Jean-Marie Aaron Lustiger
10 août 2007 : Hommage de Nicolas Sarkozy et Kaddish
05 août 2007 : Décès
31 mai 2007 : L'adieu aux immortels
11 février 2005 : La retraite
Le cardinal Lustiger à Auschwitz
Devant le Congrès juif mondial

Cardinal, archevêque de Paris. Né, en 1926, dans une famille juive polonaise Aaron Lustiger est converti au catholicisme, avec le prénom de Jean-Marie, pendant la deuxième guerre mondiale, ses parents étant victimes du nazisme.
Son livre, "La Promesse", Ecole cathédrale, Parole et silence, Paris, 2002, fait dire à certains juifs orthodoxes qu'il aurait mieux fait de se taire, et relance les querelles inter-sémitiques judéo-chrétiennes. Il est notamment critiqué par le rabbin médiatique Josy Eisenberg, et bien soutenu par l'évêque libéral d'Evry.
Bio-express d'un converti toujours juif
Analyse de Philippe Baverel

A propos de la loi Veil et de la pilule du lendemain
2000 : Dans un entretien au « Monde », le cardinal Jean-Marie Lustiger en appelle à la « responsabilité » du politique dans le débat sur la bioéthique. Il s´inquiète des « conséquences morales, sociales et politiques redoutables » de la « maîtrise de la reproduction » qu´autorisent les progrès de la médecine.

Jean-Marie Lustiger : « La fécondité humaine n´est pas un produit de consommation »

1
La loi Veil de dépénalisation de l'avortement se présentait comme une loi d'exception cherchant à remédier à des situations de "détresse". On en est passé à une revendication de l'avortement comme d'un "droit" socialement garanti.
Le Monde, 25 novembre 2000.

2
Dans la proposition de loi sur la "pilule du lendemain", ou contragestive, l'autorité parentale est dessaisie, ce qui accroît le désordre. Pour lutter contre la violence au lycée et au collège, les ministres de l'intérieur et de l'éducation nationale font appel au renforcement de l'éducation morale et de l'autorité parentale. Mais s'agissant de la sexualité des adolescents, on fait le contraire. On semble ne pas réagir aux conditionnements d'une sauvagerie inouïe que leur font subir la publicité, l'érotisme grossier et la violence charriés par la télévision et l'internet.
Ibidem.

3
La bioéthique est un lieu symptomatique de notre vie sociale. On se trouve en face de logiques productivistes qui mettent en cause la nature du travail du législateur et du responsable politique. Les intérêts de la recherche et ceux des groupes qui les financent finissent par composer.Ils se confondent, assurent-ils, avec le bien de l'humanité, quitte à laisser leurs victimes au bord de la route. La recherche se pare d'une sorte de légitimité riche et orgueilleuse qui, pour motif de santé - en fait, par peur de la mort -, autoriserait à transgresser toute règle de droit.
Ibidem.

4
Le clonage d'êtres humains, s'il devient techniquement possible, implique une reproduction à l'identique. Ce serait une attaque de la filiation. Il est contraire à notre dignité de réduire la génération humaine à une reproduction du même, à la production de copies conformes.
Ibidem.

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CONTRE LE LIVRE DE Mgr LUSTIGER "La promesse", le point de vue d'un rabbin ...

« La Shoah n'est pas un remake de la crucifixion »

JOSY EISENBERG, rabbin, responsable d'émissions sur le judaïsme à France 2
«CE QUI ME CHOQUE dans le livre de Mgr Lustiger, c'est qu'il semble considèrer que la Shoah est un remake de la crucifixion, comme si la mort des juifs à Auschwitz était une forme de reconstitution de la crucifixion. Cela revient à faire du massacre d'innocents un dessein divin. Je n'accepte pas qu'on utilise Auschwitz pour légitimer la mort de Jésus sur la croix. Je n'accepte pas non plus l'idée défendue par Mgr Lustiger selon laquelle le christianisme est l'accomplissement du judaïsme. Le christianisme serait-il le stade ultime du judaïsme ? Autrement dit, un juif peut tout à fait rester juif mais il est un juif encore meilleur (accompli) s'il devient chrétien. En disant cela, le cardinal de Paris cherche à légitimer son histoire personnelle, sa conversion. Je ne peux pas être d'accord avec cette idée qui est une régression par rapport au pluralisme de Vatican II. »
Le Parisien, dimanche 22 décembre 2002, p. 10

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POUR LE LIVRE DE Mgr LUSTIGER "La promesse", le point de vue d'un évêque ...

