Jan Ludvik Hoch dit Robert Maxwell, notamment

Joe Haines : journaliste britannique, rédacteur en Chef au Daily Mirror sous Maxwell. Auteur d'un ouvrage incroyable sur L'incroyable Monsieur Maxwell, Odile Jacob, Paris, 1988 (Maxwell, McDonald and C° Publishers Llt, London, 1988).

Fils d'un maquignon juif de Ruthénie (actuellement en Ukraine occidentale, en Slovaquie avant 1945, en Hongrie avant 1919) Jan Ludvik Hoch est né en 1923.
En 1939 il quitte les Carpathes pour Budapest, puis en 1940 il est recruté par la Légion étrangère française et versé dans une division tchèque en France. En juin 1940 une partie des troupes tchèques embarque pour l'Angleterre. Pendant trois ans le seconde classe Hoch sera sapeur, ce qui l'ennuie profondément. Il rencontre la veuve d'un colonel, et fille d'un général, qui le recommande à un général de brigade. En octobre 1943 toujours simple soldat sous le nom de Ivan Leslie du Maurier, puis caporal, puis caporal-chef en avril 1944, puis sergent en mai 1944 sous le nom de Leslie Jones, puis second lieutenant sous le nom de Robert Maxwell en décembre 1944, il est tireur d'élite puis chargé, sous-officier puis officier, de renseignement. Il épouse, sous le nom de Leslie du Maurier, une française de la bonne bourgeoisie protestante lyonnaise en mars 1945, Elisabeth Jenny Jeanne Meynard, dite Betty, qui sera naturalisée britannique et qui lui donne sept enfants "tous nés à Maisons-Lafitte", et donc avec la double nationalité française et britannique. Lui-même est naturalisé britannique en juin 1946.
En juillet 1945 le capitaine Maxwell est chargé à Berlin de l'interrogation des nazis à la prison de Spandau, puis il est chargé, toujours à Berlin, en mars 1946, de la surveillance et de la censure les medias allemands pour le compte des troupes d'occupation. Il aide les sociaux-démocrates. C'est en 1947 qu'il obtient l'exclusivité de la distribution mondiale des prestigieuses éditions scientifiques Ferdinand Springer, tout en se constituant une confortable fortune personnelle dans la soude caustique et le bois de construction, notamment.

En 1951 il achète à Londres une maison d'édition qui devient la célèbre maison Pergamon, éditeur des scientifiques du monde entier. Robert Maxwell s'installe dans un manoir près d'Oxford et roule en Rolls Royce.
Financier des politiques, notamment du parti travailliste, il est élu député du Labour en 1964. Réélu en 1966 il redresse les comptes de la cantine du Parlement, et est vraiment déçu de ne pas être choisi comme ministre par Harold Wilson. Il quitte la politique active en 1970 tout en continuant à financer des amis politiciens.
En 1981 il prend le contrôle du principal imprimeur de Grande Bretagne BPC, en 1984 le Daily Mirror, en Israël le journal travailliste Maariv. En France, en 1987, il est le deuxième actionnaire de TF1 au côté de son "ami" Francis Bouygues.
En 1991, surprises, il abandonne TF1 et cherche à vendre ses imprimeries.
Accusé d'être un espion soviétique, ou israëlien, il rencontre les grands politiques de l'époque : Reagan, Gorbatchev, Deng Xiao-ping, Mitterrand, Chirac, mais aussi l'allemand de l'est communiste Honecker ou le roumain communiste Ceausescu, mais la gentry britannique boude le parvenu, qui est propriétaire de plusieurs clubs de football ....sport au combien "populaire".

