite ni à gauche. On a besoin de clarté. »
Dans la 5e circonscription de l'Essonne, Halphen a trois semaines pour clarifier les choses.
Nathalie Segaunes, Le Parisien, samedi 18 mai 2002, p. 4

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France - L'ancien juge Halphen condamné pour diffamation

L'ancien juge d'instruction Eric Halphen a été condamné jeudi (14 novembre 2002) à 1.000 euros d'amende pour diffamation envers le procureur de la République de Créteil, Michel Barrau. Son éditeur, Denoël, a été condamné à la même amende par le tribunal correctionnel de Lyon. Dans son livre "Sept ans de solitude", publié en mars et tiré à 215.000 exemplaires, Eric Halphen, qui avait instruit l'affaire des HLM des Hauts-de-Seine au tribunal de Créteil, s'en prenait directement au procureur Barrau qu'il accusait d'avoir saboté son travail et d'avoir été à l'origine de son dessaisissement du dossier. L'auteur et son éditeur devront en outre verser chacun un euro de dommages et intérêts à Michel Barrau. La condamnation est assortie d'une obligation de publication du jugement dans trois organes de presse. Les passages incriminés devront par ailleurs être retirés en cas de nouvelle édition. Le 1er octobre, lors de l'audience, le procureur avait requis une "forte amende" contre Eric Halphen, estimant son attitude envers son ancien supérieur hiérarchique "peu digne et totalement déloyale". Le tribunal, qui n'a pas retenu la bonne foi de l'auteur, a jugé deux des trois passages de l'ouvrage dont se plaignait le procureur Barrau "susceptibles de porter atteinte à l'honneur" de ce magistrat. Le juge Halphen est en disponibilité depuis janvier dernier.
AFP/Reuters Europe, 14 novembre 2002, 16h30

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(Juin 2003) Eric Halphen quitte Chevènement

La passade aura durée à peine plus d'un an.
L'ancien juge d'Instruction Eric Halphen a démissionné hier (26 juin 2003) du Mouvement républicain et citoyen (MRC) de Jean-Pierre Chevènement, où il était chargé de la culture, trois autres secrétaires nationaux lui emboîtant le pas.
Dimanche Alphen et ses amis avient refuséd'approuver la résolution votée à l'issue du conseil national.
Halphen reprochait de longue date au MRC de ne pas suffisamment affirmer son "ancrage à gauche".
En évoquant à la tribune une minorité de "gauchistes", Chevènement l'a incité à prendre la porte.
Halphen avait rallié le maire de Belfort pendant la présidentielle, au printemps 2002, avant d'être battu aux législatives de juin dans l'Essonne, sous l'étiquette du Pôle républicain.
Libération, 27 juin 2003, p. 11

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(Février 2006) Brève rencontre avec ... Eric Halfen
Sans peur et sans regret

Tout le monde se souvient du juge Halfen.
Chargé dès 1994 d'enquêter sur 1'"affaire des HLM de Paris", il fut dessaisi du dossier au terme de sept ans d'instruction pour avoir tenté de convoquer comme témoin un certain Jacques Chirac.

Un mois plus tard, il quittait la magistrature.
Depuis, Eric Halfen écrit. Absorbé ces jours-ci par la rédaction d'un plaidoyer en faveur du juge d'instruction (en réponse aux voix qui s'élèvent pour demander sa suppression), il publie en mars (2006) un troisième roman, une histoire d'amour entre un juge et sa prévenue, intitulé "Baisers maudits" (Buchet-Chastel). Et suit de loin le drôle de procès des HLM de Paris, privé de ses vrais responsables.

Le Nouvel Observateur. - Ne vous reprochez-vous pas aujourd'hui d'avoir convoqué Jacques Chirac et de ne pas avoir été, disons, meilleur stratège ?

Eric Halfen. - Non. J'assume une certaine forme de naïveté. On peut penser que cette convocation était maladroite, mais cet acte était conforme à ma conception du métier.

N. O. - Vous ne vous dites jamais que vous auriez dû rester ?

E. Halfen. - On m'avait dessaisi du dossier, et on ne fait pas appel de cette décision-là. Et puis j'étais juge depuis dix-huit ans. J'avais besoin de prendre l'air.

