Lien sur le procès

Les assureurs français arnaqués pour 8 millions d'euros

Sentier : des affaires cousues de fil d'or : perquisition dans une banque israélienne ; La cavalerie-boomerang du Sentier

21 juillet 2006 : Renvoi en correctionnelle de certaines banques et personnes en cause
08 novembre 2005 : Arrestation d'un "cerveau"
26 avril 2004 : Début du proces en appel
20 février 2001 : Début du procès des faillites et des traites frauduleuses au tribunal de Paris *
28 janvier 2002 : 88 condamnations
22 janvier 2003 : J'ai été agressée, rackettée

(Autre article concernant "des rabbins pas très orthodoxes".)

Extrait d'une écoute téléphonique :«Le mec d'en bas veut pas payer. Raphy va y aller avec Alex, qui a récupéré son pétard à Alfortville.»
Un avocat imite par avance - exagérant à peine l'accent - la future déposition de sa cliente. «Mme la juge, je vous jure, moi je suis qu'une vendeuse. Je découpais les ballots...» Les 120 prévenus qui vont défiler pendant dix semaines au procès du Sentier, qui s'ouvre aujourd'hui devant le tribunal correctionnel de Paris, s'apprêtent à jouer la même scène avec la même conviction. Un rôle de composition, puisque la quasi-totalité d'entre eux ont fini par admettre leur participation, de près ou de loin, à la gigantesque arnaque. Mais que cela fut dur! Les enquêteurs se souviennent de certains aveux consentis avec «force circonvolutions», des malaises impromptus d'une «coutumière du fait, chaque fois que les questions deviennent embarrassantes», de ce chef de réseau ne reconnaissant même plus son cousin, de cette confrontation qui faillit tourner au pugilat dans les locaux du palais.

«Planter les banques.»
Dix-huit mois d'instruction judiciaire, ponctués de deux spectaculaires descentes de police dans le quartier du Sentier, 188 interpellations, ont permis de mettre au jour une «extraordinaire noria d'opérations effectuées dans des délais très brefs avant que les banques ne se rendent compte de la supercherie», selon le rapport de la Brigade de recherches et d'investigations financières (Brif). La cavalerie - l'échange de fausses traites - est considérée comme l'un des plus vieux métiers du monde. Trop bas de gamme pour dégénérer en casse du siècle, à moins de le pratiquer à l'échelle industrielle. Ici, 93 sociétés ont planté banquiers et fournisseurs pour un montant de 540 millions de francs. Si l'enquête s'était élargie aux 768 entreprises potentiellement concernées, la barre du milliard aurait été dépassée.

Une traite est un papier indiquant qu'une marchandise livrée à l'instant T sera payée deux mois plus tard. L'escompte d'une traite par un banquier permet au vendeur de se faire payer tout de suite, la banque se chargeant de récupérer l'argent auprès de l'acheteur deux mois plus tard. Tout le monde y gagne: la banque touche une commission, le vendeur, du cash. Si l'acheteur est défaillant deux mois plus tard, la banque est plantée, ce sont les risques du métier. Au passage, personne - ou si peu - ne vérifiera si la marchandise a été livrée.

Maintenant, si de multiples fausses traites circulent dans tous les sens et que tous les acheteurs font faillite en même temps, la banque est plantée pour de bon. A ce stade, il suffit encore de multiplier le nombre de banquiers pour que chacun d'entre eux ne se rende compte de rien. D'où la tentation de monter l'opération «Planter les banques». Elle aurait pu être baptisée «Planter les fournisseurs», puisque, au final ces derniers ont plus perdu que les banquiers. Mais c'eût été moins populaire.

Le 10 juillet 1997, Emile Zuili est enlevé par quatre hommes cagoulés, puis libéré contre la promesse de verser 3 millions de francs. Son ami, Denis Ouabah, expliquera à la police: «Il existe dans le Sentier des équipes de racketteurs qui interviennent auprès des auteurs de faillites frauduleuses, soit pour recouvrer des impayés, soit pour soutirer une part des bénéfices.» En l'occurrence, le Sentier savait que Zuili était sur un gros coup. Mais ses ravisseurs n'ont pas osé s'en prendre directement à son patron, Haïm Weizman, ex-officier de l'armée israélienne qui déambulait dans le quartier vêtu d'un treillis de Tsahal. L'enquête sur l'enlèvement n'ira pas plus loin puisque Weizman et six de ses lieutenants ont pris la fuite en Israël.