Le 5 novembre 1991, mort mystérieusement en mer, le magnat britanniquel est inhumé en Israël. Il serait, dans la nuit, tombé de son gigantesque yatch Lady-Ghislaine, qui croise au large de la Grande-Canarie. Le premier ministre britannique, John Major, salut "une grande personnalité", ajoutant que "personne ne peut mettre en doute son intérêt pour la paix et sa loyauté envers ses amis". Le premier ministre israëlien Itzhak Shamir déplore la mort d'un "ami passionné d'Israël".
Le mort, accidenté ou suicidé ou assassiné, laisse officiellement une belle fortune : 2 millions de livres pour sa famille et ses amis, dont 100 000 livres pour son ancienne secrétaire ... ; le reste à des oeuvres charitables, dont des fondations privées qui ont leur siège à Gibraltar ou au Lichtenstein, pour de nobles causes, la paix mondiale, l'éradication de la maladie d'Alzheimer, la défense d'Israël. Une synagorgue de Jérusalem reçoit une belle somme pour que des prières soient dites à perpétuité pour le mort et sa famille le jour anniversaire de sa mort.

Novembre 1992. Problèmes. Captain Bob est en réalité un formidable affairiste qui a détourné les fonds (fonds de pension) réservés aux 32 000 retraités de son groupe. Les fonds "prélevés" se montent à 458 millions de livres sterling (bonnes affaires pour les avocats et experts chargés de suivre l'affaire qui seront rémunérés à hauteur d'au moins 10 %). Près de 300 millions de livres auraient été utilisés pour éponger les dettes des sociétés privées contrôlées par la famille Maxwell.
Le fils Kevin est déclaré en faillite personnelle le 3 septembre 1992, le montant de ses dettes étant de 406 millions de livres. Il vit dans une maison de campagne qui appartient à sa femme, et s'est inscrit à l'agence pour l'emploi, qui lui verse 194 livres par semaine.
Le fils Ian a été condamné le 21 décembre 1992 par la Haute cour de justice de Londres à payer 500 000 livres de dommages et intérêts aux caisses de retraite du groupe de presse Mirror Group Newspaper.
L'épouse Betty a dû se réfugier dans son chateau de Lot-et-Garonne.
Mais en janvier 1996 les héritiers de Maxwell, accusés de malversations financières, sont acquittés par la justice britannique, après un procés qui a coûté aux contribuables 17 millions de livres. Kevin est consultant pour une société créé par l'ancienne secrétaire de son père et Ian travaille pour des firmes américaines en relation avec les oligarques russes. Betty a fait publier une merveilleuse biographie Tout soleil est amer, Fixot, Paris, 1994.

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Tous les témoignages sur la jeunesse de Maxwell mentionnent son avidité pour la lecture et la politique. Son cousin, Michael Tabak, qui l'accompagnait à Budapest en 1939, raconte qu'un jour il manqua le renverser dans la rue, parce que, le nez plongé dans un livre, il ne l'avait pas vu. S'il s'était rendu dans la capitale hongroise pour y chercher du travail, il semble avoir passé la plus grande partie de son temps dans les salles de lecture des bibliothèques publiques. On se rappelle aussi qu'au cours d'un hiver glacial, comme il yen a en Tchécoslovaquie, il s'en fut rendre visite à une cousine éloignée et la trouva en train de lire un livre. Il s'empara du volume (à cette époque déjà, ses façons étaient autoritaires) et le lut dehors, malgré la neige qui lui arrivait à mi-corps.
Quant à la politique, il avait participé à des réunions sionistes à Solotvino dès l'âge de douze ans. Il s'inscrivit au Betar - c'était à la fois un mouvement religieux et une organisation paramilitaire qui entraînait les adhérents en vue de leur installation future en Israël. Guerre, préparation militaire, coups de force, création de nouveaux mouvements politiques, antisémitisme, ambitions territoriales, tout cela faisait partie de la vie courante dans l'Europe d'avant-guerre. Des hommes par millions sur tout le continent, sentaient jusque dans leurs entrailles qu'une nouvelle «Grande Guerre» était inévitable même si la plupart des dirigeants de leurs pays restèrent insensibles et sourds à la menace jusqu'au moment où les canons se mirent à cracher.
L'incroyable Monsieur Maxwell, histoire d'un empire, p. 31-32

