(Septembre 2007) Bio express et portrait d'Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy
Ghislaine Ottenheimer

Journaliste "parisienne", ancienne rédacteure en chef adjoint à L'Express, rédacteure en chef à Challenges.
Chiraquienne convaincue puis vraiment déçue.
Sarkosiste ? Montebourgeoise ? Future déçue ?

Auteure de, notamment, Les deux Nicolas, Plon, Paris, 1994 ; L'impossible victoire, Robert Laffont, Paris, 1996 ; Le fiasco, Albin Michel, Paris, 1996 ; avec Renaud Lecadre, Les frères invisibles, Albin Michel, Paris, 2001 ; Les intouchables, grandeur et décadence d'une caste : l'Inspection des Finances, Albin Michel, Paris, 2004 ; Nos vaches sacrées, Albin Michel, Paris, 2006 ; Le Sacre de Nicolas, Le Seuil, Paris, mai 2007 ; avec Daniel Lebard L'affaire, l'histoire du plus grand scandale financier français, Le Seuil, Paris, octobre 2008.

Le fiasco

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Les sociétés rêvent de grands hommes. Mais ceux-ci semblent avoir disparu. Parce que la pression croissante des médias, comme le disent certains, empêchent la réalisation de politiques d'envergure ? Parce que la mondialisation fait primer l'économie sur le politique ? Sans doute. Mais pas seulement. Durant les deux dernières décennies, le monde s'est apaisé, les idéologies se sont effacées. La déflation philosophique a eu des répercussions sur la vie politique. Il n'y a plus de Brejnev, de Mao, de Pol Pot non plus ...
Ceux qui souhaitent le retour de "leaders charismatiques", de grands "destins collectifs" ne doivent pas ignorer le bilan d'un XXème siècle où l'idéologie a provoqué les plus grandes tragédies de l'histoire de l'humanité.
Ottenheimer in Le fiasco, Albin Michel, Paris 1996, pp. 332-333.

2
Pour le philosophe britannique Isaiah Berlin, la France vit un véritable traumatisme. "Il s'est passé quelque chose de phénoménal, dit-il, après deux cent quinze ans, ce qu'on pourrait appeler la pensée de gauche s'est effondrée [...]. Pensez à ce que signifie "la gauche" pour les Français !" Ce juif d'origine lettone, qui quitta la Russie en 1920 pour se réfugier en Grande-Bretagne quand Lénine commença à faire régner la terreur, ce grand historien des idées très respecté dans le monde anglo-saxon et pratiquement inconnu en France, raconte :"La gauche qu'on pourrait définir comme une opposition à l'Etat et à l'Eglise, est née en France. Voltaire, d'une certaine façon, est le premier intellectuel de gauche. Après Voltaire, vous avez les encyclopédistes, Diderot, Rousseau... Ils ne sont pas d'accord entre eux, mais ils sont tous contre l'Eglise et contre la monarchie. Cette tradition se poursuit avec Robespierre et la Révolution. Puis avec Napoléon. Il a repris le drapeau tricolore ! Il était contre l'Eglise. Il a humilié le pape. D'une certaine manière, le bonapartisme poursuit l'idéal révolutionnaire. De manière dénaturée certes, mais il subsiste des principes de gauche dans l'organisation napoléonienne... Ensuite, il y a la Restauration, mais dans le Paris des années 1820 vous trouvez une prolifération de mouvements révolutionnaires. Avec Buonarroti, Dézamy... La France est la patrie des révolutionnaires.
Imaginez, ajoute-t-il, tous ceux qui, en 1840, vivent à Paris : Bakounine, Marx, Mazzini, Proudhon, Louis Blanc, Herzen, Blanqui, Leroux... Tous révolutionnaires. Tous amis de George Sand. Puis cela continue, avec 1848 et la IIème République. Toujours la gauche d'une certaine façon. Puis il y a Napoléon III, la réaction. Mais même Napoléon III, ce n'est pas la droite ! Ce fut l'union des patriotes contre les aristocrates ! Il a envoyé des travailleurs à Londres à la Première Internationale, que Marx présidait. Il a financé les syndicats. Puis vous avez la Commune, la création de trois partis socialistes. Et après la Première Guerre, la création du Parti communiste français qui sera très influent. Paris a été pendant plus de deux siècles le grand centre des idées de gauche. Et puis : plus rien."
Ibidem.

Les frères invisibles

3
Les frères revendiquent la paternité de nombreuses réformes : l'école publique, le code du travail, la législation sur les enfants naturels, les congés payés, l'impôt sur le revenu, les habitations à loyer modéré, les lois sur la contraception ou l'avortement, le planning familial ... De fait, ils se sont largement impliqués dans ces débats. Parfois, ils en ont été les exécutants vigilants. Pour autant peut-on considérer que sans le professeur Pierre Simon, maçon et militant actif de la libéralisation de la contraception, sans la fraternelle parlementaire qui a soutenu la loi Neuwirth, la pilule n'aurait jamais été autorisée ?
Les frères invisibles, p. 67.