Deux ans plus tôt, le réseau Weizman avait effectué un premier tour de cavalerie, histoire de se faire la main. Agglomérant différents réseaux (les enquêteurs en distingueront neuf, reliés entre eux), ils planifient même l'explosion finale du système (2 700 traites échangées), avec une remarquable concentration entre avril et juin 1997, prélude à des faillites en cascade et leur fuite à l'étranger. La cavalerie est doublée d'une escroquerie aux assurances. Le 25 avril 1997, un entrepôt de fringues brûle à Aubervilliers. Des fausses traites qui ont alimenté la cavalerie servent à soutirer 16 millions aux assureurs. «Tous les paramètres de l'escroquerie étaient en place», note le rapport de la Brif. Aussi, quand les banques se décident à alerter le parquet en juillet, il est déjà trop tard. Leur attitude est ambiguë: «Malgré la promesse non tenue de créer un pool interbancaire, les banques, en règle générale, n'ont jamais apporté la collaboration nécessaire, voire, comme cela a été évoqué à plusieurs reprises, n'ont jamais facilité l'action de la justice», dénonce la Brif.

En septembre, les enquêteurs ont une grosse surprise. A côté du «réseau mort», dont la plupart des protagonistes sont en fuite, un «réseau vivant» continue. Deux mois d'écoutes téléphoniques confirment «le système frauduleux de manière singulièrement vivante et directe», comme l'indique l'ordonnance de renvoi de la juge Isabelle Prévost-Desprez. Dès les premières gardes à vue, certains de ces bavards tomberont des nues à la lecture des enregistrements. Extrait d'une écoute: «Le mec d'en bas veut pas payer. Raphy va y aller avec Alex qui a récupéré son pétard à Alfortville.»

Petit Sam et grand Sam. Collecteur de traites au sein des anciens réseaux morts, Samy Brami semble s'être mis à son compte dans l'un des réseaux vivants. Les enquêteurs l'ont cueilli dans un hôtel, «sur le point de prendre la fuite, la veille de son interpellation». Samy, dit le petit Sam par opposition à son bras droit, Samson Simeoni dit le grand Sam (en fuite en Israël), rétorque qu'il s'était isolé pour faire le point. Son autre bras gauche, lui, Raphaël Elalouf, a tout raconté dès ses premiers interrogatoires: «A la tête, Samy seul pour organiser [...] En dessous, plusieurs sociétés en difficulté: leurs responsables avaient décidé de laisser tomber leur entreprise mais avaient pris contact avec Samy. A ce moment, ils se mettent à effectuer de grosses commandes sous forme de traites. Sur l'ensemble des marchandises parvenant dans ces entreprises condamnées, et dont il est prévu qu'elles ne seront jamais payées, le responsable de la société en garde une partie variable vendue pour son propre compte, le reste étant revendu par moi lorsque je travaillais pour Samy.» Valérie Tirel, cheville ouvrière du réseau parallèle monté par Ekrem Sanioglu, a décrit avec précision la méthode pour «trouver la justification comptable à des opérations bancaires relevant de l'escroquerie». Dans la plupart des réseaux, une femme tient la comptabilité. Poste stratégique, le seul à requérir quelques compétences, les hommes se contentant de jouer les gros bras.

Exagération. Une ribambelle de gérants expliquent qu'ils avaient confié les clés de leur boutique au réseau - on retrouve un plombier et un marchand de bois du Jura, reconvertis dans le textile pour les besoins de la cause. L'un avoue: «Je me suis fait piéger dans une embrouille que je n'ai pas comprise...» L'autre fait part de menaces: «C'est toi le gérant, c'est toi qui vas tout prendre. Surtout ne dis rien et nie en bloc.» Beaucoup ont tenté, avant de se rendre à l'évidence... Ces protestations de bonne ou mauvaise foi ont suscité la colère de Steve Cohen, un des collecteurs de «papier»: «Ces gérants savaient très bien ce qu'ils faisaient en entrant dans le système. C'est trop facile de dire qu'on avait pris la maîtrise.»

