Avril 2009 : Une synthèse remarquable sur les fameux "paradis fiscaux"
Janvier 2009 : Contre la suppression du juge d'Instruction de l'ancienne juge d'Instruction
Octobre 2008 : La défense des clandestins ... ? Avec José Bové ...
Septembre 2008 : Après Bayrou c'est Cohn-Bendit
Juillet 2008 : Contre Bernard Tapie, et donc contre Nicolas Sarkozy
Juin 2008 : Flirte avec Bayrou
Mai 2007 : La force qui nous manque, Les Arènes, Paris, mai 2007 ; Critique de la réception de Omar Bongo par Nicolas Sarkozy ; Paolini, Bouygues, et l'Elysée: Eva Joly dénonce une machine de guerre pour la propagande ; Eva Joly souhaite une enquête sur un compte japonais présumé de Chirac
Avril 2006 : Eva Joly attaque Claude Chabrol
Mars 2006 : Eva Joly blessée par le film de Claude Chabrol "L'Ivresse du Pouvoir". Eva contre Claude ? L'Ivresse du Pouvoir de Chabrol vendu à une vingtaine de pays .. dont la Norvège
Juin 2003 : Un livre qui gêne "Est-ce dans ce monde là que nous voulons vivre ?"
La déclaration de Paris (19 juin 2003). Le texte.
Mars 2002 : Eva Joly s'installe en Norvège pour lutter contre la corruption
Gro Eva Farseth, épouse puis veuve Joly, abandonne, après Eric Halphen, la poursuite des affaires politiques et financières françaises
ENCORE UNE FOIS, Eva Joly a surpris. La juge d'instruction la plus connue des Français, qui disait vouloir se consacrer, après la magistrature, à l'administration pénitentiaire, l'enseignement ou l'écriture, annonce son arrivée en Norvège comme conseiller spécial du gouvernement !
Née à Oslo et mariée en France à un étudiant en médecine, Gro Eva Farseth, de son nom de jeune fille, a demandé sa mise en disponibilité pour être chargée de la lutte contre la corruption. Son sens aigu de la communication l'a poussée à annoncer sa décision à quatre jours de la reprise de l'affaire Dumas, jugée en appel à partir de lundi prochain, et le jour même où l'un des avocats de Loïc Le Floch-Prigent, l'ancien patron d'Elf, annonce le dépôt d'une requête en suspicion légitime contre elle.
Il y a un an et demi, la publication de son livre « Notre affaire à tous » avait aussi fait l'effet d'un coup de tonnerre, à quelques jours de l'ouverture du procès de Roland Dumas et Christine Deviers-Joncourt.
« Coups de gueule »
Menant des investigations au pas de charge, surprenant Bernard Tapie, l'ancien ministre, à l'heure du laitier, mettant le président du Conseil constitutionnel en examen, Eva Joly a osé, comme peu de ses collègues, s'attaquer aux dossiers les plus sensibles : Crédit lyonnais, Elf, Les Ciments français, Isola 2000 où apparaît la belle-fille du ministre de la Justice d'alors, Jacques Toubon... Epaulée par son fidèle greffier militaire, Serge, elle tire le fil de la corruption, met en cause les plus puissants et, surtout, alerte l'opinion sur le délabrement de la justice spécialisée dans la délinquance en col blanc.
Grâce à ses « coups de gueule », la ministre Elisabeth Guigou lancera la réforme des pôles financiers. Dans le petit monde judiciaire, la juge à l'accent norvégien est admirée et détestée à la fois. Car le succès remporté avec la création des fameux pôles, qui regroupent juges d'instruction et membres du parquet, aidés par des assistants spécialisés, n'empêchent pas certains de lui faire des reproches.
La protection rapprochée dont elle est dotée depuis plus de cinq ans - qu'elle dit « subir » - fait des envieux. Les images télé prises sur le vif d'une perquisition, les interviews et les nombreux colloques et conférences auxquels elle assiste font jaser.
Devenue magistrate sur le tard
Enfin, concernant la tentaculaire affaire Elf, le fait de négliger certains hommes politiques de premier plan et de s'être inclinée devant la raison d'Etat a créé de l'amertume chez ceux qui espéraient un grand nettoyage à l'italienne.
Débarquée comme fille au pair à Paris, Eva Joly a accumulé les expériences les plus diverses : secrétaire chez Eddie Barclay, conseillère juridique d'un hôpital psychiatrique, elle ne fait son entrée dans la magistrature qu'à l'âge de 38 ans - il y a vingt et un ans. Elle est nommée au parquet d'Orléans puis à celui d'Evry en 1983, puis à celui de Paris en 1989. Entre-temps, la magistrate s'est frottée au monde de l'administration et de l'entreprise : elle est détachée au Comité interministériel de restructurations industrielles (Ciri), qui dépend du ministère des Finances.
Ces derniers temps, Eva Joly ne cachait plus son envie de tirer sa révérence. Le dossier Elf repris en main par le juge Van Ruymbeke, et tirant sur sa fin, lui a donné le sentiment que la page pouvait être tournée. Surtout, la déception de la magistrate sur l'état de la justice en France, l'impossibilité de combattre vraiment la grande délinquance financière, l'immobilisme de la communauté internationale sur la question des paradis fiscaux, l'ont rendue amère. Comme d'autres juges d'instruction avant elle, comme d'autres magistrats du parquet... Une de ses anciennes collègues confie : "Chacun des juges qui a quitté la magistrature avait ses propres raisons. Mais la déception qui les habite est, elle, générale."
Laurent Leger, Le Parisien , vendredi 01 mars 2002, p. 13.
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(18 juin 2003) Non-parution immédiate pour le livre d'Eva Joly
Le tribunal repousse sa diffusion pour ne pas perturber le procès (affaires Elf).