4
Ces utopistes qui ont les pieds sur terre peuvent se targuer d'une autre grande oeuvre que personne ne leur contestera : la création, en 1776, des Etats-Unis d'Amérique. De George Washington à Franklin D. Roosevelt, plusieurs générations de frères se sont succédé pour bâtir la première démocratie du monde. Nombre de leurs successeurs ont été initiés à l'université, comme Bill Clinton ou Al Gore.
Ibidem, p. 71.

5
Parmi les femmes promues par Mitterrand dans les différents gouvernements de gauche, on compte nombre de soeurs : Yvette Roudy, Edwige Avice, Michèle André. La soeur de Danielle Mitterrand, Christine Gouze-Renal, productrice de film et épouse de Roger Hanin, a été initiée. Comme Anne-Marie Dupuy, qui fut directeur de cabinet de Georges Pompidou puis maire de Cannes, Françoise Giroud, Margie Sudre, députée RPR de la Réunion, ou Lucette Michaux-Chevry, présidente RPR de la région Guadeloupe et ancienne ministre de la Francophonie sous Jacques Chirac. Peu à peu, elles ont à leur tour investi les lieux de pouvoir. Marylise Lebranchu, la nouvelle garde des Sceaux du gouvernement Jospin, en est une illustration.
Ibidem, p. 74.

6
Autre idée reçue, liée à la force de l'Histoire : la maçonnerie serait l'apanage de la gauche radicale-socialiste. Pourtant, toutes les familles politiques ont tissé des liens avec la franc-maçonnerie, de l'extrême droite à l'extrême gauche. S'il existe des différences politiques entre les obédiences, les frontières sont poreuses. La GLNF est, certes, très marquée à droite, mais on peut y rencontrer des socialistes. Le réalisateur de télévision Serge Moati, qui ne cache pas ses convictions de gauche, a été initié à la GLNF (Grande Loge Nationale Française). Tout comme Gérard Peybernès, collecteur de fonds du PS. Le Grand Orient de Franceest très majoritairement à gauche mais des frères engagés à droite, comme l'ancien député RPR Olivier Dassault, en sont membres. Jacques Chirac - dont des maçons de haut grade affirment qu'il a été initié à La Grande Loge Alpina, une obédience suisse très élitiste qui ne coopte que des dirigeants de très haut niveau - y a de nombreux relais. Son grand-père, instituteur corrézien, était lui-même maçon. Ce dont le président de la République ne s'est jamais caché. Mais son père l'était également.
Ibidem, p. 61-62.

7
Nous sommes en 1969. Au lendemain du départ du général De Gaulle, François Mitterrand, qui n'est alors que président de la petite FGDS (Fédération de la gauche démocrate et socialiste), croit plus que jamais en ses chances. Pour gagner, il doit trouver de l'argent, beaucoup d'argent. Il va faire appel aux frères qui déjà, en 1958, au début de sa traversée du désert, ont formé sa garde rapprochée et l'ont aidé à fédérer les socialistes.(...)
Il s'attelle patiemment à reconstituer des réseaux. Avec l'aide de quelques jeunes maçons ambitieux, il "rassemble ce qui est épars", selon la terminologie maçonnique. D'obscurs petits clubs maçonniques, orphelins depuis l'avènement de la Vème République. La Ligue pour le combat républicain, à laquelle appartiennent Louis Mermaz et François de Grossouvre. Le Club des Jacobins, fondé par Charles Hernu, dont les dirigeants appartiennent en grande majorité au GO, notamment Guy Penne, son secrétaire général. Le Club des Montagnards, fondé par Jean-André Faucher, condamné à mort par contumace à la Libération, qui sera décoré de la Légion d'honneur pour services rendus lors des missions de paix en Nouvelle-Calédonie. Inlassablement, Mitterrand séduit, fédère. En 1964, ses efforts sont couronnés d'un premier succès avec la création de la Convention des institutions républicaines (CIR), qui servira de ciment pour constituer le futur Parti socialiste.
Ibidem, p. 143.