Me William Godnadel, avocat de Samy Brami, peste déjà contre un procès-spectacle, fruit d'un «montage hétéroclite de moyennes escroqueries» qui ne mériteraient pas un tel foin: «J'ai peine à comprendre comment le Sentier peut être battu sur le terrain de la frime et de l'exagération.».
* Par RENAUD LECADRE, Libération, 20 février 2001, p. 17.

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La cavalerie-boomerang du Sentier. Comment l'affaire d'arnaque textile a révélé un recyclage bancaire.

«Les banques, en règle générale, n'ont jamais apporté la collaboration nécessaire, voire n'ont jamais facilité l'action de la justice.» Les policiers de la brigade financière

Le jugement de l'affaire du Sentier (un quartier du centre de Paris) sera rendu le 28 janvier (2002). Si l'accusation d'escroquerie en bande organisée est retenue, les 120 prévenus, commerçants dans le textile, devront rembourser solidairement 280 millions de francs aux banques. Ces dernières sont réputées victimes, les cerveaux du circuit de «cavalerie» (un invraisemblable écheveau de 2 700 fausses traites, correspondant à autant de livraisons plus ou moins bidons de marchandises) ayant eux-mêmes baptisé l'opération «Planter les banques», en toute simplicité, et même planifié son explosion finale en préparant leur fuite en Israël. De fait, c'est un pool constitué des principales banques françaises qui avait dénoncé les faits au parquet de Paris, en juin 1997. Mais sans porter plainte ouvertement, comme si elles avaient quelques scrupules.

Juteuses commissions.
Aucune banque n'a vocation à cumuler les impayés. Concurrence aidant, elles ont toutefois tendance à financer n'importe quelle transaction (traite, escompte, virement...), source de juteuses commissions. Les policiers de la Brif (brigade de recherches et d'investigations financières), chargés de l'enquête sur le Sentier, ont très vite eu une première surprise: après la fuite des principaux cerveaux, et alors même que le Sentier bruissait de rumeurs sur l'enquête en cours, un nouveau circuit de cavalerie se mettait en place comme si de rien n'était, sans que les banques y voient malice. Est-il possible d'être aveugle à ce point? Concluant leurs enquêtes sur l'affaire du Sentier au sens strict, les policiers de la Brif évoquaient ainsi l'attitude des banques: «Malgré leur promesse non tenue de créer un pool interbancaire, les banques, en règle générale, n'ont jamais apporté la collaboration nécessaire, voire, comme cela a été évoqué à plusieurs reprises, n'ont jamais facilité l'action de la justice.»

Pour éviter une instruction tentaculaire, le dossier du Sentier a été scindé. Les commerçants ont été renvoyés en correctionnelle, à l'occasion d'un procès-fleuve où les banques ont pleuré misère. Parallèlement, la juge Isabelle Prévost-Desprez a continué l'enquête, mais cette fois à charge contre les banques. Le prétexte en fut un troisième réseau de fausses traites dans le textile (un de plus), mis en place par la Compagnie européenne de textile (CET) de Philippe Besadoux, aujourd'hui en fuite. Besadoux, qui a planté le Crédit lyonnais, la Bred, la Poste et la Marseillaise de crédit pour plus de 100 millions de francs (15,25 millions d'euros) à lui seul, utilisait un circuit financier qui va devenir le coeur de l'actuelle instruction pour blanchiment: la CET fonctionnait comme une «lessiveuse», récoltant des fonds douteux en France destinés à être envoyés en Israël. Sur place, grâce au système de l'endossement, ils étaient blanchis par des banques locales.

Véritable système.
Pour en avoir le coeur net, les enquêteurs ont ratissé tous les chèques d'un montant supérieur à 20 000 francs ayant effectué un aller-retour en Israël. Ils ont mis au jour un véritable système, non seulement en fonction du nombre de ses divers utilisateurs (voleurs de chè ques, réfractaires au fisc...), mais aussi par la contribution active des banques françaises pour assurer le recyclage des fonds.
Par Renaud LECADRE, Libération, Le mercredi 16 janvier 2002

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« J'ai été agressée, rackettée »
MYRIAM SITBON dénonce les pratiques de ses anciens collègues du Sentier

MYRIAM SITBON est une des 110 personnes mises en examen par la juge du pôle financier Isabelle Prévost-Desprez dans l'affaire dite du Sentier 2, qui vise un vaste réseau de blanchiment entre la France et Israël et dans laquelle de nombreuses banques sont impliquées. Incarcérée six semaines à Fleury-Mérogis en novembre 2000, elle commence à écrire son parcours. Celui d'une jeune Juive de Casablanca débarquée à Paris au début des années quatre-vingt pour se lancer dans le milieu de la mode. Dans son ouvrage (*), elle porte un regard sans concession sur ce quartier qu'elle a dû quitter pour survivre et livre tous les secrets des pratiques du Sentier, même les plus inavouables.

