Le Vatican dixit : "Une négation de la gràce de Dieu"

Le "frère" du Président Sarkozy
Alain Bauer

Ancien Grand Maître du Grand Orient de France (2000-2003).
Auteur, notamment, de Grand 0, Denoël, Paris 2001 (signé Orient de Paris, le 1er jour du 7e mois de l'ère maçonnique 6001); La guerre ne fait que commencer, Gallimard, Paris, 2002, Folio documents n°13 ; Le nouveau chaos mondial, RIAUX (EDITIONS DES) - ISBN : 978-2-84901-070-9, Paris, septembre 2007.

2007 : Chargé par Nicolas Sarkozy de protéger Rachida Dati
2005 : Alain Bauer démissionne du GODF et dit pourquoi
2002 : Alain BAUER, grand maître du Grand Orient de France, préconise "l'éradication des fraternelles", dans le sport

1
Ce n'est qu'en 1728 que la Maçonnerie française se structure vraiment, sous la houlette d'un Anglais, le duc de Wharton, qui est le premier grand maître de la première Grande Loge en France. Il organise l'Ordre autour des esprits cultivés, des militaires, de la noblesse et de la bourgeoisie ; un ordre qui se développe sur la logique des frères anglais, le progrès scientifique et social.
En 1736, la Première Grande Loge en France deviendra la Première Grande Loge de France. Cette Maçonnerie française est neutre, très peu engagée dans les débats politiques de l'époque. En revanche, elle s'intéresse baucoup aux débats sociaux, l'égalité, les grandes idées libérales qui traversent l'Europe, grâce à l'imprimerie. La Franc-Maçonnerie s'en empare et les propage.
Grand 0, p. 95-96.

2
En 1789, ce ne sont pas les loges qui font la Révolution. Mais c'est grâce aux liens tissés entre les frères issus des trois ordres, noblesse, clergé et tiers état, alors qu'ils siègent séparément aux états généraux, que peut se tenir la réunion dans la salle du Jeu de Paume. ... les idées brassées dans les loges se traduisent par des rapprochements imprévus. Quelques frères passent à la postérité pour le meilleur et pour le pire. Comme La Fayette, auréolé de sa gloire américaine, ou le frère Guillotin, qui "humanise" la peine de mort avec sa machine remplaçant la hache incertaine du bourreau ...
Ibidem, p. 100.

3
La IIème République est donc une république archi-maçonnique. La plupart des dirigeants sont francs-maçons, les maçons viennent porter leurs revendications en arborant leurs insignes. Certaines réunions du Conseil des ministres ressemblent à une tenue (réunion maçonnique solennelle durant laquelle les maçons portent tabliers et gants). Puis vient le convent de 1849, marqué par le phénomène paradoxal du "radis" : les francs-maçons sont rouges dehors, blancs dedans. Les mêmes qui, le matin, adoptent "Liberté, égalité, fraternité" comme devise de la Franc-Maçonnerie, votent l'après-midi la première constitution maçonnique française comportant l'obligation de croire au Grand Architecte de L'univers.
Ibidem, p. 101-102.

4
L'affaire Dreyfus marquera la Franc-Maçonnerie. Pour une fois totalement unies, les loges, le conseil de l'Ordre ou le convent prendront fait et cause pour le capitaine victime d'une machination. Luttant contre la réaction et l'antisémitisme, le Grand Orient se retrouve à la Ligue des droits de l'homme. Les quelques loges maçonniques opposées au décret Crémieux - donnant aux Juifs statut de citoyens - en Afrique du Nord changent d'opinion ou sont chassés de l'obédience.
Ibidem, p. 104-105.

5
A partir de 1900, la Maçonnerie va passer par plusieurs phases. Elle s'engage d'abord dans tous les mouvements laïques. Entre la fin du XIXème siècle et la Première Guerre mondiale, la Franc-Maçonnerie se pose comme un adversaire résolu de la hiérarchie de l'Eglise catholique. ... S'il n'y a que peu de difficulltés avec les protestants, les juifs et les musulmans, la confrontation est très dure avec l'Eglise catholique. ... Le Grand Orient est comme toujours extrêmement engagé pour la défense des valeurs républicaines.
Ibidem, p. 105.