« Le Christ assume toutes les souffrances »

MICHEL DUBOST, évêque d'Evry
«CE QUI RESSORT de l'ouvrage de Mgr Lustiger, c'est que le Christ assume toutes les souffrances du monde à toutes les époques, y compris la Shoah. Il est le symbole de l'homme souffrant à Auschwitz comme en Tchétchénie. Cela ne nie pas pour autant la particularité de chaque souffrance. Il ne s'agit donc pas de récupérer la souffrance des juifs. Quant à l'idée de l'accomplissement, nous considérons, nous chrétiens, que le Christ accomplit la promesse du salut faite au peuple de Dieu. Il est l'aboutissement de l'Alliance, l'alliance parfaite entre Dieu et l'homme puisqu'il est à la fois Dieu et homme. Les chrétiens sont donc greffés sur l'arbre des juifs. Nous avons d'ailleurs le même livre saint, à savoir l'Ancien Testament. Au fond, la question que pose le cardinal à travers son livre, c'est : y a-t-il place aujourd'hui pour une église judéo-chrétienne ? »
Le Parisien, dimanche 22 décembre 2002, p. 10

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BIO EXPRESS

17 septembre 1926 : naissance d'Aaron Lustiger à l'hôpital Rothschild à Paris. 1940 : conversion et baptême à Orléans. Il choisit le prénom de Jean-Marie. 1942 : sa mère est déportée à Auschwitz, dont elle ne reviendra pas. Pâques 1954 : ordonné prêtre à la chapelle des Carmes à Paris. 1954-1969 : aumônier à la Sorbonne. 1969-1979 : curé de Sainte-Jeanne-de-Chantal à Paris (XVI e ). 8 décembre 1979 : nommé évêque du diocèse d'Orléans. 31 janvier 1981 : nommé archevêque de Paris. 2 février 1983 : nommé cardinal. 15 juin 1995 : élu à l'Académie française. 20 novembre 2002 : parution de son dernier ouvrage, « la Promesse ».
Le Parisien, dimanche 22 décembre 2002, p. 10

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Mgr Lustiger rêve toujours d'une Eglise judéo-chrétienne

(Dimanche 22 décembre 2002) SEMAINE CHARGEE en perspective pour Jean-Marie Lustiger qui, comme chaque dimanche, célébrera la messe ce soir à 18 h 30 à Notre-Dame de Paris.
Demain à 17 heures, le cardinal archevêque de Paris inaugurera avec Bertand Delanoë, maire de la capitale, la « nouvelle mise en lumière » de la cathédrale Notre-Dame.
Mardi, veillée et messe de minuit, toujours à Notre-Dame, suivie le lendemain à 11 heures et demie de la messe de Noël.
Après le marathon de Noël, il enchaînera avec une messe du dimanche, le 29, retransmise sur France 2, puis la rencontre de Taizé le soir même au parc des Expositions, porte de Versailles, avec les 80 000 jeunes Européens attendus.
Dans ce planning chargé et malgré son aisance devant les caméras, Mgr Lustiger, grand zappeur à ses heures, a pourtant préféré décliner les invitations des médias ces dernières semaines, estimant qu'il n'avait pas à faire la promotion de son ouvrage (1), paru le 20 novembre (2002).
Il n'empêche, « la Promesse » suscite la polémique (lire ci-dessous) . Méditations sur le mystère d'Israël partagées avec une communauté de moniales au cours d'une retraite en 1979, ce texte, complété par quatre conférences plus récentes sur les relations judéo-chrétiennes, apparaît comme le testament spirituel de Jean-Marie Lustiger, juif de naissance, chrétien par le baptême.