Aujourd'hui, quand on vous parle du Sentier, qu'est ce que cela vous évoque ?
Myriam Sitbon. Le meilleur et le pire. D'un côté, le Sentier est fascinant par la richesse de ses activités économiques et créatives. On y travaille vite et avec une énergie incroyable. S'y mélangent l'artifice et le spirituel, la tchatche, le côté humain et solidaire, les femmes glamour... D'un autre côté, sous ces paillettes, existe un microcosme dur où tous les coups sont permis et où règne l'arnaque.

C'est-à-dire ?
Je travaillais dans la confection du cuir, qui est une sorte de « Sentier dans le Sentier ». Dès qu'il y a une faiblesse chez quelqu'un, elle est exploitée. Une faille aussi bien dans la vie privée, comme un divorce, que dans les affaires. La proie est alors cernée, les rapaces entrent dans la place et la victime est dépouillée, y compris par ses propres amis.

« Le Sentier est soumis à l'omerta »

Qu'avez-vous subi vous-même ?

Je suis sortie de là épuisée et ruinée. La vendeuse de mon magasin de vêtements a été violée, j'ai moi-même été agressée. J'ai été dépouillée de mon bien, rackettée, menacée. Sans doute suis-je une incorrigible naïve, mais j'ai mis du temps à réaliser. Dans ce milieu, on se plante des ciseaux dans le dos et le lendemain on se tape sur l'épaule. La terreur s'exerce même les jours de mariage et de fête. Il y a un mélange sans cesse entre vie privée et vie professionnelle.

Vous dites avoir été menacée...
J'ai tellement été terrorisée que je ne veux plus avoir peur aujourd'hui. C'est pour cela que je parle. Le Sentier est soumis à l'omerta, la loi du silence domine. Mais la plupart des gens, honnêtes, ne m'en voudront pas de dénoncer les crapules qui ont trop tendance à s'abriter en toute impunité dans le Sentier où ils se sentent protégés.

Comment vous êtes-vous retrouvée impliquée dans l'affaire du Sentier 2 ?
Quand j'ai monté mon entreprise de vêtements de cuir, nous étions fabricants et nous vendions à des magasins de détail dans les centres commerciaux. Le cuir est cher et correspond à une vente saisonnière. Les vendeurs accrochent donc le client dehors et lui vendent un produit qui est souvent réglé en plusieurs chèques car la somme est importante. Ces chèques différés, je les appelle la « leather money », littéralement « l'argent du cuir ». Le détaillant utilise les premiers chèques pour payer les vendeurs, les chèques d'après règlent le fabricant. Donc le fabricant fait de même, il change les chèques contre d'autres chèques ou contre de l'argent liquide. Je ne savais pas que des chèques partaient en Israël. Quand j'ai été arrêtée, on nous a expliqué qu'il y avait un réseau avec des gens en fuite, à la tête d'un vaste trafic qui, selon l'enquête de police, blanchissaient de l'argent. Ce que j'ignorais. Je ne faisais que répéter une pratique que j'ai toujours vue dans le cuir.

Que faites-vous aujourd'hui ?
Je travaille toujours dans le vêtement, mais au service du milieu de la confection chinoise. J'ai récemment dîné avec les coscénaristes des films « la Vérité si je mens » et j'ai l'intention de leur soumettre bientôt un scénario que je viens d'écrire.
(*) « Jusqu'au bout du Sentier », de Myriam Sitbon, chez Michel Lafon, 18 €
Propos recueillis par Nelly Terrier, Le Parisien, mercredi 22 janvier 2003, p. 16

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L'escroquerie du Sentier examinée en appel

Le vaste système d'escroquerie organisé au milieu des années 90 au départ du Sentier, le quartier parisien de la confection, est examiné à partir d’aujourd’hui (26 avril 2004) par la cour d’appel de Paris.