Prudente, Eva Joly a préféré rester, hier, à l'abri, chez son éditeur. Elle craignait les coups, et n'avait pas tort. Saisi en référé par un syndicat d'avocats et le conseil de l'ordre, Jean-Claude Magendie, le président du tribunal de grande instance de Paris, a interdit, hier après-midi, aux Editions des Arènes, de «faire paraître ou diffuser l'ouvrage» de l'ex-juge de l'affaire Elf, avant la clôture des débats et la fin des plaidoiries du procès Elf, soit le 7 juillet. Dans ses attendus, le tribunal a jugé la diffusion de l'ouvrage «nuisible au caractère équitable du procès en cours». En cas de non-respect de l'ordonnance, il en coûtera 100 euros à l'éditeur, par infraction constatée, c'est-à-dire par livre en librairie. Eva Joly a annoncé qu'elle faisait appel «immédiatement». «Pour moi, c'est une censure», a-t-elle commenté. L'appel a confirmé la décision tard dans la soirée.
Camouflet judiciaire.
Pour Eva Joly et son éditeur, c'est un château de cartes patiemment bâti qui s'effondre. La sortie en librairie s'accompagnait en principe, ce matin, d'une conférence internationale de juges réunis par eux à la Sorbonne. L'Italien Antonio Di Pietro, l'Espagnol Baltasar Garzon, le Chilien Juan Guzman - on en oublie - ont bousculé leur emploi du temps pour venir signer «une déclaration de Paris», rédigée par Eva Joly, qui pourfend «la grande corruption» et figure en annexe du livre. Le conclave n'est pas annulé, mais le camouflet judiciaire est d'autant plus dur pour l'auteure.
Le président du tribunal s'était entouré, hier matin, de deux assesseurs pour juger ce nouveau sous-dossier, non pas financier mais médiatique, de l'affaire Elf. La salle est comble. Celle du procès Elf, déserte. «Là, c'est le référé, s'exclame un avocat, désignant la salle des criées. «Et là, c'est le procès», ajoute-t-il en montrant la porte voisine. «Qui sait ? Eva Joly va peut-être se tromper de porte...» Mais l'ex-juge de l'affaire Elf s'est fait représenter. Et par un familier de la même affaire, Me Thierry Lévy, avocat de l'intermédiaire Pierre Léthier.
«Cette publication intervient après la clôture des débats du procès Elf. Nombre de mes confrères ont déjà plaidé», proteste l'initiateur du référé, Me Xavier Flécheux, au nom de la Confédération nationale des avocats. C'est à son avis «un incident majeur». Les litiges entre le conseil de l'ordre et un juge sont rares, souligne le bâtonnier Paul-Albert Iweins, au nom du conseil. «Mais ça a toujours été face à Mme Eva Joly», relève-t-il. Rappel des contentieux : Eva Joly soulignant le rôle des avocats dans le blanchiment d'argent, puis s'excusant. Eva Joly demandant un droit de réponse dans le bulletin du bâtonnier, et déposant plainte. Et puis aujourd'hui. «Ce livre concerne fort peu les avocats, concède le bâtonnier. Ceux qui sont maltraités, ce sont les prévenus». La «saisie du livre» n'est pas demandée. «Ce qui me paraît évident, c'est que ce livre ne peut pas paraître maintenant.» De nombreux juges ont écrit des livres sans parler des prévenus, relève Paul-Albert Iweins. «Ont-ils le droit de peser sur les débats, pendant les débats ? La réponse est non. Le moment est scandaleux.» Pour le bâtonnier, «la puissance de feu» d'Eva Joly, sa «statue de Jeanne d'Arc anticorruption», dissuadent les prévenus de toute riposte.
«Dans ce livre, il y a les bons et les mauvais prévenus», remarque Me Iweins. Les mauvais ? «Lorsqu'elle entend André Tarallo, elle est sur écoutes. Lorsqu'elle perquisitionne chez M. Léandri, elle trouve un pistolet chargé, canon braqué sur l'entrée. Elle dit "c'est une attention personnelle". Une "menace". Ces propos, suppositions, accusations, ne peuvent que peser sur les débats.» Et de dénoncer l'opération commerciale. «N'oublions pas que c'est elle, le chasseur. Le livre, c'est le dossier. Les bonnes feuilles, c'est Tarallo, Léandri, Le Floch, Roland Dumas.» L'ouvrage, en outre, fourmille de confidences faites par des témoins, en violation du secret professionnel.
«Leçon d'éthique».
Le bâtonnier vante au passage le bon déroulement du procès Elf. «Le président a obtenu des choses que Mme Joly n'avait pas pu obtenir. Je suppose que cela a dû agacer Mme Joly.» Loin «d'aider la justice», la juge vient «la perturber». «Il faut qu'elle s'habitue à l'idée que le dossier Elf n'est pas un dossier Joly contre le reste du monde». Il demande qu'une «leçon d'éthique» lui soit donnée.
L'avocat de l'éditeur, Me Vincent Toledano, joue plutôt la procédure, et estime les avocats irrecevables dans leurs arguments, pour l'essentiel disciplinaires. «Si le but est d'interdire la parole d'Eva Joly, qu'on le fasse», lance-t-il. Et de proposer, sans rire, qu'on limite la suspension du livre au ressort du tribunal Ñ aux librairies de Paris intra-muros. L'avocat d'Eva Joly a plus de flèches à son arc. «S'il y a un trouble manifeste, lance Me Thierry Lévy, c'est celui des difficultés rencontrées par le juge pour mener à bien sa mission. Et si oui, qui en est responsable ? Celui qui le révèle, ou celui qui a dressé les obstacles ?» L'avocat signale que dans son livre, Eva Joly n'épargne pas sa hiérarchie, qu'elle évoque même ses relations «houleuses» avec le président du tribunal, qui préside justement l'audience. La juge s'est demandé «s'il ne fallait pas inviter le tribunal à se récuser», mais elle y a renoncé.
Temps révolu.
