03 juillet 2008 : JCT résiste toujours aux spéculateurs ultra-libéraux
23 janvier 2008 : Subprimes, crise boursière mondiale : Résistance aux pressions
15 septembre 2007 : Nicolas Sarkozy rejeté
30 novembre 2005 : Critiqué par Henri Emmanuelli, ancien directeur adjoint de la banque Rothschild
21 juin 2004 : I'am not a frenchman
06 novembre 2003 : Trichet ne triche pas
18 octobre 2003 : Nomination à la direction de la BCE
L'affaire du Lyonnais depuis 1993
19 juin 2003 : Le procureur ne faisant pas appel le président Jacques Chirac confirme la candidature de M. Trichet à la direction de la Banque centrale européenne. Les responsables européens opinent, la BCE sera dirigée par un vrai spécialiste d'Etat des affaires financières.
18 juin 2003 : Jean-Claude n'a pas officiellement triché
12 février 2003 : Peine de prison demandée
27 janvier 2003 : C'est la faute à Bérégovoy
18 décembre 2002 : Eléments nouveaux
4 décembre 2002 : l'expertise qui perturbe le plan de carrière
17 juillet 2002 : Le Figaro : L'affaire du Crédit lyonnais rattrape Jean-Claude Trichet
16 juillet 2002 : Renvoi en correctionnelle
31 mai 2002 : Non-lieu requis
Idem, Le Monde
31 janvier 2002 : Jean-Claude Trichet devant la justice
La Cour de cassation a validé, jeudi 31 janvier (2002), l'enquête judiciaire sur les comptes du Crédit lyonnais au début des années 1990, qui vise notamment l'actuel gouverneur de la Banque de France, Jean-Claude Trichet.
Le gouverneur de la Banque de France, Jean-Claude Trichet, mis en examen dans l'enquête sur la quasi-faillite du Crédit lyonnais au début des années 1990, devrait être bientôt fixé sur son avenir judiciaire après la validation, jeudi 31 janvier, du dossier par la cour de cassation.
L'issue de cette affaire, dans laquelle une dizaine de personnes sont poursuivies, prend un relief particulier pour M. Trichet, qui est le candidat de la France pour succéder à Wim Duisenberg à la tête de la Banque centrale européenne (BCE). Le débat sur cette succession, objet de tiraillements récurrents depuis la désignation du Néerlandais il y a quatre ans, a refait surface il y a quelques jours lorsque la BCE a ouvertement posé la question du remplacement de son vice-président, le Français Christian Noyer, appelé à partir le 31 mai.
La chambre criminelle de la Cour de cassation a rejeté, jeudi, les pourvois formés notamment par Jean-Yves Haberer, ancien président de la banque publique aujourd'hui privatisée, mis en examen dans ce dossier. Ouvert depuis plus de cinq ans, le dossier est actuellement entre les mains du parquet, qui devrait prendre ses réquisitions "dans les semaines qui viennent", a-t-on appris de source judiciaire. Il reviendra ensuite au juge d'instruction Philippe Courroye, qui a hérité du dossier après le départ de Jean-Pierre Zanoto, de se prononcer, en suivant ou non les réquisitions du parquet, sur l'issue de cette affaire pour chacun des mis en examen : renvoi devant le tribunal correctionnel ou non-lieu.
Le juge Courroye, par ailleurs en charge de l'affaire de trafic d'armes présumé vers l'Angola, avait rejoint le juge Zanoto sur ce dossier complexe et technique peu après son arrivée au pôle financier du Palais de justice de Paris. Les magistrats avaient mis fin en septembre 2000 à leurs investigations concernant la "période Haberer", portant sur les exercices 1991 et 1992 et le premier semestre 1993, mais différents recours sur la validité de la procédure ont retardé le règlement du dossier.
Très discret sur cette affaire, M. Trichet, qui avait lui-même annoncé sa mise en examen en avril 2000, avait souligné à cette occasion qu'il avait "une totale confiance" dans la justice de son pays. Outre M. Trichet, directeur du Trésor à l'époque des faits, Jacques de Larosière, gouverneur de la Banque de France de 1987 à 1993, et Jean-Pascal Beaufret, ancien chef de service à la direction du Trésor, ont également été mis en examen dans ce dossier. Ils sont soupçonnés d'avoir approuvé des comptes inexacts pour dissimuler ou minimiser les importantes pertes financières du Lyonnais. Tous trois ont souligné devant les juges qu'aucun élément en leur possession ne leur permettait de dire que ces comptes étaient faux, et que, de plus, ils n'avaient aucun intérêt à masquer la situation financière de la banque.
Parallèlement, la commission d'instruction de la Cour de justice de la République (CJR) poursuit ses investigations sur l'éventuelle responsabilité de Michel Sapin, ministre des finances au début des années 1990, et actuel ministre de la fonction publique. M. Sapin a été entendu, début juillet, comme témoin assisté par la commission d'instruction de la CJR.
Avec AFP, LEMONDE.FR | 31.01.02 | 18h00
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Non-lieu requis pour le gouverneur de la Banque de France.
Jean-Claude Trichet n'est pas un soldat perdu. Gouverneur de la Banque de France, successeur désigné du président de la Banque centrale européenne (BCE), et à ce titre porteur principal de la pré sence française au coeur des institutions européennes, il vient de bénéficier de la mansuétude du parquet de Paris, qui a requis vendredi un non-lieu en sa faveur dans le dossier des faux bilans du Crédit Lyonnais. Trichet n'est pourtant pas sorti d'affaires : le mot de la fin reviendra au juge d'instruction Philippe Courroye, qui seul peut décider de le renvoyer en correctionnelle. Sa mise en examen pour complicité de diffusion d'informations fausses ou trompeuses menace toujours son destin franco-européen.
«Pressions».