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Cela se passait en mars 1940. Depuis le mois d'octobre précédent, les volontaires tchèques de la Légion étrangère étaient regroupés dans un camp militaire à Agde-sur-Mer, près de Marseille, et de jeunes Tchèques continuèrent d'arriver par groupes jusqu'en mai. Maxwell avait rejoint la Légion après avoir menti sur son âge (il n'eut dix-huit ans que le 10juin, en plein combat). Après l'invasion des Pays-Bas par l'Allemagne, le 10 mai, la situation militaire des Alliés devint rapidement désespérée; les nouvelles recrues furent envoyées au front presque immédiatement après leur arrivée au camp. .....
Maxwell ne participa vraiment au combat que pendant deux ou trois jours. Comme partout ailleurs cet été-là, rien ne put arrêter l'avance allemande sur la Loire. Les Tchèques continuèrent à battre en retraite avant d'être dirigés sur Sète, près de Marseille. Parmi les soldats qui s'y regroupaient, nombreux se plaignaient amèrement d'avoir été, selon eux, abandonnés par leurs officiers au plus fort de la bataille. Cette trahison devait avoir des conséquences peu de temps après, quand les restes de la division furent parvenus en Grande-Bretagne. ...
Quelque 4 000 combattants tchèques seulement arrivèrent à Sète assez tôt pour être évacués, dont 1 600 de ceux qui avaient pris part au combat, pas davantage. Les autres faisaient partie d'une formation qui n'était jamais montée en ligne. Le sort de ceux qui se virent abandonnés fut affreux. Une note du Haut Commandement allemand stipulait que les Tchèques capturés les armes à la main aux côtés des Alliés seraient fusillés. Tout homme identifié comme juif serait livré à la Gestapo et exécuté; il mourrait aussi certainement que sous les balles d'un peloton mais, selon toute apparence, de façon moins rapide. Cette réglementation demeura en vigueur pendant toute la durée de la guerre: c'est la raison pour laquelle le soldat Hoch prit plusieurs faux noms avant d'adopter finalement celui de Maxwell en 1945.
Maxwell fut embarqué à bord d'un destroyer britannique où on lui donna du pain blanc (c'était la première fois de sa vie qu'il en goûtait), des cigarettes Gold Flake, du thé et de la confiture d'orange, avant d'être transféré sur le Mohamed-el-Kebir, un des navires égyptiens transformés en bâtiments de transport militaire (il devait être coulé plus tard, au cours de,la guerre, par un sous-marin allemand). Le voyage de Sète à Liverpool, via Gibraltar, prit près de deux semaines. Maxwell arriva sur les rives de la Mersey la dernière semaine de juillet, 4 "mon fusil à la main, dit-il; je n'étais pas un réfugié". Il portait l'uniforme français et ne savait pas un mot d'anglais, pas même « Goodbye».
Ibidem, p. 42-44