N. O. - Quel est votre pire souvenir de cette époque?

E. Halfen. - Quand je descendais dans le sous-sol de mon immeuble pour emmener mes enfants à l'école. Chaque jour j'avais peur que ma voiture soit piégée. J'installais mes enfants seulement quand j'avais démarré.

N. O. - On dit souvent que vous avez « démissionné » de la magistrature. Or vous êtes juste en disponibilité...

E. Halfen. - Mon métier, je l'ai aimé et je l'aime toujours. C'est comme avec une femme, quand on ne l'aime plus, on l'aime encore. Je n'ai jamais exclu un possible retour d'affection.
Je suis très souvent arrêté dans la rue par des gens qui me disent: " On a besoin de gens comme vous." Je pense alors que mon utilité sociale est dans la magistrature. D'autres fois, je sens que je n'ai plus rien à y faire. Pourquoi s'user, si c'est pour être aussi déçu? C'est mon côté aquaboniste. Mais j'ai d'autres envies, comme revenir en politique.

N. O. - Comment?

E. Halfen. - Je me vois bien député. Ce rôle de clignotant social me conviendrait.

N. O. - Dans quelle famille politique?

E. Halfen. - Le PS.

N. O. - Vous semblez proche d'Arnaud Montebourg...

E. Halfen. - Je suis en accord avec lui quand il plaide pour un changement de Constitution et pour une VIe République. Certaines choses peuvent être réformées. Le président de la République a tous les pouvoirs et aucune responsabilité pénale ou politique.

N. O. - De quelle façon prenez-vous l'air depuis quatre ans?

E. Halfen. - C'est varié. Les Editions Bourin viennent de me confier une collection d'"éloges inversés" : imaginez Daniel Cohn- Bendit faisant l'apologie de l'ordre. A moi de trouver les premiers auteurs. Et puis je suis toujours membre d'Anticorps, association anticorruption née en 2002 en réaction au 21 avril.
Nous demandons que tout homme, ou toute femme, condamné pour une infraction financière soit inéligible à vie. Il y a en France 500 000 élus et leur image est parfois ternie par le fait qu'on maintienne au premier plan des gens qui ont été condamnés.

N. O. - Il est naturellement question de vous depuis le début du procès des HLM de Paris. Vous vous refusez à tout commentaire public, pour quoi?

E. Halfen. - Garder le silence est une forme de dignité.
Le nouvel observateur, 9-15 février 2006, p. 8, ANNE CRIGNON

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Paru le : 31/10/2006 Magistrature Le retour du juge Halphen

LE 14 JANVIER 2002, Eric Halphen annonçait dans nos colonnes son souhait de quitter la magistrature. Lassé de s'user « à courir après des moulins à vent », l'emblématique juge d'instruction de l'affaire des HLM de Paris et des Hauts-de-Seine claquait la porte, dégoûté des chausse-trapes systématiquement placées sur son chemin. Après plusieurs livres remarqués et un engagement temporaire auprès de Jean-Pierre Chevènement, il a décidé de revenir aux affaires. En janvier 2007, conformément à sa demande, Eric Halphen deviendra l'un des vice-présidents du tribunal de grande instance de Paris.

Pourquoi ce retour dans la magistrature ?

Eric Halphen.
Je n'ai en fait jamais quitté la magistrature. En 2002, j'avais demandé à être mis en disponibilité, mais je n'avais pas démissionné. Ça me laissait la liberté de revenir quand j'en avais envie, c'est aujourd'hui le cas. La lassitude que j'évoquais à l'époque s'est évanouie.
En quatre ans, j'ai pris du recul. Cela m'a fait du bien, j'ai pu respirer. Mais désormais, j'ai la sensation d'être un peu à l'écart. Si je veux un jour qu'il se passe quelque chose dans la justice, c'est mieux d'agir de l'intérieur. Enfin, même si je fais encore partie des gens qui vivent de leurs livres en France, je ne sais pas combien de temps ça va durer.
Il y a donc également un volet financier à mon retour : c'est plus rassurant d'avoir des rentrées d'argent régulières.

Avez-vous le sentiment que votre tâche sera plus facile ?

