Un "mariage" à la britannique ... L'Eglise anglicane broie du rose
Août 2003 : le "mariage" est confirmé

Le Pacs en version anglaise
Les couples homos sont reconnus.

(KARLSRUHE, 17 juillet 2002. La Cour constitutionnelle (allemande) valide le « mariage homosexuel » allemand)

Le gouvernement néo-travailliste veut accorder presque les mêmes droits aux couples gays et lesbiens qu'aux personnes mariées. Le rapport «consultatif» publié hier (30 juin 2003), et qui devrait donner lieu à un projet de loi d'ici à la fin de l'année, prévoit la création d'un «partenariat civil», une sorte de Pacs Britannia. Seule différence avec son cousin français : les hétérosexuels qui vivent en union libre ne bénéficieront pas de la mesure. A l'avenir, les homosexuels qui auront officialisé leur relation obtiendront les mêmes avantages sociaux et fiscaux que les couples mariés. Ils se devront mutuellement secours et assistance. En cas de décès de leur conjoint, ils pourront toucher leur retraite, hériter de leur bien sans avoir à payer de droits de succession. Ils recevront des indemnités en cas d'accident mortel, auront la possibilité d'exercer une autorité parentale sur leurs enfants respectifs. Les hôpitaux ne pourront plus les traiter en parias. Ils bénéficieront du statut de «proche parent», acquerront enfin un droit de visite et devront être tenus informés par les médecins.

«Il ne s'agit pas d'être politiquement correct, mais de faire coïncider la loi avec la réalité de la vie des gens», a insisté Jacqui Smith, la secrétaire d'Etat aux femmes et à l'égalité. «Des milliers de gens de même sexe ont noué des relations durables et stables qui (...) n'existent pas aux yeux de la loi et sont souvent confrontés à toute une série de problèmes humiliants, pénibles et inutiles.» Le texte ne fait pas mention d'un mariage homosexuel et ne prévoit pas de cérémonie. Pour être reconnus, les couples n'auront qu'à s'inscrire au registre d'état civil. Le projet prévoit même une forme de «divorce».

En cas de rupture, l'accord de partenariat sera dissous à l'issue d'un «processus juridique formel». Ben Summerskill, de l'association gay Stonewall, a salué une mesure qui aurait dû être adoptée «depuis longtemps». Mais le refus d'inclure les couples hétérosexuels suscite de violentes critiques. Peter Tatchell, l'un des militants homosexuels les plus connus, dénonce une réforme «hétérophobe et discriminatoire». Pour le gouvernement, les hétérosexuels ne subissent pas une injustice puisqu'ils ont toujours la possibilité de convoler en justes noces.
Libération, Par Christophe BOLTANSKI, mardi 01 juillet 2003, p. 11

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L'Eglise anglicane broie du rose

Jeffrey John renonce à être intronisé (6 juillet 2003) ... Il est "confirmé" en août

La consécration prochaine d'un évêque homosexuel divise le clergé britannique.

Le révérend David Phillips, en bras de chemise, arbore un sourire qui semble figé pour l'éternité. Aucune colère ou irritation ne transparaît dans sa voix douce, pas même quand il évoque les «faux prophètes» qui pervertissent l'Eglise d'Angleterre. Une question suscite une gêne immédiate. Quelle attitude adopter envers les prêtres homosexuels ? «Ils doivent renoncer à leur ministère», «se repentir», répond-il. «Nous devons les aider à changer leur mode de vie». Mais, il reconnaît, en rougissant, avec un petit rire nerveux, qu'il aurait «personnellement du mal à traiter avec ces... gens». Depuis une lointaine banlieue, au nord de Londres, David Phillips dirige la Church Society, l'un des principaux groupes évangéliques anglicans. Une frange très conservatrice qui appelle ses fidèles à communier autour de «la Bible, l'Eglise et la Nation». Une unité aujourd'hui plus que jamais menacée. «Cela va être la pagaille. Une pagaille complète !», prévient-il. De nombreuses paroisses menacent de ne plus verser la moindre obole à leur diocèse ou même de nommer leurs propres évêques. «Nous ne voulons pas d'un schisme. L'Eglise a toujours su rassembler des courants très divers. Mais il y a un point de rupture». D'un bout à l'autre du monde anglican, la révolte gronde depuis la nomination comme évêque de Reading d'un homosexuel déclaré, le Dr Jeffrey John. Le «révérendissime» Peter Akinola, primat du Nigeria, dénonce une «attaque satanique contre la maison de Dieu» et envisage de ne plus reconnaître l'archevêque de Canterbury, chef spirituel de la religion anglicane. Un avertissement pris d'autant plus au sérieux qu'il représente 17,5 millions de fidèles sur un total de 70 millions. L'archevêque de Sidney, Peter Jensen, un autre évangéliste, parle d'un «tournant» et d'une «perturbation tragique de la communauté».