Où sont donc les prévenus, «les victimes» de l'atteinte à la présomption d'innocence, s'interroge Thierry Lévy. «On vous dit qu'ils tremblent devant Eva Joly et n'osent pas demander la saisie du livre. Si aucun des 37 prévenus n'est présent dans cette salle, c'est qu'ils savent qu'il n'y a rien dans le livre qui puisse préjuger de leur culpabilité. Rien !». La juge a vécu dans la crainte, rappelle l'avocat. «C'est le président de la Cour de cassation qui est venu lui dire : Madame, évitez les fenêtres !», s'exclame-t-il. Le tribunal ne peut pas dire que «les juges n'ont pas d'états d'âme». «Ils ont des émotions et ils ont le droit de les exprimer. Le temps où les juges étaient de purs esprits, des esprits dociles, est révolu», conclut-il.
L'avocat n'est pas entendu. «Publier un livre sur l'atmosphère qui a prévalu lors de l'instruction peut modifier la perception des juges», explique Pascal Le Fur, substitut du procureur, qui a requis, hier, une suspension de la parution. En fin d'après-midi, Jean-Claude Magendie accepte l'entrée des caméras de télévision dans la salle pour quelques plans, avant d'annoncer l'interdiction du livre jusqu'au 7 juillet.
Libération, Par Karl LASKE, jeudi 19 juin 2003
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Une « déclaration » pour la traçabilité des flux financiers
Une quinzaine personnalités du monde entier se sont réunies à Paris, jeudi 19 juin, à l'initiative de la juge Eva Joly, pour dénoncer « les effets dévastateurs de la grande corruption et de son corollaire : l'impunité »
SEPT ANS après l'« appel de Genève », signé le 1er octobre 1996 par des magistrats européens pour une meilleure coopération judiciaire, une quinzaine de personnalités du monde entier se sont réunies à Paris, jeudi 19 juin, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, pour dénoncer à nouveau « les effets dévastateurs de la grande corruption et de son corollaire : l'impunité ».
Cette « déclaration de Paris » a été lue devant la presse par la juge Eva Joly, à l'initiative du projet, entourée d'un prestigieux aréopage de magistrats, en activité ou non, parmi lesquels Bernard Bertossa, ex-procureur de Genève, Antonio Di Pietro, ancien responsable italien de l'opération antimafia « Mains propres », Baltazar Garzon, juge d'instruction espagnol, ou encore Juan Guzman, le conseiller à la cour d'appel du Chili qui a inculpé le général Pinochet.
D'autres personnalités ou militants des droits de l'homme, comme le Canadien John Charles Polanyi, Prix Nobel de chimie, Nina Berg, veuve du journaliste Carlos Cardoso assassiné au Mozambique, ou Yolande Pulecio, la mère d'Ingrid Betancourt, otage des forces armées révolutionnaires de Colombie, ont évoqué les ravages d'un fléau qui, selon l'appel, « mine les vieilles démocraties occidentales, entrave le développement des pays pauvres et leur liberté politique ».
« Pour faciliter les enquêtes », la « déclaration de Paris » demande la suspension des immunités diplomatique, parlementaire et judiciaire, et l'obligation, pour les institutions financières internationales, « d'organiser une traçabilité totale des flux financiers comportant l'identification précise des bénéficiaires et des donneurs d'ordres ». Elle prône la suppression des « recours dilatoires contre la transmission de preuves aux juridictions étrangères », pratique légale en Suisse, au Luxembourg ou au Liechtenstein, quelques-uns des soixante paradis fiscaux qui « protègent, de manière délibérée, l'opacité des flux criminels ».
Les 24 premiers signataires proposent aussi la création d'un délit d'enrichissement illicite et d'un crime de grande corruption applicable aux détournements supérieurs à 10 millions de dollars. Ils prônent la mise en place d'une veille bancaire autour des « dirigeants politiquement exposés », qui seraient contraints de justifier l'origine licite de leur fortune, ainsi que l'obligation, pour les sociétés cotées, de consolider leurs comptes pays par pays.
Il n'y a là rien d'utopique, estime Mme Joly : « Les outils techniques existent pour tracer les flux financiers des fortunes mal acquises. En outre, les fonds en cause sont concentrés, et la corruption ne concerne que peu de gens parmi les élites des pays. En France, il s'agit d'une centaine de personnes et d'une vingtaine d'entreprises. » Les mesures proposées sont urgentes, poursuit la magistrate. « Si nous ne le faisons pas, c'est parce que certains ne le veulent pas », a-t-elle conclu sous les applaudissements.
Quelques minutes plus tôt, Antonio Di Pietro avait lancé un avertissement solennel sur l'émergence, dans nos démocraties occidentales, « d'un nouveau féodalisme » caractérisé par l'existence de « groupes détenant de grands pouvoirs dans l'économie et les médias, qu'ils utilisent ensuite pour placer leurs hommes à la tête de l'Etat ». « Le contrôle de l'information et de ceux qui peuvent être élus, le vote de lois garantissant l'immunité aux dirigeant, contribuent à l'émergence d'une nouvelle forme de corruption moderne, difficile à déceler et à poursuivre en justice », explique le magistrat, en référence à l'adoption par les députés italiens, le 18 juin, d'un texte garantissant une « immunité temporaire » au président du conseil italien, Silvio Berlusconi, inculpé pour « corruption de magistrats » devant le tribunal de Milan.
Le Prix Nobel de chimie canadien John Charles Polanyi s'est de son côté inquiété des relations opaques qui unissent le gouvernement américain au « complexe militaro-industriel ». La France n'a pas été épargnée dans la succession des témoignages, qui ont mis aussi bien en cause l'homme d'affaires Pierre Falcone, dans l'affaire des ventes d'armes à l'Angola, que les sociétés de BTP Spie Batignolles et Dumez International, citées parmi d'autres entreprises occidentales par Fine Maema, procureur général au Lesotho, dans une affaire de versement de commissions liées à la construction de barrages.
Depuis l'appel de Genève, la prise de conscience internationale du problème a toutefois avancé. « Une lacune béante » a ainsi, selon M. Bertossa, été en partie comblée dans le cadre du Groupe d'action financière sur le blanchiment (GAFI), qui oblige ses vingt-neuf Etats membres à incriminer la corruption d'agents étrangers sur leur sol.