Je ne crois pas. Foncièrement, j'ai l'impression que rien n'a changé. Mais déjà, je ne vais pas revenir à l'instruction.
A l'audience, j'aurai un rôle à jouer sur le prononcé des peines. Je suis toujours sensible au fait que les peines infligées aux politiques qui détournent de l'argent public sont nettement moins sévères que celles qui frappent le gars qui pique un sac à main. En tout cas, je ne souhaite pas perdre la liberté de parole que j'ai acquise.

Quelles réformes de la justice appelez-vous de vos voeux ?

En premier lieu, je constate que, malgré Outreau, la véritable réforme qui s'impose n'aura pas lieu. Encore une fois, on aura droit à des rustines. Or, si on veut une justice plus indépendante et plus efficace, il faut commencer par lui donner les moyens de ses ambitions. Je rappelle par exemple qu'il y a en France cinq fois moins de magistrats qu'en Allemagne.
Ensuite, je souhaite une véritable réforme du Conseil de la magistrature (CSM) : c'est incroyable que cet organe soit encore présidé par le président de la République. Le CSM réformé devrait gérer la carrière des juges du début à la fin, mais complètement détaché du pouvoir politique.
Enfin, on ne peut pas parler d'indépendance de la justice sans évoquer la situation de la police judiciaire, qui n'est pas indépendante. Je demande le rattachement de la PJ au pouvoir judiciaire et non au pouvoir exécutif.

« Je préfère de loin la candidature de Laurent Fabius »

Vous ne comptez plus vous investir en politique ?

La chose politique m'intéresse toujours, même si j'ai constaté que les partis politiques sont parfois frileux. Je constate d'ailleurs que les programmes présidentiels sur la justice sont extrêmement légers. Mais je continue à suivre ça de très près, et notamment la bataille interne au PS.
Personnellement, je préfère de loin la candidature de Laurent Fabius. Ce sont ses idées que je partage le plus.
Propos recueillis par Timothée Boutry, Le Parisien, 31 octobre 2006, p. 15

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Libération, no. 7966 PORTRAIT, CHAMPENOIS Sabrina, lundi, 18 décembre 2006, p. 32 Eric Halphen, 47 ans. L'ex-juge de Créteil, mis en disponibilité après l'affaire des HLM de Paris, revient à la magistrature en tant que vice-président au TGI de Paris.

La chose est a priori anodine : un fonctionnaire en disponibilité s'apprête à réintégrer son administration, la prise de fonctions est prévue «vers la mi-janvier». Sauf que c'est Eric Halphen qui revient là aux affaires.
Halphen, l'ex-juge d'instruction de Créteil starisé par l'affaire des HLM de Paris, ce marigot politico-financier dont la mise au jour a pourri la vie du RPR de 1994 à 2001. Jusqu'à en inquiéter le président Chirac et lui arracher le fameux «abracadabrantesque»...

Dessaisi du dossier en septembre 2001, le magistrat a obtenu dans la foulée sa mise en disponibilité et publié Sept ans de solitude, où il détaille les peaux de banane, pressions et coups tordus encaissés au fil de la procédure. Au total, un réquisitoire best-seller (170 000 exemplaires) assez imparable sur les rapports entre pouvoirs politiques et institution judiciaire.
Et Halphen d'apparaître en chevalier blanc sacrifié sur l'autel du «système» vérolé. Une sorte de Lucky Luke anticorruption, prêt à dégainer y compris contre les puissants, même armé d'une pétoire ­ bon nombre d'observateurs l'estiment courageux mais parti au feu sans avoir bétonné son dossier. Au choix, naïf ou tête brûlée.

Alors, après, qu'il écrive des polars ou des nouvelles sur le rugby, qu'il entre en politique au côté du père fouettard Chevènement, puis cofonde le Mars (Manifeste pour une alternative républicaine et sociale), fraie un temps avec Montebourg et son projet de VIe République, avant de passer au MUC (Mouvement de l'utopie concrète) de Roland Castro, et d'embrayer sur Anticor, l'association d'élus contre la corruption... On a eu du mal à suivre, mais bon, le cap semblait grosso modo maintenu: celui du refus de composer, quitte à s'en trouver marginalisé. Casse-gueule mais pas dénué de panache. Du coup, qu'il revienne dans les clous surprend: le poor lonesome cow-boy Halphen aurait-il mangé son chapeau ?