La cour d'appel de Paris, qui rejuge le dossier du Sentier à partir d’aujourd’hui, va examiner les mécanismes d'un vaste réseau d'escroquerie, d'un montant d'environ 82 millions d'euros au préjudice de banques et de compagnies d'assurance. Baptisé "opération planter les banques", il était fondé sur des détournements de fonds et de marchandises. Devant le tribunal, ce dossier avait donné lieu à la condamnation de 88 personnes, obligées de rembourser 23,4 millions d'euros aux victimes. 36 personnes avaient été relaxées. 53 condamnés ont fait appel mais certains pourraient renoncer.

Cavalerie, carambouille et blanchiment

Largement décrite durant les quinze semaines d'audience au printemps puis à l'automne 2001, l'escroquerie repose, selon le jugement, sur "une cavalerie d'habitude, bientôt érigée en système et doublée de carambouille des marchandises". Elle portait selon l'accusation sur 82 millions d'euros.

Le procès avait fait la lumière sur des réseaux d'entreprises qui avaient mis en place un système d'échange de fausses factures, dans le but d'obtenir de l'argent auprès des banques, et sur des entreprises qui passaient de grosses commandes en sachant qu'elles allaient déposer le bilan, et qu'elles ne paieraient donc pas ces marchandises.

Les parties civiles, satisfaites que le tribunal ait reconnu sans ambiguïté que toutes ces escroqueries étaient liées et qu'il ait obligé les condamnés à rembourser solidairement le préjudice, n'avaient pas fait appel.

" On veut notre mort "

Cette condamnation solidaire permet à un créancier de saisir la totalité du capital d'un condamné, même si le montant saisi est supérieur à la quote-part due par le condamné. "On veut notre mort", s'était écrié lors du jugement l'un des chefs de réseau, Sami Brami, surnommé "Sami la Belette", condamné à 5 ans de prison dont trente mois avec sursis. "La prison, ça leur a pas suffi, ils veulent nous tuer avec l'argent", avait-il crié en s'adressant à la presse.

Le tribunal avait prononcé des peines échelonnées entre 7 mois de prison totalement assortis du sursis et 7 ans de prison ferme, et jusqu'à 600.000 euros d'amende. La peine la plus lourde avait été prononcée contre Haïm Weizman, alors en fuite en Israël, mais interpellé en Bulgarie et extradé en France en mars. Considéré comme l'un des principaux organisateurs de cette escroquerie, il sera rejugé en septembre et octobre par le tribunal correctionnel de Paris aux côtés de Thierry Luksemberg (condamné à six ans de prison et 300.000 euros d'amende), ancien chef de réseau également en fuite lors du premier procès.

Compte tenu du nombre de prévenus et de parties civiles, le procès se tiendra dans la 3ème chambre de la cour d'appel de Paris. La cour siégera les lundis, mardis et mercredis après-midi jusqu'au 30 juin.
tf1.fr, news, Mis en ligne le 26 avril 2004

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Perquisition à Paris dans une banque israélienne

1mpossible de trouver ses coordonnées dans les pages jaunes.
Et même en passant devant son bureau de représentation du 33, rue Marbeuf à Paris, il faut se montrer perspicace pour en soupçonner l'existenœ.
La banque Hapoalim, l'une des plus importantes d'israëL assure la plus grande discrétion à ses clients.

Mercredi dernier, les policiers de la Brif (brigade de recherches et d'investigations financières) ont mené une importante perquisition à son bureau parisien. Un lieu de relation publique, où il est normalement interdit d'opérer une quelconque transaction financière.
Sa directrice, son adjoint et deux employées ont été placés en garde à vue pendant quarante-huit heures. Pour le moment, aucune charge n'a été retenue contre eux. Mais le parquet de Paris a aujourd'hui ce dossier brûlant entre les mains et doit prendre une décision sur les suites judiciaires à y donner.