« Il n'a pas cessé d'être juif »

A n'en pas douter, c'est dans ses origines qu'on trouvera la clé du parcours atypique de ce prince de l'Eglise catholique, héritier de l'Ancien et du Nouveau Testament.
« Cet homme est resté fidèle à son appartenance juive. Il n'a pas cessé d'être juif. Il vit sa conversion comme un accomplissement », explique Mgr Jacques Perrier, évêque de Tarbes et de Lourdes qui a connu le cardinal lorsqu'il était aumônier à la Sorbonne il y a près de cinquante ans.
Né en 1926 à Paris de parents polonais qui tenaient un magasin de bonneterie rue Simart (XVIIIe ), Aaron (prénom du frère de Moïse) Lustiger grandit à Montmartre. Lorsque éclate la Seconde Guerre mondiale, les Lustiger mettent leurs enfants, Aaron et Arlette, à l'abri à Orléans.
C'est en la cathédrale de cette ville, le vendredi saint de 1940, qu'il est touché par la grâce à l'âge de 14 ans. Baptisé le 25 août, Aaron devient Jean-Marie. Arrêtée sur dénonciation, sa mère est déportée en 1942 à Auschwitz dont elle ne reviendra pas.
De ce drame, il refuse de parler. « C'est le secret de mes parents et le mien », a-t-il confié un jour. « La Shoah, c'est quelque chose qu'il a vécu dans sa chair, avant d'être une question théologique », souligne Mgr Dubost, évêque d'Evry.
« On ne comprend rien à sa pensée, à son comportement d'homme d'Eglise si l'on perd de vue l'enfant juif qu'il a été, pris dans la tourmente de la guerre. C'est donc un homme blessé qui exerce la plus haute fonction de l'Eglise de France », écrit dans son ouvrage (2) le journaliste Robert Serrou, l'un des rares à avoir fait le voyage du souvenir à Auschwitz avec lui.
A la Libération, Jean-Marie Lustiger entreprend des études de lettres à la Sorbonne avant d'entrer au séminaire des Carmes, rue de Vaugirard où il est ordonné prêtre la nuit de Pâques 1954. Aumônier des étudiants à la Sorbonne pendant quinze ans, il sillonne le quartier Latin à vélomoteur avant de se voir confier la paroisse de Sainte-Jeanne-de-Chantal (XVIe).
En décembre 1979, Jean-Paul II le nomme évêque du diocèse d'Orléans. « Pour moi, ce fut comme si tout à coup les crucifix s'étaient mis à porter l'étoile jaune », dira-t-il dans une formule restée célèbre pour signifier la part de judaïsme que porte en lui le christianisme.
Proche du pape, il connaît alors une ascension fulgurante. Nommé archevêque de Paris le 31 janvier 1981, il est « fait cardinal » (c'est le terme consacré) à Rome le 2 février 1983. Dans le train qui l'emmène dans la Ville éternelle, cet intellectuel peu conventionnel lit les aventures de Lucky Luke !

« Les évêques se méfient de son côté dictateur »

Réputé autoritaire et colérique, voire « mal élevé » selon un proche qui raconte l'avoir vu faire des bras d'honneur au volant de sa Super 5, le cardinal a su imprimer sa marque au diocèse de Paris. Il a mis l'accent sur la formation des prêtres en installant huit communautés de séminaristes dans les paroisses proches de Notre-Dame mais aussi sur celle des laïcs en créant l'Ecole cathédrale (2 500 inscrits).
Son seul regret : n'avoir jamais été élu à la présidence de l'épiscopat français. « Ça lui est resté en travers de la gorge. Mais les évêques se méfient de son côté dictateur », lâche un spécialiste.
Maintenu dans ses fonctions au-delà de la limite d'âge fixée à 75 ans, Jean-Marie Lustiger, dont le chocolat constitue le péché mignon, est aussi l'un des cardinaux qui comptent au Vatican où il siège dans une demi-douzaine de congrégations. « Il déjeune souvent avec Jean-Paul II.
La curie romaine, qui connaît son influence sur le pape, le déteste », s'amuse Robert Serrou. A l'époque pas si lointaine où le cardinal figurait sur la liste des « papabili », le journaliste s'était fait fusiller du regard lorsqu'il lui avait demandé en plaisantant : « Si vous êtes élu pape, vous prendrez le nom d'Aaron Ier ? »
(1) « La Promesse », Ecole cathédrale, Parole et silence, 18 € (118,07 F).
(2) « Lustiger, cardinal, juif et fils d'immigré », Perrin, 19,70 € (129,22 F).
Philippe Baverel, Le Parisien, dimanche 22 décembre 2002, p. 10

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(11 février 2005) Paris a un nouvel archevêque, Mgr Vingt-Trois

PARIS (AFP) - L'archevêque de Tours, Mgr André Vingt-Trois, a été nommé vendredi (11 février 2005) par le pape pour succéder comme archevêque de Paris au cardinal Jean-Marie Lustiger, avec lequel il a travaillé dix-huit ans durant.

