affaire illustrée, et très simplifiée, par le cinéaste Claude Chabrol dans "L'ivresse du Pouvoir", février 2006
Loïk Le Floch-Prigent

Vers "Textes et citations"

Avril 2008 : André Guelfi, dit "Dédé la sardine", attaque en justice
Juin 2007 : Retour en prison
Mars 2007 : Emplois fictifs, la défense de Loïk Le Floch-Prigent
Janvier 2007 : Sauf exception, confirmation définitive des peines d'appel de 2005
Janvier 2006 : Encore renvoyé en correctionnelle ; les "obligés" de Maître François Mitterrand
Avril 2005 : Un marchand d'armes écroué à Bourges
Mars 2005 : Peines aggravées ou confirmées en appel
Novembre 2004 : Le Floch-Prigent accablé par son ancienne épouse ; Les "objets souvenirs" de Deviers-Joncour vendus ; les réquisitions du ministère public
Octobre 2004 : Tarallo charge Bongo
Juin 2004 : Le bon jour d'Alfred
Alfred ... :Sa fortune est introuvable ...
Mai 2004 : Alfred Sirven (5 ans ferme pour 173 millions d'euros détournés ...) libéré après trois ans et trois mois ...
Avril 2004 : Le Floch-Prigent (5 ans ferme le 12 novembre 2003) libéré pour raison de santé; Nathalie Ménigon non ; Joëlle Aubron oui
Janvier 2004 : Condamné le 12 novembre 2003 à quatre ans de prison, pour un détournement de 300 millions de francs, M. André Tarallo est libéré par la cour d'appel de Paris, le 7 janvier 2004, pour raison de santé.
Décembre 2003 : Prolongation pour un député européen
Novembre 2003 : Les condamnations, quelques exemples :
- Loïk Le Floch-Prigent, ancien PDG d'Elf : 5 ans de prison ferme et 375 000 euros d'amende, pour des "achats personnels" d'environ 100 millions de francs (15,3 millions d'euros)
- Alfred Sirven, ancien directeur des affaires générales d'Elf : 5 ans ferme et 1 million d'euros d'amende, pour un "détournement" de 173 millions d'euros
- André Tarallo, ancien directeur des hydrocarbures : 4 ans ferme et 2 millions d'euros d'amende, pour un "détournement" de
- Alain Guillon, ancien directeur du raffinage : 3 ans ferme et 2 millions d'euros d'amende, pour un "prélèvement" de 10,6 millions d'euros
- Pierre Lethier : ancien colonel de la DGSE (renseignements) : 15 mois ferme et 1,5 million d'euros d'amende, pour un "détournement" de 39 millions d'euros (affaire de la raffinerie Leuna en Allemagne de l'Est, Mitterrand-Kohl)
- Maurice Bidermann, industriel : 1 an ferme et 1 million d'euros d'amende, pour avoir perçu 7,6 millions d'euros
- Fatima Belaïd, ancienne épouse de Loïk Le Floch-Prigent : 1 ans ferme et 1 million d'amende, pour avoir perçu, à l'occasion de son divorce, la modeste somme de 4,72 millions d'euros (une bonne affaire matrimoniale ?)
- Claude Richard, ancien avocat de Maurice Bidermann : 1 an ferme et 500 000 euros d'amende, pour avoir "mis son intelligence et ses compétences professionnelles au service de l'organisation de divers abus de biens sociaux"
- Jean-François Pagès, ancien directeur de l'immobilier : 1 an ferme et 150 000 euros d'amende, pour une "commission" de 2,4 millions d'euros
- Roger Aïello, ancien collaborateur d'André Tarallo : 1 an ferme et 150 000 euros d'amende, pour une "commission" de 2,74 millions d'euros
- Yves Vaerwarde, ancien député européen du parti d'Alain Madelin : 10 mois ferme et 200 000 euros d'amende, pour une "commission" de 1,22 million d'euros
- Daniel Léandri, ancien brigadier de police, homme "de confiance" de Charles Pasqua : 10 mois ferme et 200 000 euros d'amende, pour des "commissions" de 1,14 million d'euros
- Nadhmi Auchi, homme d'affaires irako-britannique, 15 mois avec sursis et 2 millions d'amende, pour une "commission" de 43 millions d'euros dans l'affaire du rachat par Elf du réseau pétrolier espagnol Cepsa-Ertoil
Juillet 2003 : Fin du procès
Juin 2003 : Eva Joly : J'ai été menacée de mort
Mai 2003 :
8 mai 2003 : Des révélations scandaleuses
6 mai 2003 : Une commission de 43 millions d'euros seulement
Avril 2003 :
30 avril 2003 : Jacques Chirac en cause ; Le Floch accusé de vol par Jaffré (Jaffré : salaire annuel 11,3 millions de francs en 1998, 210 000 stock-options (environ 40 millions de francs))
28 avril 2003 : François Mitterrand savait tout : Elf c'était Dallas et l'allemagne de l'Est une belle "affaire"
23 avril 2003 : Maurice Bidermann, l'intermédiaire millionnaire (en dollars)
22 avril 2003 : Mitterrand et Pasqua en cause, l'Afrique sous Jaffré ...
16 avril 2003 : Le Floch bien entubé par Fatima; Mitterrand aurait couvert ...
2 avril 2003 : 5 millions de dollars pour Steineir, l'ami de Bidermann
1er avril, Le Floch et l'ami Maurice
Mars 2003 : Tarralo dénonce Le Floch
Le Floch le dit : tous les partis étaient "arrosés" (sauf le Front national)
Novembre 2002 : Alfred prend la défense de Christine
0ctobre 2002 : Loïk Le Floch Prigent veut tout dire ... Chirac était au courant ...
Octobre 2002 : Encore Jaffré
Octobre 2002 : Toujours Jaffré
Août 2002 : Jaffré est en cause
Juillet 2002 : Nouvelle enquête sur une commission de 70,8 millions d'euros ?
11 avril 2002 : Alfred Sirven adopte une "défense de parrain"
Un passeport payé 2,5 millions de francs

17 mars 2002 : Un non lieu surprenant
16 mars 2002 : Le banquier d'Elf victime d'un attentat
29 janvier 2002 : Françoise Sagan, Elf et le fisc
19 décembre 2001 : Un milliard de francs détournés ; les trois hommes clefs
15 décembre 2001 : Alfred Sirven "avoue"
30 novembre 2001 : Nouvelles accusations
Elf en Espagne
Alfred Sirven
Les confessions de l'ex-banquier d'Elf

Emploi fictif : L'ami golfeur de Mitterrand accuse l'ancien président

Le docteur Raillard, soupçonné d'avoir bénéficié d'un emploi fictif chez Elf, a affirmé à la juge Eva Joly que François Mitterrand était intervenu dans cette embauche. Laurent Valdiguié, Le Parisien, 3 juin 2001, p. 11.

LE DOCTEUR Laurent Raillard a mis en cause François Mitterrand dans l'affaire Elf.
Il a en effet expliqué sur procès-verbal le rôle de l'ancien président, un ami intime, dans son embauche par le groupe pétrolier. Cette mise en cause s'est déroulée mercredi dernier, au pôle financier, dans le bureau de la juge Eva Joly, au moment même où, au palais de Justice, était rendu le jugement Dumas-Deviers-Joncour, le tribunal condamnant l'ancien ministre de François Mitterrand à six mois de prison ferme.
Mis en examen en 1997 pour recel d'abus de biens sociaux dans l'affaire Elf, Laurent Raillard fait partie des 44 employés présumés fictifs du groupe pétrolier. Sous le nom de code d'Overseas Maple, le nom d'une société domiciliée à Hongkong, et via la Suisse, le docteur Raillard a bénéficié d'un salaire de 50 000 F mensuels et d'une carte bleue, soit de 2 millions de francs au total, pour des prestations que la justice cherche encore à élucider.

Une partie de golf aurait éclairci son avenir
Ami landais de François Mitterrand, Laurent Raillard a été en quelque sorte « professeur de golf » de l'ancien président pendant ses deux septennats. Les deux vieux amis, voisins dans les Landes, jouaient ensemble tous les lundis et jeudis matin sur des greens de la région parisienne.
Au cours de l'une de ces parties, en 1989, le « professeur » Raillard évoque sa situation avec François Mitterrand. Il vient de vendre, en 1988, son cabinet médical de radiologie. Il s'est occupé de l'organisation du Congrès mondial de la radiologie, courant 1989 à Paris. Michel Rocard, alors Premier ministre, vient de lui confier une mission sur « l'imagerie médicale ». « François Mitterrand a dit qu'il fallait que je sois honoré pour les travaux que j'effectuais, nous a expliqué le docteur Raillard. Il a d'abord envisagé de me nommer à un poste officiel. N'étant pas fonctionnaire, je ne pouvais pas. Il m'a dit qu'il allait trouver une solution. » Quelque temps plus tard, c'est la « solution Elf » qui s'impose. Devant la juge Eva Joly, Laurent Raillard ne s'est pas souvenu qui, de Loïk Le Floch-Prigent ou d'Alfred Sirven, l'avait contacté. Toujours est-il que, grâce à l'intervention de François Mitterrand, le docteur golfeur s'est rapidement retrouvé dans un avion privé d'Elf où, en compagnie d'Alfred Sirven, il a fait l'aller-retour Paris-Genève en une journée pour y ouvrir un compte bancaire et remplir un contrat de travail.
Un emploi fictif ? Seule la justice pourra l'affirmer. Les avocats du Dr Raillard assurent que leur client a bel et bien travaillé pour « la France », rédigeant son rapport « L'imagerie médicale, de la France vers l'Europe, 21 propositions ».
« Après ce témoignage, s'il était encore vivant, François Mitterrand serait vraisemblablement entendu comme témoin dans l'affaire Elf », confie un juriste. Loïk Le Floch-Prigent risque, lui, de l'être. Cela tombe d'ailleurs assez bien pour lui. Déterminé à « prendre ses responsabilités », Le Floch ne cesse désormais d'affirmer avoir agi « sur ordre de François Mitterrand ».

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Les confessions de l'ex-banquier d'Elf

L'ANCIEN fondé de pouvoir d'Elf en Suisse a avoué. Entendu comme témoin par le juge Renaud Van Ruymbeke le 29 octobre dernier (2001), Claude Gosselin a reconnu avoir géré la face la plus secrète du groupe pétrolier. Il gérait les comptes bancaires d'Elf au Liechtenstein, un des paradis fiscaux les mieux protégés, et ordonnait les transferts « vers les destinataires finaux ». « Il fallait la plus grande discrétion », assure Claude Gosselin devant le magistrat. Pour préparer son interrogatoire, l'ancien financier d'Elf a préparé un mémo de deux pages, qu'il a remis au juge. Dans ce mémo, toute l'histoire secrète d'Elf et de ses dérapages. « Le principe », commence Claude Gosselin : « Pour répondre aux exigences des dirigeants de pays producteurs de pétrole brut, mettre en place un dispositif permettant le versement (...) de commissions basées sur les quantités achetées. » En clair, Elf et ses partenaires africains ont mis en place un système « d'abonnements » occultes, puisque « non soumis aux douanes », comme le précise le fondé de pouvoir.

Un pourcentage sur chaque baril vendu à Elf
A la fin des années soixante-dix, le directeur financier d'Elf organise donc un circuit opaque via « les Bermudes ou Jersey », qui permet de sortir des fonds du circuit officiel. Les sommes atterrissent ensuite « dans des sociétés offshore, domiciliées au Liechtenstein chez un cabinet d'avocats », des « Anstaldts ». Quatre pays africains sont cités par le fondé de pouvoir : le Gabon, le Congo, le Nigeria et le Cameroun. Ainsi, dans ces quatre pays, pour chaque baril de pétrole vendu à Elf, un pourcentage, en francs, vient alimenter des comptes secrets au Liechtenstein. Ces caisses noires alimenteront ensuite les comptes privés des dirigeants africains. Comment ? « Peu à peu le rôle d'André Tarallo s'est élargi, confie le fondé de pouvoir, et c'est lui qui me transmettait les instructions manuscrites. (...) Ces instructions avaient pour but de sortir des Anstaldts les montants destinés aux bénéficiaires finaux. C'était une règle absolue : toutes les instructions écrites devaient être visée par le président du groupe. » Claude Gosselin assure ainsi que Loïk Le Floch-Prigent visait une à une toutes les instructions de transferts de fonds. Des ordres suffisamment secrets pour que le fondé de pouvoir veille ensuite « personnellement » à leur destruction. Mais où allait l'argent ? Un seul nom de bénéficiaire est cité par le fondé de pouvoir : Omar Bongo, le président du Gabon.

« Aucune indication du nom du bénéficiaire »
Et Alfred Sirven interroge le juge Van Ryumbeke ? L'ancien numéro deux d'Elf n'avait pas le pouvoir direct de débloquer les fonds des « Anstaldts », mais Claude Gosselin se souvient de mots manuscrits d'André Tarallo comprenant la mention « affaire suivie par M. Sirven ». Il se souvient aussi d'un « budget d'environ 1 million de dollars » alloué par le président d'Elf à Alfred Sirven. « Les petits papiers généralement manuscrits, écrits de la main d'André Tarallo », mentionnaient un nom de banque et un numéro de compte, poursuit Claude Gosselin. « Sans indication du nom du bénéficiaire qui était donc incontrôlable », ajoute-t-il. C'est l'impasse dans laquelle se trouve aujourd'hui l'affaire Elf et ses volets africains. Le Floch, pour sa part, assure qu'il pouvait être mis devant le fait accompli et tout ignorer, lui aussi, des véritables bénéficiaires. André Tarallo, l'ancien Monsieur Afrique du groupe, se retrouve donc en première ligne. Relaxé dans l'affaire Dumas, alors que Le Floch-Prigent et Sirven ont été lourdement condamnés, l'ancien Monsieur Afrique, âgé de 75 ans, est cerné. Le juge Van Ruymbeke l'a de nouveau mis en examen en fin de semaine dernière, comme l'a indiqué « le Figaro » d'hier. En vrac, la nouvelle mise en examen, pour « complicité d'abus de biens sociaux », vise neuf volets de la tentaculaire affaire Elf. Parmi eux, les six « Anstaldts » luxembourgeoises : Ferana, Bussar, Iserco, Pimarex, Timor et Versima. Qui se cache derrière les millions de francs détournés à travers ces structures ? Les juges ont deux mois pour comprendre.
Laurent Valdiguié, Le Parisien, 13 novembre 2001, p. 16

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Nouvelles accusations contre Le Floch-Prigent

LENTEMENT mais sûrement, le ton monte entre André Tarallo, l'ancien Monsieur Afrique d'Elf, et Loïk Le Floch-Prigent, l'ancien PDG d'Elf. Depuis le début de l'instruction, en 1994, les deux hommes, principaux animateurs du groupe entre 1989 et 1993, s'étaient ménagés, mais la donne a changé en avril, le jour de la relaxe de Tarallo au procès Dumas et à la condamnation de Le Floch-Prigent à quatre ans de prison. Depuis, les échanges entre les deux mis en examen, par juges interposés, ne sont plus à fleuret moucheté. Entendu jeudi après-midi (29 novembre 2001) par le juge Renaud Van Ruymbeke, André Tarallo a franchi un cran supplémentaire en direction de l'ancien patron d'Elf. « Le Floch-Prigent avait-il connaissance de l'existence des comptes Centuri, Colette et Bondpartners ? », questionne le juge, à propos des trois comptes découverts en Suisse et sur lesquels ont transité des millions détournés d'Elf. Réponse de Tarallo : « Oui, il savait que j'avais des comptes à la BDG de Lausanne, à l'UBP de Genève et chez Bondpartner, sans en connaître les noms. » Nouvelle question : « Avait-il connaissance de l'existence des comptes de M. Sirven ? » Réponse en forme de missile : « De la même manière qu'il avait connaissance de l'existence de mes comptes ». Le juge poursuit : « Le Floch-Prigent avait-il connaissance de l'alimentation de vos comptes et de ceux de M. Sirven ? » Réponse lapidaire : « Il avait connaissance des mouvements financiers qui ont alimenté ces comptes. »

Affrontement
Autre peau de banane, le compte Arix, sur lequel les magistrats enquêtent depuis plusieurs mois. Les juges, outre Sirven et Tarallo soupçonnent une troisième personne, dont ils ignorent encore l'identité, d'avoir été « cocontractant » sur ce compte occulte. Van Ruymbeke questionne donc André Tarallo sur le troisième homme. Réponse tout en allusion : « Vous m'avez posé la question plusieurs fois et j'ai fait appel à mes souvenirs. J'ai également posé la question à M. Taverney (NDLR : le banquier) . Nous avons l'un et l'autre le souvenir de M. Sirven nous disant que la troisième personne était quelqu'un que nous connaissions. Il ne nous a pas donné son nom et il a ajouté qu'il devait au préalable parler de cette question avec M. Le Floch-Prigent. » Comment les juges devront-ils interpréter cette réponse ? L'affaire Elf, dans sa dernière ligne droite, vire à l'affrontement entre les principaux protagonistes.
L. V., Le parisien, 30 novembre 2001, p. 17

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Sirven, Elf et les «fonds secrets»
Pour la première fois depuis son arrestation, l'ancien n°2 d'Elf avoue avoir reçu de l'argent à titre personnel. Il explique également qu'une partie des sommes retrouvées sur ses comptes suisses était «des fonds secrets», soit une véritable caisse noire de la compagnie pétrolière.