C'est peu dire que le parquet a eu du mal à prendre sa décision. Plusieurs substituts, rédacteurs potentiels du réquisitoire de non-lieu, se sont défilés les uns après les autres, refusant de céder aux «pressions» évoquées par un magistrat. L'un d'entre eux s'est finalement dévoué pour apposer sa signature. Comme pour couper court à cette tempête au sein du pôle financier, le procureur de la République, Jean-Pierre Dintilhac, a publié vendredi un communiqué officiel, histoire d'afficher une unité de façade.
Trichet est mis en cause en tant qu'ancien directeur du Trésor (jusqu'en 1993), tutelle des entreprises publiques. Il est soupçonné d'avoir laissé faire Jean-Yves Haberer, président déchu du Crédit Lyonnais (de 1988 à 1993). Si la folie des grandeurs n'est pas un délit, le camouflage des pertes avant révélation de la catastrophe en est un. En 1991, le Lyonnais avait affiché un bénéfice de 3,2 milliards de francs (490 millions d'euros), avant de se résoudre à avouer une perte de 1,8 milliard de francs (275 millions d'euros) en 1992. Compte tenu de l'ampleur du trou final (une cinquantaine de milliards), les enquêteurs considèrent qu'il s'agit de faux bilans.
Pingrerie.
Le Trésor, représentant de l'Etat-actionnaire, a longtemps hésité avant de chercher querelle à Haberer, un ancien de la maison. De plus, sa pingrerie proverbiale fait qu'il n'aime guère devoir renflouer des entreprises publiques. D'où la tentation de glisser la poussière sous le tapis. Trichet, s'il s'en sort indemne, devra une fière chandelle à Jean-Pascal Beaufret, son sous-directeur, qui a sauvé l'honneur du Trésor. A la différence d'autres caïds de Bercy qui n'osaient l'ouvrir face à Haberer, Beaufret s'est lâché, notifiant en plein conseil d'administration qu'il ne pouvait s'associer à l'optimisme ambiant. Son non-lieu, également requis par le parquet, impliquerait celui de Trichet. Paradoxalement, c'est le réveil du Trésor, traces écrites à l'appui, qui a permis de matérialiser son implication dans l'établissement des comptes.
L'autre tutelle du Lyonnais, la Banque de France (en charge des banques en général) s'en sort moins bien. Le parquet requiert le renvoi en correctionnelle de son ancien gouverneur (jusqu'en 1993), Jacques de Larosière, autre ténor de la haute administration. L'ancien directeur général du Lyonnais, François Gille, également pour suivi, avait insisté sur le fait que la Banque centrale lui avait interdit d'afficher des pertes trop lourdes, qui risquaient de ruiner la crédibilité financière de la France. Il a manifestement été entendu. En revanche, le parquet entend exonérer les commissaires aux comptes du Lyonnais, parmi les plus réputés de la place, qui eux aussi avaient entériné les comptes.
Inespérée.
Vendredi, l'entourage d'Haberer hésitait entre deux sentiments. L'ex-président a beaucoup oeuvré pour mouiller les pouvoirs publics, insistant sur le fait que l'expansionnisme du Lyonnais, puis la pudeur sur ses pertes, étaient d'intérêt national. Il pourrait trouver saumâtre l'idée de se retrouver seul en correctionnelle. A moins que ce ne soit une occasion inespérée : «Je ne vois pas, explique un proche, comment on pourrait condamner les uns sans les autres.».
Libération,
Par Renaud LECADRE,
samedi 01 juin 2002,
1er et 2 juin 2002, p. 22
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Crédit lyonnais : le parquet requiert un non-lieu pour M. Trichet
Le parquet de Paris a transmis, vendredi 31 mai, ses réquisitions définitives au juge d'instruction Philippe Courroye chargé du dossier, dans l'affaire des faux comptes du Crédit lyonnais pour les années 1991 et 1992. Le ministère public a remis au magistrat les termes de son analyse sur la responsabilité des anciens dirigeants de la banque publique et des autorités financières et monétaires dans l'éventuelle falsification du bilan du Crédit lyonnais. Le procureur de la République de Paris requiert le renvoi devant le tribunal correctionnel de l'ensemble des dirigeants de la banque à l'époque des faits, Jean-Yves Haberer, ancien président, et les deux directeurs généraux successifs, François Gille et Bernard Thiolon, pour "diffusion d'informations fausses ou trompeuses de nature à agir sur les cours". Le parquet suggère également le renvoi de Jacques de Larosière, pour complicité du même délit, pour la seule année 1992, en qualité de gouverneur de la Banque de France et président de la commission bancaire.
En revanche, le procureur requiert l'abandon des poursuites à l'encontre des représentants de la direction du Trésor mis en examen dans cette affaire. Le parquet estime qu'un non-lieu devrait être délivré en faveur de l'ancien directeur de ce service phare du ministère de l'économie et des finances, Jean-Claude Trichet, actuel gouverneur de la Banque de France, et de son adjoint de l'époque, Jean-Pascal Beaufret, qui fut sous-gouverneur du Crédit foncier de France, puis directeur général des impôts avant de rejoindre Alcatel.
Une mesure identique est requise à l'encontre des trois commissaires aux comptes ayant validé les comptes 1992 du Lyonnais. Le parquet estime que leur connaissance du caractère inexact des comptes et leur implication dans la falsification du bilan n'ont pas été démontrées. La décision finale est, désormais, entre les seules mains de M. Courroye, souverain pour décider du renvoi devant le tribunal des personnes mises en cause, même contre l'avis du parquet.