Mgr Vingt-Trois, âgé de 62 ans, célébrera son installation le samedi 5 mars à 18H30 à la cathédrale Notre-Dame de Paris. Archevêque de Tours depuis 1999, il retrouvera ainsi le diocèse où il est né, où il a été ordonné prêtre le 28 juin 1969 puis évêque le 14 octobre 1988 et dont il a été vicaire général de 1981 à 1999.

C'est un "enfant de la Montagne Sainte-Geneviève", la sainte patronne de Paris, a souligné Mgr Lustiger dans un message à lire durant les messes dominicales du week-end.

"Jean Paul II a voulu à nouveau, comme il l'avait fait pour moi-même il y a vingt-quatre ans, nommer archevêque un Parisien qui connaisse l'Eglise de Paris et qui en soit connu, je m'en réjouis vivement", a ajouté le cardinal.

Après 24 ans dans sa charge, Mgr Lustiger va s'installer dans la Maison Marie-Thérèse, maison de retraite des prêtres de Paris dans le XIVe arrondissement, a-t-on expliqué à l'archevêché.

Il ne s'est pas exprimé publiquement sur ses projets. Malgré la laryngite chronique dont il souffre depuis des années, "le cardinal est en bonne santé", assure l'archevêché.

Le premier poste d'André Vingt-Trois, à la paroisse Sainte Jeanne de Chantal à Paris (XVIe arr.), fut déjà pour seconder Jean-Marie Lustiger qui en était alors curé.

"On l'appelait +la voix de son maître+", se souvient un prêtre parisien qui préfère conserver l'anonymat. "Mais il peut surprendre : il a un humour grinçant qui montre qu'il a de la distance".

Mgr Vingt-Trois n'est pas autrement surpris de sa nomination : "il n'y avait pas quarante postulants en raison de l'âge ou d'autres circonstances, je pouvais être l'un d'eux et c'est moi que le pape a choisi", constate-t-il simplement, dans une déclaration à l'AFP.

C'est une "lourde succession dans la mesure où il s'agit de succéder au cardinal Lustiger, qui est une personnalité assez exceptionnelle", mais "pas dans le sens où ce serait une succession difficile parce que le diocèse serait dans un état d'abandon, de sommeil ou d'inaction", dit-il.

"C'est un diocèse qui est vivant, qui vit une vie d'Eglise très forte", insiste-t-il, heureux "de prendre place dans une histoire très riche et pleine de promesses".

"Je serai sous le regard d'un certain nombre d'observateurs", reconnaît-il. "Je suis prêt à être moi-même. Si eux m'acceptent tel que je suis, tant mieux, s'ils ne m'acceptent pas, ce sera à vivre!".

Mgr Vingt-Trois est réputé ne pas mâcher ses mots. Il a enseigné la théologie morale au séminaire d'Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) et préside la Commission de la famille des évêques de France, tandis que le pape l'a nommé en février 1995 membre du Conseil pontifical pour la famille.

En janvier, dans la revue de l'épiscopat Catholiques en France, il appelait les catholiques à s'exprimer et à agir contre la banalisation de l'avortement, y compris par une action politique en tenant compte de cette donnée dans leur vote.

Comme ses prédécesseurs à la tête du prestigieux siège épiscopal de Paris, Mgr Vingt-Trois devrait être créé cardinal. Mgr Lustiger l'avait été en 1983, deux ans après sa nomination.
Yahoo.fr, actualités, vendredi 11 février 2005, 13h34

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(Janvier 2005) Cérémonies d'Auschwitz: un voyage douloureux pour Jean-Marie Lustiger

PARIS (AP) -- Le cardinal-archevêque de Paris Jean-Marie Lustiger, qui représentera Jean Paul II aux cérémonies du 60e anniversaire de la libération du camp d'extermination nazi d'Auschwitz en Pologne, a expliqué vendredi qu'il n'avait pas accepté de gaieté de coeur la requête du pape.

«Ca me coûte, mais je dis oui», a-t-il répondu au pape quand ce dernier lui a demandé de le représenter à ces cérémonies le 27 janvier. Mgr Lustiger n'a pas précisé les raisons pour lesquelles Jean Paul II l'avait choisi personnellement, mais c'est très probablement le passé de l'archevêque de Paris qui a dicté le choix du pape, et notamment parce qu'il a beaucoup oeuvré pour le dialogue entre juifs et chrétiens.