Arnaque à la fausse pub

Les policiers parisiens ont agi sur commission rogatoire du juge d'instruction René Cros qui enquête de puis le mois d'août 2003 sur un système d'escroquerie à la régie publicitaire.
Une première série d'interpellations avait abouti à la mise en examen de quatorze personnes pour « blanchiment aggravé» et « escroquerie en bande organisée » (nos éditions du 12 décembre 2003). Au jourd'hui, c'est une vingtaine de complices qui sont poursuivies par la justice.
L'arnaque consistait à vendre à de grandes entreprises des encarts publicitaires dans des publications spécialisées éditées par des associations de policiers, de gendarmes, de pompiers ou du ministère des finances. Si les publicités n'étaient pas publiées, les chèques étaient, eux, encaissés. Dernière estimation du butin: 55 millions d'euros récupérés en dix-huit mois !

Pour réinvestir une telle fortune, il fallait des réseaux de blanchiment.
Les policiers estiment que la banque Hapoalim a pu jouer ce rôle. Des écoutes téléphoniques indiquent en effet que le cerveau de l'arnaque, Samy Souied, était en relation d'affaires avec un responsable de l'établissement en Israël surnommé « mon petit banquier ».
Lors de la perquisition, les policiers ont découvert des ordres de virement vierges et des dossiers d'ouverture de comptes remplis alors qu'un bureau de représentation n'a pas le droit de faire de telles opérations.
« Un complice emmenait les documents dans des banques Hapoalim au Luxembourg, en Suisse ou en Israël pour y ouvrir les comptes, décrypte une source judiciaire. Cela permettait de ne laisser aucune trace du réinvestissement de l'argent sale. Nous avons même retrouvé des dossiers concermant d'autres individus que ceux du réseau comme des dentistes ou des pharmaciens. »
Le Parisien, 22 juin 2004, Julien Dumond, p. 17

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(Septembre 2004) ESCROQUERIE.
Immense arnaque sur les assureurs français

Un réseau très structuré de garagistes, d'experts automobiles et de faux sinistrés a escroqué près de 8 millions d'euros aux principaux assureurs français. Une dizaine de personnes sont en prison.
Le « cerveau » présumé s'est réfugié en Israël.

C'EST l'une des plus importantes escroqueries aux assurances jamais révélées en France. Les enquêteurs de l'OCRGDF (Office central pour la répression de la grande délinquance financière) s'apprêtent à boucler un dossier mettant en cause garagistes, experts automobiles, agences bancaires, vrais-faux sinistrés, employé d'assurance... Au total, une vingtaine de personnes sont actuellement mises en examen à Paris par la juge Françoise Néher pour « escroquerie commise en bande organisée » et « faux et usage », dont la moitié est en détention provisoire. Le bénéfice réalisé par ce groupe très organisé est estimé à 8 millions d'euros entre 2000 et 2003. Au total, 1 200 dossiers d'escroquerie ont été résolus par la police judiciaire. Les victimes de cette arnaque sont les principaux assureurs français : AGF, Matmut, Axa, Macif, Maaf. Plusieurs mandats d'arrêt internationaux devraient être prochainement délivrés à l'encontre notamment du principal bénéficiaire présumé, Bruce Chen-Lee, 48 ans, franco-israélien, actuellement résidant à Jérusalem.

Le principe de l'escroquerie est simple : des garagistes « rabattent » des victimes d'accidents de la circulation. Puis ils reconstituent un faux dossier complet à partir de la déclaration de dommages. Avec la complicité d'experts, les dégâts sont très largement surévalués. Un nouveau constat à l'amiable est rédigé. Reste ensuite à fabriquer de fausses factures au nom de garages existants ou non. Le tout - faux constat, fausse expertise et fausses factures - est ensuite envoyé à l'assureur. Le dédommagement part ensuite directement dans les caisses du réparateur automobile après désistement du sinistré. « Le plus incroyable, c'est que ce système a pu fonctionner près de quatre ans sans que les assureurs s'en aperçoivent », souligne un policier. Ce sera finalement un employé plus vigilant qui va s'apercevoir d'un nombre important de sinistres automobiles faisant apparaître les mêmes garages en région parisienne et le même expert automobile.

L'ensemble des bénéfices a été transféré en Israël

Début 2003, une équipe d'agents privés de recherches et d'experts, aidés par l'Agence pour la lutte contre la fraude aux assurances (ALFA), décortique des centaines de dossiers et découvre un système très structuré. Le 13 janvier 2004, une dizaine de « garagistes » sont interpellés par l'OCRGDF. D'importants dossiers et archives sont saisis au siège d'une société basée à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Le 20 janvier, cinq experts automobiles sont à leur tour arrêtés et reconnaissent avoir été rétribués à hauteur de 10 à 15 % des « bénéfices ». Une manne distribuée sous forme d'espèces, matériels informatiques ou chèques. En mars dernier, une opération du même type permet d'élucider six cents nouveaux dossiers. Trois experts reconnaissent percevoir 200 euros par véhicule « expertisé ».