L'enquête a débuté le 2 décembre 1996, après le dépôt par le ministre des finances de l'époque, Jean Arthuis, d'une plainte pour présentation de faux bilans. La justice orientait alors ses recherches, non plus vers les seuls auteurs des malversations découvertes parmi les multiples entrelacs du scandale du Crédit lyonnais, mais aussi vers les responsables de la banque, et les responsables de l'Etat, au ministère des finances, à la Banque de France et à l'échelon politique. Des soupçons planaient sur la volonté de ces acteurs de haut rang d'avoir voulu cacher la réalité des pertes enregistrées par le Crédit lyonnais. Masquer les difficultés de la banque, pilier du système bancaire français et européen, en en maquillant les comptes, n'était-il pas le moyen de mettre la place bancaire à l'abri d'un "risque systémique" que les pertes du Crédit lyonnais - estimées alors à près de 3 milliards de francs - laissaient présager ? Au terme de l'exercice 1992, la banque avait finalement annoncé une perte de 1,8 milliard de francs.
Le parquet s'appuie dans ses réquisitions sur les éléments révélés notamment lors d'une confrontation réunissant, le 26 juillet 2000, MM. Haberer, de Larosière et Trichet. L'ancien président du Crédit lyonnais avait déclaré, ce jour-là, qu'il avait eu au mois de mars 1993 un appel téléphonique du gouverneur de la Banque de France, M. de Larosière, qui lui aurait signifié l'existence "d'instructions" relatives à l'arrêté des comptes 1992. M. Haberer avait ajouté que MM. Trichet et de Larosière s'étaient entendus pour aligner le "ratio cooke" de la banque - rapport entre les investissements et le niveau des fonds propres - sur les normes européennes mises en place au 1er janvier 1993. "J'ai été appelé par Jacques de Larosière, a expliqué M. Haberer. Il m'a indiqué que les fiches [sur l'état des comptes 1992 de la banque] que j'avais remises avaient été examinées et qu'il y avait encore des ajustements possibles. Il m'a dit, en répondant à une question, qu'il n'était pas nécessaire que je prenne contact avec le directeur du Trésor car, par un contact entre eux, celui-ci était au courant. Il m'a demandé d'envoyer François Gille [directeur général du Crédit lyonnais] chez Jean-Louis Butsch [secrétaire général de la commission bancaire], qui avait des instructions."
Le parquet fait état dans sa démonstration de courriers échangés entre M. Butsch (décédé depuis) et les dirigeants du Crédit lyonnais, dans lesquels il fait état de propositions destinées à réduire les pertes de la banque. Parmi ces conseils figure l'estimation des pertes sur les investissements réalisés dans des pays étrangers en difficulté. Les "risques pays" auraient, ainsi, été sous-évalués dans le bilan de près de 50 %. Mais le procureur retient surtout que plusieurs centaines de millions de francs de provisions auraient été "reportées" illégalement, notamment dans la production cinématographique - le Crédit lyonnais ayant alors englouti plusieurs milliards de francs dans la reprise de la société américaine Metro Goldwyn Mayer (MGM). Des engagements immobiliers - dont ceux du groupe Pelège - menaçaient aussi de grever les résultats.
Au cours de l'instruction, M. de Larosière avait qualifié les propos de l'ancien président du Crédit lyonnais d'"affabulations" et contestait l'existence d'"instructions". L'intéressé évoquait de simples échanges d'informations sur le travail de la commission bancaire, qui à cette époque auditait les comptes du Crédit lyonnais.
Le procureur n'a en revanche pas retenu les soupçons apparus lors de la découverte de notes internes du Trésor adressées par M. Trichet au ministre des finances de l'époque, Michel Sapin, laissant entendre que l'état des comptes du Crédit lyonnais "pouvait susciter des interrogations sur la solidité du premier établissement européen". M. Trichet y précisait que l'annonce d'une perte plus importante aurait placé la banque en porte à faux vis-à-vis des normes européennes. M. Trichet, ainsi que son adjoint, M. Beaufret, s'est toujours défendu d'être intervenu sur l'arrêté des comptes 1992. Devant le juge, ils ont tous deux insisté sur le fait qu'ils étaient, au contraire, les seuls à avoir "tiré la sonnette d'alarme" et tenté, dès septembre 1992, d'alerter le ministre de l'économie, Michel Sapin, sur les dérives de la banque publique.
Jacques Follorou, LE MONDE | 01.06.02 | 11h42, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 02.06.02, p. 12
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Jean-Claude Trichet renvoyé devant un tribunal
Contrairement aux réquisitions du parquet, le juge Courroye qui enquête sur la falsification des comptes de la banque dans les années quatre-vingt-dix a décidé de renvoyer en correctionnelle Jean-Claude Trichet, gouverneur de la Banque de France.
Directeur du Trésor à l'époque des faits , Jean-Claude Trichet , aujourd'hui gouverneur de la Banque de France, pourrait être jugé dans l'affaire du Crédit lyonnais.
PRÈS DE DIX ANS après les faits, le scandale du Crédit lyonnais franchit une nouvelle étape judiciaire. Jean-Claude Trichet, ancien directeur du Trésor, mais aussi Jean-Louis Haberer, ancien PDG de la banque, et Jacques de Larosière, ancien gouverneur de la Banque de France, sont renvoyés devant un tribunal correctionnel pour complicité de présentation de comptes inexacts et diffusion d'informations fausses ou trompeuses. Ils devront s'expliquer sur la sincérité des comptes du Crédit lyonnais en 1992 (1,8 milliard de francs de pertes), juste avant que le trou abyssal de la banque ne soit connu (6,8 milliards de francs de pertes en 1993 et une facture totale de plus de 100 milliards).
