Maurice Bertrand

Ancien haut fonctionnaire de l'Onu, ayant enseigné à l'Ecole nationale d'administration et à l'Institut des hautes études internationales de Genève.
Exemple en polémologie (sociologie des conflits trans et internationaux) d'un référent de l'école dite "idéaliste", qui, dans La fin de l'ordre militaire, Presses de Sciences Po, Paris 1996, pense que la société mondiale est en émergence, que la mondialisation conduira à la régulation mondiale et donc à un monde construit et pacifié.
Le point de vue "idéaliste" s'oppose au point de vue réaliste, notamment au point de vue de l'Ecole du chaos, dont le référent est Martin Van Creveld.
Martin Van Creveld, historien militaire, polémologue, enseignant à l'Université hébraïque de Jérusalem, pense que les guerres terroristes, mafieuses et civiles deviennent la forme normale du conflit violent, et qui ont toutes les chances de se généraliser.
Par exemple Jean-Christophe Rufin, L'Empire et les nouveaux barbares, Lattès, Paris 1991, pense qu'après la guerre froide entre le capitalisme et le socialisme le système international est difficilement régulable et que les Etats occidentaux doivent se considérés comme étant assiégés de toute part.
Le point de vue "chaotique", un point de vue dit réaliste, n'est pas partagé par les idéalistes, disciples de Rousseau et de Kant, comme Maurice Bertrand.

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Nous vivons dans un monde où la pensée politique semble relever essentiellement du domaine de l'économie. Le néo-libéralisme monétariste qui commande les politiques des grandes puissances, et qui vante les vertus du marché, de l'entreprise privée, de la rigueur dans les budgets publics et du libre-échange, s'inspire d'une longue tradition d'explication techno-économique de l'évolution sociale, qui a commencé avec les créateurs de l'économie politique anglaise au XVIIIème siècle, et qui a passé par Marx avant d'arriver à Milton Friedman. Il s'agit d'une véritable philosophie sociale, à laquel nul ne semble vouloir échapper....
Or, s'il est indéniable que l'économique a une influence considérable sur le social et sur le politique, il est faux que le politique dépende uniquement de l'économie. Il dépend au moins autant, sinon davantage, du monde militaire, c'est-à-dire de la manière dont on assure traditionnellement la sécurité. Les structures militaires ont toujours largement déterminé les structures politiques, parce que la sécurité est un problème politique primordial.
La fin de l'ordre militaire, p. 9 et 10.

2
La logique de la sécurité conduit à un diagnostic précis. Elle écarte aussi bien la solution, pourtant classique, de l'établissement d'une hégémonie, que celle du maintien en état du système politique qui gouverne aujourd'hui le monde, pour déboucher sur l'institution inévitable, malgré les crises et les obstacles qui s'y opposeront, d'une organisation démocratique et pacifique de la société planétaire.
Ibidem p. 69.

3
La marche vers la fin de l'ordre militaire se heurtera à la résistance des catégories sociales qui ont intérêt à maintenir l'ordre existant et à celle des idées reçues. Lorsqu'on constate la tranquille assurance avec laquelle la majorité des hommes politiques et des experts en "stratégie" continuent de tenir pour acquis le devoir de défendre l'"intérêt national" ou le "rang" de leur pays, en poursuivant la course aux armements les plus performants, en encourageant le commerce des armes, en continuant le développement des armes nucléaires, on peut penser qu'il y a encore un long chemin à parcourir avant que ce militarisme ne soit remplacé par un nouvel internationalisme.
Ibidem p. 119.

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