L'ensemble des bénéfices réalisés par les leaders du groupe a été transféré en Israël soit par porteur, soit à l'occasion de voyages effectués par des membres de la bande, soit par des virements de la Western Union. Selon les enquêteurs, le « cerveau » présumé de la bande, Chen-Lee, possède un hélicoptère stationné en Grèce, un bimoteur sur un aéroport en région parisienne ainsi que plusieurs villas en France et en Israël. Interpellé par les policiers israéliens sur commission rogatoire internationale en juin dernier, en compagnie de deux autres membres du réseau, il a nié les faits. Les Israéliens poursuivent leurs investigations pour déterminer comment cette manne a été recyclée.

Les policiers ont également interrogé une trentaine de « sinistrés » qui ont reconnu être conscients de participer à une escroquerie. L'un d'entre eux détient le record : il a déclaré treize accidents avec sept véhicules différents ! Ils devraient tous être mis en examen prochainement par le juge d'instruction.

Ce dossier inédit a créé un véritable traumatisme au sein des grands assureurs français : « Ce genre d'arnaque se pratique à petite échelle, mais jamais avec une telle ampleur », souligne un spécialiste. Les assureurs réfléchissent à la mise en place d'un système préventif pour éviter de telles dérives. Le monde des experts automobiles est également en passe de « faire le ménage » pour écarter les professionnels indélicats.
Christophe Dubois, Le Parisien, Paru le : 04/09/2004, p. 14

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(Novembre 2005) Arrestation du cerveau de l'affaire Sentier II
Philippe Besadoux, que l'on croyait en cavale en Israël, a été incarcéré à Prague.

Le cerveau présumé de l'affaire Sentier II, Philippe Besadoux, a été incarcéré la semaine dernière en République tchèque. On le pensait en cavale en Israël. Sous le coup d'un mandat d'arrêt international lancé en mai 2003 par la justice française, il s'est fait arrêter à Prague, sous l'identité de Harry Mervyn, avec dans sa poche un billet d'avion pour Tel-Aviv, selon TV Nova, la chaîne locale.

Sentier II est la suite judiciaire de la première affaire du Sentier (une centaine de commerçants dans le secteur du textile condamnés en 2002 pour fausses traites bancaires). Outre l'élargissement des secteurs d'activité (cuir, intérim, transport...), le nouveau dossier a mis cette fois en cause les banques, comme complices d'un circuit de blanchiment portant sur un milliard de francs : le nom des bénéficiaires de chèques douteux ou volés était modifié en Israël avant de revenir en France au profit de petits malins sachant surfer entre les différentes législations bancaires.

Huit banques (dont la Société générale, la Bred et American Express) sont poursuivies comme personnes morales. Une trentaine de banquiers (dont Daniel Bouton, PDG de la Société générale) sont poursuivis à titre personnel. Mais aussi six rabbins, l'affaire mettant en cause une utilisation dévoyée de la tradition de collecte au sein de la diaspora juive. Pour mieux attirer les dons à vocation caritative, les héritiers du rabbin Elie Rotneimer, fondateur du Refuge, avaient mis en place une nébuleuse associative (centres de formation, maisons de retraite...) par laquelle ont transité 450 millions de francs, une partie des dons (jusqu'à la moitié) étant rétrocédée en liquide, au noir, aux donateurs.

Philippe Besadoux, à la tête de la Compagnie européenne de textile (CET), aurait à lui seul recyclé plus de 100 millions de francs, en trompant la vigilance du Crédit Lyonnais, de la Bred et de La Poste sous une fausse identité.

L'arrestation intervient au moment où la juge d'instruction Xavière Simeoni vient de clôturer son dossier tentaculaire (142 mises en examen au total). Il devrait vraisemblablement être rouvert, après extradition en France de Philippe Besadoux.
libération.fr, par Renaud LECADRE, QUOTIDIEN : mardi 08 novembre 2005, p. 19

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