6
Arrive le moment du grand traumatisme de la Maçonnerie française, avec la "drôle de guerre", l'Armistice et l'avènement du régime de Vichy. Le maréchal Pétain et son entourage ont un compte à régler avec la Maçonnerie. ... Il y avait 29 000 maçons en 1939. Il en restera 5 500 au début de 1945. La saignée touche également les autres obédiences. (note dt, en 2001 le GO compte 43 000 frères dans 1 000 loges ; la Grande Loge de France 23 000 frères dans 700 loges ; la Grande Loge Nationale Française 21 000 membres ; le Droit Humain 13 500 frères et soeurs dans 450 loges ; la Grande Loge Féminine de France 13 000 soeurs dans 350 loges ; les autres obédiences plus de 6 000 frères et soeurs, soit un total d'environ 120 000 frères et soeurs : Alain Bauer, annexe 2).
Ibidem, p. 106-107.

7
Le Grand Orient de France doit réaffirmer son identité, c'est-à-dire les valeurs et les principes qui ont fait la République. ... Si le Grand Orient ne s'occupe pas des élections, il essaie de fabriquer des électeurs conscients des responsabilités qui sont les leurs dans l'évolution de la société.
Ibidem, p. 168-169.

8
La religion promet un espace qui vient après la mort. Nos promesses ne sont faites qu'aux vivants.
Il n'y a pas d'histoire finie en Maçonnerie. Le dernier chapitre est toujours à écrire. Il relève de la responsabilité de chacun. Le franc-maçon décide, en rejoigant une loge, se suivre un chemin difficile et incertain vers la Liberté.
Pour nous, maçons, de toutes origines, de toutes cultures, hommes et femmes, la loge n'est pas une survivance mais une espérance.
Ibidem, p. 170.

9
En troisième et dernier lieu, il n'est pas inutile de s'interroger sur les fondements de la régularité. Repose-t-elle sur des dogmes ou sur des principes? Exige-t-elle une démarche d'adhésion ou de convic- tion? Fait-elle appel à la croyance ou à la raison? Dans le premier cas, elle fixe nécessairement une limite à la recherche de la vérité. Elle s'inscrit dans une logique de l'orthodoxie ou de l'hétérodoxie. Dans le second, au contraire, les voie de la recherche de la vérité sont sans limites.

La franc-maçonnerie dite régulière relève de la première de ces attitudes, la franc-maçonnerie adogmatique, à laquelle appartient le Grand Orient de France, revendique fortement la seconde. Elle fonde la légitimité de cette revendication sur la conviction d'une fidélité aux principes qui, dès les Constitutions d'Anderson, ont fait de la franc-maçonnerie une école de doute, un univers du débat, une préoccupation attachée à améliorer l'homme pour lui permettre d'améliorer la société au moyen des convictions acquises après avoir été confrontées au cours d'une discussion sans a priori.

Ainsi, plus qu'en terme de régularité, la démarche maçonnique doit être appréciée en terme de légitimité. Elle constitue un projet, et si des règles sont admises pour en encadrer l'éclosion, elles ne tirent leur justification que de la contribution qu'elles apportent à celle- ci. Si, cependant, une régularité maçonnique était susceptible d'être reconnue, elle ne pourrait s'appliquer qu'à la démarche maçonnique individuelle. Elle se réduit à la reconnaissance du fait initiatique. Elle sanctionne la qualité de l'agrégation du maçon à l'univers de la franc-maçonnerie.

Les francs-maçons du Grand Orient de France considèrent, sous l'éclairage de leur histoire, que la mémoire qui guide leur action doit en permanence rester éveillée, accompagnatrice nécessaire du regard que portent sur le monde les francs-maçons adogmatiques, elle constitue le fils conducteur de leur action et l'instrument de légitimation de leurs engagements.
De la régularité maçonnique, Editions maçonniques de France, 1999, p. 96-98

10
A l'extérieur et depuis la fin de la guerre froide, l'Amérique a un nouveau hochet, appelé « nation building », sorte de boîte à outils destinée à remettre en forme les « États effondrés ». Tentative initiale, l'opération Restore Hope en Somalie en 1992, première grande crise internationale de la présidence Clinton.
Madeleine Albright est alors ambassadeur des États-Unis à l'ONU. Elle définit ainsi cette action de « multilatéralisme volontariste» devant le Conseil de sécurité des Nations unies: « Une entreprise sans précédent visant à rien moins qu'à la restauration d'un pays entier comme membre fier, fonctionnel et viable de la société des nations. » De type « Meccano », l'opération « nation bulding» vise à « la reconstruction des institutions politiques et de l'économie de la Somalie ». Dix ans plus tard où en est le « fier membre somalien de la société des nations » ? Insister serait cruel.