«Je reviens à la magistrature par nécessité économique, et parce que j'ai ressenti le besoin de me recadrer après ces quatre ans de totale liberté, où j'avais parfois l'impression que les choses partaient en live.»

On retrouve Eric Halphen dans une grande brasserie parisienne, entre coquillages et abats. La dernière fois qu'on l'avait croisé, c'était entre deux coupes de champagne, pour l'anniversaire groupé de trois piliers du polar français. Souriant, à l'aise. Là, un peu moins, bras croisés en bouclier: «Je n'aime pas parler de moi.» Pour autant, ses fondamentaux demeurent. Aménité spontanée, curiosité de l'autre, aptitude à l'autodérision. Pas tanceur comme Montgolfier ou verrouillé comme Van Ruymbeke.
Il a surtout ce verbe pas du tout raide comme la justice, dépourvu de prudence rhétorique. Qui lui fait donc dire, là où d'aucuns auraient convoqué le sens du devoir ou des responsabilités, qu'il faut bien gagner sa croûte (en l'espèce, 5 000 à 6000 euros mensuels, ce qu'il trouve «très bien»).

Tout de même, il a publié en avril le Bal des outrés. Propositions en réponse à ceux qui veulent tuer le juge d'instruction, essai en réaction au débat qui a suivi l'affaire d'Outreau, et il temporise: «Si je ne crois pas au système, je crois aux individus et à la faculté de quelques-uns d'essayer d'oeuvrer à une justice plus égale. Et c'est quelque chose que je pense plutôt bien faire. Ma demande, je l'ai faite plutôt avec enthousiasme. Mais là, évidemment, l'élan est un peu retombé.» Il vient d'apprendre son affectation exacte, au sein du tribunal de grande instance de Paris, où il va exercer en tant que vice-président : à la 19e chambre, dont la principale attribution est... la circulation (les accidents, le recours contre le Fonds de garantie automobile, etc.).

«Evidemment que c'est une punition. J'ai émis des souhaits pour plusieurs chambres vacantes, notamment celle qui s'occupe de la propriété littéraire et artistique. Et voilà...» Le juge indocile sanctionné : la théorie est vraisemblable, mais ne convainc pas forcément les connaisseurs. Une observatrice : «C'est une chambre très technique, ce que lui n'est pas comme magistrat. Mais de là à parler de sanction... Il était juge d'instruction, il est parti quatre ans, il revient vice-président, ça va !» En tout cas, lui qui s'est longtemps défié d'une reconversion dans le privé («Ne pas servir d'alibi anticorruption») dit en envisager désormais l'éventualité.

On suggère que passer comme ça de l'enthousiasme au dépit, comme changer de parti tous les six mois, a un côté velléitaire. Ce qui le pique au vif, sanguin sous ses airs de rat de bibliothèque. «Pas velléitaire. Exigeant. Quand je m'engage quelque part, j'ai envie que les gens et leurs idées correspondent à ce que j'attends d'eux. Alors au début j'y vais avec mon optimisme, et puis je me rends compte que ce n'est pas ça et je m'en vais... C'est assez le cas pour tout d'ailleurs.» C'est-à-dire ? La perche de la vie privée est tendue, mais il oppose là sa seule fin de non-recevoir : «Je ne vois pas pourquoi on parlerait de mon célibat ou de mon non-célibat.» Eh bien, pour savoir s'il est parvenu à se remettre de ce pataquès, qui l'a, au premier chef, fait divorcer de la mère de ses deux enfants.

Une juge d'instruction avec laquelle il a vécu quinze ans, et dont le père, le docteur Maréchal, a été instrumentalisé, via une mallette de billets, pour déstabiliser Halphen... «Se reconstruire, construire, mais ça veut dire quoi ? Un couple ? C'est quoi un couple ? Vivre ensemble, tout ça ?» Il concède priser la compagnie des femmes, et on le verrait bien sentimental. Lui qui avance comme compliment à propos de Fabius : «Il est le seul homme politique à m'avoir demandé de quoi je vivais.» Ou, à l'inverse, à propos du président du TGI de Paris (déjà son patron à Créteil) : «Notre entrevue a duré une minute trente-deux, il ne m'a même pas demandé comment j'allais.» Mais il réfute: «Sentimental, c'est trop cucul.» Préfère «romantique» : «Le romantique a une conscience aiguë du mur dans lequel il va entrer alors que le sentimental se laisse guider par ses sentiments. Moi, je pense avoir appris à me méfier de mes sentiments.»