En 2001, l'Union européenne s'est, pour sa part, dotée d'Eurojust, un outil chargé de coordonner les enquêtes pénales et de favoriser la coopération en matière de criminalité grave. Olivier de Baynast, magistrat représentant la France, rappelle que les accords de Schengen furent « la première traduction concrète de l'appel de Genève, en permettant la transmission directe, entre juges, des commissions rogatoires qui transitaient auparavant par les Etats ».
Depuis, les conventions d'entraide judiciaire sont traduites dans les droits nationaux. De grosses affaires sont désormais centralisées au niveau européen. C'est le cas actuellement d'une vaste escroquerie d'origine mafieuse, portant sur des résidences secondaires en temps partagé en Espagne, qui a fait 70 000 victimes en Europe. Enfin, le mandat d'arrêt européen se substituera, à partir de 2004, aux procédures d'extradition dont les gouvernements avaient la maîtrise. Les pouvoirs d'Eurojust sont néanmoins limités. Nombre de magistrats financiers demandent qu'il se transforme en véritable parquet européen, capable d'engager des poursuites, ce à quoi les Etats s'opposent encore.
Plus largement, après les années flamboyantes de la justice financière, un mouvement de repli semble se produire. Les magistrats ont ainsi exprimé leur inquiétude vis-à-vis des tentatives récurrentes de raccourcir les délais de prescription en matière d'abus de bien social. Tout comme vis-à-vis du projet de nouveau code des marchés publics, qui devait laisser échapper aux appels d'offres plus de 90 % des marchés, et dont le gouvernement vient d'annoncer le retrait.
Les juges continuent d'affronter de nombreux obstacles dans leurs enquêtes. Pour certains, le constat d'impuissance effectué à Genève est toujours d'actualité et les grand-messes anticorruption sont vaines. Sociétés offshore et fiduciaires protégées par le secret, places financières bienveillantes..., l'opacité demeure. En matière de paradis fiscaux, « l'Europe ne tient pas ses engagements », souligne M. de Baynast. La transparence que la « déclaration de Paris » réclame demeure un idéal lointain.
Nathalie Guibert et Alexandre Garcia, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 21 Juin 2003
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La Déclaration de Paris (La Sorbonne, 19 juin 2003)
Nous, signataires de cet appel, venus du Nord et du Sud, de l’Est et de l’Ouest, nous dénonçons les effets dévastateurs de la grande corruption, avec son corollaire, l’impunité.
L’explosion des marchés ouverts a favorisé des pratiques de prélèvements, de commissions et de rétro-commissions, qui se sont développées de manière inquiétante au point d’envahir des secteurs entiers de l'économie.
Les activités les plus sensibles sont l’énergie, les grands travaux, l’armement, l’aéronautique et l’exploitation des ressources minières.
Sur ces marchés d’intérêt national, quelques grandes sociétés ont intégré la corruption comme un moyen d’action privilégiée. Ainsi, plusieurs milliers de décisionnaires à travers le monde échappent à tout contrôle.
La grande corruption bénéficie de la complicité de banques occidentales. Elle utilise le circuit des sociétés off shores. Elle profite de la soixantaine de territoires ou d’Etats qui lui servent d’abri.
La grande corruption est une injustice. Elle provoque une ponction de richesses dans les pays du Sud et de l’Est. Elle favorise la constitution de caisses noires ou de rémunérations parallèles à la tête des grandes entreprises. Elle rompt la confiance nécessaire à la vie économique.
Parce qu’elle a atteint parfois le cœur du pouvoir, la grande corruption mine les vieilles démocraties occidentales. Elle entrave le développement des pays pauvres et leur liberté politique.
Alors que la globalisation a permis la libre circulation des capitaux, les justices financières restent tenues par des frontières qui n’existent plus pour les délinquants. La souveraineté de certains Etats bancaires protège, de manière délibérée, l’opacité des flux criminels. Logiquement, les bénéficiaires de la grande corruption ne font rien pour améliorer la situation.
Il convient de tirer les conséquences de cette inégalité devant la loi dont profite la grande corruption. Il est indispensable de rétablir les grands équilibres de nos démocraties. Plutôt que d’espérer une vaine réforme de ces Etats, il est possible d’inventer de nouvelles règles pour nous-mêmes.
A un changement de monde, doit correspondre un changement de règles.
Aussi nous demandons :
1. Pour faciliter les enquêtes :
- la suspension des immunités diplomatiques, parlementaires et judiciaires le temps des enquêtes financières (le renvoi devant un tribunal restant soumis à un vote sur la levée de l’immunité).
- la suppression des possibilités de recours dilatoires contre la transmissions de preuves aux juridictions étrangères.
- l’interdiction faite aux banques d’ouvrir des filiales ou d’accepter des fonds provenant d’établissements installés dans des pays ou des territoires qui refusent, ou appliquent de manière purement virtuelle, la coopération judiciaire internationale.
- l’obligation faite à tous les systèmes de transferts de fonds ou de valeurs, ainsi qu’aux chambres de compensations internationales d’organiser une traçabilité totale des flux financiers, comportant l’identification précise des bénéficiaires et des donneurs d’ordre, de telle manière qu’en cas d’enquête pénale, les autorités judiciaires puissent remonter l’ensemble des opérations suspectes.
2. Pour juger effectivement les délinquants :
- l’obligation légale faite aux dirigeants politiquement exposés de justifier de l’origine licite leur fortune. Si celle-ci ne peut être prouvée, elle pourra faire l’objet d’une “confiscation civile”.
- la création d’un crime de “grande corruption”, passible d’une peine similaire à celles prévues contre les atteintes aux intérêts fondamentaux de la nation.
3. Pour prévenir la grande corruption :
- l’obligation faite aux sociétés cotées de déclarer dans leurs comptes consolidés, pays par pays, les revenus nets (impôts, royalties, dividendes, bonus, etc.), qu’elles payent aux gouvernements et aux sociétés publiques des pays dans lesquels elles opèrent..
- la compétence donnée à la Justice du pays où est établi le siège social des sociétés multinationales lorsqu’une de leurs filiales à l’étranger est suspectée d’un délit de corruption, et que le pays ou est commis le délit ne peut pas, ou ne souhaite pas, poursuivre l’affaire.