La scène se répète au Kosovo où la présence de plus de 40 000 militaires de l'alliance occidentale à partir de l'été 1999, plus une nuée de fonctionnaires internationaux, n'empêche pas la mafia albanaise de réaliser la seule vraie « grande Albanie » qui lui tient à cœur: la grande Albanie criminelle. L'idée de départ était de « débarrasser le Kosovo de la drogue et des armes ». Là aussi, où en est-on, quatre ans après la mise de cette province sous tutelle internationale ?
La guerre ne fait que commencer, Gallimard, Paris, 2002, Folio documents n°13, p. 117-118

11
En 2001, on estime qu'au moins 11 000 hommes ont été formés dans les camps afghans au cours des cinq dernières années, dont environ 3 000 sont considérés comme "durs". Des sources oddicielles allemandes estiment même (à la mi-novembre 2001), lors d'une conférence de travail avec le FBI américain, que les hommes passés par les camps afghans ont pu approcher le nombre de 70 000, en provenance de 50 pays divers.
Après cette formation, certains partent ensuite faire la guerre dans les Balkans, en Tchétchénie, dans l'archipel des Moluques (Philippines), etc. Sur ces champs de bataille de nouvelles solidarités se créent.

Exemple: au début des années 90, de 3 à 5 000 « Afghans» (originaires des pays arabes, mais aussi de Turquie, d'Iran, du Pakistan et d'Europe) rejoignent la Bosnie. Ils sont regroupés au sein de la « 7e brigade» intégrée au « 3e corps d'armée» bosniaque. Sont ainsi passés par la Bosnie : une partie des membres du gang de Roubaix (Lionel Dumont alias « Abu Hamza », Français toujours en fuite; Christophe Caze, chef du réseau, Français tué en 1996 lors de l'interpellation du gang) ou Soleiman Abu Ghaith (Koweïtien, connu comme le porte-parole d'al-Qaïda). Après les accords de paix de Dayton-Paris (décembre 1995) la « 7e brigade» est officiellement dissoute et les « Afghans» sont invités à quitter le pays.

Jusqu'en octobre 2001, ceux d'entre eux qui sont restés se sont montrés plutôt discrets: ils ont acquis la nationalité bosniaque, se sont installés dans des villages au centre de la Bosnie (autour de Zénica), ils se sont mariés localement, ont fondé une famille, un certain nombre travaillent pour des organisations humanitaires (islamiques bien sûr). Les ONG ont en effet proliféré dans le secteur (elles sont égyptiennes, soudanaises, pakistanaises, yéménites, etc.). Officiellement, elles fournissent des soins médicaux, participent à la construction de mosquées, d'écoles (coraniques)... Si elles assistent effectivement les plus âgés, elles prennent surtout en charge les plus jeunes: des centaines d'adolescents ont ainsi été envoyés dans les madrassas (écoles coraniques) pakistanaises pour recevoir une formation complète.
Ibidem

12
Qui possède (en France et même au niveau de l'Union européenne) cette « vue d'ensemble » sur le crime organisé et le terrorisme? À vrai dire personne. Et comment l'acquérir? D'abord et avant tout, par une réflexion purement intellectuelle, précédant l'action, par un travail patient et méthodique d'approche des réalités criminelles ou terroristes. C'est un travail plutôt lo-tech, assez humble, ne demandant nul gadget d'avant-garde - ne permettant pas la moindre posture glorieuse au journal télévisé de vingt heures. Il s'agit de ne pas quitter du regard les entités dangereuses; de traduire, d'approcher, d'apprendre, de comprendre. Et enfin - comme nous le verrons plus loin - d'accéder au savoir qui pressent. Seuls cette réflexion et ce travail d'approche nous permettront de déceler les menaces de façon suffisamment précoce, pour les contrer avant tout passage à l'acte - exact pendant anti-criminel et anti-terroriste de la médecine préventive.
Ibidem, p. 252

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SPORT & FRANC-MACONNERIE
La fin des fraternelles du sport ?