8
En 1986, quand éclate l'affaire du Carrefour du Développement, personne ne parle des complicités maçonnes. D'une manière générale, l'allusion à la franc-maçonnerie est rare, quand elle n'est pas mise de côté. N'évoque-t-elle pas de mauvais souvenirs, notamment ceux des vives campagnes d'avant-guerre ? Pourtant, on est bien en peine de dénicher, parmi les principaux scandales des vingt dernières années, une affaire qui se soit déroulée sans le concours de frères ici ou là. Carrefour du Développement, Sagès, Urba-Gracco, Luchaire, Crédit lyonnais, Elf, marchés truqués à Paris, dans les Hauts-de-Seine, ou en Ile-de-France, sang contaminé, ARC, GMF, Française des jeux, Mnef, Pechiney, financement occulte du PS, du PR, du CDS et du RPR, vente d'armes en Afrique, pour ne parler que des plus connues : les principaux acteurs sont maçons.(...)
C'est ainsi que la soeur Lucette Michaux-Chevry, député RPR de la Guadeloupe, se retrouve condamnée pour faux et usage de faux à propos de facture payée par une société d'Angoulême qui (coïncidence) travaillait avec l'ex-maire socialiste, le frère Jean-Michel Boucheron. Que Hubert Haddad, éditeur des bulletins électoraux de nombreux socialistes (dont les frères Louis Mermaz, André Laignel et Georges Fillioud), a aussi traité avec l'ARC. Que l'ancien député gaulliste Henri Modiano se retrouve impliqué dans l'affaire du Loto avec le mitterrandien Gérard Colé (mais celui-ci a finalement obtenu un non-lieu). Mais attention au syllogisme : si nombre de ripoux sont maçons, tous les maçons ne sont pas ripoux. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, pendant longtemps, la presse a fait preuve d'une extrême retenue.
Ibidem, p. 242-243.

9
A court d'idées, soucieux de se répartir postes, prébendes et décorations, impliqués dans d'innombrables scandales, infiltrés par des réseaux affairistes et mafieux, les francs-maçons seraient-ils devenus franchement nuisibles ? Certes, la GLF n'est pas directement responsable du scandale de la Mnef, ni le GO de l'affaire du sang contaminé, ni même la GLNF des marchés truqués de la région parisienne. En l'absence de réseaux maçons pour détourner les procédures judiciaires, dénicher des planques en Afrique et aux Caraïbes, ouvrir les coffres des paradis fiscaux, la corruption ou simplement l'affairisme, auraient trouvé d'autres relais. Mais le fait est que la maçonnerie est bien mal fréquentée. Et se pose la question de sa place et de son rôle dans la République. Ce n'est pas l'existence même de cette société de pensée qui est en cause, mais le secret et le serment d'assistance mutuelle, car ils favorisent le mélange des genres et instillent la suspicion.
Ibidem, p. 331.

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Les intouchables

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Crédit lyonnais, Vivendi, Alstom, France Télécom... Jean-Yves Haberer, Jean-Marie Messier, Pierre Bilger, Michel Bon. Ces noms ont fait les unes de tous les journaux durant des semaines, voire des mois, des années. Il s'agit des plus grandes faillites de l'histoire du capitalisme français. Avec des records mondiaux d'endettement. Des milliards partis en fumée, des licenciements en série, des actionnaires ruinés, des salariés brisés. Ces quatre entreprises étaient dirigées par des inspecteurs des Finances. L'élite de l'élite française.
On parle d'une micro-société de 250 personnes. Chaque année, sur la centaine d'étudiants qui entre à l'Ecole nationale d'administration, une grande école réputée extrêmement sélective, ils sont seulement quatre ou cinq élèves à être admis dans ce corps, qui conduit aux plus brillantes carrières. Ces hommes - et quelques très rares femmes - triés sur le volet, formés à l'exercice du pouvoir, occupent depuis des décennies les plus hauts postes du très puissant ministère des Finances, dirigent un grand nombre de banques et les plus grandes entreprises, trustent les sièges des conseils d'administration des sociétés les plus puissantes et s'arrogent les présidences des autorités de tutelle ou des organes de régulation.
L'inspection des Finances, objet de tous les fantasmes, a également donné à la France son plus jeune président de la République, Valéry Giscard d'Estaing, quatre Premiers ministres, Jacques Chaban-Delmas, Maurice Couve de Murville, Michel Rocard et Alain Juppé. Partout, il existe des clubs très sélects de gens qui ont réussi, mais nulle part au monde, de tels titres ne propulsent ainsi, dès le départ, de jeunes fonctionnaires vers les sommets. Nulle part au monde, il n'existe de caste aussi restreinte, aussi soudée, qui se coopte et se protège. Une sorte d'armée secrète, tendue vers le même but: le pouvoir; tellement cohérente qu'il n'y a même pas besoin d'instances disciplinaires pour y faire régner l'ordre. Entre eux, ils s'appellent « camarades ».
Installés au sommet de la pyramide de la nomenklatura française, ils ne sont jamais ni sanctionnés, ni contestés, ni contrôlés, ni évalués. Ils sont intouchables. Pas au sens indien du terme, de paria - encore qu'ils sont peut-être en train de le devenir - mais au sens figuré: « Qui ne peut être l'objet d'aucun blâme, d'aucune sanction. Personnage hors d'atteinte, protégé; indéboulonnable, sacro-saint », note le Petit Robert. Leur parole, leur pensée ne peuvent, ne doivent pas être critiquées ni remises en cause. Puisqu'ils incarnent l' excellence, l'Etat, l'intérêt général. Ils savent mieux que le peuple ce qui est bon pour son bonheur. Leur impunité est totale. Il a fallu des scandales d'une extrême gravité pour que certains d'entre eux soient traduits en justice et d'autres, démis de leurs fonctions.
Les intouchables, p. 10-11