Depuis hier (15 juillet 2002), le procureur de la République adjoint de Paris, François Foulon, a sur son bureau l'ordonnance de renvoi qui indique qu'outre Trichet, Haberer et Larosière, six autres personnes, anciens du Lyonnais, du Trésor mais aussi commissaires aux comptes de la banque, devront s'expliquer devant un tribunal. Ne tenant pas compte des réquisitions du parquet qui demandait, le 31 mai dernier, un non-lieu pour Jean-Claude Trichet, le juge d'instruction Philippe Courroye a décidé que tous les protagonistes de cette affaire, sans exception, devaient répondre de leurs actes.
Au mauvais moment
A ce stade, le parquet de Paris n'a plus que deux solutions, entériner la décision du juge telle quelle et transmettre le dossier pour qu'une date de procès soit fixée. Ou alors, faire un recours contre l'ordonnance du magistrat devant la cour d'appel. Un geste qui ne manquerait pas d'être interprété comme une volonté claire du pouvoir politique de voler au secours de Jean-Claude Trichet. En effet, pour l'actuel gouverneur de la Banque de France, qui brigue la tête de la Banque centrale européenne (BCE), ce renvoi en correctionnelle tombe au plus mauvais moment. Il doit, normalement, succéder à l'actuel numéro un de la BCE, Nim Duisenberg, l'été prochain. Mais tous les opposants à sa candidature et... les prétendants au fauteuil ne manqueront pas de souligner que ce nouvel épisode judiciaire est un sérieux obstacle.
Si le juge Philippe Courroye a choisi de renvoyer devant un tribunal Jean Claude Trichet et donc ne pas suivre l'avis du parquet, c'est en raison, semble-t-il, d'éléments qui prouvent qu'il était au courant de la situation financière précaire du Crédit lyonnais. A cette époque, l'Etat est actionnaire à 54 % de la banque.
C'est justement le Trésor, un service du ministère des Finances, dirigé par Jean-Claude Trichet, qui gère le dossier Crédit lyonnais. Or, le 10 mars 1993, il reçoit une note de ses services l'informant que : « Le Crédit lyonnais se retrouve dans la situation d'avoir à choisir entre trois solutions faisant apparaître des pertes de plus ou moins grande ampleur en 1992. »
Note au ministre
Finalement, il est choisi de retenir un résultat qui fait état de 1,8 milliard de francs (270 millions d'euros). Seul problème, ce bilan, déjà peu séduisant, n'intègre pas complètement une provision de 20 milliards de francs (3 milliards de francs) que devrait normalement faire la banque pour acter ses véritables pertes. En clair : le résultat du Crédit lyonnais n'est déjà pas brillant mais il pourrait être encore plus grave si l'on chargeait complètement la barque.
Mais une opération vérité, basée sur la transparence totale des comptes, compromettrait l'image du Crédit lyonnais. C'est en substance ce qu'écrit Jean-Claude Trichet, le 23 mars 1993, dans une note au ministre de l'Economie de l'époque, Michel Sapin : « L'affichage d'une perte supérieure aurait conduit à ne pas respecter le ratio de solvabilité minimum de 8 % et à susciter des interrogations sur la solidité financière du premier établissement européen. » Bref, il n'était pas question à l'époque de semer la panique sur les Bourses européennes. Mais fallait-il le faire au détriment de la sincérité des comptes ?
Hasard du calendrier, Jean-Claude Trichet pourra évoquer aujourd'hui cette délicate question avec le président de l'Assemblée nationale, à qui il remet le rapport annuel de la Banque de France. Or, Jean-Louis Debré, avant d'être parlementaire, était... juge d'instruction.
François Julien, Le Parisien, mardi 16 juillet 2002, p. 13
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17 juillet 2002 : Le Figaro : L'affaire du Crédit lyonnais rattrape Jean-Claude Trichet
Les chances d'accéder à la présidence de la Banque centrale européenne (BCE) en 2003 s'amenuisent pour Jean-Claude Trichet. Le gouverneur de la banque de France vient en effet d'être renvoyé devant le tribunal correctionnel dans l'affaire de l'éventuelle falsification des comptes de 1992 du Crédit lyonnais. S'opposant à la recommandation du parquet de Paris qui avait requis un non-lieu le 31 mai dernier, le juge Philippe Courroye a refusé d'abandonner les poursuites engagées en avril 2000 pour «complicité de diffusion de fausses informations au marché et de publication de comptes sociaux inexacts».
Directeur du Trésor de 1987 à 1993, Jean-Claude Trichet est soupçonné d'avoir cautionné la minoration des pertes du Crédit lyonnais, alors établissement public placé sous la tutelle de l'État. Les comptes publiés pour l'exercice 1992 affichaient un trou de 1,8 milliard de francs (270 millions d'euros). Ce montant, bien inférieur aux montants révélés par la suite, avait été arrêté pour permettre au Lyonnais de respecter les ratios prudentiels.
L'ensemble des hauts fonctionnaires impliqués dans l'affaire devrait donc passer devant les tribunaux. Sans surprise, puisque le parquet n'avait pas requis de non-lieu pour eux. Ainsi, Jean-Pascal Beaufret, à l'époque chef du service des affaires monétaires et financières à la direction du Trésor et représentant de l'État au conseil d'administration du lyonnais, est lui aussi renvoyé devant la justice.
Le juge Courroye a également ordonné le renvoi en correctionnelle de Jean-Yves Haberer, l'ancien président du Lyonnais, de Bernard Thiolon et de François Gille, anciens directeurs généraux, pour «diffusion d'informations fausses, trompeuses, de nature à agir sur les cours».
De même, aujourd'hui à la retraite mais gouverneur de la Banque de France à l'époque des faits, Jacques de Larosière se retrouvera face au tribunal.
Jean-Claude Trichet devrait comparaître début 2003. Le parquet pourrait faire appel de la décision du juge Courroye devant la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris. Mais il est peu probable qu'une telle décision soit prise, a indiqué hier François Foulon, procureur adjoint de Paris.
