Sylvie Brunel
Professeure de géographie à l'université Paul-Valéry de Montpellier. Agrégée de géographie elle a enseigné à l'Institut d'études politiques de Paris.
Ancienne présidente d'Action contre la faim, Sylvie Brunel , née en 1960, a travaillé pendant dix-sept ans dans l'action humanitaire.
Elle a publié une vingtaine d'ouvrages consacrés au développement, dont Ceux qui vont mourrir de faim, Le Seuil, Paris 1997 ; La faim dans le monde, comprendre pour agir, PUF, Paris 1999 ; L'Afrique : Un continent en réserve de développement, Editions Bréal, 93561 Rosny-sous-Bois, 2004 ; Le développement durable, Puf, Que sais-je n°3719, Paris, 2004 ; L'Afrique dans la mondialisation, La documentation française, Paris, 2005 ; La Planète disneylandisée : Chronique d'un tour du monde, Sciences Humaines, Paris, 2006.
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Désormais la focale "humanitaire" prime et la coopération internationale zappe de crise en crise (qualifiées bien sûr d'"humanitaires", ce qui ne veut rien dire), au gré des préoccupations géopolitiques du moment : Kurdistan en 1991, Somalie en 1992, Bosnie en 1993 (mais pas en 1995, au moment des massacres planifiés de Srebrenica), Rwanda en 1994 (pour le choléra à Goma, mais pas pour le génocide), Corée du Nord en 1996, ouragan Mitch en 1998, Kosovo en 1999, Ethiopie en 2000. Et pour 2001, l'Afghanistan...
Le "bruit de fond" des désastres burundais, sierra-léonais, haïtien, et plus globalement, la misère et le dénuement de millions d'êtres humains à travers le monde ne deviennent audibles que ponctuellement, lorsque l'une ou l'autre des grandes puissances se sent soudain concernée, parce que ses intérêts directs sont menacés.
Le temps du dévoiement, Le Monde, 22 novembre 2001, p. III
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Pourtant, l'efficacité des actions humanitaires menées en situation de crise ne peut pas être contestée. A condition cependant qu'elles soient ciblées sur ceux qui ont besoin d'être secourus parce que c'est pour eux une question de survie. Sur eux seuls, appropriées à leurs besoins réels et inscrites dans une évaluation des besoins sans cesse réexaminée à la lueur des résultats obtenus.
Je parle bien sûr d'actions indépendantes, impartiales, neutres. Toutes les ONG sérieuses et dignes de ce nom mènent leurs programmes dans le respect de ces principes. C'est pourquoi elles ont horreur autant des parachutages aveugles à haute altitude que des opérations improvisées, où de bons samaritains pleins de bonne volonté acheminent n'importe quoi à n'importe qui, n'importe où, engendrant gaspillages, renforcement des rapports de force locaux - qui sont précisément à l'origine du désastre -, et, en définitive, humiliation profonde des prétendus "bénéficiaires" d'une charité pleine d'autosatisfaction.
Ibidem
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Seuls des programmes de longue haleine dans les secteurs clés pour le développement que sont la santé pour tous et l'éducation primaire, la défense de la petite agriculture familiale paysanne, fondement de la constitution d'un marché intérieur, la mise en place de véritables partenariats fondés sur une vision moins égoïste et à court terme des intérêts des pays riches, permettront de régler le problème de fond du sous-développement et des inégalités croissantes dans l'humanité.
Ibidem