Cadeau de Dieu.
Le chanoine Jeffrey John, 50 ans, n'est pas le premier homosexuel à monter en chaire, mais le premier à le revendiquer haut et fort. Il considère l'amour qui le lie à Grant Holmes, vicaire d'une église du sud-ouest de Londres, comme «un cadeau et une vocation reçus de Dieu». Les deux " se sont rencontrés, il y a près de vingt-sept ans, au collège de théologie St Stephen's House à Oxford. Ils ne vivent pas ensemble et leur relation n'a plus de «caractère sexuel» depuis plusieurs années. Mais «il est parfaitement clair qu'elle va continuer», a-t-il récemment déclaré au Times.

A peine remis de ses débats virulents sur l'ordination des femmes, le clergé anglican se déchire sur le cas du Dr John. Neuf évêques dont celui de Liverpool réclament sa démission dans une lettre ouverte. En réaction, huit autres viennent de voler à son secours. «Je l'appuie à 100 %», s'écrie le très révérend Colin Slee, doyen de la cathédrale de Southwark où Jeffrey John exerçait jusqu'à présent son ministère. «C'est un collègue de premier rang. Un brillant théologien. Un homme qui croit dans les sacrements et respecte la discipline de l'Eglise. Même quand ça lui coûte. Il s'est astreint au célibat et ne vit même pas avec cet homme !»

Le doyen Slee prône un christianisme ouvert, moderne, tolérant à l'image de son diocèse du sud de Londres. «Un petit groupe d'évangélistes et de conservateurs menacent de nous quitter s'ils n'obtiennent pas satisfaction ? A l'inverse, des milliers, sinon des millions d'homosexuels pourraient nous rejoindre. Cela fait des siècles que l'Eglise les traite en parias. Le véritable schisme, c'est celui là !» Le débat actuel met fin, selon lui, à une longue hypocrisie. «Sur cette question, les évêques avaient pour politique : "Ne me dites rien, je ne vous demanderai rien". Le but d'une ...glise devrait être la vérité. Comment voulez vous accéder à la vérité, si vous ne laissez pas la discussion avoir lieu ?»

Attablé à un café de Notting Hill, en jean et tee-shirt, le père Giles Fraser dénonce une campagne orchestrée par des «talibans» qui «s'inspirent des téléprêcheurs américains». Vicaire de Putney, il enseigne la philosophie à Oxford et écrit régulièrement dans les colonnes du Guardian, le quotidien de gauche. «Jeffrey est uniquement victime de son honnêteté. Dans toute notre histoire, il y a eu des évêques gays». La polémique, loin d'accélérer le déclin de l'Eglise d'Angleterre, la renforce. «Londres compte la plus grande proportion de prêtres gays du pays. C'est aussi le seul diocèse où le nombre de fidèles augmente».

L'ancien archevêque de Canterbury, George Carey, croyait avoir clos le sujet avec un document adopté en 1991 et intitulé : «Les problèmes de la sexualité humaine» qui bannit «l'homosexualité active» dans le clergé et non parmi les fidèles. Un compromis bancal. «Si vous êtes gay, vous pouvez vous asseoir sur le banc d'une église, mais pas prononcer le sermon ?», s'exclame Giles Fraser.