- la mise en place d’une veille bancaire autour de dirigeants politiquement exposés et de leur entourage. Par dirigeants politiquement exposés, nous entendons les hommes et les femmes occupants des postes stratégiques au gouvernement, dans la haute administration et à la direction générale des entreprises privées intervenants dans les secteurs “à risque”.
- les portefeuilles de titres et les comptes bancaires, des dirigeants politiquement exposés ainsi que ceux de leurs famille proche, ouverts dans leur pays où à l’étranger, sera soumis à une procédure d’alerte lors de tout mouvement important, avec l’instauration d’une obligation pénale de signalement pour les cadres bancaires et les gestionnaires de titres.
Combattre la grande corruption est un préalable à toute action politique authentique. Nous devons restaurer la confiance dans les élites politiques et économiques. A l’heure de la globalisation, la responsabilité de ceux qui nous dirigent est immense. Elle doit échapper au soupçon, pour permettre l’espoir.
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Paru le : 22/02/2006 Eva Joly très déçue par le film
EVA JOLY est ressortie de la projection privée du film de Chabrol
avec un sentiment de nausée.
L'ancienne juge de l'affaire Elf, aujourd'hui chargée de la lutte
contre la corruption en Norvège, préfère « ne pas commenter » le film. Mais ses proches ont
compris à quel point la projection l'avait blessée.
« C'est une caricature », confie Laurent Beccaria, l'éditeur d'Eva Joly. « Réduire sept ans d'enquête à ces face-à-face grotesques entre une juge dilettante et un PDG fatigué, c'est affligeant », confesse un magistrat parisien.
Même réaction de la part de Laurence Vichnievsky, cochargée de l'affaire Elf, aujourd'hui présidente du tribunal de Chartres. « C'est triste », glisse-t-elle simplement.
« L'Ivresse du pouvoir » a de quoi dérouter ceux qui ont suivi l'affaire Elf. Certes, tous les « ingrédients » du dossier
y sont. Dans le film, le PDG a une maladie de peau, comme Le Floch-Prigent, et le sénateur a
bien un accent du Sud, comme un certain Charles Pasqua.
Patrick Bruel joue au millimètre le
rôle de Philippe Jaffré, le successeur de Le Floch à la tête d'Elf, soupçonné d'avoir « alimenté
» Eva Joly jusqu'à ce que celle-ci finisse par perquisitionner dans son bureau.
Mais l'essentiel
semble échapper à Chabrol : les juges Eva Joly, Laurence Vichnievsky, Renaud Van Ruymbeke et
leur collègue suisse Paul Perraudin sont parvenus à mettre à plat un système de détournements
des caisses d'Elf de plusieurs centaines de millions d'euros, et une vingtaine de personnes
ont été condamnées par la cour d'appel.
« Cela ne s'est pas fait en claquant les gants », résume
un enquêteur d'Eva Joly, persuadé que la juge, à l'inverse de son personnage à l'écran, « peut
être fière de son travail ».
leprisien.fr, Laurent Valdiguié, Paru le : 22/02/2006
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Paru le : 24/03/2006 Cinéma/Eva Joly attaque Chabrol
Polémique EVA JOLY déclenche les hostilités contre Claude Chabrol et son film « l'Ivresse du pouvoir ».
La juge, aujourd'hui en poste en Norvège, a enclenché
une première requête, auprès du président du tribunal de Paris, pour obtenir une copie du film.
Cette première demande lui a été refusée par un des adjoints de Jean-Claude Magendie, le président
du tribunal parisien. Du coup, l'ancienne magistrate en charge de l'affaire Elf vient de déposer
- via son avocat Me Thierry Lévy - une assignation d'heure à heure devant ce tribunal.
Une audience a été fixée au 7 avril prochain.
Eva Joly somme ainsi, par voie de justice, la
production de Chabrol de lui fournir une copie du film, afin de « pouvoir étudier d'éventuelles
poursuites civiles ».
« J'envisage d'attaquer pour violation de la vie privée, je verrai exactement sous quelle forme en regardant le film dans le détail », nous indique la magistrate.
Entre un voyage à Madagascar et un autre au Kenya, pour des opérations anti-corruption au nom du gouvernement norvégien, Eva Joly a vu en salle le film de Chabrol. L'ancienne juge en est ressortie avec « la nausée ». « Un sentiment de malaise », a-t-elle écrit dans une tribune publiée dans « le Monde », la semaine dernière.
« Claude Chabrol a réduit l'enquête Elf à une suite de clichés... Au passage, il a choisi de violer l'intimité de ma vie privée. Il n'a cessé lors des interviews pour la promotion du film d'ajouter des détails sordides et erronés sur ma vie personnelle. »
La juge et ses enfants admettent difficilement la mise en scène par Chabrol de la tentative de suicide du mari d'Isabelle Huppert qui incarne la célèbre magistrate à l'écran. « En mettant en scène le couple Joly, Claude Chabrol a pris le parti de lier la mort du mari d'Eva Joly à l'affaire Elf, ce qui est inacceptable », confie un magistrat proche de la juge de l'affaire Elf.
Du côté de Claude Chabrol, pas de réaction hier soir de son producteur, Patrick Godeau.
Le film « l'Ivresse du pouvoir » est d'ores et déjà un succès : il a dépassé le million d'entrées
et a été vendu à une vingtaine de pays dans le monde dont... la Norvège.
Le Parisien, 24 mars 2006, Laurent Valdiguié avec Alain Grasset, p. 33
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(7 avril 2006) Claude Chabrol poursuivi par Eva Joly
L'ex-magistrate de choc de l'«affaire Elf» traîne le célèbre cinéaste en justice.
Le film «L'ivresse du pouvoir» violerait sa vie privée et son intimité.
C'est un affrontement spectaculaire, qui se déroule sur un terrain inédit: à la frontière entre la haute politique, la bassesse des «affaires», les arts et la justice. Il oppose deux personnalités hautement médiatiques: un des cinéastes les plus populaires de France et une ex-juge d'instruction pugnace qui, il y a quelques années, acquit la notoriété en faisant trembler la Mitterrandie.