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En vingt ans, la France a radicalement changé. Elle est passée d'une organisation hyperétatique à une économie ouverte sur l'extérieur, traversant une phase extrêmement brutale d'accumulation du capital. Avec des excès et des dérives. Au dire de nos élites, elle aurait simplement pris un peu de retard dans certains domaines. Alors qu'en fait, la crise que traverse le pays depuis de nombreuses années est très profonde. Il ne s'agit pas seulement de la question lancinante, et jamais réglée, de la réforme de l'Etat. Ni même de la corruption, qui fait dire aux policiers et aux juges français, le plus souvent « off» bien sûr, que la France est une république bananière. Il s'agit de mettre fin à une hypocrisie insupportable: au nom des grands principes républicains, les élites protègent un Etat quasi féodal.
« La France sait faire certaines choses. L'euro, une Constitution, fait remarquer jean-Pierre Jouyet, en conclusion de son propos sur l'inspection. Dans d'autres domaines, elle est moins performante. » C'est extrêmement juste. La France sait concevoir des systèmes, des organisations, inventer des modèles. Ensuite, elle ne sait pas toujours gérer la réalité. La France est un pays profondément structuraliste. Qui privilégie la globalité sur l'individu. Qui pense l'ensemble et néglige l'humain. Qui préfère la théorie à la pratique.
Or elle est confrontée à la nécessité de s'adapter au monde anglo-saxon, dominant; et qui, lui, est fonctionnaliste. Dans le monde anglo-saxon, en effet, on conçoit la société comme un ensemble d'éléments complexes dont l'équilibre dépend de ses diverses composantes, dont la dynamique est la résultante de mécanismes interdépendants. La France pense intérêt général, les Anglo-Saxons pensent confrontation des intérêts. La France édicte des codes très stricts, mais les transgresse. Les Anglo-Saxons sont jurisprudentiels. La France décrète. Le monde anglo-saxon s'adapte sans cesse sous la pression de contre-pouvoirs multiples. Le diagnostic de Jean-Claude Trichet est explicite: « La France est un pays qui s'est édifié sur un modèle très particulier. Assez original. Aucun autre pays ne repose sur la même construction historique. Cela lui donne des atouts. Elle doit en tirer parti. En même temps, la construction européenne, l'internationalisation des économies, la mondialisation exigent qu'elle assimile complètement les règles de l'économie de marché. Et elle doit faire un effort sur elle-même. » Il parlait - « off» - de la nécessité de devenir un pays « normal ».
Car, en effet, la France n'est pas un pays normal. Education, sélection des élites, organisation politique, statut de la fonction publique, organes de contrôles indépendants, dans tous ces domaines, le modèle français est effectivement confronté à des mutations inexorables. L'inspection générale des Finances, le phare de la haute administration, incarne cet ordre ancien. Qu'elle redevienne un corps de contrôle efficace ou qu'elle continue de fonctionner comme une caste et elle sera le symbole du renouveau ou de la décadence.
Ibidem

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Nos vaches sacrées

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La France doit devenir elle aussi un pays normal. Un pays qui assume l'économie de marché, un pays de tolérance, multiethnique, doté d'institutions avec de vrais contre-pouvoirs, des évaluations, de la transpa rence. Un pays où les patrons acceptent d'être surveil lés par des comités de rémunération qui ne soient pas à leur botte. C'est cela aussi l'économie de marché, pour ne pas parler de libéralisme, terme honni.
Pas seulement la flexibilité de l'emploi. Un pays où l'on respecte l'autre, un pays qui conçoit l'Europe comme la résultante de plusieurs cultures et non « une France en grand ». Un pays qui accepte les règles du jeu au lieu d'accuser la terre entière d'être à l'origine de tous ses maux.

Contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas les plus faibles qui ont le plus à craindre d'une telle révo lution, mais les élites qui ont magnifiquement profité du système passé et sont incapables d'en concevoir un autre. Ce sont elles qui ont intérêt au maintien d'un Etat quasi féodal et ont installé entre le peuple et la France d'en haut un plafond de verre infranchissable.
Nos vaches sacrées, Avant-propos, p. 12

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L'idylle entre Attac et Chirac a débuté au printemps 2003, à la veille du G 8 (les huit pays les plus industria lisés) à Evian. En effet, lors de la préparation de ces sommets, Chirac a l'habitude de réunir les représen tants des ONG. Il adore cela. Il les écoute pendant des heures. Une réminiscence de l'époque ou il avait signé l'appel, de Stockholm 1 et où il distribuait L'Humanité?
A l'issue d'une de ces réunions, Chirac a saisi le représentant d' Attac par le bras et lui a fait part de son souhait d'engager une réflexion sur les taxations financières. Un rapport est donc confié à l'inspecteur des Finances Jean-Pierre Landau. Celui-ci ne parle pas de taxations, mais de contributions finan cières. Pour le reste, c'est du Attac pur jus. Le prési dent de la République a repris à son compte l'idée d'une taxe Tobin. Une idée qui a fait flop dans les cénacles du G 8 et qu'il a peu à peu transformée en une taxe sur les billets d'avion, laquelle a connu le même sort.