S'il ne distille probablement qu'une part de sa vérité, Alfred Sirven a bel et bien cessé de se dérober aux questions des magistrats de l'affaire Elf. Histoire de réaffirmer la stratégie qu'il semble s'être définie et de se démarquer de certains autres acteurs du dossier, l'ancien directeur des «affaires générales» de la compagnie pétrolière a ainsi déclaré jeudi, en préambule d'une audition par le juge Renaud Van Ruymbeke: «Je m'estime responsable de mes actes et je suis prêt à en assumer les responsabilités, mais je laisse aux autres protagonistes le soin de prendre eux-mêmes, en toute conscience, leurs responsabilités.»
A cette déclaration d'intention, Alfred Sirven a donné une réelle consistance. Pour la première fois depuis son arrestation aux Philippines en février dernier, il a expliqué avoir reçu de l'argent à titre personnel, expliquant par ailleurs qu'une autre partie des sommes retrouvées sur ses comptes suisses était «des fonds secrets», soit une véritable caisse noire de la compagnie pétrolière.

Ces explications, livrées par Sirven sur procès-verbal, portent sur le dossier complexe des assurances. Ce volet de l'affaire Elf, initié par le juge suisse Paul Perraudin, a montré qu'à la fin des années 80 les multiples contrats d'assurance du groupe avaient été centralisés entre les mains d'une seule société de courtage dirigée par Mathieu Valentini, un homme d'affaires aujourd'hui décédé proche de d'André Tarallo et André Guelfi. Toujours selon la justice, ce système aurait permis de dégager plusieurs centaines de millions de francs de commissions occultes versées en Suisse. Commissions divisées ensuite en trois et dont les destinataires sont loin d'être totalement identifiés.

Interrogé sur la justification de ce système centralisé des assurances, Alfred Sirven n'a pas hésité à affirmer qu'entre 1989 et 1996 il avait permis à Elf de réaliser «des économies d'un montant très largement supérieur à un milliard de francs». Mais le point crucial de l'interrogatoire de jeudi résidait dans les commissions liées à ce système. «Tout le monde sait qu'un accord professionnel avait été conclu (...) concernant le montant des commissions normales et légales rétrocédées comme dans tous les contrats de ce type dans cette profession» , a d'abord expliqué Alfred Sirven. Mais le meilleur est à venir.

«A ce stade, je veux me démarquer de l'attitude adoptée par les autres personnes sur cette question des assurances, reprend-il. Je tiens à dire que Mathieu Valentini m'a dit que dans la répartition de ces commissions il m'en donnerait personnellement une part précisant qu'il s'agissait de l'argent de sa société qu'il touchait normalement en rémunération de ces services.» Sirven reconnaît donc bien avoir «touché», même s'il jure qu'il s'agissait d'argent propre.

Reste pourtant à connaître les bénéficiaires des autres parts. «Un certain temps, trois, quatre mois peut-être se sont écoulés à l'issue desquels le besoin de fonds secrets s'est fait sentir et que les questions se sont posées à nous sur la manière de les dégager», poursuit-il.«Qui cela, nous?» demande le juge Van Ruymbeke. «Essentiellement M. Tarallo et moi, réplique Sirven.

A la suite de cela, autant que je m'en souvienne, on est arrivé à un tiers pour moi, un tiers pour les fonds secrets, quoique dans mon esprit il s'agissait plutôt de quarts que de tiers.» Quant au destinataire du troisième tiers, si les juges soupçonnent clairement André Tarallo, Sirven réplique sèchement: «Ce n'était pas mon problème», mais fait référence à un cercle divisé en quatre quarts auquel «plusieurs fois nous avions fait référence et que nous appelions le «testament de Mathieu» (Valentini).
Ainsi définie sur le dossier des assurances, cette «clé de répartition» des commissions aurait ensuite servi de modèle sur d'autres dossiers. «Les assurances, c'était la première affaire concernant les fonds secrets et je m'aperçois aujourd'hui que cela a créé un précédent qui a ensuite conditionné la politique future adoptée pour les fonds secrets.»

Un mode opératoire identique a d'ailleurs été mis en œuvre sur l'achat d'avions par le groupe Elf, donnant lieu au versement de commissions alimentant les comptes helvétiques de Sirven, celui-ci affirmant toutefois que l'argent était là destiné en totalité aux «fonds secrets». A croire l'ancien directeur des «affaires générales», une partie du magot découvert en Suisse était donc la véritable caisse noire de la société Elf. Et, toujours d'après lui, il était le seul gestionnaire avec André Tarallo. Sur cet aspect du dossier, Alfred Sirven semble donc bel et bien tenir sa promesse et «assumer».

Il n'a, pour autant, pas souhaité en dire plus sur les véritables destinataires de l'argent amassé dans cette caisse noire. «Je vous parlerai ultérieurement de la destination de ces fonds secrets en général et de mon rôle en particulier», a-t-il promis au juge Renaud Van Ruymbeke. Reste à savoir si Alfred Sirven tiendra là encore sa promesse.
Eric Decouty, Le Figaro, Publié le 15 décembre 2001, page 9

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Les trois hommes clés

Loïk Le Floch-Prigent, 58 ans. PDG d'Elf de 1989 à 1993, mis en examen 33 fois, l'ancien super-patron est soupçonné d'avoir supervisé les détournements. Devant les juges, depuis cinq ans, il nie tout et assure n'avoir rien touché. S'il est vrai qu'aucun compte étranger à son nom n'a jamais été découvert, l'enquête démontre qu'il a néanmoins bénéficié de sommes puisées dans les comptes suisses de Sirven. Le Floch entend démontrer que ces virements ont eu lieu à son insu. Déjà condamné à trois ans et demi de prison dans le volet Dumas.

Alfred Sirven, 74 ans. Directeur des affaires générales sous Le Floch, en cavale à partir de 1996, avant d'être cueilli dans son refuge philippin, il est soupçonné d'avoir piloté les détournements. L'enquête suisse l'accable, son nom est derrière tous les comptes, mais Sirven reste globalement silencieux. Depuis février, ses interrogatoires, souvent reportés, apportent aux juges plus de questions que de réponses. « L'attitude correcte est de ne parler d'aucun nom », a-t-il dit aux juges. Déjà condamné à quatre ans dans le procès Dumas.

André Tarallo, 74 ans. Ancien Monsieur Afrique d'Elf, bien avant la présidence de Le Floch, cet ancien condisciple de Jacques Chirac à l'ENA est soupçonné d'avoir profité à titre personnel de sommes détournées. Lui aussi s'en défend, en expliquant qu'il gérait des fonds pour le compte de chefs d'Etat africains. C'est lui qui a mis les juges sur la piste des « abonnements », ces pourcentages pris sur la production de pétrole et alimentant des caisses noires. Relaxé dans l'affaire Dumas.
Le Parisien , mercredi 19 décembre 2001, p. 15

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Comment Alfred Sirven a détourné 1 milliard de francs (150 millions d'euros)

C'EST UNE FRESQUE financière de 3 mètres carrés, et elle tient sur vingt-trois feuilles de format A 3. Ce tableau, inédit à ce jour, met à plat tout l'argent d'Alfred Sirven sorti des caisses d'Elf. Derrière les flèches, les numéros de comptes bancaires à travers le monde, 1 milliard de francs (150 millions d'euros) aurait ainsi été détourné via un circuit financier d'une grande complexité conçu... pour ne jamais être découvert. Sur ce milliard, 800 millions de francs (121,9 millions d'euros) environ seraient revenus en France, sous diverses formes, dont 250 millions de francs (38,1 millions d'euros) dans des valises (la filière Oscar) et une centaine de millions de francs en achat de meubles, bijoux ou propriétés. Les 200 autres millions de francs (30,5 millions d'euros), en revanche, auraient été blanchis dans un circuit financier international que le juge suisse Paul Perraudin a fini par démasquer.

Un dédale de comptes bancaires
Ce grand tableau, arrivé voilà peu dans le dossier d'instruction français de la tentaculaire affaire Elf, représente plusieurs années de travail du magistrat suisse. Ligne comptable après ligne comptable, ce juge a remonté les filières financières mises en place par Sirven et ses complices. Un travail de titan sans lequel aucun juge français n'aurait jamais pu comprendre où était passé l'argent. Les fonds d'Elf parviennent d'abord en Suisse, repartent au Liechtenstein, se cachent derrière des sociétés de Panama où de l'île Tortola dans les îles Vierges britanniques, reviennent au Liechtenstein, sortent des comptes en cash, rentrent à nouveau dans d'autres comptes, repartent encore dans d'autres paradis fiscaux, puis atterrissent en partie en cash aux Philippines.
Face à cette démonstration financière, Sirven, arrêté en pleine cavale en février dernier, est resté jusque-là muet. Devant le juge Van Ruymbeke, la semaine dernière, comme l'a révélé « le Figaro », l'ancien directeur des affaires générales d'Elf a timidement reconnu avoir perçu une minuscule partie des fonds concernant un des volets du dossier, celui des assurances. Lors de son précédent interrogatoire déjà, le 29 novembre (2001), Sirven avait reconnu avoir perçu des commissions en marge de la renégociation des contrats d'assurances du groupe pétrolier. « La situation des assurances d'Elf était chaotique, a-t-il dit. Il fallait remédier à cette situation dispendieuse et regrouper tout cela. » Selon lui, cette renégociation des assurances d'Elf, trois mois après l'arrivée de Le Floch à la tête de la compagnie pétrolière, aurait donné lieu à une première « clé de répartition » secrète. Ensuite, il aurait continué de percevoir un tiers de ce qu'il appelle les « fonds secrets d'Elf ». « J'avais un panier, je recevais ce qui tombait dedans, mais je n'avais aucune action sur le fait que cela tombe dedans, a-t-il dit au juge, je ne connaissais absolument pas la mécanique de ce système. » Ces déclarations convaincront-elles les magistrats français ?

Peu probable à la lecture du tableau envoyé par le juge Perraudin. Selon l'enquête suisse, Alfred Sirven était personnellement impliqué à tous les étages de la nébuleuse financière mise sur pied à travers le monde pour masquer les détournements. Soit il ouvre directement les comptes, soit il bénéficie des transferts de fonds, soit il connaît les prête-noms qui gèrent les comptes en bout de chaîne. Devant le juge suisse, Sirven a nié l'essentiel de ces accusations et, pour l'heure, celui dont Christine Deviers-Joncour disait qu'il pouvait « faire sauter vingt fois la République » reste muet. Incarcéré depuis février, il refuse de répondre à la plupart des questions des juges. « Je réserve ma réponse », répète-t-il souvent. En novembre, il avait d'abord affirmé qu'il ne faisait que gérer une partie des fonds pour le compte d'un ancien président du Congo. Mais ce dernier a démenti aussitôt. Accablé par le dossier, Alfred Sirven, le dernier détenu de l'affaire Elf, apparaît aujourd'hui plus isolé que jamais.
Laurent Valdiguié, Le Parisien , mercredi 19 décembre 2001, p. 15.

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Sagan rattrapée par le fisc et Elf. Le procès pour fraude de l'écrivaine a eu lieu hier (29 janvier 2002), en son absence.

«Ma cliente ne sait pas à ce jour faire la différence entre 100 francs et 100 millions de francs.» L'avocat de Sagan

Une des nombreuses anecdotes de l'affaire Elf s'est achevée hier devant la 11e chambre du tribunal correctionnel de Paris, qui jugeait la romancière Françoise Sagan pour «fraude fiscale». En son absence, et après un report d'audience. Une partie de la somme dissimulée aux services fiscaux (610 000 euros sur les 839 000 contestés) lui avait été versée par André Guelfi, un des célèbres intermédiaires de l'affaire Elf, en contrepartie de l'intervention, en 1992, de Françoise Sagan auprès de François Mitterrand.

A l'époque, André Guelfi négociait l'entrée de la compagnie pétrolière en Ouzbékistan. Une partie a priori difficile puisque ce jeune Etat n'avait alors pas les faveurs du Quai d'Orsay. La manoeuvre consistait à faire porter par Sagan à l'Elysée une lettre du président ouzbek, Islam Karimov, afin que Mitterrand encourage le Pdg d'Elf, Loïk Le Floch-Prigent, à investir en Asie centrale, en chargeant Guelfi de mener le projet. Deuxième intervention de Sagan en 1993, lorsqu'elle écrit à François Mitterrand, un ami personnel, pour qu'il reçoive à l'Elysée un proche collaborateur de Karimov en voyage à Paris. Pour ce rôle de Mata-Hari, Françoise Sagan devait toucher une part des commissions distribuée sur lors des négociations. Fort de cet entregent, André Guelfi permet la signature d'un contrat d'exploration entre Elf et l'Ouzbékistan. Lors d'un voyage avec Le Floch-Prigent à Tachkent, la capitale, le président Karimov félicite André Guelfi, présenté comme le grand artisan de ces fructueuses relations.

Les recherches ont pourtant été abandonnées en 1994 après le départ de Le Floch-Prigent de la présidence d'Elf. Mais André Guelfi a bien versé 610 000 euros ­ il affirme même avoir donné beaucoup plus ­ à Françoise Sagan, qui ont servi à rénover son manoir de Barneville (Calvados), ravagé lors d'un incendie en 1991 et qu'elle a revendu depuis. Multipliant les déclarations contradictoires pendant l'enquête, la romancière a finalement reconnu avoir perçu cette somme, mais a nié toute intention de frauder le fisc en invoquant «une manipulation» et un dilettantisme certain dans la gestion de ses comptes.

L'auteur de Bonjour tristesse n'a, il est vrai, jamais eu une réputation d'épargnante. Agée de 66 ans, elle était absente hier lors de l'audience pour des raisons de santé, attestées par des expertises médicales. Son avocat, Me Pierre Haïk, a expliqué que «la confusion est réelle, l'oubli certain, l'absence de mémoire avérée. Il faut replacer cette affaire dans le contexte particulier lié à la personnalité particulière de Françoise Sagan. (...) Ma cliente ne sait pas à ce jour faire la différence entre 100 francs et cent millions de francs», comme l'ont rapporté l'AFP et Reuters. Le représentant du parquet, Paul Pierson, a requis une peine de prison avec sursis et une amende de 50 000 euros. «Je ne vois pas sur quelle base vous ne pourriez pas la condamner à une peine d'emprisonnement. Mais, au regard de sa santé déficiente, vous assortirez cette peine du sursis», a-t-il expliqué. Le jugement sera rendu le 26 février.
Par Fabrice TASSEL, Libération, Le mercredi 30 janvier 2002

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L'ancien banquier d'Elf visé par un attentat

MERCREDI 13 MARS, 22 h 30 : une explosion secoue le tranquille village de Corsier, près de Genève, en Suisse. La villa d'un ancien haut responsable d'Elf, Jack Sigolet, 66 ans, vient d'être visée par une bombe. Le toit du bassin de la piscine s'est complètement effondré. L'aile nord de la belle demeure a été touchée par la déflagration, comme l'a décrit hier le journal suisse « la Tribune de Genève ». Une baie vitrée a volé en éclats et des fissures sont apparues dans les murs. Une enquête a été ouverte par le ministère public de Berne et des experts de la police technique et scientifique se sont rendus sur place.
Homme de l'ombre et du secret, Jack Sigolet a longtemps été au coeur des relations entre Elf et les pays africains. Proche d'André Tarallo ­ le Monsieur Afrique du groupe ­, il a présidé jusqu'en 1996 la Fiba, une discrète banque appartenant à la fois au groupe pétrolier et à la famille d'Omar Bongo, le président du Gabon. Plusieurs pays africains et leurs dirigeants ont eu des comptes à la Fiba jusqu'à sa récente liquidation. Depuis 1996, Jack Sigolet, spécialiste des préfinancements pétroliers, conseille plusieurs chefs d'Etat africains. En bon Bourguignon, il possède, aux côtés d'André Tarallo, une parcelle de vigne à Puligny-Montrachet...