Dysfonctionnements, statuts illégaux, règlements contraires à l'esprit de la loi du sport, procédures disciplinaires indignes..., les maux du sport ne manquent pas et de toute évidence n'ont pas fini de ternir l'image du sport français.

Du plus loin que l'on se souvienne, jamais, dans les campagnes politiques, il n'a été question d'un programme pour assainir le sport. De toute évidence, chacun est conscient de la gravité de la situation du sport en France, mais personne ne souhaite aborder ce problème de société. Beaucoup d'observateurs s'interrogent sur les raisons même de ce sujet tabou. De même, lorsqu'une "victime" du sport tente d'alerter les médias elle ne rencontre, à sa grande stupéfaction, qu'une grande indifférence et un black out complet. Comment ne pas s'interroger sur ce silence obstiné gardé sur les "affaires" ?

Le milieu sportif est un microcosme ou tout le monde connaît tout le monde. Les dirigeants du sport côtoient les journalistes spécialisés non seulement au cours des manifestations qu'ils organisent mais aussi dans les fraternelles du sport. Il y a quelques temps, le journal L'Equipe avait relaté dans ses colonnes le fonctionnement de LA FRATERNELLE DU JUDO où se trouvaient présents plusieurs hauts responsables de la Fédération Française de Judo et Disciplines Associées (FFJDA), des champions, des journalistes de la presse écrite et audiovisuelles, etc.

Ces mêmes adeptes du judo se retrouvent également dans une loge spécifique au sport que l'on pourrait appeler LE CERCLE SPORTIF. Là, se rencontrent plusieurs anciens ministres, une multitude de fonctionnaires du ministère des sports, des présidents de fédérations, des membres du Comité National Olympiques et Sportif Français (CNOSF), des conseillers d'Etat et toujours un grand nombre de journalistes.

C'est ainsi que le réseau fonctionne. Par le biais de la fraternelle du sport, les affaires sont étouffées et les "victimes" n'ont guère de chance de voir leur cause entendue.

Dans une interview donnée au Nouvel Observateur le 12 décembre 2002, Alain BAUER, grand maître du Grand Orient de France, préconise "l'éradication des fraternelles" qui ont été inventées pour permettre à des frères et des sœurs de se rencontrer et de faire des affaires.

Pour ce qui est du sport, ces organisations particulières ne relevant pas de l'autorité des obédiences nuisent gravement aux sportifs, enseignants et dirigeants non initiés et qui souhaitent garder leur entière liberté d'esprit sans être inféodés à un quelconque système. Une liberté qu'ils payent souvent très chère lorsque le conflit éclate et que le système maçonnique sportif se met en place.

Alain BAUER, Grand Maître du Grand Orient de France, ayant décidé de lutter contre "les pourris et les salauds qui se servent de la maçonnerie", il faut espérer que le sport français va enfin se débarrasser de cette gangrène qui le ronge de l'intérieur depuis trop longtemps déjà.
Adis, adisport, 23 décembre 2002

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Pourquoi j'ai démissionné du Grand Orient

CETTE année (2005), le Grand Orient de France fête un anniversaire. Il commémore un morceau de son histoire qui l'a marqué profondément. Non pas la centenaire loi de séparation des Eglises et de l'Etat, son grand oeuvre laïque, mais le dixième automne de son funeste convent de 1995.

Cette année-là, pour la première fois dans son histoire hors périodes de conflits ou de persécutions, l'assemblée générale n'arrivait pas à se mettre d'accord et renvoyait tout le conseil de l'ordre se ressourcer à la base. Il aura fallu le lent travail de reconstruction mené par Jacques Lafouge, Philippe Guglielmi et pour une part moi-même, pour redonner sa stabilité à la plus ancienne et la plus importante obédience maçonnique française.

Pendant que ces combats de clans et d'appareils dévastent le paysage maçonnique national, les loges continuent imperturbablement d'accueillir avec chaleur, de travailler avec efficacité, de dialoguer avec la société. Mais, depuis la fin 2003, le circuit de communication, le haut-parleur de la franc-maçonnerie semble brouillé. Après les célébrations communes à toute la franc-maçonnerie française, cet appel d'air formidable qui avait rendu le travail des loges visible, une fois amorcé le travail de mise en place d'une législation favorisant la liberté de la recherche dans le domaine bioéthique ou le droit de mourir dans la dignité, le système qui asphyxie les ateliers a repris le dessus.