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Dans sa stratégie de développement mondial, Maxwell juge que son implantation en France marque une étape importante. Une partie de ces activités s'explique par son amour pour la France. La profondeur de ce sentiment est apparue à tous lorsque, en septembre 1986, à la suite de la vague d'attentats terroristes à Paris, il publia dans le Sunday Mirror (cf. p. 514) un éditorial en français: « C'est la France qui a appris au monde ces mots glorieux: LIBERTÉ. ÉGALITÉ. FRATERNITÉ. »
La femme de Maxwell et tous leurs enfants possèdent la double nationalité, britannique et française. Son fils lan dirige ses affaires en France - elles sont en pleine expansion,pès 1987, il en jette les bases. Son premier investissement consiste en l'achat de l'Agence Centrale de Presse. Ainsi Maxwell Media, la société Holding en France, est l'actionnaire majoritaire de la seconde agence de presse française. Toujours en ce même printemps, grâce à la privatisation de TF1 et à son accord avec le groupe Bouygues, sa maison d'édition Pergamon est le deuxième actionnaire du groupe devenu propriétaire de la principale chaîne de télévision française; il possède 12,50 % de ses actions. En l'occurrence, le choix du consortium Bouygues associé à Pergamon provoqua une vive surprise. On s'attendait généralement à ce que le contrat soit attribué à Hachette, le premier éditeur et distributeur français de livres et de journaux.
Quand Maxwell comparut devant la commission chargée de la privatisation, il fit impression par sa connaissance du français. Il avait commencé sa prestation en ces termes: «Je m'appelle Robert Maxwell. Je suis mariée avec une Française. Nous avons sept enfants qui sont tous nés à Maisons-Laffitte.» Bien que son expérience dans le domaine de la télévision ait sans doute pesé davantage que cette déclaration, celle-ci ne fut pas inutile. ...
Mais pour Maxwell, le développement de ses affaires ne prend toute sa valeur que s'il s'inscrit dans une ambition plus vaste. Depuis son enfance, la Révolution française lui est apparue comme le symbole de la lutte indispensable pour la liberté et les droits de l'homme. Aussi, à l'occasion du bicentenaire de la Révolution française, sa compagnie, Pergamon Press, publiera également en 1989 «Les Archives de la Révolution française ». C'est une collection immense de documents originaux qui comprend plus d'un million de pages reproduites sous forme de microfiches. Ils sont classés selon les thèmes essentiels de la Révolution et sont accompagnés d'un vidéodisque regroupant 35 000 images sur le même sujet. Ce projet, le plus ambitieux qui ait jamais été mis sur pied dans le genre, a été d'abord conçu par Maxwell en 1983. Une telle parution représente un travail scientifique considérable. Elle est effectuée avec la collaboration de la Bibliothèque Nationale. Elle signifie aussi un effort financier hors du commun que Maxwell assume en grande partie. Il n'en tirera aucun bénéfice matériel puisque les produits des ventes seront tous affectés aux célébrations du Bicentenaire. Mais bien que toute fin lucrative en soit exclue, la collection coûtera la somme de 33 000 livres aux souscripteurs et 42 000 livres après la date de parution.
Le président Mitterrand a assisté au lancement du projet - c'était sa première participation aux cérémonies du Bicentenaire. En outre, le président Edgar Faure, peu avant sa mort survenue en avril 1988, avait nommé Maxwell vice-président de la Fondation des Droits de l'Homme et des Sciences de l'Humain qu'il présidait lui-même. (Maxwell est le seul étranger qui ait été élevé à une telle distinction.) Il s'agit de mettre en évidence le message de 1789, de réfléchir à son actualité et au devenir de l'homme, compte tenu de l'évolution des sociétés et des sciences.
Toujours dans le même esprit, Maxwell est devenu l'actionnaire majoritaire de la société qui édifie la Grande Arche de la Défense. Il a décidé de consacrer ces espaces prestigieux aux célébrations populaires du Bicentenaire de la Révolution et, après 1989, à d'autres manifestations autour des Droits de l'Homme. Pour mener à bien ces tâches, Robert Maxwell entretient d'étroites relations avec tous ceux qui comptent en France, savants, écrivains, philosophes, dirigeants syndicaux et politiques, quelle que soit leur appartenance.
Ibidem, p. 473-475