«D'ailleurs, en terme de calendrier, Jean-Claude Trichet n'a pas forcément intérêt à ce que le parquet fasse appel», explique un juriste. Sollicitée, la Cour d'appel ne se prononcerait probablement pas avant mars 2003 et elle statuerait sur l'existence ou non de charges suffisantes pour mettre en examen Jean-Claude Trichet, plutôt que sur sa culpabilité éventuelle. Le gouverneur de la Banque de France pourrait alors à nouveau être renvoyé en correctionnelle un an plus tard, soit en 2004.
En revanche, dans l'état actuel de la procédure, le gouverneur de la Banque de France risque de comparaître en février ou mars 2003. Si le tribunal statue rapidement, Jean-Claude Trichet pourrait sortir blanchi de la procédure quelques semaines avant le 9 juillet, date à laquelle Wim Duisenberg doit céder sa place à la tête de la BCE. Le délai est très mince. Et le siège sera-t-il encore vacant?
lefigaro.fr, Armelle Bohineust
[17 juillet 2002]
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L'expertise qui perturbe le plan de carrière de Trichet
Elle pourrait provoquer le report du procès du Crédit Lyonnais et compromettrait ainsi sa désignation à la tête de la BCE.
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Crédit Lyonnais : le procureur en rajoute sur Trichet
Charges supplémentaires, à trois semaines du procès.
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L'ombre de Bérégovoy au procès du Crédit lyonnais
«S'AGISSANT du Crédit lyonnais, il a manqué de lucidité. » Derrière ce « il », rarement cité par son nom, se cache l'ombre de Pierre Bérégovoy. A la barre du tribunal correctionnel, Jean-Claude Trichet, ancien directeur du Trésor, renvoit toute la responsabilité politique sur l'ancien ministre des Finances.------
La peine requise contre M. Trichet compromet son avenir à la BCE
Le vice-procureur Jean-Pierre Bernard a requis, mercredi 5 février, des peines allant de huit à dix-huit mois minimum d'emprisonnement avec sursis contre huit des prévenus renvoyés dans le procès des bilans truqués de la célèbre banque au lion. Les avocats plaideront jusqu'à mercredi. Le vice-procureur Jean-Pierre Bernard a requis, mercredi 5 février, des peines d'au moins huit à dix-huit mois d'emprisonnement avec sursis contre huit des neuf prévenus renvoyés dans le procès du Crédit lyonnais. Les peines les plus lourdes - au moins dix-huit, quinze et dix mois de prison avec sursis - ont été respectivement demandées contre les anciens dirigeants de la banque publique, le président Jean-Yves Haberer et ses deux directeurs généraux, François Gille et Bernard Thiolon. Contre les représentants des autorités de tutelle, Jean-Claude Trichet, ancien directeur du Trésor, et Jacques de Larosière, ancien gouverneur de la Banque de France, M. Bernard a requis au moins dix mois d'emprisonnement avec sursis, et au moins huit mois contre Jean-Pascal Beaufret, adjoint de M. Trichet au Trésor et administrateur du Crédit lyonnais. Il a également demandé au tribunal de condamner à dix mois d'emprisonnement avec sursis au moins, deux des trois commissaires aux comptes, Patrick Gounelle et Kevin Pilgrem. Le cas d'Albert Pavie, qui n'a pas assisté aux débats en raison de la gravité de son état de santé, devrait être disjoint. Après cinq semaines de débats, l'accusation n'a donc épargné personne, et surtout pas l'actuel gouverneur de la Banque de France, Jean-Claude Trichet, dont l'avenir est plus que jamais suspendu à la décision du tribunal. Une condamnation réduirait en effet à néant ses chances de succéder, en juillet 2003, à Wim Duisenberg à la présidence de la Banque centrale européenne. Pour M. Trichet, les étapes judiciaires se suivent et ne se ressemblent pas. En mai 2002, il avait vu s'éloigner la menace d'un procès lorsque le parquet avait requis un non-lieu à son encontre. Deux mois plus tard, le juge Philippe Courroye décidait de passer outre et renvoyait le gouverneur devant le tribunal des chefs de "complicité de présentation de comptes inexacts et de diffusion d'informations fausses ou trompeuses" pour l'année 1992. En décembre, le nouveau procureur de Paris, Yves Bot, décidait de joindre au dossier une expertise en provenance de la procédure d'instruction parallèle ouverte à l'encontre de Michel Sapin, ancien ministre de l'économie et des finances, devant la Cour de justice de la République, parce qu'elle était susceptible de contenir, selon lui, des "éléments nouveaux" à charge contre les prévenus. A l'ouverture du procès, lundi 6 janvier, M. Bot était venu défendre en personne cette initiative. En dépit de son affirmation selon laquelle cette démarche ne devait "en aucun cas être interprétée comme un préjugement", la procédure, exceptionnelle, avait alarmé les avocats de la défense. La sévérité du réquisitoire, mercredi, ne les a donc pas vraiment pris de court. "RATIO DE SOLVABILITÉ" Plus surprenant en a été le ton, sans envergure, et le fond, strictement rivé aux termes de l'ordonnance de renvoi du juge Courroye. A l'issue de quatre longues heures, entrecoupées d'une suspension d'audience suggérée par le président, Olivier Perrusset, inquiet des signes de dispersion qui se manifestaient dans la salle, M. Bernard a affirmé : "Les faits sont incontestables, les chiffres sont là, ils sont peu discutables, la dissimulation ne peut pas être non intentionnelle au vu de l'information qui a circulé." "Chaque partie avait son objectif", a-t-il souligné : pour le Crédit lyonnais, "des pertes minimales et des répartitions de dividendes pour des raisons politiques" ; pour le Trésor et la Commission bancaire, placée sous l'autorité du gouverneur de la Banque de