Lettres de menaces et voitures incendiées
Hier après-midi, Sigolet a décrit aux enquêteurs suisses son environnement professionnel et privé. Selon l'un de ses proches, l'homme d'affaires recevait jusqu'à il y a encore trois mois des lettres de menaces, dans le but, semble-t-il, de le racketter.
Ce n'est pas la première fois que des bombes sautent dans l'entourage de Jack Sigolet. En 1998, sa voiture avait pris feu devant son domicile, en banlieue parisienne. En septembre 1999, c'est celle de sa femme qui explosait, près de Sainte-Maxime (Var) ! Des coups de fil anonymes, pendant des mois, avaient rendu leur vie impossible. L'homme d'affaires était en fait intervenu dans le financement, en 1997, d'un achat d'armes (hélicoptères, missiles, etc.) effectué par le président congolais Pascal Lissouba à un marchand belge installé en France, Jacques Monsieur. Un dossier instruit en France et en Belgique. Rencontrant des difficultés pour se faire payer, Jacques Monsieur n'avait pas hésité à se faire menaçant. L'année dernière, l'affaire avait néanmoins été réglée.
Laurent Léger, Le Parisien, samedi 16 mars 2002, p. 15.

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Un non-lieu surprenant
C'est une information RTL.
Cinq ans après le vol de documents scellés liés à l'affaire Elf dans les bureaux de la Brigade financière à Paris, une juge a rendu une ordonnance de non-lieu qui met fin aux poursuites. Un témoin avait pourtant accusé des policiers d'être les auteurs de ce fric-frac. Apparemment, il n'a pas convaincu la justice.

"Enterrement de première classe"
C'est dans le plus grand secret -en novembre 2001- que la juge Marie-Paule Moracchini a rédigé son ordonnance de non-lieu. La justice n'a pas pu résoudre un des plus mystérieux cambriolages opéré au printemps 1997 dans le saint des saints de la police : le vol d'un carton de scellés à la Brigade financière.

Gardes à vue. Perquisitions.
Des policiers liés a une entreprise de sécurité privée sont accusés, désignés par Eric Stirlen. Aujourd'hui, son avocat ne comprend pas la décision de justice.
Me Bruno Illouz sur RTL : "Je suis surpris car monsieur Stirlen ayant désigné les auteurs, selon lui, de ce vol, cela auarit mérité au moins qu’on vérifie la véracité de ces accusations. Il met en cause des policiers qui seraient auteurs de ce cambriolage. Il donne leur identité. Je ne dis pas que mon client détient l’Evangile. Ce non-lieu est digne d’un enterrement de première classe..."

Les document disparus concernaient André Tarallo, présenté comme le "Monsieur Afrique" d'Elf Aquitaine.
Xavier Beneroso, rtl.info 17 mars 2002.

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Alfred Sirven adopte une « défense de parrain »
Interrogé pendant deux jours par le juge Van Ruymbeke, Alfred Sirven s'est muré dans le silence et n'a rien révélé sur l'argent détourné. Rien ne semble l'ébranler, cependant ses comptes bancaires, eux, parlent. Il est de nouveau face au juge aujourd'hui.

CE SONT les derniers interrogatoires de la tentaculaire affaire Elf. Jusqu'au bout, Alfred Sirven ne cède rien. Interrogé lundi et mardi par le juge Van Ruymbeke, qui l'a confronté à André Tarallo, l'ex-bras droit de Loïk Le Floch-Prigent s'est une nouvelle fois muré dans un mutisme, refusant de rentrer dans le détail des sommes détournées. Il s'est borné à déclarer que les fonds utilisés par lui « l'ont été dans l'intérêt de la société Elf ». Pourtant, les derniers calculs effectués par le juge Van Ruymbeke chiffrent à 1 134 967 754 F (173 024 718,69 €) le montant des sommes prélevées des caisses d'Elf par Alfred Sirven.

Une phrase ambiguë
Mis en examen notamment pour recel d'abus aggravé d'abus de biens sociaux, l'ancien numéro deux du groupe pétrolier, rattrapé en cavale, risque dix ans de prison. Mais rien, depuis son arrestation en février 2001, ne semble l'ébranler. « Une défense de parrain », lâche un enquêteur, qualifiant ainsi « le mur du silence » que le détenu oppose au juge lors de leur face-à-face. Aux dernières questions du magistrat, synthétisant sept ans d'enquête, Alfred Sirven réplique des phrases sèches comme « je ne souhaite pas répondre », « je n'ai aucue observation à faire », « je n'ai rien à ajouter » ou carrément « je suis fatigué ».

Lundi soir, pourtant, à l'issue de la première audition de la semaine, il a laissé entendre qu'il pourrait s'expliquer sur certains mouvements de fonds, citant même, sous forme de boutade, le nom d'une candidate à la course présidentielle. Mais le lendemain, plus rien. Sirven a commencé son audition par une déclaration, évoquant « l'absence de preuve », « une clôture précipitée du dossier », avant de réclamer « les pièces justificatives bancaires ». « L'intégralité des pièces sont à la disposition de vos conseils depuis le 15 octobre 2001 », a répliqué le juge. En toute fin d'audition, interrogé sur d'éventuels financements politiques, Sirven a lâché une phrase ambiguë dont il a le secret : « Je n'ai jamais versé un sou au Front national. » « Doit-on en déduire, lui demande aussitôt le juge, que vous avez financé d'autres partis politiques ? » Réponse de Sirven : « Je confirme mes précédentes déclarations. » Un roc.

Une somme ahurissante en liquide
Mais si Alfred Sirven ne parle pas, ses comptes bancaires, eux, ont largement parlé. Pour les derniers interrogatoires de cette semaine, le juge Van Ruymbeke a d'ailleurs rédigé une série de tableaux de synthèse. Ainsi, Sirven a sorti en liquide des caisses d'Elf la somme ahurissante de 325 MF (49 545 930,60 €). Il refuse de s'expliquer sur leur usage. Il ne se « souvient pas » du détail de la gestion de ses comptes. Les enquêteurs chiffrent aussi à 79 MF les dépenses d'antiquaires signées Sirven. Il a aussi dépensé pour 12 MF de bijoux Cartier. Sa villa en Espagne, à Ibiza, lui a coûté près de 12 MF et son château de Tilly 3 MF.

Dans le même temps, sur ses différents comptes bancaires dans des paradis fiscaux, les enquêteurs chiffrent à 345 MF les sommes que Sirven a versées à des tiers (identifiés ou non) et ont découvert la trace de 347 MF transférés en 1996 au Lichenstein et à Monaco. L'ancien para reconverti dans les affaires s'expliquera-t-il un jour sur ces fonds ? Il est interrogé pour la toute dernière fois aujourd'hui. C'est sa dernière chance.

Laurent Valdiguié Le Parisien , jeudi 11 avril 2002, p. 17

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Un passeport payé 2,5 millions de francs

A GENEVE, les investigations continuent pour tenter de savoir où se sont envolés 211 millions de francs (30,5 millions d'euros), sortis en liquide en 1997 des comptes de Sirven par des amis sûrs et remis en partie à l'ancien homme de l'ombre d'Elf aux Philippines. Les auditions se succèdent dans le cabinet du juge Perraudin, mais les protagonistes de cette gigantesque évasion d'argent ne sont pas tous d'accord sur les montants.

Confronté mi-janvier à Alfred Sirven, à Paris, en présence des juges Van Ruymbeke et Perraudin, un financier suisse a ainsi expliqué avoir mis à sa disposition 68 millions de francs (10,4 millions d'euros), entre autres au cours de rendez-vous dans l'archipel philippin ; Sirven, lui, affirme n'avoir reçu que 12 millions de francs (1,8 million d'euros). Réinterrogé fin mars en Suisse, le financier a livré des précisions rocambolesques : il a révélé avoir, en 1997, remis 2,5 millions de francs (380 000 €), sur instruction de Sirven, lors d'un discret rendez-vous, à l'émissaire d'un homme d'affaires dont il apprendra le nom bien après les faits : Gilbert Miara.

Selon ses affirmations, le financier ne savait pas à qui était destiné l'argent. Il aurait compris plus tard, à la lecture d'un livre sur l'affaire Elf, que les fonds étaient pour Miara. Ce dernier aurait reçu pour mission de fournir un passeport à Sirven, qui préparait alors activement sa cavale à Manille. Un passeport distinct de celui retrouvé aux Philippines au nom de Robert Lapierre et des papiers paraguayens dont il disposait aussi. Des affirmations que le financier suisse aura du mal à étayer.

Le nom de Gilbert Miara, un agent immobilier, ancien amant de Christine Deviers-Joncour, est déjà apparu dans l'affaire Dumas : il a été condamné à 18 mois de prison ferme et 1 million de francs d'amende. Pour le service très spécial rendu à Sirven, Miara aurait ainsi reçu 2,5 millions de francs. Le mot de passe cité dans le livre était le même que celui dont le financier avait eu à l'époque connaissance : « Les clubs de golf sont prêts » ! Hier, l'avocat de Gilbert Miara n'a pas donné suite à nos coups de téléphone.
Laurent Léger, Le Parisien, jeudi 11 avril 2002, p. 17

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Le versement d'une commission par Elf en 1995 pourrait susciter une nouvelle enquête

Un intermédiaire a perçu 70,8 millions d'euros .
LES SERVICES du procureur de Paris ont entre leurs mains, depuis quelques jours, un document qui pourrait lancer une nouvelle affaire Elf.

Vendredi 5 juillet, le juge Renaud Van Ruymbeke, chargé de l'enquête sur les détournements commis au préjudice d'Elf-Aquitaine sous la présidence de Loïk Le Floch-Prigent (1989-1993), a transmis au parquet la note d' « information spontanée » que lui avait adressée, le même jour, son collègue du tribunal de Genève, Daniel Devaud. Le magistrat suisse y signale le versement, par le groupe Elf, jusqu'en 1995, de commissions dont le total avoisine 70 millions de dollars (70,8 millions d'euros) au profit d'un homme d'affaires britannique d'origine libanaise, Ely Calil. Etc ...
Le Monde, 10 juillet 2002, p. 10.

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Philippe Jaffré, nouveau héros de la saga pétrolière d'Elf
La justice enquête sur une commission versée en 1995.

Les protagonistes de l'affaire Elf en rêvaient depuis longtemps. Le parquet vient d'exaucer en partie leurs voeux en ouvrant une information judiciaire sur un nouveau volet de la saga pétrolière, dont les faits se déroulent en 1995. Autrement dit sous la présidence de Philippe Jaffré, successeur de Loïk Le Floch-Prigent qui avait ouvert la boîte de Pandore en portant plainte au nom du groupe pétrolier.

Comme l'a révélé la semaine dernière le Parisien, le juge d'instruction Van Ruymbeke a obtenu début août le feu vert pour enquêter sur une commission de 70 millions de dollars, versée en mai 1995 à des intermédiaires chargés de débloquer un projet pétrolier au Nigeria. L'argent a été versé par Elf via Rivunion, sa filiale suisse au centre des multiples versements occultes effectués du temps d'Alfred Sirven ­ ancien bras droit de Le Floch ­ qui continuait donc à servir sous l'ère Jaffré. Aujourd'hui directeur financier du groupe Alstom, ce dernier assure que «les intermédiaires sont des agents commerciaux, normalement utilisés, qui reçoivent une rémunération si le service a été correctement rendu». Nonobstant les considérations sur la morale des affaires, tout serait donc parfaitement légal. La preuve : les enquêteurs ont retrouvé la trace des versements. Jaffré ne voit pas malice à rémunérer des intermédiaires et indique avoir veillé à ce que les commissions ne donnent pas lieu à des rétrocommissions occultes.

Casting.
L'affaire du Nigeria vaut d'abord par son casting. En 1995, le général Abacha est au pouvoir. Avec sa famille, il sera plus tard accusé d'avoir détourné 2 milliards de dollars de fonds publics. Avec ce genre de dictateur, la négociation s'annonce onéreuse. Elf n'a pas de contact avec l'entourage d'Abacha. Entre alors en scène Samir Traboulsi, ancienne vedette de la finance parisienne. Condamné en 1993 pour délit d'initié dans l'affaire Pechiney, jugé en novembre, toujours pour délit d'initié dans la vieille affaire Société générale, il lui arrive de reprendre ponctuellement du service. Traboulsi conseille à la direction d'Elf de confier le dossier à Ely Calil, un homme d'affaires résident à Londres et qui a ses entrées chez les chefs d'Etats africains. Avec les 70 millions de dollars fournis par Elf, il débloque le dossier au Nigeria en rémunérant qui il faut là ou il faut, tout en prenant sa légitime commission personnelle. Il s'agirait de success fee, sans risque financier pour Elf : pas de signature du contrat, pas d'argent versé. Mais la somme est colossale. A-t-elle profité à quelqu'un d'autre en France ? C'est ce que paraît suspecter le juge Van Ruymbeke. Après un mois de réflexion, le parquet de Paris l'a autorisé à fouiner dans cette direction.

Ely Calil était déjà dans ses petits papiers depuis neuf mois, pour avoir perçu une commission de 10 millions de dollars sur un projet au Venezuela versée par Technip, un constructeur de raffineries dont Elf fut longtemps actionnaire. Pour éviter d'alourdir un peu plus le dossier Elf, l'affaire Technip a été disjointe à la fin de l'année dernière. Ayant participé au montage vénézuélien, Alfred Sirven et André Guelfi sont de nouveau mis en examen, tout comme l'ancien directeur général de Technip, Georges Krammer. L'interpellation de Calil, en juin, fut controversée. Cueilli dans un grand hôtel parisien alors qu'il accompagnait le président du Sénégal, Abdoulaye Wade, dont il est le conseiller personnel, il a finalement été relâché après que les autorités sénégalaises eurent produit une lettre de mission diplomatique.

Balladuriens.
Ce micmac a toutefois décidé un juge suisse, Daniel Revaux, qui enquêtait parallèlement sur Ely Calil, de transmettre à Van Ruymbeke ce qu'il avait recueilli concernant les versements de 1995. Ces éléments vont relancer les vieilles spéculations ­ jamais établies ­ sur le financement des balladuriens par Elf. Et redonner du tonus à Le Floch qui, dans son livre (1), s'en prenait ainsi à Jaffré, à propos de l'affaire Bidermann : «Soit il y a eu délit, et nous sommes deux dans le panier à salade, soit on cesse de me poursuivre.».
(1) «Affaire Elf, affaire d'Etat» (Gallimard).
Libération, 29 août 2002,

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Jaffré dans les affres de l'affaire Elf
Le successeur de Le Floch Prigent va être entendu par le juge.

Philippe Jaffré, ancien PDG d'Elf, actuel directeur financier d'Alstom, devait se présenter aujourd'hui dans les bureaux du juge Renaud Van Ruymbeke au pôle financier du Palais de justice de Paris. Son audition comme «témoin assisté» a été repoussée sine die. «Simple raison de calendrier», explique un avocat. Le deuxième acte de l'affaire Elf a malgré tout commencé. Le décor est inchangé ­ tour de la Défense, banques suisses, dictatures africaines ­, mais, depuis deux semaines, le casting est nouveau. Exeunt les Loïk Le Floch-Prigent et Alfred Sirven. Le juge Renaud Van Ruymbeke, saisi d'un réquisitoire supplétif le 8 août dernier, interroge désormais l'équipe des successeurs de Le Floch, des anciens cadres d'Elf, dont certains ont nourri l'accusation durant plusieurs années.

Au détour d'une enquête sur le constructeur de raffineries Technip, Renaud Van Ruymbeke a découvert qu'entre le 22 et le 31 mai 1995, la compagnie Elf-Aquitaine avait versé 140 millions de dollars ­ dont 90 à des intermédiaires ­ pour décrocher une part (de 5 %) dans la filiale nigériane de Shell. Comme ces actifs appartenaient à la compagnie nationale (NNPC), il s'agissait officiellement pour Elf d'amadouer le dictateur général Sani Abacha ­ décédé en 1999. L'acquisition de ces 5 % s'élevant à 515 millions de dollars, le montant des «gratifications» est colossal. Et les juges soupçonnent plus des détournements qu'une erreur économique. Deux intermédiaires, Samir Traboulsi et Ely Calil, ont été mis en examen, respectivement le 5 septembre et le 3 octobre, pour «recel d'abus de biens sociaux». Geneviève Gomez, bras droit de Philippe Jaffré, ex-directrice à la présidence d'Elf-Aquitaine, a été entendue comme «témoin assisté» la semaine dernière par le juge. Elle a déclaré n'avoir suivi le dossier qu'à son démarrage, et tout ignorer des commissions versées. Pour Philippe Jaffré, l'audition sera plus risquée, puisqu'il a donné son aval à la rémunération des intermédiaires, «abus de biens sociaux» présumés aux yeux du juge.