Né dans une famille juive à Paris le 17 septembre 1926, Mgr Lustiger est un rescapé de la Shoah qui s'est converti au catholicisme à l'âge de 14 ans. Mais une grande partie de sa famille a été décimée pendant la Seconde guerre mondiale. «Ma mère est morte à Auschwitz, ainsi que 30 à 40 personnes de ma famille paternelle», a-t-il expliqué lors d'une conférence de presse à Paris.

«Si j'y vais, c'est parce que le pape me l'a demandé», a-t-il souligné. «C'est vraiment une mission. Je n'ai aucune joie à me trouver à Auschwitz», a-t-il ajouté. Cet endroit, qu'il qualifie de «lieu de mort», lui rappelle trop de mauvais souvenirs.

«En 6e, j'avais commencé à apprendre l'allemand», se souvient-il. Ce qui lui a donné l'occasion de se rendre outre-Rhin à deux reprises pour se perfectionner dans la langue de Goethe, en 1936 pendant un mois dans une famille anti-nazie, puis une nouvelle fois en 1937. Une expérience qui l'a profondément marquée. «J'ai vu le nazisme», raconte-t-il, en se souvenant des mots prononcés par un petit Allemand qui portait des insignes nazis. «On tuera tous les juifs», lui a dit cet enfant, sans savoir que Jean-Marie Lustiger était lui-même juif. «En 1939, quand le Front (populaire) s'est écroulé, je savais qu'ils feraient ce qu'ils avaient dit», se rappelle l'archevêque de Paris.

Le jeune Jean-Marie Lustiger a alors été caché sous un faux nom dans une famille, à Orléans, avec sa soeur et son père. Sa mère était restée à Paris, parce qu'ils avaient un magasin, quand elle a été victime d'une rafle.

Ce sera la deuxième fois que le cardinal Lustiger se rendra à Auschwitz. En juin 1983, il y était allé en pèlerinage avec le cardinal Decourtray, qui était alors archevêque de Lyon.
Pour l'archevêque de Paris, ces cérémonies du 60e anniversaire sont «très importantes», notamment parce que dans dix ans, beaucoup moins de témoins de ce drame seront encore en vie. Et surtout parce qu'Auschwitz a une «signification pour l'Humanité» dans son ensemble.

«La Shoah n'était pas une guerre, mais une extermination scientifique, technique, délibérée», «un cas d'école montrant jusqu'où peut aller la folie humaine», analyse aujourd'hui Mgr Lustiger. Pour lui, elle montre «ce dont est capable l'Humanité quand elle déraisonne».

«Tout peut encore arriver», prévient-il. «Auschwitz dévoile ce que nous refusons de voir dans tous les massacres du monde (...): le même mépris de l'homme poussé à son paroxysme».

Entre un million et un million et demi de prisonniers d'Auschwitz, juifs pour la plupart, ont été tués dans les chambres à gaz ou ont succombé à la faim et la maladie pendant la Seconde guerre mondiale. Six millions de juifs ont été victimes de la «solution finale» décidée par le régime nazi. Les troupes soviétiques ont libéré le camp de la mort le 27 janvier 1945. AP
--par Pierre-Yves Roger-- Le Nouvel Observateur, 21 janvier 2005

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(9 janvier 2005) Le Cardinal Lustiger au congrès Juif Mondial

Le cardinal Jean-Marie Lustiger a salué la présence juive plus que bimillénaire sur le continent européen devant les participants à l'assemblée annuelle du Congrès juif mondial (CJM) à Bruxelles, en même temps que les développements positifs considérables dans les relations entre l'Eglise catholique et le peuple juif qui ont lieu depuis le Concile Vatican II.

Intervenant le dimanche 9 janvier devant quelque 450 représentants juifs venant des quatre coins du monde (Ukraine, Russie, Argentine, Chili, Etats-Unis, France, etc.), l'archevêque de Paris a souligné l'importance de la Déclaration "Nostra aetate" et le rôle qu'a joué le cardinal Wojtyla, l'actuel pape Jean Paul II, dans sa rédaction.
C'est la première fois qu'un cardinal participe à un tel évènement et il fut le seul orateur a avoir pris la parole pendant le dîner de clôture du congrès du CJM.

S'exprimant sur "L'Europe et les juifs", le cardinal Lustiger a rappelé la présence juive plus que bimillénaire sur le continent européen, présence qui "a participé de la longue et extraordinaire histoire de l'Europe, toujours en marge, mais jamais loin du centre, le plus souvent persécutée et menacée de destruction, mais jamais vraiment disparue".