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Britannique avant tout

Jamais Maxwell n'a oublié qu'il était né Ludvik Hoch. Et contrairement aux dires de ses détracteurs, il n'a jamais cherché à dissimuler ses origines juives. Comme il l'a confié au Jewish Chronicle en 1986: Les membres de ma famille étaient des juifs pratiquants et j'ai reçu une éducation juive traditionnelle. J'ai cessé d'observer les rites juifs juste avant la guerre, quand j'ai quitté la maison. J'ai toujours foi en Dieu et j'adhère à la morale du judaïsme qui enseigne,la différence entre le bien et le mal... Je ne crois en aucune Eglise, mais je crois en Dieu. Je me considère moi-même comme un juif. Je suis né juif et je mourrai juif.
Quand il a quitté la Tchécoslovaquie en 1939 c'était un départ sans retour; mais, à l'époque, il ne s'en rendait pas bien compte. Il a abandonné Solotvino sans regret ni envie d'y retourner un jour. Il y est revenu une seule fois et il a été profondément déçu. La petite ville était en train de changer, aucun de ses parents ne s'y trouvait plus; tous étaient morts ou avaient émigré.
Ce qui lui importe avant tout c'est d'être Britannique. Parce que le Royaume-Uni n'a jamais renoncé à la lutte contre le nazisme, parce que l'armée britannique lui a donné la possibilité de combattre le Ille Reich, parce que l'Angleterre offrait la citoyenneté anglaise à tous ceux qui avaient servi sous son drapeau, il n'a jamais envisagé de se fixer ailleurs qu'en Angleterre. Par son mariage, il entrait dans une vieille famille française. Pas un instant, il n'imagina de solliciter la nationalité française. Et pourtant il aime la France. Mais il a une dette envers la Grande-Bretagne. Il ne cesse de répéter qu'il est Britannique parce qu'il a choisi de l'être, et se compare à ces convertis qui deviennent plus catholiques que le pape. Les lois américaines qui interdisent aux étrangers de posséder des stations de télévision aux États-Unis contrecarrent son dessein de diriger un des plus énormes empires de «médias» qui soit au monde; pourtant le prix qu'il attache à sa nationalité est tel qu'il ne renoncerait à celle-ci pour rien au monde. Il apprécie surtout chez les Britanniques leur sollicitude envers les perdants 7: «Il se peut que l'homme de la rue ne comprenne pas la signification de la démocratie, mais il apprécie passionnément la loyauté (dans les rapports sociaux). »
Cet attachement à la Grande-Bretagne n'implique pas une admiration sans réserves pour tous les aspects du caractère britannique. Maxwell hait: «Le type qui porte toute sa vie la cravate de son collège, qui tire vanité de sa situation, qui prétend: «Vous n'avez pas besoin d'apprendre une langue étrangère », qui n'admet pas que nous puissions prendre modèle sur les Allemands, les Japonais ou les Italiens. »
Maxwell, en demandant Betty en mariage, lui avait promis: « Je gagnerai la Military Cross. Je me rebâtirai un foyer. Je ferai fortune. Je deviendrai Premier ministre d'Angleterre. Et je te rendrai heureuse jusqu'à la fin de mes jours.» Une seule de ces promesses n'a pas été remplie: il n'est pas devenu Premier ministre d'Angleterre. Mais, Lord Kearton, ancien président du conseil d'administration de l'Industrial Reorganisation Corporation et président du conseil d'administration de la British Printing Corporation, sauvée de la banqueroute par Maxwell, m'a déclaré: «Si nous avions eu une dizaine d'homme comme Robert Maxwell, la Grande-Bretagne n'aurait pas connu les problèmes économiques qui l'ont empoisonnée depuis la guerre. »
Maxwell est, bien sûr, maître de sa propre destinée, dans la même mesure que chacun de nous. Ses succès et ses échecs, ses heureuses inspirations et ses erreurs sont largement dus à sa propre personne. Mais ce que lady Falkender a appelé sa «volonté d'acier» était présent en lui depuis sa naissance ou presque. Une telle détermina- tion n'est pas sans quelque danger: ses collaborateurs répugnent à le mettre en garde contre un geste imprudent. C'est l'un des graves inconvénients de la puissance.
Ibidem, p. 484-485