Ennemis.
Le 16 septembre, le juge suisse Daniel Devaud est allé perquisitionner le siège de la trésorerie internationale d'Elf, Rivunion SA, à Genève, point de départ des fonds. «Soit vous me donnez le Nigeria, soit je prends tout», aurait dit le juge au patron de Rivunion après lui avoir fait ouvrir son coffre. Le juge a tout pris. Depuis, le directeur juridique adjoint d'Elf a été obligé de prendre sa plume pour rectifier ses informations. Le 27 septembre, il argue de «deux erreurs matérielles» dans son précédent courrier, et de «nouvelles recherches» effectuées dans ses archives, qui alourdissent encore l'addition : en juin et juillet 1993, la direction d'Elf avait déjà versé 50 millions de dollars de commissions sur la même opération. On en est à 190 millions de dollars de faux frais...

Le 3 octobre, l'intermédiaire libanais Ely Calil ­ qui a réceptionné et réparti 60 millions de dollars ­ a affirmé au juge Van Ruymbeke «qu'aucune rétrocommission (ou retour en France d'une partie de sa commission) n'a été payée à quiconque». L'homme d'affaires a spontanément dit au magistrat qu'il ne connaissait pas Edouard Balladur. Simple précision, faite, selon lui après «lecture de la presse», mais lourde de sens. D'anciens cadres de la compagnie accusent, en effet, sous cape l'équipe Jaffré d'avoir contribué au financement de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995 (1). Aux dates des virements, l'élection vient tout juste d'être perdue par le Premier ministre, et Jacques Chirac a été proclamé président. Dans un document rédigé en prison en 1996 (2), l'ancien PDG Le Floch-Prigent affirmait qu'Elf et Thomson avaient été mises à contribution lors de la préparation de la campagne présidentielle et soutenait que, «lors de l'accord avec le général Abacha, une commission sera versée par Elf dont une partie partira chez Mme Gomez, donc chez Balladur». Geneviève Gomez dément catégoriquement. «Cette accusation est dépourvue de fondement, a indiqué à Libération son avocat, Me Cornut-Gentile. Rien dans le dossier ne le confirme. Mais Mme Gomez s'est fait beaucoup d'ennemis en mettant fin aux abus de la précédente direction.»

«Ami de trente ans».
Dans l'affaire du Nigeria, l'ancienne directrice à la présidence n'aurait fait que prendre contact avec les intermédiaires. L'homme d'affaires Samir Traboulsi a été le premier. Ancien collaborateur des marchands d'armes Adnan Kashoggi et Akram Ojjeh, il est bien placé chez Thomson, que dirige Alain Gomez, frère de Geneviève. C'est lui qui va faire le tour de ses camarades intermédiaires. Ely Calil, installé à Londres, a une réputation d'entremetteur des plus efficaces pour l'Afrique. C'est un «ami de trente ans» et un ancien voisin des Traboulsi à Beyrouth. «En 1994, j'ai reçu un appel de M. Samir Traboulsi, a rapporté Ely Calil au juge. Jusqu'à cette date-là, je n'avais jamais eu de contact avec Elf de ma vie. Il m'invite à venir à Paris pour rencontrer quelqu'un de chez Elf. Dans les bureaux de M. Traboulsi, je rencontre pour la première fois Geneviève Gomez, qui m'expose les problèmes rencontrés par Elf au Nigeria. Elle me parle des réseaux qu'Elf a utilisés (...) le tout sans résultat. Samir Traboulsi, me dit-elle, lui disait que je pouvais intervenir. J'ai répondu que j'allais voir.» Ely Calil part au Nigeria. Il rencontre alors Gilbert Chagouri, un industriel libanais proche du général Abacha, qui «va voir» lui aussi. Les Libanais arrangent une réunion entre Philippe Jaffré et le dictateur. Les intermédiaires arrangent l'affaire, l'un au niveau «administratif», l'autre au niveau politique. Les gens d'Elf leur font un contrat. «Ils laissent vides les cases commissions», rapporte Calil. «On va, on vient. On arrive à 60 millions de dollars.» Calil prend 9, donne 6 à Traboulsi, et 45 à Chagouri. Il ne sait pas encore que Traboulsi va encaisser 10 autres millions de son côté. Et il découvre à l'occasion de l'instruction qu'Elf a payé deux autres commissions de 10 millions de dollars. Et il est formel : «Ces versements ne peuvent pas correspondre à l'affaire du Nigeria, Elf n'ayant aucune raison de payer d'autres intermédiaires.» De l'avis d'Elf, les comptes «Din Pepsi» et «Bond Partners» pourraient cacher la rémunération d'autres personnalités africaines intervenues auprès d'Abacha : Omar Bongo et Gnassingbe Eyadema, les présidents gabonais et togolais. Rien de moins. Parmi les anciens cadres, l'hypothèse prête à sourire. Il ne faut pas confondre des présidents avec des porteurs de valise. Du côté des intermédiaires, Gilbert Chagouri est pour l'instant chanceux. Le statut diplomatique que lui a offert l'île de Sainte-Lucie l'a, pour l'instant, protégé des convocations judiciaires.

Jument.
Lors de son audition, Geneviève Gomez a estimé que si Philippe Jaffré avait approuvé ces commissions cela n'avait pu être que «dans l'intérêt du groupe». Il y a quelques années, parlant des premiers contrats de commissions découverts, ceux d'André Guelfi, elle jugeait «les montants exorbitants, les circuits opaques». Elle déclarait avoir été «immédiatement convaincue que les bénéficiaires de l'ensemble de ces services n'étaient pas Elf». Ce n'est plus le cas aujourd'hui.

Lundi 7 octobre, le juge Van Ruymbeke lui a posé une question insolite. Il lui a demandé si elle possédait des chevaux. Une jument qui s'appelle «Plémentine», a-t-elle confirmé. Avez-vous des comptes en Suisse ? «Je n'ai aucun compte en Suisse, ni directement, ni indirectement», a-t-elle répondu. Le juge a deux lettres anonymes dans son bureau qui affirment le contraire, et précisent que le nom du cheval sert de nom de code à l'un des comptes. Les corbeaux sont de retour. Et comme toujours les juges écoutent un peu leurs croassements.
(1) Contacté par Libération, Edouard Balladur n'a pas répondu.
(2) Document inédit, en possession de Libération.
Libération, Par Karl LASKE, jeudi 17 octobre 2002, page 16

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Philippe Jaffré va devoir s'expliquer

L'ancien PDG d'ELF, Philippe Jaffré, est interrogé aujourd'hui dans le bureau du juge Van Ruymbeke sauf surprise de dernière minute, une première audition ayant été déjà repoussée. Le successeur de Loïk Le Floch-Prigent, en 1993, est convoqué comme « témoin assisté » dans le cadre d'une nouvelle affaire Elf. Alors qu'il avait lancé la justice aux trousses de son prédécesseur, Philippe Jaffré est soupçonné à son tour d'avoir versé des commissions occultes à l'occasion d'un gigantesque marché avec le Nigeria. Pour éviter d'être mis en examen aujourd'hui, il va devoir convaincre le juge d'avoir agi dans l'intérêt de sa société. Un dossier sur fond de dictature, de guerre économique et d'argent facile. Retour sur cette incroyable affaire.

Les terres de Foccart

L'histoire se déroule au Nigeria, plus gros producteur de pétrole africain. Interrogé comme témoin, André Tarallo, l'ancien Monsieur Afrique d'Elf, s'est livré à un petit cours d'histoire auprès du juge Van Ruymbeke. « Les gisements du Nigeria ont été découverts en 1968-1969, et très vite les ethnies du sud où se trouve le pétrole se sont révoltées. Ce fut la guerre du Biafra. » A l'époque, rappelle aussi Tarallo, « M. Foccart (l'influent conseiller de de Gaulle pour les affaires africaines) appuyait la sécession du Biafra ». Mauvais choix. La France et son pétrolier Elf seront longtemps interdits de pétrole nigérian.

Le concurrent américain

En 1991, Elf rachète une première tranche de 5 % du domaine nigérian. En 1993, une seconde tranche est mise en vente. Elf verse 500 millions de dollars, sur fond de concurrence. Devant le juge, Ely Calil, un homme d'affaires en cheville avec Elf, raconte avoir été contacté « par une compagnie américaine ». « Mobil m'a proposé de changer de camp » et « 20 millions de dollars pour retarder l'affaire Elf », raconte-t-il.

Le « sourire » du dictateur

En 1993, juste après la vente, le régime nigérian change. Le nouvel homme fort, le général Abacha, va faire monter les enchères. Sur place pour Elf, Jacques Halphon lui propose une commission de 5 millions de dollars. « Ce qui l'a fait sourire », précise au juge, Frédéric Isoard, l'ancien patron du raffinage d'Elf. Deux « amis » de la France en Afrique, le président du Gabon, Omar Bongo, et le président du Togo, Eyadema, sont priés d'intervenir. Ils toucheront 10 millions de dollars chacun. Mais le blocage persiste.

Les trois Libanais

Entre en scène le « réseau libanais ». A Paris, Samir Traboulsi prend attache avec Geneviève Gomez, conseillère spéciale auprès de Jaffré. Ely Calil, puis un troisième Libanais, Gilbert Chagouri, réputé proche du général Abacha, « travaillent » pour Elf. Combien vaut leur « influence » ? « Une lettre a été mise dans un coffre, se souvient Michel Clément, ancien directeur d'Elf pour le Nigeria... elle prévoyait deux versements distincts sans indication de bénéficiaire : l'un de 50 millions de dollars, l'autre de 60. » Van Ruymbeke ne dispose pour l'instant que d'une partie du puzzle. Calil a effectivement touché 60 millions de dollars, qu'il a partagés avec Chagouri et Traboulsi, qui a aussi touché 10 millions en direct d'Elf. Mais 50 autres millions de dollars avaient été débloqués en juillet 1993, 28,5 sur un compte Dina Cola à l'UBS Zurich et 21,5 sur un compte Fagen Entreprise au Crédit suisse de Gibraltar. Pour qui ? Mystère. « Quelle assurance avez-vous que les fonds ont bien eu la destination escomptée ? », interroge Van Ruymbeke. « Aucune », reconnaît Isoard.

Un tête-à-tête chez le général

Combien a finalement touché Abacha ? En avril 1995, Philippe Jaffré et Jean-Luc Vermeulen, directeur Afrique d'Elf, se retrouvent dans le bureau du dictateur. « Au cours de la réunion, le problème des commissions n'a pas été évoqué, raconte Vermeulen au juge. Mais, à la fin de la réunion... le général Abacha a souhaité voir M. Jaffré en tête à tête... Je suppose qu'il a dû être question de cette affaire. » Philippe Jaffré va donc être prié de livrer la « clé de répartition ».

La jument Plémentine

Dernière inconnue, d'éventuelles rétro-commissions en France. Le juge ne dispose en tout et pour tout que d'une lettre anonyme faisant état « d'un compte suisse » ouvert par Geneviève Gomez au « nom d'une jument ». « Elle s'appelait Plémentine », « P correspondant à l'année de naissance, 1982 », reconnaît devant Van Ruymbeke Geneviève Gomez. Pour le reste, l'ancienne conseillère d'Elf assure « directement ou indirectement » n'avoir « jamais eu de compte suisse ». « Je me suis fait des ennemis dans le cadre du dossier Elf puisque j'ai été conduite «à faire le ménage» et même à déposer plainte. Je suis persuadée, conclut-elle, que ces dénonciations anonymes ne sont qu'une vengeance. » Le corbeau obtiendra-t-il, aujourd'hui, la mise en examen de Jaffré ?
Laurent Valdiguié, Le Parisien , mardi 22 octobre 2002

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« Cette fois, je vais tout dire »

L'ANCIEN PDG d'Elf fait feu de tout bois. A une semaine de son procès en appel, aux côtés de Roland Dumas et de Christine Deviers-Joncour, Loïk Le Floch-Prigent annonce un changement de stratégie. Il change d'avocat et assure qu'il va « tout dire ». Il a ainsi l'intention de produire une lettre « signée de la main de Jacques Chirac », établissant que ce dernier, « était parfaitement au courant des commissions versées par Elf ». Autres révélations, Le Floch s'exprime sur la nouvelle affaire du Nigeria et met en cause son successeur, Philippe Jaffré. Il affirme qu'une partie des commissions sur lesquelles enquête le juge Van Ruymbeke ont servi à financer la campagne présidentielle d'Edouard Balladur.

Les experts médicaux vous ont déclaré « apte » à comparaître...
Loïk Le Floch-Prigent. Bien sûr, j'affronte. Je serai là le 4 novembre. Mais il faudra prendre des précautions avec moi, parce que je n'ai pas envie de mourir. Si on m'agresse, mon organisme peut ne plus fabriquer de cortisone, une substance dont le coeur a besoin. Face à un stress violent, je serai donc obligé de réagir. Si on ne me laisse pas parler, où si je me sens mal, je quitterai la salle ! En première instance, j'ai été condamné à 3 ans de prison pour un dossier Deviers-Joncour - Dumas, dont j'ignorais tout lorsque j'étais président d'Elf et que je n'ai découvert qu'en 1997 à ma sortie de prison ! Cette fois-ci, je compte me défendre.

« Chirac était au courant des commissions versées par Elf »

Comment ?
Je change d'avocat. D'un commun accord, Olivier Metzner, qui m'avait défendu jusque-là, s'en va. Lors du premier procès, il m'avait conseillé de ne rien dire, et cela n'a pas été payant. Un nouvel avocat, Maurice Lantourne, sera à mes côtés. J'ai beaucoup de choses à dire. Je veux tordre le cou à cette idée que personne n'était au courant des commissions versées par Elf. J'ai donc décidé de produire un document signé de la main de Jacques Chirac qui prouve qu'il était parfaitement au courant des commissions versées par Elf et d'un certain nombre de choses. Vous comprenez, je ne peux plus laisser dire, par le biais du procureur, qui est la voix de l'exécutif, donc de la présidence de la République, des contre-vérités à tout bout de champ. Cela suffit. On veut savoir ? On veut me poser des questions sur les hommes politiques et notre actuel président de la République, J'y répondrai ! Je n'ai plus rien à cacher. On va savoir. D'autant que j'ai maintenant la preuve d'avoir été victime d'un traitement « spécial ».

Que voulez-vous dire ?
Dans mon cas, on a commencé par me mettre en détention et en examen, comme l'auteur principal des abus de biens sociaux présumés. Je constate aujourd'hui que, dans l'affaire du Nigeria, concernant mon successeur, Philippe Jaffré, le juge l'a laissé sortir de son bureau, sans même mise en examen, alors qu'il est supposé être l'auteur principal ! Il se passe exactement l'inverse de ce qui s'est passé avec moi.

Que connaissez-vous de ce dossier du Nigeria ?
J'avais commencé à négocier avec le Nigeria dès 1990. Nous avions racheté 5 % de la production de pétrole, puis, en 1993, j'ai signé pour 5 % supplémentaires. C'était une très bonne affaire. En marge de ce rachat, j'ai donné mon feu vert pour le versement de 50 millions de dollars de commissions. C'était ensuite la cuisine de mes collaborateurs, André Tarallo et Frédéric Isoard, de verser cet argent. Mon travail à moi consistait à informer François Mitterrand. Mais, en juin 1993, nous étions en période de cohabitation, j'ai estimé que je devais aussi informer Edouard Balladur de cette commission. Je suis allé voir Nicolas Sarkozy, ministre du Budget, et je lui ai dit que nous devions verser 50 millions. Il m'a dit : « C'est une grosse somme », et je lui ai expliqué l'enjeu. Il m'a donné son feu vert. Un mois plus tard, j'étais débarqué d'Elf et nommé à la présidence de Gaz de France.

Avez-vous suivi la suite ?
Oui, puisqu'à GDF je suis allé voir le général Abacha, qui, sous la pression des Américains, venait de prendre le pouvoir dans ce pays. Abacha vivait la nuit et dormait le jour, et il avait peur de la lumière... Il donnait des rendez-vous à 2 heures du matin... Fin 1993, Abacha hurlait contre Philippe Jaffré et m'a fait venir pour me dire qu'il voulait « sortir » Elf. En rentrant à Paris, j'ai voulu en parler à Jacques Halfon, directeur de l'exploration. Halfon était mon ami de très longue date, mais il m'a tout de suite coupé, me disant que Jaffré lui avait interdit tout contact avec moi et surtout d'évoquer le cas du Nigeria.