France, "la nécessité d'être au-dessus du ratio de solvabilité pour une banque française publique mondialement connue". "Un gentleman's agreement" entre les dirigeants de la banque publique et ses autorités de tutelle a donc été "convenu pour l'arrêté des comptes, pourvu que le ratio soit tenu", a observé M. Bernard, ce qui justifie à ses yeux les poursuites pour "présentation de comptes inexacts" et "complicité". A l'égard des commissaires aux comptes, le réquisitoire a été tout aussi affirmatif. "Vous aviez votre paquet de risques sur les bras, vous ne saviez pas quoi en faire !", leur a lancé le représentant du parquet, en leur reprochant de s'être satisfaits de l'assurance, donnée par le directeur général, que ces comptes avaient été certifiés par la Commission bancaire. COLLABORATEURS ZÉLÉS La culpabilité des commissaires aux comptes sur la "non-révélation de faits délictueux" et sur la "certification d'informations mensongères" est donc avérée, selon le parquet. Circonstance aggravante, selon M. Bernard, "tous les prévenus sont réputés pour leur professionnalisme. Nous ne sommes pas devant des amateurs débutants. Les commissaires aux comptes sont reconnus sur la place de Paris. Quant aux dirigeants de la banque et aux autorités de tutelle, tous parlent le même langage, tous sont issus de l'administration française, tous sont passés par l'inspection des finances, par des cabinets ministériels. Trois anciens directeurs du Trésor sont ici, tous connaissent le système décisionnel de l'Etat". La charge était lourde. Elle n'a pas pour autant dissipé le sentiment d'inachevé laissé par cinq semaines d'audience, où la technicité des débats a souvent brouillé leur intelligibilité. Face à des prévenus qui maîtrisent mieux que personne l'art du sous-entendu et de l'esquive rhétorique - renvoyant du même coup leurs nombreux avocats à une posture au pire de figurants, au mieux de collaborateurs zélés -, on en était souvent réduit à glaner çà et là un mot miraculeusement échappé à leur contrôle ou une attitude révélatrice de cet univers très fermé de la banque et de l'appareil d'Etat. "PROVISION PRUDENTIELLE" A la marge est ainsi apparue la culture surannée de la Maison du boulevard des Italiens, incarnée jusqu'à la caricature par l'ancien directeur général, Bernard Thiolon ; cette "monarchie avec ses duchés" que Jean-Yves Haberer a bousculée avec son ambition démesurée et auquel le statut de banque publique conférait, selon les mots du vice-procureur, "un sentiment d'infaillibilité, d'immortalité". A la marge, encore, a été évoqué le rôle de Pierre Bérégovoy, ministre de l'économie et des finances, puis premier ministre pendant cette période tourmentée, et les relations de fascination qu'il entretenait avec MM. Haberer, Trichet, de Larosière. A la marge, enfin, ce débat posé au beau milieu de la salle d'audience par des personnalités aussi différentes que l'ancien premier ministre Raymond Barre et l'actuel président de la Fédération internationale des experts-comptables, René Ricol : quelle est la vérité des comptes ? qu'est-ce qu'un bilan, sinon une "convention" tacite entre des compromis plus ou moins acceptables ? Entre des prévenus bien à l'abri derrière leurs appellations de "provisions pédagogiques", "provisions pour risques avérés", "probables", "éventuels", ou encore derrière ce pléonasme magnifique de "provision prudentielle", et la justice arc-boutée sur ses définitions de manuels de comptabilité, la réponse s'est perdue.----------
Affaire du Lyonnais : dix ans de soubresauts
Le procès sur la falsification présumée, en 1992, des comptes du Crédit lyonnais s'est ouvert le 6 janvier (2003) devant le tribunal correctionnel de Paris, après dix années de soubresauts financiers et judiciaires. Mars 1993 : le Crédit lyonnais, contrôlé à 100 % par l'Etat, annonce une perte de 1,85 milliard de francs, la plus importante de son histoire, au titre de l'exercice 1992.-------
Trichet sort lavé des faux bilans du Lyonnais
Seuls l'ex-président de la banque et son numéro deux ont été condamnés à des peines de prison avec sursis.
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(19 juin 2003) Relaxé par la justice, Jean-Claude Trichet présidera la BCE
A peine connu le jugement du tribunal de Paris dans l'affaire du Crédit lyonnais, l'Elysée et plusieurs gouvernements européens ont réaffirmé leur soutien au gouverneur de la Banque de France. Il succédera à Wim Duisenberg à la présidence de la Banque centrale européenne
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(Novembre 2003) Trichet dégaine d'entrée
Pour sa première sortie, le nouveau président de la Banque centrale européenne a défendu le Pacte de stabilité... et menacé ceux qui voudraient s'en écarter.
Jean-Claude Trichet avait prévenu : «I'm not a frenchman» («Je ne suis pas un Français»). Jacques Chirac, qui s'est battu pour qu'il soit nommé à Francfort, ne s'attendait sans doute pas à ce que son protégé lui morde aussi rapidement la main.
Libération, Jean QUATREMER, vendredi 07 novembre 2003, p. 18
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(21 juin 2004) Les nouveaux habits européens de M. Trichet
« I'M NOT a Frenchman » (« Je ne suis pas [ici] en tant que Français »), s'était exclamé le futur président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, lors de son audition devant la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, en septembre. La formule s'adressait à quelques députés britanniques et allemands qui lui reprochaient d'appartenir à un pays enfreignant les règles de bonne conduite budgétaire européenne, le pacte de stabilité et de croissance.