Cassen, encore une fois, est ravi: « Ce rapport est aux trois quarts inspirés par Attac ! Toutes nos propo sitions ont été retenues. Les autres membres de la commission n'avaient strictement aucune idée à pro poser. » Très content de son effet, il ajoute: « Chirac a défendu nos arguments aux Nations unies, à Davos. Sur la taxation des capitaux, sur le secret bancaire. Il nous a crédibilisés. » Et d'ajouter, avec un immense sourire ironique: «Normalement, compte tenu de ses positions, il aurait dû voter non à la Constitution. » Et de confier: « Il est formidable! Il a fait débloquer une subvention de 500 000 euros pour la tenue du Forum social européen, à Paris, en novembre 2003. On avait déjà reçu une subvention importante de la mairie de Paris, mais quand on a adressé une demande à l'Ély sée, on n'y croyait pas. Or le collaborateur du prési dent nous a immédiatement répondu en nous demandant de prendre contact avec un conseiller à Matignon qui a débloqué une aide. Quand, à l' Assem blée, un député a demandé à Raffarin les raisons de cette subvention, il était à la peine. Il a évoqué la tradi tion de la pluralité d'expression... »

Cassen a tout à fait conscience de l'énormité de la situation. «C'était un rassemblement antilibibéral!» s'esclaffe-t-il. Attac est une planche de salut pour Chi rac. Ce mouvement lui fournit à la fois une excuse à ses échecs (c'est la faute à la mondialisation) et un prétexte à son inaction (il faut réfléchir à un autre modèle).
Ibidem, L'idylle Chirac-Attac, p. 62-63

14
Souvent les hommes politiques arguent du fait que quand ils disent la vérité, quand ils mènent une politi que courageuse, s'ils touchent un cheveu au système français, s'ils bousculent nos vaches sacrées, ils sont battus aux élections. En 1986, Chirac avait conduit une politique de rupture avec le socialisme, privati sant, réduisant les déficits, la dette. Il a été battu. En 1995, Alain Juppé a voulu s'attaquer à une réforme de la sécurité sociale de grande ampleur. Son plan avait été salué par une standing ovation à l'Assemblée natio nale. Cela s'est terminé par des manifestations hîstori ques et le fiasco de la dissolution de 1997. En 2002, Lionel Jospin a mené une politique plutôt social libérale, ayant la sincérité d'avouer que son pro gramme n'était pas socialiste: il a été éliminé dès le premier tour.

En revanche, en 1981, François Mitterrand a été élu sur un programme qui promettait la lune. En 1988, il a été réélu dans l'ambiguïté du ni-ni. En 1995, Chirac a été élu, en promettant de réduire la fracture sociale. Il a été réélu en 2002 en prenant des engagements qu'il n'a pu tenir: baisse des impôts, baisse du chô mage. « Le premier qui dit la vérité... il doit être exé cuté », comme dit la chanson de Guy Béart?
Ibidem, Le déni français, p. 106

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"L 'histoire de l'intégration et la façon dont les politi ques abordent la question sont édifiantes. Elle est une illustration parfaite de l'hypocrisie française. Des contradictions entre les grands principes et la réalité. Elle illustre aussi la difficulté de faire évoluer le modèle républicain et la parano des dirigeants fran çais à l'égard de tout ce qui est anglo-saxon.
Pendant des décennies, par égoïsme, par intérêt économique, les politiques ont ignoré la question. Et, en 1983, quand les beurs ont organisé une grande marche - à la manière de celle des Noirs américains en 1964 - pour réagir à des violences raciales mais aussi à leur ghettoisation, personne n'a eu de réponse à la hauteur des problèmes. La gauche, au pouvoir, a répondu de manière cosmétique, en créant SOS Racisme avec son badge «Touche pas à mon pote ». En faisant de l'antiracisme. Le gouvernement n'a pas jugé nécessaire de mettre en place un dispositif spéci fique. La politique de la ville, les emplois jeunes, les lep devaient régler le problème des banlieues. Et donc intégrer. Et tout le débat sur la discrimination a été phagocyté par la question de l'immigration, des sans-papiers, du contrôle des frontières, des centres de transit, du vote des immigrés, du port du voile... Avec le Front national aux trousses.
Ibidem, L'hypocrisie républicaine, p. 215