« J'ai moi aussi envie que Sirven et Tarallo s'expliquent »

En avez-vous reparlé avec Halfon ?
Un an plus tard, il m'a rappelé et m'a dit qu'il voulait que l'on se revoie. Il ne voulait plus appliquer les consignes de Jaffré. Je sais qu'il voulait me parler du Nigeria et j'ai bien compris que cette opération cachait quelque chose de louche. Il m'a dit : « Ecoute, Loïk, je pars en vacances à Oman, et on se voit à mon retour. » Il n'est jamais rentré. Il est mort noyé.

Le juge Van Ruymbeke vient d'établir qu'après votre présidence Elf a versé 90 millions supplémentaires pour le Nigeria via trois intermédiaires libanais ?
Ce n'est pas parce qu'ils sont libanais qu'il faut les mettre dans le même sac ! J'ai toujours tenu Samir Traboulsi à l'écart d'Elf lorsque j'en étais le président. Pour moi, c'est avant tout l'homme des commissions de Thomson et de son ancien PDG Alain Gomez. Je ne suis pas surpris de le voir arriver juste après mon départ dans les bagages de Jaffré, qui prend comme conseillère spéciale sa soeur, Geneviève Gomez. Traboulsi fait ensuite travailler deux autres Libanais. Ely Calil, né au Nigeria, est un homme d'affaires tout à fait normal, qui a créé le contact avec Gilbert Chagouri, un autre Libanais, très lié à Abacha. Je ne suis donc pas choqué que Calil et Chagouri aient perçu des commissions. Mais, dans les chiffres que j'ai découverts, je suis surpris de voir que Traboulsi ait pu toucher deux fois : d'abord 6, puis 10 millions de dollars. Je suis également surpris que 20 autres millions de dollars aient été versés ensuite alors même qu'Ely Calil a dit au juge que ces commissions n'étaient pas utiles. Où est allé tout cet argent ?

La justice s'intéresse aux éventuelles rétro-commissions. Un milliard et demi de francs ont circulé sur les comptes Sirven, par exemple...
Oui, j'ai moi aussi envie que Sirven et Tarallo s'expliquent. C'est à eux de le faire. Mais que la justice enquête alors sur les comptes des collaborateurs de M. Jaffré ! Je pense par exemple à un compte suisse, sous le code de « Perauline »... Que la justice enquête aussi sur le financement de la campagne présidentielle de M. Balladur. On m'a dit au palais présidentiel d'Abacha que les commissions d'Elf avaient servi à financer cette campagne. On ne peut pas arrêter l'histoire d'Elf à ma présidence.
Propos recueillis par Laurent Valdiguié, Le Parisien, samedi 26 octobre 2002, page 19

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Sirven vole au secours de Deviers-Joncour
Pendant plus de cinq heures, Alfred Sirven a tenté de justifier la réalité du travail de Christine Deviers-Joncour, l'ex-maîtresse de Roland Dumas.
Il a toutefois refusé de répondre aux questions embarrassantes.

POUR sa première audition à la barre d'un tribunal Alfred Sirven invente l'audition vaudeville. L'ancien directeur des affaires générales d'Elf s'est livré hier à un véritable « show ». Arrivé accompagné d'un gendarme, il réajuste sa cravate, agrippe à deux mains la barre et se lance, debout, avec une évidente jubilation. Cela va durer plus de cinq heures et se terminer, assis, avec un refus de répondre aux questions clés.
Voilà donc Alfred Sirven, un personnage de parrain des films des années cinquante. Sa voix est rocailleuse et chantante à la Raimu quand il « galéje » et multiplie les bons mots qui font rire la salle. Sa voix est sifflante et son regard méchant à la Lino Ventura quand il menace « d'aller se rasseoir », et « objecte » ses réponses. Sur la forme, Sirven s'amuse de ses blagues, prend plaisir à tacler ses ennemis, lui qui dans le même temps, la main sur le coeur, se défend pourtant « de vouloir balancer » quiconque.
Sur le fond, l'ex-numéro deux « officieux » d'Elf parle beaucoup mais ne dit pas grand-chose.

« Tuer des mythes. »
L'ancien « industriel » y tient beaucoup. Sirven veut « tuer les mythes » et « faire taire les ragots » qui « ont abondamment fleuri » durant son absence. En premier lieu, il refuse d'être appelé « le numéro deux d'Elf ». « J'étais le conseiller du président », dit-il, avant d'être nommé à la présidence de la structure suisse d'Elf chargée « des embauches spéciales ». « On les appelle " emplois fictifs ", mais ce sont des « emplois dits fictifs », déclare Sirven. « Certains n'ont jamais travaillé dans le sens où l'entend le Larousse », reconnaît-il, évoquant « des fils ou des filles de ministres étrangers ». « Je sais bien que cela peut surprendre, mais il est évident, philosophe Sirven, qu'avec ces emplois, vous créez un bon climat ». Il les résume à du « lobbying » et affirme que tout cela était fait « dans l'intérêt d'Elf ». « Et Christine Deviers-Joncour ? Entre-t-elle dans cette catégorie ? » interroge la présidente, débordée par les digressions permanentes du prévenu. « Non, elle, elle a travaillé » assure Sirven. Sur son banc, l'ancienne « putain de la République », si inquiète depuis le début de l'audience, peut afficher un sourire radieux.

« J'ai soutenu mon clan. ».
Mais pour l'heure, le « conseiller Sirven » insiste pour revenir à la genèse de cette embauche durant la course pour la présidence du groupe pétrolier. « Il y a eu un conflit entre l'Elysée et Matignon », se souvient Sirven, qui assure « avoir soutenu son " clan ". « On m'a rapporté ensuite que M. Dumas avait demandé à Loïk Le Floch-Prigent de faire quelque chose pour ses « protégés », dit-il, notamment Claude Joncour, le mari de Christine. Mais Le Floch refuse. Alfred Sirven, lui, décide alors d'embaucher Christine. « Parce qu'elle est proche de Roland Dumas ? » interroge la présidente. « Oui, oui, j'assume. C'était pour se rapprocher du Quai d'Orsay », reconnaît le « conseiller ». « Les petits cadeaux entretiennent l'amitié et les gros encore mieux », ajoutera-t-il, en se retournant vers ses avocats hilares.

Bisbille avec Le Floch.
Seul hic, l'ancien PDG d'Elf a toujours nié avoir été informé de cette embauche. « Je maintiens cette position, dit-il à la barre, et si à l'époque on m'en avait parlé, je n'aurais pas estimé nécessaire d'embaucher M m e Deviers-Joncour ». Sirven reconnaît l'avoir fait « sans en informer » son patron. Mais il s'énerve un peu que Le Floch puisse affirmer n'avoir « jamais su » qu'elle travaillait pour Elf. « Moi j'assume », insiste lourdement Sirven... qui qualifiera aussi son patron de « distrait ». « Christine Deviers-Joncour travaillait pour Elf à travers moi », martèle-t-il. Quel travail ? « Elle me donnait des informations en marge... Elle avait un meilleur accès que moi à Roland Dumas.... » Sirven se souvient d'une poignée d'épisodes, déjà évoqués en première instance. Un voyage en Chine, un voyage au Qatar, au Cameroun. Roland Dumas est invité à réagir. Lui aussi se souvient de Christine Deviers-Joncour comme d'une « émissaire d'Elf ». « Il est probable que durant le vol pour la Chine, Mme Deviers m'a entretenu des affaires d'Elf », dit-il.

« J'ai été large. »
Reste le montant des sommes versées à Deviers. 55 000 F (8385 €) de salaire mensuel, 40 000 F (6098 €)de frais mensuels, plus deux commissions de 14 MdF (2,13 M€) et de 8 millions de dollars. Sur les salaires et les frais, Sirven « admet ». « Je n'ai pas fait preuve de bonne gouvernance... j'aurais dû être plus coercitif... Vous savez comment sont les femmes », minaude-t-il. « Nous ne sommes pas au théâtre », réplique la présidente. Quant aux deux commissions versées, l'ancien « conseiller » évoque les frégates de Taïwan. Il assure que Thomson avait fait appel à lui, « au réseau Elf en Chine » et à Christine Deviers-Joncour, pour débloquer la vente des navires, coincée à cause du veto de la France. « Thomson aurait dû payer 1 % », soit environ 160 MF (24,4 M€), dit-il, expliquant alors que Deviers lui a ensuite réclamé des « avances » sur ce contrat. « Mais je n'avais pas le pouvoir de débloquer ces sommes », insiste-t-il. « Qui chez Elf a donc décidé de débloquer ces fonds ? » interroge la cour à plusieurs reprises. « Ma hiérarchie », réplique Sirven. Il n'en dira pas plus. PARIS, LUNDI. A la question de savoir si Christine Deviers-Joncour occupait un emploi fictif, Alfred Sirven (en médaillon) a répondu : « Non, elle a travaillé. »
Laurent Valdiguié, Le Parisien, jeudi 07 novembre 2002, page 15

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(Mars 2003) « Le Floch-Prigent était au courant de tout »
« J'aborde ce procès avec la volonté de m'expliquer », confie André Tarallo.
ANDRÉ TARALLO, le Monsieur Afrique d'Elf, est l'un des trois principaux prévenus du procès qui s'ouvre lundi (17 mars 2003). Avare de confidences jusque-là, il annonce sa volonté de « s'expliquer largement » au cours des trois mois d'audience.

Allez-vous demander, comme d'autres, le report du procès Elf ?
André Tarallo. Non. Je souhaite au contraire qu'on en finisse. J'aborde ce procès avec la volonté de m'expliquer et de faire un travail de clarification. Je souhaite que tout le monde en fasse autant.

La justice vous soupçonne d'avoir alimenté des caisses noires en Afrique, et même d'avoir joué les marchands d'armes...
Il y a dans l'ordonnance de renvoi du juge Van Ruymbeke une série de choses qui ne me paraissent pas fondées. Il y a même un côté « Tintin au Congo » me concernant qui me paraît délirant. Je n'ai, par exemple, jamais vendu d'armes ni joué les intermédiaires dans ce domaine.

Elf a pourtant versé des sommes importantes à des régimes africains...
Il existait de véritables contrats entre Elf et les dirigeants de pays africains. Nous appelions cela des « abonnements », qui étaient calculés en pourcentage du pétrole qu'achetait Elf dans ces pays. En Afrique, les hommes politiques ne peuvent vivre que si une partie de ces fonds leur revient. Même les oppositions vivent de ces subsides et cela ne me choque pas de savoir que pour maintenir la paix dans son pays, un chef d'Etat puisse disposer de liquidités librement. Les dirigeants africains sont des gens généreux, et là-bas, on attend tout du chef, qu'il soigne un parent, qu'il paye un billet d'avion... Les « abonnements », aujourd'hui encore, servent à cela. Tout le monde, en France, y compris les présidents de la République successifs, était au courant !

L'enquête démontre que sous la présidence de Loïk Le Floch-Prigent, les commissions d'Elf ont été multipliées par trois. Pourquoi ?
Il s'est passé quelque chose de nouveau quand Le Floch et Sirven sont arrivés. Jusque-là, Elf était assez « loyaliste » dans ses choix africains et nous soutenions exclusivement les régimes en place. Mais sous la présidence Le Floch, Elf a voulu jouer sur plusieurs tableaux, notamment en finançant les oppositions dans certains pays. J'ai toujours été contre, mais mon avis n'a pas été suivi. Alfred Sirven est devenu l'homme de confiance du président auprès des oppositions africaines. Il s'est posé en contrepoids de ma propre position et nous nous sommes trouvés en porte-à-faux.

Le Floch-Prigent assure qu'il n'était pas au courant du détail des commissions...
Je suis surpris de ce système de défense. Le Floch, comme tous les présidents d'Elf, était au courant de tout, y compris des détails bien sûr. Comment pouvait-il en être autrement ? Bien sûr, il n'était pas au courant de la commission versée au chef de village pour assurer le bon passage des engins de travaux publics, mais il était au courant de toute commission versée à des chefs d'Etat, africains ou autres. J'espère qu'au cours de ce procès, Loïk Le Floch-Prigent va enfin s'expliquer complètement.

La justice a retrouvé 180 millions de francs sur vos comptes en Suisse. Pourquoi ces sommes ?
Ces comptes personnels, je les ai gérés pour mon mandant (NDLR : Omar Bonhgo, président du Gabon) . Je ne l'ai pas caché. En ce qui me concerne, j'ai toujours joué le jeu de l'explication avec les juges. Si je n'avais pas détaillé le système des « abonnements », par exemple, la justice serait encore en plein brouillard.

Comment expliquez-vous le milliard de francs circulant sur les comptes Sirven ?
J'ai toujours pensé qu'il s'agissait de financements parallèles aux miens, dans des pays où il travaillait. Mais à l'époque, je n'avais pas une notion chiffrée des choses. Devant les sommes avancées par l'instruction, je n'ai pas d'explication. J'attends, moi aussi, que Sirven s'explique au cours des audiences.
Propos recueillis par Laurent Valdiguié, Le Parisien, samedi 15 mars 2003, p. 20

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(30 mars 2003) PROCÈS ELF L'ancien PDG a affirmé que l'argent profitait aux candidats à la présidentielle

Le Floch-Prigent : une caisse noire de cinq millions de dollars

Le procès Elf se poursuit devant la 11e chambre du tribunal correctionnel de Paris, qui examinera aujourd'hui le renflouement, délictueux selon l'accusation, du groupe textile Bidermann par la firme pétrolière.

Le procès Elf a atteint son rythme de croisière. Le moteur reste chaud, en dépit de la pause hebdomadaire de quatre jours (1), et le président Michel Desplan n'a qu'à mettre le contact pour faire redémarrer les débats sur les chapeaux de roue. Plus la peine, désormais, d'attendre le crépuscule pour obtenir la petite phrase du jour : le spectacle commence dès 13 h 30.
Debout au micro, Loïk Le Floch-Prigent écoute attentivement le magistrat lui rappeler sa déclaration de mardi dernier sur la «caisse noire» destinée aux financements politiques. L'ex-PDG d'Elf, sans se faire prier, reprend le fil de son propos : «Le système était en place quand je suis arrivé, en 1989. Beaucoup en ont bénéficié, ils le savent. Les candidats à la présidence de la République avaient accès au secrétaire général du groupe et demandaient l'enveloppe correspondante. Cette caisse noire existait essentiellement au bénéfice du parti gaulliste. François Mitterrand m'a fait comprendre qu'il convenait de rééquilibrer. Mon gros défaut, c'est de ne pas avoir voulu m'occuper de ça. Ces choses-là, je n'ai pas envie de savoir, ni d'en parler. Cela m'indispose.»

Donc, Elf arrosait large. Mais son ex-numéro un se cramponne à son personnage d'arroseur qui, d'une main, tenait la lance à commissions tandis que, de l'autre, il se pinçait le nez.

Le président : «Avez-vous une idée des sommes destinées à cette caisse noire ?»

Le prévenu, assez vague : «Environ 5 millions de dollars... C'est ce que j'ai toléré, couvert. Là est ma responsabilité.
– Vous avez laissé entendre que les fonds étaient plus ou moins gérés par Alfred Sirven et André Tarallo...
– Ils étaient chargés des contacts avec les hommes politiques français. Si l'un d'eux était financé par M. Bongo (on comprendra le piquant de la précision tout à l'heure, quand M. Tarallo sera interrogé), je l'inclus : c'était toujours l'argent d'Elf, soyons clairs. Je fermais les yeux.»

L'ancien PDG d'un fleuron de l'industrie ne peut se dispenser d'un couplet sur la grandeur nationale. «Elf, c'était David contre Goliath, justifie M. Le Floch-Prigent pour illustrer la rivalité contre ses concurrents anglo-saxons. Il fallait que le vaisseau France soit avec nous. Particulièrement en Afrique où, si on entre dans un combat socialistes contre gaullistes, on ne sait plus où on va.»

C'est beau comme La Marseillaise. Dommage que le «vaisseau France», en l'espèce, ait flotté sur un océan d'argent occulte. Mais après tout, le lobbying a un coût. Le président, pour autant, ne se laisse pas endormir par le patriotisme des prévenus : «Y avait-il également un financement classique, sans lien avec les intérêts d'Elf ?»

M. Le Floch-Prigent : «J'ai fermé les yeux, le président de la République aussi. Nous étions conscients qu'il a pu y en avoir...»