Au-delà des querelles d'hommes, des tailles et de couleurs de cordons, du délire qui parfois atteint quelques rescapés d'expériences politiques ou sociales malheureuses, des milliers d'hommes et de femmes, de frères et de soeurs engagés, honnêtes et sincères, sont souvent pris en otage par la recherche d'un illusoire pouvoir. Celui-ci oublie que la franc-maçonnerie accueille croyants et non-croyants, qu'elle doit permettre une recherche personnelle, spirituelle et symbolique et un engagement social et citoyen dans un cocktail aux proportions adaptées à chacun, qu'elle n'est pas enfermée dans un cube coincé au fond de catacombes.

La franc-maçonnerie a été de tous les combats pour les libertés individuelles et politiques. Liberté de la presse, d'opinion, de réunion, d'association, suffrage universel, abolition de l'esclavage, droits des femmes à choisir, laïcité. Le Grand Orient a été l'Eglise et le parti de la République et a construit la boîte à outil de la citoyenneté. Franc-maçonnerie rime avec démocratie. Mais la crise de la franc-maçonnerie anglo-saxonne, qui disparaît rapidement en termes d'effectifs, semble se conjuguer, dans les rares pays dynamiques (France, Belgique, Islande) avec une crise du contenu qui ne peut être ignorée si l'on ne veut assister au même phénomène d'obsolescence dans les années à venir.

La France est riche de la pluralité de ses parcours, de la diversité de ses obédiences, de la richesse de son patrimoine, de la force de sa maçonnerie féminine et mixte. Mais la bonne santé en termes d'effectifs, dont l'accélération a été sensible au tournant du millénaire, ne peut masquer le désordre dans l'expression collective, le manque de présence dans les grands débats de société.

Certes, à titre individuel, de nombreux francs-maçons agissent pour faire progresser la société. Mais il est de moins en moins possible d'intervenir ensemble. Comment peut-on être aussi heureux dans sa loge et aussi malheureux dans son obédience ? Durant vingt-cinq ans, j'ai essayé, avec l'aide de nombreux frères et soeurs, de faire évoluer le Grand Orient et la franc-maçonnerie. Quelques succès isolés ne peuvent suffire à ignorer l'inertie, la paralysie, les réticences au changement, à l'acceptation de la réalité.

J'en ai tiré toutes les conséquences lors du convent tenu depuis jeudi à Paris, en démissionnant du Grand Orient de France. Je souhaite que cette décision soit un signal pour que les loges affirment désormais leur droit de propriété sur leurs obédiences, en les libérant enfin des querelles de personnes, des clans et des structures dépassées qui les emprisonnent.

Alors que l'acacia, symbole du renouveau dans la mythologie maçonnique, semble bien fané, il n'est qu'une seule possibilité pour le faire refleurir : donner aux loges la possibilité d'engager la rénovation nécessaire. On peut parfois mélanger les couleurs du crépuscule avec les splendeurs de l'aurore. Il est largement temps de faire revenir le matin et de sonner midi, le temps du travail.
par Alain Bauer, lemonde.fr, Article paru dans l'édition du 06.09.05

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Nicolas Sarkozy organise la protection de Rachida Dati
Magazine Challenges | 01.11.2007 | Par Airy Routier et Patrick Fauconnier

Jeudi 25 octobre. Publication d'un article dans L'Express consacré à Rachida Dati, dans lequel il est révélé qu'elle n'a jamais décroché le MBA de HEC, bien qu'ayant suivi les cours, comme elle l'a affirmé lors de son dossier pour intégrer, par le tour extérieur, la magistrature.

Cet article constituerait le premier étage d'une fusée visant à désamorcer la bombe que pourrait constituer le livre titré La Tricheuse et dont la parution est attendue courant novembre.

La situation de Rachida Dati, qui puisait une partie de son influence du rôle d'intermédiaire qu'elle occupait entre Nicolas et Cécilia Sarkozy, est devenue plus délicate, en butte qu'elle est à l'hostilité des magistrats.