La controverse est repartie de plus belle avec l'intronisation en février du nouveau primat d'Angleterre, Rowan Williams. Un prélat barbu à l'allure de barde celte et aux idées très libérales. Pacifiste convaincu, il a plusieurs fois exprimé son opposition à la guerre en Irak. Il admet avoir ordonné un homosexuel à la prêtrise et considère une telle relation conforme à l'enseignement de la Bible si elle est «durable» et «fidèle». Il ne voit pas non plus pourquoi les femmes déjà révérendes ne pourraient pas être élevées un jour au rang d'évêques.

Autant de casus belli pour les traditionalistes. La chasteté proclamée par le chanoine Jeffrey John ne leur suffit pas. Ils exigent repentance. «Un homme qui a volé peut-il se contenter de dire qu'il ne le fait plus ? Il doit d'abord reconnaître qu'il a péché», insiste le dr Philip Giddings, un prédicateur de Reading qui menace de boycotter son futur évêque. Dans son diocèse, trois paroisses envisagent de garder leurs sous. A Londres, l'église St Helen's a déjà proclamé son indépendance financière. Une arme d'autant plus redoutable que les communautés évangélistes, souvent situées dans des banlieues résidentielles, sont riches.

Volte-face ?
L'arrivée de Jeffrey John au siège épiscopal de Reading semble irréversible. L'évêque d'Oxford, Richard Harries, à l'origine de son avancement, est bien décidé à ne pas céder. Son choix a déjà été confirmé par la Reine et Downing Street. Dans un communiqué, l'archevêque de Canterbury, Rowan Williams, déclare avoir cherché «ni à promouvoir ni à bloquer cette nomination». A moins d'une volte-face de la hiérarchie, le drJohn sera consacré évêque le 9 octobre en l'abbaye de Westminster. Le prélat devrait alors demander si quelqu'un s'oppose à la cérémonie. Une question de pure forme jamais relevée. Sauf peut être cette fois. «Je serais surpris si personne ne dit rien», prédit David Phillips.
Libération, Par Christophe BOLTANSKI, mardi 01 juillet 2003, p. 11

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KARLSRUHE, 17 juillet 2002. La Cour constitutionnelle (allemande) valide le « mariage homosexuel » allemand

Le « mariage homosexuel », légalisé en Allemagne en août 2001, n'est pas contraire à la Loi fondamentale allemande, a estimé, mercredi 17 juillet (2002), la Cour constitutionnelle, suite à une plainte déposée par plusieurs Etats régionaux dirigés par l'opposition conservatrice.
Les sages de Karlsruhe ont jugé que le contrat de vie commune entre homosexuels ne représentait pas une attaque à l'égard du mariage traditionnel, car il ne s'adressait pas aux mêmes personnes.

La Bavière (sud), dirigée par Edmund Stoiber, le candidat conservateur à la chancellerie aux élections de septembre (2002), la Thuringe (est) et la Saxe (est), avaient déposé une plainte contre la loi votée par la majorité parlementaire social-démocrate - écologiste.
Edmund Stoiber a indiqué qu'il regrettait la décision de la Cour, mais qu'il ne remettrait pas en cause le « mariage homosexuel » s'il arrivait au pouvoir.
Entre 4 000 et 4 500 couples homosexuels se seraient mariés depuis la mise en oeuvre de la loi.
Le Monde, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 19 Juillet 2002 p. 4 (AFP, Reuters.)

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L'Eglise épiscopalienne confirme la nomination du premier évêque homosexuel

Les évêques de l'Eglise épiscopalienne, branche américaine de l'Eglise anglicane, ont officiellement confirmé, mardi 5 août, la nomination sans précédent du premier évêque ouvertement homosexuel au sein de leur Eglise. A la suite d'un débat public, les évêques ont approuvé par 62 voix contre 45 la nomination du pasteur Gene Robinson dans le diocèse du New Hampshire, a annoncé Frank Griswold, président de la convention épiscopalienne réunie à Minneapolis.

Ce vote, obtenu malgré la très forte opposition du clergé conservateur, fait redouter à l'Eglise des risques de schisme, un groupe de 24 évêques conservateurs ayant notamment menacé ces derniers jours de quitter leur Eglise si le révérend homosexuel devenait évêque. Interrogé sur ces risques, Gene Robinson avait déclaré récemment : "Est-ce qu'en me retirant, j'arriverais à préserver l'unité de mon Eglise ? Je ne crois pas. Cette question ne va pas simplement disparaître. Je ne vais pas disparaître non plus".