13 h 50. Place à Alfred Sirven. Il ne biaise plus, sachant que c'est inutile avec M. Desplan, mais utilise encore un vocabulaire de rosière : «Ce n'était un secret pour personne. Elf, depuis toujours, servait à ces choses-là... J'ai été chargé de m'occuper d'une partie de ces choses-là... Je me suis occupé personnellement de choses de ce genre...»

Le président, qui cherche à chiffrer «ces choses-là» : «Que pensez-vous de la somme de 5 millions de dollars avancée par M. Le Floch-Prigent ?»

Alfred Sirven : «Ce chiffre me semble particulièrement faible. Je pense que, dans la réalité, il était très, très, très supérieur. Cette aide prenait de multiples formes, ce n'était pas toujours des «valises». Il pouvait s'agir d'autre chose...
– De quel ordre ?
– Je ne sais pas, monsieur le président.
– Pouvez-vous donner des noms de bénéficiaires ?
– Je ne donnerai aucun nom de Français ou d'étranger. J'assumerai jusqu'au bout, quoi qu'il en coûte.»

Le procureur Hervé Robert : «Rendiez-vous compte à votre PDG ?»

M. Sirven, retrouvant soudain son art du sous-entendu : «D'une manière générale, il n'aimait pas trop entrer dans le vif du sujet, sauf à certains moments...
– Lesquels ?
– Pour certains cas, en certaines occasions... Mais il était au courant des choses principales. Tout ne se passait pas en dehors de sa connaissance. Autrement, nous aurions vécu dans un monde étrange.»

Le président, au cas où : «Seriez-vous venu chez Elf pour vous occuper de cette caisse noire ?»

Alfred Sirven, détendu : «Non, pas du tout.»

14 h 10. André Tarallo est invité à se rapprocher du micro. Lui aussi a renoncé aux grosses astuces dilatoires, mais il s'attache toujours, audience après audience, à battre son propre record de brièveté à la barre. «Je m'occupais des pays africains, c'est bien suffisant, plaide-t-il. Je n'ai jamais financé un homme politique français. En revanche, des personnalités ou des partis africains, oui. Ce qu'ils ont pu faire à l'occasion des élections françaises, cela les regarde. J'ai cru comprendre qu'il y a eu des retours...» Cinq minutes, montre en main, qui permettent toutefois de mieux apprécier l'allusion de M. Le Floch-Prigent sur Omar Bongo.

Un peu plus tard, M. Sirven reconnaît spontanément avoir utilisé à des fins personnelles la quasi-totalité des commissions prélevées sur les contrats d'assurances (nos éditions du 27 mars) et, comme pour se faire pardonner, revient au financement politique en affirmant : «J'ai reçu des instructions du PDG pour des personnalités très importantes.»

«Je n'aime pas cette sorte de critique sournoise», contre-attaquera bientôt M. Le Floch-Prigent. Les langues se délient, les dagues, à présent, ne sont pas loin d'être tirées.

Le tribunal poursuit son oeuvre, et en vient à l'examen des commissions dégagées par Elf lors de l'achat d'une flottille aéronautique. On repense à la confidence énigmatique d'Alfred Sirven sur ces «autres choses» que le groupe pouvait offrir aux politiques de tout bord et on se pose la question qui, aujourd'hui, restera sans réponse : y a-t-il un élu dans l'avion ?
(1) Les audiences n'ont lieu que les lundis, mardis et mercredis après-midi.
lefigaro.fr, Stéphane Durand-Souffland, [01 avril 2003]

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(1er avril 2003) Quand Le Floch-Prigent aidait son «ami Maurice»

Maurice Bidermann (le frère de la fameuse Régine, reine des nuits "parisiennes" des années 60) a dû s'expliquer sur le renflouement de sa société textile par Elf à l'époque ou Loïk Le Floch-Prigent dirigeait le groupe pétrolier français.

APRÈS LA POUSSÉE de fièvre de la veille, la température retombe au procès Elf. Plus question, hier, d'attaquer bille en tête les politiques et leurs 5 millions de dollars annuels. Ce n'est que fortuitement que quelques noms apparaissent au cours des débats. Il est ainsi question de l'usine textile de Bort-les-Orgues, « le fief électoral de Jacques Chirac », précise même Maurice Bidermann, mais pas question d'évoquer, comme lors de l'instruction, les 12 millions de francs de soutien pour cette usine réclamés par l'ancien député de Corrèze.

Les courriers de Dominique Strauss-Kahn, ministre de l'Industrie, pour demander à Elf de soutenir le groupe Bidermann, viennent aussi sur le tapis, mais pas les liens de l'ancien ministre avec le groupe pétrolier. « Après avoir vidé l'abcès sur des grandes généralités, c'est le retour au calme », glisse un avocat, persuadé « que le déballage s'arrêtera là ».

« C'était l'instruction, j'étais dans un autre monde ! »

Au menu de l'audience d'hier, le soutien d'Elf, sous la présidence de Loïk Le Floch-Prigent, au groupe textile de son « ami Maurice ». Un milliard investi à perte, « mais cela relève de la mauvaise gestion er ne fait pas l'objet du procès », rassure d'entrée de jeu le président Michel Desplan. En revanche, posent problème plusieurs prêts accordés à Bidermann en 1992, pour un total de 163 millions de francs, étrangement supportés par Elf Gabon pour renflouer la trésorerie du groupe textile.

« Le Floch considérait Maurice Bidermann comme son frère », a indiqué lors de l'instruction l'ancien directeur financier d'Elf, « hostile » à ces financements. Le Floch corrige : « Le dossier Bidermann n'est pas un dossier issu de mon amitié. Si Elf a aidé ce groupe, c'est à la demande des pouvoirs publics », ajoute-t-il, évoquant « l'axe Bérégovoy-Haberer, l'ancien patron du Crédit lyonnais », puis les courriers de DSK en faveur « de l'emploi ».

Reste à comprendre pourquoi cette « demande des pouvoirs publics » s'est traduite par un financement secret via le Gabon ? André Tarallo assure avoir exécuté les ordres de son président, qui lui avait demandé « de la discrétion ». « Discrétion ne voulait pas dire dissimulation », pondère-t-il. Le Floch, lui, ne se souvient pas avoir donné l'ordre de passer par Elf Gabon : « J'avais parlé à André Tarallo d'amis gabonais , et je n'ai appris qu'ultérieurement que c'était Elf Gabon qui avait effectué l'opération. Si André Tarallo a compris Elf Gabon, j'accepte qu'il ait compris cela, et c'est moi le coupable », martèle l'ancien PDG, campant désormais dans le rôle du chevalier blanc.

Michel Desplan a l'air moyennement convaincu : « Quel était l'intérêt pour les Gabonais, qui ont l'intelligence de placer leur argent au mieux des intérêts gabonais, de placer leur argent dans l'entreprise Bidermann, dont les résultats en 1992 n'étaient pas si fameux ? » Calme, l'ancien « roi de la sape », dont les colères sont légendaires, a réponse à tout : « Oui, j'avais l'intention de faire des chemises au Gabon », répond-il. Michel Desplan se plonge dans son dossier et ressort un procès-verbal du même Bidermann lors de l'instruction, où il disait n'avoir jamais eu l'intention de monter d'usine au Gabon. « C'était l'instruction, j'étais dans un autre monde ! » rigole Bidermann. Certains jours, c'est l'audience qui ressemble à « un autre monde ».
Laurent Valdiguié, Le Parisien, mercredi 02 avril 2003, p. 16

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(2 avril 2003) Un « prédateur » américain à la barre du procès Elf

COMME TOUJOURS dans l'affaire Elf, cela commence par des opérations industrielles officielles et cela se termine par des comptes secrets en Suisse. L'homme du jour s'appelle Jeffrey Steiner : grand et sec, costume gris impeccable, 3 millions de dollars de revenus annuels, accent new-yorkais, villa à Saint-Tropez et mocassins en croco. La somme du jour est de 5 millions de dollars, versée par Elf à Steiner à l'occasion d'une transaction suspecte. La question du jour est simple : cette commission cache-t-elle des dessous-de-table pour les « amis de Le Floch » ?

Une mission à 5 millions de dollars

Tout démarre en 1989 par une OPA officielle de la filiale Chimie d'Elf, Atochem, sur une société américaine, Penwalt. « Ils m'ont eu », explose Steiner en début d'audience. Selon lui, Atochem a effectué l'OPA en profitant de ses conseils mais en oubliant de le rémunérer. Ni une ni deux, dès l'été 1989, « Jeff » Steiner saisit le tribunal de New York et réclame un dédommagement de 15 M$. Tous les cadres d'Elf interrogés alors évoquent un « chantage à la mode américaine ». « L'aide de Steiner a été nulle », assure à la barre Jacques Puechal, l'ancien patron d'Atochem.

Pourtant, dès février 1990, Le Floch accepte de signer une transaction de 5 M$ qui englobe une courte mission de conseil confiée à Steiner. L'ancien PDG d'Elf reconnaît aujourd'hui qu'il s'agissait d'un « habillage ». « J'ai effectivement, contre l'avis de mes collaborateurs, essayé de régler ce conflit à l'amiable », explique-t-il, voulant éviter un « procès médiatique » aux Etats-Unis. A la façon dont se défend Steiner, impossible de lui donner totalement tort. « Steiner m'avait apporté un livre, le Bal des prédateurs en me disant qu'il m'en apprendrait beaucoup sur lui », témoigne un ancien cadre financier d'Elf. Mieux qu'un long discours, l'expression « prédateur » va comme un gant à l'Américain et donnerait corps aux craintes du PDG d'Elf.

Jusque-là, pourquoi pas. Seul hic, le cheminement ultérieur de ces 5 M$, virés par Elf sur un compte aux Bahamas de Steiner. Trois millions repartent sur une société de Hongkong dont l'ayant droit était Claude Richard, l'ancien avocat de Steiner et de Maurice Biderman. « Cet argent était une avance de trésorerie pour Biderman », assure Steiner, sans aucun document de prêt pour appuyer ses dires. « Mais je n'en avais pas besoin, Biderman était mon ami », plaide-t-il avec l'accent de New York. Claude Richard bafouille mais confirme. Reste Biderman, qui s'approche du micro... et nie en bloc. « Si j'avais eu besoin de trésorerie, j'avais des comptes bancaires pour cela », explique-t-il, bougon. Michel Desplan, le président du tribunal, peut s'arracher les cheveux, il n'en saura pas plus. Il devra peut-être attendre une prochaine audience pour comprendre les raisons de la brouille Steiner-Biderman, avec, au milieu, les 30 000 F mensuels versés à Fatima Belaid, l'ex-épouse du PDG d'Elf. Dans la confusion de cette fin d'audience, Michel Desplan allait presque oublier Alfred Sirven, muet depuis le début d'après-midi. Cheveux coupés courts de la veille, « Monsieur Alfred », comme il est appelé à la Santé, s'approche de la barre. Il a touché 100 000 $ de Steiner, mais ne se souvient pas à quoi cela correspond. Il fait donc sienne en hochant la tête l'explication de l'Américain qui dit que ces dollars « étaient destinés à aider un banquier ruiné qui avait onze enfants ». Encore des bonnes oeuvres.

Le richissime homme d'affaires anglo-irakien Nadmi Auchi, en fuite dans l'affaire Elf, a été convoqué vendredi par la police britannique, en exécution du mandat d'arrêt international délivré depuis plusieurs années par le juge Van Ruymbeke. Son passeport lui a été retiré et la procédure d'extradition est en court. Auchi pourrait donc être présent les 4 et 5 mai lors des audiences consacrées au rachat par Elf du raffineur espagnol Ertoil, en marge duquel il a perçu des commissions suspectes. « C'est dommage, mon client envisageait sérieusement de se présenter spontanément », soupire M e Doumit.
Laurent Valdiguié, Le Parisien, jeudi 03 avril 2003, p. 15

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(16 avril 2003) Le divorce d'Etat du président Le Floch
Enrichissements personnels, financements politiques ou même règlement du divorce de l'ex-PDG, le feuilleton Elf donne le tournis au palais de justice de Paris. Dans ce grand déballage, on retrouve même François Mitterrand...

Après l'affaire d'Etat, le divorce d'Etat ou le vaudeville d'Etat ? Hier, le grand déballage du procès Elf a franchi un cap supplémentaire avec l'évocation de François Mitterrand dans l'enceinte judiciaire. Selon l'ex-PDG Loïk Le Floch-Prigent, l'ancien président de la République aurait carrément ordonné de « régler les problèmes collatéraux » du divorce Le Floch à l'aide des fonds de la désormais célèbre « caisse noire » d'Elf.

« Je me sentais couvert », décode ensuite l'ancien patron à la barre. Au passage, Le Floch espère convaincre les juges d'avoir agi dans l'intérêt d'Elf, dans l'intérêt de la France, et accessoirement dans l'intérêt de la famille Mitterrand (le fils aîné du président étant responsable de la cellule africaine de l'Elysée) pour éviter une éventuelle opération de chantage de son épouse « répudiée ». « La ficelle est un peu grosse, dit un avocat à la sortie du palais. Mais Le Floch devait bien dire quelque chose pour expliquer pourquoi son divorce a coûté environ 4,5 millions d'euros à Elf. » Après la « caisse noire » destinée à financer des hommes politiques français, dont il s'est refusé jusque-là à donner les noms et la couleur politique, Le Floch pousse donc son pion Mitterrand.

Des évasions de fonds faramineuses
C'est le deuxième président de la République dont le nom est jeté dans l'arène. L'autre s'appelle Omar Bongo, actuel président du Gabon. Cité quotidiennement, ce dernier est accusé d'avoir voulu se constituer une « caisse d'épargne ». Sirven a affirmé avoir agi pour l'ancien président du Congo... Un autre parapluie africain. En fait, pressés de questions sur leurs détournements personnels, acculés devant l'avalanche des chiffres sur les comptes suisses, accablés par la précision de l'enquête judiciaire, tout se passe comme si l'ancien trio dirigeant d'Elf, Le Floch, Sirven et Tarallo, cherchait dans ces explications politiques une sorte de bouffée d'oxygène venant donner un début d'explication à ces débauches d'évasion de fonds.

Des sommes qui donnent le tournis... ou la nausée
Le tribunal atténuera-t-il pour autant leurs responsabilités dans leurs propres détournements qu'ils avouent petit morceau par petit morceau ? Cela reste pour l'heure une inconnue. Mais en marge de ces « révélations » d'audiences spectaculaires, la plupart des avocats savent bien que ce procès tourne au cauchemar pour leurs clients. Le Floch a ainsi reconnu ce qu'il avait nié tout au long de l'instruction, que le somptueux hôtel particulier de la rue de la Faisanderie était bien destiné à « son logement de fonction ». Sirven a bien reconnu qu'il avait pioché dans la caisse pour financer son château, ses meubles, ses bijoux, et le prix de sa cavale. Tarallo n'avoue rien, mais sa villa corse et son appartement du quai d'Orsay ressemblent plus à des biens personnels que des achats immobiliers du président Bongo qui ne s'y est jamais rendu. Et plusieurs seconds couteaux, comme Pierre Fa, ancien patron de l'audit, ou Roger Aïello, ancien adjoint de Tarallo, se retrouvent en difficulté. « Elf érode le sens des réalités », a plaidé Le Floch. C'était vrai pour sa présidence, c'est aussi vrai pour le procès. L'accumulation des sommes énormes donne le tournis. La nausée aussi quand des sommes moindres sont parfois qualifiées d'« anecdotiques » par certains prévenus. Dans un silence lugubre, le président Desplan est parfois obligé de rappeler le sens des réalités.
Laurent Valdiguié, Le Parisien, mercredi 16 avril 2003, p. 2

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« J'étais couvert par François Mitterrand », Loïk Le Floch-Prigent, ancien PDG d'Elf

L'ancien PDG d'Elf affirme que François Mitterrand aurait insisté pour que ce soit la compagnie pétrolière qui règle « les problèmes collatéraux » de son divorce d'avec Fatima Belaïd « avec les fonds secrets d'Elf ».

Les deux anciens époux sont à la barre et ne se regardent pas. Loïk Le Floch-Prigent et Fatima Belaïd se sont mariés pour le meilleur et pour le pire le 7 mars 1990. Le meilleur a duré dix-huit mois, jusqu'à l'été 1991. Le pire est pour aujourd'hui, devant le tribunal. Plus question de « passion » ni d'amour fou, mais « d'enfer et de douleur » comme a dit Le Floch la veille. Plus exactement de gros sous et des 4 500 000 € qu'aura coûté à Elf les coulisses financières de ce divorce d'Etat. Le Floch, apparemment détendu, parle le premier dans un silence de plomb.