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Devenir un pays normal, c'est arriver à vivre en har- monie avec nos partenaires, tout en tenant compte de nos différences respectives. Leur manifester du res pect. Avoir une attitude juste. Tout le monde a besoin d'une singularité. Et la France est, à bien des égards, très singulière. Par sa diversité. Son art de vivre. Son raffinement. Son épicurisme. Son aspiration à un monde juste. Mais est-il besoin d'affirmer cette diffé rence par un ego surdimensionné, une attitude arro- gante et méprisante? C'est Chirac lâchant devant Vladimir Poutine et Gerhard Schrôder, lors des cérémonies pour le sept cent cinquantième anniversaire de Kaliningrad: « La seule chose que les Anglais aient faite pour l'Europe, c'est la vache folle. On ne peut pas faire confiance à des gens qui font une si mauvaise cuisine. » Et d'ajou ter, pour bien enfoncer le clou: «Après la Finlande, c'est le pays où l'on mange le plus mal. » L'Angleterre, qui s'enorgueillit d'avoir considérablement élevé ses standards culinaires et qui compte vingt des deux cents restaurants les plus cotés au monde, l'a très mal pris. D'autant que, concernant la vache folle, la France est le dernier pays à avoir levé les restrictions, sans raisons valables, par pur protectionnisme. Est-ce une façon de traiter un partenaire? Edith Cresson avait fait preuve de la même arrogance en traitant les Anglais d'homosexuels et les Japonais de fourmis.
Ibidem, Un pays normal, p. 247-248

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Les Français sont las des querelles politiciennes, du petit jeu des écuries présidentielles. Camdessus, Kouchner ont raison, on ne pourra pas se contenter de petits arrangements. Réformes des institutions, de l'ENA, des universités, de la recherche, réorganisation de l'État, redéploiement des administrations. C'est à ce prix que la France retrouvera son tonus. Et pas en se contentant de honnir l'économie de marché. Il faut arrêter de subir et agir.
Ibidem, Conclusion, p. 289

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Bio Express d'Henri Guaino
1957 Naissance à Arles.
1988 Maître de conférences à Sciences-Po.
1993 Chargé de mission auprès du président de l'Assemblée nationale, Philippe Séguin.
1995 Conseiller au cabinet du ministre de l'Intérieur, Charles Pasqua. Puis commissaire au Plan.
2002 Conseiller scientifique de l'Agence pour la diffusion de l'information technologique.
2006 Conseiller exécutif de l'UMP.
2007 Conseiller spécial du président de la République.

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Spécial Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy
Ghislaine Ottenheimer Magazine Challenges | 06.09.2007 | pp.70-73

Celui qui a donné une colonne vertébrale idéologique à la campagne de Sarkozy a été surpris de se retrouver à l'Elysée.
Ce quinquagénaire, même pas énarque, a plus souvent eu affaire à des ingrats. Il faut dire qu'il agace.

Il est l'homme qui murmure à l'oreille du président. Blum, Jaurès, Nation, BCE, TVA sociale, droit opposable au logement...
Installé dans le grand bureau d'angle jadis occupé par Valéry Giscard d'Estaing, Henri Guaino se souvient de son enfance à Arles.
Les hôtels particuliers des fils de médecins ou de commerçants, les piscines, les vacances au ski...
Lui, élevé par sa mère, femme de ménage, et sa grand-mère, aide-soignante, n'a manqué de rien, mais il n'appartenait pas à ce monde clos de la bourgeoisie. Il refusait toutes les invitations aux goûters d'anniversaire, parce que, disait sa mère, «on ne pourra pas rendre».
Homme d'idées, Guaino feint l'indifférence devant les ors de la République. Mais après le petit bureau au fond du couloir qu'on lui avait attribué place Beauvau durant la campagne, cet homme orgueilleux, si souvent rabroué, apprécie d'être aujourd'hui considéré, écouté, et même craint.

Sans illusions

«Apres, on me jettera comme un Kleenex !» lançait-il durant la campagne. Par superstition. Comme si son combat pour la République et le redressement économique de la France était une quête insensée.
A force de remettre l'ouvrage sur le métier, Henri Guaino avait appris à ne pas se faire d'illusions sur les hommes. Au début des années 1990, il s'était mis au service de Philippe Séguin et de Charles Pasqua, pourfendant Maastricht, le franc fort, dénonçant le Munich social.
A l'automne 1994, il est appelé au chevet de la campagne de Jacques Chirac, qui plafonne à 15% d'intentions de vote. Il redonne des couleurs au discours un peu fané du candidat du RPR sur le gaullisme social. Contre toute attente, le «pacte républicain» et la «fracture sociale» finissent par triompher de l'orthodoxie balladurienne.
Mais, à l'approche de la victoire, la plume est écartée, au profit des «gens sérieux», comme Alain Juppé, qui, lui, était resté en retrait durant toute la campagne.

Ainsi, l'homme de conviction qui avait fait vibrer la France d'en bas n'avait pas sa place dans le monde d'en haut, celui du pouvoir.
Elu, Chirac ne lui propose rien. Il lui dit de passer le voir s'il a besoin de quelque chose. Trop fier, Guaino ne demande rien.
C'est le ministre des Finances, Jean Arthuis, iconoclaste à ses heures lui aussi, qui le nomme au Plan. Là, il ferraille avec Juppé et sa «politique comptable», se fait bon nombre d'ennemis.