Appréciée dans l'opinion publique et symbole de l'intégration républicaine, elle demeure cependant intouchable.

C'est pourquoi Nicolas Sarkozy aurait demandé au «consultant» Alain Bauer, ancien grand maître du Grand Orient, et à Bernard Squarcini, directeur de la DST, d'assurer sa protection et... de l'encadrer.

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L'Express 21 février 2008, Les francs-maçons et le pouvoir
Le "frère" du président, p. 40

Alain Bauer ancien grand maître du Grand Orient est depuis 2002 un proche de Nicolas sarkozy.

Après l'avoir conseillé à l'Intérieur il continue de jouer un rôle clef.

«Bauer est né vieux.» Ce propos acide de son ami publicitaire Stéphane Fouks lui va comme un gant. Ce surdoué a tout fait trop jeune: socialiste à 15 ans, franc-maçon à 18 ans, vice-président de l'université Paris 1 à 19 ans, conseiller du Premier ministre Michel Rocard à 26 ans, PDG de sa société à 32 ans, alors qu'il claque la porte du PS, et grand maître du Grand Orient à 38 ans, pour un triennat.

Quelques mois avant l'élection présidentielle de 2002, Nicolas Sarkozy invite le grand maître à déjeuner:«Je pense être Premier ministre si Jacques Chirac est réélu et les questions de sécurité m'intéressent», lui annonce-toi!.

Six mois plus tard, Sarkozy s'installe non pas à Matignon mais Place Beauvau et convie de nouveau Bauer. « Il m'a dit précisément ce qu'il retenait de mes suggestions et m'a proposé une rencontre au moins mensuelle pour évaluer sa politique. A l'exception de Michel Rocard, c'était pour moi inédit chez un homme politique.» De là naît leur complicité.

Nommé président de l'Observatoire national de la délinquance, Bauer jongle avec les chiffres de l'insécurité. Ce grand mètre 84, comme aurait pu dire le frère Pierre Dac, circule comme chez lui au ministère de l'Intérieur, paradis des frangins!

En 2004, c'est lui qui aurait indiqué à Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa la présence de son nom sur les fameux listings Clears­tream - Bauer ne dément ni ne confirme être l'informateur du ministre.

Fin 2006, ce dernier lui remet les insignes d'officier de l'Ordre national du mérite, avec cette phrase flatteuse qu'il n'oublie pas:« Rien au ministère ne se fait sans les conseils, l'impulsion, les idées d'Alain Bauer!»

Pendant la campagne présidentielle de 2007, il aide son ami Nicolas,qui lui a imposé le tutoiement, à préparer ses grandes émissions de télévision, sur les questions de délinquance, de sécurité, de banlieues, de justice. Pour lui, Bauer, fumeur de gros cigares, organise un dÎner avec 1 000 francs-maçons dans un grand hôtel parisien. Beaucoup de ses amis glosent sur son ambition d'être ministre.

« Alain Bauer entretient la peur qu'il suscite, car il aime ça»

Avant l'élection de Sarkozy, le joueur d'échecs était formel: « Il n'en est pas question. Ça a cessé de m'intéresser en 1994. »
Aujourd'hui, il est moins catégorique. Et de souligner qu'il a déjà plus d'influence qu'un sous-secrétaire d'Etat. Mais le gastronome, dont la loge s'appelle justement le Banquet, redoute de perdre sa liberté de parole avec le « mari de Carla », plaisante-t-i1 : « On s'est déjà foutus sur la gueule au sujet de la nomination d'un préfet musulman!»
Plus récemment, le toujours copain de Rocard lui a confié son désaccord au sujet de la supériorité supposée des curés et des pasteurs sur les instituteurs.

« Beaucoup le craignent, notamment au gouvernement, disent de lui plusieurs anciens grands maîtres du GO. Il entretient la peur qu'il suscite, car il aime ça.»
Ses fréquentes interviews dans la presse agacent dans les loges. « Etre intelligent et brillant ne lui interdit pas de répondre aux médias», ironise son ami Claude Vaillant, grand orateur du GO (chargé du respect du règlement).