A la tribune de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe à Strasbourg, le 21 juin, M. Trichet s'est attiré les critiques inverses, pour avoir utilisé la langue de Shakespeare dans la première partie de son discours sur « l'euro et la grande Europe ». La délégation française a alors quitté bruyamment l'Hémicycle, dans un mouvement jamais vu au sein de cette institution. M. Trichet leur a expliqué, sans les convaincre : « Dans ma propre organisation, la langue de travail est l'anglais. »
« VANITÉ PERSONNELLE »
L'ouverture manifestée par M. Trichet sur l'un des sujets les plus sensibles et symboliques de la construction européenne, la langue, n'est pas un lapsus. Il achève ainsi d'endosser son nouveau costume européen et de rassurer ceux qui le voyaient comme le lobbyiste de la France. L'ancien grand commis de l'Etat se mue en garant de la construction européenne au moment où elle passe par une zone de turbulences et de conflit entre les institutions.
A Paris, certains n'acceptent pas cette position : « Ce n'est pas la première fois que, par vanité personnelle, de hauts fonctionnaires français accréditent par leur comportement linguistique l'idée selon laquelle l'anglais doit devenir inéluctablement la seule langue véhiculaire des institutions européennes », a notamment protesté l'ancienne présidente du Parlement européen, Nicole Fontaine, dans un communiqué.
Comme elle paraît loin, maintenant, cette époque où le directeur du Trésor Jean-Claude Trichet qualifiait de « terrible catastrophe » la possible localisation de la BCE en Allemagne ou aux Pays-Bas, dans une note de 1991 rapportée par les journalistes Jean Quatremer et Thomas Klau dans leur livre Les Hommes qui ont fait l'euro (Plon). Le futur président de la BCE écrivait même, en marge d'une autre note datée du 9 mars 1992, qu'il « ne fallait pas faire l'Union économique et monétaire » si cela faisait de Francfort le « New York européen ». Fini, aussi, le rôle de gouverneur de la Banque de France, qui, dix ans durant jusqu'à son départ pour Francfort, a dû affronter les divers gouvernements français en combat solitaire sur la politique du franc fort et l'orthodoxie budgétaire.
Arrivé à Francfort en novembre, M. Trichet a été confronté, depuis, à une succession de coups de théâtre. Après la polémique sur le pacte de stabilité et de croissance en Europe, il est surpris par le premier échec du projet de Constitution européenne, mis à l'épreuve par la hausse de l'euro, gêné par la plainte de la Commission européenne contre la décision d'exonérer la France et l'Allemagne des amendes prévues aux contrevenants du pacte de stabilité. Il confie aussi, dans un entretien au Monde, à El Pais et à La Repubblica, en juin, être étonné de la faible participation des citoyens aux élections européennes dans les nouveaux pays membres d'Europe de l'Est.
De son bureau au sommet de l'Eurotower de Francfort, avec vue imprenable sur la ville et le massif du Taunus, sa chic et verdoyante campagne alentour, M. Trichet n'a pas seulement le sentiment, alors, d'être responsable de l'inflation et des taux d'intérêt. Mais aussi d'être un peu en charge de l'essentiel pour l'avenir du continent européen. Et il va de capitale en capitale plaider la cause européenne, avec un optimisme volontariste. Citations de Jean Monnet aux lèvres, comme à Paris devant l'Académie des sciences morales et politiques, en mai : « Ceux qui ne veulent rien entreprendre parce qu'ils ne sont pas assurés que les choses iront comme ils l'ont arrêté par avance se condamnent à l'immobilité. Personne ne peut encore dire aujourd'hui la forme qu'aura l'Europe où nous vivrons demain, car le changement qui naîtra du changement est imprévisible. »
Depuis son arrivée, les gouvernements européens lui ont fourni l'occasion de se poser en « recours » européen. En janvier, à Bruxelles, l'Eurogroupe, le collège des ministres des finances de la zone euro, adopte finalement mot pour mot une position énoncée pour la BCE par M. Trichet une semaine plus tôt à propos du lien euro-dollar : « Dans les circonstances actuelles, nous insistons particulièrement sur la stabilité et nous sommes préoccupés par les mouvements excessifs des taux de change. » Un texte qui deviendra la position européenne au sommet du G8 de Boca-Raton, en février, et qui permettra à M. Trichet de se féliciter de la stabilisation de l'euro comme un succès de la BCE.
Les dirigeants européens semblaient croire que leur coopération serait payée en retour par une bienveillance vis-à-vis de leurs demandes de baisses des taux d'intérêt. Le 24 janvier, sous la neige de Davos, où se tient comme chaque année le sommet des puissants de la planète, le ministre de l'économie français d'alors, Francis Mer, lâche, devant la presse, que l'éventualité d'une baisse des taux d'intérêt a fait l'objet d'une discussion une semaine plus tôt, lors de la réunion à huis clos de l'Eurogroupe à Bruxelles, entre la BCE, les ministres des finances et le commissaire européen Pedro Solbes : « Nous avons discuté de ce sujet », assure M. Mer.
« Les taux ne sont discutés que dans le cadre du Conseil des gouverneurs de la BCE, et nulle part ailleurs », a répondu M. Trichet par la voix d'un porte-parole de la BCE à Francfort. Un peu plus tôt, sous la houlette de M. Trichet, les banquiers centraux européens avaient déjà dénoncé dans un communiqué les « graves dangers » recelés par les entorses de la France et de l'Allemagne aux règles budgétaires du pacte de stabilité, à l'issue d'une réunion exceptionnelle du Conseil des gouverneurs par téléconférence. Cette procédure solennelle n'avait jamais été employée depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis.
MÉNAGER LES ORTHODOXES
Soucieux de son indépendance, M. Trichet doit aussi ménager les banquiers centraux considérés comme les plus orthodoxes au sein de la BCE, notamment l'ancien économiste de la Bundesbank Otmar Issing, responsable des études économiques, membre du directoire et du Conseil des gouverneurs. Dans les milieux politiques européens, où le manque de dialogue avec la BCE est fréquemment déploré, on accrédite l'idée selon laquelle M. Trichet n'aurait pas eu les coudées franches pour baisser les taux d'intérêt au cours du printemps. La conjoncture était pourtant favorable, alors que l'inflation décroissait, à un geste pour conforter l'économie.