Trublion

En 1997, au lendemain de la dissolution ratée, Guaino signe avec quelques économistes, dont Jean-Paul Fitoussi, un rapport sur le chômage qui fait scandale. Les auteurs expliquent qu'il n'y a pas en France trois mais sept millions de chômeurs. Et que la politique monétaire est la principale cause du chômage de masse.
Provocation, à un moment où le gouvernement socialiste profite d'une éclaircie économique. Lionel Jospin le débarque du Plan. Le président ne le défend pas. La technostructure applaudit. Elle n'a jamais admis cet homme au caractère ombrageux qui bouscule, dérange et croit à une «autre politique».
S'en suivent quelques années de galères. Guaino poursuit néanmoins son combat à coups de tribunes dans les journaux. Inlassablement. Jusqu'à ce jour de février 2006 où il est appelé par le candidat de l'UMP.

Donneur de leçons

Faiseur de roi ? A n'en pas douter, l'admirateur du général de Gaulle peut s'enorgueillir d'avoir contribué à la victoire de Nicolas Sarkozy. En lui donnant une colonne vertébrale idéologique. En l'aidant à se défaire de son image d'ultralibéral atlantiste et communautariste.

Le 28 juin 2007, invité à «refaire le match de l'élection» par le club de Jean-François Copé, Génération France.fr, Henri Guaino a subjugué l'assemblée en narrant comment il avait procédé : «On lançait des mots qui résumaient ce que l'on voulait exprimer : vie, amour, autorité, mérite, travail, identité nationale, et on développait.» C'est ainsi que, peu à peu, le réprouvé du chiraquisme a instillé chez Sarkozy une vision gaullo-bonapartiste de la France.

Y aurait-il une vie pour lui après la victoire ? Il a douté. On prédisait le retour des technos. Dans les ministères, et particulièrement à Bercy, on n'apprécie guère la «prétention sans bornes» de ce donneur de leçons à la pensée «confuse», de cet «idéologue autodidacte et exalté».

Les sarkozystes espéraient s'en débarrasser. Comme les chiraquiens en 1995. Non, Nicolas Sarkozy ne l'a pas jeté comme un Kleenex. Il a même accédé à toutes ses requêtes : occuper le bureau adjacent au sien, avoir le droit de s'exprimer. Guaino est resté l'homme qui murmure à l'oreille du président.
Et son influence ne s'arrête pas au choix des mots ou des références historiques pour enjoliver les discours. Les formules, les envolées lyriques charrient les idées, ouvrent des perspectives souvent éloignées des fondamentaux établis par l'UMP.

En témoigne le discours de Strasbourg, le 7 juillet 2007, où Nicolas Sarkozy a dénoncé les dumpings monétaires et sociaux, fustigé la concurrence déloyale, plaidé en faveur de la préférence communautaire, un gros mot qui jadis valait l'excommunication.
Ce jour-là, Guaino pouvait savourer sa victoire. Même le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, l'inspecteur des finances Jean-Pierre Jouyet, directeur adjoint de cabinet de Lionel Jospin lorsqu'il a été débarqué du Plan, a soutenu l'idée d'un infléchissement de la politique de changes de la Banque centrale européenne (BCE) dans une interview au quotidien américain Herald Tribune.
«Le traité européen, EADS, la libération des infirmières. Oui, je suis plutôt satisfait, confie Guaino. On a remis de la politique partout. La France existe.»

Exaspérant

«C'est un caractériel. Il a raté trois fois l'Ena, ce n'est pas une raison pour en vouloir à la terre entière !» lâche un énarque, ami du président.
Guaino sourit. Les «petits marquis», comme il appelle les technocrates bien-pensants, ne l'impressionnent pas. Et, pudique, il raconte, pour que la chose soit dite : «J'ai été reçu à Sciences-Po avec les félicitations du jury. J'ai d'abord présenté l'Ena sans avoir préparé le concours. J'ai échoué. La deuxième fois, mes professeurs me taquinaient en me disant que je pouvais préparer mes bagages pour partir en stage en préfecture tellement ils étaient persuadés de mon succès. J'ai échoué. La troisième fois, ma mère est morte quelques jours avant le concours. J'ai échoué.»

Sans doute exaspérait-il déjà avec cette façon d'explorer les chemins de traverse, de remettre en cause la catéchèse, au lieu de donner des réponses nettes et précises.
Il avoue : «Il y avait sans doute un refus intrinsèque d'être ce qu'on attendait de moi. On me disait de lire Le Monde, je ne le lisais jamais !»
Il en garde un souvenir amer, mais il a adoré Sciences-Po : «J'admets tout à fait la discipline de l'expression, mais pas le formatage. Le plan en deux parties et deux sous-parties, c'est formidable. Cela oblige à expliquer. C'est la tension entre la règle et la liberté créatrice qui produit le génie. Regardez Phèdre, c'est la rigueur de la forme et l'explosion des passions humaines qui font la grandeur de cette pièce. Je crois à la pensée claire. Je suis un classique. Je me méfie du romantisme.»