Les évêques et un collège de laïcs de l'Eglise épiscopalienne américaine avaient déjà confirmé dimanche à une majorité des deux tiers, lors d'un vote préliminaire, la nomination de Gene Robinson, 56 ans, à la tête de son diocèse. Un deuxième vote, pour entériner cette décision, était attendu lundi. Mais il avait été suspendu suite à des accusations de dernière minute, reprochant notamment au pasteur Robinson un comportement sexuel déplacé.

Une enquête ouverte à la suite de ces accusations a été bouclée mardi dans l'après-midi, indiquant que le pasteur n'a rien à se reprocher, selon l'évêque du Massachussets, Gordon Scruton, responsable de cette enquête, ouvrant la voie au vote de confirmation de mardi soir. "Je ne vois aucun élément justifiant que cette enquête se poursuive", avait-il déclaré à la presse. En fait, David Lewis, l'homme qui avait accusé le pasteur de "gestes déplacés" avait seulement rapporté qu'il lui avait touché à plusieurs reprises l'avant-bras et le dos en lui parlant, a précisé Mgr Scruton.

Divorcé et père de deux enfants, le révérend Gene Robinson avait publiquement fait cas de son homosexualité en 1990. Il vit avec le même compagnon depuis treize ans. Son élection en juin dans son diocèse pour en devenir l'évêque a suscité un grand intérêt international, en raison des conséquences à la fois pour l'Eglise épiscopalienne américaine et la communauté anglicane mondiale.

DES "JOURS DIFFICILES"

L'archevêque de Cantorbery, Rowan Williams, chef spirituel de l'Eglise anglicane, a immédiatement réagi après la confirmation du nouvel évêque américain en prévoyant des "jours difficiles" pour la communauté anglicane. "C'est mon espoir que l'Eglise d'Amérique et le reste de la communauté anglicane aient l'opportunité de considérer ce développement avant que des décisions importantes et définitives ne soient prises en réponse", a déclaré l'archevêque dans un communiqué. "J'ai déjà dit qu'il nous fallait, en tant qu'Eglise, être très attentifs quand nous prenons dans notre partie du monde des décisions qui ont des conséquences ailleurs sur l'Eglise", a ajouté l'archevêque, qui est considéré comme un libéral.

Selon l'archevêque, la décision américaine d'approuver cette nomination "aura inévitablement un impact important sur la communauté anglicane à travers le monde et il est trop tôt pour dire quel sera son résultat" et il "sera vital d'assurer que les préoccupations et les besoins de ceux qui dans la communauté sont gravement préoccupés par ce développement puissent être entendus, compris et pris en compte".

En Grande-Bretagne, un prêtre homosexuel, dont la nomination à la tête d'un diocèse londonien avait provoqué une grave polémique au sein de l'Eglise anglicane, avait finalement renoncé début juillet à être intronisé évêque. Jeffrey John avait expliqué avoir pris cette décision "en raison des dommages que (sa) consécration aurait pu causer à l'unité de l'Eglise".

L'anglicanisme est la religion officielle de la Grande-Bretagne. Dans d'autres pays où s'installèrent des émigrés anglais (Etats-Unis, Canada, Australie), il porte l'étiquette d'Eglise épiscopalienne. L'Eglise épiscopalienne américaine, forte de plus de 2,1 millions de membres, est la 10e Eglise protestante aux Etats-Unis en nombre de fidèles.

Ces dernières années, elle s'est montrée de plus en plus tolérante envers la communauté homosexuelle, en opposition sur cette question à la grande majorité des autres Eglises anglicanes. "Notre tradition doit être celle de la multiplicité dans la foi. Tout est ouvert au débat et à la discussion", avait déclaré Frank Griswold au cours d'une conférence de presse en début de semaine.
LEMONDE.FR | 06.08.03 | 09h12, MIS A JOUR LE 06.08.03 | 09h20

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