Sur ce débat de fond, M. Trichet a toujours indiqué qu'il n'avait pas eu de divergence avec les autres banquiers centraux. Et M. Issing dément toute opposition de sa part, réduisant cette rumeur à de la « science-fiction ». Tant que les débats du Conseil des gouverneurs ne seront pas publiés - comme le réclame notamment le ministre de l'économie et des finances Nicolas Sarkozy -, le doute devrait persister. En maintenant le statu quo, M. Trichet donne l'impression, comme son prédécesseur Wim Duisenberg, qu'il n'arrive pas à mettre en mouvement une équipe de gouverneurs qui a érigé la stabilité en vertu cardinale.
Adrien de Tricornot, lemonde.fr, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 15.07.04
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Henri Emmanuelli rejette la volonté de la Banque centrale européenne (BCE) de remonter les taux d'intérêts. Il juge anormal que la BCE soit une institution indépendante.
Il veut modifier les objectifs de la BCE et ajouter comme priorité l'emploi. Sur l'amende record infligée aux trois opérateurs de téléphonie mobile, il juge que c'est le consommateur qui va payer et souhaite des sanctions pénales.
Europe 1, chronique de J.P. Elkabbach, 01 décembre 2005, 8.30
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Jean-Claude Trichet rejette les critiques de Nicolas Sarkozy sur la BCE
LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 15.09.07 | 15h45 • Mis à jour le 16.09.07 | 08h34
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Les Bourses européennes clôturent en baisse, Wall Street continue de chuter
LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 23.01.08 | 11h42 • Mis à jour le 24.01.08 | 03h53
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BCE, mon amour
Jean-Claude Trichet. Adresse affectueuse au président de la Banque centrale européenne, 65 ans. A l’heure où les élites françaises, auxquelles il appartient, le critiquent.
JEAN QUATREMER photo Armin Smailovic. ostkreuz Libération
QUOTIDIEN : jeudi 6 mars 2008
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Bio express (Libération 6 mars 2008, p. 32)
Jean-Claude Trichet en 8 dates
20 décembre 1942 : naissance à Lyon
1964 : diplômé de l'Ecole des Mines de Nancy
1971 : sorti de l'ENA
1986 : Directeur de cabinet d'Edouard Balladur
1987 : Directeur du Trésor
1993 : Gouverneur de la Banque de France
1er novembre 2003 : Président de la Banque Centrale Européenne (BCE)
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BCE. Trichet joue la modération Page imprimée depuis l'adresse: http://www.letelegramme.com/gratuit/generales/economie/inter/bce-trichet-joue-la-moderation-20080704-3391745_1384849.php Le Télégramme
En augmentant ses taux directeurs d’un quart de point, la Banque centrale européenne espère juguler les risques d'inflation, mais devrait en rester là pour un moment. La Banque centrale européenne (BCE) a relevé ses taux directeurs d’un quart de point, à 4,25%, son niveau le plus élevé depuis sept ans. L’autorité monétaire a justifié sa décision par sa volonté de lutter en priorité contre l’inflation.
Mais son président, Jean-Claude Trichet, a fait comprendre que l’institution n’est pas insensible aux risques de ralentissement de l’économie. La BCE surveille en particulier un agrégat M3 qui englobe les liquidités en circulation. Or, M3 enfle de plus de 10% par an. Un tel gonflement signifie que les agents économiques parient sur de futures hausses des prix. Conjuguée avec la hausse de l’énergie, cette anticipation pousse l’inflation à 4% sur un an. Casser les anticipationsPrécisément, le nouveau taux directeur est supérieur à celui de l’inflation. Comme les banques privées paient dorénavant un « loyer » moyen de 4,25% (*) afin d’obtenir l’argent qu’elles se prêtent entre elles, qu’elles prêtent aux entreprises et aux particuliers, la BCE espère les obliger à moins prêter, ce qui dégonflera la masse M3 de liquidités. Cela s’appelle « casser les anticipations ». Les banques se montreront, en effet, de plus en plus sourcilleuses dans l’attribution de prêts. Dans l’immobilier, qui est déjà en phase de retournement après dix ans de hausse, les effets de la décision de la BCE se manifesteront en 2009 par une baisse de l’activité qui affectera les entreprises du bâtiment. Celles-ci emploient beaucoup de main d’œuvre ; le niveau de l’emploi sera donc affecté. Les entreprises des autres secteurs auront de plus en plus de mal à emprunter pour investir, ce qui aura également des conséquences sur le tonus économique général, donc sur les salaires, donc sur la consommation, donc sur la croissance et l’emploi. Seule mission : la stabilité Contrairement à la FED américaine dont le statut précise qu’elle doit concilier la plus forte croissance possible avec une inflation aussi basse que possible, la BCE a reçu pour unique mission la stabilité des prix à moyen terme, ce dont les politiciens qui la vilipendent ne semblent pas se souvenir. Dans ce contexte, Jean-Claude Trichet apparaît beaucoup plus pragmatique qu’on ne le décrit. Depuis septembre, l’inflation a largement dépassé le seuil d’alerte de 2% que la BCE s’est fixée ; elle n’a pas ajusté ses taux (alors qu’elle aurait dû « mécaniquement » le faire) afin de ne pas aggraver les conséquences de la contraction du crédit provoquée par la crise des « subprimes ». Jean-Claude Trichet a déclaré hier que la BCE ne souhaite pas enclencher un cycle de hausses des taux qui, s’ajoutant au renchérissement du pétrole, des matières premières et aux avantages commerciaux du dollar faible, handicaperait gravement l’économie européenne.
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