Son récit est froid, comme s'il évoquait une opération pétrolière. « Je percevais une impossibilité de vie commune au printemps 1991. J'ai eu un entretien avec le président de la République à l'été 1991. » L'ancien PDG marque une pause. Le président du tribunal Michel Desplan écarquille les yeux. « Je lui ai dit, je vais probablement être amené à divorcer de ma femme et cela ne va pas être sans heurts compte tenu de son caractère. Nous avons fait des voyages en Afrique avec elle et nous risquons des problèmes collatéraux, pour moi d'abord, pour Elf, pour le pays, et pour la cellule élyséenne dont votre fils est responsable. Par conséquent, je souhaite vous présenter ma démission. » François Mitterrand, poursuit Le Floch, la refuse. Puis le PDG affirme que l'ancien président lui a demandé de « régler les problèmes collatéraux avec les fonds secrets d'Elf ».

Il fallait, d'abord, « la faire déménager de l'appartement », ensuite acheter le « prix de son silence » pour se débarrasser de sa « capacité de nuisance ». « A partir de ce moment-là, je considère avoir été couvert par le président de la République et comme j'étais dans l'incapacité physique et psychologique de régler ces problèmes moi-même, j'ai demandé à Maurice Bidermann, qui était notre ami, de s'en occuper. » L'ancien patron de la plus grande entreprise française, même s'il affirme « prendre la responsabilité » de ce qui va suivre, dit avoir « ignoré les détails » et assume « une absence de curiosité et même une forme de lâcheté ».

Incroyable salmigondis
Fatima, même gilet blanc que la veille, a la voix qui tremble un peu. « J'ai la triste confirmation que mon divorce a été ordonné par François Miterrand, commence-t-elle. Mais contrairement à ce que dit mon ancien mari, il n'y avait pas de conflit entre nous... Du jour au lendemain, Loïk a vidé notre appartement et je ne pouvais plus l'avoir au téléphone. Je l'ai vu au bar du Ritz une quinzaine de jours après. Il avait l'air effrayé et m'a dit que je ne manquerais de rien, que j'aurai 4 500 € mensuels plus un capital. Il m'a dit que si je m'opposais je prendrais une balle du président Bongo. »

Le parapluie Mitterrand suffira-t-il à couvrir les 4 500 000 € versés par Elf pour un divorce de raison d'Etat ? Si au moins le prix du silence avait été acheté proprement par un chèque ou une transaction carrée ! Mais comme rien n'était décidément simple dans ce royaume d'Elf, la « cuisine » du divorce reste, aujourd'hui encore, un incroyable salmigondis. Maurice Bidermann, cheveux en bataille et verbe haut en couleur, apporte de l'eau au moulin de Le Floch. « Fatima, au début, n'était pas une femme d'argent, mais elle est devenue très réaliste et très, très, très pragmatique », commence l'ancien industriel. Il évoque ses « pressions qui sont devenues chantage ». « Elle voulait la maison des Genettes en Normandie, et cette histoire a duré plusieurs mois, cela m'a gonflé la tête !

Je n'en pouvais plus, j'étais pratiquement barricadé chez moi ! » tempête Bidermann, avec une fâcheuse tendance à toujours en faire trop. « Oh, là, là, elle réclamait beaucoup ! » résume-t-il en faisant un geste de la main. Selon Bidermann, alors que le divorce officiel ne prévoyait aucune compensation, Fatima a négocié un premier versement de 2 millions d'euros, qui s'est transformé ensuite en achat d'un appartement à Londres, puis en « compensation » secrète de 2,9 millions d'euros versés en Suisse. Bidermann assure aussi avoir remis 900 000 € en espèce à l'épouse abandonnée. Mais Fatima dément et ces 900 000 € baladeurs resteront une énigme de plus. Une seule certitude, l'argent, à chaque fois, venait des comptes Sirven qui le reconnaît bien volontiers : « à la demande du président Le Floch ».
Laurent Valdiguié, Le Parisien, mercredi 16 avril 2003, p. 3

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(22 avril 2003) PROCES ELF. Des proches de Mitterrand et Pasqua sur le gril
Un ami de l'ancien président de la République, un fidèle de Charles Pasqua et un proche de François Léotard vont s'expliquer sur les largesses que leur aurait accordées le groupe pétrolier. Tandis que l'enquête sur les pratiques de l'ère Jaffré progresse.

«ON PARLE des politiques, mais il faudrait aussi parler de leur entourage », déclarait Alfred Sirven au début du procès Elf. Nous y voilà. Entrent en scène, à partir d'aujourd'hui, les trois prévenus les plus « politiques » du dossier. Un intime de François Mitterrand, Laurent Raillard, un fidèle de Charles Pasqua, Daniel Léandri, et un proche de François Léotard, Yves Verwaerde. Les trois hommes sont soupçonnés d'avoir bénéficié de fonds occultes d'Elf sous la présidence de Loïk Le Floch-Prigent.

La maison du professeur de golf
Le docteur Raillard, « Lala » pour ses proches, était un ami landais de Mitterrand. Voisin de Latche, mais surtout grand passionné de golf, Raillard a joué deux matinées par semaine avec l'ex-président de la République pendant ses deux septennats. En 1991, le docteur Raillard fait une magnifique affaire en vendant sa maison de Louveciennes à Elf 22 millions de francs (3,35 millions d'euros), tout en restant locataire. Elf payera ensuite le téléphone, les jardiniers, les factures de fuel et d'eau, le portail automatique, la porte blindée. Le docteur Raillard, qui ne devrait pas être présent à l'audience d'aujourd'hui pour des raisons de santé, a expliqué au cours de l'instruction que sa maison était utilisée pour des réunions discrètes de François Mitterrand... notamment avec Charles Pasqua. Autre avantage consenti par Elf au professeur de golf de Mitterrand, des virements de l'ordre de 5 millions de francs (760 000 €) sur un compte suisse baptisé « Surf ». En souvenir des Landes, sûrement.

Le compte « salade » du député européen
Yves Verwaerde a été député européen de 1989 à 1999 sur les listes du Parti républicain de François Léotard. En 1991 et 1992, il est devenu un discret salarié d'Elf Aquitaine International, une filiale suisse dirigée par Sirven, avec un salaire mensuel de 30 000 F (4 573 €) et une carte bleue. En outre, l'enquête judiciaire a établi que le député avait ouvert un compte suisse baptisé « Salade », qui allait être lui aussi alimenté par Elf, à hauteur d'1,7 million de dollars. Selon Yves Verwaerde, ces fonds étaient en réalité destinés à l'Unità, le mouvement angolais rebelle du défunt Savimbi. Pourtant, l'enquête a montré qu'un compte suisse appartenant en direct à l'Unità était par ailleurs alimenté par Elf. Yves Verwaerde est également soupçonné de s'être fait construire une villa à Ibiza, en Espagne, pour un total de 2 millions de francs (300 000 €), grâce au compte « Salade ».

L'argent libanais de l'ancien brigadier
Au premier jour du procès, il s'est avancé vers Sirven et lui a donné l'accolade. Depuis cinq semaines, Daniel Léandri ne rate aucune audience. Avec son inimitable accent corse et un flegme à toute épreuve, cet ancien brigadier de police se prépare consciencieusement à sa propre audition d'aujourd'hui. La justice le soupçonne d'avoir perçu entre 1990 et 1993 un salaire d'Elf de 250 000 F (38 112 €) par trimestre, et d'avoir touché une quarantaine de millions, d'abord sur un compte suisse, puis sur des comptes transférés au Liban. Léandri s'explique en disant qu'il avait été adoubé par Jacques Foccart, le puissant « monsieur Afrique » de de Gaulle, pour « collecter des informations » sur le continent noir. Proche de Charles Pasqua, Daniel Léandri affirme avoir travaillé en direct avec Sirven. Quant aux fonds détenus au Liban, il assure les avoir gérés pour le compte de personnalités congolaises. Toujours l'Afrique...
L.V., Le Parisien, mardi 22 avril 2003, p. 13

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(22 avril 2003) PROCES ELF. Les « opérations » africaines d'Elf sous l'ère Jaffré
Philippe Jaffré devrait être de nouveau entendu par le juge Van Ruymbeke car un ancien directeur d'Elf Congo a témoigné que les gros transferts de fonds sur les comptes du Congo ont dû être validés par le PDG d'Elf.

APRES ce procès, la justice n'en aura pas fini avec Elf. Alors que le président Michel Desplan tente de débroussailler le maquis des commissions sous l'ère Le Floch, le juge Renaud Van Ruymbeke, saisi d'une enquête « Elf bis » toujours à l'instruction, démêle les mouvements de fonds secrets sous la présidence de Philippe Jaffré.
Au départ de cette nouvelle enquête, l'été dernier, Van Ruymbeke s'est intéressé à des commissions occultes versées à des intermédiaires libanais en marge d'opérations pétrolières au Nigeria. Le juge a ensuite demandé l'aide judiciaire de son collègue suisse Daniel Devaud, qui est allé saisir à Genève la comptabilité de Rivunion, la filiale financière d'Elf chargée des transferts de fonds.
Avec les découvertes du juge Devaud, Van Ruymbeke enquête désormais sur de curieuses opérations au Congo, en 1997, alors que ce pays était en pleine guerre civile entre partisans du président, Pascal Lissouba, et de son opposant Denis Sassou N'Guesso, actuellement au pouvoir à Brazzaville.

Financement d'achat d'armes
Première découverte du juge Van Ruymbeke : Elf a bien financé tous les camps en présence et l'argent du groupe pétrolier aurait directement permis à certains belligérants d'acheter des armes. Le magistrat a ainsi mis au jour deux virements de 9,9 et 16,7 millions de dollars, les 11 et 16 juillet 1997. « Cet argent a été affecté au paiement d'armes commandées par la République du Congo. Il provient initialement d'Elf », écrit-il dans son interrogatoire du 1er avril dernier de N'Guila Moungounga, l'ancien ministre des Finances de Lissouba. « Elf était comme une nébuleuse, nous recevions ce qu'elle voulait bien nous donner », reconnaît l'ancien ministre, aujourd'hui en exil.
Autre « aide » d'Elf au camp Lissouba, le versement de 2,5 millions de dollars, en date du 29 juillet 1997, à Claudine Munari, la directrice de cabinet du président du Congo. « J'ignorais qu'elle avait bénéficié d'une telle somme d'argent », observe le ministre des Finances. Mais exactement à la même période, Elf finance également... la propre épouse de Sassou N'Guesso. Mme Tchibota perçoit 4 millions de dollars via un compte aux îles Caïman. « Je pense que c'était une manière pour Elf de financer le conflit contre nous », décode au juge Van Ruymbeke le ministre en exil.
Autre mouvement occulte : en septembre 1997, un compte du Congo est alimenté par Elf de 5 millions de dollars. Dans les jours qui suivent, la même somme est transférée à la Sopar, une fondation du Liechtenstein contrôlée par l'ancien préfet Jean-Charles Marchiani. « La République du Congo n'a jamais conclu une quelconque transaction avec M. Marchiani », se défend Moungounga. Pourtant, selon le juge Van Ruymbeke, Marchiani « a gardé 2,3 millions » sur les 5 millions initiaux et a transféré la différence au fils de l'ancien maire de Brazzaville, M. Kolelas. Pourquoi ce transfert opaque ? « Il faut savoir qu'à cette époque, Bernard Kolelas contrôlait le sud de Brazzaville et Sassou le nord, décrypte le ministre de Lissouba. Nous étions en tenailles et ne voulions pas les voir s'unir contre nous, c'est ce qui a motivé la décision d'octroyer cette somme d'argent. »
Rien n'indique à ce stade de l'enquête pourquoi le préfet Marchiani, qui se défend « d'avoir fait quoi que ce soit d'illégal », a été choisi comme intermédiaire. Le juge Van Ruymbeke, comme l'a révélé « Libération », a d'ailleurs demandé au procureur un feu vert pour enquêter en direction de Marchiani.

Une signature indispensable
Le magistrat a également entendu début avril, comme témoin assisté, Jacques Isoard, directeur d'Elf Congo sous la présidence Jaffré. Détenteur de comptes secrets en Suisse, baptisés « Lord, New Pass ou Grepo », Isoard a été interrogé sur les transferts de fonds d'Elf sur des comptes du Congo « utilisés pour des achats d'armes ».
« Qui avait le pouvoir d'engager de telles dépenses ? lui a demandé le juge. - Vu le montant, la signature du président était indispensable », a répliqué Isoard. Même réponse au sujet des transferts Marchiani. Philippe Jaffré, le successeur de Le Floch, déjà entendu comme témoin dans ce dossier, devrait donc être amené à s'expliquer de nouveau dans le bureau du juge.
Laurent Valdiguié, Le Parisien, mardi 22 avril 2003, p. 13

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(22 avril 2003) Bidermann, l'apporteur d'affaires»
le proces elf en correctionnelle

Le Floch-Prigent a révélé le rôle d'intermédiaire de ce patron du textile.

Loïk Le Floch-Prigent a fait un nouvel aveu, hier, au tribunal correctionnel. Un petit aveu dans l'examen de l'affaire du pétrole de la mer du Nord, avec le rachat d'Oxy (filiale anglaise de l'américain Occidental Petroleum). «L'apporteur d'affaires, c'était Bidermann», a dit Le Floch-Prigent. Il ne l'avait jamais dit. Maurice Bidermann, le visage contracté, figé par la colère, porte la main à sa bouche. Ses doigts tremblent. L'ex-patron du groupe textile, déjà poursuivi pour des détournements à l'occasion du renflouement de son groupe par Elf-Gabon ou du divorce des Le Floch, doit admettre qu'il a reçu 2,7 millions de dollars d'Elf, dans un dossier pétrolier sur lequel il n'avait a priori aucune compétence.

Le président Michel Desplan a fait brancher un écran géant pour commenter les graphiques financiers des juges d'instruction. Les prévenus écoutent silencieusement. En 1991, Elf-Aquitaine s'est alliée au britannique Enterprise Oil pour racheter Oxy Petroleum, qui détenait d'«importants champs pétrolifères en mer du Nord». «Ceux-là mêmes où sont morts 167 personnes sur la plateforme Piper-Alpha, rappelle Michel Desplan, un drame dont on se souvient encore aujourd'hui.» Le Floch était bien placé pour négocier, il avait travaillé pour Occidental Petroleum, trois ans avant. Mais il a conclu l'achat pour 1,35 milliard de dollars, soit cent millions de dollars au-delà de l'évaluation maximale de ses services. Total n'offrait que 800 millions. «Je considère avoir fait la meilleure opération de ma carrière de président», soutient Le Floch. Si la revente s'est négociée pour 270 millions de dollars seulement, c'est que les actifs ont été «bradés» par son successeur.

Conversation.
Tout n'était pas si clair, pour l'ex-épouse de Le Floch. Lors d'un voyage en avion, Fatima Belaïd a «entendu certaines conversations». Son mari avait dit que, «s'il allait payer très cher pour Oxy, c'est qu'il avait un projet à côté, avec le patron de la société anglaise». «Jamais je n'ai eu cette conversation», dit Le Floch, secouant la tête, blasé. L'intermédiaire Nathan Meyohas, artisan des négociations, était dans l'avion. Il dément aussi. Mais le tribunal s'intéresse plus aux petits arrangements entre amis auxquels a donné lieu l'affaire Oxy. Sitôt l'affaire conclue, quinze millions de dollars sont envoyés, sur instructions d'André Tarallo, alors patron des hydrocarbures, sur le compte d'une société «Meca». Ouvrant la porte à un partage singulier. Bidermann en recevra 2,7 millions, Alfred Sirven 2 millions, et l'intermédiaire officiel, Nathan Meyohas, 5,5 millions. C'est Me Claude Richard, alors avocat de Maurice Bidermann, qui s'est occupé des premières opérations de «Meca». Sur le banc des prévenus, Bidermann vacille déjà. Il a découvert «Meca» par «la presse», et c'est son avocat qui a tout manigancé. «Je tombe des nues, dit-il. Je dénie que j'étais le porteur de valises. Je n'ai jamais mis les pieds en Suisse, heu, enfin, dans cette période.» Mais le président demande son avis à Tarallo : «Qui a fixé le montant de quinze millions de dollars ?» «A mon avis, répond Tarallo, le montant avait été fixé après une conversation de M Le Floch avec MM. Bidermann et Meyohas.» L'ex-avocat de Bidermann, Claude Richard, se rappelle de discussions entre Meyohas et Bidermann au sujet de l'argent : «L'accord entre eux était de deux tiers, un tiers.» «M. Bidermann s'est occupé de beaucoup d'autre chose que de textile, raconte-t-il, il s'est occupé d'immobilier, d'art. Il se comportait réguliè rement comme un intermé diaire».