Parcourant les siècles, citant l?exemple typique de Rachi de Troyes, il a évoqué la présence et l'apport des communautés juives à la civilisation européenne. A partir du 12ème siècle, survint la violence des croisades et des expulsions et la fuite vers l'Est et l'Orient des communautés occidentales.
Il a également témoigné comment les élites juives participèrent au mouvement des idées, au cours de la période moderne et tout particulièrement depuis les émancipations civiles à la fin du 18è siècle. "On peut dire sans exagération que la conscience européenne, au cours des deux derniers siècles, a été profondément et intimement marquée par la présence des juifs".

Le cardinal Lustiger, face au déroulement de l'histoire européenne, a relevé que la fuite et l'extermination des juifs ont été une perte irréparable pour les cultures nationales d'Europe: "Que l'on pense précisément à la Pologne, la Roumanie, la Lituanie, l'Allemagne, l'Autriche et tant d'autres nations. Perte irréparable aussi pour l'identité européenne que nous tentons de 'rattraper' depuis un demi-siècle ! C'est aux Etats-Unis d'Amérique ou en Israël que les rescapés de ce naufrage européen ont été recueillis, apportant leur potentiel culturel et religieux à la civilisation de ces nouveaux mondes."

... "Comment l'Europe pourrait-elle aujourd'hui penser son avenir si elle méconnaissait la part de sa culture dont elle est redevable à la présence des juifs en son sein ? ", a-t-il encore lancé devant l'assemblée. (archevéché de Paris)
Le Jour du Seigneur, janvier 2005

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1er juin 2007. Le cardinal Lustiger a fait ses adieux à ses collègues de l'Académie française AP | 01.06.2007 | 19:07, lenouvelobs.com

Le cardinal Jean-Marie Lustiger, qui souffre d'une grave maladie, a annoncé jeudi à ses collègues de l'Académie française, à l'occasion de l'élection de Max Gallo au fauteuil de Jean-François Revel, qu'ils le voyaient pour la dernière fois. Jean-Marie Rouart, qui est également académicien, a remarqué vendredi sur RTL que le cardinal était arrivé en retard, visiblement malade, très affaibli, en chaise roulante. "Etant donné ses fonctions, il n'avait pas pu être très présent sauf justement pour les élections, et donc il s'est, d'une certaine façon, excusé avec cette phrase magnifique: 'au ciel les premiers sont les derniers, donc je pense que je serai là-bas le premier à m'occuper, à prier, à avoir tous les soins possibles et tous mes voeux vis-à-vis de l'Académie'", a raconté Jean-Marie Rouart.

D'après l'écrivain, on voyait que Mgr Lustiger "avait pris certainement beaucoup sur lui-même, mais on sentait une ferveur", "les paroles que l'on prononce dans ces moments, devant des amis que l'on ne reverra plus, elles ont un poids". "Cela serre le coeur, je ne vous le cache pas, mais je pense que cette scène était un moment de communion", a-t-il ajouté.

Le cardinal Lustiger a annoncé au mois d'avril qu'il avait été admis à la Maison médicale Jeanne-Garnier, un établissement parisien de soins palliatifs. Agé de 80 ans, l'archevêque émérite de Paris avait écrit en octobre dernier une lettre au clergé parisien pour annoncer que les médecins lui avaient diagnostiqué fin septembre une "grave maladie" qui nécessite un "traitement lourd".

Ce fils d'émigré juifs polonais, qui s'est converti en 1940, est devenu archevêque de Paris en 1981. Il a été élevé à la pourpre cardinalice deux ans plus tard, avant d'abandonner sa charge en février 2005. AP
AP | 01.06.2007 | 19:07, lenouvelobs.com

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Le Cardinal Lustiger s’est éteint
RTBF.be, 6 août 2007 09:02

Le Cardinal Jean-Marie Lustiger est décédé dimanche à Paris, victime d'un cancer. Il avait 80 ans.

Le Cardinal Lustiger marqua pendant près de 25 ans de son autorité morale et spirituelle le diocèse de Paris, mais aussi l'Eglise de France.

Il était considéré comme "la voix" du pape Jean-Paul II.

Juif polonais dont la mère était morte à Auschwitz, le jeune Aaron Lustiger se convertit à l'âge de 14 ans et choisi comme prénom Jean-Marie.