Cet affrontement s'est joué vendredi matin devant la dix-septième chambre du Tribunal de grande instance de Paris.
D'un côté, Claude Chabrol, poursuivi pour son dernier film, «L'ivresse du pouvoir», qui a allégrement dépassé le cap du million d'entrées en France et a été vendu à une vingtaine de pays.
Ce film s'inspire librement de l'«affaire Elf»: un méga-scandale politico-financier qui entraîna notamment la chute de l'ancien ministre socialiste des Affaires étrangères Roland Dumas et de l'ex-PDG d'Elf Loïk Le Floch-Prigent, tous deux poursuivis pour des détournements de fonds et abus de biens sociaux commis au détriment du géant pétrolier.
De l'autre côté, Eva Joly, la juge qui, précisément, instruisit cette affaire et qui, dans le film, est incarnée par Isabelle Huppert.Vendredi, l'ex-magistrate -aujourd'hui conseillère anti-corruption du gouvernement de Norvège, son pays d'origine- a demandé à la justice parisienne de contraindre le producteur de «L'ivresse du pouvoir» de lui en fournir une copie, afin de «pouvoir étudier d'éventuelles poursuites civiles» à son encontre. Le jugement a été mis en délibéré à la semaine prochaine. Eva Joly envisage d'attaquer Claude Chabrol pour violation de la vie privée et de son intimité.
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JDD, Politique 25/05/2007 - 13:41
Joly critique la visite de Bongo à Sarkozy L'ex-juge Eva Joly a regreté que l'un des premiers chefs d'Etat étrangers à rendre visite à Nicolas Sarkozy à Paris soit le président du Gabon, Omar Bongo, ce qui reflète à ses yeux "les mauvaises habitudes de la France". "Pour moi, c'est un grand mystère que la France, les journalistes, les philosophes, aient toléré la 'France-Afrique' pendant si longtemps", a-t-déclaré dans une interview au site d'informations en ligne Rue89.--------
24.05.2007 Paolini, Bouygues, et l'Elysée: Eva Joly dénonce une machine de guerre pour la propagande
Nonce Paolini devient Directeur général de TF1, succédant à Patrick Le Lay (qui reste cependant président). Libération donne deux informations intéresantes : N.Paolini n'a pas d'amitié politique connue. Mais :"il est très lié à Martin Bouygues. Lequel il le revendique est l'ami intime de Nicolas Sarkozy, et là, malaise : Paolini sera-t-il, par Bouygues interposé, la voix de son maître ?" Apprenant qu'il aurait L.Solly pour adjoint, Paolini aurait contacté Bouygues pour refuser le cadeau empoisonné. Peine perdue, Interrogé par Libé, le conseiller communication de N.Sarkoy a affirmé : "pour l'instant Laurent Solly fait le tour des entités de la holding du groupe Bouygues, et, dans la première quinzaine de juin, il sera DG adjoint de TF1". L'information intéressante: "Joint par Libération, TF1 n'est pas au courant."-------
Eva Joly souhaite une enquête sur un compte japonais présumé de Chirac le 25/5/2007 à 17h35 par AFP
L'ancienne juge Eva Joly souhaite que la justice française enquête sur l'affaire d'un compte bancaire présumé de l'ex-président Jacques Chirac à la Tokyo Bank en 1992, dans une interview publiée par le quotidien 20 minutes. "Si les institutions judiciaires françaises fonctionnent normalement, Jacques Chirac sera entendu sur les affaires non prescrites le concernant - les HLM (logements sociaux) de la Ville de Paris et les emplois fictifs du RPR - mais aussi sur son compte allégué au Japon", déclare l'ex-juge d'instruction de la retentissante affaire Elf, l'une des plus vastes affaires de pot-de-vins en France. "Une démocratie digne de ce nom ne peut vivre avec cette suspicion non vérifiée", affirme l'ex-magistrate franco-norvégienne, devenue conseillère anti-corruption en Norvège. L'ex-président, dont l'immunité présidentielle sera levée le 16 juin, a opposé "un démenti catégorique" à toute existence d'un compte bancaire. Il pourrait être amené prochainement à rendre des comptes à la justice dans plusieurs affaires concernant notamment la période précédent son accession à la tête de l'Etat en 1995. L'hebdomadaire d'investigation Le Canard Enchaîné a fait état dans son édition de mercredi de nouvelles notes d'un ancien haut responsable du renseignement, le général Philippe Rondot, dans lesquelles est évoqué ce compte présumé.-------
Européennes: Eva Joly possible candidate Source : AFP 08/06/2008 | Mise à jour : 16:03
L'ancienne juge Eva Joly a exprimé sa volonté de s'engager dans le débat européen aux côtés de François Bayrou, et indiqué qu'elle serait "peut-être" candidate aux européennes de juin 2009 sous les couleurs du Mouvement démocrate (MoDem). "La situation politique française est très bloquée, c'est un terrain pour beaucoup de populisme d'un coté, et de l'autre coté des discussions idéologiques", a indiqué Eva Joly devant la presse, à l'issue d'une "convention sur l'Europe" organisée par le MoDem, dont elle était l'invitée vedette. "François Bayrou est plus orienté vers l'action. En plus c'est un vrai européen, et pour moi l'avenir est vraiment dans l'Europe", qui peut contribuer à "corriger les défauts français", a-t-elle ajouté. Elle a notamment jugé "choquant" le "non traitement des affaires" en France, citant le classement du dossier sur les résidences en France de la famille d'Omar Bongo "sans même ouvrir une enquête".-------
vendredi 25 juillet 2008, mis à jour à 17:30 Reuters l'express.fr L'ancienne juge Eva Joly dénonce la procédure pour Bernard Tapie