Il dit que l'affaire des HLM l'a profondément changé, qu'au départ il était «un type plutôt détendu, confiant dans l'avenir». Fils de journalistes, grandi et éduqué en banlieue parisienne (Clichy-la-Garenne, Versailles, Sceaux), «premier de la classe sans rien foutre, et donc parti avec un schéma de société assez simple : l'horizon est plutôt sûr». Même s'il existait des fêlures, comme ce frère schizophrène qu'il évoque dans Au lieu des larmes, ode à sa mère morte de la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Et puis, patatras.

Mais, à l'entendre aujourd'hui, ça a quasiment été une aubaine, qui l'a rendu «plus ouvert et plus fréquentable». Fanfaronnade de mauvais perdant ? Il argumente, et on le croit: «Je suis sorti d'une vie sclérosée, j'ai rencontré des tas de gens, d'horizons très différents, je me suis bien amusé.» Même le stress, dont il ne s'est pas totalement défait, lui va : «L'intranquillité, ça booste, et maintenant, quand je ne l'ai pas, j'ai un peu la sensation de m'ennuyer.» Au moment de l'affaire, les articles le décrivaient bourrant sa pipe en papi. Là, il enchaîne les blondes, évoque les yeux brillants sa disponibilité vécue en «saltimbanque» dans sa maison d'Ivry. Ecriture, lecture, CD (favoris du moment : Delerm, Antony and the Johnsons), DVD (Memento), tennis, «sorties avec les copains et les copines», rien de renversant mais manifestement une cure de jouvence en regard de son ancien quotidien.

Tout ça a un côté retour de flamme ado, voire syndrome de Peter Pan, qu'il a le mérite d'assumer, quand il dit dans un sourire : «Quelque part, j'en suis toujours à "Qu'est-ce que je ferai plus grand?"» Eh bien là, dans l'immédiat, ce sera la circulation. A priori pas de quoi «vibrer et faire vibrer», l'objectif personnel vers lequel il tend désormais. Mais après tout, l'Halphen 2006 sait que la vie, comme la vérité, est ailleurs.
Libération, lundi 18 décembre 2006, p. 32

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Le juge Halphen accuse Sarkozy de vouloir "enterrer les affaires"
NOUVELOBS.COM | 12.10.2007 | 12:40

"On ne peut pas à la fois parler de tolérance zéro à l'égard des délinquants de droit commun et favoriser l'impunité à l'égard des patrons et des politiques", affirme le vice-président du tribunal de Paris.

Le juge Eric Halphen, vice-président du tribunal de Paris et membre d'Anticor, une association de lutte contre la corruption, soupçonne Nicolas Sarkozy de vouloir "enterrer les affaires", dans un entretien à Aujourd'hui en France/Le Parisien vendredi 12 octobre (2007).
"On ne peut pas à la fois parler de tolérance zéro à l'égard des délinquants de droit commun et favoriser l'impunité à l'égard des patrons et des politiques", dit-il.

"Que les choses soient claires"

"Ou alors que les choses soient claires: Nicolas Sarkozy veut enterrer définitivement les affaires", affirme le juge à propos de la dépénalisation des affaires prônée par le président de la République.

"Nicolas Sarkozy veut-il remercier les patrons qui l'ont porté au pouvoir?", s'interroge-t-il, car selon lui, "il ne faudrait pas que le projet de réforme vise, au nom de ces intérêts-là, à empêcher les juges de faire leur travail".

Pour le juge Halphen, "la justice, en France, est plus clémente à l'égard des puissants".

A la question de savoir s'il se sentait "mis au placard" dans ses fonctions actuelles (chargé des indemnisations des victimes d'accidents de la route), le juge répond: "il est clair qu'on ne m'a pas affecté ni à l'instruction ni aux affaires financières...".

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Vers Première Page

Il court, il court le furet