Auteur de nombreux ouvrages sur la foi, Monseigneur Lustiger avait été élu en 1995 à l'Académie Française.
Il y avait fait sa dernière apparition le 31 mai pour adresser ses adieux aux "Immortels". "Vous ne me reverrez pas", leur avait-il dit alors.

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Personnalités et anonymes disent adieu à Mgr Lustiger
alice.fr, - le 10/08/2007 - 14h32

Crédit Photo : KTO Le président aux obsèques du cardinal Lustiger

Les obsèques de l'ancien archevêque ont eu lieu vendredi matin en la cathédrale Notre-Dame de Paris en présence de Nicolas Sarkozy.
Il a ensuite été procédé à l'inhumation du corps, dans la crypte de la cathédrale où reposent de nombreux autres archevêques de Paris.

Des milliers d'anonymes et de nombreuses personalités ont assisté vendredi matin aux obsèques solennelles du cardinal Lustiger, qui se déroulaient en la cathédrale Notre-Dame de Paris. L'ancien archevêque de Paris ayant oeuvré à améliorer le dialogue entre l'Eglise et le judaïsme est mort dimanche à l'âge de 80 ans.

Parmi les personnalités, Nicolas Sarkozy, qui a interrompu ses vacances américaines pour faire un rapide aller-retour, avant de déjeuner samedi avec le président Bush (lire notre article). Le chef de l'Etat a salué "la mémoire d'un grand homme, qui a compté pour les Français qu'ils soient croyants ou non. C'était un homme de paix, de rassemblement et de réconciliation et j'ai voulu m'associer à la peine de l'Eglise de France et de tous les chrétiens". Le gouvernement était également représenté par le Premier ministre et le ministre de l'Intérieur et des cultes. Le président (PS) de la région Ile-de-France, Jean-Paul Huchon a également assisté à la cérémonie tandis que le maire de Paris était lui représenté par son adjointe. L'ancien président polonais Lech Walesa avait aussi fait le déplacement. Au terme de l'office, les participants à la cérémonie dont notamment Nicolas Sarkozy ont fait un signe de croix, chacun leur tour, avec un rameau au-dessus du cercueil, en guise d'adieu.

La prière juive du Kaddish

500 prêtres, 50 évêques et 16 cardinaux avaient pris place dans la nef de la cathédrale, ainsi que des prélats de rites orientaux et de nombreux représentants des communautés juives française et internationale. A la demande du défunt, juif converti au catholicisme à 14 ans, des prières traditionnelles pour les morts, dont la prière juive du Kaddish, ont été prononcées pendant la cérémonie, qui était retransmise sur un écran géant installé sur le parvis de Notre Dame, à l'intention des milliers de fidèles qui n'ont pas pu prendre place à l'intérieur.

Après l'homélie prononcée par son successeur, Mgr André Vingt-Trois, Maurice Druon, secrétaire perpétuel de l'Académie française a prononcé un discours en hommage à l'ancien archevêque, et un message du pape Benoît XVI a été lu par le cardinal Paul Poupard. "Le cardinal Lustiger a été passionné par la recherche de Dieu et par l'annonce de l'Evangile. Homme de grande spiritualité, il s'est attaché à consolider la foi et à développer l'engagement missionnaire des fidèles", a notamment écrit le pape dans cette lettre. "En fidélité à ses origines, il a contribué de manière particulièrement significative au dialogue fraternel entre chrétien et juifs", a insisté Benoît XVI, qui a donné sa bénédiction apostolique à toutes les personnes participant à la messe de funérailles.

Inhumé dans la crypte de Notre-Dame

En présence des membres de la famille et des proches du défunt, il a ensuite été procédé à l'inhumation du corps, dans la crypte de la cathédrale où reposent de nombreux autres archevêques de Paris. Depuis le 17ème siècle, la tradition veut que les archevêques de Paris soient enterrés dans ce caveau, une crypte fermée située sous le choeur de Notre-Dame, derrière l'actuel maître-autel, inaccessible au public.

Jeudi matin, une chapelle ardente avait été installée dans la cathédrale, permettant aux fidèles et aux curieux de se recueillir quelques secondes devant le cercueil, posé à même le sol sur la dalle du choeur de Notre-Dame, simplement recouvert de sa mitre d'évêque.

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Vers Première Page
Naftali Herz Imber, Hatikvah (1887)