L'ancienne magistrate Eva Joly dénonce les conditions dans lesquelles Bernard Tapie a obtenu une indemnisation record de 285 millions d'euros de l'Etat et estime qu'elle résulte d'une instruction de Nicolas Sarkozy. "On voit dans cette histoire un président de la République qui donne des instructions dans l'intérêt non pas de l'Etat, mais dans celui de ses alliés politiques ou de ses amis", dit-elle dans un entretien au site internet Mediapart. L'ex-juge d'instruction fut chargée d'enquêtes mettant en cause Bernard Tapie et a quitté la magistrature en 2002 pour devenir conseillère du gouvernement norvégien. Elle juge sans précédent le choix du gouvernement dans l'affaire. Alors que la Cour de cassation avait annulé en 2006 un arrêt accordant 135 millions d'euros à Bernard Tapie, et ordonné un nouvel examen du dossier, l'Etat a décidé en octobre 2007, par le biais d'instruction écrites de la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, de recourir à un arbitrage privé. "Le fait d'avoir recours à la justice privée non transparente est tout à fait extravagant quand les deniers publics sont en jeu", souligne Eva Joly. "On ne voit pas quelqu'un qui a gagné en cassation abandonner cet avantage et avoir recours à une procédure non transparente", dit-elle. BAYROU PARLE "D'ABAISSEMENT DE L'ÉTAT" François Bayrou est revenu à la charge sur l'affaire dans un tribune au Monde de samedi. A ses yeux, "par le fait du prince, parce qu'il s'agit de soutiens ou de complices dans un certain nombre d'opérations politiques, passées, présentes ou à venir, l'Etat protège et enrichit ceux qui se moquent de sa loi." "L'affaire Tapie donne la mesure de l'abaissement de l'Etat", insiste-t-il. L'indemnisation de 285 millions d'euros pour l'ex-groupe Bernard Tapie répare les manoeuvres jugées déloyales du Crédit lyonnais lors de la vente de ses parts d'Adidas en 1993. On sait aujourd'hui que la banque, par un montage off-shore, s'est vendue à elle-même ces parts pour 318 millions d'euros, avant de les céder en 1994 à l'homme d'affaire Robert-Louis Dreyfus pour 708 millions d'euros. François Bayrou conteste que Bernard Tapie ait été perdant dans la vente et rappelle que l'homme d'affaires avait acheté le groupe en 1990 avec un prêt à court terme du Crédit lyonnais de 1,6 milliard de francs, soit environ 243 millions d'euros. Le ministère de l'Economie annoncera lundi prochain s'il dépose un recours contre la décision du tribunal arbitral. C'est peu probable, a dit Stéphane Richard, directeur de cabinet de Christine Lagarde, jeudi. "Le principe d'un arbitrage est que les parties renoncent à faire appel, sinon on ne fait pas d'arbitrage. (...) Ca parait difficilement envisageable mais il est de notre devoir d'examiner la chose", a-t-il dit. Une autre réunion jeudi de la même instance arbitrale, ou devaient être calculés les intérêts sur l'indemnisation de Bernard Tapie, susceptibles de porter son gain à 400 millions d'euros, n'a pas davantage abouti à une décision. Le sujet sera traité en septembre. Après déduction du passif de son ancien groupe, Bernard tapie conserverait une somme comprise, suivant les estimations, entre 20 et 80 millions d'euros.------
Verts: Eva Joly co-listière de Cohn-Bendit aux européennes de 2009 AFP 16 septembre 2008 12.00
PARIS (AFP) — L'ancienne juge Eva Joly sera candidate aux élections européennes de juin 2009 en Ile-de-France sur la liste des Verts, a annoncé lundi Daniel Cohn-Bendit, qui partagerait avec elle la tête de liste. "Que je sois n°1 ou n°2, avec Eva Joly, je suis sûr qu'on fait plus de deux élus en Ile-de-France ! Donc nous serons de toutes façons deux têtes de liste", a indiqué le co-président des Verts européens sur France-Inter. L'ex-juge d'instruction de l'affaire Elf "est très écologiste", et "elle a toute une argumentation sur la fiscalité et les paradis fiscaux" qui aidera les Verts au Parlement européen, s'est félicité Daniel Cohn-Bendit. Eva Joly avait exprimé le 8 juin sa volonté de s'engager dans le débat européen aux côtés de François Bayrou, et indiqué qu'elle serait "peut-être" candidate aux européennes de juin 2009 sous les couleurs du MoDem. Mme Joly, conseiller spécial du gouvernement norvégien, avait alors précisé qu'elle était engagée dans un projet lui tenant "beaucoup à coeur", une enquête avec la Banque mondiale sur les flux financiers illicites, qui ne doit se terminer qu'en juin prochain.------
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Point de vue
Omerta sur les clandestins, par Eva Joly
LE MONDE | 03.10.08 | 13h56
S'adressant au pape, Nicolas Sarkozy affirmait que "c'est en pensant à la dignité de l'homme que nous affrontons la si délicate question de l'immigration, sujet immense qui demande générosité, respect de la dignité et en même temps prise de responsabilités". Il est temps de lever le voile sur la triste réalité que cachent ces belles paroles.
Depuis vingt-cinq ans, la Cimade porte le regard de la société civile au coeur des centres de rétention français. Cette association avait été approchée par le gouvernement dès la création en 1984 de l'enfermement administratif des étrangers, car son histoire était liée, plus que toute autre, à cette problématique. Au fil des ans, la Cimade s'est adaptée à une législation sans cesse modifiée par les gouvernements successifs, pour exercer tant bien que mal sa mission : la mise en oeuvre de l'exercice effectif du droit des étrangers enfermés.
Depuis 2003 avec l'instauration d'une politique chiffrée des expulsions, la Cimade a dû réagir. Le plus souvent dans l'indifférence générale, elle a tenté d'alerter l'opinion publique sur ce dont elle seule pouvait témoigner : la dégradation considérable de la situation des étrangers "retenus".
Mais aujourd'hui le rôle de cet organisme indépendant est menacé. En effet, cette mission répond à un marché public, qu'à l'occasion de son renouvellement, le gouvernement s'apprête à transformer en profondeur. Désormais, il n'y aura plus sur le territoire français un seul observateur à même de publier des rapports couvrant l'ensemble des sites de rétention, mais une multiplicité d'intervenants locaux.