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Un milliardaire de gauche

Les contradictions apparentes et les semblants de paradoxes abondent chez lui. Il est riche mais ne tient à rien de ce qu'il possède. Ce n'est pas un collectionneur de papillons; il ne collectionne pas non plus les timbres mais ne serait pas opposé à l'idée d'acheter l'entreprise qui les imprime. Il est démocrate par conviction et dictatorial par tempérament, autoritaire sur certains points et libéral sur d'autres. Il est favorable aux piliers de la société établie - la monarchie, le parlement, la City de Londres et les institutions - mais il est profondément hostile à la société établie, au point de porter un jour un toast « Au Diable des diplomates! » à un dîner où se trouvait l'épouse d'un ancien ambassadeur du Royaume-Uni en Union soviétique.
Socialiste, Maxwell se trouve compter aussi parmi les capitalistes. Il professe que les locataires des logements construits par l'État devraient pouvoir se rendre acquéreurs de leur foyer, mais il n'est pas propriétaire de Headington Hill Hall où il réside - il a loué le domaine à la municipalité d'Oxford avec un bail de 99 ans -, se vante d'avoir la plus belle demeure de toute l'Angleterre et emploie un marquis comme chef-jardinier. Il est entièrement dévoué à tous les membres de sa nombreuse famille et chacun d'eux le lui rend bien; mais il est opposé au principe de l'héritage et a déclaré à ses enfants depuis leur naissance qu'il ne leur laissera rien à sa mort.
«La transmission d'une trop grande fortune, dit-il, peut paralyser l'esprit d'initiative de la génération suivante.» Il est contre les privilèges, mais tous ses enfants sauf un seul travaillent ou ont travaillé pour lui. En somme il est favorable au népotisme à condition que les bénéficiaires soient qualifiés pour remplir leurs fonctions. Comme tous ses enfants ont fait des études universitaires, tous remplissent cette condition. C'est un père généreux mais sévère. Il a fait cadeau de voitures à tous ses enfants, mais les a reprises à ceux qu'il a surpris en train de fumer. Il a renvoyé, on le sait, son fils lan pour avoir préféré une compagnie féminine à la sienne.

Il est à l'aise à l'intérieur du monde communiste et il a accepté la plus haute distinction bulgare, l'Ordre de la Stara Platina de première classe; il a également reçu l'Ordre du mérite polonais, avec étoile, et un doctorat de l'université de Moscou. Il a d'ailleurs publié les discours et écrits divers de la plupart des dirigeants des pays communistes; mais il abhorre le communisme. On se souvient que chargé de veiller sur la légalité du scrutin en zone soviétique d'occupation, il s'acquitta de cette tâche de telle façon que les socialistes l'emportèrent sur les communistes dans le seul secteur où le contrôle lui incombait. Les manifestations honorifiques dont Maxwell fut l'objet ne sont pas l'apanage des seuls pays de l'Est. Il est docteur ès sciences, honoris causa, de l'Institut polytechnique de New York, membre de l'ordre suédois de l'Étoile polaire et il possède une médaille de la Fondation Nobel ainsi que nombre d'autres distinctions. L'université d'Aberdeen lui conférera un doctorat honoris causa à la sortie de cet ouvrage. L'homosexualité lui fait horreur; il a pourtant dépensé des sommes considérables pour contribuer à la recherche d'un remède contre le Sida. Il n'a pas beaucoup de temps à consacrer aux assemblées et aux réunions des conseils d'administration, mais il croit aux coopératives ouvrières. Il est presque certainement le plus riche partisan que le parti travailliste anglais ait jamais eu, mais il déclare 6: «Je ne vois pas pourquoi j'abandonnerais mes idéaux et renierais mes origines sous prétexte que j'ai gagné quelques shillings. »
Ibidem, p. 487-488

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Avec Ronald Reagan

Avec Deng Xiao Ping
Avec Michael Gorbatchev
Avec François Mitterrand, et Edgar Faure
Avec Jacques Chirac, et Edgar Faure