Prix du travail.
Bidermann, furieux, s'embrouille, accuse son ex-avocat. «Je devais toucher 2,7 millions de dollars. J'avais la clé d'un problème très grave pour Elf», dit-il. La clé, c'était son ami Meyohas et ses relations avec les Anglais. «J'ai eu l'idée de contacter Meyohas», souffle-t-il. Le Floch-Prigent ignore les démentis de son coprévenu. «C'est moi qui ai fixé l'ordre de grandeur. J'ai dit à M. Bidermann : vous avez bien noté que c'est 15 millions de dollars.» C'était le prix du travail «d'une banque d'affaires», explique-t-il. Une enseigne que n'avait pas encore Bidermann.
Libération, Par Karl LASKE, jeudi 24 avril 2003, p. 18

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« Le Floch ne faisait rien sans l'accord de l'Elysée »

ANCIEN garde du corps de Loïk Le Floch-Prigent, Didier Sicot a été entendu huit fois par Eva Joly au cours de l'instruction. Depuis le début du procès, il suit avec attention les débats, par médias interposés.

Avez-vous assisté à des remises d'argent à des politiques ?
Didier Sicot. Non. Mais ils en parlaient souvent. Je sais qu'il y a eu de gros cadeaux, comme des appartements par exemple, dont la justice n'a jamais eu connaissance. Sirven disait parfois « la gauche me coûte plus cher que la droite », mais je ne l'ai jamais vu remettre des fonds. Je suis sûr d'une chose en revanche, c'est que Le Floch ne faisait rien sans l'accord de l'Elysée. Il s'y rendait très souvent. A ma connaissance, Sirven n'y allait pas. A la fin, ils allaient tous les deux au Quai d'Orsay.

Que vous inspirent les déclarations des uns et des autres au procès Elf ?
C'est sûr, tout le monde ment un peu, mais c'est normal, il faut bien se défendre. Fatima Belaïd - l'ex-femme de Le Floch - ne dit pas la vérité par exemple quand elle dit qu'elle ne touchait pas d'espèces. Je sais de quoi je parle : chaque mois, le chauffeur de Maurice Bidermann lui amenait une enveloppe et j'étais chargé de recompter les billets. En revanche, elle dit juste quand elle dit que son divorce a été décidé à l'Elysée. Ça, c'est vrai. Le Floch a bien reçu l'ordre de se séparer de sa femme qui, aux yeux de certains, devenait trop gênante. Même Alfred m'avait dit : « Didier, on aura des ennuis à cause d'elle. » Ça s'est fait en un week-end. André Guelfi a vu Fatima un soir au Ritz et lui a montré des documents de la police ou des renseignements généraux sur elle en lui disant qu'il valait mieux pour elle que cela ne sorte pas et qu'elle se tienne tranquille. Fatima, qui se méfiait d'eux, m'avait demandé un petit magnétophone. A l'époque, elle les a tous enregistrés ! Elle avait le micro dans le col de sa veste.

« A la fin, c'était Dallas »

Vous viviez avec eux 24 heures sur 24 sept jours sur sept. Y avait-il une « ambiance Dallas » chez les Le Floch ?
Au début, non. Lui était quelqu'un de simple qui achetait le moins cher quand il faisait les courses. Elle aussi, elle venait d'Avignon et c'était quelqu'un de modeste. Mais si vous mettez un gamin dans un magasin de jouets en lui disant sers-toi, il ressort avec deux Caddie pleins. Fatima est devenue « une présidente ». Une seule anecdote : pour les vacances à Long Island, aux Etats-Unis, la maison louée 250 000 francs les quinze jours ne lui plaisait pas, elle trouvait que les chambres avaient une petite odeur de moisi. Elle a repéré une autre maison à son goût mais qui n'était pas à louer. Elle n'a pas hésité à demander à l'agent immobilier d'aller « faire une proposition » aux occupants de la maison... Ils sont partis dans l'heure, avec leurs enfants ! C'était ça, Elf ! A la fin, c'était Dallas.
Propos recueillis par L.V., Le Parisien, lundi 28 avril 2003, p. 17

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Elf : le jackpot allemand

LE FLOCH va-t-il franchir la ligne blanche séparant les déclarations générales des explications concrètes ? Au procès Elf, l'ancien PDG aura cette semaine une des dernières occasions de détailler le fonctionnement de la caisse noire. Pendant trois jours, le tribunal quitte l'Afrique et atterrit en Europe pour décortiquer le cas de la raffinerie de Leuna en Allemagne. Au menu, le rôle bien mystérieux d'agents secrets, la corruption d'hommes politiques allemands et plus de 300 MF de commissions occultes sur des comptes off-shore avec, en toile de fond, l'Elysée de François Mitterrand et un ancien Premier ministre français.

L'histoire remonte à 1991, deux ans après la chute du mur de Berlin. Dans l'ex-Allemagne de l'Est, la raffinerie de Leuna et le réseau de stations-service Minol sont à vendre. Officiellement, Elf va réaliser une belle opération industrielle et la France de François Mitterrand une belle opération politique en apportant son soutien à l'effort de réunification d'Helmut Kohl. Mais en coulisses, de discrets réseaux vont s'agiter pour mettre de l'huile dans ces beaux rouages. « Une action de lobbying parallèle aux négociations officielles était destinée à lever des obstacles politiques et à obtenir les subventions, provenant à la fois de Bruxelles, de Bonn et des Länder, pour un montant global de 2 milliards de marks », écrit le juge Van Ruymbeke dans son ordonnance de renvoi.

Trois hommes entrent en piste. Un énarque-banquier, Hubert Le Blanc-Bellevaux, surnommé 007 chez Elf, va jouer les « coordinateurs ». Un ancien diplomate allemand, Dieter Holzer, « proche des dirigeants de la CDU, le parti d'Helmut Kohl », va être chargé de l'opération de lobbying en Allemagne. Un ancien colonel des services secrets français, Pierre Léthier, va servir de « répartiteur » des fonds occultes. Un quatrième homme, André Guelfi, alias Dédé la Sardine, va mettre à la disposition ses comptes bancaires qui serviront d'écran. Un cinquième homme, Alfred Sirven, débloquera l'argent.

Le contrat secret brûlé chez le notaire

Comme dans les films, Holzer, Le Blanc-Bellevaux et Léthier se retrouvent au début de l'opération chez un notaire au Liechtenstein. Ils signent un contrat de répartition que le notaire scelle aussitôt dans une enveloppe avec interdiction de l'ouvrir sans les trois signataires. Le rachat de Leuna effectué, les trois hommes se retrouveront chez le notaire qui, en leur présence, brûlera le contrat secret que la justice n'a donc jamais retrouvé. A défaut, les enquêteurs ont donc dû reconstituer les itinéraires des commissions versées par Elf. Dieter Holzer aura touché 160 MF. Il aurait remis une partie des fonds à M. Pfahls, ancien secrétaire d'Etat allemand à la Défense. « Disparu », « décédé » ou « en fuite », Pfahls est insaisissable.

Le maître espion Pierre Léthier a touché 96 MF et aurait fait quelques retraits en espèces à Paris. Guelfi a perçu 13 MF. Par ailleurs, Elf, via la filiale Elf International (EAI) dirigée par Sirven, a versé 500 000 marks à une ancienne secrétaire d'Etat allemande, Agnès Huerland Buening, et 1,4 million de marks à Hanz Friedrichs, ancien ministre de l'Economie d'outre-Rhin. « Beaucoup de zones d'ombre demeurent dans cette affaire », indique un enquêteur allemand, persuadé que des commissions ont alimenté les caisses du parti d'Helmut Kohl.

Rien pour les Français ? L'enquête judiciaire s'est aussi intéressée au contrat d'EAI avec Sissi. Cette société de conseil d'Edith Cresson a perçu 3 MF d'Elf pour le « suivi de l'évolution économique de l'Allemagne de l'Est ». « Les sociétés de Mme Cresson avaient une réputation d'efficacité », a assuré Sirven lors de l'instruction. Aucune charge n'a été retenue contre l'ancienne Premier ministre. L'opération de lobbying Leuna n'aura donc touché que l'Allemagne.
Laurent Valdiguié, Le Parisien, lundi 28 avril 2003, p. 17

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Le procès Elf en correctionnelle
Chirac sort du chapeau de Le Floch
Selon l'ex-PDG, un virement de Sirven à l'industriel Bidermann devait servir à sauver une usine en Corrèze. Idée suggérée par le maire de Paris.

Mercredi soir (30 avril 2003), Loïk Le Floch-Prigent a invité Jacques Chirac au procès Elf. En le désignant directement ­ sans toutefois prononcer son nom ­ dans l'un des dossiers actuellement examinés par le tribunal. L'ex-PDG explique qu'un virement de 12 millions de francs effectué par Alfred Sirven, en juin 1992, au profit de l'industriel Maurice Bidermann aurait en réalité, sur le conseil de Chirac, bénéficié à une usine corrézienne. L'audience vient de tourner au match de boxe entre Sirven et Le Floch. Sirven a porté les premiers coups. «Tous les virements ont été faits à la demande de M. Le Floch-Prigent, à la tour Elf, a-t-il dit. C'était un ordre permanent.» Le Floch bout, se lève: «Je trouve scan daleux qu'on essaie de s'abriter derrière moi.» Et donne l'exemple des 12 millions de francs.

«Conseil éclairé».
A l'audience du 15 avril, Bidermann et Sirven s'accordaient pour dire que cet argent avait pour seul mobile la prestation com pensatoire à verser à l'ex-femme de Le Floch, Fatima Belaïd. Le Floch regrette d'avoir validé cette version des faits. «Nous avons donné de l'argent à Maurice Bidermann pour qu'il sauve l'usine de Bort-les-Orgues [Corrèze], et ceci sur le conseil éclairé du député de la circonscription», dit-il. Le nom de l'actuel président de la République n'est pas prononcé. Mais, jusqu'en 1995, le député en question, c'est bien Jacques Chirac.

L'allusion au soutien apporté par Elf à une ancienne usine de Bidermann dans cette ville de Corrèze n'est pas nouvelle. Ce qui n'a jamais été dit devant les juges, c'est que des fonds détournés aient pu être utilisés à cette fin. Dans un ouvrage d'entretiens (1), Le Floch avait relaté l'opération. Alfred Sirven l'aurait organisée, à la suite d'une rencontre avec Chirac, à l'hôtel de ville de Paris, début 1992, en présence de Maurice Bidermann et de l'homme d'affaires François Pinault. «L'usine a été sauvée sur intervention directe et décisive du député de Corrèze Jacques Chirac», indiquait déjà Le Floch, évoquant alors un montant «d'environ 5 à 6 millions de francs».

Bidermann était alors l'un des «go-beetwen» entre le PDG d'Elf et le maire de Paris, organisant rencontres et déjeuners. Après les législatives de 1993, Le Floch s'était mis à espérer que Chirac empêcherait le gouvernement Balladur de lui prendre la présidence d'Elf.

«Est-ce qu'il y a eu en 1992-1993 un regain d'intérêt du ministère de l'Industrie à l'égard de vos entreprises ?», avait demandé la juge Eva Joly à Maurice Bidermann, lors de l'instruction en juillet 1996. «Oui. En raison des élections et du fait que j'ai des usines dans la circonscription de Jacques Chirac, à Bort-les-Orgues et à 30 km», avait-il répondu. Sans allusion aux 12 millions de francs.

Appartement.
Puis, le 15 avril, devant le tribunal, Bidermann a assuré que cette somme était destinée à Fatima Belaïd. Si Fatima a effectivement obtenu de Bidermann un appartement à Londres ­ valeur: 500 000 euros ­, ce n'est qu'en 1996 qu'elle reçoit la prestation compensatoire promise, soit 19 millions de francs, en échange des titres de l'appartement. Les 12 premiers millions auraient été versés en liquide, selon Bidermann, en mensualités de 100 000 francs.

«Je n'ai pas reçu cet argent», riposte Fatima. L'ex-avocat de Bidermann, Me Claude Richard, a été aussi catégorique : «Je n'ai pas entendu parler à l'époque de montants substantiels en dehors de l'appartement de Londres. Je suis absolument sûr que c'est une blague qu'on vous raconte, cette histoire des 12 millions de francs, a-t-il dit au tribunal. Je parle du motif qui vous est donné.» Pour ne rien arranger, Bidermann a affirmé avoir transmis cet argent liquide via son ancien ami l'industriel Jeffrey Steiner. Ce dernier s'était in digné : Bidermann «raconte n'importe quoi». Le Floch-Prigent est donc le quatrième prévenu de l'affaire Elf à soulever les incohérences de l'affaire des 12 millions. Et le premier à mettre en cause le chef de l'Etat.
(1) Affaire Elf affaire d'Etat, entretiens avec Eric Decouty (Le Cherche-Midi).
Libération, Par Karl LASKE, vendredi 02 mai 2003, p. 16

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(30 avril 2003) Procès Elf: Jaffré suggère à Le Floch de "demander pardon"

PARIS (Reuters) - L'ancien PDG d'Elf Philippe Jaffré, entendu comme témoin mercredi au tribunal de Paris, a accusé son prédécesseur Loïk Le Floch-Prigent d'avoir "volé et déshonoré" la compagnie pétrolière et lui a suggéré de demander pardon.

"Cette entreprise est une victime. Elle a subi un détournement de fonds commis en bande organisée" (...) On a voulu la déshonorer et la présenter comme une entreprise mafieuse et vouée de toute éternité à ces comportements", a dit Philippe Jaffré, qui a dirigé Elf de 1993 à 1999.

"Cette entreprise attend un mot, un seul mot de sa part : pardon", a-t-il ajouté.

Sa déclaration a provoqué un éclat de rire sur les bancs des proches de Loïk le Floch-Prigent. Ce dernier, président de 1989 à 1993 et aujourd'hui en prison, n'a pas réagi.

Le président du tribunal Michel Desplan a rappelé à Philippe Jaffré qu'il ne dirigeait plus Elf.

Au 20eme jour du procès, Philippe Jaffré, qui avait accéléré l'enquête judiciaire en déposant plainte pour Elf en 1994, a accablé Loïk le Floch-Prigent.

Sa gestion l'aurait selon lui conduit à passer 50 milliards de francs de provision en trois ans dans les comptes.

Il s'est aussi montré très dur contre un autre prévenu, l'ex-"M. Afrique" d'Elf jusqu'en 1997, André Tarallo : "je ne peux que regretter qu'au soir de sa vie professionnelle, il se soit un peu laissé aller. M. Tarallo avait besoin d'un président strict".

Enfin Philippe Jaffré a souhaité démentir "catégoriquement" la déclaration de Loïk le Floch-Prigent au début du procès, selon laquelle Elf avait essentiellement financé le parti gaulliste jusqu'en 1989 et élargi ensuite ses financements à la gauche.

Il a affirmé qu'Elf, en dehors de la présidence de Loïk le Floch-Prigent, n'avait financé aucun parti à l'exception de quelques dons occasionnels.

"Je m'inscris en faux contre ces affirmations. J'ai interrogé mes prédécesseurs (...) Ils m'ont dit qu'il n'y avait pas eu de financement politique, ni directement, ni indirectement, à l'exception de quelques dons occasionnels pour les campagnes électorales, qui ont bénéficié équitablement à la droite et à la gauche", a-t-il dit.
lemonde.fr, 30 avril 20:52:55

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(8 mai 2003) Procès Elf : des révélations de plus en plus scandaleuses
Le procès Elf est celui de tous les excès. Ampleur des sommes détournées, incroyables dépenses personnelles, arrogance des prévenus, sur fond de pillages africains et de caisse noire bien française. Autant de révélations qui choquent les Français.

LE PROCES ELF, après huit semaines de déballage, navigue entre vertige et nausée. Et le public qui assiste aux débats en ressort souvent interloqué. Le premier bilan se résume en un mot : écoeurement. Pour au moins six raisons.

1- L'ampleur des sommes détournées
On connaît le chiffre global des fonds occultes qui transitent sur les comptes Sirven, 1,2 milliard de francs. Mais chaque audience est l'occasion de mieux comprendre comment ce grand fleuve est alimenté de mille ruisseaux : 256 millions de francs en marge d'opérations allemandes ; 80 millionsde francs en Espagne ; 120 millions de francs hier pour une opération au Venezuela.