Plus personne ne sera en mesure de relever les disparités de pratique administrative et judiciaire de la rétention sur le territoire ; et ce d'autant plus que les titulaires de ces marchés seront tenus par une clause de neutralité et de confidentialité. N'importe quelle "personne morale" pourra répondre, de l'organisme parapublic - à l'indépendance très relative à l'égard du gouvernement - à l'entreprise privée.
La rédaction de l'appel d'offres suscite le doute sur la nature de la nouvelle mission : alors que la Cimade aide activement les "retenus", les assiste pour rédiger des recours administratifs, le nouveau marché semble ne prévoir que la distribution d'un fascicule d'information "en vue de l'exercice de leurs droits". Soit un double feuillet en guise d'introduction au code des étrangers, voilà une touchante attention qui ne risque pas de rendre les retenus trop procéduriers.
Je ne veux pas prendre la défense de cette association à laquelle je ne suis liée en aucune manière, mais je veux témoigner de ce que la mission qu'elle occupait jusqu'à présent est d'une importance fondamentale. A ceux qui m'objectent qu'aucun pays européen n'est doté d'une telle structure, je réponds que la Chine et les Etats-Unis non plus ; et qu'il n'est en cette matière aucune norme supérieure à celle que nous dictent nos principes, dont le fondement doit demeurer la Déclaration universelle des droits de l'homme.
Cette réforme mineure en apparence est emblématique de la perte de repères de notre pays et de sa dérive vers des pratiques toujours plus éloignées des idéaux qui l'ont fondé. Les étrangers sans papiers sont vulnérables et c'est l'honneur de notre pays que de leur garantir de pouvoir exercer réellement ce peu de droits que notre législation leur concède.
Chacun sait que la lutte contre l'immigration clandestine est un arbitrage permanent entre le respect des droits humains et la volonté de réduire le flux migratoire. Cette équation n'a pas varié depuis que le pays a fermé ses frontières en 1974. Ce que chacun doit comprendre, c'est que cet arbitrage ne peut pas être indéfiniment en défaveur des droits de l'homme. Il arrive un moment où le dispositif ne peut plus être durci sans trahir ce que nous sommes.
Cette limite atteinte, il faut savoir admettre - publiquement - que malgré tous les efforts de la force publique, le dispositif laisse du jeu. Même la Corée du Nord ne parvient pas à rendre totalement étanche ses frontières. Je m'étonne de ce que la question de cette limite ne soit pas publiquement posée. Il faut dire qu'elle comporte certains aspects peu reluisants.
La politique du chiffre est en effet une course en avant. Des résultats tangibles en valeur absolue étant hors de portée (la diminution du nombre de clandestins sur le territoire par les reconduites demeure dérisoire), le gouvernement focalise sa communication sur l'augmentation du chiffre de reconduites d'une année sur l'autre. La mise en oeuvre de cette augmentation statistiquement marginale a un coût moral tout à fait exorbitant.
Mais le spectacle du volontarisme politique ne s'encombre pas de ce genre de détails. Ainsi, si la France ratifie la directive retour votée récemment au Parlement européen, autorisera-t-on l'enfermement des étrangers pendant dix-huit mois consécutifs ? Cette mesure est aussi cruelle qu'inutile puisque l'on sait qu'une reconduite matériellement réalisable intervient presque toujours dans les premières semaines de la rétention. De même, doit-on redouter qu'en vertu de ses objectifs chiffrés, la France n'entérine le principe des reconduites de mineurs isolés vers des pays de transit où ils n'ont aucune attache.
Cette politique recèle d'autres dangers : la pression grandissante exercée sur les préfectures, les services de police, de gendarmerie et sur la justice est une incitation permanente à franchir la ligne rouge de la légalité républicaine. Des traquenards autour des écoles aux guets-apens devant les guichets de préfecture en passant par les rafles aux sorties de métro, la réalité d'aujourd'hui menace d'ores et déjà notre identité nationale. Ne louvoyons pas avec l'Etat de droit, nous avons tout à perdre et rien à gagner.
Alors que dans les services publics, l'heure est à la modernisation, les administrations concernées par l'immigration clandestine s'enfoncent tous les jours, un peu plus, dans des méandres kafkaïens.
Je sais que dans le pays de Voltaire et de Rousseau, il est devenu chic de mépriser le "droit-de-l'hommisme", je sais que le terrain est idéologiquement quadrillé et que quelques formules lapidaires ont chauffé à blanc les opinions : "angélisme", "régularisation massive", "appel d'air", "immigration choisie"...
Je sais aussi que la gauche est pétrifiée par ce sujet, mais je veux prendre ici à témoin ceux qui ont l'espoir de refonder une démocratie sociale sur des idées claires : nous ne gagnerons jamais en reniant nos principes.
Eva Joly, ancienne magistrate, est candidate de l'union des écologistes aux élections européennes.
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Eva Joly et José Bové roulent pour Cohn-Bendit
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Eva Joly: "Je ne peux pas croire à un tel coup contre la démocratie"
Par Laurent Chabrun, publié le 07/01/2009 18:06 - mis à jour le 07/01/2009 19:24 lexpress.fr
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Aurélie Ladet | 20.10.2008, 22h37 | Mise à jour : 21.10.2008, 13h24 le parisien.fr
Deux personnalités fortes, deux parcours différents, unis sur une seule et même liste pour les élections européennes de 2009.
Eva Joly et José Bové ont rejoint le mouvemement Europe-Ecologie autour du député européen Vert, Daniel Cohn-Bendit. Une liste de signataires encore provisoire, présentée lundi face à la presse comme le «green deal» nécessaire devant l'«urgence» de la crise écologique.
Sur la tribune aussi, d'autres personnalités entouraient l'ex-leader de mai 68: Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts, le président du Mouvement écologiste indépendant (MEI) Antoine Waechter, ou encore Jean-Paul Besset, un proche de Nicolas Hulot.