Bauer invite les francs­maçons à assumer avec fierté leur appartenance, notamment ceux qui ont des responsabilités dans la société. Mais il est peu suivi. Du coup, il se ferme comme une huître si l'on évoque ses relations avec un frère du GO. Comme Thierry Vinson, devenu secrétaire général-adjoint de son groupe de travail sur les institutions publiques chargées de sécurité et de stratégie. Ou Stéphane Juvigny, au cabinet de « MAM ». Ou encore Xavier Bertrand .• E. M.

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Mgr Rey : "Une négation de la grâce de Dieu" Laurent Dandrieu le jeudi 28/07/2011 dans Dossier d'actualité Valeurs Actuelles

Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon, a publié en 2007 “Peut-on être chrétien et franc-maçon ?”. Où il montre que la position de l’Église sur la question n’a pas changé.

Pouvez-vous résumer la position de l’Église ?

Sa position, depuis que la question se pose, c’est qu’il n’est pas possible de faire partie d’une loge franc-maçonne et en même temps de professer la foi catholique. L’appartenance à la franc-maçonnerie, c’est l’adhésion à un système de pensée qui s’inscrit dans le relativisme, dans une négation de la place de la grâce de Dieu par rapport à l’effort de l’homme, dans un système qui relativise la place de l’Église aussi, et qui peut se définir comme l’exaltation d’une intelligence coupée de l’amour. C’est une nouvelle forme de gnosticisme.

Mais ne faut-il pas distinguer différents types de maçonneries ?

Il y en a en effet pour qui l’attestation de Dieu est tout à fait fondamentale, en une forme de déisme : mais de quel Dieu parle-t-on ? Pour nous, chrétiens, on parle de Dieu manifesté en Jésus-Christ, qui se révèle à travers le magistère de l’Église. Dieu ne relève pas simplement de la subjectivité mais s’est manifesté comme logos, c’est-à-dire comme raison, comme sagesse.

Et c’est en lui qu’on trouve le critère suprême de l’intelligence, la pleine explication du sens de la vie. La franc-maçonnerie, en revanche, est marquée par le rationalisme : tout ce qui ne se justifie pas par la raison raisonnable n’a pas de valeur intrinsèque ; la foi est vite reléguée dans le subjectivisme et, pour certains, dans l’obscurantisme. Cela veut dire que, dans son essence même, au-delà des différenciations, la franc-maçonnerie est un principe qui porte atteinte à l’enseignement de l’Église.

La vérité est réputée inconnaissable pour les francs-maçons alors qu’elle est au centre de la foi catholique ...

Effectivement, pour les maçons, il n’y a pas de vérité absolue ; tout part de l’intelligence de l’homme, de l’explication que l’homme donne de lui-même et du sens des choses ; la vie n’est plus reçue, mais elle est construite. C’est l’homme qui est chargé de transformer le monde par une connaissance intime des lois de l’Univers (c’est toute la vision de l’architecte), c’est l’homme qui se sauve par son intelligence, il n’a pas besoin de Dieu. Le recours à Dieu relève alors plus de l’émotion intérieure que de la grâce qui, pour nous, chrétiens, est au contraire le premier ressort de notre action.

De manière plus concrète, l’Église reproche aux francs-maçons d’être souvent en pointe sur les législations qui tournent le dos à la morale naturelle.

Tout à fait. Parce que, comme c’est l’homme qui est chargé de transformer le monde, on arrive à ce qu’on appelle le constructivisme, que l’on retrouve actuellement dans un certain nombre de théories comme le gender. C’est la négation de la nature humaine, qui doit au contraire être reçue, qui s’enracine dans la biologie ou dans la nature ; dans la vision maçonne, c’est l’homme qui est amené à se définir lui-même, à se construire lui-même. Sur le plan pratique, cette vision conduit à une morale qui est finalement très nombriliste, subjectiviste.

Dans le christianisme, il y a le respect de la nature. C’est à partir de Dieu que se définit la nature humaine : l’homme est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Il y a une relation dans ce qui nous définit, on se rapporte à un être qui nous précède et qui nous a fait surgir dans l’existence. Et en même temps, c’est dans la prise de conscience de cette relation de notre existence par rapport à Dieu que nous trouvons un signe de ce que l’Église appelle la divinisation. Il ne s’agit pas de se rabaisser, il s’agit de prendre la mesure de ce que Dieu est Dieu pour découvrir dans le visage du Christ celui qui nous amène à hauteur de son visage divin.

L’Église critique aussi, chez les francs-maçons, le culte du secret.

