André Bellon

Député socialiste, président de la Commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale. Auteur avec Anne-Cécile Robert, journaliste, membre des cercles Condorcet (gauche républicaine, nationale jacobine), de Un totalitarisme tranquille, la démocratie confisquée, Editions Syllepse, Paris 2001.

1
En fait, la critique de l'Etat-nation n'a jamais été fondée sur les réformes nécessaires de son fonctionnement. Elle n'a servi qu'à légitimer le passage d'un type d'Etat à un autre, en fait à la légitimation des intérêts mondialisés et, en corollaire, à la disparition de la souveraineté de la Nation, c'est-à-dire d'un corps de citoyens liés par un contrat social. Ce qui fondait le pouvoir, en France, depuis la Révolution, c'était, en effet, cette souveraineté, c'est-à-dire la délégation de pouvoir aux représentants élus par le peuple.
Le crépuscule de la démocratie in Un totalitarisme tranquille, op. cité, p. 59.

2
L'Etat incarne l'intérêt général au-dessus des intérêts particuliers. La République a toujours été assimilée au bien commun par les philosophes (Montesquieu, Rousseau, ou plus anciennement Machiavel). Cette idée a amené l'Etat républicain à assurer un certain nombre de missions d'intérêt général qui, dans la démocratie sont laissées à des associations privées : enseignement, services sociaux, création de services publics ...
Ibidem, p. 65.

3
Finalement, à quoi sert le Parlement aujourd'hui alors que les lieux d'élaboration des règles collectives s'éloignent vers l'Europe, c'est-à-dire vers des organes non élus et peu responsables ? A quoi sert le Parlement alors que se développent les recours judicaires contre les décisions politiques, changeant par là même la nature du pouvoir. ... Car il ne saurait s'agir, à notre sens, de remettre en cause la souveraineté populaire, ce que tend à faire le Conseil constitutionnel lorsqu'il s'avanture sur le fond des sujets ... .
Ibidem, p. 71

4
Toute modification constitutionnelle doit prendre en compte l'équilibre général des pouvoirs. Or les réformes qu'on propose régulièrement évitent tout questionnement d'ensemble. Elles s'attaquent à des questions ponctuelles sans considérer les équilibres globaux. Mieux vaudrait rédiger une nouvelle constitution que de bricoler sans arrêt celle-ci au risque de rendre incohérent l'ensemble. La succession des réformes montre que l'opinion est prête à se débarrasser d'une constitution autoritaire qui a fait son temps.
Faut-il instaurer un régime présidentiel pur comme aux Etats-Unis ? C'était le choix de Léon Blum. Faut-il revenir à un régime parlementaire classique avec un premier ministre assumant la totalité de la fonction exécutive ? C'était l'inclination de Pierre Mendès-France.Les réflexions de techniciens du droit constitutionnel seraient mieux conduites si elles s'inspiraient de ce principe général que le pouvoir est mieux exercé collectivement que par un homme seul.
L'heure du politique in Un totalitarisme tranquille, op. cité, p. 99.

5
Il n'y a d'exception française que pour ceux qui veulent détruire les valeurs qui fondent notre société, que pour ceux qui veulent que leurs intérêts économiques particuliers soient de plus en plus garantis, valorisés, accrus. Ibidem, p. 112.

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