A contre-courant Dans les arcanes de la haute administration et à l'UMP, on glose sur ses pseudo-compétences économiques. «Je n'ai jamais prétendu être un économiste, mais j'ai plus lu que la plupart d'entre eux. Eux, ce ne sont pas des économistes mais des «économètres». Ils ne pensent pas, ils appliquent des modèles.» Et de rappeler qu'il a été premier au concours général d'économie.
Il n'a cure des critiques. Ainsi nombre d'intellectuels ont été choqués par les déclarations de Nicolas Sarkozy, à Dakar, le 26 juillet, sur l'Afrique qui «n'était pas encore rentrée dans l'histoire». Il ne renie rien, et rétorque : «C'est sorti du contexte. Le président d'Afrique du Sud, Thabo Mbeki, a écrit une lettre de félicitations au président.»

A force de lectures, l'homme, qui s'est pris de passion pour la politique le jour où il a ouvert son premier livre d'histoire à l'école, s'est façonné une doctrine à contre-courant.
«Ce que je combats, c'est l'approche comptable, arithmétique des finances publiques», dit-il. Même s'il ajoute qu'il ne «refuse nullement une gestion rigoureuse des finances publiques et les réformes structurelles», Guaino passe depuis longtemps pour un danger public à Bercy.

Les économistes sont plus amènes à son égard. «Heureusement qu'il est là, s'exclame Jean-Paul Fitoussi, professeur à Sciences-Po, proche des socialistes. Il est du calibre des grands hauts fonctionnaires d'après-guerre. Il n'est pas endoctriné. Il a des idées raisonnables dans un monde où la doctrine a conduit à la folie. Sa critique de la BCE est tout à fait fondée.»
«Je ne partage pas toutes ses idées, mais ce n'est pas un illuminé, confie Christian de Boissieu, professeur à la Sorbonne, d'inspiration plus libérale. C'est un homme qui a réussi à faire son trou en lisière de l'establishment. Cela fait respirer le système. C'est une boîte à idées en matière de politiques publiques.»
Jean-Luc Gaffard, professeur à l'université de Nice, salue son opiniâtreté : «Les faits lui donnent raison. Le chômage de masse n'est pas simplement dû à des rigidités, mais à des défaillances de la politique économique et monétaire. Guaino est un personnage particulier, qui doute, s'interroge, comme les universitaires. Il a des perceptions très personnelles, où la politique de Jacques Rueff en 1958 tient une grande place. Sa pensée est arrivée à maturité. J'espère que son influence sera réelle.»

Omniprésent

Non seulement le conseiller très spécial du chef de l'Etat n'a pas été absorbé par le système, mais il est sur tous les fronts. Le Monde, Les Grosses Têtes sur RTL, RMC, Europe 1, Les Echos, il use de tous les registres pour défendre les engagements de la campagne, empêcher la technostructure d'étouffer le débat.
Il s'autorise même à tirer les oreilles des membres du gouvernement. Eric Woerth, ministre du Budget, avance une interprétation trop restrictive de la défiscalisation des intérêts d'emprunt immobilier ? Le lendemain, Guaino met des points sur les i, pourfend la pensée unique, le dogmatisme de l'impuissance publique, rappelle que la parole du candidat est sacrée.
Cette prééminence absolue de l'Elysée fleure bon le bonapartisme. Loin de s'en offusquer, Guaino s'en réjouit : «Tel Bonaparte, Nicolas Sarkozy réalise la fusion entre la nouvelle noblesse et l'ancienne, il essaie de réconcilier les Français, il fait venir les élites de droite et de gauche.»

Rares sont ceux qui croient à la sincérité du président. Le souffleur ne serait qu'un prestidigitateur. Agitant ses grandes mains pour donner du poids à ses propos, Guaino répète que la présidentielle est une épreuve qui change l'homme, que Sarkozy s'est coulé dans la fonction. «Il faut qu'on fasse ce qu'on a dit. Je me sens engagé par les promesses de la campagne. Je ne voudrais pas qu'on dise qu'on a menti», confie-t-il.
Et ajoute : «Le problème, c'est que cette histoire qu'on a écrite, on lu partage avec le peuple, pas avec les élites.» Des élites qui continuent de prédire sa chute. Mais Guaino est bien là. Il a appris à composer. Opposé à Claude Guéant et à Bercy sur le dossier Suez, loin de s'emporter, il joue l'humilité : «L'essentiel, c'est qu'il y ait débat. Qu'on explore toutes les pistes avec méthode. Ensuite, le président tranche.»

Il aime : De Gaulle. Les économistes Paul Samuelson et Milton Friedman. Arles. Le droit opposable au logement. La TVA sociale. Le Cimetière marin, de Paul Valéry. IL N'AIME PAS La pensée unique. Les «petits marquis». L'impuissance publique. Les rentes de situation. Le malthusianisme.

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