Pour nous, chrétiens, le Christ est lumière du monde ; c’est la lumière du Christ qui révèle les mystères cachés depuis les origines. Tandis que dans les loges, il y a un élitisme, avec l’initiation, qui récupère le système rituel chrétien pour mettre en valeur ce qu’on appelle la gnose, le primat de la connaissance et du savoir sur l’économie du salut qui est offerte à tous. Il y a une distinction très fondamentale : le principe chrétien, c’est l’universel, la lumière du Christ singulière qui éclaire et transfigure le monde tout entier, le cosmos, l’Histoire. Dans la vision chrétienne, l’amour apporte la connaissance, mais la connaissance s’agenouille devant la révélation sublime et suprême de l’amour de Dieu.

Quelles réponses l’Église peut-elle apporter au défi posé par la maçonnerie ?

Je crois que la franc-maçonnerie interpelle l’Église sur quatre points. D’abord, la nécessité de créer des laboratoires de réflexion, de mettre en place une pastorale de l’intelligence. Deuxième chose, la ritualisation : la désacralisation qu’on a pu constater dans tel ou tel lieu ecclésial, telle ou telle communauté, fait qu’on a cherché des symboliques ailleurs, puisé dans d’autres réserves symboliques. La troisième chose est la fraternité : l’expérience d’une communion entre des personnes, pas simplement dans l’ordre de l’expérience spirituelle, intime, mais d’une réflexion portée et partagée entre tous. J’ajouterai la formation d’une élite : il faut se déprendre de l’élitisme initiatique des loges, qui sont souvent aussi des réseaux d’influence, mais on a besoin de nos jours de former une élite vraiment chrétienne, de personnes qui font une authentique expérience du Christ et qui mettent leur talent, leurs compétences et leurs réseaux au service d’un message qui se veut universel, où le petit et le pauvre ont une place centrale.

La dernière prise de position émanant du Vatican sur cette question date de 1983. N’avait-elle pas été rendue nécessaire par un certain flottement après le Concile, où certains avaient pu avoir le sentiment que l’Église renonçait à l’idée d’une vérité unique, ce qui pouvait entraîner une convergence avec la maçonnerie ?

Oui, il y a eu effectivement une théologie du monde qui est née sous l’inspiration du Concile, une volonté de rencontrer le monde à partir de ses aspirations profondes, dans lesquelles on pouvait discerner l’oeuvre de l’Esprit. Théologie qui est, semble-t-il, juste, dans le sens où le monde garde la trace des « semences du Verbe », pour reprendre l’expression des pères du Concile.

Mais il faut être en même temps attentif – et c’est là je pense que certains ont interprété de manière inadéquate le Concile – à ne pas oublier que le monde est traversé aussi par l’esprit du mal.

À vouloir rejoindre le monde, on s’est parfois rendu au monde, au sens d’une reddition. Des dialogues se sont donc engagés avec la franc-maçonnerie, et un certain nombre de choses pouvaient être positives dans cette recherche à la fois fraternelle et intellectuelle, mais sans prendre en compte suffisamment l’incompatibilité entre la foi chrétienne et l’essence même de la franc-maçonnerie.

Le rapprochement des années 1970, au moment même où certaines loges travaillaient à faire adopter la législation sur l’IVG, ne traduisait-il pas une forme de naïveté de certains catholiques ?

Oui, c’est sûr. Il y a eu en France, sur les questions qui touchent à l’éthique de la vie, une insuffisante réflexion et prise de position de l’Église, qui s’est beaucoup engagée sur la dimension sociale. Aux États-Unis et ailleurs, il y a eu sur ces questions-là une plus grande pertinence et aussi un courage de se distancier d’un certain nombre de législations qui commençaient à être mises en oeuvre, en soulignant les transgressions anthropologiques qu’elles entraînaient. On l’a beaucoup moins fait en France. Mais c’est vrai que, sur les lois de bioéthique et sur un certain nombre de lois qui touchent au sens de la sexualité, un certain nombre de loges ont fait un travail de sape consciencieux et déterminé.
Propos recueillis par Laurent Dandrieu

Peut-on être chrétien et franc-maçon ? , de Mgr Dominique Rey, Salvator, 78 pages, 9,50 €.

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Amstrong : Body and Soul (1930)